Citées par ScHiPPER. Op. cit., p. 797 sq
conscience d'écrire en vers libres, et il répète rigoureusement cinq fois lextravagant dessin rythmique; son audace initiale n’en demeure pas moins. Audacieux aussi sont trois poèmes de Donne: Womans Constancy, The Apparition, et The Dissolution, où il nous semble voir un premier épanouissement du vers libre : ici 17 vers, là 24, allant de 4 à 14 syllabes 116. Donne croyait sans doute composer une strophe anisométrique particulièrement compliquée, la strophe constituant à elle seule le poème. Mais son vers a, en fait, tous les caractères du vers libre : l’irrégularité des mètres et des rimes. Sont bien écrites aussi en vers libre un certain nombre d’autres pièces de poètes contemporains, par exemple : le Lycidas de Milton, deux poésies de Marvell : On a drop of dew, et The Coronet, et, surpassant toutes les autres en audace, The Collar, de Georges Herbert 117.
Cowley a donc eu des devanciers, et certains de cés devanciers se trouvent être, chose curieuse, ses maîtres. Il n’a pas créé le vers libre. Mais il lui a donné droit de cité dans la poésie anglaise. I] a affranchi la strophe encore captive, et il a fait de l’irrégularité du vers, au lieu d’un accident ou d’un caprice passager, un système.
La valeur et les limites de ce système, l’étude de n’importe laquelle de ses odes nous les montrera. Prenons l’ode sur la Résurrection qu’il qualifie lui-même de « truly pindarical » 118. Nous trouvons quatre strophes inégales : 12, 14, 24, 12 vers. La première rime : aabbccdeeddd; la seconde : aabbccddeefffgg; la troisième : ababbccddeeeffgghhiijjkk; la quatrième : aabbccddeecff. Les mètres sont : pour la première, 8. 10. 10. 8. 8. 10. 10. 8. 10. 6. 8. 6.; pour la seconde, 10. 14. 10. 12. 10. 10. 7. 8. 10. 8. 8. 8. 8. 10. 12.; pour la troisième, 6. 12. 10. 7. 6. 4. 8. 10. 10. 10. 6. 7. 7. PAIN 2 ET 010.1648 102414: Dour la quatrième,;10; 7:10%6. 12-101628212212710:8>12
116. Woman’s Constancy et The Apparition ont 17 vers. The Dissolution en a 24. Les premières rimes de ce dernier poème sont particulièrement hardies : abcdbacde.….
117. Sur ces poèmes de Marvell, cf. P. Lecouis. Marvell, p. 168.
118. The Resurrection, p. 182. Cowley emploie l’expression dans la note 1 de la strophe 1.
La première constatation qu’appelle cette analyse, c’est l’abondance des rimes plates allant deux par deux (les rimes du distique) que vient fréquemment varier l'emploi du « triplet » 119. Les rimes croisées et embrassées sont relativement rares, bien que leur existence se manifeste parfois avec audace, revenant, comme dit Puttenham, à la « quatrième distance », c’est-à-dire au bout de cinq vers (la quatrième strophe nous offre le dessin : ccdd eec) 120,
Dans l’ensemble, la fantaisie de ces rimes est limitée. On dirait que son instinct d'ordre retient maintenant Cowley dans l’audace, et qu'il ne réussit pas à secouer l’habitude qu’il a prise des rimes régulières. Nous le trouvions tout à l'heure hardi et désinvolte devant des formes rigides; nous sommes frappés par sa timidité dans l’usage de la liberté. Les tendances contraires qui s’affrontent en lui, l’empêchent toujours d’aller jusqu’au bout de ses intentions.
Ses mètres sont plus « pindariques », au sens, naturellement, où il prend le mot, que ses rimes, bien que, ici encore, la base soit fournie par ses vers préférés, le décasyllabe et l’octosyllabe. Mais ceci ne doit pas nous surprendre, puisqu'aussi bien, comme l’a finement noté T. S. Eliot, le vers absolument libre est une absurdité. Il y a toujours à l’arrière-plan du poème un mètre, un type de vers, dont le poète s’écarte, ou vers lequel il tend. Ce sont les variations plus ou moins subtiles sur ce fond de régularité qui font le vers libre 121. Cowley dispose pour ces variations d’une gamme étendue de mètres, allant du vers de six syllabes au vers de quatorze, et il les utilise avec sa subtilité habituelle. Mais le
119. Nous en trouvons trois dans cette ode, mais ils sont ailleurs bien plus fréquents. Dans la strophe 4 de The Muse (p. 186), nous en trouvons trois à la suite les uns des autres.
120. Cf. PUTTENHAM. Arte of English Poesie. On trouve dans la Néméenne, st. 6, l’alternance aabbbcca (p. 173). Plus fréquente est l’alternance abbba. que nous trouvons dans The Praise of Pindar, st. 4, p. 179, etc. Rares sont les strophes toutes en rimes embrassées et croisées, comme la seconde de The Praise of Pindar (p. 178).
121. nt on Vers Libre : By T. S. Eliot (New Statesman, March 3, 1917, p. 518..). « The ghost of some simple metre should lurk behind the arras in even he « freest » verse; to advance menacingly as we doze, and withdraw as we rouse.. It is this contrast between fixity and flux, this unperceived evasion of MODOtOuS. which is the very life of verse. »
vers en lui-même ne compte pas. Ici plus que partout ailleurs, l'unité, pour Cowley, est évidemment le paragraphe, la phrase lyrique 122, et c’est de ces groupes de vers qu’il faut partir pour juger le talent de Cowley vers-libriste, d’élans tels que ce début de strophe : :
Thou fadom’st the deep Gulf of Ages past, And canst pluck up with ease
The years which Thou dost please,
Like shipwrackt Treasures by rude Tempests cast Long since into the Sea,
Brought up again to light and publique Use by Thee. Nor dost thou only Dive so low,
But Fly
With an unwearied Wing the other way on high,
Where Fates among the Stars do grow 123.
Nous voyons ici la mise en pratique de la théorie chère à Cowley, de l’union du sens et du son. Sa complète indépendance lui permet de modeler sans entraves le vers sur la pensée. Nous comprenons l'intention qui lui fait décrire d’un vers très court l’élan du départ, puis employer l’alexandrin pour le long vol continu vers les astres. Nous admirons aussi, dans l’ode sur Brutus, cette péroraison ample et majestueuse qui se termine, avec une simplicité dramatique sur un bref octosyllabe :
The Time’s set forth already which shall quell Stiff Reason, when it offers to Rebell; Which these great Secrets shall unseal, And new Philosophies reveal.
À few years more, so soon hadst thou not dy’ed, Would have confounded Humane Virtues pride, And shew’d thee a God crucified 124.
Mais souvent, nous nous heurtons à des énigmes : la correspondance entre le mètre et l’idée nous échappe, ou se révèle, après de
122. Ce paragraphe se confond ici souvent normalement avec la strophe. Ainsi, la première strophe de The Resurrection n’est qu’une ample période. .