On the Death of Mr. William Hervey, st. 1, p
88. The Complaint, st. 1, p. 435. Cf. aussi dans cet ordre d’idées : The ms st. 1, p. 86; The Spring, p. 70; The Tree, p. 140; Bathing in the River, p. k
89. Cf. GrosarT. The complete Works. of Abraham Cowley…, Memorial- Introduction, p. 104. Il est à coup sûr bien exagéré de faire de Cowley l’ancêtre des romantiques anglais.
90. Cf. On his Majesties Return out ot Scotland, st. 5, I, p. 23: Ode : On his Majesties Restoration and Return.…., st. 2, I, p. 421. Cf. surtout Davideis IL, v. 13, p. 284, v. 555, p. 298, III, v. 235, p. 331, v. 389, p. 334, IV, v. 1053,
Considérant rarement la nature pour elle-même, il n’essaye pas d'en donner une transcription originale, il ne recherche pas l’ef- fet pittoresque. Au contraire, il se contente la plupart du temps, de rappeler ce que tout le monde doit en connaître. Comme nous l'avons indiqué à propos des épithètes, il semble préférer au terme précis le terme le plus général, qui, laissant deviner l’objet sans le décrire, n’en garde que l'essence. Il ne veut voir dans l’univers qu'un ensemble de signes abstraits, et s'attache pour ainsi dire à le dépouiller de sa valeur concrète. C’est ainsi qu’il parle volontiers, non d’une iieur ou d’un arbre précis, mais des fleurs, des. arbres, des bois en général 91; et lorsqu'il nomme tel ou tel animal, il le fait en rappelant son caractère distinctif, symbolique : de même que le tigre est féroce, la fourmi est économe, la colombe « sans fiel », et le serpent reste, avant tout, l’instrument du péché 92. S'il célèbre le soleil, c’est pour son pouvoir bienfaisant, pour la « chaleur vitale >» qu’il répand, pour son action génératrice de vie, bien plus que pour sa beauté 93. Les astres l’intéressent à cause de l’influence qu’ils sont censés exercer sur la vie des humains; au lieu de décrire l’arc-en-ciel, il analyse « the false rays of the gay reflected Bow », et voit non la splendeur, mais la vanité du mirage 94.
Cette attitude est caractéristique de Cowley : d’une manière générale, son esprit curieux cherche à pénétrer au-delà des appa-
p. 391. Voici un exemple de ces personnifications (I, v. 285, p. 248). Envie vient de parler :
« The silver Moon with terrour paler grew
And neighhb’ring Hermon sweated flowry dew;
Swift Jordan started, and straight backward fled,
Hiding among thick reeds his aged head... »
91. Dialogue, v. 11, p. 147; Constantia, v. 20, Il, p. 7; Essays : The 10th Epistle of Horace, Il, p. 418, v. 14; An Elegie on the Death of Mris Anne Whitfield, v. 13.…., II, p. 34; Dav., II, v. 91, p. 326, v. 952, p. 348, IV, v. 368, p. 387; Hymn. To Light, st. 7, p. 445.
92. Cf. Dav., LIL v. 215, p. 329, et v. 75, p. 286; The Shortness of Life... st. 8, IL, p. 451; Ode. Upon His Majesties Restoration.…., st. 3, v. 9, p. 442; The Tree of Knowledge, st. 4, v. 5, p. 46; A Discourse.…. I, p. 356, st. 3.
93. Answer to the Platonicks, v. 23, p. 81; The Prophet, st. à, v. 12. p. 102; The Gazers, st. 4, p. 143; Dav., IV, v. 486, p. 377.
94. Impossibilities, st. 3, p. 130; On the Death of Mr. William Hervey, st. 4, v. 2, p. 33: Dav., I, v. 302, p. 249, II, v. 122, p. 283; Ode : Upon his Majesties Restoration…, st. 1, p. 420; Destinie, st. 4, p. 193; The Plagues of Egypt, st. 9,
p. 223. Sur l’arc-en-ciel, cf. Life and Fame, st. 1, v. 8, p. 202 et The Shortness Of Life steve IT D 402
rences, jusqu’au sens caché des choses, qu’il s’agisse de faits matériels : la lumière fondue de torches entrant dans une chambre par des portes opposées, un parchemin se recroquevillaänt au feu %5, ou de faits spirituels : la violence, la jalousie, l'audace dans le mal, la signification des rêves 96. Il s’intéresse tout particulièrement aux erreurs de nos sens, sur le mouvement, les mirages, les feux follets 97. Par là, il quitte le domaine de l’observation courante pour pénétrer dans celui de la philosophie et de la science.
Nous savons l'attrait qu’ont exercé sur son esprit les problèmes scientifiques. Il est naturel que les images empruntées aux sciences soient nombreuses et variées. Elles peuvent se diviser en deux classes; les unes reflètent les croyances et les superstitions de son temps, et nous voyons Cowley parler du regard mortel des basilics, des salamandres qui vivent dans le feu, des succubes, du cristal magique, des enchantements, de l’influence des comètes et des étoiles 98. N’en concluons pas qu’il y ajoute toujours foi : la règle du mensonge poétique l’autorise à tromper ses lecteurs, pourvu qu’il les charme, et il proteste à plusieurs reprises contre la superstition : contre la peur des éclipses et des astres nouveaux, ou contre le sens que l’on attache aux morts par la foudre 99.
Ces images, basées sur la superstition, sont toutefois moins nombreuses que celles où Cowley fait réellement preuve d’esprit scientifique : la médecine et la physique semblent se partager ses préférences, mais la chimie, l’astronomie, les mathématiques, la
95. Dav., IL, v. 753, p. 343; The 34 Chapter of Isaiah.…., st. 3, v. 11, p. 212. Cf. aussi sur des sujets semblables : Davw., I, v. 52, p. 243, III, v. 753, p. 343, IV, v. 368, p. 374; On Orinda’s Poems, st. 4, p. 406.
96. The Encrease, st. 3, v. 5, p. 122; To the new Year, st. 4, p. 208: Daw., III, v. 170, p. 288, II, v. 550, p. 298, et v. 685, p. 301; À Discourse…., Il,
97. Called Inconstant, st. 3, v. 5, p. 103; Brutus, st. 2, v. 7, p. 195: Dav., IT, v. 589, p. 299; Answer to the Platonicks, v. 22, p. 81; Against Hope, st. 3, V0 D ll 0:
98. The Usurpation, st. 4, v. 7, p. 128; The Plagues of Egypt, st. 3, v. 14, p. 220; À Discourse, IL, st. 3, v. 8, p. 352; The Gazers, st. 3, v. 6, p. 143: Not Fair, v. 13, p. 75; To Dr. Scarborough, st. 4, v. 12, p. 199: To a lady who made poesies…, st. 3, p. 30; Ode. Upon his Majesties Restoration…, st. 10, v. 23, p. 427; Sitting and Drinking.…., st. 2, p. 412; Davw., I, v. 302, p. 249, IL, v. 122, p. 287, III, 289, p. 331, etc.
99. Dav., IT, v. 286, p. 331; To the Royal Society, st. 8, p. 452: The Concealment, st. 2, v. 6, p. 119.
géométrie ne le laissent pas indifférent. Il décrit volontiers la maladie et ses remèdes, et son développement prend presque parfois les allures d’une leçon d’anatomie 100. Il s'intéresse aux effets de la chaleur et du froid, aux lois de l'attraction, à l'influence de la lune sur les marées, à la densité des corps, aux phénomènes de relativité 101, Il lui arrive de parler des nombres en mathématicien, du cercle en géomètre, des mondes en astronome, de la matière en alchimiste 102. Ainsi se juxtaposent étrangement, dans cette œuvre, la pseudo-science médiévale et la science moderne à ses débuts.
Ce sont ces images d’ordre familier et savant qui donnent au style de Cowley son caractère. Dans celles où il utilise la nature (trop souvent vue à travers les livres), ou ses souvenirs classiques, il continue la tradition. Il la continue d’ailleurs d’une manière toute extérieure : le souffle poétique qui animaïit les Elisabéthains lui manque. Il n’a plus ni leur imagination, ni leur amour enthousiaste du Beau. Docile, il se met à leur école, maïs avec plus d’application que de succès. À son souci d’art s’allient trop de préoccupations différentes.
Car ce qui l’intéresse essentiellement, c’est, nous le savons, l’homme, son activité mentale, son emprise sur le monde. D’un côté, la psychologie et la morale, de l’autre la science : er somme, la vie quotidienne. Et il se préoccupe moins d’atteindre la Beauté
100. To Dr. Scarborough, pp. 197-198: Ode. Upon his Majesties Restoration, st. 5, p. 423: The Cure, st. 1 et 2, p. 139; Counsel, st. 1, p. 94; The Incurable, st. 2 et 7, pp. 143-144; The Passions, st. 1, p. 85; Upon Dr. Harvey, p. 416; The Muse, st. 3, p. 186.
101. Sur la chaleur : Written in Juice of Lemmon, st. 5, p. 73; The vain Love, st. 1, p. 81; The Request, st. 3, p. 66.
Sur l'attraction : Dav., IL, v. 52, p. 285, II, v. 946, p. 348; Maidenhead, st. 1, p. 129.
Sur la lune : Dav., IIL, 288, p. 331; The Injoyment, st. 2, p. 114.
Sur la densité : Love and Life, st. 2, p. 91.
Sur le double mouvement du soleil : Love and Life, st. 3, p. 92.
Sur la relativité du temps : The long Life, p. 93; Love and Life, st. 1, p. 91; A Discourse, II, p. 374, v. 35-40.
102. The Encrease, st. 1 et st. 2, p. 122; Brutus, st. 1, p. 195; The Puritan and Papist, v. 3, IL, p. 150; To the Royal Society, st. 8, 1, p. 452; The Extasie, st. 5, I, p. 205: Friendship in absence, st. 2, 1, p. 27; Upon the death of W. Hervey, st. 15, p. 36; Maidenhead, st. 4, p. 129.
que d'offrir des suggestions et d'ouvrir des horizons nouveaux. L'imagination obéit chez lui à l’intelligence. Les images lyriques sont aussi rares que les élans vers la poésie pure. Prenons son hymne à la Lumière, le morceau où il se montre le plus sensible à la splendeur du monde, et cherchons les strophes et les images, qui révèlent sa jouissance artistique : nous ne pouvons guère retenir que six strophes, sur un total de vingt-six 103, et quelques images perdues dans la masse des pointes spirituelles ou des préoccupations morales 104, À de rares exceptions près, la poésie de ses images lui importe peu, au regard de leur pouvoir de démonstration. Celles qui décrivent, qui ont simplement une valeur décorative, il les emprunte, sans effort de recréation originale, à la convention poétique. Elles semblent n'être dans son œuvre qu’une survivance. Celles qui éclairent et soulignent la pensée, au contraire, lui appartiennent en propre, et constituent la partie vivante de son style. Elles ne sont pas lyriques. Tirées de sa connaissance de l’homme, de l’état social, des lois de l’univers physique, c’est-à-dire de sources prosaïques, exprimées en termes familiers ou techniques, elles n’éveillent chez le lecteur aucune association poétique, elles n’'émeuvent pas sa sensibilité, et n’emportent pas son imagination vers des visions d’art. Par elles-mémes, elles ne sont rien : elles ne valent que par l’emploi que le poète en fait, par la pensée dont elles sont la transcription métaphorique 105.
Elles nous permettent ainsi de distinguer Cowley de ses devanciers élisabéthains. Quand il conçoit le style poétique comme une succession d'images, quand il prend comme pivots de sa phrase le balancement et l’antithèse, quand il parsème ses vers de termes recherchés et d’allusions obscures, il ne fait qu’adopter la formule
103. Hymn. To Light, 1, pp. 444-447. Les strophes les plus purement descriptives sont les strophes 18, 19 et 20. (Notons dans la strophe 18, l’idée que Rostand a résumée dans le vers célèbre : « O soleil ! Toi sans qui les choses ne seraient que ce qu’elles sont ! ».) On peut y ajouter les strophes 7, 8, 9 et peut-être les strophes 16 et 24.
104. Parmi les images, citons : « Thou Tide of glory » (st. 2), les « Golden quivers of the sky » (st. 4), les vers luisants « living spangles » (st. 9).
105. Un critique américain, H. W. Wells (Poetic Imagery illustrated from Elizabethan Literature, Columbia University Press, 1924), a baptisé ces images du nom de « radical images » : peu évocatrices par elles-mêmes, mais « of powerful metaphorical relation ».
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d'art que tous les écrivains, depuis le dernier tiers du XVI: siècle, prosateurs aussi bien que poètes, s’évertuent à mettre en pratique 106. Même lorsqu'il va chercher ses sujets de comparaisons dans le domaine de l’observation et de la science, il ne fait que marcher sur les traces de Lyly. L’intervalle de temps qui les sépare suffit à expliquer le passage de l’histoire naturelle fantastique de l’un à la conception plus rationnelle de l’autre. Jusqu'ici, nous pourrions ne voir en lui qu’un Elisabéthain attardé.
Mais nous sentons, en étudiant ses images, qu’un élément nouveau a pénétré dans sa poésie. Son attitude vis-à-vis du monde n’est plus la même, et il demande à ses images autre chose que ses prédécesseurs. Il semble souvent se refuser à considérer les matériaux de ses images sous l’angle poétique : au contraire, il s’applique à les dépouiller de leur contenu imaginatif, en les considérant à la lumière de l’analyse. Ne voit-il pas surtout dans la nature des phénomènes d’ordre scientifique? Il renonce au romantisme de la Beauté, pour rechercher avant tout la signification précise des choses 197. La poésie n’est, dans ses images, qu’un élément accessoire. Dans l’orientation qu'il manifeste, nous reconnaissons le disciple de Donne, le poète « métaphysique », dont le procédé favori n’est pas uniquement l’antithèse, ni la comparaison, ni la métaphore, mais le « conceit ».
Les procédés de style que nous venons d’analyser ne représentent pas, en effet, pour Cowley, un aboutissement. Les images qui se pressent dans son œuvre constituent seulement la matière sur laquelle s’exerce son activité créatrice. Il préfère celles qui naissent de son expérience personnelle ou de son savoir, mais il accueille aussi celles que lui lègue la tradition, pour les travailler, en quelque sorte, au feu de son intelligence, et les métamorphoser: tous ses efforts de styliste aboutissent au « conceit » 108.
106. M. Feuillerat en a montré les origines et l'épanouissement dans l’œuvre de Lyly (John Lyly.…., passim). :
107. C’est que H. W. Wells appelle : considérer les objets « radicalement » (op. cit., p. 121). | RER
108. Nous préférons garder le terme anglais. L italien, avec « concetti », le français avec « pointe », disent autre chose que l’anglais du XVII: siècle
avec « conceit >.
Le New English Dictionary définit ainsi le conceit :
Notion ou expression fantaisiste, ingénieuse ou spirituelle appli
quée aujourd’hui avec un sens péjoratif à une tournure de pensée, à une image, etc, forcée ou trop recherchée; affectation de pensée ou de style.
Cette définition, dans sa généralité, n’explique que d’une manière forcément très imparfaite le genre de conceit que Cowley a cultivé. Pour comprendre ce conceit, d’ailleurs, il faut nous reporter à celui de Donne, son maître en la matière.
Sans prétendre à déchiffrer l’énigme de l’œuvre et de la personnalité de Donne, nous allons donc tâcher de dégager les éléments essentiels de son style. Nous pourrons ensuite définir en connaissance de cause le conceit de Cowley.
% LES Carew résume son élégie sur Donne par ces deux vers :
Here lies a king, that rul’d as he thought fit The universall Monarchy of wit.
Or, nous savons que c’est par le mot « wit » que le dix-septième siècle définissait l’essence du génie poétique. Hobbes, positif et clair comme à l’ordinaire, y voit la perception des ressemblances entre objets différents, par opposition à « judgment », qui est la perception des différences entre objets semblables. Locke 109, et plus tard Johnson reprendront à leur compte cette définition, et ce dernier précise :
Une sorte de discordia concors; une combinaison d’images dissemblables, ou la découverte de ressemblances occultes entre des choses différentes en apparence 110.
Là où le commun des hommes ne voit rien que de très ordinaire, le poëête, doué d’une vision plus pénétrante des choses, perçoit les rapports cachés qui les unissent 111.