‹ Abraham CowleyChapitre 275 sur 429 · PAS · texte numérisé non relu

PAS

Nous nous rappelons que deux des Essais de Cowley sont de véritables lettres, adressées l’une à Evelyn, l’autre à S. L. Ce serait donc ici le lieu d'étudier son talent épistolaire. Nous ne pouvons malheureusement en tenter qu’une très brève esquisse, privés comme nous le sommes, par la faute de Sprat, de sa correspondance intime. Le hasard cependant nous a conservé trois de ces lettres, dont deux écrites à Evelyn, et une à Sprat lui-même 1, ce qui, joint aux deux lettres des Essais, porte le total à cinq. Ne serait-il pas téméraire d'appuyer sur une base aussi menue des conclusions générales ? Contentons-nous d’indiquer ce qu’elles pourraient être. à

Nous avons bien dix-neuf autres lettres écrites de la main de Cowley, mais elles ne nous apportent qu’une faible lumière 2. Ecrites entre 1646 et 1660, elles nous montrent pour la plupart le secrétaire de Lord Jermyn dans son rôle officiel, communiquant les nouvelles de la semaine à des correspondants éloignés, sans autre souci que celui de la clarté et de la concision. Elles n’ont aucun caractère d'intimité.

Çà et là, cependant, nous voyons percer sa personnalité. Il se

1. La lettre à Sprat, du 21 mai 1665 a été recueillie par F. Peck, dans À Collection of curious historical Pieces, 1740, p. 81. Johnson la cite dans sa Vie de Cowley (p. 12).

La première lettre à Evelyn date du 29 mars 1663. Le manuscrit est au British Museum (Stowe, 755, f. 13). Elle est citée par I. Disraeli, dans Calamities and Quarrels of Authors (éd. 1858, t. I, p. 57).

La seconde, du 13 mai 1667, est imprimée dans T'he Diary and Correspondence of John Evelyn (éd. Bray, p. 630),

Nous ne comptons pas le très court billet de Cowley à Busby, qui accompagne un de ses livres, probablement le Plantarum Libri Duo, de 1662. J. Nichols l’a publié dans le Gentleman’s Magazine d’octobre 1878.

2. Outre les 14 lettres publiées en 1701 dans les Miscellanea Aulica, nous en connaissons une du 20 avril 1646 (Clarendon State Papers), une du 8 janvier 1648 (Add. Ms., n° 19339, f. 49, au British Museum), publiée par Grosart dans son édition de Cowley (t. Il, p. 344), une du 12 février 1650 (mise en vente par la maison Maggs Bros., et reproduite dans le catalogue de 1923, n° 445, p. 61), et deux lettres au Marquis d’'Ormonde (publiées dans The Academy, 7 octobre 1893, par H. C. Firth), du 26 décembre 1659 et du 2 mars 1660,

résigne difficilement à jouer le rôle effacé de gazette, et il se laisse aller à donner son opinion sur les événements. Ainsi, le 30 avril 1650, il écrit à Henry Bennet : :

The Scotch Treaty is the only thing now in which we are vitally concerned : I am one of the last hopers, and yet cannot abstain from beleiving that the agreement will be made 3.

Le malheur des temps lui inspire des réflexions dont il ne peut - s'empêcher de faire part à son correspondant. Sir William Davenant vient d’être fait prisonnier alors qu’il partait pour l’Amérique :

We are strangely pursued in all things, and all places, by our evil

Fortune; even our retreats to the other world (except by death). are cut off 4,

Les troubles de la Fronde s’aggravent en France :

… And nothing but the Hand of God (which at this time seems likelier to fall heavie upon this place than to relieve it) can avert them 5.

Mais il n’est pas uniformément grave, et son humour met une note claire dans ces lettres assombries par tant de soucis. Ici, il déclare que l’homme capable de comprendre la politique de l’Ecosse serait digne de commenter la Révélation 6; là, il compare le départ du pasteur de la cour anglaise à la fuite des rats quand le navire est en danger 7. Il se livre même à des plaisanteries d’une innocente légèreté :

My Lord gives you many thanks for your treffles, and Mrs. Gardner for your care of her Beauty; the former I had some part in, the latter Ï am sure I never shall 8.

Derrière la façade austèrement impersonnelle de cette correspondance officielle, ces quelques échappées nous rappellent cer-

3. Misceilanea Aulica : Letters by the famous Mr. Abraham Cowiey (then Secretary to my Lord Jermyn) during King Charles the Second’s Exile: written from Paris to Mr. Henry Bennet, afterwards Earl of Arlington.

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