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Lettre de H. Bennet à Charles II du 6 avril

La justification de Jermyn a-t-elle porté ses fruits? Nous l’ignorons, mais Cowley va bientôt se livrer à des imprudences de langage qui le feront décidément passer, aux yeux des royalistes, pour un renégat.

Il n’est pas plus heureux, ou plus habile, avec Cromwell. Déjà, en juillet 1654, il n’avait pas échappé aux agents du gouvernement. De nouveau, le 19 février 1655, il se trouve surveillé, et signalé par lettre à Thurloe. L'auteur, vraisemblablement Bampfield, a écrit plusieurs fois à Cowley et lui a rendu visite, mais il n’a réusi ni à entendre parler de lui, ni à le voir. Il croit que Rainsford et Denham lui ont conseillé de fermer sa porte 14 Et voici qu'une autre lettre du 2 novembre 1656, parle de lui dans des termes semblables : des gens sans aveu fomertent, sous l’impulsion de Lord Jermyn, une conspiration; un des plus ardents est un certain Major Astot, qui passe très souvent le détroit. À Londres il descend généralement dans Aldersgate Street et il a partie liée avec Cowley 15.

Ces dénonciations semblent n’avoir que trop correspondu à des réalités. Car Hyde écrit à Ormonde, en mai 1656, après la publication d’un volume dont les royalistes prirent ombrage :

Si on a renvoyé 4.000 livres en Angleterre à Mr. Cooly, vous le trouverez étrange lorsque vous aurez lu la préface de son livre 16.

À quoi aurait servi cette somme relativement considérable, sinon comme fonds de propagande? Nous avons, en outre, trouvé parmi les Clarendon State Papers, trois lettres de 1656 qui sont très vraisemblablement de Cowley. L'écriture en est déguisée et elles sont signées soit J. I., soit J. H., soit W. R., mais le destinataire de l’une d’elles a écrit au verso « This is Mr. Cow. letter to mee » 17. Ce sont des lettres d’information, qui emploient un lan-

14. Cette lettre, conservée dans les Clarendon State Papers, vol. 51, est écrite à, l’encre sympathique et presque illisible.

15. Lettre également anonyme et sans date, parmi les lettres de 1656 (Rawlinson Ms. a. 44, p. 33). }

16. Hyde to Ormonde, 10 May 1656. Clarendon State Papers, vol. 51.

17. Elles sont cataloguées sous le nom de Cowley dans la bibliothèque Bodléienne, et sont à coup sûr toutes trois de la même main. L'une est du 21 avril 1656, l’autre du 27 avril, et la troisième du 1% mai.

gage conventionnel. Elles prouvent la vérité des affirmations de Sprat. Cowley continue en Angleterre à servir son parti.

Cette situation équivoque n'était pas pour lui sans danger, et les évènements n’ont pas tardé à le lui prouver. Dans la nuït du 12 avril 1655, en effet, les émissaires de Thurloe le mettent en état d’arrestation. La raison en est simple. Depuis la formation du « Sealed Knot », les royalistes ne cessent de s’agiter. Les arrestations de mai 1654, puis celles de décembre, retardent l’insurrection projetée, sans toutefois en faire abandonner l’idée. Les conjurés qui ont pu échapper aux policiers de Cromwell en fixent la date au 8 mars 1655. Mais les cadres ont été décimés, l’union manque une fois de plus, et les soulèvements, isolés, sont aisément réprimés. Le seul résultat est de remplir les prisons. Cowley a-t-il pris une part active à ce mouvement ? Nous l’ignorons. Mais le gouvernement avait ses raisons de le croire, ou de faire semblant d’y croire. Voici ce qu’en dit la gazette officielle : « Perfect Proceedings of State Affairs in England, Scotland and Ireland. »

Ce jour (c’est-à-dire le jeudi 12 avril), le Conseil siégea dans la Chambre du Conseil, à Whitehall; des ordres furent lancés pour appréhender diverses personnes dans Londres, soupçonnées d’avoir trempé dans le dernier complot. En conséquence, une escouade de soldats fut désignée et arrêta pendant la nuit les personnes suivantes : Sir Thomas Armstrong, Mr. Robert Goodwin, Mr. Waldern, Mr. Edw. Tucker, Mr. Montgomery, Mr. Colley, Mr. Edward Keeling, Mr. James Young, Mr. Thos. Williams, Mr. Thos. Temple, Mr. Hackett et une jeune servante 18.

Le lendemain, nous apprend le même journal, les prisonniers furent amenés à Whitehall, et interrogés par le Protecteur et par Thurloe, « et quelques-uns furent relâchés et d’autres emprisonnés ». Relatant l’événement, le Mercurius Politicus nomme Cowley avec son titre d’ex-secrétaire de Lord Jermyn 19. Le Weekly In-

18. Perfect Proceedings of State Affairs, in England, Scotland and Ireland with the Transactions of other Nations, from Thursday 12 Aprill to Thursday the 19 of Aprill 1655 (n° 290).

19. Mercurius Politicus. Comprising the sum of all Intelligence, with the Affairs and Designs now on foot in the three Nations of England, Scotland, and Ireland, in defence of the Commonwealth and for information of the

telligencer va jusqu’à faire de l'ironie à ses dépens. Il devient : .« the memorable Mr. Abraham SPL more famous by his pen than by his sword ».

Sprat déclare que Cowley a été arrêté par erreur 20. La chose est assurément possible, bien que, sa présence à Londres étant connue, et sa conduite suspecte, il ait fort bien pu être arrêté volontairement, et non par un effet du hasard. En tout cas, une fois arrêté, on le garde. Evidemment, l’ancien secrétaire de Lord Jermyn était de bonne prise, et aurait pu révéler bien des secrets. Aussi subit-il de nombreux et pressants interrogatoires. Il semble bien, comme l’affirme Sprat, qu’il n’ait pas parlé 21, car son emprisonnement se prolonge. Une lettre d’un espion,'le colonel Bampfeld, met Thurloe en garde contre les promesses que pourrait lui faire Cowley pour obtenir sa liberté, et la lettre est du 22 novembre 1655 22. Cowley est donc resté de longs mois aux mains de ses ennemis. II n’en est sorti que très péniblement, et grâce à la générosité d’un de ses amis, Scarborough. Le gouvernement exige comme caution de sa neutralité future la somme considérable de mille livres, et c’est Scarborough qui la lui fournit 23.

People, from Thursday April 12 to Thursday April 19 1655 (n° 253). « … Other prisoners also were brought in, Sir Th. Armstrong, who obscured himself in London, by the name of Dr. Wilson, and was formerly a commander of Horse, under the Marquess of Ormond in Ireland; also Mr. Richard Nichols, a gentl. belonging to the titular Duke of York, Mr. Th. Temple of Wickin Park in Buckinghamshire, Mr. Abraham Cowley, late secretary to the Lord Jermyn in France, one Mr. Waldron, and Mr. Will. Montgomery. » Le Richard Nichols est sûrement celui dont parle Lord Hatton dans sa lettre du 8 juin 1655 comme l’ami de Jermyn. Quant au Mr. Waldron, ne serait-ce pas le fidèle valet de chambre de Cowley dont le nom figure sur son testament ?

(C’est dans les notes manuscrites d’Oldys, sur son exemplaire du livre de Langbaïine, que nous avons trouvé la mention de la date exacte de l’arrestation de Cowley.)

20..« While he lay hid in London, he was seiz’d on by a mistake, the search having been intended after another gentleman, of considerable note in the King’s party » (Account, p. xvr1).

21. « Being made a prisoner, he was often examin’d before the usurpers, who try’d all imaginable ways to make him serviceable to their ends. » (Tbid.).

22. Bampfylde to Thurloe, Paris, 22 novembre 1655. « … 839 has told a friend of mine that Cowley shall apply to you, and pretend to serve your interest to secure and free himself » (4 Collection of the State Papers of John Thurloe, edited by Th. Birch 1742, IV, p. 239).

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