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CHAPITRE II

Voici donc Cowley en France. Il partage au début les illusions des exilés sur la situation. « A notre arrivée en France », confierat-il plus tard à Walter Pope, le biographe de Seth Ward, « nous espérions que chaque courrier nous rappellerait ». La reine ellemême écrit de Nevers, le 28 octobre 1644, à sa sœur : « Je crois que vous serez bien aise d'entendre que nos affaires sont en fort bon état et j'espère, s’il continue, de m’en retourner bientôt » 2. Mais les jours passent, les mois, les années, et toujours la date de la restauration royale apparaît plus incertaine et plus lointaine. Après la défaite de Naseby, vient celle de Preston, en 1648, où sombrent les dernières chances de Charles I”. Après Preston, c’est Worcester (1651) qui conclut tragiquement l’aventureuse expédition de Charles II en Ecosse. Les tentatives de soulèvement en Irlande, en Ecosse, en Angleterre même, échouent les unes après les autres, si bien que l’espoir d’un prompt retour en Angleterre ne semble plus permis. En fait, l’exil de Cowley dure dix ans.

Pendant ces dix ans, il est demeuré le secrétaire d'Henry Jermyn. Ses fonctions sont lourdes et importantes, au début surtout. Car si Henriette-Marie a toute confiance en Jermyn, Jermyn à son tour a toute confiance en Cowley. A notre héros revient la mission de chiffrer et de déchiffrer les lettres qu'échangent le roi et la reine. Il y passe, nous apprend Sprat « toutes ses journées et deux

1. Cet espoir justifie encore la date que nous fixons à l’arrivée de Cowley en France. En 1644, rien n’était encore perdu — une franche victoire pouvait rétablir Charles I sur son trône —— mais le désastre de l’armée royale à Naseby change tout et, en 1646, l’état d’esprit que mentionne Cowley ne s’expliquerait plus.

2. Lettre à Christine, duchesse de Savoie, citée par G. Ascorr. La Grande- Bretagne devant l'opinion française au XVII® siècle, p. 67.

ou trois nuits par semaine » 3, et nous ne sommes pas surpris

qu’il s’en soit acquitté, toujours suivant les termes de Sprat, « avec une inlassable intégrité et une discrétion parfaite ».

A cette besogne officielle, même avant que l’emprisonnement et la mort de Charles I* ne mettent fin à la correspôndance royale, il joint d’autres charges. Il se tient en rapports constants avec un nombre considérable de personnages de marque, et leur transmet, de Paris, les dernières nouvelles. Nous avons déjà cité sa lettre à Lord Culpeper du 20 avril 1646. D’autres lettres nous sont parvenues qui nous donnent une idée de son activité épistolaire. Le 8 janvier 1649, c’est à un ami de Lord Culpeper qu'il s’adresse 4.; le 10 mars 1650, au comte de Lauderdale5; Hyde, le futur Lord Clarendon lui écrit de Madrid, le 12 juillet 16506; le hasard nous a conservé une partie de sa correspondance en 1659 et 1653 avec Henry Bennet, secrétaire du duc d’York, le futur Earl of Arlington 7. Et chacune de ses iettres nous révèle d’autres correspondants; c’est Sir George Carteret, lieutenant gouverneur de Jersey 8, Sir John Berkeley gouverneur du duc d’York 9, Charles May 10, d’autres encore 11.

Ces indications, trop rares à notre gré, nous permettent cependant de nous faire une idée du rôle joué par Cowley, et de son

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