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Nous ne pourrions trop savoir gré à Cowley d’avoir, en la rappelant à ses contemporains, ramené du même coup l'essai dans le bon chemin, vers l’étude de l’homme considéré en tant qu’individu, et surtout vers l’analyse de soi au lieu de l’analyse des autres. L'existence de Cornwallis ne saurait nous empêcher de le considérer comme le créateur du genre de l’essai personnel en Angleterre. Le professeur Tilley attribue le retour en faveur de Montaigne auprès du public anglais au séjour de Saint-Evremond à Londres 73. Mais bien avant les Essais de Sir William Temple et la traduction de Charles Cotton (1685), Cowley a écrit ses Essais. Peut-être serait-il juste de lui attribuer un rôle plus important au point de départ de cette renaissance de Montaigne en Angleterre. |
Ne croyons pas, toutefois, que, même du point de vue strictement anglais, il ait créé quelque chose avec rien. Sans négliger l'influence prépondérante de Montaigne, nous pouvons considérer ses Essais comme l’aboutissement des efforts et des tâtonnements du siècle en ce domaine.
Le problème qu'il traite est celui qui intéresse essentiellement ses contemporains, celui de la conduite humaine. On pourrait baptiser son enquête : l’art d’être heureux, comme on peut appeler celle de Bacon l’art de parvenir.
Sous l’harmonie du style se devinent les éléments divers dont l'essai est sorti. Nous voyons se grouper autour du noyau de ses réflexions personnelles les exemples, anecdotes, ou citations, que lui fournit certainement sa vaste érudition, mais qu’ont pu compléter çà et là les « commonplace-books ». Et nous pourrions extraire de son œuvre un recueil de sentences sur la vertu de la solitude et de la modération, sur les dangers de l’ambition, de l’avarice, de l'amour exagéré du plaisir. Entre l’essai développé et
13. Cambridge History of English Literature, vol. VIII, ch. 16, p. 376.