The Waiting-Maid, st. 4, p
Sur ce point particulier, l'impression que produit l’ensemble de Pœuvre : dans son désir de découvertes métriques, Cowley accueille pêle-mêle le bon et le mauvais 109, Le mieux est pour lui l'ennemi du bien. S'il s’en était tenu aux formes normales, il aurait connu moins souvent l’échec.
Quel que soit d’ailleurs le mètre choisi, il semble avoir peine à le respecter. On ne saurait toujours expliquer par le besoin de varier les irrégularités fréquentes de ses strophes. Certains poèmes sont, à cet égard, caractéristiques. La première strophe de Bathing in the River donne comme mètre : 10, 10, 10, 6, 6, 6, 10. Mais les suivantes, à l’exception de la dernière, ne la répètent pas, le vers de six svilabes se transformant capricieusement en octosyllabe 110. II semble que le poète ne puisse se plier à observer pendant plusieurs strophes le modèle qu’il a cependant choisi. Souvent aussi, le mètre ne s’établit que peu à peu, les premières strophes marquant quelque hésitation 111.
N’exagérons pas ces irrégularités, qui se ramènent toutes, en définitive, à la même hésitation entre le vers de huit et le vers de six syllabes. Constatons simplement la répugnance de Cowley pour les formes fixes. Toute régularité ne lui pèse. Même dans la strophe anisométrique, nous le sentons gêné. N’est-il pas naturel, dès lors, qu’il cherche dans la liberté complète la satisfaction de ses goûts? Il a cru en trouver la formule idéale dans les Odes pindariques.
Nous savons dans quel esprit Cowley a conçu l’ode pindarique.
109. Saintsbury trouve côte à côte l’ode To Dick (p. 26), mal construite au point de vue métrique, avec son lourd distique initial, qui entraîne les quatre octosyllabes grêles de la fin, et la pièce Friendship in absence (p 27), harmonieusement composée, les 4 octosyllabes étant encadrés et soutenus, cette fois, par les décasyllabes (Sarnrssury. History of English Prosody, I, p. 292). Saintsbury l’accuse, en outre, de commettre des erreurs métriques : de faire, par exemple, dans un quatrain, rimer des vers de mètres différents : The Given Heart, rime aabb et est construit : 10, 8, 8, 10. |
110. La strophe 2 a pour mètre 10, 10, 10, 8, 6. 8, 10; la st. 3 : … 6, 8. 10. 10: a st 4: 6,8,8, 10; last. 5: 8, 6,6, 10. Dans Resolved to be belored (p. 124), nous assistons à une transformation analogue, dans The Tree (p. 140), également.
111. Dans Love given over (p. 151), st. 1 : 10, 6, 6, 8, 12; st. 2 : 10, 7, 6, 7, 12: st. 3: 10, 6, 6, 6, 12: st. 4, 5, 6 : 10, 8, 8, 8, 12. Cf. aussi The Parting,
Il y a vu un affranchissement total du poète, qui n’écoute que son génie. La hardiesse de la forme répond à celle de l’idée. Plus de règles pour entraver la libre création, la strophe et le vers se modelant sur les mouvements de la pensée; la rime (dont Cowley, trait caractéristique, n'entend pas se passer tout à fait) n’obéit à aucune loi. En ce domaine du moins, l'originalité de Cowley s’affirme hautement.
Elle n’est cependant pas sans limites. Il peut revendiquer l’invention de la strophe libre de ses pindariques, mais la strophe n’est que le cadre. Le vers libre qu’elle utilise existait avant lui. Le besoin général de liberté, que manifeste de manière éclatante le succès triomphal des Odes de Cowley avait déjà trouvé une expression partielle dans les générations précédentes. Spenser dans son Prothalamion, et plus encore dans l’Epithalamion, est l'ancêtre lointain des Pindariques. La strophe, le mètre, les combinaisons de rimes sont d’une complexité telle que leur retour périodique n’est pas sensible à l’oreille, et qu'ils créent une impression de majestueuse liberté. La régularité n’est du reste pas absolue, puisque dans l’Epithalamion voisinent des strophes de 17, 18 et 19 vers, où le mètre et la rime, tout en restant analogues ne sont pas identiques 112.
Donne et Jonson, dans leurs épithalames, modèlent leur strophe sur celle de Spenser, tout en la réduisant, Donne à 12 ou 14 vers 113, Jonson à 8 ou à 12 114. Sidney, Feltham, Drummond, Daniel, Randolph, composent également des odes qui prouvent à quel point la longue strophe complexe était alors populaire 115.
Mais Jonson et Donne vont plus loin. Jonson, dans son Ode to James, Earl of Desmond pindarise consciemment, et sa longue strophe de treize vers, aux mètres d’une fantaisie effrénée, a pu servir de modèle à celles de Cowley. Sans doute, il n’a pas
112. La quinzième strophe a 17 vers; les st. 1, 2, 4, 5, 6, 10, 16, 21, 23, en ont 18, les autres 19. Le mètre est à base de décasyllabes, coupé par trois vers de 6 syllabes; la rime est soit ababccdcdeffghhii, soit ababccdcdeefggfghh, soit ababccdcdeefggfhhii.
113. An Epithalamion... on the lady Elizabeth... (strophes de 14 vers), Epithalamion made at Lincoln’'s Inn (strophes de 12 vers).
114. L’épithalame du masque Hue and Cry after Cupid a 11 vers, celui de Lady Frances Stewart en a 8.