‹ Abraham CowleyChapitre 272 sur 429 · Of Ambition · texte numérisé non relu

Of Ambition

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Essaies upon the Five Senses de Richard Brathwaïte (1620 et 1635), The Truth of our Times reveal’d out of one Mans Experience, by way of Essay de Henry Peacham (1638), ou les Horae Vacivae de John Hall (1646), et, d'autre part, la forme épigrammatique dont Bacon a donné le modèle, et que représentent, parmi beaucoup d’autres, les Essaies, or rather imperfect Offers, de Robert Johnson (1601 et 1638), les Characters upon Essaies, Morall and Divine, de Nicholas Breton (1615), ou les Morall Discourses and Essayes upon severall select subjects de T. C. (1655).

Les véritables petits essais que forment souvent les Discoveries de Ben Jonson cultivent alternativement la sentence et le développement suivi. Ses théories de l’éducation, du style, du gouvernement par exemple, sont exposées d’une manière personnelle qui rappelle parfois un peu Montaigne.

Mais les analyses psychologiques et morales sont surtout devenues populaires, au dix-septième siècle, sous la forme nouvelle des Caractères. Dès l’introduction en Angleterre des Caractères de Théophraste par l’édition de Casaubon (1592), et la traduction de John Healey, leur vogue s’établit. Joseph Hall ouvre la voie en 1608 avec ses Characters of Vertues and Vices, Sir Thomas Overbury consacre le succès du genre avec ses vingt et un portraits en prose, et John Stephens, avec les Satirical Essays, Characters, and others (1615), John Earle avec sa Microcosmographie (1628), le suivent de près 69.

La Bruyère nous a familiarisés avec ces galeries de tableaux. Nous y voyons défiler les types sociaux et les classes, un peu comme dans la comédie de Ben Jonson, et l’intention satirique le dispute souvent à l’esprit d'observation. Ces descriptions de qualités et de ridicules où l’auteur cherche le trait brillant, la pointe qui résume en une formule acérée l’allure physique ou morale d’un personnage, en même temps qu’elles manifestent le goût croissant de l’analyse exacte, contribuent à alléger et à assouplir le genre de l’essai. Les Caractères en représentent, en somme, l'aspect mondain. L’essayiste qui, dans l'isolement de son cabinet, considère les problèmes moraux ou sociaux, peut aussi bien s’at-

69. Cf. sur ce point et pour une comparaison des Essais de Montaigne et de Bacon, Jusserann. Histoire littéraire du peuple anglais, t. IT, p. 861 et sq...

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M LES Cale. du à

tacher à peindre les hommes et les institutions qu'il a observés. Son objet ne change pas. Que ce soit sous la forme abstraite d'idées générales, ou sous l’aspect concret des portraits individuels, c’est toujours sur l’homme, et sa conduite dans la vie, que se fixe son attention. Il fait toujours œuvre de moraliste et de psychologue.

Dans le Caractère, toutefois, une matière plus légère réclame un traitement moins grave. L’essai-méditation, pour agir sur le lecteur, peut s’aider du temps. Il progresse lentement, par une sorte d'infiltration. Le Caractère procède par attaques brusquées. Il doit, en quelques phrases lestement enlevées, en quelques traits décisifs, forcer l’adhésion du public. C’est bien ainsi que l’ont compris des auteurs comme John Stephens, essayiste et peintre de caractères à la fois, ou comme ce Geffray Mynshul qui, dans ses Essayes and Characters of a Prison and Prisoners (1618), traite les mêmes sujets, d’abord sous forme d'essais, puis sous forme de caractères, reprenant dans les seconds les traits des premiers, avec plus de vivacité et d'éclat 70.

On pourrait également considérer le « Paradoxe » comme une annexe de l’essai, et certes la démonstration d'idées « contraires à l’opinion de la plupart des hommes » suivant l’expression de Charles Estienne, lui-même traducteur d’un recueil italien de paradoxes, n’est pas forcément étrangère au genre. Cowley nous en fournit d’ailleurs la preuve 71. Mais le Paradoxe est un jeu d’esprit plus encore que le Caractère. Il côtoie le comique, comme le Caractère la satire. L'expression de la personnalité n’y a plus aucune place. Bien qu'ils ne soient pas nés, en Angleterre, de la vie de salons, maïs de fantaisies individuelles 72, ces types particuliers d’essais appartiennent à la littérature mondaïine. Ingénieux, spirituels, ils sont par essence factices. Ils pouvaient être utiles au genre de l’essai en ce qu’ils lui apportaient un sens aigu de l’analyse, et une forme allégée, ils étaient aussi pour lui un grand danger en ce qu'ils lui faisaient perdre de vue sa destina-

70. Il est évident que le passage du style de l'essai au style du caractère peut s’effectuer à l’intérieur même de l’essai, la dissertation s’interrompant alors pour faire place au portrait (Cf. Thompson, op. cit. p. 89...).

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