‹ Abraham CowleyChapitre 328 sur 429 · Daw., I, v. 129, p · texte numérisé non relu

Daw., I, v. 129, p

où nous retrouvons le disciple de Virgile 37. Sa Complaint s’annonce par des sonorités assourdies, des rimes étouffées, qui culminent dans l’allitération feutrée des « 1 », et l’assonance gémissante du dernier vers :

In à deep Vision’s intellectual Scene, Beneath a Bow’r for Sorrow made, Th’uncomfortable shade Of the black yew’s unlucky green, Mixt with the mourning Willow’s careful gray, Where Reverend Cham cuts out his Famous way, The Melancholy Cowley lay 38.

La fierté joyeuse de la possession retentit, au contraire, dans les rimes claires et les voyelles éclatantes de The Injoyment :

Then like some wealthy /sland thou shalt ly; And like the Sea about it, 1; L

Thou like fair Albion, to the Sailors Sight,

Spreading her beauteous Bosom all in White :

‘Like the kind Ocean I will be,

With loveing Arms for ever clasping Thee 39.

Nous ne pouvons qu’approuver ces efforts louables pour créer un symbolisme des sons et des rythmes, et admirer avec Johnson, comme une des plus parfaites réussites de vers plastiques que renferme la poésie anglaise, ce vers fuyant comme le torrent qu'il décrit :

| That runs, and as it runs, for ever wili run on 40.

Mais il ne se contente pas, les exemples cités nous l’ont déjà

37. Davw., IV, v. 708, -p. 383, et n. 38, p. 400 : « In emulation of the Virgilian verse : Quadrupetante putrem sonitu quatit ungula campum. » Nous avons déjà noté l’usage des monosyllabes lourds et lents. Cf. dans le portrait de l’Envie : « … Her black locks hung long. » (Davw., I, v. 154, p. 246).

38. The Complaint, st. 1, p. 435. Cf. aussi la dernière strophe du chant d’amour de David à Michol (Davw., III, v. 860, p. 344).

39. The Injoyment, st. 1, p. 114. Tout semblable est le début de The Change. Les allitérations de Cowley sont en général assez primitives : Cf.

« Three thousand Guards of big, bold men he took Tall, Terrible, and Guards ev’n with their Look » (Dav., IV, v. 675,

: 40. Jomnson. Life of Cowley, p. 53. Le vers de Cowley est d’ailleurs calqué sur celui d’Horace : « Labitur, et labetur in omne volubilis aevum », ce dont Cowley ne se cache pas (Cf. l’essai : The Danger of Procrastination, II, p. 454).

montré, de chercher des transcriptions imitatives de sons et de mouvements; il étend le procédé au monde de l'esprit, et la critique que Johnson en fait, bien qu’elle puisse paraître étroite et terre à terre, contient une part de vérité 41. Beaucoup des allitérations de Cowley n’ont aucune valeur pittoresque. Elles n’ont pas d’autre rôle que de fixer l’attention, de souligner l’idée, et certaines représentent une forme toute extérieure (mais à laquelle Cowley ne répugne pas), du conceit 42. Ses rythmes révèlent des intentions analogues. L'union de « sound and sense » dont il fait, grâce au vers libre, une application sans limites dans les Odes pindariques, l'amène souvent, nous le verrons bientôt, à des chaos de sons et des ruptures de rythmes où le lecteur le plus indulgent ne peut trouver l’équivalent plastique de la pensée, et encore moins une satisfaction d’ordre poétique 45.

C’est ici avant tout affaire d’oreille et de goût. Or, nous savons que le goût de Cowiey n’est nullement infaillible, et son sens musical paraît avoir été assez limité. Dans le monde physique, il semble plus sensible aux mouvements et aux formes qu’à l’har-

41. Voici la critique de Johnson : « Verse can imitate only sound and motion. À boundless verse, a headlong verse, and a verse of brass or of strong brass, seem to comprise very incongruous and unsociable ideas. What there is peculiar in the sound of the line expressing loose care, I cannot discover; nor why the pine is taller in an Alexandrine than in ten syllables. » Les exemples nous paraissent assez mal choisis, car dans le vers qui contient « Headlong », Cowley a voulu donner l’idée du mouvement; dans celui qui contient « brass », le fracas de l’airain : un son; et pourquoi interdire au vers de peindre la dimension ? la majesté du vers dépend souvent de sa longueur. C’est pour la transcription des idées et des sentiments que l’utilisation du procédé devient plus contestable.

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