‹ Abraham CowleyChapitre 369 sur 429 · L'ORIGINALITÉ · texte numérisé non relu

L'ORIGINALITÉ

Il nous a suffi de définir les influences auxquelles Cowley a été plus ou moins volontairement soumis pour passer en revue à peu près toute son œuvre. C’est dire que son originalité apparaît dès l’abord comme très limitée. Elle n’est pas créatrice, en ce sens qu’elle ne choisit pas sa matière, et s'appuie toujours sur un précédent. Cowley semble ne pas vouloir prendre d'initiatives. En choisissant un modèle, il dégage en quelque sorte sa responsabilité. Mais, une fois ce modèle trouvé, il devient audacieux, et sa personnalité, trop faible pour s’imposer sans aide, s'affirme dans l’imitation. Son génie ne se définit pas par opposition à son temps, mais au contraire par son extraordinaire facilité à se modeler sur lui. Un peu comme Lyly, il est « un habile exploiteur de formules littéraires déjà trouvées avant lui », et il a comme lui le don de les fixer d’une manière frappante 1. Mais c’est surtout Dryden qu’il rappelle, Dryden dont un critique a dit fort justement : « La seule chose dont, selon toute apparence, il était incapable, était de créer sa matière » 2. Comme lui, il se saisit des sujets d'actualité et devance ses contemporains sans cesser de les représenter. Verrons-nous dans cet effacement initial une preuve de timidité? Cowley n’ose-t-il vraiment pas créer de toutes pièces, être vraiment lui-même ? Mais peut-on dire de Dryden qu’il manque de confiance en soi ? Il nous semble qu’il y a là plutôt une question de tempérament. Nous avons devant nous moins des créateurs que des réformateurs. La mission dont ils s’acquittent instinctivement consiste à corriger, à améliorer. Le génie plus robuste de Dryden lui permet de transformer en chefs-d’œuvres ce qu’il prend à l’état d’ébauches. Cowley y réussit moins souvent et moins complètement, maïs ses efforts tendent au même but.

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