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194 ABRAHAM DU QUKSNB. 167*
Le 5 de janvier, Du Quesne disait à M. Colbert :
« Noos sommes à vue des lies de Sicile , dès le premier joor de Tan. Stromboli nous demeure présentement à l'Est, le vent est au S.-S.«B.» très-petit et la mer calme , toujours dans le dessein de faire notre route ainsi que je vous en ai informe. » (Bibl. Nat., Ms. h, 8031.)
Du Quesne manœuvrait pour approcher du détroit, ne doutant pas qu*au Nord de la passe il trouverait M. d' Aimeras avec les dix vaisseaux qui devaient venir se fangcr sous son pavillon. 11 veillait el.ae tenait prêt à combattre M. de Ruytcr s'il le rencontrait dans des cir> constances de vent et de marée qui lui permissent de rapprocher. De son côté, le Lieutenant-Amiral de Hollande cherchait à découvrir la flotte française et s'avançait à FEst pour la combattre.
M. de La Fayette, qui, sur le Prudent, chassait en avant de Tarméc , rencontra un vaisseau anglais dont le capitaine lui dit qu'il avait vu M. de Ruytcr près de Melazzo et que cet Amiral avait répondu à la demande qu'il lui adressait : « Que faites-vous en ces mers? » « J'attends ici le brave Du Quesne. » (Lettre de M. de Valbelle. Messine, 27 janvier 1676; Arch. de la Marine et relation [anonyme], datée du 25 janvier; Vieilles Archives de la Guerre » vol. 510, p. 11.) M. de Ruyter avait vingt-cinq vaisseaux de guerre» y compris un galion espagnol , la Madona del Rosario. Le capitaine anglais en question a assuroit (écrivit Du Quesne, le 12 janvier) avoir parlé audit Rentre , qui lui avoit dit qu'il nous attendoit là pour nous combattre et empêcher notre jonction. »
Le 7 janvier au matin, vers l'île des Salines (Salini, deux lieues \ord de Lipari) , l'année ennemie apparut aux Français, venant en bon ordre , vent arrière , au nombre de trente vaisseaux et neuf galères. Du Quesne signala alors à ses trois divisions de prendre leur ordre de bataille , ce qui fut fait a avec peu de voiles pour attendre les Hollandois » . Ce jour-là, M. de Ruyter, qui avait le vent, n'arriva point sur Du Quesne, et le soir vint sans qu'aucune attaque eût été tentée. Toute la nuit, les Français forcèrent de voile et louvoyèrent pour gagner le vent. Ils y réussirent à souhait. L'ennemi se mit en bataille au point du jour, non loin des îles Alicuri et Filicuri, à l'Ouest de Salini.
M. de Valbelle , dans une lettre du 27 janvier, dit : « Au^ point du jour, nous le vîmes entre la Panerie et Stromboli » ; cela place le champ de bataille plus à l'Est. La Panerie de M. de Valbelle est l'île Panaria, au S.-O. de Stromboli. Le copiste de M. Eugène Sue ne
1676 MARINK DU XVII* SIÈCLK. 195
pat pas lire le mot : Panerie, bien que récriture du chevalier soit assez lisible , et il se tira d'embarras en consultant une carte incomplète de la mer Sicilienne , sur laquelle il trouva pour tout nom de localité commençant par unp : a Passaro ». M. Sue accepta cette solution de la difGculté , imprima : Passaro au lieu de Panerie, sans faire attention qu'entre Stromboli et le cap Passaro il y a un assez grand espace de mer et toute la largeur de la Sicile à TEst; en note il plaça ce renseignement : « Cap Passaro, pointe S.-E. de la Sicile, par 36' 41' Nord, et par 15« 5' à TEst de Paris. » C'était bien la peine !
La flotte de Du Quesne se mit en ligne ; Tarrière-garde se trouvant un peu en arrière : Avant-gardb , commandée par M. de Preuilly, qui dans Tordre naturel avait Farrière-garde , mais que les circonstances antérieures avaient ainsi placé : 1* le Prudent, capitaine, le chevalier de La Fayette; â* le Patfait, capitaine, M. de Châteauneuf; 3* le SaintnMiehely monté par le marquis de Preuilly d'Humières; 4** le Fier, capitaine, M. de Chabert; 5<* le Mignon, capitaine, M. de Relingue'; 6* V Assuré, capitaine, M. de Villette; brûlots , capitaines , le marquis de Beauvoisis et chevalier de La Galissonnière. = Corps db bataille , sous Du Qubsnb : 1<* le Sage, capitaine, le marquis de Langeron; 2* la Sirène, capitaine, M. de Béthune ; 3* le Ponq^eux, capitaine , le chevalier de Valbelle ; 4* le Saint-Esprit, portant le pavillon de Du Quesne, capitaines, MM. Henri Du Quesne et de Montreuil; 5* le Sceptre, capitaine, le chevalier de Tourville; 6' V Éclatant, capitaine, M. de Cou; 7<* le Téméraire, capitaine, M. de Lhéry; 8** V Aimable, capitaine, M. de La Barre; brûlots, capitaines, MM. Champagne et Honorât. = A|iR]iRB-€ABDB , menée par M. Cabaret (Jean et non pas Louis, ainsi que le crut M. Eugène Sue) : 1* Le Vaillant, capitaine, M. de Septéme ; 2* V Apollon , capitaine , le chevalier de Forbin ; 3* le JoU, capitaine, M. de Belle-Ile; 4* le Sans-Pareil, monté par M. Gaba-
^ Lis docameots écrivent ce nom : Relingoes; mais le capitaine lignai l :
rel; 5* V Aquilon, capitaine, M. de Villeneuve-Ferrières ; 6" le Ma^ gtUfique, capitaine, M. Gravier; brûlots, capitaines, MM. Desprex et Serpaut.
Écoutons maintenant Du Quesne (lettre des 12-30 janvier) : tt Le sieur de Preuilly d'Humières, par occasion, faisoit ce jour-là » (8 janvier) l'avant-garde avec sa division , et le sieur Cabaret Tar- » rière-garde , qui avoit pour opposé le Vice-Amiral ennemy , noti:e » avant-garde ayant le Contre- Amiral , et moy , Rentre à la bataille • (au corps de bataille). » Je commençai d'arriver sur les ennemis » et » notre avant-garde en ayant eu les ordres arriva aussi. Les Hollan* » dois commencèrent à faire feu sur nous d'assez loin , sans pour- » tant que de mon bord on ait tiré qu'à bonne portée » (portée utile). Cl toujours en arrivant sur Rentre, qui ne se fit pas un » point d'honneur de lâcher pied pour s'éloigner de nous » (^)« [Faut-il voir là une allusion plaisante à la conduite des généraux espagnols le jour du combat de Stromboli, en 1675? Faut-il n*y voir qu'une mauvaise construction de phrase , et ne faut-il pas lire : u qui se fit un point d'honneur de ne pas lâcher pied » ? Nous croyons que c'est le sens véritable de la pensée de Du Quesne. Reprenons :] tt de ne point lâcher pied pour s'éloigner de nous , en faisant un 9 feu continuel de son artillerie, qui nous désempara de nos princi- » pales manœuvres , tua et mit hors de combat nos premiers officiers » mariniers. Cependant dans le grand feu des ennemis et du nôtre ^ » environ sur les deux heures après midi qu'il faisoit un vent frais » (vent d'ouest, suivant la relation de M. de Valbelle), u un de nos » brûlols fut détaché , lequel , sans le calme » (subit) « qu'il fit lors- D qu'il étoit près d'aborder, auroit fait son effet sur l'Amiral d'Hol- » lande , qui , dans ce calme , eut le temps de lui couper ses mâts à » coups de canon. 11 arriva un même accident par le calme à un des » brûlots de l'avant-garde , commapdé par le marquis de Beauvoisis, » qui y fut tué , et sur la fin du combat celui du chevalier de La » Galissonière coula bas par plusieurs canonnades.
» Rentre , sa division et son avant-garde plièrent si fort hors de 1 » ligne , que son arrière-garde se trouva lors par n (dans) « n n eaux, qui auroit couru risque, si la nôtre t avoit poussée comme n » avons/ait la bataille et l'avant-garde. Ainsi , le calme continu » les galères vinrent retirer les vaisseaux ennemis les plus malt » tés du combat , qui finit avant le jour, non avec tout l'avantage » Ton pouvoit espérer si tous les capitaines des vaisseaux du Roi c^.
300 ABIlAltAM DU QUESNË. 1S7«
'' tcQuncuf, qui suivoil La Fayetti;, imita sa manœuvre, et ils tinrent 1 si furt le vent l'un et l'autre, qu'ils laissèrent M. de Preuilly sans n aucun vaisseau devaut lui... qui eut àcoiubaltre seul les trois pre- » miers vaisseaux de l'armée ennemie. " Ici , M. de Preuilly a sotitenu un combat contre trois vaisseaux , ce qui est fort honorable ; chez M. deValbelle, il a abandonné le combat sous un vain préteslc. Lequel croire?
Au marquis de Langeron le dé : n Langeron , dît M. de Valbelle , <i qui éloil à la télc du corps de bataille, débuta Tort bien, mais tout ■^ d'un coup il se refroidit et on ne le vit plus à sa place. - Selon M. de Villctte, MM. de Langeron et de Bétbunc passèrent entre l'j4u(fr^, que commandait l'auteur des Mémoires, et les vaisseaux ennemis, u Ils commencèrent alors k tenir le vent, pour demeurer D dans les eaux de M. Du Quesne , et se trouvèrent bientôt hors de la 1 porti!-e du canon des ennemis. Af. Du Quesne n'en approcha point. n llattendoit, a-l-il dit, que rarrière-garde commandée par M. Ga- ' baretse filt mise en ligne; mais elle passa une partie du jour sans n en pouvoir venir à bout, parce que M. de Forbin avoit abordé ■a M. Gabaret, ce qui obligea le chevalier de Lhéry d'arriver seul « hors^de la ligne et de montrer son impalicncc de combattre. M. Du " Quesne lui envoya dire de se remettre dans son poste. Il n'y eut y que cela de remarquable dans les divisions de MM. Du Quesne et n Cabaret. On lira force coups de canon de leur part et de celle des ■ ennemis. // y eut peu de ces coups qui portèrent. "
Ceci n'est-il pas surprenant? Du Quesne n'approcha point du canon des ennemis .' Les coups des Hollandais ne l'alleignaicnt pas plus que les siens n'atteignaient la Concorde, qui portail U. de Ruyter, et les vaisseaux ses matelots! Ce n'est pas tout; M. de Villetlc ne se lasse pas -. " Ruyter, se voyant en liberté d'agir, parce qtte At. Du <) Quetne ne l'occupait point , voulut décider celte Journée par ta défaite n de notre avant-garde. 11 fît force de l'oiles pour nous envelopper et i> courut jusque par mon travers. Nous nous tirâmes plusieurs coups 1 de canon et je uie vis enveloppé par plusieurs vaisseaux ennemis, n Ici l'éloge de M. de Preuilly, qui a partagé le feu avec M. de Vil^ lette ; et puis : ^ M. Du Quetne étant arrivé en ligne, de liuyter ]a^% " à propos de finir le combat. <i
Fuit-il le combat parce que Du Quesne arrivait en ligne? Ce sts, une grande louange pour le Lieutenant général; mais M. de l^v-^ ^* lit-it retiré devant Du Quesne, si celui-ci avait passé
ABRAHAU DU QUESNE.
7) la capacité qui se peut désirer et l'upprobation universelle des n capitaÎDea, qui souscrivent tous au témoignage qui se doit rendre de n son mérite. »
De Messine on avait entendu k canon du la bataille ; M. d'Alméras élait sorti du Phare et s'était joint à Du Quesne, le lOjanvier 1676, au milieu de la journée. De Slroniboli, il écrivit ce billet à M. Colberl:
u Vendredy au soir, lO'. sur Strombolï. " (Des environs d"Alicuri, ob | l'on B'rilait balln, l'armée française avait revîrë du cdté àe Siromboli, peim'^l dant que de Ruyler se relirait vers Palerme.) ' Il ii'f a assurëmenl point> I de plus agréable nouvelle à écrire à Vntre Eicellcnce que le ce M. Du Qui'sne heureusement réussi ; il vous en écrit le détail. Kooi somma» I Joints, et les ennemis poroisscnt à vue. On a cru devoir relarder de voua 1 envoyer ces bonnes nouvelles. Je suis, Monseigoenr, votre serviteur trè»-^] hnmble et Irès-obéiasanl. DaudRAS. n
M. d6 Ruytcr avait la mission d'empéchcr Du Quesue de se joindre h M. d'Alméras ; Du Quesue celle de faire à tout prix la jonctioo que redoutait la Cour d'Espagne, parce qu'elle donnait à la Frs une flotte de trente vaisseaux. La jonction se fit; Du Quesne eut donc une victoire importante par le résultat. Mais consultons lefl 1 Hollandais. Par la relation qu'on lit dans VHisloire de Buyter, nouf^l apprenons que AI. de Ruyier, quand il vit la ilolle qui venait ^SiT Toulon, 1 ne fut pas dans une médiocre inquiétude >■ , croyant q cette force navale était composée — on le lui avait assuré — de'' douze navires de guerre seulement, et voyant qu'en réalité elle l'était de vingt-4{uatre gros vaisseaux (il n'y en avait que vingt). L'auteur ajoute que le Lieutenant- Amiral bollandais n'hésita pas cependant, malgré la défaveur du vent, à attaquer lui-même les Français. (11^ J avait dix-huit vaisseaux et une escadre de galÈresi les forces étaient<,l donc égales.) \
» Le siciir Du Quesne, Lieutenant général des armées du Rot de France, coinniaadoil en chef, en qualité d'Amiral, pI conduisoit le corps de bataille. Ce vaillant et expérimenté ofjicier de marine, faisant profet$i(m de la religion réformée, le Iroacoit dans cette ùceasion engagé par rinjwie et capricieux tort de la guerre à combattre contre Bwjler et contre les Holtandoii, tes frères, faisant profestion de la mime foi que lui, et cela eii ] faveur de tujets rebelles à leur Hoi. «
Ce qui arrivait là à Du Quesne arrivait aussi à M. de Ruyter, ;
moins quant à son adversaire direct. M. de Rnyicr n'avait pas pluB i
hésité que Du Quesne. Tous deux d'ailleurs s'étaient trouvés dans la
même situation Tan contre l'autre, et M. de Ruyter contre les Anglois, eux aussi des gens de la religion réformée. Ils en avaient fort pris leur parti , obéissant aux gouvernements qu'ils servaient, et ardents à remplir leur devoir, en hommes qui se devaient à leur patrie. Laissons maintenant la parole à M. Michiel Adrianz de Ruyter :
K Abord du vaisseau la Concorde, sous voile, à l'ouest de l'Ile d'Alicuri, le 9* janvier 1676 : — a A la pointe du jour du 8, nous les vîmes encore » (les Français) « qui nous côtoyoient, et le vent nous étant contraire de six lignes » (rhumbs), ils l'eurent sur nous. Aussi, au lieu que nous les durekions, et que nous croyions qu'ils éviteroient le combat, ils donnèrent sur nous vers les neuf heures du matin ; mais en si bon ordre et si bien rangés qu'ils nous parurent autant de braves qu'ils étoient d'officiers. Nous n'étions pas en moins bon état, et nous les attendhnes ; de sorte qu'une heure après les premiers vaisseaux des deux flottes coomaencèrent à se canonner. Après trois heures de combat aussi opiniâtre qu'aucun où je me soif trouvé de ma vie, il vint un brûlot ennemi à mon bord, à la faveur... Ce rude combat, qui avoit commence par le Contre-Amiral Verschoor n (contre M. de Preuiily), « commandant l' avant-garde, puis avec nous » (de Ruyter contre Du Quesne) , « et enfin avec le Vice- Amiral Haen, conduisant Farrière-garde » (contre M. Jean Gabaret) , « et qui ne put combattre que vers le soir, a duré plus de dix heures, toujours d'une pareille vigueur. Vers le soleil couchant, on rapporta avoir vu couler à fond un navire de guerre ennemi ; d'autres disent en avoir vu encore un autre ; mais ce n'est aucun des nôtres qui fait ce rapport; aussi nous y ajoutons peu de foi... Tons les ofiBciers de la flotte de Vos Hautes Puissances ont combattu vaillamment depuis le commencement jusqu'à la fin de l'action , à l'imitation des François, qui ont fait des merveilles... Le Contre-Amiral Verschoor a été^trouvé parmi les morts avec plusieurs autres qui ont fini leur jour au poste 'd'honneur, n Signé :
On voit que M. de Ruyter est plus juste envers les Français que ne le fut M. le marquis de Villette. Les neuf galères espagnoles commandées par Don Rertrand de Guevara, qui vers la fin du combat avaient cherché à inquiéter le Saint-Esprit en tiraillant contre lui avec leurs canons de coursie, et que le chevalier de Tourvilje avait fait envoler comme une compagnie de moineaux en leur envoyaint
204 ABRAHAM D [' ÇIESNE.
dcii\ boulels de Ircnle-sît, revinrent la auil sur le champ de halaJIle et y restèrent occupés à remorquer les vniBseaui hollandais les plus blessés. M. de Ituyter, dans la matinée du 9 janvier, appela à son bord tous les cDmiuandanls » pour savoir le dommage qu'ils avoient I reçu. 11 s'est trouvé fort ^rand •> .
Les Ëspa.^nols n'eurent qu'une très-petite part A la bataille dn 8 janvier. Leurs neuf galères ne furent point enjjagées ; un a«al de leurs vaisseaux, que M. de Ruytcr avait trouve en abordant la c6te de Sicile, la Kolre-Dame du Rosaire, fut mflé au conflit de ta journée. Nous n'asons pus de récit espaijnol de l'affaire d'Alicuri écrit par le capitaine de ce <(alion ; mais M. Gucll y Rente a eu la bonté de nous faire communiquer quelques lettres gardées aui Archives de Sîmancas sur la reuconlre des armées de France et de Hollande. La première fut écrite pendant la nuit du 8 uu 0 janvier par Won Alberto de Ciranda (?), embarqué sur le Vai);seau Amiral hollandais, et adressée au secrétaire. Don Pedro de Castro, pour lu remettre uu Roi d'Espagne i elle dit que le combat a été très-rude des deux parts, l'ennemi étant plus nombreux en navires de guerre, puisqu'on en a compté jusqu'à vingt-quatre, tous bons vaisseaux et forts, lodos bueno* naviot y defuerza. (On a vu que Du Quesne n'avait que vingt vaisseaux , six à l'avant-garde , huit au corps de bataille, et six à l'arrière-gurde, plus six brûlots. Les Hollandais et Don Alberto de Cirandu comptèrent pour vaisseaux de combat les flûtes qu'escortait la flotte de guerre.)
^ Jusqu'à cette heure la victoire penche de notre cdlé, puisque l'ennemi a perdu deuii vaisseaux qui ont coul^ bu, que furron à piqut ■ (Errenr, Du Qiiesne ne pi'rdit pas un navire), u et dcitx brûloU qu'ils incendièrent eux-mêmes x (Très-bien dit), u De notre cdié. nous avons perdu deux vaisscanxn [on seulement) .^ et aussi le baron Schoor" (Taron.Si-Aoor [c'est l'Amiral Verschonr]). " Tout le monde est en conGaoce que deinain matin nous rccoramencerans à attaquer les ennemis , et j'eipère donner à V. S. la bonne nouvelle d'une viE'loirc. Le général Rnyter a dit an capitaine César, porteur de cette lettre, qu'il n'aura pas rej{ret d'en avoir fini avec l'ennemi, et qu avec les dispoiilions qn'il prend on doit espérer qu'il réussira seton fton inlention. n
Le marquis de Villafranca écrivit au Roi d'Espagne, le 10 janvier, pour lui parler du combat du 8 cl lui annoncer la perte de deux vaisseaux français » allés à pic > , et M . de Ruyter animé à poursuivre la vicloire. Le lendemain, le même morquis adressa de Mch son souverain une nouvelle lettre confirmant la perte de deux vais-
obligera une armée à perdre l'avantage da vent on de l'abandonner » (le vaisseau) ; u et, quoique dans le grand nombre des vaisseaux da Roi il ne ae peut éviter qu'il y en ait de moins bons à la voile que d'autres, ils ne seront pas inutiles si on les emploie à ce quoi ils sont propres, s
Un Lieutenant général demandant au Roi une « forte protectioii v devant Taider à se faire obéir des officiers généraux et des capitaines, quand il les fera manœuvrer à la mer, pour leur apprendre ce que les Hollandais et les Anglais savaient bien, c*est une chose assurément singulière. Mais que pouvait Louis XIV afin d'obtenir cette obéissance demandée par Du Quesne? Était-il lui-même obéi, ce tout-puissant contre lequel il est de mode de crier depuis cent ans? Qui donc, si ce n*est liii, écrivait, le 14 juillet 1675 — nousTavons déjà dit ailleurs , mais nous ne craignons pas de le répéter : —
« Le Roy, voyant depuis assez longtemps que les officiers généraux, n capitaines et autres officiers de la Marine , se dispensent facilement r> de l'exécution ponctuelle de ses ordres, ce que Sa Majesté a bien voulu n dissimuler jusqu'à présent.,. » Voyez-vous le tyran ! Il a bien voola dissimuler qu'il savait qu'on se dispensait d'obéir à ses ordres ! Il pouvait sévir ; mais non , il a voulu dissimuler ! Sa patience a été longue , et à la fin il a a résolu de leur faire connoître ses volontés 9 parle présent règlement. » Ce serait à n'y pas croire, si l'on n*avait devant les yeux cet aveu plein de bonhomie , signé : « Louis > , et plus bas : « Colbbrt d . (Archives de la Marine.)
Revenons à M. de Villafranca. Il affirme que les Français ont quitté les eaux d'Alicuri et de Stromboli et par là ont détruit l'espoir qu'avaient les Hollandais de renouveler le combat , le 9 au matin , et d'obtenir une entière et parfaite victoire. Le marquis était mal instruit des faits, ou il voulait u dorer la pilule n au Roi d'Espagne , assez mécontent de sa marine à propos de l'entrée de M. de Valbelle à Messine,^ en 1675 ; il espérait que M. de Ruyter rétablirait, au premier jour, les affaires à Messine. Voici en effet, ce que dit Du Quesne :
u La même nuit, les ennemis ayant découvert nos feux, s'approchèren de nous ; mais à la pointe du jour, ayant reconnu notre jonction , ils retirèrent au vent en bon ordre. »
Parlant de l'escadre de M. d'Alméras, qui s'était jointe à D Quesne , ce qu'il ne pouvait dissimuler, le marquis espagnol dit q u la retraite des Français fut aussi précipitée que fut ardente la po suite {envestida, attaque par un mouvement circulaire?) jusq
moment où sortirent de Messine onze vaisseaux de guerre (dix vaisseaux et une frégate légère) et trois brûlots, mal armés d*un petit nombre de Français et de quelques Messinois. (Ils sont armés comme tous ceux de la flotte , d'équipages français , sans addition aucune de Mecineses.) u Ils passèrent entre la Sicile et Lipari, cherchant les vaisseaux de France, qu*ils rejoignirent et ranimèrent par le renfort que cela leur apportait. En même temps arrivait le prince de Montesarchio (C'était un peu tard!) avec huit vaisseaux de guerre et un brûlot, armés d'une nombreuse infanterie, la plus brillante et la plus valeureuse qui soit au service de Sa Majesté, etc., etc. v
Du Quesne dit : a Les Espagnols joints aux HoUandois font un » nombre en tout de quarante-quatre voiles, TAmiral d*Espagne fai- « sant Tavant-garde, et Rentre nous parut fort près de l'arriére- 9 garde. Dans les ordres de bataille que je donnai depuis notre jonc- » tion , je me réservai de faire , par un signal , l'avant-garde, afin de 9 répondre mieux de la conduite de la tète de Tannée du Roi. »
La Gazette de France, dans le récit qu*elle publia du combat du 8 janvier 1676 , dit, en parlant de M. de Ruyter : « Il s'est comporté dans cette grande occasion avec toute l'expérience et toute la fermeté qu'on devbit attendre de sa grande réputation. » Elle ajoute : « Le sieur Du Quesne , de son côté , a fait connoître qu'il étoit digne d'être opposé au sieur Ruyter pour la capacité et le courage. i> H. Colbert faisait là consciencieusement une réparation d'honneur à Du Quesne, de qui il avait écrit à M. de Seignelay , qu'il croyait son cœur et son esprit au-dessous du cœur et de l'esprit de de Ruyter. Personne , hors M. de Seignelay, ne dut sentir ce qu'il y avait de repentir joyeux de la part de M. Colbert dans la phrase que tout le monde dut croire écrite par l'auteur de la Gazette.
Des deux côtés on se réparait. Du Quesne avait été blessé à la jambe par un éclat de bois ; M. de Valbelle avait été frappé par des éclats à une jambe et au ventre, mais ces blessures n'étaient pas graves et n'avaient guère arrêté les deux officiers généraux. Quant à MM. Cabaret et de Cou, ils n'avaient eu qu'à changer d'épées , les leurs ayant été brisées dans leurs mains par des boulets. (Relation anonyme , mais d*un volontaire du Saint-Esprit, Arch. de la Marine.) H. <l'Aligre , lieutenant du vaisseau le SaintrMichel , avait eu une
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épaule brisée, c'était sa blessure la plus sérieuse. La flotte avait eu hors de combat quatre cents hommes environ , tant tués que Messes.
Le samedi, 11 janvier 1675, Du Quesne vit au large rannée ennemie , qui ne fit pas mine de l'approcher. La lettre du marquis de Villafranca au Roi d*Espagne (21 janvier 1675) rappelle à Sa Majesté que, dans une lettre du 12, le prince de Montesarchio dit , qu*ayant demandé à Ruyter s'il voulait combattre (le 11 janvier) « étant à la vue de Tennemi , celui-ci répondit qu'il priait qu'on Texcnsàt. Le marquis ajoute : u Ruyter me fit entendre par une personne confidente , que si nos vaisseaux avoient cherché le combat , il se seroit battu ce jour-là; et je me le persuade facilement. « Si le prince s'était engagé comme il le devait , surtout ayant le dessus da vent, Ruyter l'aurait suivi. A cela il n*y a pas de doute, comme anssi que « si les uns se disculpent an moyen des ordres , le service de Votre Majesté ne se fera pas , et dans le royaume s'introduira une désolation générale, qui pourra causer de grands donunages. » (Arch. de Simancas, liasse 3618.) H résulte assez clairement de ceci que M. de Ruyter faisait peu de fond sur le prince de Montesarchio.
Un grand coup de vent éloigna M. de Ruyter, que Du Quesne attendit dans les parages où s'était donné le combat, et après y être resté les dimanche , lundi et mardi , le Lieutenant géaéral se décida à faire route pour Messine. 11 fut décidé par le conseil que le passage par le Nord étant chose périlleuse , dans un temps où Ton ne pouvait compter sur la modération et la constance du vent , il iîit décidé, disons-nous, que l'armée passerait près de Païenne pour savoir si M. de Ruyter y était, et que l'on contournerait la Sicile par FEst, pour revenir ensuite au Xord, en longeant la côte orientale. M. de Villedieu écrivit le 24 janvier :
« Notre escadre entra dans ce port » (Messine) « le 22 de ce mois. H y a déjà quelques jours, celle des ennemis est dans celui de Mêlasse. \os vaisseaux se raccommodent incessammeat de kar fracas; il n'y a que quatre ou cinq vaisseaux considérablement endommagés. L'on ne peut rien ajouter à tout ce que ces messieurs disent de tm hnnomre et ie la botme emimiudeM, Dm Qmesme. » (Lett. autogr.; \leilles Arch. de la Goeire^ vol. 510, pièce 10.)
M. de Vallavoire écrivait de son côté à M. de Lou¥ois(28 janviei Vieilles Arch. de la Guerre , vol. cité) :
« Il » (Iki Quesne) « alla les chercher du côté de TVapani , mais croj^
siri
que nous avions besoin de ses vaisseaux , et trouvant le vent favorable , il fit le toinr de File et entra ici , le 22* de ce mois. »
Le 20 janvier, Du Quesnc avait écrit à la hâte le billet suivant à H. de Vivonne :
« Si la dernière falouque que j*ay fait partir , le 15 au soir, pour vous donner de nos nouuelles, Monseigneur n , [est arrivée à Messine] (Elle avait été expédiée par le Phare.), u elle vous aura tiré de peyne. Mais en vérité le ¥ent se mit si fort au Nord-Est, qu'à moins qu'elle ait trouvé quelqu*une des iles à se mettre à conuert, ilz auront couru grand risque. Nous avons passé en moins de trois jours de la vue de Stromboli au cap Passaro. Cependant nous sommes ici par le travers de Termine n (Taormina) , u à dessein (T approcher vers TEstalette » (Escaletta), u d'où je feray avancer deox vaisseafix pour soutenir nos chaloupes , pour vous porter les pacquetz de U Cour , ceux que j'ay premièrement reçus et les derniers rapportés par mon neveu que j'enuoyai exprès porter vos dépêches aOn d'en auoir promptement réponse.
n J'auray l'honneur de vous faire voir les raisons d'être venus à vous par ce-canal; cependant, qu'il vous plaise me donner vos ordres sur ce que vous aurés agréable que je fasse avec l'armée, ou de demeurer sur les croisières au cap d'Armes et de Spartivento, on d'entrer à Messine pour y achener nos réparations ; de plus , le vaisseau le Mignon a rompu son beaupré; cependant nous ne prendrons aucune résolution que sur vos ordres, que j'attendrai avec impatience.
s Que s'il arrivoit un fort vent de Snd et Sud-Est, qui nous contraignît on de repasser le Faro ou d'entrer à Messine, il vons plaira, pour nous faire entrer, faire tirer quatre coups de canon du bastion Saint-tieorges, ou pour repasser le Faro , deux coups à la fois, réitérés une demi-heure après : et pour marque que vous aurés reçu vos paquetz, une heure et demie tfrèSf trois coups. Je suis. Monseigneur, votre très humble et très obéissant seruiteur. Du Qubsnb.
» Il vous plaira nous envoyer six des meilleurs pilotes pour nos vingt vaisseaux ^ car nous n'en avons pas un , ny pour le Faro ny pour Messine, n
Sur le repli de ce billet , de la main de Du Quesne , on lit : a A M. de Vivonne » ; puis, d*unc main qui doit être celle d*un secrétaire du Maréchal : a M. Duquesne, du 20 janvier 1676, R (reçu) le 21* r . Le papier, du format in-octavo, hollande lustré, porte la ^race d*un pliage en quatre. (L'écrit qu'on vient de lire, et dont nous ^vons corrigé Torthographe , passa en vente à Paris, le 4 février 1847. Il nous fut, depuis, obligeamment communiqué par M. le ^omte Alf. d'Auffray.)
1 Lapsut ealami de Do Quesne, qui avait avec lui vingl-hoit vaisseaux. VApoUon ^t le Joli complétaieut la trentaine.
M. le comte de Vivonne fit tirer, du bastion Saint-Georgeâ , quatre coups de canon, et Du Quesne entra, le 22 janvier, dans le poii de Messine , où il fut reçu aux acclamations des habitants. — Le 20 février 1676, Louis XIV adressa de Versailles, à Du Quesne, une lettre de sa main , pour le féliciter de son succès , lui en témoigner sa satisfaction royale et Fassurer que dans toutes les occasions qui se présenteraient à Tavenir, le Lieutenant général recevrait des u effets de sa bienveillance » . {OEuvres de Louis XIV, t. V , p. 548.) Cette lettre a été connue d'Adrien Richer, le biographe de Da Quesne, qui la publiée, ce dont nous nous dispensons, parce qu'elle n a rien qui la distingue de toutes celles qu*écrivait le Roi dans des circonstances analogues, compliments banals, promesses banales. Disons pourtant que cette attention du prince fut pour Du Quesne un encouragement à faire un nouvel effort afin de conquérir Tune des deux choses qu il ambitionnait ardemment , la Vice-Amirauté de Levant, que le Roi laissait vacante, ou le bâton de Maréchal. Il n'eut ni Tune ni Tautre , mais Louis XIV se montra magnifique peu d'années après la campagne de Sicile ; nous le verrons.
Le 8 mars, M. de Tcrron fut remplacé dans le poste d'Intendant du port de Messine , par le marquis d'Oppède , président à mortier au parlement de Provence , déjà nommé successeur de M. Colbert de Terron à Tlntendance du royaume de Sicile et des armées de terre qui étaient en ce pays-là. L'instruction qui lui était donnée l'avertissait que M. de Terron le mettrait au courant des affaires de la marine, u dont celui-ci avait acquis la parfaite connaissance par un travail consommé de vingt-cinq ans. » On lui disait qu'il devait '( savoir que l'armée navale de Sa Majesté était composée de trente vaisseaux , dix brûlots , et des flûtes et bâtiments de charge nécessaires à la suite d'une flotte de cette qualité n . On ajoutait que, le 12 mars, trois flûtes , chargées de vivres , munitions et agrès , devaient aller à Messine par le détroit du Sud , en passant par Malte ; qu'on préparait un convoi considérable , devant partir à la fin du mois , sous l'escorte de cinq vaisseaux de guerre; enfin que, des mers du Ponant, serait dirigée sur Messine une quantité considérable de vivres, les bâtiments qui les porteraient étant escortés par trois vaisseaux de guerre. — M. d'Oppède avait ordre de partir avec le convoi qu'allait expédier Toulon. (Arch. nationales. Section historique, carton K. 1480.) Pourquoi M. de Terron quittait-il la Sicile? Il était fatigué sans doute de lutter contre les auteurs de désordres
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