MULLINGER. Op. cit., pp. 102 et
TRINITY COLLEGE, CAMBRIDGE (1636-1643) 55 * k%x
Mais par bonheur, à côté des indociles et des turbulents, il y avait nombre d’esprits pondérés, et c’est sans aucun doute leur milieu qu’Abraham a fréquenté le plus volontiers. Avec eux, il se préoccupe des graves questions de l’heure présente, questions religieuses et politiques qui intéressent non seulement l’Université mais le pays tout entier.
La question religieuse est la plus brûlante : Laud veut imposer sa solution, et il est engagé à fond dans sa tentative de réorganisation de l’église anglicane. Ses efforts pour maintenir l’anglicanisme à égale distance de Rome et de Genève, pour opérer la réforme que réclament les puritains à l’intérieur même de l’église par la restauration de la discipline et de la moralité du clergé et avec le concours de l’Etat, rencontrent à Cambridge de chauds partisans, et des adversaires non moins résolus. La majorité est nettement pour lui, par loyauté pour le roi qui le soutient et par amour de l’ordre, autant que par conviction religieuse. Mais les puritains forment une minorité active, car ils voient avec horreur, sous le couvert de cette réforme, réapparaître la menace papiste 43.
Il est certain que l’aile droite du parti anglican, par son respect des symboles, des détails extérieurs du culte, favorise les élans mystiques, ceux d’un Crashaw par exemple, et ramène les esprits vers Rome. Les dogmes les plus sévères du puritanisme, les attaques véhémentes contre les rites et la constitution de l'Eglise établie sont, par réaction, proclamés avec un éclat qui cherche la bataille.
A mi-chemin de ces extrêmes, l’école des Néo-Platoniciens commence à se former. Henry More est fellow à Christ’s College et devient le centre d’un groupe actif de penseurs tout imprégnés
43. L’un d’eux note déjà quelques années auparavant que certains prédicateurs soutiennent ouvertement des thèses papistes telles que la justification par les œuvres, le libre arbitre, la présence réelle du Christ dans l’'Eucharistie: et il constate, avec désespoir, qu’en 1635, un fellow du Pembroke ose également défendre la justification par les œuvres et va jusqu’à prétendre en public que la cérémonie du baptême efface le péché originel (D’EwES. Op. cit., II, pp. 112 et 124).
de l’idéalisme de Platon et de ses disciples. Benjamin Whichcote commence en 1636 à Trinity-Church sa prédication retentissante. Entre 1635 et 1640, un fellow de Trinity College, John Sherman, prêche dans la chapelle du collège une série de sermons, qu’il publiera sous le titre significatif de « Un Grec dans le Temple », et où l’appel à l'Antiquité païenne tient une aussi grande place que les références bibliques 41. Des environs d'Oxford commence, en outre, à se répandre l'idéal de religion rationnelle modérée, ouverte à tous, que formulent Lord Falkland et ses amis.
La vie religieuse est donc ardente. Toutes les croyances trouvent des partisans, et Laudiens et Puritains, également érudits et convaincus, s’absorbent dans les controverses. Les modérés, pour ne pas discuter avec autant d’acharnement, n’en font pas moins preuve d’une grande activité de pensée.
La vie politique n’est pas moins intense, mais elle n’offre pas l’occasion de semblables conflits d’opinion. Tandis qu’en religion la minorité n’hésite pas à élever la voix, personne n’ose se dérober au devoir de loyalisme envers le Souverain. Le libéralisme éclairé que Cowley avait trouvé à Westminster, encore moins les révoltes populaires contre l’arbitraire royal dont il avait vu les manifestations violentes dans la Cité, ne peuvent franchir les murs des collèges. Quoi que tel ou tel membre de l’Université puisse penser en son for intérieur des abus du régime des courtisans ou du pouvoir absolu, l’Université dans son ensemble est et apparaît passionnément royaliste. Toutes les fois qu’elle le peut, elle manifeste hautement son royalisme. A tous les événements importants de la vie du roi, quand il revient de voyage, relève de maladie, ou devient père d’un nouvel enfant, un chœur s'élève spontanément, et maîtres et étudiants mêlés chantent les louanges du roi, de la reine, des princes 45.