‹ Abraham CowleyChapitre 58 sur 429 · Cf. MULLINGER. Op. cit., pp. 229, 234 et · texte numérisé non relu

Cf. MULLINGER. Op. cit., pp. 229, 234 et

85. Querela Cantabrigiensis : Or, a Remonstrance by way of Apologie, for the banished members of the late flourishing University of Cambridge. By Some of the said sufferers, 1647, pp. 8 et 4.

gnants ». Dès lors, personne n'échappe aux interrogatoires brutaux, et chambres, chapelles, bibliothèques, sont mises au pillage. Les appartements sont transformés en prisons, les revenus des collèges sont confisqués, les livres vendus. St. John’s College, tout voisin de Trinity, devient une caserne, et trois cents soldats du Parlement s'installent dans les meubles des membres du collège sommairement expulsés 86. Le jour du Vendredi-Saint, 30 mars, le Vice-Chancelier et les chefs des collèges, refusant de voter des subsides pour le Parlement sont tenus, jusqu’à minuit, emprisonnés dans la salle du Conseil. Le 5 juin, l’Université adresse une pitoyable supplique à la Chambre des Communes. Mais le Parlement est sourd à cet appel.

A partir de la fin du mois d’août, une commission, sous la direction de Dowsing, s'applique à faire disparaître des chapelles toute trace de superstition, casse les vitraux, mutile les statues 87. Enfin, le 22 janvier 1643/4, le Comte de Manchester reçoit la présidence d’un Comité avec mission de faire renaître l’ordre dans l’Université, c’est-à-dire de la débarrasser de ses éléments impurs. Chaque membre devra prendre l’engagement solennel de respecter la ligue et la convention avec l’Ecosse, ce qui revient à prendre parti contre le roi. Le 26 février, Manchester fait savoir aux chefs des collèges que tous les maîtres, fellows et boursiers de leur établissement absents de Cambridge devront être rentrés avant le 19 mars et se tenir à la disposition de la Commission, faute de quoi ils perdront leur place. A la date fixée, Manchester et ses assesseurs s'installent à l’auberge de l’Ours Blanc, juste en face de Trinity, et commencent leur besogne d’épuration.

Le 13 mars, ils expulsent cinq chefs de collège dont Thomas Comber, le maître de Trinity, et, à partir du 15, ils font défiler devant eux les membres des divers collèges. Beaucoup refusent de prêter serment, ce qui équivaudrait pour eux à une trahison, beaucoup restent absents de Cambridge; aussi la liste noire estelle longue, et plus de la moitié des membres disparaît 88. A Tri-

nity par exemple, sur 70 maîtres et fellows, 47 sont expulsés.

86. Querela… Préface et pp. 10 et 13. Cf. aussi Cooper. Op. cit., III, p. 339.

87. MULLINGER. Op. cit., p. 266. à 88. Dans l’Université, douze chefs de collège et 180 fellows sont expulsés :

GARDINER. History of the great Civil War, I, p. 303.

Cowley se trouve naturellement du nombre. Il est rayé des listes le 8 avril, le même jour que Crashaw 89. Sans aucun doute, il. aurait refusé le serment exigé. Mais nous pouvons affirmer qu'il n’a pas comparu devant Manchester. En effet, sur une liste manuscrite conservée dans la bibliothèque de Trinity College, il est porté, ainsi que vingt-deux autres fellows, comme absent au cours de l’année 1643 : il a donc été condamné par défaut. Dans les premiers mois de 1643, il a quitté Cambridge, où les troubles rendent le travail impossible, et qui, sous la tyrannie puritaine, devient un séjour dangereux pour un royaliste déclaré comme lui.

Ses sentiments en quittant l’Université, nous les devinerions sans peine, s’il ne les avait exprimés à plusieurs reprises 90. Comme il nous le confie, il avait cru pouvoir réaliser son rêve. L'avenir s’étendait devant lui sans obstacle, comme une route toute unie. Il escomptait une vie paisible et laborieuse dans ce « Temple du savoir », cette « demeure des Muses » qu'était pour lui le collège. Il sentait s'épanouir en lui, soigneusement cultivés, ses dons naturels. Il se croyait appelé à passer ses jours dans un asile recueilli, dont la splendeur élève l’âme, mais dont la simplicité la garde de l’affadissement qu’engendre le luxe, et qui, par le cadre idyllique de la nature environnante, offre par surcroît au poête un séjour propice à sa studieuse activité. Mais ce rêve d’existence toute intellectuelle s’est brusquement évanoui, et nous allons voir Cowley, chassé de Cambridge, réduit à errer, sans gîte assuré, dans des milieux étrangers à sa nature, obligé pour vivre de mener une existence mouvementée, peu propice à la poésie et encore moins aux études. A cette rupture qu’il déplore du plus profond de lui-même, il attribue son œuvre incomplète et l’imperfection de son talent. S'il n’avait pas été ainsi arraché à Cambridge, il aurait pu, dit-il, se développer pleinement et remplir les promesses de sa jeunesse. L'homme aurait été digne de l’enfant 91.

89. J. WALKER. An attempt towards recovering an account of the numbers and sufferings of the Clergy of the Church of England, Heads of Colleges Fellows, Scholars, etc, who were sequestered, harrassed, etc, in the late limes of the Grand Rebellion….

90. Cf. Elegia Dedicatoria, ad Illustrissimam Academiam Cantabrigiensem,

L p. SE aussi la préface du volume de 1656, L, p. 7, et l'essai : Of Myself, » P. a

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