SPRAT. Op. cit., P. IX
Mais, outre la caution, gage matériel, il a dû fournir des gages moraux: naturellement la promesse de s'abstenir d’intrigues, peutêtre celle de ne pas résider à Londres même, car il part pour le Kent, et en outre, probablement, cette sorte de reconnaissance publique du régime de Cromwell, que nous trouvons dans la préface de l’édition de ses œuvres de 1656.
Durant son emprisonnement, Cowley s’est, en effet, occupé de réunir ses œuvres en une édition d'ensemble. Il l'a fait comme un homme que l'incertitude de l’avenir obsède, et il publie ce volume comme le dernier qu’il doive livrer au public. Aussi choisit-il ceux de ses poèmes qui, à ses yeux, contribueront le mieux à établir sa gloire, et, à ce titre seul, le volume serait déjà particulièrement intéressant. Il renferme l’essentiel de son œuvre poétique, tous ses efforts ambitieux: son épopée, la Davidéide; son recueil de vers d’amour, The Mistress; un essai de grand lyrisme, les Odes pindariques, et sous le titre de Mélanges, il groupe, outre quelques charmantes paraphrases d’Anacréon, les pièces de circonstance, qui n'étaient pas les dernières, en ce temps là, à rendre un auteur célèbre. À ce recueil, il donne une préface qui est pour nous une précieuse profession de foi littéraire et politique, un document de premier ordre sur ses sentiments et sa situation à cette date. Après avoir justifié, de la manière la plus orthodoxe, la publication de ses œuvres par peur d’éditions clandestines et imparfaites, il prévient ses lecteurs qu'il n’écrira plus. Il abjure sa vocation de poète, vocation qui a fait son malheur, et que contrarient à la fois une époque troublée et une âme inquiète. D'ailleurs il est bien décidé à mettre à exécution un projet longtemps caressé; 11 va chercher au fond d’une colonie américaine la paix qui lui échappe en Angleterre. Mort en tant que poète, il réclame l’indulgence qu’on n’accorde d’ordinaire qu’aux morts.
Jusqu'ici, rien que de très inoffensif. Nous trouvons un homme découragé, las de lutter sans profit. Songeons qu’il écrit cette préface en prison, puisque son livre, bien qu'il n’ait paru qu’en 1656, avait été enregistré par Humphrey Moseley le 11 septembre
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1655 24. I] sent que sa vie a été une longue erreur, et il veut suivre - une voie nouvelle. Il veut couper les ponts derrière lui pour n'être pas tenté de revenir sur ses pas, et ne pas risquer de retomber dans les vaines agitations du passé. Avant de quitter le monde où il a vécu, il lui lègue ses dernières œuvres.
Mais lorsque, parlant du choix qu’il a fait dans ses écrits, il explique pourquoi il a supprimé ses pamphlets royalistes, il s’aventure sur un terrain brûlant.
Or, bien que dans toutes les discordes civiles, quand elles vont jusqu'aux hostilités déclarées, la guerre de la plume puisse seconder celle de l'épée, et bien que chacun soit en quelque sorte obligé de servir et d'aider avec ia langue aussi bien qu’avec le bras le parti qu’il a fait sien; cependant, lorsque le sort des combats et la volonté mystérieuse de Dieu ont mis fin à la controverse, que nous nous sommes soumis aux conditions du vainqueur, nous devons déposer la plume aussi bien que les armes, nous devons évacuer notre cause même et la démanteler, aussi bien que nos villes et nos forteresses, de tous les ouvrages et de toutes les fortifications de l’esprit et de la raison: par lesquels nous la défendions. Nous ne devrions certes pas commencer nousmêmes à réveiller le souvenir des temps et des actions pour lesquels nous avons reçu du vainqueur la faveur d’une amnistie générale... 25.
Passage funeste pour le repos de Cowley! Assurément il exprime avant tout son dégoût de la guerre et son désir d’acquérir la paix à n'importe quel prix, et en cela il est sincère. Pour obtenir cette paix tant désirée, il cherche — diplomatiquement — à gagner les bonnes grâces du Protecteur, à amener celui-ci à passer l'éponge sur son passé. II y fait officiellement sa soumission, espérant mériter par là sa liberté, et l’amnistie qui lui vaudra la tranquillité à laquelle il aspire.
Les royalistes y virent l’aveu public qu'il ne croyait plus au succès de la cause royale, l’affirmation que Dieu avait décidé en faveur des puritains, un ralliement complet au maître du jour, et l'abandon également radical de son parti. Lorsqu'ils lurent les mots : « When the event of battel, and the unaccountable will of God has determined the controversy.. », le scandale fut grand
24, À Transcript of the Registers of the Worshipful Company of Stationers…, VOL. II, p. 12.