‹ Abraham CowleyChapitre 322 sur 429 · IE ETS UN PR · texte numérisé non relu

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ce qu’il trouve dans les livres et ce qu’il observe autour de lui, la science à laquelle il croit et les superstitions qu'il nie tout bas, les images de la Bible et celles de la mythologie païenne. Il adopte la formule d’art que Donne a découverte, mais il ne renonce pas pour cela à prendre aux Elisabéthains ce que bon lui semble.

Il atteint l’originalité grâce à son intelligence déliée, et il triomphe dans la subtilité de l’analyse. Il possède « l'esprit », qui fait au XVII: siècle les poètes, et sa poésie s’orne de pensées neuves et d'images frappantes. Il paraît manier le conceit en virtuose, au point de s’approcher parfois de Donne, son maître, sans jamais d’ailleurs l’égaler : il mérite souvent le titre de poète « méta- : physique ».

Mais, dans ses efforts consciencieux, il dépasse souvent le but. Ï1 ne sait pas se contenter de l’originalité qui lui est propre, ni faire goûter au lecteur le charme reposant de la simplicité. Sa virtuosité l’entraîne dans une course folle à l’esprit, où ses forces le trahissent et le font tomber dans tous les excès du mauvais goût et de l’artifice.

Dans l’un comme dans l’autre cas, il a souvent gaspillé ses forces et son talent. Pour n’avoir pas su s’arrêter à temps ni choisir, il n’a jamais atteint le succès total. Son style, s’il avait connu la vertu de la mesure, aurait été proche de la perfection. Tel quel, malgré ses défauts, il commande l’admiration; mais une admiration qui ne se donne jamais sans arrière-pensées, ni restrictions.

N’accusons pas entièrement Cowley de cette réussite incomplète. L'époque où il a vécu en est, à bien des égards, responsable, et son style reflète le conflit dont lui-même est victime. Ce n’est plus le style des Elisabéthains, et ce n’est pas encore celui des néoclassiques. Il garde, par son manque de mesure, quelque chose de l'enthousiasme indiscret de la Renaissance, mais la flamme sacrée de l'inspiration ne l’éclaire plus, et, par son allure rationnelle, savante, positive, il se rattache au siècle suivant.

Le style de Cowley est, en quelque sorte, désaxé. L'intelligence qui le domine aspire à une règle qu’elle ne distingue pas nettement: dans l'incertitude, il accueille tout ce qui s’offre à lui. I] faut attendre la fin du siècle pour que soit découverte la vertu de la modération, et que le « jugement » vienne tempérer les excès de

« l’esprit ..

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