‹ Abraham CowleyChapitre 77 sur 429 · Cf. G. Cocras. Jean Chapelain.…, deuxième partie · texte numérisé non relu

Cf. G. Cocras. Jean Chapelain.…, deuxième partie

68. G. CorLas. Op. cit., p. 61.., et pour la question suivante, p. 329...

69. Cf. E. Gosse. From Shakespeare to Pope, p. 119. Gosse déclare encore, en suivant la même méthode d’hypothèses hasardeuses, que Cowley avait lu Malherbe et lui devait en partie son sens de l’ampleur oratoire (Aspects and Impressions, p. 139). Par contre, R. Aldington écrit, voulant montrer le chan-

Tout paraît démontrer, au contraire, que ses raports avec les milieux français, n’ont été ni très intimes, ni très féconds.

Si ses années d’exil ont effectivement agi sur la formation littéraire de Cowley, c’est sans doute de la manière la plus vague, la plus inconsciente, par une sorte d'infiltration lente. Il est peu probable qu’un homme susceptible aux influences, comme l'était notre héros, ait passé dix ans de sa vie dans l’atmosphère parisienne sans en faire en quelque manière son profit. La leçon qu'il a pu y puiser était à la vérité confuse. Les écrivains en vogue vers 1650, ceux qui régnaient en maîtres dans les salons, tiraient leur force de la préciosité, et il semble que Cowley:ait pu trouver chez eux la confirmation partielle de ce que Donne lui avait appris. Mais, des raffinements fantasques d’expression et de pensée, des dévergondages d'imagination auxquels se laissaient entraîner les poëtes du règne de Louis XIII, commence à se dégager un idéal d’ordre, de clarté, d'harmonie. Le souci de ia règle commence à modérer les excès du talent. Corneille s’évertue à endiguer la fougue castillane de son génie. Les plus audacieux reconnaissent la vertu de la raison. Il n’y a pas jusqu’au désordre qui ne deviendra bientôt un effet dé l’art. La moisson semée par Malherbe sort peu à peu de terre. Le dogme classique s’élabore lentement, maïs toujours plus nettement. A la perception indistincte qu’en a la génération de 1650, ne va pas tarder à succéder la netteté dogmatique des préceptes de Boileau. Racine écrira, sans effort, des tragédies d’une lumineuse régularité. Nous pouvons admettre que Cowley n’a pas été insensible à cette fermentation, et que, de son long séjour sur cette terre de France qui va être la patrie du classicisme, il est revenu en Angleterre gagné plus qu’à demi à l’esprit nouveau.

Cependant, même ici, une réserve s’impose. La conversion de Cowley au classicisme est-elle due à l’influence française seule? Il faudrait, pour l’affirmer, négliger le fait qu’il y avait alors dans les lettres anglaises une orientation toute semblable, un effort

#ement d'orientation que le séjour en France a produit en Cowley : « Il a écrit la Davidéide à Cambridge, mais les Essais à son retour de France » (Literary Studies and Reviews, p. 107). Mais n'est-ce pas autour de 1650 que paraissent toutes les épopées chrétiennes, sœurs françaises de la Davidéide # N’aurait-il pas pu l'écrire aussi bien que les Essais, sous linfluence française?

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parallèle vers une formule d’art conscient et rationnel. Pourquoi cet élan proprement national ne serait-il pas à la base de l’évolution de Cowley? L'influence française en a simplement, croyonsnous, renforcé l’action. s

Cowley a retrouvé à Paris même, au Louvre, ceux des écrivains anglais en qui on s’accorde à voir les pionniers du néo-classicisme anglais : Davenant, Hobbes, Waller, Denham.

Waller réside alors à Paris, spectateur plutôt qu’acteur du drame historique qui se joue; Denham, au service de la reine, comme Cowley, est chargé de missions fréquentes; Hobbes habite le Louvre en sa qualité de précepteur royal; Davenant y est l’hôte de Jermyn. La vie d’exil a évidemment rapproché ces hommes, et ils forment un vrai petit cénacle, où s’élaborent des œuvres semblables, où domine en tous cas une atmosphère bien particulière. Cowley fait partie du groupe. Il ne parle pas de Waller, ni de Denham; mais en 1647, il publie un recueil de vers d'amour : The Mistress, où il prend, de son propre aveu, pour modèles, les poèmes à Sacharissa qui avaient alors rendu célèbre le nom de Waller 70. Dans la théorie de la traduction libre qu’il formulera en 1656 (dans sa préface aux Odes pindariques) se révèlent, ainsi que nous le verrons, des affinités frappantes avec la doctrine énoncée par Denham quelques années plus tôt 71. D’autre part, si Waller garde le silence sur Cowley, Denham lui consacre, en 1667, une belle élégie où se trahit l’admiration pour l’homme et pour l'écrivain. Nous ne pouvons toutefois affirmer qu'aux sympathies doctrinales se soient ajoutées des sympathies personnelles.

Hobbes et Davenant, par contre, nous apparaissent non seulement comme des précurseurs, et en un sens des maîtres de Cowley, mais aussi comme ses amis. La philosophie rationnelle de Hobbes, fondée sur une conception scientifique du monde, et développée selon les lois de la logique, exprimait avec éclat les désirs instinctifs de notre auteur. Elle a contribué dans une large mesure à déterminer l’orientation de son esprit. Nous aurons l’oc-

70. Ne parle-t-il pas de « Sacharissas well-sung name ? » (The Given Love, SR CU 1 AD

71. Dans un poème écrit à R. Fanshawe sur sa traduction de 11 Pastor Fido,

Casion de rappeler et d'expliquer cette influence lorsque nous ana- Jyserons les idées maîtresses de Cowley, ses théories politiques et littéraires. L’ode Of wit, par exemple, écrite certainement à cette époque, nous frappe comme une émanation directe des conceplions de Hobbes, ou plutôt de sa méthode. La doctrine politique exposée dans la Davidéide, et en 1659, dans son Discours sur Cromwell, révèle aussi nettement l'influence de l’auteur du De Cive et du Leviathan.

À ces preuves indirectes de filiation, s'ajoute, en outre, un témoignage direct où Cowley parle à la fois à Hobbes en disciple et en ami : l’ode pindarique To M. Hobs. Après avoir loué la solidité et la nouveauté de son système philosophique, il introduit une note personnelle peignant la vieillesse alerte, l’ardeur mûrie, de celui que les contemporains devaient appeler « le sage de Malmesbury » 72. :

Davenant est aussi un ami de Cowley. Abraham lui consacre un poème élogieux à propos des deux premiers livres de Gondibert 73; il parle de lui à plusieurs reprises dans ses lettres, avec une sympathie visible 74; il lui lègue vingt livres par testament. Et de son côté, Davenant, lorsque au lendemain de la Restauration, il organise son théâtre, lui fait cadeau d’une des actions dont il dispose 75.

En fait, c’est Davenant qui semble être l’âme du groupe des écrivains exilés. N’est-il pas le poète lauréat, et ne s’occupe-t-il pas, entre 1646 et 1650, à composer un grand poème épique qui doit être pour les temps modernes ce que fut l’Enéide pour l’Antiquité? L'intérêt des Anglais cultivés se concentre sur Gondiberti, comme l'intérêt des Français sur la Pucelle. Aussi, lorsque les deux premiers livres en sont publiés en 1650, trouvent-ils des parrains célèbres. C’est Hobbes, tout d’abord (Davenant lui a dédié sa préface-manifeste), qui analyse, dans une longue étude en prose, les qualités de l’œuvre: c’est Waller, et c’est Cowley lui-

72CTo Mr, Hobs, st: 6, 1; p.120.

73. To Sir William Davenant. Upon his two first books of Gondibert, finished before his voyage to America, I, p. 42.

74. Lettres du 10 mai et du 28 mai 1650 (dans Miscellanea Aulica).

75. Cowley, dans son testament, la lègue à John Hervey. Davenant avait eu, lors de l’organisation de sa troupe, la disposition de dix actions.

même, qui, dans leurs vers, portent aux nues la tentative de leur ami.

La préface de l’auteur montre bien que c’est l’œuvre d’un groupe autant que celle d’un homme. Davenant y remercie Hobbes « d’avoir examiné, corrigé, et approuvé ce poème er fragments, avant que l’ensemble en fût constitué ». II y exprime aussi sa gratitude pour deux autres personnages qui ont aidé Hobbes dans sa tâche de conseiller et de correcteur. Il ne les nomme pas, mais les décrit en ces termes, s'adressant toujours à Hobbes. Vous avez eu deux « collègues » :

Deux hommes qui sont dignes de vous suivre dans l'intimité des princes; si la connaissance des hommes du passé (dont l’esprit survit dans leurs livres), ou du présent (que trahit utilement et légitimement leur conversation) peut faire la grandeur qui convient à une grande cour; ou si les rayons que lance la poésie ne sont pas quelque peu trop forts pour la vue des princes modernes; car on leur apprend trop peu aujourd’hui, dans leur jeunesse, à fortifier leurs yeux, comme les aigles, en s’envolant souvent près du soleil 76.

Qui est le dernier poète ? Il est possible que ce soit Waller; mais il l’est tout autant, sinon plus, que ce soit Cowley, savant poète épique lui-même, apte à conseiller Davenant.

Quoi qu'il en soit, il est intéressant de trouver le nom de Cowley uni à ceux de Hobbes, de Waller et de Davenant, et cela à propos d’une œuvre comme Gondibert, tout imprégnée de l'esprit et animée par les intentions d’où sortira bientôt le néo-classicisme. Davenant y répudie le romantisme imaginatif de sa jeunesse, et s’y montre converti à une formule d’art faite de vérité et de raison. Même s’il n’y a pas contribué d’une manière active, et nous inclinons à croire qu’il l’a fait, Cowley applaudit sans réserve à cette initiative, et se range ainsi d’une manière significative aux côtés des hommes qui représentent l’esprit nouveau en littérature.

Il a donc trouvé, chez ses compatriotes, tout ce que la France pouvait alors lui offrir. N’est-il pas naturel de penser que c’est à eux qu'il doit le plus? L'influence française ne nous apparaît, en

76. The Authors Preface. To his much honoured friend, Mr. Hobbs (Chalmers English Poets, vol. II, p. 358).

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