‹ Abraham CowleyChapitre 269 sur 429 · Cf. THompsoN. Op. cit., p · texte numérisé non relu

Cf. THompsoN. Op. cit., p

57. Par exemple : Thomas TRrAHERNE. Centuries of Meditations; Joseph Hazz. Meditations and Vowes, Divine and Morall; Donne. Devotions upon Emergent Occasions; Owen FEeLTHAM. Resolves; Francis Quarzes. Enchiri-

dion…

s’écriant : « I travaile where I list, and when I list, and will not bind myselfe to more then I list »58. Les auteurs accumulent, comme dans un journal, le résultat de leurs réflexions et de leurs lectures, s’efforçant de les cristalliser en maximes édifiantes 59. Tels sont les Essais que Bacon présente en 1597 comme « fragments of my conceites ». De petits chapitres très courts, formés de pensées juxtaposées, chacune se suffisant à elle-même, et ne se rattachant aux autres que par la communauté du sujet. Un style nerveux, incisif, épigrammatique, celui de la maxime 60. Pas de développements, des faits nus, des idées suggérées plus encore qu’exposées. Des notes brèves, jetées, semble-t-il, au courant de la plume, dont la clarté nous éblouit.

Studies serve both for delight, for ornament, and for ability. To spend too much time in Studies is sloth; to use them too mucn for ornament is affectation; to make judgment wholly by their rules is the humour of a scholar…… Crafty men contemn studies, simple men admire them, and wise men use them; for they teach not their use; but that is a wisdom without them, and above them, won by observation. 61.

Un oracle nous parle en termes sibyllins.

Mais quinze ans plus tard, en 1612, et plus nettement encore en 1625, dans ses derniers Essais, le ton de Bacon change. Et bien qu'il garde jusqu’au bout son allure sentencieuse, bien que ses phrases aient toujours un relief de médaille, il shumanise en quelque sorte. Il reprend ses « premiers fruits », développant ici l’idée pour la rendre moins énigmatique, greffant sur la pensée abstraite le commentaire vivant d’une image naturelle, d’une comparaison historique, ou dégageant plus nettement la leçon de l'essai dans une conclusion nouvelle 62. Cette orientation vers le

58. Essayes by Sir William Cornewallyes the Younger, Knight, newly enlarged, London, 1610. Of Essaies and Books.

59. C’est, par exemple, un recueil anonyme de 1596, au titre significatif : Remedies against Discontentment, drawn into severall Discourses from the Writings of Ancient Philosophers, ou en 1601, celui de R. Johnson : Essaies or rather imperfect Offers…, etc. ;

60. En fait, Thompson s’attache à prouver que Bacon s’est inspiré de recueils italiens de maximes politiques (op. cit., pp. 22-30).

61. Of Studies. The Essays (Clarendon Press edition, 1911, p. 150).

62. Cf. sur ce point la très intéressante comparaison faite par E,. Arber dans son Harmony of the Essays etc. of Francis Bacon, London, 1895, entre la forme première et la rédaction définitive des mêmes essais.

style véritable de l'essai est due pour une bonne part à Montaigne, que Bacon connaissait (il le cite dans l’essai Of Truth), mais sans doute aussi à l’évolution du genre en Angleterre 63.

On ne peut dire, toutefois, que Bacon ait inspiré Cowley. Il a pu, comme le fait remarquer A. H. Nethercot 64, influer sur sa technique, et déterminer par exemple la construction régulière et l'allure aphoristique de l’essai Of Liberty, mais, d’une manière générale, il n’a pas véritablement agi sur lui.

Il reste encore trop éloigné pour cela de Montaigne. Ses Essais reflètent bien sa vie, en ce sens qu’il y a condensé son expérience et traduit en principes ses actes, mais c’est une vie d'homme d'Etat, qui lui inspire une morale toute sociale faisant du succès la seule justification des actes, et considérant l’homme non comme individu, mais comme citoyen. Surtout, il écrit dans le but très précis de donner des leçons de sagesse pratique aux courtisans et aux hommes d'Etat. Il n’étudie pas la nature humaine en général, et les spéculations désintéressées de Montaigne ne le retiennent pas. Ce n’est pas en vain que son traducteur, Baudoin, donnait comme titre au livre L’artisan de la Fortune. Counsels Civill and Morall, dit-il lui-même, déclarant par là son utilitarisme. La conséquence essentielle de cette intention, c’est que sa personnalité s’efface derrière son enseignement. Si nous le devinons, par instants, c’est bien malgré lui. Jamais il ne se prend pour sujet de son analyse. Ainsi, tout en quittant le genre de l’essai-maxime pour celui de l’essai-méditation, il est encore bien Join de le considérer comme le libre épanchement de ses idées et de ses goûts.

Si nous voulions définir la place de Cowley par rapport à Montaigne et à Bacon, nous dirions qu’elle se trouve à mi-chemin de l’un et de l’autre. Par son demi-utilitarisme, il se rapproche de Bacon. Mais il s’en éloigne par le ton qu’il adopte. Bacon, voulant instruire, va droit au but. Il s’exprime sur un mode noble et grave, courtois mais distant. Nous avons marqué, au contraire, que Cowley médite sans hâte, et nous parle de lui avec bonhomie. Nous ne sentons chez Bacon que tension austère. Cowley se plaît

Page 1