‹ Abraham CowleyChapitre 298 sur 429 · Jonnson. Life of Cowley, p · texte numérisé non relu

Jonnson. Life of Cowley, p

25. Elle s'étale au contraire dans ses comédies, qu’elles soient écrites en latin ou en anglais.

26. Of Avarice. Paraphrase de la première Satire d’Horace (II, p. 438, Y. 1993: MD D):

27. Toute la première strophe de l’ode : Sitting and Drinking in the chair made out of the Reliques of Sir Francis Drake’s ship, copie le style des chansons à boire. Elle a d’ailleurs été mise en musique comme telle (Choyce Ayres.… 2060. JoPlayford 1676 php 2);

à la manière de Donne, la galanterie conventionnelle du temps par des accents plus vivants et plus vrais :

For Heavens sake, what d’you mean to do ?

Keep me, or let me go, one of the two...

… Pox o° your friends that dote and Domineere... 28.

Il reste néanmoins dans une juste mesure, et il est bien rare de trouver chez lui des termes aussi crus que ceux-ci :

Thou with strange Adulterie

Dost in each breast a Brothel keep :

Awake all men do lust for thee,

And some enjoy Thee when they sleep 29.

Par l'effet de son éducation, par son désir de distinction et d'élégance, Cowley se sert de préférence d’une langue plus complexe et plus raffinée. La poésie reste pour lui ce qu’elle était pour les Elisabéthains, un « noble mystère », réservé à une aristocratie d'initiés, et interdit au vulgaire, un monde à part régi par des lois qui lui sont propres. C’est au nom de cette conception, on s’en souvient, que Cowley distingue entre la vérité poétique et la vérité littérale. De même, nous le voyons ici interdire l’accès de la grande poésie aux termes vulgaires, souvent même aux termes propres, les remplaçant par des expressions nobles et d’élégantes périphrases. Il appelle, par exemple, Isaac « the innocent boy » et non « lad » (qui est le terme biblique) parce que le mot « lad » « is not a word for verse ». Il appelle la vierge Marie « God’s wife » et non « spouse », (le terme consacré) parce que « spouse is not an heroiïcal word » 30, Son souci de noblesse ne l’entraîne-t-il pas à modifier un nom de ville; il parle de « Nobe » au lieu de « Nob », « for (methinks) Nob is too unheroïical a

28. Resolved to be beloved (n° 2), p. 97. Et The Rich Rival, st. 3, p. 109. Cf. aussi la première strophe :

« They say you’re angry, and rant mightily, Because I love the same as you; Alas ! you’re very rich : tis true; But prithee Fool, what’s that to Love and Me ?.. » Cf. aussi le début de The Resolution, p. 102, etc. 29, The Innocent IlL., st. 2, I, p. 146.

30. Dav., II, v. 306, p: 291, et n. 28, p. 311. — Ibid., v. 758, p. 303 et n. 92,

name » 31. La poupre devient dans ses vers : « Tyrian dye », ou encore « the dear poyson of Assyrian pride », ou même « Tyrian fishes blood » 32. La soie : « The silkworms pretious death » 33.

Sans la formuler avec netteté, Cowley adopte la théorie qui va constituer une des bases de la poésie néo-classique, et que Wordsworth dénoncera un siècle et demi plus tard, sous le nom de « poetic diction ».

Il est donc amené à s’exprimer le plus souvent dans la langue de l’homme du monde. Ses éloges et ses élégies sont écrits en termes élégants, et selon toutes les règles du bon ton 34 Dans The Mistress, nous l’avons vu manier en virtuose la phraséologie galante du temps. De temps à autre, tombe de sa plume un de ces mots étrangers qui étaient à la cour signe de parfaite éducation 35. Il s’applique au rôle de poète honnête homme.

Mais, quoi qu’il en ait, sa culture est plus solide qu’élégante, et il semble plus à son aise dans la robe du lettré ou du savant que sous les flots de rubans et les dentelles du courtisan. Ses ardeurs d’humaniste marquent son vocabulaire de leur empreinte, et les « inkhorn terms », excroissances érudites que fera disparaître le classicisme, nous rappellent qu’il est le descendant direct des Elisabéthains. Souvent il conserve, ou redonne aux mots leur sens primitif, et nous force, si nous voulons le comprendre, à remonter jusqu’à leur étymologie 36. Parfois, il enclave, tel quel, dans sa

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32. Dav., 1, 862, p. 263; To his mistris, st. I, II, p. 61. of Virgil…., II, p. 409, v. 10. — Davw., III, v. 200, p. 329.

33. Dav., III, v. 862, p. 263. Parmi d’autres exemples de périphrases, citons : les oiseaux, « The woods poetic throats » (The Swallow, I, p. 58, v. 14), et presque toujours le cours d’eau est appelé: « flood », la mer: « The deep », le pré : « the green ». Cf. pour le mot flood : The Despair, st. 1, p. 86; Silence, st. 3, p. 132; Weeping, st. 2, p. 136; To the New Year, st. 4, p. 208...

34. Cf. par exemple, On His Majesties Return out of Scotland, st. 8 (1, p. 24). Upon the Death of the Earl of Balcarres, st. 2 (I, p. 414).

35. « The amour » (The Gazers, I, p. 142, v. 14). « Cap-a-pe » (Beauty, V. 17, I, p. 52). « Haut-goust » (The: Country Mouse, II, p. 414, v. 18). « Maravedies » (Life, st. 2, v. 17, I, p. 210). « Cargazon » (The Adventures of Five Hours, I, p. 440, v. 23).

36. « To inform », au sens de « informare », donner corps à... (On the Death of Mr. William Hervey, st. 10, I, p. 35). « Obscene », de mauvais augure (To Light, st. 12, I, p. 445; Dav., IL, v. 818, p. 304, et note 96-p 320): « Sacrifice », au sens de victime expiatoire (The Concealment, st. 3, I, p. 120;

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phrase, le terme latin 37. De l’Université il a gardé le goût des formes savantes 38, Non seulement son érudition, mais toutes ses Connaissances concourent à varier son vocabulaire. Les Mine. les plus techniques ne l’effrayent pas: au contraire, il semble ieur trouver une saveur étrange qui satisfait son goût du nouveau et du rare. Ici, il parle la langue du droit, là celle de la finance et du commerce, ou encore celle de la théologie et de la politique, et très fréquemment celle de l’armée. Souvent, il fait appel à la science : la physique, et la chimie (ou plutôt l’alchimie), l’astronomie (ou plutôt l’astrologie) la médecine surtout, lui fournissent force images et enrichissent d'autant son vocabulaire 39.

La langue de Cowley est donc formée d’éléments multiples et il ne néglige aucun moyen de la diversifier encore, car la variété

Dav., I, p, 616, p. 257). « The attending », qui attend (The Resurrection, I, p. 183, v. 10). « Reliques », restes (To the New-Year, st. 2, v. 13, I, p. 207; Daw., II, v. 792, p. 304..). « Careful », soucieux (The Complaint, st. 1, p. 436). Cowley emploie aussi « to admire » au sers de mirari, « To reduce » au sens de reducere, et « terror » avec l’idée de terreur religieuse.

37. « Gods nomenclator (Her Name, st. 5, I, p. 136). — « Primum mobile » (On his Majesties returne out of Scotland, v. 42, II, p. 47. — « Motus primo primi » (Verses written from Jersey, v. 28, I, p. 44). — « Nuncius »

(4 Dreame of Elysium, v. 89, II, p. 44).

38. « The antiperistasis of age » (Elegy on Anacreon, v. 37, I, p. 60), « hypostasis » (Life and Fame, st. 3, v. 8, I, p. 202). 39. 1° Le droit : « …. Adam did no joynture give » (The given Love, st. 4, v--5; LI, p. 69):

. « The ills thou dost are whole thine own Thou’rt Principal and Instrument. »

(The innocent Ill. st. 3, v. 7, 8, I, u. 146). 2° Finance et commerce :

« To give All will befit thee well But not at Under-Rates to sell... »

(The Given Love, st. 7, v. 7, 8, I, p. 70).

« But I must sweat in Love and labour yet Till I a Competency get. »

(Resolved to be beloved, st. 5, I, p. 96).

« Though Faith be Heir, and have the fixt estate Thy Portion yet in Moveables is great... »

(For Hope, st. 3, v. 3 et 4, p. 111). — « To hansel » (Daw., I, v. 503, p. 336). 3° Théologie :

« His Faith No in some nice Tenents might Be wrong...

(On the Death of Mr. Re V.550I, p. 49).

4° Politique : « She did a Covenant with me make (Destinie, st. 3, v. 4, I, 11993) 3 « Let’s even compound... » (To Dr. Scarborough, st. 6, v. 9, I, p. 200).

naturelle qu’il obtient en puisant à des sources si nombreuses, ne suffit pas à son désir de nouveauté, et il tire une richesse nouvelle de la faculté illimitée d'extension que lui offrent en “anglais, les mots composés.

Les siens sont, en général, normalement formés, et n’offrent, dans l’ensemble, pas d’autre intérêt que leur abondance même 40. La plupart ont une valeur adjectivale. Cowley y cherche surtout des épithètes. Il est plus rare qu’il unisse deux substantifs, mais ceux que l’on trouve sont intéressants par les raccourcis énergiques de pensée qu’ils nous offrent 41. Quant aux dérivés qu’il forme à l’aide de préfixes, ils sont aussi nombreux et aussi insignifiants, et ne méritent de retenir notre attention que parce qu’ils nous

5° Armée : Dans On Orinda’s Poems, st. 1 (1, p. 404), au cours d’une comparaison, nous trouvons réunis les mots : fire, arms, camp, canon, assault, sally, take quarter, artillery. Dans The Mistress, ce ne sont que places fortes assiégées, assauts, combats meurtriers (Cf. par exemple, The Given Heart, st. 3, p. 100; The Constant, st. 1, p. 134; Love given over, st. 6, p. 152, etc.).

6° Science : Nous renvoyons, sur ce point, au passage de ce chapitre où nous étudions les images de Cowley, étant donné qu’il emploie le vocabulaire scientifique moins pour lui-même que comme véhicule de comparaisons ou de métaphores. Notons simplement quelques mots où se marque l’extrême précision et la qualité technique du vocabulaire de Cowley : l’alambic, limbeck (Weeping, st. 4, I, p. 137), la loupe (The Vain Love, v. 4, I, p. 81, The Soul, st. 1, v. 16, p. 83), l’aiguille aimantée (Resolved to be beloved, st. 3, I, p. 96), les feux follets, « lambent flames » (Destinie, st. 4, I, p. 193), ou « ignes fatui » (Against Hope, st. 3, I, p. 110); et en médecine « cordials », «< purgings » (Counsel, st. 1, p. 94), « secondine » (The Muse, st. 3, I, p. 186, et n. 3, p. 187), « midwife », « navel », « circeumcised » (Destinie, SES p. 193) et jusqu’à des termes d'ordonnances « quantum sufficit » (Martial, 1 10, ep. 47, II, v. 5, p. 460).

40. Cowley affectionne particulièrement les mots composés formés d’un adverbe et d’un participe passé, tels que : well-mouthed, well-hung, welltimed, well-horst, well-purged, well-travelled, well-reformed, well-clothed, well-cut, well-wrought, etc.; new-created, new-minted, new-blown, newblossomed...; full-ripened, full-charged. — Ou encore d’un adjectif et d’un participe passé : soft-footed, nimble-footed, great-souled, mighty-souled, biglimbed, slender-limbed, strong-bodied, strong-complexioned, black-knotted, ill-organed, many-headed, ete. — Il aime aussi unir un substantif et un participe passé : sun-born, god-descended, earth-bred, muse-discovered, penfeathered, iron-sceptred...; un adverbe et un participe présent : all-resembling, never-withering, less-appearing, less-concerning..:; un substantif et un adverbe : god-like, scythian-like, etc Cf. aussi no-great.

41. Viceroy-maid (Chronicle, st. 9, I, p. 41), mountain-palaces (Life and Fame, st. 2, I, p. 202), scarlet-glutton (The 34 chapter of TSatah,eSCR2 0) p. 212), anti-comet (Ode On His Majesties Restoration…., 1, v. 34, p. 426), demi-votary (The Complaint, st. 7, I, p. 439), post-angel (To ITIRENSEAÆGAR p. a bitter-sweet (Dav., IV, v. 28, p. 391), tyrant-phrensie (Dav., IIL v. 341, P. è

apportent une preuve de plus du désir de variété de Cowley 42.

Et cependant, cette langue ne donne pas l’impression de souplesse qui aurait dû, semble-t-il, récompenser tant d’efforts. C’est que la fécondité d'invention verbale de Cowley est plus apparente que réelle. Les mêmes mots, les mêmes formes, s'imposent à son esprit. Fait-il une trouvaille, il ne peut s’empêcher de l'utiliser à tout propos. Cette tendance se révèle dès ses premiers poèmes et elle ne cesse de s’affirmer au long de son œuvre 43.

En fait, le trait dominant du vocabulaire de Cowley est moins sa variété que d’abondance des mots solennels, longs de trois, quatre ou cinq syllabes, issus du latin ou du grec. L'auteur a pour eux une prédilection visible. Parfois, il les emploie dans uné intention humoristique. Nous en avons un exemple lorsque, au milieu du badinage gracieux de The Chronicle, il s’écrie pesamment : « Fundamental laws she broke » (st. 8) et qu’il parle de « The Interregnum of my brest » (st. 9) 44 Mais surtout, ils satisfont son goût de noblesse oratoire, et il lui arrive d’en tirer une musique solennelle et méditative qui ne manque pas de grandeur:

… To fill up half the Orb of Round Eternity.

…… On the Transparent Rocks o’th Heaven Chrystalline. … An unexhausted Ocean of Delight 45.

De plus, ils satisfont son goût de l’abstraction; il les trouve

49. Certains frappent par leur bizarrerie prétentieuse : « Unthickened » (Civil war, IL, v. 7, p. 467), unconcocted (The Plagues of Egypt. st. 6, I, p. 222), d’autres révèlent une intention humoristique : unbirdly (Upon Liberty, st. 3, IL, p. 390), belighted, par contraste avec le benighted normal (Country Mouse, v. 10, II, p. 414), maïs la plupart n’ont aucune valeur spéciale.

43. Dans Pyramus and Thisbe, l'adjectif « inward », v. 33 (I. p. 32), v. 204 (p. 38); dans Constantia and Philetus, v. 386 (I, p. 20); « Senceless », Pyr., v. 5 (p. 31), v. 145 (p. 36); Const. v. 167 (p. 12); « speaking teares », Pyr., v. 11 (p. 33), Const., v. 225 (p. 14), v. 380 (p. 19); « expuls’d », Const. v. 55 (p. 9), v. 140 (p. 11), v. 338 (p 18), À Dreame of Elizium, v. 1 (p. 42); et dans Davideis la fréquence de l’épithète « active ». Dans le 3° livre seul, elle se trouve aux vers 54, 83, 359, 586, 649, 776. l

44. The Chronicle (I, p. 39). Cf. aussi dans The country Mouse (I, p. 414). l'accumulation des mots « commodiously », « hereditary », « substantial », qui expriment plaisamment l’idée d’opulence bien assise. Cf. encore le vers : « From Hieroglyphick proofs of Herauldrie » (Life, st. 2, I, p. 209).

45. The Muse, dernier vers (I, p. 186). The Extasie, dernier vers de la st. 9 (I, p. 206) et st. 6, v. 2 (p. 205). Notons que ces trois exemples se trouvent

riches aussi bien pour le sens que pour le son, et il leur fait porter le poids de ses idées. C’est ainsi qu’il appelle l'espoir re Good Preparative », « best apprehender of our Joys », et que, pour déclarer à celle qu’il aime qu’elle résume le monde à ses yeux, il s’écrie :

So that all fair Species be Hieroglyphick marks of Thee 46.

C’est l’abondance de ces termes abstraits, difficiles, qui contribue, dans une large mesure, à donner à ses vers d’amour leur caractère de froideur intellectuelle, et, d’une manière plus générale, à son vocabulaire une lourdeur érudite, un peu pédante, qui est bien sa marque. Il est intéressant à ce point de vue de rapprocher Cowley de son contemporain Herrick. Tous deux cherchent la variété, et reculent à l’extrême les limites du vocabulaire par l'emploi de mots inusités, voire de néologismes, et tous deux aiment les polysyllabes. Mais ils diffèrent du tout au tout par l'inspiration et l’intention. Herrick, en pur artiste, tend au pittoresque, à la sonorité, à la couleur; il crée une atmosphère de vie allègre, et ses polysyllabes mêmes semblent ailés : ne sont-ils pas pour la plupart de gracieux diminutifs ? 47. Cowley, par contre, n’apprécie les mots qu’au travers des idées qu’ils évoquent, pour leur pouvoir de suggestion intellectuelle. Le pittoresque, lorsqu'il paraît dans ses vers, n’a jamais que la valeur indirecte d’un symbole. L’art passe après la pensée. Aussi ses polysyllabes sont-ils pesants, massifs, plus philosophiques que poétiques.

Plus encore que les mots, les figures caractérisent le style de Cowley. Sa poésie regorge d’épithètes, de comparaisons, de méta-

dans les Odes pindariques. Cowley semble n’avoir découvert que progressivement la valeur musicale et la portée philosophique de ces vocables.

46. For Hope, st. 2, st. 3 (p. 111). The Soul, st. 3 (p. 84). Cf. aussi le vers : « Thy Verse does solidate and Chrystallize » (The Muse, st. 4, p. 186). Nous trouvons, parmi beaucoup d’autres, dans The Mistress, des mots tels que : mortality, formality, ubiquity, contexture, sophisticate, epitomized, melancholily.…., qui écrasent le vers de leur masse.

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