‹ Abraham CowleyChapitre 80 sur 429 · LS PR TR RUE OP MENT ARTE CAN RP RAT ARE · texte numérisé non relu

LS PR TR RUE OP MENT ARTE CAN RP RAT ARE

au régime de Cromwell 3. Qu'un grand désir de paix l’ait poussé au retour, cela n’est pas douteux. Désespérant de voir triompher la cause royale dans un avenir prochain, il a voulu revenir au calme d’une existence normale. Il a donc repris sa liberté vis-à-vis de Jermyn, et s’est soumis, en apparence du moins, au maître de l’Angleterre. :

Mais il n’a pas dû renoncer à servir son parti. Vivre en paix, donner à Cromwell l’idée rassurante que les gens de bon sens se ralliaient à sa cause, et travailler en secret à miner le régime nouveau, arriver à constituer ainsi un noyau de royalistes insoupçonnés qui pourraient agir le moment venu, tel peut avoir été le calcul secret de Cowley. Il aurait continué à servir son roi, tout en s’assurant, si le sort maintenait l’usurpateur au pouvoir, une existence confortable. Il aurait, pour ainsi dire, misé sur les deux tableaux. Cromwell verrait en lui un converti, et les royalistes croiraient toujours à sa fidélité. Telle est l’explication la plus plausible de l’attitude et des intentions de Cowley. Les faits, dans la mesure où nous les connaissons, viennent l’appuyer, sans toutefois nous permettre d’atteindre la certitude absolue.

Il faut, en tous cas, se garder de voir dans son retour en Angleterre une preuve d’héroïsme 4 Son cas n’est pas le moins du monde exceptionnel. Nombreux sont, nous l’avons vu, les émigrés qui chaque année se résignent à réintégrer leur foyer. Parmi ses amis mêmes, Hobbes, Davenant, Denham, lui ont donné l’exemple. 11 suit le courant. Et, d'autre part, le passage de France en Angleterre ne présente pas de grosses difficultés. Car rien n’est plus curieux que de voir l’extraordinaire facilité avec laquelle on sort du pays et on y rentre. Le conflit qui divise la nation trouble aussi les individus. Que d’hésitants, partout, qui servent un parti, par crainte ou par nécessité, tout en appartenant de cœur à l’autre. Beaucoup d'employés des douanes, et même des membres des administrations centrales ferment complaisamment les yeux

3. Par exemple D. Masson (The Life of John Milton, vol. V, p. 83). W. STEB- BiNG (Some Verdicts of History reviewed, p. 60), semble se rapprocher de la vérité lorsqu'il parle de son demi-ralliement à Cromwell.

4. Fox (A. Book of Bachelors, p. 218) l’appelle « a strong man ».

sur les allées et venues royalistes 5. Evelyn ne dit-il pas qu’à Douvres, un peu d'argent vaut tous les passeports? 6.

D'ailleurs, Cowley ne se cache pas. Il pénètre en Angleterre sous son vrai nom au su et au vu du gouvernement de Cromwell. Nous avons eu la bonne fortune de découvrir parmi les papiers du Secrétaire d'Etat, Thurloe, la copie de deux passeports bien en règle. L'un est daté du 1‘ mai 1654, l’autre du 18 août 7.

Pourquoi ces deux passeports? Faut-il admettre que, n'ayant pu se servir du premier, il a été forcé d’en demander un second? Ou bien, les a-t-il utilisés tous les deux, et alors quelle mission, quelles négociations l’ont amené à deux reprises en Angleterre à trois mois d'intervalle, sous son propre nom ? Il semble bien qu’il ait réellement fait un séjour en Angleterre au cours de l’été 1654, car parmi les papiers de Thurloe se trouve une lettre de l’espion Bampfeld, ex-royaliste passé à la solde du gouvernement, où il parle de Cowley en ces termes :

Je n’ai pas vu Cowiye. Je suis allé chez lui, mais il m'a fait répondre qu’il n’y était pas. J’ai bien peur que l’ami qui a obtenu votre consentement à ce qu’il vienne n’ait pas été franc avec vous 8.,

La lettre, bien que non datée, remonte certainement au mois de juillet. Il faut donc admettre que Cowley se trouve à Londres à ce moment là. Puis, rentré en France, il utilise son second passeport, et cette fois ce sont les royalistes qui signalent son passage. Lord Hatton, écrivant à Sir Edward Nicholas, le 2 octobre, déclare : « Il y a certainement un traité en train, car Mr. Cooly

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