‹ Abraham CowleyChapitre 359 sur 429 · Ben Jonson. Discoveries; DAVENANT. Préface à Gondibert · texte numérisé non relu

Ben Jonson. Discoveries; DAVENANT. Préface à Gondibert

72. Cf. sur ce point, Leslie STEPHEN. English Literature and Society in the XVIIItR Century, 1904, p. 49...

73. Discourse concerning the Gift of Preaching, 1646. Cité E. N. S. THompson. Op. cit., p. 135.

74. The Grounds and Occasions of the Contempt of the Clergy and Religion..., 8th edition, 1672, p. 37.

75. Essay concerning Preaching, 1678. Cité par THaompson. Op. cit., p. 136.

déjà impérieux, des environs de 1650, il fallait un mode tout nouveau d'expression. Il fallait une prose capable d’ analyses précises et de démonstrations claires, faite pour exposer la vérité directement perçue, et la faire comprendre sans effort; une prose qui s’adressât uniquement à l’intelligence, c’est-à-dire où les élans de l'imagination et de la fantaisie fussent sans cesse réprimés par une raison lucide.

Et c’est ainsi que tendent à disparaître, vers le milieu du siècle, les longues périodes enchevêtrées, adaptées aux controverses suhbtiles de l’érudition et de la théologie, mais inaptes à rendre compte des faits, et la foule des figures, des métaphores, des allusions, des termes rares, excroissances poétiques parfois splendides, mais que les esprits, avides de comprendre, s’impatientent de trouver sur leur route.

Les membres de la Société Royale ont d’ailleurs très vite reconnu la nécessité d’un nouveau style, et lorsque Sprat écrit, en 1667, son Histoire de la Société, il ne manque pas de dénoncer « l’aisée vanité du beau langage », de critiquer le besoin malsain d’ornements superflus qui « donne ouvertement le défi à la raison »; et il annonce que les savants qui composent la Société ont pris « une constante résolution de rejeter toutes les amplifications, les digressions, et les enflures du style, et de remonter à la primitive pureté et brièveté, où les hommes proposaient autant de choses presque en un nombre égal de paroles »; ils adoptent « une resserrée, nue et naturelle facon de parler, des expressions positives, des sentiments clairs, préférant le langage des artisans, des paysans et des marchands, à celui des beauxesprits ou des gens de lettre » 76.

La prose de Cowley, si elle ne répond pas tout à fait à cette définition — et elle n'avait pas à le faire, ne traitant pas de science —, répond du moins aux désirs de Sprat. Nous y trouvons une maîtrise consciente de soi-même, une volonté d’analyse exacte et de vérité, qui sont déjà d’un homme de science. Cowley adopte, devant la vie, l’attitude calme et raisonnable d’un savant. Par opposition à la prose exaltée, inquiète, toujours tourmentée, des

76. Histoire de la Société Royale.…., p. 141. Cf. aussi Glanvill sur le style de la Société et sur celui de Sprat (GREENSLET. Op. cit., p. 187...).

générations précédentes, la sienne nous paraît essentiellement calme.

Toutefois, comme Izaac Walton, avec lequel il a tant d'affinités profondes, il n’est qu’à demi savant, et reste à demi poëte. La fantaisie trouve encore une place dans son œuvre. Un besoin instinctif d’ornements lutte contre ses désirs de simplicité. La tradition métaphysique limite, ici encore, ses aspirations classiques.

Classique, sa prose l’est bien par son orientation. Si Cowley avait vécu plus longtemps, elle aurait pu le devenir réellement. Mais l’œuvre entreprise est restée à l’état d’ébauche. Son classicisme, OU, si l’on veut, son modernisme, est imparfaitement défini. Comparons le à celui de Sir William Temple, si stable et si pur, et nous aurons l’idée du chemin qu'il lui aurait fallu parcourir pour atteindre la correction parfaite. Comparons le à celui de Dryden, et nous verrons mieux encore comment il aurait pu se développer. Sans renoncer au style orné, en conservant toujours leur rôle à l’antithèse et à la métaphore, Dryden atteint la clarté et la force. Un rythme net, d’une fermeté admirable, caractérise sa phrase.

Ce sont précisément ces qualités que Cowley n’a pu acquérir. Il a fait une œuvre fort utile en commençant d'alléger la phrase des parasites qui l’'encombraient de leur masse, mais il n’a pas réussi à l’en débarrasser complètement, et sa prose se range, de ce point de vue, aux côtés de celle de ses amis, Evelyn et Sprat. Par là encore, il mérite le titre de précurseur du classicisme, mais non de classique. Sa prose est une prose de transition, et reste indécise. Mais ce qui fait sa faiblesse fait en un sens sa force. N'est-ce pas à sa complexité même, à l’atmosphère un peu trouble où elle baigne, qu’elle doit sa valeur d’art ? Et les nuances délicates dont la pare cette indécision ne la sauvent-elle pas de l’écueil du style classique, la banalité ?

Conchison

Le moment est venu, après la série d’études particulières que nous venons de faire, de jeter un coup d’œil d'ensemble, sur l’œuvre de Cowley, et de nous demander : d’où vient-elle? où va-t-elle? Que vaut-elle? c’est-à-dire de déterminer le degré de son originalité, sa nature et sa valeur.

En même temps qu’un homme de lettres, Cowley nous est apparu comme un lettré, on pourrait presque dire que l’homme de lettres est sorti du lettré. Il était, à coup sûr, né poète; l’instinct d'écrire préexistait en lui à toute étude. Maïs, sans méconnaître la spontanéité de son génie d’artiste, on peut affirmer — et chaque page de notre livre le constate partiellement — que l’étude a déterminé l’œuvre. A la base immédiate de chacun de ses efforts littéraires, nous trouvons sa culture, cause non suffisante, sans doute, mais nécessaire. De là, l'extrême importance des influences qu’il a subies; elles font vraiment corps avec son œuvre, et sont, comme elle, variées et complexes.

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