The Muse, I, st. 2, p
dire, sinon que la nature lui a refusé l'inspiration, et semble avoir voulu le-confiner au domaine rationnel de la prose? Nous regrettons qu'il ne l’ait pas mieux compris.
De fait, c’est en prose que s’aflirment le plus spontanément les dons qu’il avait reçus en partage. Comime ie montrent un certain nombre de passages, trop rares et trop brefs à notre gré, il y avait en lui l’étoffe d’un critique littéraire, dont on ne saurait trop louer, étant donné l’époque où il écrivait, la curiosité vigilante et la compréhension. Dans son Discours sur Cromwell il s’élève à la grande éloquence, attestant avec éclat la tournure oratoire de son
talent. Mais ce que nous préférons aujourd’hui, c’est sa prose
familière, celle des Essais et des lettres. Là nous voyons le libre épanouissement de ses qualités : une vivacité d'esprit qui donne même aux lieux communs qu’il développe une allure nouvelle, une sincérité qui répond partout la vie et la chaleur, et surtout une délicatesse intellectuelle dont l’élégance un peu recherchée est tempérée et purifiée par l’usage discret de la Raïson.
Presque ignorée des contemporains de Cowley, cette œuvre en prose, par une lente ascension, a fini par prendre la première place. De plus en plus on a tendance à oublier le poète pour ne considérer en lui que l’essayiste. Ce qu’on retient de sa poésie, ce sont justement les quelques pièces sans prétention où vit l’esprit des Essais. On aime la grâce légère des Anacréontiques et de The Chronicle; on regrette, en lisant les élégies sur ses amis Hervey et Crashaw, que sa sensibilité n’ait pas plus fréquemment pénétré sa poésie d'émotion vraie. On y trouve de ces vers, harmonieux de forme et de pensée facile, qui demeurent tout naturellement dans la mémoire, et on s’étonne de découvrir que Cowley a pu être, lui aussi, à ses heures, un « oiseau chanteur ».
Mais ces heures là sont brèves; courts moments de délassement dans une vie de perpétuelle tension intellectuelle, oasis reposantes dans les régions tourmentées de la poésie métaphysique, vers lesquelles l’attire son amour de l’analyse ingénieuse et difficile. C’est en ce domaine que nous trouvons ses œuvres les plus significatives, sinon les plus poétiques, et l’expression la plus exacte de sa personnalité complexe : fleurs étranges, irréelles de The Mistress, des Odes pindariques dont certaines sont, à leur manière, des chefs-d'œuvre.
Au moment de citer des titres, des scrupules nous arrétent. Trop rares sont les poèmes, que nous admirons en entier; une strophe, une phrase, une image, nous séduisent, « purple patches » où resplendit le génie poétique, maïs tout aussitôt nous nous heurtons à quelque extravagance choquante. De cette œuvre ondoyante et diverse, soumise à des influences contraires, à laquelle la personnalité trop chétive de Cowley n’a pu imposer l'unité, de est difficile de ne rien aimer, et encore plus de tout aimer.