‹ Abraham CowleyChapitre 61 sur 429 · Cf. SPRAT. Op. cit., p. VII · texte numérisé non relu

Cf. SPRAT. Op. cit., p. VII

9. Cf. le tableau émouvant qu’en trace Lord Clarendon (Life, I, p. 41).

10. Ces relations d'amitié avec Lord Falkland viennent confirmer la date que nous avons fixée à l’arrivée de Cowley à Oxford, tout au début de 1643. S'il n’avait quitté Cambridge que lors de son expulsion officielle par Manchester, en avril 1644, il n’aurait évidemment pas pu devenir à Oxford le compagnon de Falkland. Et que penser alors de l’insistance de Sprat sur ce point ?

11. Ce Stephen Gough paraît avoir été un agent royaliste très actif. Son nom figure souvent dans les correspondances du temps. Il semble avoir beaucoup vécu en Hollande et s’être occupé de la flotte royaliste.

Lam Hervey lui avait valu la reconnaissance de John Hervey son frère 12, Or, John Hervey était le cousin de Henry Jermyn (sa mère était Susan Jermyn, fille de Sir Robert Jermyn). Désireux de s'acquitter de sa dette de reconnaissance envers le jeune poëte, il le recommande à Jermyn, dès que celui-ci arrive à Oxford, et Jermyn le prend comme secrétaire.

Ces affirmations de Sprat sont vérifiées par les faits. D’une part, nous savons que Cowley est toujours resté reconnaissant à John Hervey, car il lui lègue dans son testament l’action du théâtre du duc d’York qu’il possédait 18, et il nous est permis de penser qu’une gratitude si durable récompense le service signalé que Hervey lui a rendu au temps d'Oxford 14; d’autre part, une anecdote que nous n’avons aucune raison de mettre en doute unit, en 1643, les noms de Falkland, de Jermyn et de Cowley 15. — Le roi visitait un jour la bibliothèque Bodléienne quand Lord Falkland, qui l’accompagnait, lui proposa de se faire dire l’avenir par Virgile, suivant une coutume alors fréquente. Charles, ouvrant au hasard l’Enéide, tomba sur le passage où Didon poursuit Enée de ses malédictions et lui prédit un sort fatal. Très affecté, il voulut avoir la traduction exacte du passage, et demanda à Henry Jermyn de la lui procurer. Et c’est à Cowley que Jermyn s’adressa 16. La présence simultanée de Falkland et de Jermyn nous permet de fixer cette scène à l’été de 1643. Dès cette époque donc, Cowley est, on peut l’affirmer, en relations avec Jermyn.

12. Si nous en croyons la strophe 4 de son élégie (p. 33), Cowley connaissait la famille de William Hervey.

13. « I doe farther leave to the Honourable John Hervey of Ickworth, Esquire, my share and interest in his Highness the Duke of Yorks Theater. » Est-ce par une pure coïncidence que ce legs est placé à part des autres, avec celui de Jermyn (devenu Lord St. Alban’s) ?

14. Nous avons peut-être une preuve des bonnes relations qui unissaient les deux cousins dans le fait qu’en 1660, lorsque la reine-mère réorganise sa maison, sur laquelle Lord Jermyn règne en maître, John Hervey obtient la place de trésorier.

15. Le biographe de Falkland, Marriott, met en doute l’authenticité de l'anecdote (The Life and Times of Lucius Cary, Viscount Falkland, by J. À. R. Marriott, London, 1907, p. 270). Nous ne voyons aucune raison de ne pas la considérer comme vraie. Tous ses traits cadrent parfaitement avec ce que nous savons, par ailleurs, de Cowley et de son temps.

16. L’anecdote est rapportée en détail par E. Lake, dans son Journal, à la date du 29 janvier 1678 (The Diary of Dr. Edward Lake.…., edited by George Percy Elliott (Camden Miscellany, vol. I, p. 25). Elle est reprise, avec de

Celui-ci non seulement le prend comme secrétaire, mais il en fait son ami, et il lui témoignera son affection jusqu’à la mort. Nous trouvons ici une nouvelle preuve des charmes personnels multiples de Cowley. Après le duc de Buckingham, Jermyn est attiré par le côté brillant de son caractère, comme Falkland l'avait été, après William Hervey, par son côté sérieux et réfléchi. Par une curieuse coïncidence, l’histoire de ses amitiés de Cambridge se renouvelle à Oxford.

Jermyn ressemble beaucoup au due de Buckingham : c’est, lui aussi. un courtisan vif, léger, sachant plaire. Mais tandis que Buckingham, grand seigneur et fort riche, n’a qu’à se laisser vivre, Jermyn, lui, a besoin d'’édifier iui-même sa fortune. Il est ambitieux et habile aux intrigues. Ses ennemis (il en eut naturellement beaucoup) le disaient dépourvu de scrupules, assoiffé d'argent et d’honneurs. Il fait, en 1624, partie de l’ambassade que Jacques I‘ énvoie à Paris pour négocier le mariage äu prince Charles avec la princesse Henriette-Marie, et il sait si bien se faire valoir à cette occasion que la reine s’attache à lui et fait sa fortune. En 1628, il est son vice-chambellan, en 1639 son premier écuyer. Il a toute sa confiance, et il l’accompagne dans tous ses déplacements. Lorsque, en 1642, elle va demander sur le continent des secours en argent et en armes, il fait partie du voyage. A son retour, elle le nomme colonel de sa Garde du corps et lui confie le commandement de la petite armée qui la ramène à Oxford. Son affection pour lui est telle que lors de sa rencontre avec le roi, venu au-devant d'elle à Keynton 17, elle lui demande avant toute autre chose d’anoblir son favori !8. Le 8 septembre, celui-ci

légères variantes, par Gildon (Miscellany Poems on Several Occasions:…, 1692, p. 26), par J. Welwood (Memoirs.…., p. 718), par Wren (Parentalia…., p. 55), etc. Voici la traduction de Cowley :

« By a bold peoples stubborn arms opprest, Forc’d to forsake the land which he possest:

Torn from his dearest son, let him in vain Seek help, and see his friends unjustly slain : Let him to bold unequall terms submitt, In hopes to save his crown. yet loose both it And Life at once; untimely let him dy, And on an open stage unburyed lye. »

17. Poem on the Civil War, v. 497, II, p. 479. 18. J. R. GaRDiNER. History of the great Civil War, 1893, vol. I, p. 166.

devient baron de St. Esmundsbury. Cowley aurait difficilement pu trouver un protecteur plus puissant.

Avec lui, il pénètre dans la cour de la reine et partage sa vie. Il participe aux espoirs de l’été, où les trois armées royales semblent devoir s'emparer de Londres sans coup férir. Maïs la résislance de Hull au nord, de Plymouth à l’ouest, de Gloucester au centre, les arrêtent, et la première bataille de Newbury, le 20 septembre, montre que l’armée du Parlement est capable de tenir tête à celle du roi. La campagne se termine sur cette déception. Le second hiver se passe en préparatifs guerriers, et pour la Cour en fêtes et en intrigues. Maïs le printemps amène un éparpillement général. Le roi entre en campagne au début d’avril et ne fait plus à Oxford que de courts séjours. La reine, malade, quitte la ville à la même date pour aller prendre les eaux à Bath. Elle se rend ensuite à Exeter, où elle donne le jour à la princesse Henriette-Anne (16 juin 1644). À peine remise, elle doit fuir Exeter déguisée, car les troupes du Parlement la poursuivent, et elle arrive en France, à la fin du mois, après une traversée mouvementée. Jermyn l’accompagne, cela va sans dire, et s’occupe entièrement de ses affaires 19.

Cowley était-il du voyage, ou n’a-t-il rejoint son protecteur qu’au bout de quelque temps ? C’est ce que, faute de documents, nous ne saurions dire. Mais il paraît bien difficile de ne pas admettre qu’il soit passé en France à cette époque. Sprat est catégorique. Il maintient que notre poète « accompagna Sa Majesté la Reine Mère lorsqu'elle fut forcée de se retirer en France par linjuste persécution de ses propres sujets 20 ». Mais Wood affirme tout aussi nettement une thèse fort différente : Cowley n’aurait abandonné Oxford qu’en 1646, « un peu avant la reddi-

19. C’est lui qui, à l’arrivée en France, règle toutes les questions matérielles et discute avec Anne d’Autriche de la pension que l’on fera à la reine (Cf. le Comte de BarLLon. Henriette-Marie de France, pp. 218, 239...).

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