‹ Abraham CowleyChapitre 329 sur 429 · Cf. par exemple · texte numérisé non relu

Cf. par exemple

« Noisy Nothing ! stalking Shade ! > (Honour, st. 3, p. 145).

« The powerful Princely Purple of the Vine » (4 translation out of Virgil : Fortunatus.…, v. 8i, II, p. 411).

« And wretch, lle strike thee dumb and dead » (The Rich Rival, st. 2, p. 108).

43. N'importe quel passage, pris au hasard, nous force à nous demander pourquoi Cowley a choisi tel rythme plutôt que tel autre. Ainsi, pourquoi, au début de l’ode sur la Restauration (p. 421), voulant décrire la paix, vaste et noble thème, emploie-t-il ces vers courts et sautillants, ces rimes ternes :

« Nor whilst around the Continent, Plenipotientary Beams ye sent,

Did your Pacifick Lights disdain,

In their large Treaty to contain The world apart, o’re which do raign Your seven fair Brethren of Great Charls his Wane. »

monie. Mais surtout, il s’absorbe dans la contemplation abstraite où les sens ne comptent guère. Il est trop uniquement cérébral pour faire œuvre plastique. La forme ne l’intéresse que dans la mesure où elle permet l'expression de l’idée. Il supplée à cette lacune de son tempérament avec habileté, par des théories et des formules, maïs jamais l’application d’une théorie n’a pu suppléer à l'instinct poétique. Les vers de Cowley sont généralement corrects et nets, mais ils ne chantent pas. On les sent créés par le labeur d’un artiste pour lequel la conscience remplace trop souvent le génie.

Va-t-il du moins accroître l’harmonie de ses vers par la musique régulière de la rime? Nous savons qu’il n’a écrit que fort peu de vers blancs. A quels résultats aboutit cette prédilection?

Soyons sûrs, d’abord, qu’il ne rime pas à la légère. Une de ces notes, dont il eut l’heureuse idée de faire suivre ses Odes pindariques, nous apprend qu'ici encore une théorie guide ses pas. Ayant fait rimer ensemble « find », « refined » et « behind », il se justifie en ces termes des deux premières rimes :

Les Français affectionnent cette sorte de rime et l’appellent rime riche; maïs je ne l’admets pas en anglais, et je ne voudrais absolument pas l’employer ailleurs que dans ce genre de poésie libre, et même ici très modérément, presque jamais sans qu’il y ait une troisième rime pour répondre aux deux premières. On la trouve très souvent dans Chaucer et dans nos vieux poètes, mais leur exemple ne vaut plus pour nous aujourd’hui. Il ne peut y avoir de musique avec une seule note 44.

Cowley nous apparaît donc comme un puriste, et nous avons, semble-t-il, le droit d'attendre de lui des rimes irréprochables. Mais notre attente est déçue, et, même en tenant compte des différences entre la prononciation du XVII° siècle et la nôtre, qui nous rendent étranges des rimes alors parfaitement légitimes, même en étendant, autant que le veut le professeur H. C. Wyld, la liste des rimes permises 45, il en subsiste un trop grand nombre

44, To Dr. Scarborough, st. 2, v. 6, 7, 8 et n. 2, p. 200.

45. H. C. Wwvzo. Studies in English Rhymes from Surrey to Pope (1923). Le livre paraît légitimer phonétiquement, grâce surtout aux prononciations provinciales, un bien grand nombre de rimes.

qui ne satisfont ni l’œil, ni l’oreiile; telles diamond/found, came/ lamb, runs/moans, becomes/tombs, Phaeton/come 46, Assez nombreuses sont celles dont la consonne finale diffère, et qui, par conséquent, ont difficilement droit au titre de rimes : is/miss, his/ bliss, rise/suffice, arise/twice 47. L'équilibre entre les rimes est aussi souvent rompu que chez Marvell 48, l’une portant un accent fort, l’autre un accent secondaire : pry/misery, meant/monument, stir/ravisher, seas/voyages, please/mistress, palaces/limbuses, bed/finished, they/tarantula, aboutissant à des simulacres de rimes, comme : there/sepulchre, well/principle, invincible/tell, miracle/impossible. Non content de torturer ainsi les accents et les mots pour les rendre semblables, Cowley se laisse aller, et c’est là un des plus graves défauts de sa versification, à prendre comme rimes des mots insignifiants, tels que : «it » ou « be » : beget/of it, sit/of it, admit/of it, sit/to it, sight/by it; dans le livre IV de la Davidéide, le mot « be » ne revient pas moins de quinze fois à la rime.

A ces rimes pauvres s'ajoutent les rimes faibles, qui tombent l’une et l’autre sur un accent secondaire : company/effectively, maladie/incivilitie, poverty/fertility, probabilities/fallacies. Les rimes féminines introduisent un nouvel élément de mollesse : bower/tower, discover/lover, pleasure/measure, stories/glories, kisses/blisses, applying/dying, creation/generation, glory/purgatory 49, qu’exagèrent encore un certain nombre de syllabes hypermétriques : refine it/coyn it, allow me/owe me, hear him/neare him 50.

Nous voyons ainsi les velléités de purisme de Cowley dispa-

46. Cf. encore : Mathusalem/seem, less/Mistresses, visibility/invisibly... 47. Cf. voice/noise, sacrifice/deities, despise/eyes. 48. Cf. P. Lecouts. Marvell, p. 164.

Cf. lie/poesie, rise/eternities, fly/slavery, sky/harmonie, head/buffeted, deceit/sophisticate, conversation/done, legion/one... Edward Bysshe cite comme exemple de rimes à éviter, ces deux vers de la Davidéide :

« À clear and lively brown was Merab’s dye:

Such as the proudest colours might envy.…. », en les accompagnant de ce commentaire : « these two verses of Cowley rhyme not at all » (The Art of English Poetry. 7th edition, 1725, p. 21). 49. Cf. wonder/thunder, power/devour, flowing/growing, nation/annihilation, weary/secretary.., sans parler du très fréquent : heaven/given. 50. Cf. doubt it/without it, do it/into it.

raître, étouffées sous les licences et les incorrections. Sans doute, nous ne devons pas oublier qu’en anglais le problème de la rime est particulièrement angoissant pour les poètes, et que les plus grands ne l’ont pas toujours résolu avec bonheur. Mais il nous faut bien constater que les intentions de Cowley ont mieux valu que leur réalisation : ses forces l’ont trahi, et ses rimes sont dans l’ensemble tourmentées et pauvres.

Il essaye bien de les renouveler. N’avons-nous pas trouvé parmi les exemples cités, des mots relativement rares, tels que : tarentula, buffeted, sophisticate, limbuses? des termes géographiques : Arabian, African, Caspian, Mediterranean? Mais les mêmes associations, presque inévitables, à vrai dire, reviennent avec une fréquence monotone : « love » rime avec « move » ou « prove », « fall » avec « all », « heart » avec « art ».

Les rimes sont un des points faibles de sa poésie.Leur chanson, comme la musique du vers, lui échappe trop souvent. On ne saurait excuser Cowley en invoquant la négligence : elles portent la marque du travail et de l’effort; mais d’un effort que récompense trop rarement le succès.

Si, des éléments constitutifs du vers, nous passons à l’analyse des cadres où ils prennent place, nous en retirons une impression toute semblable. Les mètres dont il use nous paraissent d’abord caractérisés par la variété, puisque nous n’en trouvons pas moins de neuf sortes : vers de 2, 3, 4, 6, 7, 8, 10, 12, 14 syllabes. Mais cette apparente diversité se réduit dès qu’on la précise. Très rares sont les vers de deux et de trois syllabes (nous n’en avons relevé qu’un exemple de chaque) 51. Les vers de quatre syllabes, bien que plus nombreux, ne se rencontrent guère que dans les Odes pindariques (12 dans les odes de 1656). Quant à ceux de quatorze syllabes, ils sont très fréquents dans les Odes pindariques, mais là seulement (35 dans les odes de 1656).

51. Le vers de deux syllabes : « but Fly », dans The Muse, SET TD LION, et celui de trois syllabes : « When we see », dans l’ode à Brutus, st. 5, p. 197. Ces vers si courts sont d’ailleurs compensés par la longueur des voisins.

Retenons comme mètres normaux, les vers de 6, 7, 8, 10, 12 syllabes. Encore ceux de 6, 7 et 12 syllabes ne sont-ils pas employés séparément. Ils servent, soit à former des strophes anisométriques, soit, et c’est souvent le cas du vers de 12 syllabes, à rompre la monotonie du vers héroïque 52. Constatons en passant l'absence, dans la poésie de Cowley, même dans ses Anacréontiques de toute pièce écrite en heptasyllabes. Le poète commence parfois par plusieurs vers de sept syllabes, mais vite il revient au rythme familier de l’octosyllabe, et retombe dans l’alternance des deux mètres 53. C’est une différence de plus à noter entre lui et Herrick, qui trouvait dans l’heptasyllabe son mode d’expression naturel 54.

En somme, les mètres fondameniaux de la poésie de Cowley, ceux qui en forment la trame, se réduisent à deux : l’octosyllabe et le décasyllabe, c’est-à-dire les mètres les plus courants de la poésie anglaise, et nous trouvons ainsi, limitée à l’extrême, la variété de surface de sa métrique. Encore devons-nous remarquer que l’octosyllabe n'apparaît à l’état pur, sur les quatre-vingt quatre pièces de The Mistress, que cinq fois 55. Cowley se défie-t-il de la « facilité dangereuse » de ce mètre, facilité dont Marvell ne triomphe qu’au prix de nombreux échecs 56? L’écarte-t-il à cause de sa popularité même, comme trop vulgaire?

Reste, en définitive, le décasyllabe. C’est le premier mètre que Cowley ait manié. Nous le trouvons dans Pyramus and Thisbe, dans Constantia and Philetus, et dans dix poésies, sur les dixneuf dont se compose le recueil de 1630. Il lui reste fidèle, non seulement dans ses poèmes d’allure épique, où il s’imposait (dans la Davidéide, À Poem on the civil War, the Puritan and the Papist), mais encore dans la plupart des pièces de circonstance, et même après son adoption de l’ode pindarique. Cette fidélité est

52. Mrs. Meynell (Pall Mall Gazette du 28 avril 1897) trouve un intérêt particulier à l’alexandrin de Cowley et à celui de Crashaw, parce que Crashaw évite toujours, et Cowley quelquefois, la césure médiane, qu’elle trouve fatale à l’unité du vers. Elle cite avec éloge le vers :

« Like some fair Pine o’erlooking all the ignoble wood. » 53. Cf. Acme and Septimius, p. 419, et Elegy on Anacreon, p. 59. 54. Cf. sur ce point, F. DELATTRE. Robert Herrick, p. 477. 55. Dans The Given Love, p. 68; Clad all in White, p. 77; My heart discovered, p. 79; The Vain Love, p. 81; Counsel, p. 94. 56. Cf. P. Lecouis. André Marvell, pp. 157, 158.

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