Lettre de Paris, 13 septembre 1653 (Miscellanea Aulica
quer, « de sortir, dans leurs recherches de langage, du dialecte courant » 71. Nous savons que Hobbes, uniquement préoccupé de se faire entendre clairement, écarte de parti-pris toute recherche de style.
La littérature religieuse marque avec une netteté particulière ce changement du goût. Au début du siècle, les sermons, à la fois érudits et poétiques, passent des citations savantes aux envolées lyriques sans jamais redescendre sur la terre. À la fin, ceux de Tillotson s'adressent aux fidèles sur un ton naturel, simple et clair, avec le désir évident de faire appel à leur raison 72. Il avait fallu, pour opérer cette révolution dans l’éloquence de la chaire, une véritable croisade. En 1646, par exemple, John Wilkins demande que le style des prédicateurs devienne « simple et naturel, sans que l’obscurcissent ni l’affectation de rigueur scolastique, ni les fleurs de rhétorique » 73. En 1670, John Eachard, trouve parmi les causes essentielles du mépris où est tombé le clergé, l’éducation que reçoivent à l’Université « ces jeunes philosophes qui, travaillant sans jugement à découvrir de grands mots, se rendent savamment ridicules » 74. Et dans son Essay concerning Preaching, Glanvill proteste contre « les affectations du bel esprit et des ornements, des fioritures, des métaphores, des périodes » 75.
De ces trois noms, deux nous sont déjà connus, et fait caractéristique, ils le sont pour leurs rapports avec le mouvement scientifique. Wilkins est un des créateurs de la Société Royale, et Glanvill un de ses champions les plus convaincus. C’est bien, en définitive, dans l’avènement de l'esprit scientifique moderne que la nouvelle prose trouve sa raison d’être et comme sa justification. Au lyrisme élisabéthain, expression suprême de cette fin du seizième siècle si véhémente et enthousiaste, correspondait une prose opulente et déréglée, où s’épanouissaient sans frein les ardeurs imaginatives de la Renaissance. Au rationalisme naissant, mais