To the authour of this translation, by John Denham
11. SPRAT. Op. cit., « Je fais appel, monsieur, à votre témoignage — dit-il à Clifford —. Ne l’a-t-il pas conçue, n’en a-t-il pas parlé, ne l’a-t-il pas mise à exécution, aussi tôt que quiconque ? »
pas le croire, alors surtout que cette théorie s’accorde si bien avec ce que nous connaissons de la personnalité de Cowley. Souvenonsnous de la répugnance affichée par l’écolier de Westminster à l'égard de l’enseignement mécanique de la grammaire. Son refus de la traduction littérale ne manifeste-t-il pas la même hostilité instinctive aux méthodes qui ne laissent pas à l'intelligence sa liberté ? Il n’aurait pas pu se plier aux exigences de l’érudition pure : même lorsqu'il traduit, il aime se sentir son maître.
Son indépendance varie d’ailleurs d’une pièce à l’autre. Il lui arrive de reproduire presque fidèlement le texte, sans en modifier l’allure ni le sens. Telle épigramme de Martial conserve chez lui toute sa concision nerveuse :
To morrow you will Live, you always cry;
In what far Country does this morrow lye,
That’ tis so mighty long ’ere it arrive ?
Beyond the /ndies does this Morrow live ?
Tis so far fetcht this Morrow, that I fear
Twill be both very Old and very Dear.
To morrow 1 will live, the Fool does say;
To-Day it self’ s too Late, the wise liv’d Yesterday 12.
Mais une telle exactitude est très rare. A l’opposé, nous trouvons des interprétations audacieuses, où Cowley s'éloigne délibérément du texte 13. Ses traductions de Pindare en offrent les meil-
12... Martial, lib. 5. — Ebpigr. 59 (Après The Danger of Procrastination, II, p. 454). Voici le latin :
« Cras te victurum, cras dicis, Posthume, semper. Dic mihi cras istud, Posthume, quando venit ? Quam longe cras istud ? Ubi est ? Aut unde petendum ? Numquid apud Parthos Armenianosque latet ? Jam cras istud habet Priami vel Nestoris annos. Cras istud quanti, dic mihi, possit emi ?
Cras vives : hodie jam vivere, Posthume, serum est. Ille sapit, quisquis, Posthume, vixit heri. »
Cf. aussi l’épode d’Horace, à la suite de l’essai sur l’agriculture (II, 412), où les modifications de détail disparaissent dans la fidélité de l’ensemble.
13. Cf. la transformation de l’ode 16 du livre III d’Horace en pindarique (Of Avarice, II, p. 440). Cf. aussi The country Mouse : de 38 vers d’Horace Cowley tire 95 vers. Il est vrai que des intentions héroï-comiques et humoristiques sont responsables de cette énorme enflure. La paraphrase de Cowley est d’une lecture fort agréable, maïs ne rappelle Horace que de très loin.
leurs exemples, puisque l’enthousiasme lyrique, s’ajoutant au principe de compensation, autorise toutes les licences. Non content de remplacer par des images ou des idées générales les détails proprement grecs 14, il prend l'initiative d'introduire des images, des épithètes, des élans lyriques, que rien ne justifie à nos yeux 15. Il développe en les dramatisant les suggestions sobres du texte 16. Le Pindare qu’il nous présente est trop souvent alambi- qué, surchargé des beautés factices du style « métaphysique ». Il a perdu sa force et sa rudesse sublimes ! C’est un Pindare de salon, à la mode du dix-septième siècle. Prenons une strophe au hasard et comparons la à une traduction exacte.
Allons mon cœur, que ton arc maintenant vise au but ! Où s’adresseront les flèches glorieuses que va lancer mon esprit redevenu clément ? Je les dirigerai vers Agrigente, et je vais proférer, d’un cœur sincère, le serment que cette ville, en cent ans, n’a pas enfanté d'homme au cœur plus généreux et à la main plus libérale pour ses amis que Théron,
dit Pindare dans la seconde Olympique.
Voici ce que le passage devient entre les mains de Cowley :
Leave, wanton Muse, thy roving flight, To thy loud Sfring the well-fletcht Arrow put, Let Agrigentum be the But, And Theron be the White.
And lest the Name of Verse should give Malitious men pretext to misbelieve,
14. Cf. dans la seconde Olympique, la fin de la strophe 1, p. 158, la fin de la strophe 2, p. 159, et celle de la strophe 8, p. 161. Dans la Néméenne, strophe 4, p. 172.
15. .Cf.wvers:5 et 6) de Jasst p.157: 12; 13 UÆrdela str. 2:0v. lltet d2, de la str. 4; v. 3 et suivants de la str. 6, etc. Prenons la strophe 1. Pindare dit : « Hymnes, rois de la lyre, quel Dieu, quel héros, quel homme allonsnous chanter ? » Ce que Cowley développe ainsi, se montrant vraiment plus pindarique que Pindare :
Queen of all Harmonious things, Dancing Words and Speaking Strings, What God, what Hero wilt you sing ?
What happy Man to equal glories bring ?
Begin, begin thy noble choice, And let the Hills around reflect the Image of thy Voice.
16. Cf. l’épisode d’Hercule et des serpents, p. 173, str. 7. — Cf. aussi str. 5, p. 172.
17. Nous nous servons de la traduction de M. A. Puech (Collection « Les Belles Lettres ». Paris, 1922).
LE? E d: 1, Lee ï ’
By the Castalian waters swear, (A sacred Oath no Poets dare to take in vain, No more then Gods do that of S{yx prophane) Swear in no City e’re before, À better man, or greater soul’d was born, Swear that Theron sure has sworn No man near him should be poor, Swear that none e’re had such a graceful art, Fortunes free gifts as freely to impart With an Unenvious hand, and an unbounded Heart 18.
L'ensemble de ses traductions rachète, heureusement, cette lourde erreur, et c’est parmi elles que se trouvent quelques-unes de ses plus charmantes réussites. Elles accompagnent, ne l’oublions pas, ses Essais, et servent de commentaire poétique à sa pensée. Aussi sont-elles choisies dans des modèies à sa portée, naturellement adaptés à son tempérament et à ses goûts. Sur des thèmes qui lui sont chers, il interprète Virgile, Horace, Martial, voire Sénèque et Claudien. Leur pensée est si proche de la sienne qu’il se maintient aisément dans un juste milieu où l’exactitude et la fantaisie se combinent sans heurts. Les qualités de ses Anacréontiques se retrouvent ici. Il suit son modèle sans effort et sans hâte. Il modernise quand il le juge nécessaire : l’esclave porteur de pain d’Horace devient un boulanger, la chasse au sanglier se transforme en chasse au lièvre 19. Il supprime les images mythologiques, les détails trop purement latins 20. Il ajoute, par contre, d’autres images, des conceits, des antithèses, au gré de sa fantaisie, parlant de « Life’s cool vale », des « camps of gowned war, », des « Long Ruins of the great », faisant de l’or « the jaundice of the soul » 21. Il allonge ou abrège les développements. Le plus souvent il les allonge, brodant sur la trame simple de