‹ Abraham CowleyChapitre 283 sur 429 · Préface aux Odes pindariques, I, p · texte numérisé non relu

Préface aux Odes pindariques, I, p

de son pays 3. Il aurait trouvé futile autant que décevante la curiosité qui nous pousse à donner d’un texte un équivalent fidèle, sans autre préoccupation que de le connaître tel qu'il est. Futile, puisque l’érudition est pour lui non une fin, mais un moyen, un acheminement vers une forme d’art supérieure, nous le voyons bien dans ses imitations de Pindare. Ses notes prouvent qu’il a soigneusement élucidé le sens du texte; mais le résultat auquel il aboutit est tout le contraire d’une traduction. Décevante, car l'exactitude en matière de traduction est une duperie. Souvenons-nous de la conception qu’il expose à propos des Odes pindariques. La différence des époques fait que bien des idées et des images de l'original ne sont qu’imparfaitement comprises du lecteur moderne, ou lui échappent totalement. Les Odes de Pindare, par exemple, reflètent une civilisation disparue. Elles ont pour substance des croyances et des coutumes aujourd’hui oubliées, et les mœurs qui les inspiraient sont pour nous des ombres lointaines. Quant à leur musique, à leur rythme, ce n’est pas une copie servile qui les fera revivre. Au point de vue de la forme comme de la matière, elles nous parviennent diminuées, appauvries de ce qui constituait leur richesse essentielle. Les reproduire mot pour mot, ce serait consacrer cet appauvrissement. La fidélité mal comprise aboutit à la trahison 4 Denham, parlant, en 1656, de la traduction de Virgile, ne s’exprime pas autrement :

La poésie est d’une essence si subtile qu’en la versant d’un langage dans un autre, elle s’évapore toute; et si une nouvelle essence n’est pas ajoutée au cours de l’opération, il ne restera qu’un « caput mortuum »…. Et c’est pourquoi, s’il faut que Virgile parle anglais, il est bon de le faire parler non seulement comme un homme de cette nation, mais encore comme un homme de notre temps 5.

3. Cette théorie est celle de tous les humanistes depuis la Renaissance, comme le fait remarquer J. E. Spingarn (Critical Essays of the XVIIth Century, Introduction, p. 48..). Ils ne diffèrent que sur les moyens d’atteindre ce but, les uns tenant pour la traduction littérale, les autres pour la paraphrase. à

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