‹ Abraham CowleyChapitre 296 sur 429 · UE · texte numérisé non relu

UE

La syntaxe de Cowley n’offrirait guère d’autre trait marquant si elle ne se signalait par son emploi abusif du verbe « to do ». Cowley l’introduit come auxiliaire dans des phrases affirmatives, sans raison précise 14. Tous ses contemporains utilisent à des degrés divers ce procédé, mais ce qui chez eux est fantaisie passagère, se transforme chez lui en système, système qu’il adopte dès ses tout premiers vers, et qu’il conserve, sans en atténuer l’excès, jusqu’à la fin de sa carrière poétique 15. Cet auxiliaire superflu, ainsi prodigué, nous paraît gauche et lourd. Le vers ne gagne pas à être ainsi surchargé.

Thou like some worthy Knight with sacred Arms Dost drive the Monsters thence, and end the Charms. Instead of those dost Men and Manners plant,

The things which that rich Soil did chiefly want. Yet even thy Mortals do their Gods excell... 16.

Mais Cowliey, lui, y a sûrement vu un élément de beauté (sa facilité de versificateur rend difficile d'admettre qu’il y ait recours pour compléter ses vers), et sans doute une beauté d’ordre oratoire. Dans la phrase ample qu’il affectionne, le verbe, annoncé par son auxiliaire, gagne en relief. Il semble que nous puissions voir ici un nouvel indice, après tant d’autres, de la tendance oratoire de la poésie de Cowley. Son style, en effet, s’ordonne en général suivant les règles de l’éloquence. Ceci ne saurait surprendre,

« And Fate or Chance the Blame, nay David bear » (Davw., III, v. 620,

Notons que sa phrase est rarement très compliquée et qu’elle ne revêt que très exceptionnellement l’allure de « puzzle » logique de ces vers (Ode. Upon his Majesties Restoration and Return, st. 5, v. 18).

« Tis Happy, which beholds the Flame

In which by hostile hands it ought to burn, Or that which if from Heaven it came

It did but well deserve, all into Bonfire turn. »

14. On ne saurait lui tenir rigueur de s’en servir irrégulièrement pour construire les phrases interrogatives et négatives, l’usage étant encore loin d’être fixé de son temps. L’incertitude est bien marquée par cette phrase, où se juxtaposent les deux constructions :

« Knows a man how to live, and does he stay ? » (Imitation of Martial’s Epigram, v. 22, I, p. 39).

15. Dans Pyramus on le trouve environ dans un vers sur huit. Dans The Garden, en 1666, la proportion n’a pas sensiblement varié : 31 pour 224 vers, soit près de un vers sur 7.

Page 1