De Democritus et Heraclitus, 1, 50 (I, p
devine. Chaque essai forme un tout cohérent. Il argumente et déduit aussi instinctivement que Montaigne vagabonde. Sa fantaisie ne crée pas, comme chez Montaigne, le désordre, elle ne compromet pas l’équilibre. On pourrait dire que l’ordre est sa loi.
Ainsi, les Essais de Cowley nous paraissent plus raisonnables, gagnés en quelque sorte à l’art classique. Ils gardent bien cependant le même contenu, et ils expriment aussi fidèlement la personnalité de leur auteur. Ils s'offrent à nous comme des « discours », des méditations où l’auteur se préoccupe moins de résumer l’idée en maximes brillantes, que de la développer à loisir, et de la poursuivre sous ses aspects divers, ne s’arrêtant que lorsque son intérêt se trouve à bout de souffle. Et si les Essais de Cowley sont, en général, plus brefs que ceux de Montaigne, c’est sans doute que son imagination est moins vive et sa pensée plus Casanière. Mais nous pouvons admettre aussi que c’est, pour ainsi dire, par timidité de débutant. On sait que Bacon a peu à peu allongé ses Essais, et les a progressivement enrichis de matière plus diverse. En passant d’une édition à l’autre, Montaigne avait déjà gonflé les siens, parfois sans mesure, au gré de ses lectures et de ses réflexions, et il avait abouti à cette déclaration :
Parce que la coupure si fréquente des chapitres, de quoy j'usais aü commencement, m'a semblé rompre l'attention avant qu'elle soit née, et la dissouldre, desdaignant s’y coucher pour si peu et se recueillir, je me suis mis à les faire plus longs, qui requierent de la proposition et du loisir assigné. En telle occupation, à qui on ne veult donuer une seule heure, on ne veult rien donner... 52.
Peut-être Cowley aurait-il évolué, lui aussi, dans ce sens.
Quoi qu'il en soit, le ton qu'il adopte est bien celui de Montaigne. Sa méditation se présente comme une conversation intime entre le lecteur et lui, une confession où il se révèle à nous, où il nous livre le secret de ses goûts, de ses sentiments, de ses idées. I n’a pas, sans doute, l’aimable débraillé du Gascon, il n’étale pas sa personne avec Ja même complaisance naïve, mais précisément la réserve, la discrétion, on pourrait dire la pudeur dont il enveioppe ses confidences, la dignité sans morgue de son attitude, la fine bonhomie de son humeur, tracent de lui un portrait tout