Mémoires, II, p
55. Memoirs and Travels of Sir John Reresby…, London, 1904, p. 140.
56. La Grande-Bretagne devant l'opinion française au XVII° srècle, Paris, 1930, ch. II.
57. Cf. à ce point de vue l’ouvrage du comte de BAïLLoN. Henriette- Marte de
France, reine d'Angleterre.
vains qui avaient accompagné Henriette-Marie dans son exil. On sait en quelle ignorance était la France (non seulement le grand public, mais nos hommes de lettres eux-mêmes) de la littérature d’Outre-Manche 58. Sans aller jusqu’à dire qu’on y vivait « dans l’heureuse persuasion que tout ce qui n’était pas français mangeait du foin et marchait à quatre pattes » 59, on peut être assuré que Davenant, Waller, Denham et Cowley étaient totalement inconnus. Leur long séjour en France n’a, en tous cas, laissé aucune trace.
Les émigrés, par contre, ont dû chercher à pénétrer dans les milieux parisiens. Il n’est pas vraisemblable qu’ils aient uniquement vécu entre eux, et négligé de tirer profit de leur séjour forcé dans la capitale la plus brillante de l’Europe. Or, nous savons que Hobbes était fort lié avec Gassendi, Mersenne, Sorbière, et qu’il avait l'honneur de voir ses ouvrages traduits en français 60. Mais, il devait cette intimité et cet honneur à sa qualité de philosophe, et il écrivait, comme tout homme d’étude de l’époque, en latin. On pouvait négliger sa nationalité.
John Evelyn, au cours de ses voyages répétés à Paris, en 1647, en 1649, en 1651, fréquentait, outre ses amis anglais (parmi lesquels nous trouvons : Hobbes, Sir Kenelm Digby, et surtout Waller), bon nombre de Français 61. Mais, il s'intéresse aux gens et aux choses, pour ainsi dire, en touriste. Il visite des jardins, des châteaux, des collections; ou bien il assiste à des expériences scientifiques, de botanique ou de médecine 62. En tous cas, bien qu'il ait, en 1649, traduit l’essai de La Mothe Le Vayer sur la Solitude, il ne parle jamais d’un homme de lettres français. Ne pouvons-nous pas en conclure que les émigrés ne fréquentaient guère les cercles littéraires, et n’étaient guère admis dans l’intimité des « ruelles » et des « bureaux d’esprit »?
58. Cf. sur ce point L. CHARLANNE. L'influence française en Angleterre au XVIIe siècle, vol. II, pp. 87-92.
59. J. Texte. Jean-Jacques Rousseau, p. 12... (cité par CHARLANNE. Op. cit. LED 60)
60. Voir l’article de A. Mor1ze. Thomas Hobbes et Sorbière (Revue Germanique, 1908, pp. 195-204).
61. Gendre de l’ambassadeur de Charles I à Paris, Sir Thomas Browne, il était spécialement bien placé pour se créer des relations.
62. Voir surtout dans son Journal, les notes sur son dernier séjour, d'août 1651 à janvier 1652.
Il n’est pas jusqu'aux auteurs de profession, ou de vocation, comme Davenant, Waller, Denham, Cowley, qui ne restent obstinément muets sur leurs fréquentations parisiennes. Rien ne nous permet d’affirmer, par exemple, qu’ils ont connu dès cette époque St. Evremond. Nous n’apprenons son amitié pour Waller qu'après la Restauration, quand il se trouve lui-même à Londres, en exil 63. Nous ne sommes pas sûrs davantage qu'ils aient fréquenté le joyeux Saint-Amant, déjà familarisé cependant avec leur pays et leur langue. Nous en sommes toujours réduits aux conjectures.
Pour ce qui est de Cowley, nous pouvons admettre qu’il a été introduit par Hobbes auprès de Gassendi. Son propre épicurisme semble bien refléter par instants les théories du philosophe. Il avait, d’autre part, certainement lu les lettres de Balzac, puisqu'il fait allusion à sa facilité d’épistolier dans une lettre du 13 septem 1653 64, Mais il n’a probablement pas connu personnellement « l’ermite de la Charente ». Il a pu assister aux derniers jours de l’Hôtel de Rambouillet, et y prendre, auprès de Voiture et de Benserade, des leçons de raffinements subtils. Il se trouvait à Paris lors de la fameuse affaire des sonnets, qui mit aux prises tout ce que la capitale comptait de beaux esprits. Fut-il Jodelin ou Uraniste? Peut-être fut-il admis aux « Samedis » de « Sapho », et rendit-il visite à quelques-uns de ces « bureaux d’esprit » où se retrouvait embourgeoisée, pédante, et vraiment ridicule, la préciosité fine et discrète du groupe d’Arthénice 65. Peut-être fut-il l’hôte du Cardinal de Retz au Petit Archevêché, et celui de Ménage quand il ouvrit sa « Mercuriale ».
Il a connu, sans doute, tout au moins de réputation, Conrart, conseiller écouté des écrivains du temps 66, Vaugelas, Pellisson, Perrot d’Ablancourt, l’élégant et infidèle traducteur, Sarazin,