‹ Abraham CowleyChapitre 53 sur 429 · On the Death of Mr William Hervey, 1, p · texte numérisé non relu

On the Death of Mr William Hervey, 1, p

Leurs goûts étaient les mêmes, ensemble ils travaillaient et se ° divertissaient, mais leurs distractions étaient encore leurs études; la nuit, au cours de leurs veilles, le jour dans leurs promenades à travers la campagne, ils agitaient les grands problèmes philosophiques ou cherchaient à surprendre les secrets de l’éloquence et de la poésie 66. |

Dites, car vous nous avez vus, lumières immortelles,

Nos veilles nombreuses, inlassabies ?

Telles que les Gémeaux à l'amour renommé,

- Nous regardaient d’en haut avec admiration.

Nous ne les passions pas au jeu, en débauche, ou à boire Mais en profondes recherches de philosophie,

D’esprit, d’éloquence, de poésie,

Arts que j'aimais car ils étaient tiens, Ô mon ami (st. 5).

Campagne de Cambridge, notre Cambridge aimé, dis, N’as-tu pas contemplé nos promenades quotidiennes w Y avait-il un arbre qui ne connût

L'amour qui nous unissait ?

Désormais, arbres aimables, dépérissez.

Ou rapprochez encore vos branches attristées,

Et réunissez-les en ombrages obscurs,

Sombres comme la tombe où mon ami repose (st. 6).

Cowley lui apportait ses derniers vers, et lui, les louait amicalement.

Vers lui ma Muse hâtait chacun de ses accents

Encore tout nouveaux, chauds encore du cerveau;

Il appréciait mes pauvres rimes, et son amitié

Y découvrait toujours quelque chose à louer.

Pars maintenant, ma Muse, tu ne peux plus me plaire. Que ceux-ci soient mes derniers vers

Dont j'orne aujourd’hui ton cercueil,

Et ceux-là, ma douleur peut les écrire sans ton aide (st. 8).

Ils étaient soutenus par la même horreur du vice et de l’ignorance, par le même respect de la vertu et de la religion. De famille

66. Le hasard nous a conservé une preuve de ces goûts studieux. La bibliothèque de Pembroke College renferme un livre sur la page de garde duquel se trouvent ces mots, écrits par le « tutor » de W illiam : « Memoriale Gulielmi Hervaie Pupilli mei defuncti. E libris suis. >» — Et le livre est : « Jo. Baptista Porta, Neapolitane, Magici N aturalis Libri viginti » (1597).

noble, riche, puisqu'il était entré à Pembroke College non comme étudiant ordinaire, mais comme « gentleman-commoner », reçu au grade de maître ès arts dès 1642, par dispense royale, alors qu'il n’était bachelier que depuis deux ans, il se trouvait infiniment au-dessus du boursier sans ressources, fils d’un petit commerçant de la cité. Et cependant l'intimité était parfaite entre eux. Leurs affinités spirituelles effaçaient toute différence sociale ou matérielle 67.

Mais cette amitié si rare devait être brutalement brisée. Le 16 mai 1642, William Hervey meurt, emporté par la petite vérole 68. La douleur de sa perte arrache à Cowley les accents les plus pathétiques qu’il ait jamais trouvés.

Plus jamais il ne rencontrera d'amitié qui satisfasse aussi entièrement ses goûts. Mais il aura d’autres amis. C’est ainsi qu’il se lie avec Charles Scarborough, son aîné de deux ans environ, membre de Caïus College, où il étudie les mathématiques et la médecine. Comme médecin, il fera une brillante carrière, il succèdera à Gabriel Harvey dans sa chaire en 1656, et, en 1660, il deviendra le médecin de Charles II 69. Sans doute il écrit lui aussi des vers, et fournit son apport aux Voces Votivae et aux Trenodia: il écrira une élégie sur la mort de Cowley; mais c’est, comme Cowley, un esprit avant tout sérieux et positif, et son amitié a dû être pour notre poète, au point de vue scientifique, ce qu'était, au point de vue artistique, celle de Crashaw.

La nature souple de Cowley lui permet toutefois de vivre en bonne harmonie avec les caractères les plus divers, parfois les plus antitéthiques du sien. Nous en avons la preuve quand nous constatons que George Villiers, duc de Buckingham, a pu être également son ami de collège. Le jeune aristocrate vif, spirituel, élégant, héritier d’un des grands noms et d’une des grosses fortunes de l’Angleterre 70, fréquente avec plaisir le fils du libraire de la Cité. Sans doute découvre-t-il en lui tout autre chose que

67. Ils avaient presque le même âge. Hervey entre à Pemhoke en 1636, à dix-sept ans. Il était donc né en 1619.

68. J. Herve. Letter-books, et J. VENN. Alumni Cantabrigienses.

69. J. VENN. Biograpkhical History of Gonville and Caius College, I, p. 308.

10. George Villiers, Duke of Buckingham. 1628-1687. A Study in the History of the Restoration. By Winifred, Lady Burghclere.…., p. 19.

ce dont Hervey et Crashaw pouvaient jouir, et plutôt que l’étu- - diant sérieux et moralisateur, apprécie-t-il l’esprit délié, la vivacité de l’auteur des Poeticall Blossomes, et la verve ironique que révèlent ses comédies.

Nous aurions tort, évidemment, de nous représenter Cowley comme entièrement absorbé par ses études et ses graves pensées; beaucoup qui ignoreraient le sage étudiant connaissent et admirent le brillant poète; Buckingham est assurément du nombre. Cette amitié nous révèle l’aspect mondain de Cowley, le côté léger, charmeur, de sa personnalité si diverse.

Un de ses portraits, qui le représente à vingt ans, le montre sous les traits d’un jeune cavalier de fière mine, aux longues boucles soignées, au pourpoint élégant 71. Il ne ressemble guère à celui qui, en tête de ses Poeticall Blossomes, le peint à treize ans, la plume à la main, austèrement vêtu de la robe noire et du rabat tout uni de l’écolier. Maïs, sans doute, chacun de ces portraits a été vrai à son heure, et même en supposant que le peintre du second portrait ait quelque peu idéalisé son modèle, il est probable qu'il fixe cependant un de ses aspects.

Le couple d'amis devient un trio à l’arrivée, en 1640, de ce neveu de Fotherby auquel nous avons déjà fait allusion, Martin Clifford. Il arrive de Westminster, où il a certainement connu Cowley. Très vite, il devient le compagnon du protégé de son oncle et de Buckingham. Il semble d’ailleurs ressembler beaucoup, au moins pour le caractère, à ce dernier. Comme lui il est spirituel, vif et quelque peu dépourvu de scrupules. Plus tard, il collaborera à l’élaboration du Rehearsal, et jouira après la Restauration d’une détestable réputation de débauché. Nous sommes portés à penser que cette réputation était quelque peu surfaite, quand nous constatons qu’il reste jusqu’au bout l’ami de Cowley. Quoiqu'il en soit, celui-ci lui lèguera vingt livres à titre de souvenir, et Sprat lui adressera son éloge du poète. Leur intimité a donc été grande et durable. Buckingham restera toujours le patron de l’un et de l’autre. Il fera nommer Clifford à la direction

71: Ce portrait, non signé, fut donné au Master de Trinity College en 1824, par « Richard Clarke », vraisemblablement un descendant du poète. Il se trouve dans la « Master’s Lodge ».

de Charterhouse, en 1671; et nous verrons son influence s’exercer à plusieurs reprises au service de notre poète.

Ainsi Cowley passe ses années de collège entouré d’un cercle d'amis très différents les uns des autres, mais qui tous lui resteront fidèles : ne trouvons-nous pas là l'indice d’une nature buverte aux influences les plus diverses, très souple, mais constante dans ses affections, et digne de retenir par sa valeur réelle les sympathies qu’elle avait attirées par son charme ?

Son talent reconnu de poète ne lui permet d’ailleurs pas de vivre solitaire, mais fait de lui tout naturellement le centre du groupe des esprits délicats du collège. Sa réputation en effet, déjà solide lorsqu'il est arrivé de Westminster, n’a fait que grandir à Trinity des preuves nombreuses qu’il donne de sa fécondité poétique. Il est considéré comme celui qui continue le plus dignement, à ce point de vue, la tradition du collège. En 1636, la place de poète en titre est vacante : Hugh Holland est mort en 1633, Thomas Randolph, 1635; Andrew Marvell poursuit bien ses études, mais il est trop indiscipliné pour être estimé sans réserve, et il quitte l’Université dès 1641. Cowley prend sans difficulté la première place et l’occupe brillamment.

Quand il arrive à l’Université, nous confiera-t-il plus tard, il est bien décidé, tout en suivant la filière académique, à se faire in nom dans la littérature 72, et il s'exerce aux entreprises les plus variées. Nous avons mentionné ses contributions aux recueils chargés d'apporter au roi, dans les circonstances solennelles, les preuves du loyalisme de l’Université. Il continue, en outre, à écrire des poèmes pour ses amis, Comme son Ode to Dick, Friendship in Absence, et surtout l’élégie sur William Hervey. Et il ne laisse échapper aucune occasion de composer des pièces de vers sur des personnes qu’il connaît, par exemple sur la mort de son ancien maître Jordan, sur la libération de Williams, sur le départ de Lord Falkland en Ecosse avec l’armée du roi, et aussi sur de

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