‹ Abraham CowleyChapitre 37 sur 429 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Sa carrière va-t-elle être interrompue ?

Il n’en est rien, et cet échec ne va pas l’empêcher de poursuivre régulièrement le cours de ses études. Dès le 21 avril 1636, avant même de passer le concours, il est inscrit sur les registres de l’Université, en qualité de « pensioner », c’est-à-dire d'étudiant normal. Le 14 juin 1637, le collège lui attribue une bourse ordinaire 1, en même temps que ses camarades, reçus au concours où il avait échoué, commencent à jouir de leur bourse de Westminster. Il semble qu'ayant sacrifié, comme ils le devaient en conscience à la rigueur des principes, les examinateurs, soucieux d'accueillir et de retenir dans le collège les esprits distingués, se soient radoucis devant le réel talent du jeune Cowley, et se soient arrangés de manière à ne pas le désavantager.

Les autorités du collège vont même plus loin, et, sans doute influencés par la recommandation de Williams et d’Osbaldeston, elles prennent une décision spéciale en sa faveur, en profitant d’un biais. D’après les statuts, un certain nombre d’étudiants formaient un chœur 2, et chantaiïent aux services religieux dans la chapelle. Comme les boursiers, ils étaient payés trois shillings quatre pence par trimestre. Depuis quelques années, la coutume s'était établie d’aider certains étudiants pauvres à poursuivre

1. Registres manuscrits du College : Masters conclusion book, p. 158. C’est en 1637 et non en 1636, comme l’affirme Woop (op. cit.), suivi par l’éditeur de Biographia Britannica (IV, p. 366).

2. Selon l’expression des statuts, « pueri symphoniaci qui choristae nominantur », cité par G. Cogs. À Brief History of the Organ in the Chapel of Trinity College Cambridge.

leurs études en leur donnant une place de choriste sans leur demander de chanter. Ils étaient ironiquement désignés par le nom de « choristes secs » ou, si l’on veut, aphones (Drie choristers). IIs gardaient quelquefois longtemps ce supplément de ressources 3. s

Or nous trouvons dans le livre où étaient inscrites les décisions prises par le conseil du collège, à la date du 30 mars 1637, qu’Abraham devait être choisi comme dry chorister, et toucher les émoluements de la place en attendant qu'il fût élu boursier 4.

Au bout d’un an, sa situation est donc devenue aussi avantageuse que s’il avait réussi au concours des bourses de Westminster. Les autorités du collège ont mis à réparer les rigueurs du sort une bonne volonté qui est toute à l’honneur de Cowley.

Pendant sept ans, la vie du jeune Cowley va se dérouler dans les murs de Trinity College, avec de courtes échappées au moment des vacances. Les trimestres ont, en principe, à peu près ia même durée qu'aujourd'hui : le premier va du 10 octobre au 16 décembre, le second, du 13 janvier au deuxième vendredi avant Pâques, le troisième, du deuxième mercredi après Pâques, au premier vendredi de juillet, et il y a, alors comme de nos jours, un trimestre d’été 5. Mais fort peu d'élèves quittent l’Université à la

3. Ainsi, un nommé Prentice entré en 1610 comme « Sizar », et nommé choriste en 1612, l’était resté jusqu’en 1616, même après avoir conquis, en 1614, le grade de « bachelier ès-hrts ». Dans un rapport de 1636, fourni à Laud sur les abus de l’Université, celui dont nous parlons est signalé en ces termes (J. Bass MuzziNGER. The University of Cambridge, vol. III, p. 133) : « Ils ont divers choristes secs, comme ils les appellent, qui n’ont jamais pu, ni même eu l’intention de chanter une note, et qui cependant jouissent ouvertement des avantages de ces places. »

4. Master’s conclusion book, p. 149 : « It is ordered by the Master and Seniors in the Chappel the 30 th. of March 1636 that Abraham Cowley is chosen into a drie choristers place in reversion, and that the Colleadge shall allow him the benefitt thereof, till it fall, or that he be chosen scholler att the election of schollers next following. » Au lieu de 30 mars 1636, il faut naturellement lire 1637. La date 1636 ne se comprendrait pas : comment les membres du collège auraient-ils pris une telle mesure en faveur d’un élève de Westminster encore inconnu d’eux et ne faisant partie ni du collège ni de l’université ?

Page 1