Cf. Préface aux Odes pindariques (1, p
5. « The destruction of Troy; an Essay upon the Second book of Virgil's Aeneis », 1656 (Cité par E. Niremie. Vergil and the English Poets, p. 152). Dryden s’appropriera ce passage dans sa Dedication to the Aeneid : « Je me suis efforcé de faire parler à Virgile l’anglais qu’il aurait lui-même parlé, s’il était né en Angleterre, et à notre époque. »
Aussi jamais Cowley n’emploie-t-il ce procédé barbare. Le vrai travail du traducteur commence, au lieu de s’achever, lorsque le texte est compris. Au lieu d’une répétition où l’œuvre paraît lointaine, et comme ternie par le temps, il faut en donner l’équivalent réel, lui rendre les couleurs de la vie. Seule, la paraphrase ou l’imitation libre peuvent atteindre ce résultat.
La logique demande d’abord que les parties mortes de l’œuvre, c'est-à-dire tous les éléments qui nous déroutent par leur archaïsme ou leur étrangeté, aussi bien dans la pensée que dans l’expression, soient éliminés. Mais cela ne suffit pas. Le traducteur doit introduire à leur place des idées et des images adaptées au goût moderne, telles que l’auteur les eût lui-même choisies s’il avait vécu de nos jours. Son rôle consiste à remplacer les vestiges d’une civilisation disparue par des emprunts faits à la civilisation actuelle. Grâce à ce principe de compensation il comble les vides creusés par l’oubli. Sans modifier l’œuvre dans son essence, il l’adapte à des conditions nouvelles d’existence, et la rend aussi familière aux lecteurs modernes qu’elle l'était aux contemporains de l’auteur 6. La traduction est pour Cowley, comme l’histoire pour Augustin Thierry, une résurrection. C’est dire que l’érudit doit se doubler d’un artiste. À la vérité, ce n’est plus d’une traduction qu’il s’agit (Cowley ne tient d’ailleurs pas au titre de traducteur) 7, mais d’une véritable recréation. Il ne faut pas se borner à copier, mais, sur le même thème, rivaliser avec l’original. Dès lors la traduction devient une nouvelle œuvre d’art, et l’imitateur devient l’égal du créateur.
Nous n’admettrions pas aujourd’hui cette théorie qui érige l’inexactitude en principe, et fait du traducteur l’émule de l’auteur. Cowley n’en est pas toutefois le seul père, et elle s’annonçait depuis déjà longtemps.
En France, nous voyons Malherbe paraphraser librement le trente-quatrième livre de Tite-Live. Balzac et Saint-Evremond
6. Ceci s’applique à toutes les traductions. S’il s’agit de traduire une œuvre étrangère, il y aura lieu non de moderniser mais d’angliciser. Cowley Joue S. Tuke d’avoir, dans sa comédie : The Adventures of Five Hours, adaptée de l’espagnol, doté l’Angleterre d’une partie des richesses de l’Espagne (The Adventures of Five Hours, p. 440).