Le premier est ainsi formulé
« Oliver P. These are to will, and require you to permitt and suffer Mr. Abraham Cowley to transport himself with his necessaries from France to England without any letts, hindrances, or any molestations. Given at Whitehall this first of May 1654. To all our admiralls, vice-admiralls, roweadmiralls captains and commanders of ships and others whome it may concerne. » Il se trouve à la bibliothèque Bodléienne, parmi les Rawlinson manuscripts (Rawl. a. 328, p. 35). Le second presque identique, du 18 août, se trouve dans le même manuscrit, p. 122.
8. Rawlinson Ms. a. 16, f. 350. Toute la lettre est d’ailleurs intéressante. Elle nous apprend que Rainsford (avec qui Cowley avait fait le voyage d’Ecosse en 1650) et Denham écrivent au roi. Elle nomme des personnes qui font à Londres même de la propagande royaliste, et elle constate qu’il n’y a pas jusqu’aux prisonniers de la Tour qui ne réussissent à intriguer.
vient de partir pour l’Angleterre 9. Retenons le fait. Pour le reste, nous avons vu que les moindres gestes de Jermyn et de ses fidèles étaient interprétés dans le sens de l'intrigue par ses ennemis, et il est fort possible que Lord Hatton se soit fait l'écho d’un bruit sans fondement. La lettre de Jermyn que nous avons citée, et où il affirme que Cowley n'avait pas conservé de rapports suivis avec lui, semble le démontrer.
Comment Cowley a-t-il obtenu l’autorisation de passer en Angleterre ? Le même Lord Hatton y voit encore la main de Lord Jermyn (qui, à l’époque, était assurément en coquetterie avec le parti presbytérien et trouvait en Angleterre de nombreuses complicités), et, à propos de Lord Balcarres et de sa femme qui se proposent de se rendre par mer de Rouen à la Haye, il affirme, non sans amertume : « de crois qu’ils n’ont pas besoin d’avoir peur d’être pris par les Anglais, puisque ni Mr. Cowley, ni Mr. Nichols, ni aucun des bons amis de Lord Jermyn n’est mal traité en Angleterre » 10.
Mais nous apprenons, de la bouche même de Jermyn, que si Cowley obtient son passeport, c’est grâce à l’entremise, non de lui, Jermyn, mais du duc de Buckingham 11. A la vérité, il n’y a pas là de quoi nous surprendre. Buckingham avait été, avant Jermyn, l’ami et le protecteur de Cowley. Jamais il ne l’avait perdu de vue. Cowley, voulant regagner l’Angleterre, a très bien pu lui demander son aide, et Buckingham a dû saisir avec plaisir cette occasion d’obliger son ancien camarade d’Université, et peut-être d'utiliser ses services pour ses propres intrigues. Cette hypothèse paraît, au premier abord, aventureuse, maîs nous allons la voir peu à peu renforcée par les faits. Les quatre années que Cowley va passer en Angleterre semblent placées sous le patronage de Buckingham comme son séjour à Paris l’avait été sous celui de Jermyn.
9. Lord Hatton to sir Edward Nicholas, Paris. October 2.1654 : « At the English court here they crie down Scotland much, there is sure some treaty on foot, for Mr. Cooly is parted hence for England. » (Nicholas Papers, vol. II, p. 92).
10. Lord Hatton to Sir Edward Nicholas, 8 juin 1655 (Nicholas Papers, II, p. 345).
11. Dans la lettre déjà citée de Henry Bennet à Charles II du 6 avril 1655, Jermyn, défendant Cowley, dit qu’il vient juste d’apprendre que la même personne avait procuré le passeport de Cowley et celui de Buckingham et qu’il a mis Cowley en garde contre Buckingham.
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Le voici donc en Angleterre. Sa situation est délicate. Il lui faut endormir la méfiance du gouvernemènt de Cromwell, et cependant conserver l’estime des royalistes. Nous allons voir qu’il ne réussit que bien mal à jouer ce double jeu. Très vite, il devient suspect aux royalistes, et nous trouvons, du coup, son nom associé à celui de Buckingham. Daniel O’Neill écrit de Londres à Charles I], le 8 mars 1655 :
Quelques jours avant que j'aille chez moi, à Douvres, le duc de Buckingham y est arrivé, venant de France; un des hommes de Cromwell l'y a rencontré, et ils sont restés ensemble six heures. Je crois que leur rencontre ne visait pas à votre bien. Peu après, le duc de Buckingham est retourné d’où il était venu. L'homme qui établit ces bons rapports entre eux est le secrétaire à cheveux rouges de Lord Jermyn (« the red-haired clerk of Mr. Jermyn »). Vous le connaissez : c’est un poète et un de vos ennemis. 12.
Il est très possible que Buckingham, qui se trouve alors sans argent et cherche à s’en procurer en Angleterre, ait employé Cowley à négocier sur ce point avec Cromwell. O’Neill en tire des conclusions extrêmes. Mais l’idée fait son chemin dans l’entourage de Charles Il, milieu tout préparé à l’adopter par son hostilité pour Jermyn, et nous trouvons ici, sans nul doute, la source de la disgrâce de Cowley. On l’accuse de trahir la cause.
Cela est si vrai que le roi s’en émeut, et que Bennet demande des explications à Jermyn. « Avec la permission de Votre Majesté, j'ai dit à Lord Jermyn ce que vous avez entendu dire sur M. Cowley. » Nous connaissons déjà la réponse de Jermyn :
I] me répondit qu’il osait jurer que Cowley n’avait pas vu Cromwell, qu’il était allé en Angleterre pour ses affaires personnelles, et ne lui avait pas écrit de trois mois après son arrivée, que lui s'était laissé dire, deux jours auparavant seulement, que la même personne avait procuré leur passeport à Cowley et à Lord Buckingham, mais qu’il lui avait écrit que Lord Buckingham et Mr. Bampfield étaient les deux hommes les plus décriés d'Angleterre 13.