Cf. À BourGoin. Valentin Conrart et son temps. p
l’émule de Voiture. Cependant, de tous les auteurs à la mode, aucun n’était plus célèbre, ni mieux fait pour attirer Cowley, que Chapelain. Paris attendait son grand poème épique depuis si longtemps en chantier, et sa réputation s’entourait de mystère. Des fragments du grand’œuvre couraient sous le manteau. On “voyait déjà en lui l’heureux rival d’'Homère et de Virgile, et le charme ne devait se rompre qu’à la publication du laborieux fatras 67. Au mo- | ment où Cowley a pu le connaître, il était en pleine gloire, et notre | jeune poète, lui aussi aspirant au laurier épique, n’a pas dû man- É
quer de chercher à s’approcher du grand homme. S'il l’a vraiment connu, il a sans doute sympathisé avec lui, car tout devait les rapprocher, depuis leurs théories et leur ambition, jusqu’à la nature même de leur talent. Ils comprennent la vie de la même façon et se proposent le même idéal de sagesse raisonnable 68. Ils s'intéressent aux mêmes problèmes, et la science naissante exerce sur leur esprit curieux sa fascination. Surtout, ils ont de l’art la même conception. Ils veulent la poésie chrétienne, morale, savante. Ils étouffent trop souvent leur inspiration sous leurs intentions, et leur profond sérieux mélange de lourdeur pédante l’extravagance recherchée du style. À bien des égards, Cowley pourrait mériter — compliment bien douteux — d’être appelé le Chapelain anglais. Il n’est pas impossible qu'il ait entretenu de sa Davidéide, l’auteur de la Pucelle, et qu’il ait reçu de lui des avis, des conseils.
Mais ce n’est là encore qu’une supposition. En réalité, son œuvre, pas plus que sa vie, ne montre de trace nette d'influence française. Il est sage, croyons-nous, de renoncer aux hypothèses — toutes séduisantes qu'elles soient — que son long séjour en France nous suggère. N’est-il pas bien téméraire de déclarer, par exemple, parce que Chapelain a composé des odes irrégulières, que Cowley lui est redevable de sa théorie de l’ode pindarique, ou encore que ses Anacréontiques lui ont été inspirées par celles de St. Amant, simplement parce que St. Amant en écrivait alors 69 ?