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214 ABRAHAM DU QUBSNE.
Saint- Jean... Cependant on dépêche cette nuit une tartane à M. Araonl, à Toulon, pour presser le départ de notre convoi et loi envoyer nn endroit où nos vaisseaux puissent l'aller joindre, lorsqu'ils auront combattu Roytcr, ce qui sera environ le 20 de ce mois. J'espère que ce sera encore avec plus d* avantage et plus de gloire pour Sa Majesté que la première fois, par l'empressement et l'ardeur avec laquelle tous Messieurs de la Marine ont demandé ce combat. » (Vol. 510, p. 62.)
M. de Terron écrivait, le 13 avril, au Ministre de la Guerre :
tt Je ne doute pas que... vous n'ayez été informé que les Hollandois se sont engagés aux Espagnols d'occuper ces mers-ci pendant toute la campagne. Je cray (sic) que leur traité est de cinquante mille écus par mois, moyeunant quoy ils doivent se pourvoir de vivres dans les ports de Sicile et du royaume de Naples. » (Vol. 510, p M,)
tt La création des jurais étant faite, a écrivit M. de La Villediea à Al. de Louvois, le 3 mai 1676, » notre armée navale sortit du port 'le 19 et le 20 avril, pour aller combattre celle des ennemis, qu'on V) disoit être mouillée dans le port d*Augouste ; elles se trouvèrent ^ deux jours après en présence, car celle des ennemis qui, sur Tavis n que la nôtre les (sic) alloit chercher, vint au-devant. Je laisse à *> Messieurs de la Marine à faire la relation de leur combat. Ils nous » ont dit qu'il avoit commencé seulement sur les quatre heures » après midi, qu'il avoit été très-rude pendant deux heures, surtout n pour Tavant-garde ; que Monsieur Rhuyter (sic) y avoit fait tout ce ^ qu'un homme peut faire ; mais que les Espagnols ne l'avoient pas 9 secondé ; qu'enfin notre armée avoit si bien soutenu le choc de ti celle des ennemis, qui avoit le vent sur la nôtre, qu elle l'avoit ■> obligée de revirer de bord et par conséquent de quitter le combat yy et de se retirer à la faveur de la nuit , et ensuite dans le port de » Saragouse » (Syracuse), « à la vue duquel la nôtre a été encore :i deux ou trois jours, attendant celle des ennemis, qui, bien loin de n sortir, s'y est enfoncée de plus en plus pour s'y mettre en sûreté. ^1 Nos Messieurs assurent fort qu'ils auroicnt pris ou brûlé (juatre ou n cinq vaisseaux des ennemis au moins, si leurs galères n (des enne- *) mis, bien entendu) « ne les avoient sauvés. Nous avons perdu dans ' ce combat M. d' Aimeras; c'est une perte pour le Roy et pour le > corps de la marine. Le chevalier de Tambonneau et le sieur de ^> Cou, tous deux capitaines, y ont été tués aussi. Il y a eu plusieurs autres officiers , dont je ne sais point le nom , non plus que le '• nombre précis des gens tués ou blessés ; je n'ai pas eu encore le
« temps de in*eii enquérir, ne faisant que rentrer dans Messine d'un Y détachement dont je vais vous rendre compte... » (Vieilles Arch. de la Guerre, vol. 510, p. 63 bis.)
Cette lettre du brigadier Boéssct de La Villedicu résume très-bien les faits , mais elle est nécessairement incomplète. Une relation du combat naval livré le 22 avril 1676, récit envoyé par M. de Vivonne à H. Colbert, nous fournira le moyen de la compléter. Disons d'abord de quels vaisseaux était composée la flotte française : « Le Saint" Esprit, monté par Du Quesnk, commandant en chef : capitaine, H. Da Quesne; le Lys, portant le pavillon de M. d'Alméras, Lieutenant général : capitaines, MM. Gentet et de Montbron ; le Sceptre, monté par le chevalier de Tourville , Chef d'escadre depuis le 30 octobre 1675 ; le SanS'Pareil, monté par M. Jean Gabaret, Chef d'escadre ; le Saint-Michel, portant M. de Prenilly, Chef d'escadre ; \e Pompeux, portant M. de Valbelle, Chef d'escadre ; le Grand, capitaine, M. de Beanlieu; X Éclatant, capitaine, M. if^Coiy -y \q Magnifique, capitaine, H. Gravier; \ Assuré, capitaine, M. de Villette; le Parfiiit, capitaine, M. de Châteauneuf; V Aimable, capitaine, M. de La Barre; \e Fier, capitaine, M. de Chabert; le Fortuné, capitaine, M. d'Amfireville; Y Agréable, capitaine, le chevalier d'Hailly; le Prudent, capitaine, le chevalier de La Fayette ; le Sage, capitaine, le marquis de Langeron; le Vaillant, capitaine, M. de Septèmes; \ Aquilon, capitaine, M. de Montreuil-Sébeville ; Y Heureux, capitaine, M. de La Bretèche; le Vermandois, capitaine, le chevalier de Tambonneau ; le Téméraire, capitaine, le chevalier de Lhéry ; Y Apollon, capitaine, le chevalier de Forbin; le Mignon, capitaine, M. de Relingues; le Cheval marin, capitaine, M. Saint-Aubin d'infre ville ; le Fidèle, capitrine, M. de Cogolin; le Joli, capitaine, M. de Bellc-Ilc-Ërard ; la Sirène, capitaine, le chevalier de Béthune; le Brusque, capitaine, M. de La Mothe; enfin le Trident, capitaine, M. de Flacourt. Total, trente vaisseaux, auxquels étaient joints neuf brûlots et deux petites frégates ' . Les galères françaises ne faisaient point partie de l'armée ;
^ Voici, d après la Relaeion de la artilUria que tiemn lot die* bajelee de la armada rteU del Océan, eoYoyée de Palerme, le 24 de mai 1676, à Madrid par le marquis de Btfona, la composition de cette escadre : • Niustra Sehora del Pilar, Capitana Hiûl, 64 canons, dont 20 de 25 livres de balle, et 28 de 18 livres; Santa Ana^ que thrve de Almiramte /^ea/ (Vice-Amiral), 54 canons, dont 16 pièces de bronze de 24, 26 de 18, et 6 pièces de fer de 16; Galion Santiago, 32 canons, dont 6 pièces de bronse da calibre de 36, 4 de 18, 20 de 10, et 24 de fer de 16; Galion San Bernardo, 20 canons, dont 16 pièces de brome du calibre de 16 ; Fregata San Felipe,
i\û ABRAHAU DU QU£SNS.
elles ne partirent, en effet, de Marseille — au nombre de vingt-' cinq — que le 16 avril, porlaot des munitions, de l'infanterie et de* drai{ons sans chevaux (ils devaient être montés en Sicile) , et coo* voyant plusieurs barques chargées de grain. (Gaietle de France, MHrseilte, 21 avril 1676.) Les galères Étaient sous le cunimandenient de M. de La Brossardière. Elles arrivèrent le 21 à Messine. (Lettre de M. Gafîard, Commissaire des guerres, à M. de Louvois, 24 mai l(i7Gi lettre de M. d'Oppède au même, 28 mai. Archives de la Guerre, volume SIO, pages 87 et 92.) Mais ayant à débarquer les troupes et les munitions dont elles étaient chargées, elles ne purent paraître sur le champ de bataille le 22 mai. Poncel de Ic^, Grave (Prich hhioriqae de la Marine de France) ajoute aux trenl&i quatre vaisseaux — il n'y en avait que trente — neuf galères ; aet'j informations le Iroinpèrent. Feu M. de Jonge, archiviste du RoyauoHU [le Hollande, dans son Histoire de la Marine des Pays-Bas ( Gcschieden^ van het \eerlandsc/ie Zeewezen ), ouvru;]G fort estimé en Hollande, mentionne les neuf galères de l'oncel de La Grave ; mais il remarque avec raison que ■^ Poucet parie seul des galères " . M. de Jonge dit
li ïstiaat, duiit 13 en brame it 16, el % pïicet «d Tbi (/( /VapoUi, 1 fi csnoni, dont 6 piicaj en bropie de Ifi, e CoKctpcioH de Xapota, 36 cmoni , donl IS piècei de li Capltma dl Flmitt, 39 ci
oMi de 1 6 : jdn âutmi»
a pièces en br de 13:
Qie de 10; 5» Carloi, ■tibra de 16, 90 da 10.
it de fer de I!; San Ignacio, 9 unoai; Sm StU ■omme. 494 canoni de difrérenla olibrei, dnn( 191 de brome et 903 de fer. — Quant à 11 antle hoNondalie, M. del \ito, marquis de Bayai», en donne U liile aailante : CoKcoràia, 7S cannni; Gmda (la ville de), TS einoni; Bipeje, TS cinona; ileMaui depitdra, SN cnnani; Cata de Outrrick, 60 canoni; Pntiiicîa tU UtndU, 38 canoni; Catàdt Xsidtrhiiii, 46 ciDani; Lioitci (dam Ici rcUlioni hallandaiMi, il cjI nnmm* ifmrni), SOcenoni; ffniHa lijiîostt (Grue vigilinle), 46 30 canon); Prorineia dt Crotumiga, 50 canoni; Mujtr lerde {la Femme lerieTjî 30 caiian«: Ciadad dt Edan (la Ville d'Édam), 34 c ------ ■
An trraM{l'Oinn. .,,?], 46 canona; Lihriaii, SO csi
Arniei du Harderwik), 46 canoni. Patachea : Pruado T<.
Civdaidt Bman (la Ville de Rouen), Scinoni; Villa Ttrgsi, {h Ville de Tergow)';
Kata, 8 canooi; ^nua del Prineipt, 8 canoni; LangoUa, 8 tanoni. Brûlota
Salvador. 0 caouna; Snlmon (le Saumon), 4caiiuas; San Jacob y Ana (W ^a-ini-it
et l'Anna), 4 canon»; llarta$ dt la luhe (la Grande Barqne au Jail), 4 canoni. TohiJ
Ar» canoni porlé) par ]« vaiiieam hullandiig : SSfl. L'armée corn)
donc de 1430 pîtrei de canon de dirrérenti calibre). Selon la RtU
fran^aiie. en j comprenant lei vaiiieaui arriva i Meiirine avec le convoi récemoieal
arrici^deTonlon, portail 1773 canoni. Nom ne copions pai la liile donnée parM.ds
Villarranca dei bàtimenlii Trançai), donl lea noœi , comme ccui de jeun capi lai nel,
sont traduit! de (elle fafon qa'on a peine i tes reconnatlre. Cette liile wtÉ'alllMis
ai8 ABBAHAU DV QUESNF.. 1676
d'ordre de bataille " . On se hàla ; l'avant-^jarde , sous le commanctcment de M.d'Alméras, prit la lêlc de la ligne, elful suivie par ie corps de bataille, au milieu duquel prenait place le Saint-Eipril. M. Gubarel se plaçait au centre de l' arrière-garde , qui manœuvrait pour se mettre dans les eaux du corps de baluille. Le vent poussait Du Qiicsoe vers M. de Ruyler, qui cberchail à s'élever de la côte et h monter au vent, qui était mou et tombait. A onze heures, ii fraichil un peu, mais sa direction était changée ; il soufflait du Sud, se renforçant peu à peu- M. de Kuyter avait alors l'avantage qu'avant lui avait eu Du Quesnc. Il conimenru son mouvement d'arrivée, mais sans beaucoup se presser; Du Quesne mit alors en panne pour l'attendre. Sn ligne très-bien formée , les vaisseaux assez près les uns des autres, mais non pas tellement qu'ils pussent se géoer muluellemenl, il ne u lit servir ■ (mettre le vent dans le» voiles) que vers les trois heures, quand il vit l'ennemi assez voisin de lui pour en être attaqué.
M. de Royter, an milieu de sa division, conduisait l'avant-^arde , " arrivant vent arrière, arec douze navires hollandois. " Le corps de bataille que menait l'Amiral d'Kspagne, Don Francisco-l'ercire- Freire de La Cerda, arriva aussi , maïs avec moins d'entrain, ce qui l'oloigna du Lienlenant-Amirat général cl le for^a plus tard i prendre le pins près, pour se rapprocher de l'action, où il parut enlin canonnant, mais de si loin qu'il a ne Gt aucun effet k . {Vie dt Ruyter.)
Les deux avant-gardes, cependant, se battaient « à la portée du mousquet ^ . Vivement attaqué , M. d'Almérns soutint le choc avec une vigueur remarquable; tous les efforts de M. de Huyler pour le faire plier furent inutiles. Les premiers vaisseaux de noire corps de bataille engages avec l'escadre hollandaise ne résistèrent pas avec moins d'énergie. M. de Ruyter ne se voyait pas rejoindre par les Espagnols et par le Vice-Amiral de Haën, que le corps de bataille retardait et qui, avec les sept vaisseaux de l'arriére-garde, aurait voulu s'approcher davantage des Français. Le Lieutenant-Amiral général prit alors le parti de changer de tactique. 11 ne u voulait pas CD venir à l'abordage " , et, sans virer de bord, songeait à se rapprocher de Don Francisco-Pereire-Freire de La Cerda, qui ne l'appuyait point, eisurtoutdu Vice-Amiral de Hat'n, sur qui il pouvait compter s'il en était rejoint, 11 ■< mit ses voiles à scier a (c'est-à-dire qu'il mit le vent sur ses voiles pour culer ou marcher à reculons) . Sa divi-
sion imita cette manœuvre, qui Téloigna du Fidèle, du Lys et du Pamfeux, contre lesquels il combattait rudement depuis plus de deux grandes heures. En dérivant ainsi , M. de Ruyter passa pour ainsi dire en revue Favant-gardc française , en la canonnant, et arriva au corps de bataille. La lutte commença là avec un acharnement Ofriniâtre ; le soleil allait se coucher. Alors les arrière-gardes purent ae mesurer d*assez près. La bataille dura « jusqu*à dix heures du soir, que les n alliés a virèrent de bord et prirent la route de Saragousse. n Dans le mouvement de Tarrière-garde, commandée par M. de Haên, cet officier général , « par méfiance des Espagnols d qu*il avait dans S9L division , avait pris la ièie de son escadre , au lieu de rester au <:eiitre « pour régler la manœuvre de ceux sur qui il ne comptait gâère » . (Mém. de M. de Villette.)
H, de Cogolin , capitaine du Fidèle, qui avait la tête de Tavantgarde , fut combattu par un gros vaisseau hollandais , au moment où l'escadre de M. de Ruyter arrivait sur la division de M. d* Aimeras; il fut blessé , et , pendant qu*on le portait dans la cale pour le faire panser, son vaisseau laissa arriver, sa civadière ayant été déferlée et bordée sans que le Lieutenant du Fidèle Teût ordonné. Le navire, dimt ,au reste la barre du gouvernail avait été coupée par un boulety n'obéit pas longtemps à ce mouvement d'abattée. M. de Cogolin se fit remonter sur le pont aussitôt que le chirurgien eut achevé son pansement ; il ordonna qu*on serrât la civadière, et, mettant ses voiles de l'avant en ralingue (dans le lit de vent), avec ses voiles de Tarrière, fl fcmonta au vent, reprit son poste et le combat dont il n'avait été écarté que peu d'instants.
La blessure de M. de Cogolin , pour grave qu'elle fût, n'eut cependant pas de conséquences funestes. Il n'en fut pas ainsi pour M. de Tambonncau. Le commandant du Vermandois fut tué, au moment où il faisait un virement de bord pour reprendre son poste, dont il s'était quelque peu éloigné , étant trop chargé de voiles sur l'avant. If. de Cou, capitaine de \ Éclatant, eut une jambe emportée et mourot de sa blessure. M. de Saint-Germain, son lieutenant, commanda le vaisseau tout le reste du combat et fit très-honorablement son devoir. M. d'Aligre, Lieutenant de vaisseau, fut grièvement blessé. Le Général commandant Tavant-garde , M. d*Alméras, fut tué , et sa mort porta un certain trouble à bord de son vaisseau ; le capitaine du Lys, M. Gentet, et son camarade le chevalier de Montl>ron, se hâtèrent de rétablir l'ordre à bord : cependant la civadière.
tiS ABRAHAU DU QUESNE. ISTA
mise mal à propos et sans que les ctipitaÎDes l'eussent voulu , porta le Lys hors de la li^Qc, qu'il eut de la peine à reprendre. En parlant de M. Gentel, M. de Villetlc dit d'un ton de ^rand seigneur : 'i (îcntel, * qui n'étoil qu'un matelot de la Trembladc. " Ce raalelot était un bon marin , comme son compatriote Job Forant; et nous devons en parler avec plus de convenance que le marquis de Villctte. Ce marquis u'aimait pas Du Quesne, peut-être parce que le Lieutenant général n'était " qu'un matelot de Dieppe i ; il ne pouvait guère raanquer d'attaquer ou du moins d'afTaiblir son action pendant le combat. Ecoutons-le :
<i Les Espa^ols, qai tenoienlle vent, demeurèrent spectateurs du combat. M. Du Queine fut obligé de/aire la tnéme ckou, et les deux corps de balaillc se trouvèrent à peine assez proches l'un de l'autre peur se caoonner à une porliïe raisonnable. »
Voici cependant ce que dirent les Hollandais :
u Le Lieulenant général Du Qucsnc , qui s'était toujours tenu au plus près du vent pour s' approcher de rAmiral espagnol , voyant que celui-ci se tenoit su vent, mil toutes ses voiles pour joindre son avant-garde et lui prêter secours contre Rujler. « (Fie de Rugter.)
M. de Villelte ne se borna point aux insinuations malveillantes contre Du Qucsnc. Dans ses Mémoires destinés à M. le comte de Toulonse, qui, dès son enrance, s'était babitué à honorer l'homme que le Roi avait gratilié d'une terre enimarquiséc, il s'appliqua Jk. rabaisser le vainqueur de M. de Ruyter pour ternir sa mémoire auK. yeux du jeune Amiral de France. Triste effet d'une passion au fond de laquelle était peut-être l'envie! M. de Villette servit bien et devint Lieutenant général ; mais il n'ont aucune de ces grandes occa — sions qu'eut si tard Abraham Du Quesne et qui furent sa gloire ^ M. de Villette semble ne lui avoir jamais pardonné son bonbeux*.. et, sur la circonstance qu'il se rappelait longtemps après 1676, m écrivit :
u M. Du Quesne ne suivit point la victoire, qu'il eût rendue décisive, m ' ttvoit («nu le tcnt pour boucher aui ennemis l'enlrée de Syracuse ; t7 m;-» -^ à Megtine et ne pensa qu'à fuire dts relations apologétiques, -'*--—- — ^
surtool de n'avoir pas pris l'avanl-garde de noire armée, parce, disoit
qu'il avoit cru que l'Amiral d'Espagne , selon la coutume de cetle-nat .^^ choisiroil le poste de ravanl-garde, et que luy , M. Du Quesne, avoit w«~»».^ avoir aftaii-e à Ituylcr. ^
tnt injuste. Lorsque M. de Kuyter, ou w^.
1676 MARINE DU XVn« SIÈCLE. 221
mieux dire son Capitaine de pavillon, M. Gérard Callenburgh \
qui gouvernait la Concorde à la fin delà bataille, M. de Ruyter ayant
été blessé et souffrant beaucoup , se décida à entrer à Syracuse , Du
Quesne n*avait plus la possibilité de reformer sa ligne de bataille ou
même de faire aller par groupes ses vaisseaux à Tentrée de la baie.
Le jour était tombé , et les abordages étaient à craindre de la part
des vaisseaux , dont un assez grand nombre étaient fort maltraités.
Il passa u la nuit sans faire de voiles n , comme le dit la relation
envoyée par M. de Vivonne. (Relation qui est probablement de
M. Desclouseaux , le commissaire général de la flotte.) Et , « le 23,
» au matin , il rallia ses navires , courut avec peu de vent vers la
» terre de Sicile. » Le mauvais temps Tempécha de pouvoir, avant
le 29 avril , u s'approcher du lieu du combat et de Feutrée de Syra-
» cuse ». Il ne se hâta donc pas de retourner à Messine. U tint la
mer jusqu'au l*'mai 1676; alors il rentra, et, tout de suite, on se
mit à Tœuvre pour réparer les vaisseaux , afin de les envoyer « au-
» devant du convoi de Ponant et des cinq vaisseaux de guerre qu'on
» croyait en chemin de Toulon pour Messine n . (Lettres de M. de
Terron , 30 avril, et de M. de Vivonne, 5 mai 1676. Vieilles Arch.
delà Guerre, vol. 510, p. 70-76.)
Quant aux u relations apologétiques » reprochées à Du Quesne par le marquis de Villette , voyons ce que ce reproche a de fondé. Citons d'abord une lettre écrite par le Lieutenant général conunandant la flotte française , le 22 mai 1675. Elle est autographe et adressée à M. de Seignelay; nous lui conservons sa physionomie autant qu'il est en nous , regrettant de n'en pouvoir donner un facsmile photographique :
tt Monseigneur ,
» Jay reçu auec vnc joye cxtresme Ihonncur que vous me faite par » vostre lettre du 23" février dernier sur nostre combat contre i> Rentre, je me tiens si fort vostre obligé de l'estime que vous me n tesmoignés auoir eue pour moy auant mesme que jeusse bien Ihon- 9 neur destre conu de vous , j'espère Monsegneur que vous nen aurez t» pas de repentir et que vous seres satisfait de porter tout de nou- 7» veau au Roy des nouvelles asseurés dun second combat que nous 79 auons donné contre Reutre joint aux Espagnols , ainsy que vous le
i C'est ainsi que M. de Jonge écrit (t. 3, p. 174 et 202) le nom de cet officier, que U* Eagéoe Sue nomme Kulembaurg (t. 3, p. 350) et KatUnburg (p. 350).
Ma ABRAHAM DLI QUESNE.
n verrez par le journal que vous rendra mon neucu , en mcsme » temps que je vous puis useurer que je' fait loiil ce quy despend de n moy pnurque l'armée soit mise en estai de sortir pour s; jen suis n creu aller voir ce que l'armée des ennemis nous voudra dire car n nous receuons en escriuaut la présente auis Dau Gouxtc " (d'Agosta) 1 quelle est sortie de Saragoussc n . (Bon renseignement; l'armée alliée avait quille Syracuse avant le 6 mai.)
u Sependant , je suis contraint de vous iurormer Monsci^ueur, que ■a depuis nostre retour h Messine que Ion a seu l'honneur que le Roy, n Monseigneur vosire père et vous mauez fait par les lettres que jen " ay rcsus, le sieur de Valbelle ne cest peu n (pu) « empescber n dexerser son esprit brouillon non pas directement contre moy ny « contre les gens dhonneur de larméc au préjudice desquels il exalte n de petit mérite. Il sait par ces menés « (menées) " ordinaires 1 enpoisoncr les esprit foible et les engager dans la caballe entrautre n le sieur Gabaret quy ne sait à quy sen prendre de ce quil u'a pu ■' reçu de lettre du Roy ny de vous qui le fciisitte.
>L Je nay pas manqué de le renuoier a la relation que M. de " Ruyter (tic; ordinairement il écrit : Rentre) " enuoya aus Estais n où il remarque que son ariere garde na combatu que sur le soir ce " qui fait voir euidemment que si ledit sieur Gabaret avoit serré la u fille H (lile) " et arriuc sur laricrc enemic came ont fait l'auant ' garde et la bataille, il aurait mieux fait son deuotr et Iteutre auroit » parllé en sa faneur ainsi qu'il a fait de ceux qui ont commencé le " combat sur les 9 a x heures n . (On n'oubliera pas qu'il s'agit en ^ lout ceci du combat du 8 janvier 16T6.)
B Vous conoisez, Monseigneur, lesprit très-pernicieux du sieur de n Valbelle, et ce qu'il a fait en Ponant et sy vous estiés informe de sa » conduite lorsqu'il comandoil les six vaisseaux enuoyez premièrement n u Messine vous en seriez encore plus surpris n . (Ou voit que l'opinion de Du Quesne sur le chevalier de Valbelle ne diffère guère de celle qu'avait M. de Villellc de cet ^i homme très-arlilicieux^,) - De grâce, ^ Monseigneur, faite que nous ayons la pain dans ce corps affin que 1 nous semions tous le Roy auec alegrese cl josse vous aseurer que V tout yra bien quand il n'y aura plus de chef de caballe '.
■ M. lie Valbelle pil le liéroi de U. Enijinii Sue, bomme d'eipril, qui fol loDcfa^
(le l'eipril cauBlIqne doiil le» reUlloni do ihetslier porlenl la marqoe. Ce n'éliil poim» do modealia que ae piquait le Chef d'eicadrc; il écrinît pour *■ tùta u ■emblabJe eo cela d'ailleun i M. de Villclle, dont l'npritjM et mnid! altrayaot.
(L'original de cette lettre, sortie du dépôt des Archives de la Marine avec tant d*autres , au moment où les documents qui y étaient gardés — mal gardés assurément — étaient considérés comme des papiers bons tout au plus pour aller chez la beurrière , Toriginal de cette lettre, disons-nous, vint de main en main à M. Charles Cunal de Saint-Malo, ancien officier de marine, auteur des histoires de Duguay-Trouin , de Robert Surcouf et de Suffren. Nous la vîmes en- 1844 chez M. Cunat, qui voulut bien nous en conmiuniquer une copie, le 20 février 1845.) A la marge de la lettre de Du Qnesne, on lit cette note de la main de M. Colbert : « A numfih. Ohsentez n ce qu'il dit de ValbeUe et de Cabaret, 11 n*y a rien de plus important i> dans la marine que d'en oster toute sorte d'intrigue et de cabale. 9 — Voilà deux fois que ce damné de Cabaret n'a pas combattu. »
La lettre de Du Quesne , plus modeste que fière , n'a rien du \ou d*une relation apologétique. L'Amiral remercie M. de Seignelay de la grâce qu'on lui a faite de donner à son fils Henri le conunandement d'un vaisseau ; et comme le Saint-Esprit se trouve sans capîtaine, M. de Montreuil ayant eu le conunandement d'un vaisseau avant le combat du 22 avril , et Henri Du Quesne quittant le Smmh^ Esprit pour le Parfait, Du Quesne demande les deux places de capitaine pour M. de Pallas, son ancien et excellent lieutenant, et pour Abraham Du Quesne-Cuiton , son neveu , qu'il regarde comme un officier, bon praticien. 11 n'y a pas à s'étonner de cela. MM. du Cou et de Tambonneau sont morts , il y a deux brevets de capitaine vacants, deux officiers sont dignes de les obtenir, et il semble au vieux Du Quesne qu'on doit bien à l'homme qui deux fois a étéheureux contre M. de Ruyter la faveur qu'il sollicite pour eux. 11 demande un brevet de lieutenant pour un vieil enseigne grièvement blessé; quoi déplus naturel?
Dans la relation que Du Quesne envoya à la Cour en même temps que sa lettre à M. de Seignelay, le Lieutenant général se laissa-t-il aller à un petit mouvement de vanité, après tout bien excusable? — La joie de son succès aurait bien pu lui faire oublier un peu la mesure et l'extrême modestie. — Nous allons voir Du Quesne conunencer par rapporter Tordre qui lui fut donné par M. de Vivonne le 19 avril 1676« ordre qui lui prescrivait d'observer seulement . les ennemie » et d'aller vers Agosta pour les empêcher d'assiéger celle ville et dc^ » barrer le chemin au convoi des vivres attendu de France, et à n ^ ^ venir à les combattre qu'en cas que les ennemis ne le vinsseoi
MARINE DU XVtl* SrÈCLE. 333
( chercher, ou qu'il y trouvai un si grand avanlage sur eux (ju'il te Wn vit en état de remporter vraisemblablement la victoire. >> Rucoii- T tant ensuite la journée du 23 avril , il dit : '^ Sur les trois heures, " l'avaut-garde couemie Ut voile " (elle s'était tenue en paone par un très-petit vent, pour attendre l'arrière-garde ) , u et en s'appro- R chant nous reconnûmes que Ituyter La commandoit, ce qui me
■ surprit, ayant vu dans toutes les occasions où je me suis trouvé
0 depuis quarante ans contre les Espagnols que leur Amiral uvoit B fait l'avaiit-garde, même l'annÉe dernière, au combat vers le t'hare,
^Li où M. le duc de VIvonne battit les Espagnols. « (Il est ici dans la Hmesure la plus parfaite; il donne à M. de Vivonne le gain de la Entaille, parce qu'il était son chef et qu'il commandait l'escadre fran- Bi|aise.) ■ L'Amiral fuisoit la tête de son armée et mot celle des neuf ^B« vaisseaux du Roi, et avec trois d'ici je combattis l'Amiral ennemi '* « et toute sa division. ^ (Est-ce là faire son apologie? Il rappelle simplement le fait. 11 commandait, en février 1675, les trois vaisseaux de l 'avant-garde française, et par cette circonstance se trouvait ipposé à l'Amiral espagnol, et il le dit pour bien faire connaître par D exemple récent que la coutume des Espagnols est que leur Amiral à r avant-garde. Il ajoute :) « Dans cette dernière affaire-ci, il 1 a été autrement, l'Amiral d'Espagne ayant fait le corps de • bataille et moi celui de l'armée du Roi, ce qui a été cause que
■ je n'ai eu affaire k Ruyter que sur le milieu du combat. « (Du ■Quesne n'exagère point la part qn'il eut dans l'action; il raconte ce
|ai s'est passé simplement, loyalement, sans vanterte, sans rien llttirer à lui de l'avantiige de la journée. Après cela, il mentionne Fcet épisode du combat :j " L'Amiral Kuytcr se trouva peu accom-
«pagnén (après son combat contre l'avant-garde française, quatre P'de ses vaisseaux démdtés ayant été tirés du champ de bataille, où
ils étaient ses voisins, par les galères qui les prirent à la remorque) ;
a il fut contraint de mellrc le vent sur ses voiles pour donner lieu
1 aux vaisseaux qui éloient derrière lui de le rejoindre, en sorte qu'il ' tomba en travers du Saint-Esprit, qui étoit entre le Sceptre et le 1 Saint-Michel, desquels il essuya un si graud feu qu'il fut obligé de " revtrer de bord à la faveur de la grande fumée que causoient les
W'» canonnades de part et d'autre, et même de l'obscurité de la nuit W^ qui s'approchoit, sans quoi il y auroit sans doute demeuré, et l'on W*t entendra dire quelque jour que jamais vaisseaux ne se sont retirés s état. 1 Ici la belle part est faite au Sceptre (M. de
Tourville) et an Saint-Michel (M. de Prcuilly), les deux matelots du Saint-Esprit, qui s^efTacepour ainsi dire. Cen'est pas devant lui que M. de Ruyter se retire, mais devant le* grand feu des seconds de Du Quesne et devant la nuit, sans laquelle il serait resté son adversaire. Quand il vire de bord, son armée Fimite, déchirée, démâtée, dégréée, telle enGn que u jamais vaisseaux ne se sont retirés en si mauvais n état. » C'est tout. Où est Fapologie ?
M. de Villette fut mécontent du silence à son égard de Du Quesne, qui, sans le nommer, nomma, outre les morts et M. de Cogolin blessé, MM. de Lhéry, de Langeron, de Beaulieu et de La Fayette, qui combattirent vigoureusement le Contre-Amiral de Hollande, tombé sur Tarrière- garde française, et le forcèrent à rejoindre le gros de son armée. Le marquis, dans son récit de l'affaire du 22 avril, se dédommagea de ce silence. Il était à la tête de cette arrière-garde dont MM. de La Fayette, de Beaulieu, de Langeron et de Lhéry composaient la queue; son vaisseau (V Assuré) dérivait beaucoup, ce qui obligeait M. de Villette à se tenir fort au vent de sa division.
«... Je fis en sorte, dit-il, de m' approcher à une demi-portée de canon du Vice-Amiral hollandois , et à l'engager par là à un combat particulier avec moi. Cela se passa heureusement, encore qa il eût 24 canons et deux ou trois cents hommes de plus que moy, et qu'il m'eût tué bien du monde, il me laissa après une heure et demie d'un feu fort vif, et mettant ses voiles à scier, il se laissa tomber sur M. Cabaret, n
C'est à merveille ; mais si Du Quesne avait parlé du combat du Saint-Esprit comme le capitaine de Y Assuré parle du sien , ne pourrait-on pas l'accuser d'en avoir fait une relation apologétique?
Mais laissons ce malveillant marquis à sa méchante humeur ; un des paragraphes du rapport de Du Quesne , qui lui fut communiqu sans doute dans les bureaux de la Cour lorsqu'il écrivit ses Mémoires, dut l'irriter violemment :
tt J'espère que dans peu de temps Sa Majesté aura la satisfaction d voir sa marine en réputation , si elle a agréable de la purger de qnelquer esprits broaillons et autres mercenaires (?) qui causent de la division da le corps; au reste, il y a de très-braves gens qui commencent d'avoir l'application et de qui on doit tout espérer. Il y en a quelques-uns acco tumés au libertinage » (habitude de désobéir) » quand ils sont dans rades et dans les ports, et qui ne sont pas assez exacts à l'observation signaux et ordres de marche pour éviter les abordages, à moins d'une se rite extraordinaire, de laquelle je suis obligé de me servir avec re
ItAttlNE DU XVI[' SIÈCLE. 3iT
^fin d'ëviler d'élre conlrainl ilc Jonner poor eicuse un monquemenl a rexëcplioa de mes ordres dans une occasion imporlonle- "
Ce passade est intéressant; il fait connaître l'ét^J où, en 1676, était encore la discipline parmi les officiers supérieurs de la marine. .La dévérité dont notre Du Quesne fut obligé de s'armer lui Gt des ennemis de ces u libertins ^ dont il parle. On ne fut pas juste à son égard, M. de Valbelle surtout, et cependant jamais Du Quesne ne manqua de justice pour cet ofllcier ; ainsi il dit :
J'ai sujet de me loner beaucniip des conseils pl des actions de MM. de luillf, de Valbelle, de Toarville et du marijnis d'.lmrreville n (et non 'Infreville. comme l'a dit M. E. Siie. M. Saint-Aubio d'Eurreville n'dtaîl pu marquis ; te nom Amfrevilie fc lit fort bien dans la relation signée par Da Quesne et d'une main de secrétaire), "du marquis d'Amrrcville, qui mërile d'être avancé. Le chevalier de Lhcrf se diatinuue aussi en toutes occasions ',n
»Cel éloge de trois des Chefs d'escadre exclut M. Gabarct , dont h'élait pas content le sévère mais équitable Lieutenant général. V . Jean Cabaret était entré dans la cabale de M. de Valbelle ; mais il n'avait pas, pendant la bataille, eu la bonne conduite de celui-ci. H. de Tambonneau ayant péri pendant la bataille, M. de Valbelle, qui avait pris le commandement de l' avant-garde après que M. d'.'\lméras eut été emporté par un boulet, envoya M. le marquis de La Porte, qui se trouvait à bord du Pompeux, sans l'ordre du Roi, pour commander le Vermandois. M. Colbert trouva cela mauvais et irré- ^ulicr, nul n'ayant le droit de " mettre sur des vaisseaux des capi- ^ taines n'ayant pas des ordres du Itoi » . Du (Quesne envoya M. di- Coëllogon commander VÉclalanl, quand M. de Cou fut blessé mort«Uement. M. Colbert approuva cela, parce que Du Quesne était l** Amiral et que d'ailleurs le chevalier de Coëtlogon avait un ordre «iu Roi pour faire la campagne. Le lendemain du combat, Du Quesne songea à pourvoir le Li/s, sur lequel était mort M. d'Alméras. Ce ^rand vaisseau revenait, par sou importance, il un officier «général ;
1 Ainfreiille eil an village de .Vurmandic (aDjaaril'bai da JépartumBnt do l'EurD): 1^ nurquii en ittil leignenr. Il tenait Tnrl peu à l'orthograplic de bod non] — heau- ^r«np de lei caDtemponint étaient dan> le même csg — «1 signait :
/^/^êm^^
Mi ABRAHAM DU QURSNE.
il i'ofTrit à M. JesD Cabaret, le plus anctea des Chefs d'escadre, qui u ne le voulut prendre qu'it la condition de cbanger toutes les' divi- « sions » , c'est-à-dire de lui dcuner l' avant-garde au lieu de l'arrière- •)arde qu'il avait. Du Qucsiie refusa, laissant à M. de Vivounc à décider lu chose. M. Colbert écrivit en marge du passage de la relation de Du Qucsne : « GabarcI a deu obéir, et l'obéissance est ce « qu'if y a de plus important à eslablir. n M. de Vivonoe fut de cet avis, et M. Cabaret, conservant sou poste  l'arrière-garde, prit le vaisseau le Lt/i, qu'il garda le reste de la campagne. Ces détails sont minimes ; mais nous avons cru qu'ils ne seraient point déplacés dans une étude qui se propose, entre autres objets, de faire connaître l'organisation de la marine à une époque où les bons esprits, comme M. Colbert et Du Qucsne, travaillaient à la modiGer et à lui donner pour fondement la discipline, si méconnue encore.
Les choses étaient à ce point que M. de Vivonne ayant dit i!i Du Quesne qu'il fallait que l'armée allât en Provence ■■ pour y prendre 1 des vivres et le secours de troupes que Sa Majesté a destinés pom* n la Sicile *, Du Quesne se hâta d'écrire au Ministre, le priant de ne pas tiutoriser les vaisseaux à entrer dans les rades de Toulon, aGn que les équipages ne se sauvassent pas à la nage. >> Au dernier
0 voyage de Toulon <> , disait Du Quesne, » aucun vaisseau de donner carène qu'à ci :i pages potianloia, ■< ceux-là n'ayant pas était pas de même des Provençaux , dont < y n'en ramasse, eussiez-vous autant de prévôts et d'archers que de > matelots ». Le Lieutenant général demandait donc que l'armée allât mouiller aux Des d'Hyëres, dont un voyage à Toulon à li était chose dinicile. Ce n'était pas seulement pour retenir les éqi pages que Du Quesne voulait que le mouillage des ilcs (M préféi celui de la rade de Toulon ; c'était aussi pour couper court au di de certains capitaines qui, » sons prétexte d'un vent qui les y pom
1 onde voies d'eau à faire boucher, vont malgré l'Amiral àTouloni et facilitent par là l'éloignement de leurs matelots, qu'on ne peut' reprendre quelquefois, ou qu'on reprend si difficilement qu'il est souvent impossible de » remettre ces vaisseaux en mer ou sous le » pavillon " . Du Quesne voulait qu'il fût " interdit aux officiers da 1 quitter leurs bords sans ordre par écrit, à peine ^'interdiction, » que Sa Majesté n fit -• une ordonnance à l'Intendant de TouloBr ° pour faire arrêter et mettre à la tour tous capitaines et auti
" je n ui point souitert è ux qui avoient des équi-.
intérêt à déserter. Il n'en 1 déserte plui
mée
sèment de la vérité. Il en est ordinairement ainsi. Ce n'est pas seulement sur le champ du combat qu'on se dispute la victoire ; c'est aussi dans le champ de l'histoire que l'on veut vaincre. Les bulletins sont toujours beaux des deux côtés ; des deux côtés on rend grâces ao Dieu des armées qui a fait triompher la cause juste. M. de Vallavoire écrivait, le 30 avril 1676, de Messine :
a... Nonobstant tous les avantages dont je viens de parler sur le -a rapport verbal de M. de La Barre » (capitaine de Y Aimable, qui arriva à Messine, le 28 avril, son vaisseau un peu délabré et lui blessé au visage), u les Espagnols n'ont pas laissé de faire des » réjouissances partout, conune s'ils avoient remporté la victoire, » et au moins ont-ils cela pardessus nous que véritablement cm par » politique, ik sont toujours contents de ce quils ont fait. Ils sont à » présent tous à Syracuse, où ils se sont retirés pour se radouber, et n Tarmée de Sa Majesté croise du côté d*Agosta. Cette manœuvre des y> uns et des autres diminue un peu de l'effet qu*aureient pu produire » leurs réjouissances , et on aura de la peine à croire qu'ils sont vérin tablement victorieux tant qu'on les verra ainsi assiégés... v M. de Vallavoire ajoute — et il devient cruel : « Voilà ce qui s'est passé « au sujet de la 'dernière victoire ; la plume espagnole Tauroit mieux *) tracé que la françoise , si elle avoit tourné de leur côté; mais il » faut qu'elle se contente , pour cette fois-ci , de réserver ses bypei^ » boles pour couvrir leur honte et non pas pour enrichir la vérité. »
M. de Viilette est plus dur encore : » Les ennemis se retirèrent à ) Syracuse et Ruyter y mourut. 11 montra en mourant tout le mépris n imaginable pour les Espagnols, jusqu'à refuser de voir l'Amiral et ^ ordonner qu'on lui dit de sa part qu'il avoit assez vu de poltrons ^ pendant sa vie. »
M. de La Villedieu écrivait à M. de Louvois, le 25 mai 1675 : « L*on nous dit pour le certain que Rhuyter (sic) n'avoit point voula y* voir, devant que de mourir, TAmiral d'Espagne qui l'alloit visiter, n disant que , dans les derniers moments de sa vie , il ne vouloit pas « voir de tels coquins. Voilà ses propres termes, à ce que l'on nous a * assuré, n
H. de-Ruyter prononça-t-il ces paroles flétrissantes? Il ne vit pas l'Amiral espagnol, son historien le dit, mais sans appuyer sur la cause de son refus. Le 28 avril, le marquis de Villafranca arait écrit à M. de Ruyter :... Par ^ une lettre de marquis de Vayona {sic) que n je viens de recevoir, j'apprends que les armées navales sont entrées
ISTS MAlilNE DU XVII'' SIÈCLE. £31
« daos le port de Syracuse; que le ^2 de ce mois on a balitt celle dei a François ft qu'on lui a donné la chaMse ; mais toal ce qu'il y a d'a- 11 gréable dans cel heureux succès est touraé eo amerlumi; par Tacei- » dent qui vous est arrivé d'avoir été blessé à un pied et d'avoir eu n une jambe cassée. . , n Celle lettre n'arriva a Syracuse que le 3 mai, et le grand M. de Ruyler avait tcniiinc sa vie glorieuse en homme vérilalilcmenl héroïque et pieun , le 29 avril, dans la force de lage, on peut le dire, bien qu'il eût soixante-dix ans un mois et cinq jours. On ne recueillit aucuu mot de lui dont on |)ùl Inférer qu'il regardait comme heureuse pour les affaires de l'Espagne et houorubte pour la ilotle combinée, cette jouroée du 2â avril, où il avait vu se battant admirablement les Hollandais mal soutenus par les Espagnols de U. de La Ccrda. La Icllre de M. de Villafranca, s'il l'avait reçue, l'aurait probablement fait sourire de pitié ou rougir pour celui qui la lui écrivait.
Le marquis de Bayona adressa au Roi d'Espagne, le 28 avril 1676, une lettre datée de « Zaragosa » et dont voici le commen- 'cemen^(nous traduisons toujours lidèlcmenl) ;
■ J'ai rendn compte ù Voire Majesté dr l'avantage {del buen tueeto) que «es flotlea onl obtenu, pn ga<(nanl la bataille {ganando la balalla') qu'elles Boalinreiil le 22 contre celle de France ; maintenant je voua envoie l'dtat deH dumniagei qu'ont reçus nus vaisseaux qui tonl reati* à le réparer U mieux qu'il lera pouihU dan» ce pori , où l'on n'a aucun dea objets néceasDires pour les nieltre prompteuienl à la mer et les Si-heminer en lieu convenable pour se rétablir entièrement de leurs blessures rt se poorvoir des munitions et des vivres qui leur manquent... aasnraDl Votre Majesté dn lèle et de la sollicitude qni me portent à vouloir qne les flottes soient bienldt prêtes pour pouvoir s'opposer aux desseins de celte del'ennemi, qui jiuju'â priteat m ê'ett point retirée à Meuine a . (Il est bon de trouver dans la version espagnole des événements, la pleine jus li Real ion de la relation de M. de Vivonne, relalivcmenl à l'enlrée immcdiole des alliés k Syra- Pcnse et do retour tardif des Français à Messine.) u Elle est revenue dans (es parages, où elle est bien supérieure ani ndlrcs (réunies) par la ijualilé rt la quantité de ses vaissfaui qui sont au nombre de quarante gros i (non, trente), et elle espère se renforcer encore avec des navires de guerre et des golérea provenant de leura poris. J'appelle donc de nouveau l'attention de Votre Majesté snr l'imporlauce grande qu'il y a à augmenter ^ le nombre de vaisseaux par l'addition de bftiimcnis d'un tonnage et d'un ^L •rmonienl tea plus forts possible , alin de mister a ceux de l'ennemi si ^H l'occasion se présente de combattre. >■ (Arcb. de Simancas , Il
^H Nous I
Nous avons vu que les forces des armées français
5sen"3219.) et bispano-
■»i'". ^L.»' <."„: Q.»»« * *• Jtu<
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«^J^lS, e^ ^''^C a a reçu ^^^tt'^^enç^-^^^^^.e» -^ faite, a« °\ cbiï«^*^,»t«,»8 4e »*] ^.^oe ^*^"* V-^ojense . «
A'^*'- A-c vaisseau» * n^c ^«*^ . ^^iranl' r»A>t,
i34 ABHAHAU DU QUKSNE. Ittm
veUes incertaines de la blessure de M. de Ruyter; mais bientôt od apprit la vérité par un matelot, qu'avaient pris les Espagnols sur la petite l'ré<|atc de M. de Goussonville, et .qui avait pu se sauver de Syracuse. Cet bomme anuouealt que l'Amiral hollandais était trèsgrièvement blessé , mais ii ne savait rien de sa mort. Cette mort était véritablement désastreuse pour les Bspa<|nols; le marquis de Bajona le sentait profondément , et le répétait au Roi dans une lettre du 3 mai 167ti. 11 priait ce prince de donner au fiis de M. de Ruyter les récompenses qu'il devait se promettre de la munificence du Roi, ayant perdu son père au service de Sa Majesté. Ces récompenses seraient un stimulant « pour ceux qui auront la fortune de servir •> l'Espagne, ainsi que va continuer à le fuire la flotte hollandaise. «
M. le marquis de Rayona a quelque confiance en M.Jean de HaËn, qui est maintenant l'Amiral des Koilandaisi celui-ci a toutes les parties du marin et une ({randc valeur; cependant ujc dois dire â H Votre Majesté que maintenant J'ai remarqué dans sa lettre ccrtaÏDe " singularité (alffuna airavagancia) qui me donne quelque crainte, '1 et bien qu'il m'ait répété plusieurs fois qu'il apportera toute son " application au service de Votre Majesté, je vous supplie de le fave^ n riser de vos lettres. " J
Le lU mai, M. de Villafranca écrivait au Roi Charles II, que M. Jean de Haen lui avait témoigné le désir de » maintenir la gloire i acquise dans tes deux combats " , de s'employer au service de Sa Majesté et d'arriver au but qu'on se propose par l'union des armées , » à quoi , dit le marquis , j'ai correspondu en l' animant par n les démonstrations d'une complète affection , et lui faisant entrevoir D [intinuandale) quel gré aura Votre Majesié de le voir travailler pour » parvenir aux fins désirées. >■
Un conseil de guerre réuni â Syracuse décida que l'armée alliés J quand ses plus importantes réparations seraient faites, se rendrait. Palerme en doublant la Sicile par le Sud. M. de Villafranca si très-contraire à cette résolution , dans sa lettre du 3 mai. les nouvelles qu'on a eues de l'arrivée des galères de France eL nouveau secours pour Messine , qui a décidé le conseil ; cette à M. de Villafranca, qui croit savoir que maltraitée, est à Messine fort occupée ^^ raccommoder et incapable de s'opposer au passage de l'armée ^ binée par le Phare. 11 pense qu'il est inutile qu'Espagnols et l\ ^ dais aillent à Palerme pour se radouber et sous préteste de ^w ^^^
ne semble pas bonne mée fran^'aise , très-i
ri»!
de la pondre , les soûles étanl vides , " après un combat bien courl « ; que ce qu'ils feront à Palerme, ils peuvent le faire à Syracuse et même plus fiicilement; que la flolle à Syracuse est plus en mesure de s'oppaser aux tentnlives dos ennemis; que 1c pays en sérail plus reconforlé (y mas -consolado eUe Reitio) \ que ce ne sera pas un médiocre scandale de voir l'année et les galères se retirer devant la Cotle française que la tempête et le canon n'ont pas épur.^uée; d'ailleurs les succès obtenus par les troupes espagnoles autour de Messine pouvaient faciliter l'entreprise sur Agosia (les Espagnols voulaient reprendre Agosta que tenaient les . Français) ; il avait envoyé des ordres à ce sujet aui chefs de l'armée de lerre, mais la résolution des chefs de la marine minail cetle opération, etc.
A sa lettre au Roi d'Espagne, M. de Villafranca joignit une lettre écrite , le 30 avril , nu secrétaire Don Pedro de Castro , et que celuici devait r^ettre à Sa Majesté. Celte lellre était de Don Alberto de Ciranda, enseigne, secrélairc du marquis de Villafranea , qui l'avait mis auprès de M, de itujler connue interprète; en voici lalradu<ftion :
u Dëjà Votre Seigneurie a su comment M. le général Riiyler, dans Ib bataille Aa 22 de ce mois, contre la flotte française, tomba blessé dés le commeocemcal de l'sclion, — il n'y avait pas ime demi-heure que l'on corabatlail, — -par un bouletqui lui enleva la moitié du pied gaucbe; qu'il eut 11 jambe droite brisée ei trois plaies à celte jambe et à ce pied'. J'ai la douleur d'apprendre i Votre Seiijneurie qu'à dit heures, celle nuit, le général a vu Unir ses joura. Le cha,i|rin que celte mort cause à loua, Votre Sei[jneurie l'aura en grande considéralinn . parliculièreroeot qoand elle saura que loua les Hdlloadais se plaignent que noire llulte royale ii'a pu fait son devoir, ce que je ne puis nier {lo queyo lampoco puedo iiegar), et encore puig-jc assurer que si tous ensemble s'étaient engagés, comme le leur avait dit le seigneur général, avec sou escadre, ou auroil pu mellrc
1 La Vice-Amiral da Haèn, dani la lïHre de Ini que nom «lont cilée ci-dciiDS ■f. S29, noie) . donne linii ce détail : • Dieu permit qu'un conp de csnon dm ennetnii lai enleiàl ta parlio onlèricnre da pied gauche et lui briiàl le> deui os de U jtmbe droïle (y It quebraie anfrai canïtiai lie la pirma dtretha), et qu'il lût précipité ie ta bauleur de ton siège, depuii la pelile lenla lODi laquelle il jlait juiqu'au demiponl, Htu qu'après on reconuAt i l'cilérieur de >i ponanne autre choie qa'aue l^èrs bhutire i U iMe. • =rPuiiqne noua aiani été amené d écrire le mot canillai , qu'il noai loit permia de roirs remorquer que ai, dana le françaîa, noui n'oioni pu aujourd'hui — noui l'avoui eu probablemeul ■ulreloia — le subatanlif canillt pour OOnnier le tibia et le péroné, et par eitcniîan la jambe, el le verbe cmillrr ])our dire Bareber, noua ivoni encore — oh I il eit bien populaire! — lu lerbe dicanilUr, pour Biprimer l'idée de fnir, de jouer dei jambea. Que noua leniona ce mot de Teapagnol, il j a grande apparence.
B36 ABRAHAM DU QUESNK. 16T6
L'OmpIëlemeat en déroule l'arniée ennemie. L'Amiral hollandais, qui avait l'arriére-gardp , dit que notre flotte royale qui avait le posie du corps de bataille, l'embarrassa pour eonibalire aïanlageusenient , el je crois bien qu'en partie il a raison. — Hii^r, l'armée cDDemie passa à la vue de ce port, el le vent ^laal assez Tort, on vit qu'un des grands vaisseaux fut iémilé d'un de ses m&tereauz (c'est le Téméraire, dont le grand mât de hune fut brisé) : il devait avoir été maltraité dans le combat. Cette flotte ' cherche k gagner le port ou la baie d'Agosta. Votre Seigneurie saura mieux Ift particularilës de tout ceci par M. le marquis de Itayona et M. le comte de Sun Marcos; aussi je ne m'étendrai pas daiantage, si ce o'est pour supplier Votre Grâce de me favoriser de ses ordres et de me mander ce que je dois faire. Que Dieu garde Votre Seigneurie pendant toutes les nombreuscs années que je lui souhaite cl ({u'ïl faut!
^ Du vaisseau Amiral Concordia, 30 avril au matin, année 1676. - — Le corps (de M. deRuyter) sera embaumé pour élreporlé plus tard en Hollande'. B. L. M. (je baise les mains) de Votre Seigneurie , son très-obligé et petit serviteur : Alberto de Ciranda. n (Arch. de Simancas.)
I Nous aurions pu nous borncrft publier celle lettre si courage use m eut véridique sur la conduite des Espagnols au combat du 22 avril 1675 ; eUc répond aux obligeantes assertions de ceux qui ont parlé des << bous succès » de l'année combinée ; nous n'avons pas voulu supprimer les lettres de ceux-ci. Co qui nous paraît vrai, c'est que si les vaisseaux du Roi d'Espagne tirent mal leur devoir, celo tient à ceux qui les conduisaient, hommes incapables, que leur ignorance des mouvements d'une armée navale paralysèrent au point de les rendre timides et de les faire mentir à cette renommée de bravoure chevaleresque qui fut une des forces et des grandeurs de l'Espagne. La—
campagne de Sicile porta malheur aux Espagnols ; malheureux au.
commencement, malheureux au milieu, nous allons voir s'ils furenl^ plus heureux à la fin. Mais auparavant, remarquons, pour rendr^^ justice à M. de Villafrauca et à l'enseigne Alberto de Ciranda, qu^^ ces deux officiers firent un véritable acte de courage en écriva^^^
1 Lfl 1" nui 16T6, lei enlnilla de cet boniine qni «c«il camme prophétil^^ mort, OD qui , du muini, en aiiil le cruel preuenlimeDl. furunt cnlcrrcci lur .^ petite colline loiiine de Sp*riue. Ou embtUDiD ion corpi et on l'cnferDii ilai^ ^ cercaeil de plumli. Le Itoï Louï) XIV ordooni qae \a places frani^iiei deoa^^ ~"^ qoellea paaienil lu oivirE porlaal \a realei de M. de Ruyier, ai ellci claient a^j de ce puiïge, laloeraient le cereuEil de déchargea d'arlilleric. Le 10 Jfcembro -^^'~=* Il Crtneardé, siec le relie de rirmée hollaadaîae, oiauilla lur le) cdlci de H(^\^~~ ' le * janvier 1677 aeuloniBOl, elle ea Ira dans le port. La France n'eol point ^ ^«r lei honneurs funèbrej i celui qui avait éli ion lojal alité et iod glorieai ki)^ *^ Il Dode do HuHande pasia au large de toutes nos placei el n'eu Tul jioinl a^^f
ABRAHAM DU QUKSNE.
vaisseaux : la Fortune, capilaine, le marquis d'AmfrevilIc ; YAimabU, capitaine, M. de La Barre; le ■/(>/(, capitaine. M. de BeUc-Ile-Érard; Grand, capitaine, M. de Beaulieu; {'Eclatant, capitaine, M. de Coëtlogon; le Saml-Eipiit, monté par Du Qi'RSVE, Taisant fonction de Vice-Amiral ; \eMigiion, capilaine, M. de Relingue; ]i: Par/aù, capitaine, Henri Du Quesne ; VAguilon, capilaine, M. de Montreuil- Sébeville ; le baillant, capitaine, M. de Seplémcs. Brûlots : liA'otre- Dame de Lumière, capilaine, M. Konsorat ; l'^affiffoit, capitaine, M. Vcrguin ; le Dangereux, capilaine, M. du Rivau. — Cotii'S db BATAiLi.R ; l'Agréable, capitaine, M. d'Hailty ; le Téméraire, capitaine, le chevalier de Lhéry ; la Sirène, capitaine, le chevalier de Bélhune ; te Pompeux, capitaine, )e chevalier do Valbelle; ie Sceptre, monté par M. de Vivonne, ayant à côté de lui le chevalier de Tourvillfl^J Chef d'escadre, commandant le vaisseau ' ; le Saint^Michel, capi
I II siiilo deni copiei de li RilMion i laquelle doui empruntom U liate d« Di vaiiteiui , el qui noui rournÎTi d'sulrei déUîla im
511, figti 3, lUi l'icilln Archiio de 11 Guerra; l'iulre i l« Biblialhcqne Kilîont dépirlcmenl dei MmaicriU, Ml, CIliruiitwnll. anare 1670, valunte 160, |ii^ MftTk C'»t aUe demiëre qu'on fil conaallre A \\, Engëne Sue. Conrorme i l'antre CD loal le relie, elle àiKùte par quelque! errouri de copiile en ce qui toucbe à la «nnpotitioii de> escadrei. Ainii elle donna i Du Qoeina pour iccond lur te Saini-Eipril Id eiear d'Herlingno (lie pour de Itclingue) , quand ce capitaine comntaudail le Migntm, malelol d'arrière du SaiM-Biprit! puii elle donna lo MigHon k Du Qucine Gli, 1« Parfait à M. de Monlreoll, YAquitm â M. de SepUoiei. et le Vaillant au clii^lier de Toanilie! Ce n'eil jiu tout; elle oublie le ScipUi. moali par le duc de Vironne el ■ comoiuidë loufai luj par le cheuallerde Tournille. Chef d'eicadrc ■ . (Relalion dei ïrchitei de la Guerre,) U. SQe imprime celle liilc alli^r^ tani mèuic l'apercotoir que M. de Vivonne eil inpprîm^. Il n'en parie pu moini de • U. de Vivonne, qai
• retronca là, dil-il, une élincelle de lon ancienne énergie el de ce courage qu'il > siail li bien montra decanl Candie ■... Il no dît pai moini : ■ On n voir... le ■ cbevalier de Tourcille ni le final ju'à lui du aoîn da rBConnallre la poiilioD de l'en-
• Demi, lei aborda d'une place ou le aoudage d'une rade, l'optaliirtr teul dam nite
• tii]e embarcation pour aller >aai lei ballerlei, avec un rare lang-froid, cbercber re»
• notiont qu'il appElail gaiement • le Ihime de ion diicaura ■ . Le romancier tu laîias aller ici i sa fanlaitie et broda lur ion ■ Ibème • . L'hiilorien oe a'aperç ul po< que U. de Tourgille. pUet, comme il le place, à la queue de l'avanl-garde. i bord da VaitlaiU, ne pul rien prendre sur lui el n'eut poir
reconnallre la poaition de l'ennemi; que a'il alla cuir, c'est qu'il ]' fut ai l'Amiral. L'historien publia la reUlion qui le démeut el no lo retuarqua pu. | plut d'aventurer H. de Toarrille ml dam une fr^le embarcation ; lignei de U il rétablit Hni le couloir, sani le ucoir, la rérité, qui ei lellroi dani le rapport du Cnmmîuaire du la flolte, M. Ueicloasani. I reniement ainii trop souvent dam Un ouvrage qi rendent luapect doi crreun etrangei, d'incrojablea néglig poMions lioililei.
et des galères ennemis. La fi-louquc se promena e
un
a avant des flott«9 réunies, à demi-porlée àe canon , la passant en revue , sans qu'on lîrût sur die. Elle revint à bord du Sceptre, et les quatre ofScien firent un rapport verbal qui apprit à M. de Vivonne que l'ennenii était mouillé sous ta ville " , ayant à sa gauche le môle et ses deni forts, le milieu couvert et défendu par la forteresse de Castcllsmare, et à sa droite un autre Fort et les bastions de la ville. Quant ani ,;;alères, elles étaient sur les ailes des vaisseaux et dans les intervalles ou créneaux qui les séparaient. Cela étant connu, le Maréchal assembla immédiatement le conseil de <|uerre, oil, après une di^ cussion lon<|ue et un peu confuse , on Gnit par se ranger à l'avis de M. de Vivonne', qui était de ^ faire attaquer les ennemis par la tête > do leur ligne, avec un détachement de neuf bâtiments de guerre d " cinq brûlots " . Ce détachement, dont M. le marquis de Preuîlly d'Ilumièrcs, Chef d'escadre, eut ordre de diriger l'action, fut composée des vaisseaux le Sainl-Mkhel, sur lequel M. de Prcuilly arbora la Qammc, signe de son commandement; le Sans- Pareil , capitaine, H. de Chdteauneuf; le Fortune, capitaine, le marquis d'AmfrevilIe ; Y Agréable, capitaine, M. d'ilailly; \c Grand, capitaine, M. de Beaulieu ; le Brusque, capitaine, M. de La Mothe; le Sage, capitaine, ie marquis de Langeron ; le Téméraire, capitaine, le cbcvalierde Lbéry ; eafmXa Fidile , capitaine, M. deCogolin. Sept galères furent adjointea aux vaisseaux et furent mises sous le commandement du chevalier de Bélbomas*, qui était suivi du commandeur de Manse et des che-
' Il faut tignalcT ici UQe inlerpalilion Aiai la copie donoée par M. Eugcaa Sii> (t. S, p. 3S-t, HiMin de la Uarini) ie la relatioa ijui te trame daoi la cotlMrlioD de Claininlwull. L'biilorieD dit : t Tnai Itidili afEcïtri le HidI rcdoil* ijr^abl»airal au icnlimcnl ie U. le Uirécbal tt in lùta- chnalitr de ToureiUe, qui ■ élj de Taire, etc. • La copie gardes par M. de Cliirambaull . paa plna qoe celle qui cit su dépAt de la Guerre, ne conlieni tel tii mois que noua aonligaona. M. Sue teul rapporler lonl l'honneur de FarFiire de Filenne ta chevalier de Tounille ; il lenl (bic — laoïeal qne ce Chet. d'eiradre ail fait tout et loul aeat, et il lui priU une opintoi:!^ qni ne fol poal-êlre paa la lienne. I.* part de U. de Tonnille dam la canip>f[iw d^ Sicile eil uui gnnde iani'qa'on cherche i l'eiogénr. M. Eugène Sue aime Ixrai] conp le cheiatier deTourville, el il a bien raison; on ne riique guère de le «urrair^ ear il vit (raiment. lelon nau< , l'homnie le plut complet de U mari» frut^lM i dii-Mptième aiicte; maïi ponrquui altérer un docamfal i ton profil «t ponr nr^ pelit bénéfice î
1 U. iUonat ou Léonor de Beaulieu de Bélliomju rui reçu chenli«r k llal\^ 1 S r^trier 1 645 ; il enl un breiel de capitaine de galère en Fnuce. la U KM 1, « ' Il drtini Chef d'eicadre dea galèrei. Ib 16 janvier I6SU, et te ret' 6,000 liirei de peniioa, te 1'' airil 1697, U. de Bélhamaa fut gr
m ABRAHAM DU QUESNK. 1676
résiiltii " h perilida de stèle bajeles, loi caaitv de nuestra armada, que
fuerott la Capilana Real vieja, San Anlonio, San Felifie, y Son Salvador, If ti-ei de los de Holaïula, el Gohiemo, la Htuger lerde el la LiverUtd, i/ lartUtien iina fragalilla pequena, y las galeras Palrona de Spana, y San Jo»é (At Napales » . Ainsi sepl navires de guerre {bajeles) et une petite frégate, plus deux galères. Le murquis de Bajoaii, dont une lettre au Roi d'Kspugne (:2 juin 16TS) tut envoyée à Madrid par M. de VilInfruDCu, douue le même détuil, ajoutant que les gens des deux galères qui s'étuienl écboui^es aous Castellauiare purent se sauver à terre presque tous, et en grunde partie ceu\ des vaisseaux bnllés. Il raconte que, dès le commencement du combat. Don Diego de Ibarra eut une jambe emportée par un boulet, et qu'alors il remit le commandement du Vaisseau Amiral de l'Océan à Don Francisco Freire de La Cerda, Don Diego mourut, et M. de La Cerda fut tué dans le combat. A ces deux morts, il faut ajouter celles de quelques autres personnes de qualité (personas de cuenta), le mettre de camp Don Francisco de Zuiiiga et son frère Don Juan, et l'Amiral de Hollande, M. Jean de Haiin, k qui l'on n'avait pu persuader de laisser tes vaisseaux derrière le môle , ou de les faire sortir de la rade pour combattre sous voile. Le mouillage en con/on fut, selon M. deBayoDa, la cause de la lan lamentable desgracia qui suivit celle résolution.
L'issue de la bataille cCl-elle été meilleure si l'année higpanonéerlandaise eût attendu les Français au large? M. Jean de Haâo ne
. le pensa pas. Il avait vu les Espagnols combattre sur une ligne du plus près, s'y tenir mal, et enfin montrer peu de fermeté, quand les Hollandais supportaient tout l'effort de l'attaque française, et il ne voulait pas recommencer une épreuve pour le succès de laquelle U confiance lui manquait. Cela nous paraît certain. Dans sa relation, empruntée aux lettres que le Vice-Amiral hollandais Callenburgb écrivit, sur la bataille du â juin 167(>. aux États Généraux et au Grand Pensionnaire, M. G. Fugel, lettres qui sont gardées aux Archives du royaume néerlandais, feu M. de Jonge ne s'est point expliqué sur ce point délicat. Son récit, où se remarquent quelqiie^^ passages peu déguisés de la relation envoyée à Versailles par M. <J^^^ Vivonne, est, sur certains points, plus circonstancié que le rappo'-^i^^ écrit sous les yeux du commandant de la flotte française. Ainsi uo .^^ y lisons qo'une demi-heure après le commencement dn comt^ ^^ Don Jufln Roflcco (w), Vice-Amiral d'Espagne, par crainte ^^
brûlots français, sans se défendre longtemps, bien qu'il pUt :
f'fc'a
i}t AUIIAHAM DU QUKSNK. I67S
d équipage. Le VniRSeau Amiral, que les documents espagnols nomment la Vieille Capitane (ou le vieux Vaisseau Amiral), menacé d'abord par deux brûlots français , qui furent coulés à fond , se vit approcher par un troisième qui réussît mieux et puis par un quatrième qui, s'atlachanl k sa poupe, l'incendia. La plupart des gent de l'équipage , ne voyant aucun moyen de salut, se précipitèrent dant la mer. L'Amiral Don Uiego de Iharra, qui avait eu, dès les premiers momeuls de l'action , une jambe cassée , chercha à fuir l'incendie ; il se jeta à l'eau et se noya. La Cajiilane sauta en l'air avec un fracas borrible et couvrit de ses débris enflammés les bàlimenls voisios, dont quelques-uns faillirent être incendiés.
Sur cet épisode de lo Gn du Vaisseau Amiral espagnol . dods avons un témoignaçje du marquis de Villettc, qui fait honneur aas Espagnols et qui ne s'accorde pas bien avec le récit de M. de Jooge : ' u Le brùlril Ju capitaine Honnoral mil le (eu à l'Amiral d'Eepagne, au lieu que quelques-uns de nos bnllols, faute d'itre tien escorI<!s, se consumèrent sans elTel et bur^ de poricc. Cependant, comme quelques autres se brillèrent à propos, trois vaisseaui hollandois, une frugale de la même aalion, et i-inq vaisseaui espagools, y compris l'Amiral, étaient eu feu. La confusion éloit si grande que nous nous abordions les uns les autres , et que nous nous empêchions de tirer; nous courions risque d'être accablés par les débris des vaisseaux qui brûlaient. J'étais à la portée du mousquet de l'Amiral d'Espagne, quand il sauta en fair, el j'admirai la fermeté extraordinaire de deux cents olDciers réformés, qui n' abandon ne renl jamais ce vaisseau et qui donnèrent à tout l'équipage l'exemple de périr en combattant, mus gu'on cil un seul homme, de mille ou dou:e cenU qu'il y avoît, se jeter à la nage pour le laurer à terre, quoiqu'il n'y eùl qu'une portée de fusil et que les courants y portasseul. m
H. de Villetle , qui parle de viiu, doit être cru. Cependant il ne gat pas très-bien tous les détails de cette Gn de la Capitana vteja, car il ne parle point de la mort de Don Diego de Ibarru , que le^ Hollandais, quand le calme fut rentré dans Palerme , connurent pi^^ quelqu'un sauvé de la Capitane. De tous les morts , il ne nomme q>^ le Vice-Amiral Jean de Hacn. Le marquis de Villetle, qui se pli^ rendre justice aux u officiers réformés •> espagnols et qui di^ MM. de Bélbomns el de La Brctèche, qu'il remarqua « avec K^ '' " coup de plaisir que leurs galères paroissoient dans tous les "t^^^'^^' » où le danger el le feu étaient les plus grands n , ne put se tçj^™ lancer contre Du Quesnc une insinuation désobligeante : ^"^
uM. Du Quesne, qui devait les soutenir " (les vaisseaux ^
!16 ABRAHAM DU QUESN'B. ISTe
On n'avait pas encore à Paris de nouvelles du mouvemeni de la
floIlcBurPalcrine, lorsque de smnain, le 30 mai 1676, M. Colberl
écrivait à Du Quesne :
a Monsieur, je ne saurois asseï vous eiprimer combien je suii; louc^h^
de la gloire que vous avei acquise aui armées du Rojr par le «ccnnd com-
bnl qui; vous veaei de donner, el en même temps de la gloire que vons
vons élea acquise à vous-même , cl je ne daule pas que Sa Majesté ne
vous fasse eonnoltre ia salisfaclion qu' Elle recevra «
Louis XIV était alors uu camp de N'inove , et Du Quesne-Guiton, (]ui avait apporté à Paris les dépêches de lu (lotte, et que M. de Seîgnelay avait euvojé au Roi, n'avait pu encore les remettre à Sii Majesté,
'a de deiu aussi bcllcii actions que vous avez fait ((i>) Vous devez être assiirt' que tous les avis que vous don- : du Roy seront exécutés ; lurloul applique t-TOui à ila- '. la régularité dam foule la marine du floj , el lOyri icRiTUBï quipuitienS tout eaïuer a^run pri-
uqu'Elle rcc celte campagne.
r l'obéittancf e
., etc. 1 (Arch. de la Marine. Dépêches,
judice data l'aprit du Roi. Je :
1676, fol, 207.)
Il y avait dans cette lettre tout aimable de quoi consoler Du Ouesne du mauvais vouloir qu'il trouvait auprès de lui; il y avut aussi de quoi, s'il la montrait — et comment l'aurait-il tenue absolument secrète? — augmenter l'antipAlbie qu'avaient pour lui ceax J que révoltaient les idées d'obéissance et de régularité qu'il cberchail I à inculquer à ses inférieurs el qu'on lui recommandai^ de n tâcher de faire prévaloir; ceux aussi qui cabalaient et écrivnienll contre lui. L'^écritureo ne se lassait pas. M. de Vulbelle n'était paJ homme à ne pas écrire A sa manière une relation de la journée d Païenne. Il ia fit et eut soin de la faire courir k Messine avant d l'envoyer au Ministre, afin que les traits dont il l'avait assaisonnée d| fussent point perdus. M. Colbert la rei;ut, et de Sceaui, le l"juilU 1616, il adressa au chevalier de Valbelle la lettre qu'on va lire :
■ Monsieur, la relation que vous m'avez envoyée étoit publiqu^ 1 Messine auparavant qu'elle en fiJt partie, et je savoi» le» Imila^ T malignité qui y sont répandus contre tout ce qu'a Jait de beau t ■n grand Moniteur Du Questie, plus de quatre jours auparavant i >> l'avoir reçue. Vous avei fort bien fait votre devoir dans les ^ combats et partout , et vous me trouverez et mon fiU toujoi I) posés à faire valoir auprès du Roy tout ce que vous ferez bien I
348 ABRAHAM DU QUESKE.
qu'il avait prise de lu coaduite du Lieuteuant géuéral, et nous le regrettons. En même temps que M. de Seignelay écrivait à Du Qucsae cl à M. de Valbelle, il écrivit à MM. Gabarcl, de Preuilly et aux autres ofGciers principaux de la Hotte; il dit au marquis de Preuilly :
1 J'ai eu l'hoDDear de lui (an Roi) rendre compte de la demande que vous faites de la charge de Lieutenanl général n (vacante par la mort de
H. d' Aimeras). » Sa Majesté n'est pas disposée à présent d'y pourvoir; mais lorsqu'elle prendra celle résolution , je tâclierai de faire valoir aulanl qu'il me sera possible les services que vous lui avez rendus et de vous faire coonoltre combien Je suis, etc. n (Arch. de la Marine, Dépêches, 1676.)
Quand M. CoibcrI écrivait aux principaux officiers de l'armée pour leur adresser des félicitations , il ne pouvait pas manquer d'adresser au duc de Vivonne ses compliments et ses respects; il ne le Gt que le 28 juin , lui parlant en termes polis de la u ^ande et signalée 11 victoire qu'il vient de remporter sur les Espagnols et Hollondois 1 joints ensemble , et qui a des circonstances si glorieuses et si avan- ■ tageuses pour les armes du Roi et pour la gloire particulière • du Maréchal. Cette lettre ne sort pas des formes ordinaires du protocole ; si elle fut agréable au Vice-Roi , celle que lui adressa Boiieau dut lui plaire bien davantage. Il n'y avait là rien d'officiel ; tout partait du cŒur et de l'esprit. Celui que te Maréchal comptait au nombre de SCS familiers, de ses amis, lui témoignait une joie véritable de son succès , en un langage charmant , où la llatterie se dissimulait avec adresse sous un apparent badinagc. Boiieau avait été malade, il n'avait pu écrire depuis longtemps à M. de Vivonne , et celui qui
n'écrivait guère au Roi écrivait négliger; Roîleau lui répondait ;
u Monseigneur, sans une maladi daat quatre moig , et qui m'a mis très-longtemps dans rieux à la vérité, mais presque aussi périlli les Jours, vous ne vous plaindriez pas de Monseigneur, sur quel ton faul-il vous parler? Ji
poète pour lui reprocher de
io lente qui i
a tourmenté pi n état moins glooû vous êtes tous . Mais dites -moi,
quel air il falloil écrire a Monitigneur de l'ieonne. Général det galèhtt de France; mais oseroii-on se familiariser de même avec le libérateur de Messine, le vainqueur de Ruyler, le destructeur de la flotte espagnole? Serîei-
ospérité ne pût enorgoeillii vous encore ce même grand seigneur qui venoit souper cbcj: poète, et y porte ri ei- vous sans hunle vos nouveaux lauriers au troisième étage? N'on, non, Monseigneur; Je n'oseroiE pli
SSO ABRAHAU DU QUESNB. 1ST6
k Toulon Du Qugsdg avec tous les vaisseaux de l'armée, pour chercher des troupes et des munitions de loules sortes , vivres , grèements, poudre, balles, boulets, etc. Avant lut était parti M. de Vaudri- CDurt, envoyé à Paris par le Maréchal , pour annoucer au Roi les brillants résultats du combat du 2 juin 1676. Sur sa roule, M. de Vaudricourt rencontra un vaisseau •jéuois qui portail en Sicile des troupes espagnoles. Le capitaine français demanda au Génois le salut du pavillon que la France exigeait de Gènes ; celui-ci refusa , et tint haut au bâton de poupe son pavillon qu'on te sommait d'amener par respect pour celui du Roi. M. Vaudricourt n'hésita pas alors à le combattre, et après un engagement assez vif, le prit et le mena i Toulon.
Du Que.sne remplit sa mission le plus promptement qu'il lui fut possible; il arriva en Provence le 23 ou 24 juin, et prévint M. de Seignelay de son arrivée. Le Ministre lui répondit du camp de Quie:- Vrain , le 30 juin , que le Roi avait appris l'arrivée de sa flatte atu Iles d'Hyères; et que Sa Majesté le pressait - de faire une dili[;encc ■s extraordinaire pour remettre l'armée navale en mer. •; M. de Seir gnclay finissait sa lettre en disant au Général ;
u Pour réponse k votre lettre du 16 may, que je n'ai refue tçae depuis hier, vous devez être assuré par ce que Sa Majesté vous a érril elle* méiuc qu'Elle coaoaîl l'importance des services qoe vous lui avet rendus, et qu'Elle saura les récompenser dans la suite. " (Arch. de la Marine, Dépêches, I676-)
Nous n'avons pu trouver la lettre de Du Quesne , du 16 mai ; elle est probablement ensevelie dans une de ces collections particulières de pièces autographes, formées de lettres prises II de certaines époques dans les dépêches des départements ministériels, et dont les détenteurs actuels, acquéreurs de bonne foi, nous le voulons bien , se refusent à envoyer aux archives des ministères , à défaut des originaux qu'on ne leur demande plus , des copies exactes et certiGées conformes. N'est-il pas déplorable que des éléments de l'histoire puissent être conlisquég par des curieux , qui ont beaucoup moins souci du texte des lettres qu'ils gardent que de l'écriture et de la signature des hommes qui les ont écrites?
Le 23 juillet 1676, Du Quesne, avec vingt-quatre des trente vaisseaux qu'il avait conduits à Toulon, partit des rades d'Hyëres pouv Messine. Il avait embarqué trois mille hommes d'infanterie sii.'^>. celte partie de la Hoftc. M. Jean Gabaret était resté à Toulon arl^H
939 ABRAHtlU DU QUESNB. ISTG
n sieurs les officiers généraux el coaclu que nous ferions servir le B vent V {il était N.-N.-E. et fort) - pour arriver au Phare, y faire a entrer le convoi el y débarquer l'infanlerie... cl cependant que n l'armée tiendra sous voiles ou à l'ancre, pour ensuite , si vous l'ap- » prouvez, retourner incessamment en nier chercher et joindre cette » amtéedes ennemis, pour, suivant les ordres de Sa Majesté, les ^ combutlrc ou chasser entièremenl de ces mers. *
Dans la suite de sa lettre. Du Quesne insiste pour que M. de Vivonnc lui envoie ses ordres et surtout qu'il considère » que la « diligence de remettre en mer est tellement nécessaire qu'il ne se a peutdavautage... Cependant M. Gabaret viendra avec son convoi ■> (escorté par sii vaisseaux et les deux vaisseaux détachés le Prudent eiV Aquilon), ti ce sera le moyen de faire tous ensemble quelque » belle et grande entreprise. ■■
Tout cela est très-sage et très-bien dit. La mission de Du Quesne était de porter à Messine, le plus vile possible, les troupes qu'attendait si impatiemment M. de Vivonne. Si l'ennemi avait pu être rejoint , il l'aurait certainement combattu ; mais il ne devait point perdre de temps à le chercher et à le poursuivre , peut-être pendant plusieurs jours. Le Lieutenant général agit avec prudence et suivant les instructions qu'il avait reçues de la Cour. Cette conduite, qui avait d'uiU leurs l'assentiment des ofGciers «généraux, ne fut point approuvée par le marquis de Villelle , qui , simple capitaine , ne fut point appelé au conseil du 1-4 août ; aussi voyez comme il en parle :
1 Nous fîmes porter à toutes voiles eur ces vaisseaux qui éloient sous le veut. Les meilleurs voiliers des nôtres en approchoient à vae d'ail, et à soleil couchant, nous voyionsdéjà les corps des vaisseaux. " (Du Quesae dit la m£me chose.) ^ M. Du Quesue s'avisa tout d'ua coup de faire mettre le signal d'ordre de balsille ; la chasse cessa Jonc , el le lendemain noos ne vîmes rien que les rochers de Castellamare. Le Roi n'a jamais été plus mat servi qu'en cette occasion , el l'on a su depuis que les Hollandois le JDgeoient eui-mémes si inférieurs à nous qu'ils avoient résolu d'échouer à Castellamare et d'y hrAler leurs vaisseaux, pour retourner à pied de Naples à Amsterdam. Ils prirenl quelque lemps après la ronle du détroit el laissèrent M. de Vivonne en étal de former de nouveaux desseins, n
Que cela est de mauvaise ,^ràcc! L'animosité de M. de Villeltcs contre Du Quesne n'est encore ici que trop visible. Du Quesne laisses arriver sur les Hollandais ; il est près d'eux quand la nuit survient i cependant il garde son avantage, ton! en commandant à sa flolle ( se ranger sur la ligne de bataille ; il continue sa chasse dans <
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UARINK OU XVtt' S:ÈCLK.
ordre , parce que, s'il peut atteindre les Hollandais qu'on a vus en ordre de bataille (u les ennemis, dit-il, s'étoicnt rangés en bataille»), il sera prél pour les combiitlre. Pendant la nuit , l'ennemi, qu'on u suivi sans le bien voir, car il a caché ses feux, l'ennemi lui échappe, et voilà Du Quesne coupable, parce qu'on a tu depuit que les Hol~ landais avaient résolu de se brûler à Castellamare, se jugeant infé- Ticurs aux Français. Mais Du Quesne a complé les vaisseaux boltandais : ils étaient au nombre de vingt-quatre, c'est-à-dire que l'ennemi était aussi fort que lui qui avait vin,^t-quatre vaisseaux, mais encombrés de troupes, alourdis, marchant moins bien que s'ils avaient été dégagés et déchargés ; et cependant il n'avait pas héstlé à ouvrir la chasse et à se mettre en état de livrer bataille, au risque même de retarder son voyage, dont le but est Messine, qu'il doit atteindre à tout prix. Et u le Roi n'a jamais été plus mal servi ! r En vérité, cela est d'une incroyable méchanceté! Rien ne l'excuse. M. de Villetle De voit que le combat, toute occasion qui lui permettra d'acquérir un droit de plus à l'avancement lui sera bonne. L'occasion entrevue lui manque celte fois, et i! tient cela pour un vol que lui
fikit Du Quesne ; et par ressouvenir, quand bien des années ont passé
iSnr cette déception , il crie comme si le mal était d'hier ! La vieillesse point modéré son ressentiment ; il a la rancune invétérée , et il
«n décharge son cœur. Son ambition impatiente a reçu une bles.iure, it maintenant qu'il n'a rien à souhaiter, il ne sait pas, il ne peut pas
oublier qu'il a souffert autrefois.
M. de Vîvonnc et la Cour n'eurent pas sur l'action de Du Quesne l'opinion du marquis; M. de Vivonne guettait l'arrivée du secours de Toulon, cl lorsqu'il reçut la tartane qui lui apportait la lettre du Lieutenant général, il fut heureux de savoir ta flotte près de Lipan, attendant les galères françaises qui pouvaient l'aider à entrer dans le Phare. Il put regretter que les circonstances n'eussent point permis 1 Du Quesne de remporter une victoire nouvelle ; mais il lui sut gré d'avoir hâté l'instant où les troupes que portaient ses navires ■eraient mises à terre, et de n'avoir pas agi comme un capitaine qui lurait eu sa fortune à faire et aurait tout hasardé pour cela. Du Quesne mit ses passagers sur le rivage de Messine, sans qu'aucune tentative de la part des Espagnols fût faite pour l'en empêcher. Le -trouble était trop grand dons l'esprit des marquis de Viltafranca et de Bayons pour qu'ils pussent prendre un parti viril, au moment oïi une résolution importante pour le salut de la Sicile aurait dû être
331 ABRAHAU DU QUK3NE.
prise par le Vîce-Roi et le Général de la flotte. Les Hollandi avaiuiil quittés, et pourquoi? C'est ce que nous saurons par la U lure d'une lettre de M. de Villarrancii au Roi, en date du 16 ItiTO, ctduinémeàM. Gérard Cal le n bu r<)h (IGaoûl). M. de Vill*< irancn écrivait au Rnî que tout allait mal, qu'il l'avait bien prévD^ qu'on ne l'avait pas écouté quand il demandait qu'on apportât prompt remède à une situation intolérable. — Il est assez remafi quable que de l'un et de l'autre côté les Vice-Rots se plaignaient d n'èlre pas aid^S par leurs gouvernements, de manquer de troupt et de munitions, et que toua deux avaient raison. — Ce qu'il voya jetait M. de Villafranca dans la plus <|rande appréhension ; la cou* duitc des Hollandais le désespérait d'autant plus qu'il avait eu avi le i du mois, qu'on avait vu sur les côtes de la Corse un nouvel secours que les Français conduisaient en Sicile, et qui se composailf de soixante voiles , tant navires de guerre que brûlots et barqui chargées de provisions de bouche et de munitions de jjuerre, El c'a à ce moment-là que les Hollandais avaient pris la scandaleuse rés»« lutiou de sortir du port de Païenne et de s'en aller à Napies, annoiK çant que l'ordre leur était venu des Etats Générani d'aller dans et baie attendre des renforla. (Hait lomado loi Hohndeses ta eirandahnêt resoludon de saline del puerlo de PaUmio, y entaminarse a Napolat pullicamendo kaberlex venido orden de lot Esladoi Generalei parti aguardar en aquel puerlo loi navios que hait de pasar en tu refuerzo.) Rien n'a pu décider les Hollandais à diiïérer au moins l'exécution d'une résotnlion si inopinée ; M , le marquis de Bayona a fait de vives instances, a remontré que, par celle séparation, les vaisseaux et les .galères d'Espagne restaient dans l'impossibilité de taire quelque chose d'utile.
En elTet, la détermination de l'Amiral Calicnburgh était irrévoca blement prise; il avait écrit (en italien) ^u marquis de Villafranca
u Aynnt eu l'honneur d'écrire à V. E. Tordinaîre passé, poi que, moi el tous les captUines de la flolle dos SS. Klats, nous i de plus à cœur que de rendre les plus grands services à Sa Majesté Cal liqiie, dans quelque partie du monde que ce soit, nous avons reçu b lettres des SS. Etals doils spporlaal l'ordre de nous rendre le ph possible dans la baie de Naples pour j attendre de nouceani ordrei (M. de Villafranca dit autre choBe; on vient de le voir.) " En vertu dei iirdre, j'ai prescrit à Ions les rapilaînes et conimandanls de se pr^ mettre à la voile aussilâl que j'aurai rail le signal ordinaire de pa et, en eiïel, je penie faire voile, au oam de Dieu, ce soir, avec le
terre , pour accomplir notre voyage pour Naples » (como in effeito pen* siamo difare ancora, in nome di Dio, queita sera eon elvento di terra per proseguire nosiro viagio per Napoli), a restant néanmoins dans la ferme opinion et résolution de rendre encore nn grand service à Sa Majesté si l'ennemi fait quelque tentative; en attendant, je prie N. S. Dieu d'avoir V. E. en sa sainte protection, restant comme toujours son respectueux serviteur. — Du vaisseau la Concorde, dans la baie de Païenne , le 6 août 1676» Gerardo Callkrburgb. n (Arch. de Simancas, liasse 1238.)
Le 16 août, M. de Viiiafranca, de Melazzo, où il avait reçu la lettre précédente, répondit aunouveam commandant de la flotte hollandaise. Après avoir reproduit en analyse le billet de M. Callenburgh , il lui disait qu'il ne doutait point du désir sincère qu avait manifesté ce Lieutenant Amiral de servir le Roi d'Espagne, mais que les forces qu'il commandait éloignées ainsi du théâtre des opérations, Tunion indissoluble des intérêts des Seigneurs États Généraux et du Roi étant singulièrement affaiblie , il importait qu'il revint se joindre aux armes de Sa Majesté ; qu'ainsi serait rendue au pays ' la consolation que lui avait apportée l'assistance des forces hollan-
daises , et que les deux flottes , unies de nouveau , pourraient s'opposer à toutes les tentatives de l'ennemi commun , ce que rendrait impossible la séparation des vaisseaux des deux nations. « Votre jy Excellence comprendra très-bien cela; elle sait d'ailleurs dans » quelle entière sécurité il pourra être dans le port de Palerme avec 9 les batteries qu'on y a établies et la chaîne qu'on a tendue, n M' de Viiiafranca insistait sur le service signalé que a Son Excellence 0 et les chers Messieurs » pouvaient rendre au Roi, qui était de revefiix" tout de suite ajouter leurs forces à celles du royaume. « Je ne n cloute pas que les Seigneurs États^énéraux ne vous approuvent n , disa^it-il en finissant.
éIZette lettre, envoyée à M. Gérard Callenburgh, ne changea rien i SSÊ. jrésolution. Il se retirait pour ne plus revenir. M. de Viiiafranca ne j:>ouvait guère se faire illusion. S'il pressait le commandant holla]mcfâ.is de venir prendre le mouillage de Palerme, lui faisant entrevoi wr là. douce tranquillité dont il jouirait derrière la chaîne tendue à Teatrée du port et à l'abri des batteries restaurées, il ne pouvait croix-^ sérieusement que le Hollandais se laisserait prendre à l'obséquiosité de ses prières. M. Callcnburgh avait des ordres précis, et ildevo.it être heureux de leur obéir. La Hollande avait fait d'assez grai[i.cls sacrifices d'hommes, de vaisseaux et d'argent pour des alliés
DRAUAM DU QUESKE.
qui n' avaient pas réner<|ie de conlribuer à Icar propre défense et sauvegarder le plus cher de leurs intérêts, leur gloire. Non, le Vic0< Roi espagnol ne s'abusait pas; il prévoyait bien que l'éluigncmeiy de la flolle néerlanduise était sans retour possible; aussi disait-il i Roi que de la situation où il se trouvait, n'entrevoyant aucun secom niânicpetit(/a meiior procidenn'a) , lout était dHcspérè {de çae hailane lodos en la tillima denexperadon). (Arcbives de Simancut liasse 1338.)
Le Vice-Roi français n'était pas dans nue condition beaDCOI^ meilleure. Il avait une flotte victorieuse, mais son armée de teï ne pouvait rien pour la conquise. Elle était trop faible pour tenir campagne avec succès; chaque jour la réduisait, et ce qui arrivi devant la fortifier était de troupes alfaîblies par lu maladie. Quai M. de Vivonne vit le prétendu secours qui lui était expédié parM.i Louvois, ce ne fut point à ce Ministre qu'il adressa ses plaintes ; -^ il éprouvait trop depuis longtemps que toutes ses supplicaticM étaient inutiles ; — il écrivit à sa sœur, espérant qu'ayant lout créd sur l'esprit du Roi, madame de Montcspan obtiendrait ce qu'il n'ol tenait pas d'ailleurs :
" A Messine, le 24* août l(i76. — Vos bontés, ma chère sdeihii » seront cause que vous aurez souvent ta téle rompue de tons ' n embarras où je me trouve dans l'affaire de Messine. Vous saurer 1 que nous n'avons jamais les choses ensemble ni Ji temps ; cela fait ' que l'on ne tire pas les avantages que l'on pourrait tirer des bonheurs ' que j'ai eus contre les ennemis. . . Ces deux corps •> ( les vaisseaux et les galères) u étant icy à présent, et le Roy envoyant des troupes n deterre.jecroyoispouvoirtravailler de suite» (pour; lout de suite}] u à conquérir le royaume à Sa Majesté ; mais le pelit nombre i> troupes et leur mauvaise qualité diminue beaucoup de vies espérance
Ici M. de Vivonne se plaint de l'incapacité et de l'outrecuidani de l'Intendant (M. d'Oppède), du manque d'argent, celui vaisseaux ont récemment apporté étant i; déjà consommé l'insuffisance du blé; puis il ajoute ;
u Ainsi cet homme qui vouloit tout faire et qui vouloit rc (pour étendre et établir les fonctions de sa charge) i toutes les n lûmes de Messine' " (M. de Louvois avait ruiné M. Colbci
Déjà U. de Vicoaae av ,t\ InOnduil. Sa plainte i le Roi !■ m
ril (lirccIcnieDl à l.ouii \1V poar le plaii à U. CoJberl, le Miniilre, que le procMé i
n la répugnance qu'a M, de Louvois pour la conquête de la Sicile -^ (M. de Vivonnc s'est contenu d abord, maisenCn il éclate; il n'efface rien de ce qu'il a dit d'abord ; ce qui est écrit est écrit ; le temps des ménagements est passé ; sans s'arrêter, il développe sa* pensée, dont sa sœur n*adoucira point l'expression enlisant la lettre à Louis XIV), tt puisqu'il nous laisse absolument manquer de tout argent et qu'il n ne nous envoie jamais les troupes que le plus tard qu il peut, les durir- » sissant les plus nouvelles et Us envoyant en si petit nombre qu'il faut » ou se résoudre à ne rien faire , ou , si on fait quelque chose , se » résoudre à perdre le fruit des conquêtes ,. n'ayant ni de quoi les » soutenir, ni de quoi les faire valoir. . . J'espère que nous ne tom- » berons plus dans ces inconvénients à l'avenir ^i (grâce aux ordres précis du Roi qu'il sollicite) ; a mais si on ne peut le faire, il vaudroit » mieux que Sa Majesté se résolût à renoncer de bonne heure à ses justes n prétentions que de s'exposer à perdre honteusement des choses » qui sont, pour ainsi dire, dans sa main, si elle veut... Je vous » supplie donc, ma chère sœur, de représenter bien fortement à » Sa Majesté tous les obstacles dont je me trouve environné, qui est » un véritable abandon, si M. Cabaret n'apporte pas de l'argent; que » ces difficultés , quoique grandes et extraordinaires , ne m'abattent » point le courage... » (Bibl. Nat., Ms. fr. 8,032.)
M. Cabaret apporta à Messine deux régiments de cavalerie; mais cela ne changea rien à l'état des affaires. M. de Louvois l'emporta sur madame de Montcspan. Le Roi resta insensible aux prières de la maîtresse et fut touché des objections du Ministre contre une guerre qui avait déjà coûté beaucoup à la France et ne lui rapporterait probablement rien que le souvenir de brillantes actions navales. A la vérité, ces actions avaient une importance réelle , puisqu'elles mettaient la marine française sur le pied où étaient les marines de Hollande et d'Angleterre. On a accusé M. de Vivoime d'avoir, par son insouciance et ses lenteurs , compromis ou perdu la partie que jouait la France à Messine ; il y a , ce semble , de l'exagération dans ce jugement. Si , lorsque le Roi fut décidé à occuper Messine et à s'étendre en Sicile, il avait envoyé avec M. de Vallavoire dix mille hommes de bonnes troupes et tout l'attirail nécessaire pour la campagne, et en même temps du blé en quantité, peut-être les choses auraient-elles tourné autrement. En tous cas, si, avec ces moyens auxquels s'ajoutait une armée navale pleine d'ardeur, on n'avait pas obtenu les résultats espérés, et si, par la faute de M. de Vivonne^
pour les appliquer aux portes des villes que Fou assiégeait, et les attacher aux navires qu'on voulait détruire jpar Tincendie. Elles étaient encore en usage à la fin du dix-huitième siècle. Voici à cet égard une lettre de M. Bompar (Toulon , 8 août 1765) :
u Le 7 août , je me suis rendu hors la ville pour en faire hrûler quelques-unes » (des chemises soufrées), u en présence d'un très-grand nomhre d' officiers. La première que je fis allumer, attachée à un piquet . de hois de chêne, provenoit du département de Brest. Elle s'alluma et nejî fit qu'une flamme très-médiocre, et hrûloit très-lentement. Sa compositioB me parut un peu différente de la nôtre, et elle s'éteignit on ne peut pas pins aisément. Tout de suite , je fis appliquer une des nôtres , qui sontfaites depuis dix-huit ans (1747) ; elle brûla plus vivement que la première et l'on eut un peu pins de peine à l'éteindre. Je fis appUqucr une autre espèce de chemise soufrée appelée tortue, par rapport à sa figure. Cette dernière espèce est très-ancienne , elle a été fai'e du temps de M. Du Quesne, pour les guerres de Sicile ; elle brûla avec beaucoup de violence et alluma le bois de chêne auquel elle étoit appliquée; on ne put l'éteindre, parce que le dos de la prétendue tortue empéchoit que l'eau ne tombât sur les parties enflanunées. »
M. Girardin de Vanvré, frère de M.* de Girardin qui, plus taid« fut Ambassadeur de France à la Porte, reçut, le 7 août 1676, Tordre d'aller en qualité « de Commissaire général » à la suite des vaisseaux et galères qui étaient dans les mers de Sicile. Deux commissions lui furent données ce jour^là. Tune pour les vaisseaux, Tautre pour les galères. La première portait ceci :
a Le sieur de Vanvré doît être informé que , des trente vaisseaux dont Tannée navale de Sa Majesté est composée , et qui sont retournés à Ton- Ion , sous le commandement du sieur Du Quesne , il est reparti de Toulon pour retourner en Sicile vingt-quatre vaisseaux , quatre brûlots et un bpn nombre de flûtes et bâtiments de charge, sur lesquels vingt-quatre vaisseaux il a été embarqué , en exécution des ordres de Sa Majesté , trois mille hommes d'infanterie de troupes de terre... les six vaisseaux restant des trente, demeurés à Toulon « (sous le commandement de M. Cabaret) a en doivent partir sous peu de jours et porter quinze cents hommes et sept à huit cents chevaux, et qu'avec ces six derniers vaisseaux , Sa Majestés, ordonné au sieur Arnoul, Intendant de la Marine à Toulon, d'envoyer ut» cinquième mois de vivres pour les vingt-quatre vaisseaux... n (Arch. générales, Section historique , carton K, 1480.)
Le chevalier de Tourvillc était tombe malade; et M. de Vîvonnc Tavait engagé à retourner en France pour prendre de sa santé le soin qu'elle exigeait. Il ne voulut pas quitter Messine sans le congé
1676 MARINE DU XVII» SliCLE. 861
de M. Colbert, sans Tavoir averti, au moins. Le 26 août 1676, il torivit donc au ilinistre :
tt Monseignenr, je suis assez malheureux d*étre incommode à un point qni m'oblige de retourner en France pour tâcher de me mettre ea état de servir en cas qne les HoUandois passent dans ces mers. Tons mes amis me le conseilloient et M. le Maréchal même me Ta ordonné. Je n'ai pu m'em* pécher de consentir par la contiuuation d'un crachement de sang qui ne me quitte pas depuis trois semaines. Je l'ai supplié que, s*il avoit dessein d'entreprendre quelque chose de considérable par mer, il me feroit plaisir dé me retenir. Il me témoigna qu'il seroit bien aise que je fusse avec lui, li je le pouvois. Vous pouvez penser, Monseigneur, que j'acceptai l'offre qu'il me fit, avec joie; j'en attends le succès avec impatience. Je tâcherai tonjonrs de faire de mon mieux pour vous contenter, jusqucs au dernier moment de ma vie. Je vous supplie d'être persuadé qu'elle ne me paroîtroit conrte que par le déplaisir que j'auroisdc ne vous avoir pu témoigner ma rcconnoissance de toutes les boutés que vous avez toujours eues pour moi. J'espère qne tous mes maux ne seront rien ; les médecins de ce pays trouvent que j'ai la poitrine échauffée ; cependant , ils sont persuadés qne deux mois de repos en France me remettront entièrement, /s veux tâcher de ne point mourir Chef d! escadre,
» M. le Maréchal m'a ordonné de revenir sur son. vaisseau , lorsque je me porterai mieux.
tt Vous aurez appris que nous avons été malheureux que quatorze navires hollandois n (Du Quesne dit : vingt-quatre) u se soient échappés de nos mains par leur fuite continuelle. Monsieur Du Quesne apporta tous les soins imaginables et ne manqua à rien de ce qu'il falloit faire pour les pouvoir joindre , mais leur bonne fortune les fit sauver la nuit , sans qne nous pussions les approcher d'assez près pour les observer, quoique Monsieur Du Qnesneyîf/ toujours force de toile sur eux. Le lendemain, comme nous les vîmes plus, nous nous présentâmes devant l'embouchure de Naples, afin <]e persuader aux Espagnols que nous étions venus tout exprès pour empêcher les HoUandois d'entrer à Naples. Gela fit le meilleur effet du monde, parce que nous apprenons qu'ils n'ontosé entrer. Cette démarche a rompu loutes lenrs mesures. Si nous n'avions pas été chargés de tronpes et la plupart des vaisseaux sans eau , Monsieur Du Quesne les auroit été chercher partout. Voilà, Monseigneur, le succès » (succès, pris dans le sens du résultat, selon la coutume de ce temps-là) u de notre aventure. Je serai tonjonrs, en quelque état que je sois , avec beaucoup de respect , Monseignenr, votre très humble et très obéissant serviteur, Lb Gb'oe TouRmLLi. » (Bibl. Nationale, Ms., Cabinet du Saint-Esprit.)
Le récit de la rencontre des Hollandais est, sous la plume de M. de Tourville , tout à fait conforme à celui qu en fit Du Quesne, et donne un démenti formel à l'accusation portée contre le Lieutenant
général par le marquis de Villette. On regrette de voir un homme de la valeur de M. de Villette, par esprit de rancune, altérer la vérité et s'appliquer à flétrir la réputation d'un brave et excellent officier, qu'on pouvait ne pas aimer beaucoup , parce qu une certaine roideur de caractère , quelques singularités et un esprit tourné aux difficultés sur toutes choses , ne rendaient pas aimable ; mais qu*on devait estimer pour son mérite en tout ce qui était d'un métier où il fut dès sa jeunesse un maître , et pour son courage qui ne se démentit pas un jour.
= Les six vaisseaux commandés par M. Jean Cabaret étant arrivés de Toulon à Messine , M. de Vivonne, qui avait conçu le projet de s'étendre le long de la côte orientale de la Sicile et de conquérir quelques places pour mettre plus au large les Messinois, résolut d'attaquer d'abord Syracuse, et de la surprendre en introduisant nuitamment les vaisseaux et les galères chargés des troupes. Il feignit d'en vouloir à Melazzo , et les Espagnols , trompés par les apparences , se portèrent du côté de cette ville pour la défendre. Alors l'armement mit à la voile pour descendre dans le Sud ; mais le vent devenu contraire , les galères furent obligées de retourner à Messine , et les vaisseaux , qui tinrent la mer en louvoyant , n'arrivèrent à Agosta que quatre ou cinq jours après leur départ. Agosta était le rendez-vous donné par M. de Vivonne à tous les navires de la flotte. La mèche était éventée. Les Espagnols, bientôt désabusés, se reportèrent promptement à Syracuse et aux points intermédiaires, les châteaux de Lentini et de Catlentinî. L'affaire de Syracuse fut donc manquée. Le Maréchal , qui était sur une des galères , — celle de M. de La Brossardière , — lorsque le vent les repoussa à Messine , ne put se rendre à Agosta qu'une douzaine de jours après l'arrivée des vaisseaux devant cette ville. Il fit semblant de s'y établir d'une manière solide et prépara là une expédition dont le but était de s'emparer de Taormina. Il alla au camp de Meritti; il y trouva M. de Mornas maître de ce village, voisin d' Agosta. M. de Momas, a voulant la châtier », selon l'expression de M. de Vivonne, n'avait point admis la garnison qui l'occupait à une capitulation honorable ; une partie en « avait été passée au fil de l'cpée, et l'autre avait été faite prisonnière « , et cela , parce qu'elle « avoit incommodé beaucoup » Agosta 1) depuis que cette ville était au u pouvoir du Roi de France » ! Faire des prisonniers , c'est bien ; mais passer au fil de l'cpée des hommes dont le crime est d'avoir défendu leur pays et accompli un