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M. de Vivonne n'avait pas su asseoir son autorité, ou plutôt Une
Tavait pas pu. Où il fallait des résolutions promptes, il apportait les
lenteurs d'un esprit vif dans la conversation, mais hésitant devant les
difficultés. De la hardiesse, une certaine dose de témérité même,
auraient eu sur les Espagnols une influence sérieuse. La « furie fraiH
» çaise » manquait dans le commandement supérieur, si elle ne
manquait pas dans l'action aux soldats et aux ofGcici^i ; c'est à cette
espèce de tjmidité que fait allusion certainement M. d'Argone quand
il dit : ce Nous sommes un peu poltrons, n Car poltron, dans le sens
où l'on entend généralement ce mot, personne ne l'était, ni dans
Tannée de terre ni dans la flotte. M. de Vivonne s'était fait connaître
pour brave , et la campagne de Sicile ne porta point atteinte à sa
bonne renommée sur le point de la bravoure personnelle.
H. de Vallavoire, qui avait bien fait toujours et partout, eut devant la Scaletta un cruel accident ; c'est M. d'Argone qui le dit, et il est étonnant que M. de Vivonne n'en ait pas parlé dans sa longue rela^ tion. tt Étant allé à une batterie à l'Escalette, il tomba d'apoplexie. « On l'apporta à Messine ; je ne crois pas qu'il passe la nuit ; j'en » suis sensiblement fâché, car il m'aimoit beaucoup. » D'une écriture plus fine que celle du corps de sa lettre, M. d'Argone ajouta : « On me vient dire qu'il se trouve mieux ; mais il est paralytique de » la moitié du corps. » En post^scriptum : a II reste ici pendant l'hiver » quatorze galères et quinze vaisseaux. Il ne repasse en France que » dix galères, parce qu'on a été obligé d'en désarmer une, qui étoit » vieille et faisoit beaucoup d'eau. — Les ennemis ont été, il y a » deux jours, à Taorminc pour tacher de surprendre cette place; « mais M. de La Villcdieu^ qui y commande, leur a fait voir qu'il ^ savoit fort bien conserver ce qu'il avoit gagné. Ils ont perdu du » monde à cette attaque... Je n'ai point reçu le ruban que vous » m'avez envoyé ; je crois que les ennemis s'en pareront , parce que >» la tartane qui apportoit le paquet du Roi a été prise devant Sarra- ^ gousse... A Dieu, mon cher frère ; aimez-moi toujouBS, Argonb. — ^ Ne mpntrez ma lettre à personne qui puisse parler. » (Bibl. Nat., Ms. Clairanibauli, vol. 543, pièce 211.)
Qui était ce M. d'Argone, aimé de Vallavoire, et certainement officier dans les troupes que commandait cet officier général? Qui était son frère? Ce frère serait-il Bonaventure d'Argonne, le chartreux, qui écrivit sous le nom de Vigneul de Marville? Le nom de celui-ci admettait le? deux nj l'autre signait son nom avec un seul ;
ce n'est là qu'une difficulté apparente. Les deux frères Henri et Adrien de Valois, les historiographes du Roi, ne signaient-ils pas, le premier, Henry de Valès, et Tautre, de Valois? Nous pourrions citer d'autres exemples; mais, au reste, peu importe. Ne quittons pas la Scaletta sans mentionner un passage des Mémoires de M. deVillette, où l'auteur a la prétention de donner un trait pour le portrait de M. de Vivonne^ et il se peint lui-même plus qu'il ne pense :
«Un (le dnc de Vivonne) « fît pendant le siëge de Lescalette (ne) on oubly où je me trouvay intéressé. Je n'en parle que pour mieux faire connoistre M. de Vivonne. II avoit choisi quatre vaisseaux pour canonnernn petit fort de quatre pièces de canon qui battoient sur la mer. L'ordre estoît que ces vaisseaux ne commenceroient à tirer sur le fort qu'après le signal que M. le Marescbal de Vivonne leur feroit faire par la Rëale des galères. Il n'y eut de ces quatre vaisseaux que le mien qui se trouva au point du jour placé pour canonner. Les trois autres vaisseaux s'ëtoient laissé snr^ prendre pendant la nuit par les courans du Phare , qui les avoient dérivés jusqu'au cap Darmes. Je me mis donc seul à demy portée de canon da fort où il y avoit une batterie de quatre pièces. J'y demeurai en panne toot^ le jour, et M. de Vivonne me laissa dans cette situation sans que la Réd me fît aucun signal. On me tiroit, et, faute de permission, je ne tiro^ point. Enfin, à soleil couchant, M. de Vivonne m'envoya demander ce je faisoîs là. Je luy fis dire que j'y attendois ses ordres. Je l'allai v ensuite, et il se moqua de ma régularité. Je l'aidai le lendemain à fair capitulation de Lescalette. » (Mémoires du marquis de Villette, p. 45.^
Voilà M. de Vivonne bien peu soucieux du mouvement d vaisseaux, et dans une affaire qui a une importance réelle, l'at d*une petite place dont il veut s'emparer^ oubliant les quatre n auxquels il a donné un rôle important, ne s'occupant pas de s'ils sont au poste où doit les trouver le signal de faire feu, e sant après vingt-quatre heures seulement de regarder du c6 mer! Cela n'est guère croyable, on en conviendra, et puis s'accorde point avec la relation du Maréchal, qui fait can Scaletta, le 4*novembre, par les vaisseaux le Sans^Pareil, Michel, le Vermanâoù, le Cheval marin et le Brusque, et i à la nuit du 9 novembre la signature de la capitulation d^^ Le vaisseau V Assuré et M. de Villette ne figurent point daw^ nade ; ils ne figurent pas non plus dans la relation de M . qui nomme honorablement comme s'élant distingués ^ pagne MM. de Preuilly, de Langcron, d'Hailly, d'AmC^^ pède, de La Bretèche, de Béthomas, de Montaulieu, ^^
la
vires savoir s'avi- .é de la cela ne nner la e Saint' 5 «ssîgne ^a place.
Xa canon- ^ Vivonne, s la camîlle, d'Op- \e major des
su ABitAHl\M DU QUKSN'E. 107Q
devait faire repartir Du (Juesoc pour aller aux avenues de Pnlerme, y allcndrc les ennemis. Le 31 janvier 1677, M. de Viionne permit à Du Quesne d'aller à TouloD pour changer le vaisseau le Sainh Etprit, qn'ii montait, contre un autre en meilleur clal, ce vuisseaa étant forl endommagé, ha Pompeux , h Prudent, le Parfait, très-incommodés aussi, suivirent le Saint-EspriC. Un de ces navires emportait M. de Vallavoire, tout à fait paralytique et qui retournait en France, {Vivonne, 23 janvier 1677; Amoul, 22 décembre 1676. Bibl. Nationale, Itls., Lettres à M. Colberl, 1677.) Un des vai»seauK de l'armée se perdit ; M. Arnoul écrivit à ce sujet, le 5 janvier 1677 , qu'on ne pourrai! relever le Fidèle. M. Colbert ordonna qu'on Itt le sauvetage de tout eu qu'on en pourrai! tirer el surtout qu'on s'appliquât h pâcher les canons. Deux autres navires furent rayés de la liste des vaisseaux du Roi , le Lion et le Rut»s, qu'on dépeçu à Rochefort, (Iiellres à M, Colbert.)
Avant de poursuivre le récit des événements qui touchent à i'hi*. loîre de la marine, mentionnons quelques faits intéressants pour l'histoire particulière de Du Qucsnc et qui par leur date se rapportent h l'année 167G.
Du Quesne ne put aller pendant celte année A Paris, où quelques affaires étaient à régler par lui ; mais madame Du Quesne le représentait, et notre Lieutenant général ne pouvait avoir un meilleav fondé de pouvoir. Abraham II Du Quesne avait, depuis 1' 1659, un procès avec s» belle-sœur, madame Suzanne Le Jllonniec:;^^ veuve depuis peu d'Etienne Du Quesne, frère, comme nous l'avo^^^ dit, d'Abraham II, procès « pour raison des sociétés qui avoicnl ^^^' entre Abraham Du Quesne et deffuncl Êlienne Du Quesne, •> L'aEff étant pendante depuis dix-sept ans. et rien n'annonçant la proch^J^'"* venue d'un jugement définitif et sans appel, madame Suzam^ *"' Monnier se désista de sa poursuite, le 21 avril 1676. laissant a Gis Abnihom Du Quesne Le Monnier, — qu'on appela dans la n^ * Du Quesnc-Monnicr, — la suite de cette revendication. Voiç; ,,' de renonciation de madame Du Quesne Le Monnier, quo hq,, nons pour ne rien oiueltre de ce qui regarde notre héros -,
té
cy deunni Maresrhal des logis gcnérnl Jo la cavalerie de Ç,
l'adcsclarë, et csmaucipé soubz F autorité de Jacques Barbault, escuier, capitaine dans l' armée naualle du Roy, son curateur, suiuant lettres de béneffice d'aage du 1^ du présent mois et au... demeurant, sçauoir ledit sieur Du Qnesne , rue de Giéry , parroisse Saint-Eustachc , à Paris , et ledit sieur Barbault au quartier Sainct Germain des Prez, rue de GreneUe, parroisse Saint-Sulpice , lequel sieur Du Quesne. . . a volontairement vendu , ceddé , quitté , transporté et délaissé , vend , cedde , quitte , transporte et délaisse à André Sambussy (sic) bourgeois de la ville de Millault en Lan* goedoc n (Milhau) u et y demeurant ordinairement, estant de présent à Paris, logé rue Grenier Saint Lazare... telles sonunes qui sont oupeunent estre dues audit sieur Abraham Du Quesne , conmie héritier par bénéfice d'inuentaire dudit deffunct sieur, son père, par Mcssire iUiraham Du Quesne, cbeuallier. Lieutenant général dans les armées nauaUes du Roy, ensemble tous les droits, actions et prétentions qu'il peut ou ponrroit auoir à exercer contre ledit sieur Du Quesne pour raison de sociétés qui auroient esté entre luy et ledit defTunct sieur Estienne Du Qnesne, père dudit ceddant, dans les armements, courses et captures sur Us ennemis de l'Èstat, ou pour quelqu' autres causes que ce puisse estre, et pour raison de quoy il y auoit procès pendant en la Cour de Parlement, entre ledit sieur Abraham Du Quesne , Lieutenant général, et dame Suzanne Le Monnier, mère et tutrice dudit sieur ceddant, au lieu de laquelle il a repris le procès , depuis son émancipation , ceste vente , cession et transport faicte moyennant la somme de 6,000 livres » (plus de 12,000 fr. de notre monnaie actuelle) u que ledit sieur ceddant a confessé auoir cydouant reçue dudit sieur acceptant... Fait et passé à Paris , en Festude de Lemaistrc, le vingt quatriesme jour d'auril, auant midy , Tan mil six cens soixante seize , et ont signé : Duquesnk (sic), Barbault, Sahbucy (sic).
Lorsque le fils d^Ëtienne Du Quesne fut majeur , il ratîOa Tacie du 14 avril 1676. On lit à la suite de la minute de cet acte :
«Et le huitième jour de jamiier, après midy, l'an mil six cens quatre vingt trois... par deuant... ledit Messirc Abraham Duquesne à présent majeur, estant de présent à Paris logé rue Xeufve et paroisse Saint £us* tache, en la maison de M. de Monnier (sic),., a ratiflié et approuuc, senti, consent et accorde qu'il n (Tacte précédent) sorte son plein et entier eiïîect... (Signé) : Du Quksnb (sic), Gamier, Lemaistrc.
Cette pièce nous intéresse , parce qu elle nous montre Abraham II Du Quesne , capitaine et Chef d'escadre , associé avec son frère dan» un ou plusieurs armements en course, et partageant avec celui-ci le* produits des prises faites par Etienne et aussi ceux des captures que lui-même aurait faites comme offlcier de la marine royale. 11 parait que de part et d'autre les prises furent peu considérables , puisque Abraham Du Quesne Le Monnier ne vendit sa créance que 6^000
livres. Il est vrai que, sur les prises, le Roi et TAmiral de France prélevaient chacun un droit qui diminuait beaucoup la part des capitaines et celle de leurs équipages.
Si madame D\i Qucsne donnait ses soins aux affaires de son mari, elle ne négligeait pas les siennes. Le 26 mars 1676 , elle fit un compromis avec M. Alade de Saint-Maurice, et son épouse demoiselle Marie de Moraine, sœur de madame Du Quesne. (Minute de Lemaitre, chez M** Defresne.) Le 29 septembre 1676, elle fit un compromis avec Marguerite de Méolon , veuve de Jacques du Bosquet , et , le même jour, accepta Tarbitrage de M* François Hélo, avocat au Pariement, dans une question d'héritage, ce que nous apprend un acte passé entre ladite dame Du Quesne, Marguerite de Méolon , et Marie de Moraine , créancières et habiles à succéder à défunt Claude de Moraine, seigneur de Maisonfort et bailli de Nemours, aïeul maternel de dame Gabrielle de Bernières, dame Ou Quesne. Par cet acte du 29 septembre , nous savons que le logis de Du Quesne était rue des Douze-Portes , paroisse Saint-Gervais. I«e 27 mars, il était rue de Grenelle Saint-Germain-des-Prés. (Uinutes de Lemaître.)
= L'histoire des colonies ne rentre pas essentiellement dans le c^adre que nous nous sommes tracé-; la vie de Du Quesne est notre sujet principal. Du Quesne ne contribua ni à rétablissement ni à la défense des colonies françaises ; il ne traversa jamais FOcéan Atlantique. M. de Tourville ne le traversa pas non plus, et c'est un fait assez remarquable que les deux plus grands hommes de mer de leur temps eurent pour théâtre de leur action les seules mers d'Europe. Nous n'avons donc pas la stricte obligation de raconter les événements auxquels prit part M. le comte d'Ëstrées , dont le domaine , plus large que celui de MM. de Tourville et Du Quesne, s^étendit jusqu'aux rivages de l'Amérique. Cependant, la marine eut un rôle important dans les événements qui se passèrent sur la mer des Antilles ; ses vaisseaux ne furent pas seulement des chameaux flottants porteurs d'approvisionnements, ou des bâtiments de charge portant des soldats ; ils furent des -combattants , avec des chances diverses, heureuses et malheureuses; nous croyons donc devoir parler avec quelques détails de son rôle aux Antilles. Prenons les choses d'un peu haut; remontons à l'année 1675.
M. de Baas, gouverneur des îles françaises d'Amérique, depuis le mois de septembre 1668 ou plutôt depuis le mois de janvier 1669
qu'il prit possession de Temploi dans lequel il succéda à M. Lefèvre de La Barre, rappelé en France, M. de Baas avait à ses ordres quelques navires de guerre pour entretenir entre les îles une correspondance nécessaire et aider à la défense des possessions qui reconnaissaient Tautorité de ce Lieutenant général. M. Colbert jugea i propos d'envoyer une petite escadre au gouverneur, et il écrivit k M. de baas , le 17 mai 1675 :
«... Vous apprendrez par les lettres de mon fils que Sa Majesté envoie M. le marquis de Grancey, Chef d'escadre de ses armées navales, pour commander les vaisseaux qu'elle destine à la conservation des iles et dont vons recevrez en même temps la liste... Sa Majesté a reçu avis certain depuis quelques jours que Ton équipe une escadre de vaisseaux en Zélande pour aller aux iles , dans T espérance que les Hollandois ont qu'ils y réos* sissent certainement. »
Dans cette lettre , M. Colbert envoyait un détail de protocole que M. de Bàas ignorait :
«... Je vous dirai de phis que, étant Lieutenant général des armées du Roi et commandant en chef dans un pays , vons ne devez pas me traiter de Monseigneur, mais seulement de Monsieur, ce que j*ai omis jusqu'à pré^ sent de vous faire savoir, a (Arch. de la Marine, Ordres dn Roi; Compagnies des Indes.)
Les vaisseaux qu'allait commander M. de Grancey étaient an nombre de quatre; une frégate légère leur était adjointe. C'étaient 1* le Fart, de 60 canons et trois cents honmies d'équipage ; le Chef d^escadre devait le monter et y arborer la marque de son commaiK dément ; â* le Marquis, de 44 canons et deux cent cinquante hommes d'équipage, capitaine, M. de Larson; 3* le Galant, de 40 canons, capitaine, le chevalier de Beaujeu ; 4* VÉmeriUoH, de 34 canons et de cent cinquante hommes d'équipage, capitaine, M. de La Cloche* terie ; 5* la Fnp(m»e, de 16 canons et cinquante hommes d'équipage* capitaine, M. de Lézine '. M. de Grancey partit do la Rochelle en juin 1675, et mouilla à la Grenade le ±2 août suivant. Le carac^ tère de M. do Grancoy et celui de M. de Baas se choquèrent bientôt. Le Chef d'escadre avait de grandes prétentions , et ne voulait pas sooflfrtr que le gouverneur lui donnât des ordres. Le gouveraeor ne s^accoutumait point aux défauts du conamandant des vaisseaux; il était roido , peu endurant « et dos conflits s'élevaient souvent qui nui-
^ 11. «le Lêxictf f«l (ùi caf lUtée ie i«&sitta W X J4BiMr ICI 6. ^Arvhive» de li UiriM, OoiN» éa iM.)
»76 il.lRINE DL' XVII> SIÈCLE. 373
s.tîcnl au bon ordre. L'année se passa, cepCDdani, sans que quelque grande lemp^le Iroubldl profondément Diarniomc que la Cour recommandait oipressémcnl aux deus: officiers fjénéraax. M. de Gronccy partit de la Martinique pour la France avec une flotte mar- , chnndc qu'il convoyait ; il rencontra en route une flotte hollandaise qu'il poursuivit de son canon pendant quelque temps et qu'il laissa fort endommagée. 11 arriva à la Rochelle le 18 septembre
Le marquis do Grancey n'avait pas cru devoir empêcher qu'à son exemple, trois des capitaines de ses navires, pour le retour en France, remplissent leurs catcs de marchandises, contravention formelle it une ordonnance du 18 août ICtJll, qui interdisait « aux capitaines et autres oflîeiers commandant les vaisseaux de guerre n de faire aucun commerce, " désordre préjudiciable au bien du service et au commerce des niarcbauds i . M. de La Clocfaelerie , dans l'Emen'ilon, M. de Beaujeu, dans le Galant, H. de Larson, dans le Mar~ quii, mirent des barriques de sucre et d'indigo ; mais quand M. Colbert eut connaissance de cette infraction aux ternies de l'ordonnance, il fil saisir les sucres, et retenir les appointements des trois capitaines, que l'on interdit cl qu'on mit dans les prisons de la Rochelle. (Ordre du Roi à M. pemuin , l'i mars 1616.) Cependant, comme ces ofGciera servaient bien, le Roi se laissa toucher par leurs supplications, et, le 3 mai, ordonna qu'on les rendit à la liberté et qu'on les Télabltt dans lenra fonctions, le sucre et l'indigo restant conGsqués toutefois.
M. Colbert avait écrit à M. de Grancey pour lui reprocher de n'avoir pus fait rcspecler les volontés du Roi en ce qui était de l'ordonnoncedu 18 août 1669 , et le marquis, pour se défendre, peutêtre aussi pour défendre ses officiers , s'expliqua , sur le fait de l'ordonnancc , en des termes qui ne pouvaient être acceptés; en mâùie temps, il mit en avant une prétention exorbitante que M. Colhert dut mettre à néant dans sa réponse, dont voici l'essentiel :
I. 9* avril 1G76. — 11 a élô impossible de s'empêcher de rendre compte au Roi de loul le corilenu en vos lellres, quoique avec regret, sachant bien que Sa Majesté D'approuveroil point toutes les difficultés qui y sont contenues , d'autnnt plus qu'elle aToit bien pNru que le caractère de votre eipril ne pourrait compatir artc le bien de son irrtice dam les ilet , et qne ce n'a élé que par l'assurance que je lui ai donnée que vous rermcriei l'œil et que vous passeriez par dessus toute espèce de difficultés pour aller
3T4 ABRAHAM DU QUESN'E.
Mais élant connus le caractère de M. de Baas et celui de M. de
GraDccy, qui ne pcrmellait pas au Chef d'escadre de fermer l'œil
quand il apercevait des clioEesqui ie blessaient, pourquoi l'envoyail-
on auxiles sous les ordres de M. de Baas? N'y avait-il pas un officier
général plus accommodant que ce Chef d'escadre si difficile? Et à
défaut d'officiers généraux n'avail-oa pas d'anciens capitaines parmi
Liesquels on aurait pu choisir un commandant pour l'escadre des
ittes? M. de Grancey se donne des torts, on le réprimande, mais,
1 déCoilive , 011 le renverra en Amérique. Rappelons que le mar-
I unis est un homme à qui M. Colhert s'intéresse beaucoup et qu'il
' ménage tout en le grondant. — Le Ministre , continuant sa dépêche
du i) avril, dit :
u... Vous prétendez que le pouvoir et toutes les fonctions de 1' de France doivent être établis dans les Clés et que voua les devet i et en jouir. Celle prclenlion est si nouvelle que jamais un Vice-Aroirsl, Lieutenant ycuëral , ni aucun officier géucral , ne l'a prétendu jojii , le pouvoir et les fonctions de l'Amiral clanl renfermés personne , et ne se coiumunicanl point à aucim des officiers, i
C'était pour s'affranchir de l'obéissance qu'il devait au gouverna des possessions françaises en Amérique, que M. de Grancey v qu'onlui concédât les pouvoirs de l'Amiral. Quelle apparence y avait* il qu'on lui ferait une pareille concession, cl comment, homme d'esprit et de sens , ofQcier déjà ancien et qui devait bien connaître t'inslitulion de l'Amiraulé , osait-il demander ce qu'évidemment on devait lui refuser? L'amour-propre l'aveuglait étrangement. Surloules choses il se croyait supérieur à la régie. Écoutons M. Col — berl à propos du commerce interdit :
1 Sa Majesté est surprise que vous insistiez sur le fait du commerce ^^^
après (les défenses aussi expresses que colles qu'Elle a faites i tous les ofG
cicrs d'en faire aucun , el Elle croit que ces défenses regardent plulAt le ^^^ capitaines qui nut peu de naissance que vous. >
c les officiers /lien nés doivent porter assez haut I r propre dignité personnelle pour ne pas .
C'est-à-din senliraenl de leui comme des gens de peu el des roturiers, trafiquants de sucre d'indigo. L'observation générale renferme un reproche personn^E car le Ministre ajoute :
•1 Mais, en un mot, puisque cous avoues par TOt lettre* que -"- r^ faitet. Elle vous le défend expretiément. Elle a déjà fait arrêter cl eo«:^ quer toutes les marc h and i s es et les appoinlemenls iIcs sieurs de I.ar^^
UARtNE DU XVII' SIÈCLE.
' de La Clocbeterie et chevalier de Bcaujcu, qiii
I défeoses , et Elle cassera lous les orGciers qui eu
ne trouve point qu'il contienue 8u bien <le son Et
I DDE habitation dans les Iles , et ainsi Elle veut qui
en avoienl fait, contre ses feront aucun... Sa Majesté Tviieque vous ayez acheté ! vous vous en dëfassiez. ■
Lft lettre de M. Colbcrt dut offenser sensiblement le Cliof d'escadre , qne cependant on ne frappait point quand on frappait des inférieurs coupables d'une faute relativement moins grande. M. Col~ bert aur.tit certainement sévi contre le marquis, mais le Roi croyait
^ devoir tjardcr des ména<;fmenls avec la maison de Grancey , qui par elle-même et par ses alliances avait un pied solidement établi à la Cour, il frappait en bas , n'osant pas trop frapper en haut, et pcnlait que la peine infligée À trois simples capitaines avertirait les oUicicrs inférieurs aussi bien que cent qui étaient placés à la lète deja
I marine. Louis XIV ne voulait pas s'aliéner la haute noblesse ; il ne louffrait pas les infractions commises par elle à ses ordres , il l'en reprenait; mais, si absolu qu'il fût, si jaloux qu'il se montrât de son pouvoir, il endurait sans les punir les infractions qui étalent du fait d'hommes placés haut dans la classe dus gentilshommes. Quelquefois même , il se montrait d'une grande indulgence pour les fautes bitea par des agents qui tenaient peu ou ne tenaient pas du tout à Ib noblesse. Nous l'avons fait remarquer déjà , Louis XIV et M.'Colbert n'étaient guère obéis, et, désobéis, ils réprimaadaienl^plus qu'ils ne frappaient.
Dans le temps que se passaient les choses que nous venons de mentionner, le projet d'une «grande entreprise était soumis au Roi par M. le comte d'Eslrées , qui s'ennuyait de l'inaction à laquelle il se 'voyait condamné, aucun armement important n'étant prévu pour une action contre les Hollandais dans les mers du Ponant, et M. de "Vivonne ayant la direction de l'afTairc de Sicile où le Vice-Amiral ne pouvait avoir un râle. Lu Vice-Amiral exposa par des lettres au Roi <}u'il était possible d'aller attaquer les Hollandais dans leurs établissements de la côte d'Afrique cl des lies de l'Amérique, et qu'une «scadre de quelques vaisseaux, pourvue de troupes de débarquement, suffirait un succès d'une entreprise utile h la France et gloxicuse pour les ormes du Roi. Louis XIV goûta l'idée de M, d'Estrées, «t d'autant plus qu'on apprenait de Hollande que les Etats-Généraui Avaient envoyé en Amérique une escadre de huit vaisseaux, sous les
.e Siie
ordres du commandeur Jacob Binckes, pour attaqi Içlaces où flottait le pavillon de France. Le Roi, dit M.
les ville:
STfl AHHAHAU DU QUBSNE.
à propos lie ce projet , « assura le comte d'Estrées qu'il contribuerait 1' à le Tuirc réussir, en lui donnant quatre vaisseaux armés de 50 ca- >> nons el quatre frégates de 30 , que ce dernier devait armer à "Jraii; le nombre de soldais aussi entretenus par l'ariualeur deïi •> s'élever à sept cents , et élre commandés par des officiers de la <■ marine payés par le Roi pour ce voyage. Ces sortes d'armements 1 en course de compte et demi , étaient alors assez fréqueufs , et le n Roi partageait d'ordinaire les prises avee les armateurs. " {Hiat. de la Marine, t. 3, ch. 15, p. 407.) M. Henri Martin, abrégeant passage deM. Ëu<]éne Siie, dit : ^ Le Vice-Amiral d'Estrées dernant 'I su Roi huit vaisseaux de trente à cinquante canons el se chargea yi les imiter et de les entretenir à ses frais, moyennant moitié dam «prises. Ces sortes d'armements intermédiaires entre la marîi e royale et la marine corsaire étaient assez fréquents, mats snr . moindre échelle. . [Hist: de France, 1847, t. 15. p. 378.)
De l'assertion de M. E, fitle, acceptée par M. Henri Martin, ilrési qnc M. d'Estrées arma et équipa k ses frais huit navires de guerre, et, avec cette force navale, alla, en corsaire, chercher les Hollandais, dont les dépouilles devaient être partagées /mit moitii entre le Roi, qui prétait les vaisseaux, et le Vice-Amiral, qui les menait à ta guGrr«,i « ces sortes d'armements étant alors assez fréqocnts « . Les cboM ne se passèrent pas ainsi; on va le voir.
Louis \IV, de l'avis de M. Colbert, décida qu'on armerai! escadre de sept vaisseaux, destinée aux iles, et conduite par M. comte d'Estrées. Le Vice-Amiral proposait d'armer à ses frais aux frais d'une compagnie qu'il formerait, — quatre vaisseaux qin' feraient la course contre les Hollandais. Ces navires seraient prêtés par le Roi et les résultats de la course seraient partagés suivant les prescriptions des ordonnances , qui n'étaient pas , et ne furent jamais, comme l'a cru M. Eugène Sue , le partage par moitié. Louis XIV, du camp de Sebourg, écrivit, le 1" mai, à M. d'Estrées :
Roi ayant permis au aieiir comte d'Estrées, Vice-Amiral dé \T qoBlrc de ses vaisseaux de guerre pour courre EUi aux vaisscBUi cniieaiis el faire telle entreprise qu'il estimera ban 0tre. el voulant en conslilcralion du zèle qu'il fait paroilrc en toutes choses pour le bien de son service le dispenser du paiement du tiers des prises qu'il pourra faire avec lesdits vaisaeaui, qui ^eroit diï i Sa MajcEl^, eiK coDscqijcncc du règlement du 5 octobre 1G74, elle lui a acrordé et faîK don du tiers desdites prises , à la réserve toutefois du dixième apparlenan'V a M. le comte de Verniaadois, Amiral de France, aux droits duquel
et le
tfùr. ^^
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Roi,
France en Ponant,
MARtNE DU XVIJo SIÈCLK. 877
f Sa Majesté u' entend pu préjudkier, Hc, * (Arch. de la Marine, Ordres du Soi, 16-76, fol. 113 ï°'.)
M. d't'slrées ne d^tvait donc rien rendre de ses bénéHces au Roi , qui lui prétail gracieusemenl quatre vaisseaux; il ne devait que le dixiàme du revenu des prises à M. l'Amiral. C'était fort cnGOura<|eanl et il semblait à Louis \IV que le don du tiers était de nature à décider les porlionnnires — comme on nommait autrefois les preneurs de parts dans les armements. — Pourquoi il arriva que la compa^ie . si elle se forma , ne se conslitua que lentement et lard , el que les fonds se firent attendre , c'est ce qu'aucun document n'a pu nous apprendre. Ce que nous voyons , c'est la « liste des vais- V seaux que le Roi a permis au sieur comte d'Estrées d'armer au port » et arsenal de Brest « ; la voici : " du deuxième rang , le Glorieux ; du troisième rang, le Prince; Aa cinquième rang, l'-^rrojanî el le Tourbillon. Brulôt : le l'oilé ; âcoTL barques longues. " L'armement particulier paraît avoir rencontré des obstacles sérieux dès le coni-
f 1 Le 4 mira 1678, la Cour ^tadl 1 Oadeiiard« . kI madame de Monlujiin, que t ma terticB tllachiit i ta Reins, itint ia TojkgD, aaui bien que U. de Seignolay, qui toit k la mile dn Roi, la belle marquiie demanda i ton rofil arnanl l'il conieDlirail ni hii prêter un lai'iiptn qu'elle armerait i lei Fraïi ponr courir >u> aai Kipagnela el ■ni Hoilindaii, dont les naiiret inqniéUieat Itn mirchandi franfiii. Louii XIV n'agail rien i refuier 1 madame Pranjoiie-Alhi^nali de Hochechouarl-ltlorlBinarl . qui allait pour la geconde fais le rendra père. (Elle aiît su mande, le 6 jain 1678, un Gli, le comte de Toalouie , qui eut la charge d'Amiral de France et lertit tort bien en cette ^alité.) Four donner utiaraelion i ce qu'ailleun aoui avoni nommé une ■ eniie de femme groesa • . M. de Seiguetaf, par ordre du Roi, écriiit i ion père, priant qu'on cboiitt, parmi l«i vaiueaui que Sa Uajeilé ponrrail prêter, le meilleur el le plui CDDvenible pour la roune. M. Colbert demanda qui ferait la drpenie de rarn]emont, H. de Seignclaj ajanl oublié de le lui. dire. On héiilo entre le Saliit SUfriipte, le jrmire et le ComU, et en di^Gnitiie il fnt contenu que ce dernier aeniîl !e vaiiiean lur leqnel nistlraienl une portion do leur rortnne madame do Monleipan et madame U camieue de Soiiioni, que la marqniie vnulait bien aiioeier i aon entrcpriie. Le groi H. de La Hatte-Genonillé, capitaine de laituan. d'une famille poileiioe. fut choiii |Mr madame de Monleipan pour commander la CoeUi. L'armement marcha aiec nne lenletir qui dut contrarier la ravarîte; enfin il était prêt loraque la paii rompit le projet qui avait occupé agrcablcmenl lea loîiira de la favorite. Lei leltrei qui menlionnent cette petite affaire ne disent point à quelles condition! te Roi l'Dj.naciaït. par ta prfl d'on de lei caiiieani, i, nteidamea do Monleipan et de Soiitons; il eat «•rlaiu que cei conditiooi Tarent celles qui, conformément à l'nsa.ige, donnaient snr lu prîtes un dïtitma i l'Amiral el nn tiera du reile an Roi ; il est probable que 'fm, Uajealé ne fnt pu moini gènérause ponr les deni armateuri fémlnioi qu'elle ne fifiil été pour M. d'Ettréoi. et qa'elle fit A cei dames l'abandon de ton droit du tien. ~'ojei Arch. do la Marine, vol. dei aulograpbea de MM. Colbert el de Saigai!la|>, IflTN, 11 man. cl notre Diaiomaàt erilùiut, p. 8S7.;
mencement, Celui âes vaisseaux que M, le comte d'Estrées devait coin mander et conduire aux tics marcha aussi avec une lenteur qui impatienta M. Colbert et que le Roi hâta par ses lettres sans le faire avancer beaucoup. Le II aoilt 167ti, le Ministre écrivait au Vi Amiral :
réjouisse avec vous des occasions que service coDsidérable par le commande- [] envoie ducs les Iles de l'Amévous dire que si vous joigniez an
u Vous voulez bien que je s donne de lui rendre ment de l'escadre de riquc... Je ne puis pas ni'em
valBseaui du Roi les quatre que vous faisiez étal d'armer ou nu moios pai^ lie , ce seroit assurément un service agréable et considérable qui vous rendroil encore plus certain le succès de tout ce que vous entreprendrez. * (Arch. de la Marine , Dépêches , 1676.)
C'est la première fois que M. Colbert propose à M. d'Estiées joindre à l'escadre du Roi l'escadre indépendante des quatre vaî** seaux qu'il " faisait étal » d'nrmcr et qui devaient faire la course ensemble, ou deux par deux, ou seuls. Le 12 août 1676, M. Colbert u de sa main <' écriiil au comte d'EsIrées ces instructioDS , qui li furent immédiatement expédiées ;
u Le sieur comte d'Eslrées doit être informé que les Hollaodois envoyé une escadre de huit vaisseaux, sous le cou mandement du Vi Amiral Binkfs (("^i po"r Binckes), daus les Iles d'Amérique pour attaquer celle de Cajcnne et ensuite toutes celles qui sont sous l'obéissance e Sa Majesté, et que, par les avis qu'Elle a reçus, ils ont pris celle de
qui
n celle de Marie s portent que le marquis de
Cayrune qui a été très-mal défendue, et o
Galaude qu'ils ont pillée,
Granccy, Clief d'escadre, qui commande deux i
attaqués et qu'il leur a désemparé trois vaisseaux , eu sorte qu'il n'j a pas
beaucoup d'apparence qu'ils aient fait 'd'autres progrès,
n Néanmoins, comme Sa Majesté oc veut pas que lesdits HoUandoii oient aucun avantage sur ses armes dans les pays les plus éloignés , non plus que daus ceux qui sont plus proches de sa personne. Elle a résolu d'envoyer dans les Iles une escadre de bons vaisseaux sous le commandement dudil sieur comte d'Eslrées pour les chasser des lieux qu'ils ont oc<:upés et faire même quelqu'cntreprise sur eux. Pour cet effet, Sa Majesté donne ses ordres à Brest pour armer les vaisseaux le Précieux et VOriJtamme, et aux vaisseaux le Laurier et le Soleil d'AJrique de s'y rendre promplcment pour y être cDreonés de nouveau, pour prcudce des vivres et être joints aux deux premiers, et, en même temps, Elle donne ses ordres au comte de Blénac, qui commande les vaisseaux le Fendonx, V Intrépide et le iWarjuii, de se rendre à Belle-Ile , le 8 ou 10 du mois prochain, pour se joindre à la même escadre, en sorte qu'en partant des poi
UAItlNE DU XVII' SifeCLR. Ï79
ne, eHe sera c<>ni|roGi!e de sepi bons vitisseaux, et lonqu'i'lle iDs les Iles (l'Amérique, le comlo d'EsIrces y trouvera encore le vaisseau le Fort , commande par le marquis de Grancey , les Jeux, par La Cafiniére, le GatanI, par Moalortie, et ÏÉmerillon, par La Piogerie, qui
composeront iioe escadre de tait pas deux petites Trégatcs cadre de M. de Grancey) ; "
1 Friponne
outre cela, i
r les vaineaux qu'il ar
(M. Colbert n la Fte, qui étaient de l'esledrl comte d'EsIrécs élotl en t proposé au Roi d'armer en
itatdemtUre tn n
courte, 00 quelqu'un d'eux, il pourroil encore s'en Sfrvjr pour le service de Sa Uajest<!... Sa Majesté veut qu'il aille d'abord eu celle (l'ile) de Caycnnc et qu'il fasse tous ses efforts pour l'attaquer el pour U reprendre et la remettre aous l'obcisEance de Sa Majesté, n (Arch. de la Mariue, Ordres du Roi, 1676.)
Le22août,M. Colbert n'avait aucune nouvelle de l'armement particulier du Vice-Amiral, et, dans une lettre qu'il lui écrivait ce jour-là, il lui disait :
" J'altendii votre réponse sur l'armement des vaisseau» que vous avei proposé de l'aire et qui seront utilement joints à ceux que Sit Majesté fait grmer. Je crois que «i vous le pouvez, c'est uu moyen de faire quelque ^«bûse d'agréable à Sa Majesté. »
;■ A cela, M. d'Estrées répondit qu'il itieltrait on mer Irois vaisseaux JO pièces de canon, et H, Colbert, le 27 août, lui accusant ption de sa lettre , lui dit :
lye/ pris la résolution de
z promis d'nrmer à vos
IWe ne doute pas qu'avec ce renfort vous ne fassiez quelque
(traordinaire pour le bien de son service ; Elle estimeroit qu'il
fussent de 40 à
■ Le Ri mettre fro
vaudroit
50 pièces de c
a mettre trois de 30. "
Le Marqiti», le Fendant et l'Intrépide, qui étaient dans la Charente, obéirent auï ordres envoyés parM. Colbert à M. de Dcmuin, et descendirent la rivière pour aller à Itclle-llc. Le pilote de Vfntrépide jeta ce vaisseau sur un danger, par négligence ou pour n'avoir pas été bien obéi par l'équipage. Il fallait travailler à le relever et l'opération demandait un certain temps. M. de BIcnac, capitaine du Fendant, eut ordre de la Cour de partir avec le Marquis; Xlnlrépide devait le rejoindre s'il était promptement relevé; un autre vaisseau prendrait sa place dans l'escadre, si les réparations nécessitées par t'échonagc étaient considérables cl enlrainaient une longue perte de . Le chevalier de Benujeu n'était pas à son bord lorsque l'/n-
i80 ABRAHAM DU QUESNE.
trépide descendit la rivière. Son Lieutenant et l'enseigne du vaisseau comme leur capitaine avaient couché à terre et ne s'étaient pas hàlé .de se rendre à leur poste, un moment oil le vaisseau démarrait du quai de Rochefort. Le Roi ordonna que les trois ol^cicrs fussent n mis au > conseil de guerre » . AI. de Beaujeu fut enfermé dans une prison delà Rochelle, et cassé (âOaoAt 1G76) pour avoir contrevenu au règlement qui défendait au\ capilaînes et officiers de coucher hors de leurs navires. Cependant, Vlnliépide fut promptement renfloué (remis i flot) et réparé. Allait-on se passer de M. de fieaujeu, ofBcier distingué, qui d'ailleurs ayant fait un équipage un peu à dépens , comme il arrivait alors , avait droit de faire la carapaj M. CoEbert obtint du Roi la grâce du capitaine.
Le 28 août, l'ordre fut envoyé de Paris de le délivrer de la prison. On le " rétablit " dans son grade , mais non dans son commandement. V Inlrèptde îvi donné à M. Louis Gabarct, qui remboursa probablement au chevalier de Beaujeu ce que celui-ci avait dépensé pour la formation de son équipage et la levée de ses soldats, et pour ses provisions de campagne. La leçon était sévère , mais absolument nécessaire. Coucher hors du bord , soit qu'on fAt dans les poi soit que les vaisseaux fussent dans les rades, était une mau habitude , qu'on ne parvenait pas à faire perdre aux officiers avertissements des intendants, échos des ordres émanés du Minisli n'y pouvaient rien. La discipline s'établissait bien lentement !
M. d'Estrées, ayant examiné les vaisseaux, demanda que le rieux fât substitué Â XOriflamme; la Cour permit ce chang< (28 août 1676).
M. Colherl, à ce moment, ne se dissimulait pas que M. d'Esti n'était pas et ne serait point en mesure de satisfaire à l'offre qu'il avait faite d'armer quatre ou seulement trois ou deux vaisseaux; aussi lui écrivit-il de la part de Louis XIV ; m
Il Mnnsieur le comte d'Estrées ne peut rien faire de pins agr£ablàj| Sa Majeili! que d'armer de son cbef quelques vaisseaux pour joindreV cenxqu'EUe a mis «ous son commandemcpt , suivant la proposition tpi'i] a ci-devant fdile, mais comme il en encore plut imporlanl de faire diligence. Sa Majeitè ne veut point qu'il entreprenne cet armement qu'en tat qu'il puisse être aassitùl prêt que celui des taitieaux de Sa MajetU. (Arcii.dela Alarinc , Ordres du Roi, H)16, 38 août.)
La forme était polie; mais, en termes obligeants, on disait ■ comte d'Estrées ; " Nous n'avons jamais compté sur votre armemen
oITi-
nié IIARINE DU XVII" SIÈCLE. 181
■B depuis Iroîs mois; nous voua dégageons de voire promesse. Occu- ■ pez-vous des vnisscaux du Roi que vous devez commander, et faites • dilii^encf pour prendre la mer le plus tôt possible. " Diins quelques Ictlrea à M. de Demuin , M. Colberl presse le départ de l'escadre d'Amérique.
Le IG sepleitjbro 1G76 , il adresse à M. d'Estrées ce court billet :
<■ Le Roi m'ordonne de vous faire savoir que , par les iivis reçus « de Hollande ces jours derniers, les États veulent faire un grand 1 effort pour maintenir le posle de Caycnne et y porter un ijrand « nombre d'Iiommes pour rnugmentation de cette colonie, de sorte V qu'il est de la dernière conséquence pour son service que vous parti liez , sans perdre un moment de temps. «
De l'armement particulier du Vice-Amiral , pas un mol. Jusqu'au moment du départ de l'escadre, aucune allusion à ce projel ne se remarque dans la correspondance du Minislre avec M. d'Estrées ou avec l'Intendant du port de Bresl.
Voilà donc bien établi un fait : M. le comte d'Estrées proposa d'armer en course quatre vaisseaux; le Rot accepta sa proposition. On l'engagea à joindre son armement particulier à l'armement fait par l'Étal ; on lui demanda son dernier mot à ce aujcl ; il répondit qa'Il roumirait trois vaisseaux , et , ea déGnitive , il n'en fournit ni trots ni un. Qui l'empêcha de mettre à exécution la pensée généreuse qu'il avait eue et donl la réalisation aurait été aux yeux du Roi une preuve de dévouement dont Sa Majesté aurait lenu un grand Compte? Nous l'ignorons.
M. leVice-AmlfalfitvoiledelaradedeBrest.le 6 oc lob rc 167G, ■vec sept vaisseaux — et non pas huit, comme l'a cru M. Eug. Sue. — Voici leurs noms : l' le Glorieux, de 60 canons et de trois cent cinquante bommes d'équipage, capitaine en second, M. de Méricour, M. d'Estrées comptant comme premier capitaine. M. de Grund-Fontainc était embarqué sur le Vaisseau Amiral , comme troisième capitnice; 2" le Précieux, de 52 canons et Irois cents hommes d'équipage, premier capitaine, \l. Panclié , démonté de l'Or^amme auquel on avait préféré le Glorieux, second capitaine, M. de Mascarany, capilaine de la promotion du 4 janvier 167G; 3° Vlntrépide, de 50 canons, capilaine, M. Louis Gaharct-, 4° le Fendant, de 5i canons, capitaine, le comte de Blénac, capilaine en second, M. de Villiers d'O, de la promotion du 4 janvier 1676; 5° le Marquis, de 46 canons, capitaine, M. de Lézine, aussi do la promotion du 4 jan-
i83 ABRAHAM DU QUESNE.
vier; 6* le Soleil d'Afrique, de 30 canons, capitaine, M. de La 1
7° te Laurier, irt^ale, capitaine, M. de Machaull-Belmont '.
Bien que lu récit des évcnenicnts qui se passèrent en Amérique nous force à devancer l'ordre des temps . auquel, autant que noua le pouvons , nous nous efForçons de rester lidèle , suivons M. le comte d'EsIrccs qu'un nenl favorable emporte cl qui arrive, — nous supprimons des incidculs de route tout ù fait sans intérêt , — qui arrive A l'anBc de Miret (trois lieues de Caycune) , le 17 décembre 167(>. (Rapport de M. d'Estrées, 21 janvier 1677; Arch. de [a Marine, Campagnes.) Le Vice-Amiral ne perd point de temps. Il rient d'apprendre que le fort de Caycnne a été mis en état de résister à une puissante attaque, défendu qu'il est par des palissades et surtout perdes canons, an nombre de 26 ou 27; il sait par les derniers avis qu'il s recueillis, en quittant la France, qu'une escadre est partie ou va partir des ports de la Hollande pour se rendre eu Amérique; il lui fuul donc veiller du câté de la mer, en attaquant à lu fois par mer et par terre la forteresse qu'il s'agit de réduire. Il ordonne à cinq des plus grands vaisseauï de rester mouillés sur la rade de Miret , igarde avancée destinée à combattre l'escadre ennemie li, pendant l'attaque du fort, elle se présente avec l'intention de prendre les Français entre deux feui. M. Louis Cabaret commande celte force navale. De huit cents hommes environ , matelots et soldais, on fait deui troupes de débarquement, qui, par des chemina différents , et soutenus par ie feu du Laurier, du Soleil d'Afrique, de lu Fée et de la Friponne, navires d'un faible tirant d'eau qui vont s'établir devant le fort, y doivent attaquer la place et l'assaillir s'il en est besoin. Le premier corps est placé sous le commandement de M. de Blénac; il sa tétc doit marcher H. d'Estrées. M. Panetié, secondé par M. de Grand-Fontaine, a sous ses ordres le second corps. Le lî) décembre, le Vice-Amiral envoie sommer le gouverneur hollandais de se rendre. Il a chargé de cette mission le chevalier Lofévre de Léiy ', Ancien commandant de Cayenne pour la France,
t DtaïUliitoqa'iliiloDiHvasiuureicompouDlcct «rnwiDBnl, U. d'Htmecourl ■ Mroplë le GaUnl, qui éUil idi tl«. comme nou< l'ippnnd l'intUDClioa ennij*» pir U. ColbCTt 1 U. dEriTHi (l« aoù( lfl'6). Li liite d«f itiMMni inicriti la ■aha* dft Ordrgt dn Rai, 1676, 1 b ibl* do li loAl. ne iioinmr point le Gtlma, ina «Uc nooinw )c Lmaritr. qoF U. d'IUmecoarl rrnipUra pu l« Galtal. (Airfa. de 1> Uiriac, RiMin it U Utri*,, ils.)
> H. da titj Mtit trin de U. Lrfètn de Li TUm. pr^dccetiear de U. de B Uh «( d* la lem ttnar d'Anêrï^B.
oonb'oiDt , lors de l'allaque faile par les HolIaodaiE , au commcncemeot de l'année, de céder la place il l'Amiral. Binckcs, ù qui il n'a pu opposer que deuï ceci cinquante soldais, garnison insigniflanle, qui se pouvait rien contre le nombre considérable d'hommes par lesquels il était menacé. Cayenne avait été " très-mal défendue - , avait écrit, comme on l'a vu, M. Colbcrt h M. d'Estrées ; le reproche était injuste assurément, mais il convenait au Roi de le faire, afin d'exciter l'émuliition de ceuï qu'il envoyait à Cayenne et qui , plus Dombreux que les soldats de M. de Lézy, relaient encore bien peu, ■i l'on devait trouver dans la place et autour de Cayenne un corps de défense de deux ou trois mille hommes.
On ajourne au 21 décembre , entre le coucher du soleil et le lever d£ la lune , « justement dans sou plein " , le mouvement d'agression. Chacun, la nuit faite, a le temps de gagner son poste. Au moment dont on est convenu et à un signal donné, les troupes s'ébranlent, entourent le fort , et les quatre vaisseaux ouvrent leur feu , pour faire nne diversion. L'entrain est tel et la vigueur si grande de tous cùtés , . I que les travaux sont tous emportés en moins d'une demi^eure. > (Relation citée.)
Ce coup de main glorieux, que n'éclairèrent point les premières clartés de la lune, obscurcies par la pluie, coûta assez cher. On Compta quatre-vingt-quinze soldats ou matelots blessés, dont une quinzaine atleinls mortellement. Trente-huit matelots ou soldats furent tués sur la place, ainsi qu'un volontaire et un garde de la narine. M. Panelié reçut une balle de mousquet qui lui brisa la mâchoire ; le comte de Blénac fut légèrement louché à la cuisse ; II. de Grand-Kontaine fut blessé au bras. Il s'était fait porter en '^baise à la tête du second corps , parce qu'il avait un pied malade ; tuais un de ses porteurs ayant été tué d'une mousquctade, il mit pied à terre et acheva lu journée , comme le plus valide des combattants. Deux lieutenants, trois enseignes, un garde de la marine et i'écrivain de la Fee reçurent des blessures plus ou moins sérieuses. M. de Lézy fit prisonnier le gouverneur. Ce bonheur lui était bien dû ! Il en partagea l'honneur avec M. de La Mîliniére-Poyer, lieutenant de vaisseau , chargé d'une attaque avec le chevalier de Lézy , qui avait voulu servir comme volontaire. On avait pris la revanche de M. de Lézy que le Vîcc-Amiral réinstalla à son ancien poste en lui donnant une garnison respectable. Les prisonniers hollandais furent dispersés sur les vaisseaux de l'escadre, et l'on alla cher-
■ÎH ABRAHAM OV QUKSN'E.
cher ]& MarlÎDique. où tous les navires, à l'esception du Fendant, mauvais voilier, el d'uo petit bâtimenl chargé <le prisonDierg , ruoaillèrentles 19 ef 20 janvier 1677.
M. d'Eslrées arrivait à la MartJDiquc qudques jours après U mort de H. de Baas , à qui on ordre de la Cour avait enjoint de foni^ nir au Vîce-Amîral , s'il les demandait , quelques compn,';ni«i des bataillons des îles, pour le reste de son expédiliou. Le comte d'Estrées se munit de cereafortet, le 12f^vrier 1677, leva l'ancre pour ge diriger vers Tabago , où les Hollandais s'étaient forleracnt établis. Son voyage fut de huit jours. Le 20 février, en approchant de l'Ile, il aperçut l'escadre hollandaise mouillée dam le port de Taba,^o et fort prés déterre, de telle sorte que les vaisseaux avaient des communications très-faciles avec la forteresse, protection pour la ville. Le conseil de guerre décida que les troupes de débarquement seraient mises sur le rivage et qu'au moment où elles s'avanceraient vers les ouvrages, défenses avancées de la place, l'escadre françaiie commencerait le combat avec les vaisseaux dn Viee-Amîral Binckes. Le combat eut lieu , le 3 mars, plus glorieux qu'heureux.
L'entrée du port, très-difUcilc, donnait de grandes inquiétudes aux capitaines. On était sans pilotes du lieu; le hasard en amena un. C'était un Hollandais pris par une chaloupe française et qui promit d'entrer les vaisseaux de M. d'Kstrées, à condition qu'on lui rendrait la liberté après l'affaire. 11 tint parole. Sans doute on le relâcha quand le combat fut 6ni; mais, traître à son pays, que devint-il?
Les vaisseaux allèrent se placer, autant qu'ils le purent , en face des vaisseaux ennemis. \.' Intrépide , qui avait pénétré le premier dans le port et avait trouvé sous ses fonds une roche malencontreuse, s'était dégagé et avait été prendre un poste , près des Armes de Leyde; le Marquix, commandé par M. de Lézinc, alla à son tour à un navire qu'il aborda; le Glorieux, sur lequel était M. d'Estrées, s'adressa au Gonlre-.lmiral de la flotte hollandaise; le Précieux, mené par M. de Mascarany , son second capitaine , M. Panetié étant^^ i terre, suivit le Ghrieuxcl prit une part importante au combat qa<^fut long et bien rendu des deux côtés. L'issue en fut terrible. M. l.nu.'^ ^ ■ Gabarel , blessé d'abord , fut tué ensuite ' ; M. d'EsIrées reçut de^.^
?t oracie
la. h K
T loill 1677, k lil™ de HtalificiU rrra. (Arrh. de II WxTint. Tulia 38 i». Amenda ie la Mirine, mus^^ relié CD miroqnin lui irmei de U. Cotberl. L» srticlet inicri\, st igcnda MDt en gBDénl de lamaiadc U. deScisneli]; quelqnii^,^^ n do ion fht.)
, M77 UARINE DU XVII' SIÈCLE. igi
blessures à. la léto, mais le mal ne fut pas graod; M. Hcrouard àe La Piogerie fui tué à lerre; H. de Graud-Fonlaine eut un brus casEC; M. de Méricourful blessé par des éclats de bois. Ce qu'il y mt d effroyable , ce fut lo spectacle que préscula le port de Taba;{0, deux heures oprî^s te coiniDencemcut de l'attaque. Le feu ayant pris 1 vaisseau hollaudais que le Glorieux tenait sous ses grappins , 1 oelui-ci St tous ses efforts pour s'eu éloigner ; il n'y parvint qu'à inoi- ' lié, et le Hollandais, sautant en l'air, le couvrit, et aussi tout ce qui Tentourail, de débris euftanimés. L'incendie se déclara à bord du Glorieux, se propagea, et bientôt l'/nfr^/nt/e et lo lUar^uM furent atteints et consumés ainsi que sept vaisseaux bollandais. Au milieu de cette conûagralion , ou ne son<jea point à éteindre le feu ; cbacun pensa à ■on propre salul, Les capitaines quittèrent leurs vaisseaux, sans souci de leurs équipages, qui manquaient d'embarcations pour se sauver. M. d'Ëstrées lui-même donna l'exemple d'uue fuite que l'bisloire lui reproche. On ne s'était pas fuit encore uu devoir et un point d'honneur, quand on commandait un vaisseau , de tout préparcrpour le sauvetage des blessés et des valides , et de rester le dernier à bord , sauf à se jeter à la mer au dernier moment. 11 faut dire que chaque vaisseau , n'ayant qu'une ou deux chaloupes , il était difficile de préserver la vie de tous les gens épargnés par le mousquet et la mitraille. Les embarcations des vaisseaux qui n'avaient été engagés que de loin se prêtèrent fort peu au sauvetage des hommes des vaisseaux embrasés ; la chaloupe du Soleil d'Afrique y mit cependant un grand zélé. Le Précieux , dont un boulet avait coupé le câble , étant allé à la câtc, U. d'Estrées ordonna â M. de Mascarany d'y mettre le feu ; il se rendit k son bord pour obéir à cet ordre , mais il trouva tous les blesséi), armés do pistolets et le menaçant de le tuer s'il approchait sa torche d'une partie quelconque du vaisseau. Il fut obligé de Taire retraite et gagna le bord dn Galant. Le Précieux fut brûlé par les Hollandais '.
Ceux des vaisseaux français qui s'étaient introduits dans le port de Tabago et avaient combattu de loin , ne pouvant combattre de près , envoyèrent mouiller des ancres à jet pour se huler dehors en se louant. Cette manœuvre ne dura pus moins de trois jours, les vai»-
' Sur 11110 liile àa vaiuuut fren^alt eiiaUnl aa cammeacfraral de l'inn^o iSTT. liiti qDJ le Iruuto CD léle du vuruniu 1" det lelirei toçue< par U. CûltHjrl relie Mii^l>(Bibl. KbI.. Ms.), uit lil, a cdic de cbtcua ilui iionii ilu Glontux, dol'/nlripidt, du PrieiHU «t du Starqmi, celli Dole ds la main de U. da Seigaeiij ; • Péry i • TllwgD, le 3' man lflT7. t
IH ABBAHiDI DU QL'ESM.
scaui répondant au feu de la forteresse et recevant des projectiles qui leur tuaient du monde. On travailla ensuite à embarquer les troupes, et l'on alla à la Grenade porteries blessés. Tabago était manqué pour cette ibis; tomberait-il à une seconde attaque? Nous en verrous l'événemeiit. Disons , en uttendont , que le Vice-Amiral , ayant fait rembarquer ses troupes, que ne suivirent point les HoUaadais dans leur retraite, fit voile vers la CreDadc, où il laissa ceux de ses blessés qu'il ne pouvait point ramener en France, leur état étant trop ^rave, H. Colbert avait envoyé te vaisseau le Brillanl et une flûte porter an comte d'Ëstrées un renfort de deux cents hommes d'infanterie : cette troupe fut mise sur le Laurier, qui la transporta k Cayenne, d'où elle devait aller ruiner les colonies de Prouage et de Viapogno. Le comte laissa alors les choses dans cette situation et, de la Martinique , s'achemina vers l'Europe , emmenant les vaisseaui XÈmerillon, le Soleil d'Afrique, le Fendant et le Galant. 1! espérait certainement que le Boi voudrait lui donner les moyens de venir aux fins entrevues par la politique de Sa Majesté. L'escadre arriva à Brest en juillet 1G77 , et M. d'Ëstrées se rendit tout de suite à U Cour.
1= Rétrogradons d'un pas et reportons-nous au mois de mai 1678, pour mentionner une ordonnance rendue ce jour-là sûr les st; de reconnaissance à échanger entre vaisseaux français se renconi à la mer. En voici l'article important :
B Sa Majesté ayant élë inrormi^e que plusieurs des vaisseaux apparlo- Dont à ses enneniLS prennent le pavillon blanc pour éviter d't^lre pris par le» vaisseaux de gnerre de Sa Uajestc , et pciur pouvoir impunémciit naviijDer sur les rfltes du royaume cl courre sus aux voisteaut appartenant k ses gnjels... Sa Majesté vent et ordonne que lorsqu'un ou plusieurs vaisseaux de guerre servant à la garde-cdle du royaume ou à l'escorte des vaisscaui marchands, rencontreront en mer des vaisseaux arm^s en guerre, ils meltpnt deux flamme* blanthrs aux deux eilrêitùt^ de la vergue d'artimon, auquel signal il sera répondu par l'auire vaisseau en diferlant U pmillon dt poupe et mettant une flamme au mât de mtaine... > (ArcL, U Marine. Ordres du Roi, 1676, fol. 132.)
Cette ordonnance, faite en vue des vaisseans qui escoHaioii^ les côtes les flottes marchandes, fut observée par les navires convoyeurs des bâtiments du commerce jusqu'au détroit de Gibraltar, et par ceux qui accompagnaient an large les bâtiments allant à Terre- Neuve ou aux Antilles. La vergue d'artimon, à chaque extrémité laquelle on devait mettre une flamme blanche , n'était pas alors si
Il It
pendue, comme elle l'est aujourd'hui, en arrière du mât d'arliiiion où elle s'allaclie parun racca<jG , el autour duquel elle tourne au moyen d'un croissant , s'clançaDl ainsi sur la poupe comme une corne (d'où elle a pris son nom moderne) ; c'étuil une anteime de galère, suS' pendue h l'un des côtes du mât par un système de cordage dont le point d'attache était au capelage des haubans d'artimon. Un tiers de sa lon<]ncnr allait à l'avant et s'abaissait presque jusqu'au pont dn château d'arrière ; ce tiers était soutenu par une balancine qui lui pemicllail de prendre la position horizontale, mouvement favorisé par le poids des deux tiers de la vergue qui étaient en arrière du mât et dont la halancine était lâchée quand on halait sur l'autre. C'est â chacun des houts de l'antenne rendue horizontale ou h pen près que devaient être mises les doux Hammes blanches en question. Quant au pavillon de poupe, on sait qu'il se hissait â un bâton planté an milieu de ta poupe et derrière le mât d'artimon sur le plat bord du navire. Pendant la navi<]alioii , il était ordinairement ran<[é dans une armoire de la tîmonnerie; on ne la mettait an vent que lorsqu'on rencontrait des navires auxquels on voulait faire connaître sa Dationalilé. Nous demandons pardon pour ces explications techniques :]uc comprendront très-bien les personnes familières avec les choses ie la marine, mais que nous aurions voulu rendre plus claires pour celles qui n'en ont pas fait leur étude. Au reste, que veuillent bien nous permettre nos lecteurs de les renvoyer â notre Archéologie navale et à notre Glossaire nautique, où des figures tracées par un excellent dessinateur de marine aident â l'intelUjence de définitions loujours difficiles à rendre claires. Et maintenant, niions à Toulon, iù nous trouverons Abraham Du Quesne qui devait se préparer à retourner A Messine.
W xviii.
ti'ordre était parti de la Cour pour Toulon d'armer deux petites escadres, l'une de trois vaisseuui, sous le commandement du chevalier de Valbelle, l'autre de linq vaisseaux, mise sous les ordres de Du Quesne. Les deux nrmcmenls marchèrent de ce pas lent qui désolait M. Colbert cl auquel il ne put jamais trouver un remède. Du Quesne n"était pas â Toulon nu commencement de l'année 1677. Après avoir cherché les Espagnols, qu'il n'avait pu rencontrer, 11 avait obtenu de M. de Vivonnc la permission de retourner à Toulon
aïcc le Saml-Esprit et quelques autres vaisseaui, trois desquels étaient fort endommagés. La ilotle cspa<jnole lui avait échappé ; elle avait été dispersée par la tempête. Deux navires de cette Armada avaient péri sur les Formiijues ; un autre s'était réfugié ii Porto-Laii% J gonc. ËD passant devant ce port pour se rendre en Provence, Dtt* Quesne y avait laissé quelques navires chargés de le bloquer. I^M-Tl épaves des bâtiments naufragés aux Fornitgues , les canons étaient;,'! les seules qu'on aurait voulu recueillir. Un certain Martin les avait) J repâchés et se les était appropriés; \l. Colbert trouva le procéd^^r attentatoire aux droits du Itoi , à qui revenaient les débris de vais- J seaux ennemis perdus surunccétc qu'on re<iardait comme françaiH,(fl Le Ministre Gt réclamer les canons, ordounant à M. de Rouillé,i; Intendant de Provence, de se les faire rendre « par autorité » disant à M. Arnoul : -^ Eu cas que ce Martin se conduise bien et lef » rende ponctuellement, j'obtiendrai pour lui une gratiGcatton do^l 0 Roi. » C'était bien la moindre chose, ou en conviendra! M. Col«; bert avait mis sa griffe de lion sur les cauons tirés des carcasses esp»-:* gnôles 1 Martin ne put la soulever. Il fut obligé de se retirer devant les menaces du Ministre ; eut-il, au moins, la grulilicalion promise? Nous ne savons. La marine gagna à peu de frais viugt-huit bonnes pièces, dont la voleur n'élait pus minime. J
Le Itoi avait voulu que Du tjuesne, à. son prochain voyage d^ Toulon à Messine, montât un vaisseau neuf, le Rut/al-Loais, tris-^ beau navire, commencé en 1668, achevé en 1G60, et qui n'avait pas encore été armé. Du Quesne préférait monter le Monarçue; mais on espérait l'amener à céder sur ce point au désir du prince. Louis XIV voulait faire voir aux nations maritimes le plus magnifique et le plus grand de ses bâtiments de guerre, corps de la capacité dfl 2,400 tonncaui, combattant arme de tSO canons. En attendant que Du Quesne se décidât, — et il mettait lit son insistance ordinaire, — M. Jean Cabaret fut chargé de préparer l'armement du RoyaU Loait. Il présida nu travail et à la levée des soldats, » pour en » rendre compte n à Du Quesne à son arrivée k Toulon. (Lettre de M. Gabaretà M. Colbert, Toulon, 19 février 167T.} 1! avaitfalla faire un soufflage à ce vaisseau qui avait coûté tant de soins et d'argent , et qui , sous le rapport de la stabilité , avait trompé les eip^ rances de son constructeur. Ce soufflage était presque achevé a milieu de janvier 1677. (M. Arnoul à M. Colbert, 18 janvier^ Bibliothèque Nationale, Ms.)
UAItlNK Di; XVII' SIÈCLE. iK9
Du QucsuG n'étuit pas coulent et se plaignait. Ses lettres étaient
chB{)rines et d'un ton qui cboquoit M. Colbcrl, ce que le Ministre
s'appliquait à lui dissimuler. On avait annoncé au vainqueur de M. de
Ruyter que Sa Majesté lui u ferait connaitre la satisfaction qu'Ellc
> recevait des deux belles actions « qu'il avait faîtes dans la campa;{ne de l(iT6 (U. Ccilbert à Du Ouesne, 30 mai 16713), et il ne voyait rien venir, après dix mois d'attente ; il ne voyait point venir non plus l'argent de sa pension ordinaire de deux mille livres et celui de sa |iensiou extraordinaire. Ses appointements même et sa table étaient m souffrance, et it faisait entendre que, père de famille et peu ricbe, il éprouvait une vive contrariété de ce retard, intermédiaire naturel entre le Ministre et son mari, madame Du Qucsnc alla solliciter M. Colbert, qui , au moins pour une partie de la dette de l'Etat envers le Lieutenant général, lui donna satisfaction. U lui fit payer ses appointements de IG7t>elsa pension extraordinaire de 5,U00 livres, par ordre du mois de janvier 1677. (Lettre à Du Quesnc, 2S avril J677; Ordres du Roi, Marine, folio 143.) Le 1» janvier, M. Colbert avait écrit à Du Quesnu, alors en Sicile, une lettre dont nous CStrajona ce paragraphe :
>• Je crois que madame Du Quesne vous fera savoir l'entretien que * j'ai eu avec elle sur ce qui rcijarde vos avantages et ceux de votre ■ famille, pour vous et pour vos eufans, et je puis vous assurer que » Sa Majesté a été fâchée que la consitliralioa de votre religion, pour a laquelle vous savez qu'il est nécessaire qu'elle oit toujours des égards w particuliers, l'ail empêchée de vous procurer de plus grands avan- 9 tagei ; mais j'espère bien que, par quelque nouvelle action écla- ,n tante que le commandement des armées du [toi vous donnera lieu de k« faire, vous forcerez ces égards et justifierez les avanlajjes que vous » pouvez désirer, et que Sa Majesté vous accordera. Je puis vous
> assurer qu'en mon particulier je soubaitc fort que cela soit et que p vous me donoiei bientôt les moyens de vous en faire mes compli-
» ments. n (Arch. de la Marine, Ordres du Roi, 1677, folio 5.)
U n'est pas bien difficile de se représenter, dans la scène que nous tait entrevoir le passage delà lettre du 1" janvier 1(377, les deux perunnages qui y figurèrent. D'un cùté, madame Du Quesne, d'abord solliciteuse que relient le respect; puis fière, réclamant au nom des services de son mûri les récompenses auxquelles il lui semble qu'il a droit, et que d'ailleurs ou lui a comme promises ; puis enfin, proteslutte, repoussant avec di;]uilé l'objccliou de la religion du Lieutenant
190 ABRAHAM DK QUKSNE. IflTT
général qui vicnl d'honorer sod nom el les armes du Roi. De l'antre côté, calme, Troid, mais bon et parlant sur le ton de l'aniilié en même temps que sur celui qui convient à un Ministre de Louis XIV, M. Colbert cherchant à calmer madame Du Quesne, lui promettant d'abord de faire payer tout de suite à son mari ce qui lui est dil, et dans peu de temps, par avance, sa pension ordinaire de 2,000 livres, ses appointements et sa table des huit premiei^ mois de l'année qui commence; puis, abordant la délicate question religieuse, qui n'est pas traitée pour la première fois entre M. Colberl et l'itluslre oflicier, ce que ne peut ignorer madame Du Quesne, nous le voyons cherchant h lui persuader que, dans l'inlén;! de sa famille tout entière, elle doit faire ses efforts pour amener le père de ses quatre fils à se rendre au désir qu'a le Roi de le voir entrer dans le sein de rÉfjlise romaine.
La conversation laisse, du reste, un espoir à Du Quesne, quant â lu conquête des avantages qu'il peut di^sirer et que Sa Majesté lui accordera. Qu'il fasse u quelque nouvelle action éclatante n , et il forcera les éfjardi particuliers qu'a le Roi au chapitre de la religion. Madame Du Quesne connaît trop son mûri pour croire qu'elle la fera céder sur un point aussi arrêté que celui de ses crojances. Elle est d'ailleurs la personne la moins propre au rôle que lut donne M. Colbert; catholique qui abjura pour épouser un calviniste, comment pourra-t-eile proposer à Du Quesne de quitter Genève pour Borne? Elle dut probablement sortir mécontente du cabinet du Ministre, tout-puissanl, hors sur un chef où. il n'avait pat l'espoir de voir céder le Roi. Si la nouvelle occasion ne se préscDlalt pas. Du Quesne étnit condamné à rester ce qu'il était au I" ja vier 1677. Fléchirait-il Louis XIV? Il n'y avait pas apparence qu'il' y parvint. Ce que Louis XIV voulait, en certaines matières, il le voulait fortement. Il ne contraignait pas encore les protestants ; il négociait, pour ainsi dire, avec eux. Il n'avait pas refusé, en 1675, le bàlon de Maréchal à M. Armand-Frédéric de Schfinberg, hujju not convaincu, qui le Gt bien voir dix- ans après; Du Quesne ne pouvait-il pas espérer une récompense qu'avait obtenue son coreli-^ gionnaire ? Il n'était pas d'ailleurs assez modeste pour se croire indigne-, d'une distinction que, pour des services moins anciens et moins éclatants que les siens, il avait vu venir à M. de Vîvonne.
M&is était-ce au bâton qu'était sa visée? Quand dans ses lettres il parle des grâces qu'il espère, il le fait en termes }{énérani. il est
'ton UARINE DU XVII' SIËCLE. asi
use dignité à laquelle il peut bien prétendre , à laquelle il prétend , croyoDs-Dous , sans en avoir parlé dans sa correspondance avec U. Colbert. La marine du Levant est devenue considérable, el le Roi n'a pas encore créé la charge de Vice-Amiral de France en Levant. Il est difficile de croire que Louis XIV et M. Colbert n'y •ieni pas songé. Si la création a lieu, au bénélice de qui pourrait-elle l'être, sinon k celui du Lieutenant général, doyen des capitaines et premier des Chefs d'escadre , qui a eu l'honneur de se mesurer dcui bis avec le plus renommé des officiers de la mer et le bonheur de le vaincre? Sa religion doit être un obstacle, il le sent bien ; mais puisqu'on lui parle d'une nouvelle acttqn éclatante qui contraindrait k Roi à lui accorder les avantages qu'il désire , tout n'est pas perdu. Raisonnable au fond, ce raisonnement ne le rassurait pas. Quand Toccasion se présenterait-elle? Les Hollandais avaient vidé la Méditerranée, el les Espagnols naviguaient avec la précaution de gens qui ne cherchaient pas les mauvaises aventures. On parlait bien d'un refroidissement entre la France et l'Angleterre ; mais il ne paraissait pu vraisemblable qu'on se jetdl dans une guerre contre l'Angleterre quand on était à Messine et qu'on allait y envoyer de nouveaux secours. Étonné, encité peut-être, Du Quesne ne fut pas assez maître de lui pour se contenir et ne pas répondre à la lettre de M, Colbert. — Nous n'avons pas cette réponse. — II était arrivé a Toulon vers les derniers jours de février 1677 ; M. Colbert lui écrivit, le 9 mars, deux lettres : la première , d'un Ministre , la seconde , d'un ami ; lisons l'une et l'autre ;
■ Hon fils n'dlant pai à présent auprès du Roi, j'ai tu, par la lettre que
as lui avez écrite par le sieur de Vsuvrd, tout ce que voua avei fait
-jepuif votre déport de Messine, el tous les ordres que vous avez donnés
aui de Sa Majesté que vous avez laisses en mer n (à Porlo-Lon- 3one et aux Formigues). u J'cspcrois que vous Irouveriei: dans voire route les huit vaisseani espagnols qui ont embarqué des troupes à Finale » (sur la cale de Gènes) u pour passer à Païenne, et qne vous rendriez un grand service au Roi. Hais il faut se consoler si cela n'est pas arrivé de celle sorte, puisrjue, de la manière que vous m'écrivez, les Espagnols pro&Ieronl aussi peu cl des vaisseaux et des bommos; mais il euroîl été plus glorieux pour le Roi el pour vous que vous eussiez pu les rencontrer. . . Sur ce que vous me témoignez désirer monter le Monarque, je dois vous dire que le Koi a toujours voulu que vous montassiez, la première campagne i (que va faire ce naiire) , u le Royal-Louû, Sa Majesté voulant que vous lui Aoatest son asaietle, el savoir de vous de quelle qualité est ce grand vaisseau ;
cas que, lorsque vous serez à Messine, M. le duc de Vîvoiine
>sa
ABRAHAM DU QUBSNE.
veaille monler le Roijal-Louia , vous {luurrcz eaiu dillicullc Monarque... n
A la seconde lellre maintenant :
b Iti VOUS éctie ce mol en particulier pour vous dire que j'ai été surprit de soir l'article de votre lettre , écrit de votre main. Comme je suis persuadé que c'est l'fffit d'une chaleur mat digérée, et que vous savei bien b^e toutes les lettres di
s eiaclemeal ai
a remettri
[ i lire cet article à Sa Majesté jusqu'à co que vous ayei fait réfleiioo et e reçu réponse k celle-ci.
H Je suis néanmoins bien aise de vous dire que il vous abandonnti eatUrtment, et pour r:ous et pour roirt famille, lei itrvieeique tout ares rendus, et particulièrement ce que vous avez fait depuis un an ou dii-huit mois, dont Sa Majesté a ténioi^d être satisfaite, il n'j s point de chemin plus court pour cela que celui du style dont vous vous icrvcz, parée que le Roi ne le touffrira pat, et îrèt-terlaineoient vaut prendra au vous aies en état de recueillir le fruit de vus services, je suis bien abe dfvous procurer encore le temps de revoir cette lettre et de me faire répoi pour digérer davantage une proposition aussi eitr aordi noire , et est aussi prcjudiciable que celle-là. Je pousserai même jusqu'à qu'il n'y a point d'homme qui ait un peu de sens qui approuve cette résolution ni qui puisse Jtredc votre avis; et, par lu part que je prends en ce qui vous loiicbe, je serois bien aise auparavant votre réponse que vous ajei profité de mes avis. - (Arch. de laMarine, Dépêches, 16TT, folio 67.)
ni<ine et paternel , cela est à merveille. Du Quesue, emporté par ie mécontentement et cédant à un mouvement de son esprit irritable et, il faut le dire, justement irrité, car il avait quelque droit de considérer ce qui lui arrivait comme une méconnaissance de ce qui élatl dû à ses services passés et à ses actions récentes, avait demandé la permission de se retirer tout à fait ou avait menacé de prendre ce bien extrême parti. Foriement attaché à ses intérêts , Du Qucsne dut vite éprouver le regret d'avoir obéi h, la colère ; mats obstiné et Nor- maud , qui portait haut le sentiment de la Herté, il n'osa pas revei tout de suite sur sa résolution. Cependant il connaissait les Colbert3 il espérait qu'ils lui ouvriraient une large voie au retour. Il ne s'él« pas trompe. Averti par M. Colbcrt le père, qui estimait l'offic pour ses grands mérites et aimait l'bomme malgré les défauts de s caractère , il ne se dédit pas tout de suite on ne voulut pas avoir l'ai de se dédire. Il réfléchit, mit en balance son intérêt et sa dignité envisagea l'avenir de ses enfants, qu'il allait priver d'un appui dont ils avaient besoin ; car aucun d'eux n'était de force à prendre de lai- . même uu brillant essor i déchu du rang qu'il tenait du premier c
« df ^^
UARINE DU XVn< SIÈCLE. 393
taioe de la marine, il se vil perdu dans le pêle-iiiéle des citoyens obscurs de Dieppe ou de Paris; son orgueil se révolla alors, el, le 19 avril, il se décida à écrire à M. de Sci<pielaf une IcUro donl noua ne connaissons les termes que par la réponse de celui-ci :
■ An camp devanl Cambrai , 28 mars 1677. — Monsieur, j'ai reçu Is letlre que vous m'avei i^crile de Toulon, en Jate du 19" d« ce mois, et je suis bien aise de voir, par ce que vous écrivez , que le congé que voui demandtes par la lellre à laquelle taon père tout a fait réponse, ne fut que pour venir représenter au Roi fim tertieet et pour obtenir de Sa MaitMli ta yrâee que vous lui aurie: demandée eniutle de» rombal» que voué ave: rm-
dut dans Ici tnert de Sidle ;
mais co
mme il est eilrémement i]
n portant nue
le vaisseau le Royal-Lùuii, qui doit peiser à Messine, premiers jour» dudit mois.
que la meilleure manière d de sa honlé est de presser 1 élat d'obtenir dEUe par de
que ïoi
au moi*
edeman e départ
IS devez c 1 d'avril, ulez bien der au R< desdîts t
ommander. et tout le convoi partent dans les huit ou dix que je vous dise que je crois ai la grâce que voua attendez ■aisseaoi et de vous mettre en s ce que m seule nAisoN di
VOTU RKLIGION l'a EUPfCHË DE VOUS
ce sera j'y prendrai toute la part qui a toute l'estime pour vous que von deiaUariue, Dépêches, IG77. fol.
Q VOUS devez attendre d'un ig mërilez et qui est, etc.
que lorsque 1 homme qui » (Archives
Cette lettre n'était point propre à satisfaire Du Quesne. L'obstacle que, par sa lettre du I" janvier, M. Colbert avait dressé devant lui, en lui offrant le moyen très-hypothétique de le tourner, M. de Seignelay le lui montrait de nouveau , en lui indiquant le même moyen de le vaincre. C'élail désolant ! Du Quesne ne voulait point se ruiner, comme on disait; il n'entendait pas acheter les avantagea qu'on lui marchandait, au prix d'un sacriGcequi engageait sa conscience. Un tel marché lui semblait indigne de lui. Il était protestant sincère , — nous le jugeons à sa résistance ; — il tenait aux principes dons lesquels il avait été élevé; il y tenait par respect pour la mémoire de sa mère et de son père , et probablement aussi par le souvenir des humiliations qu'avait snpportées son grand-père, genlilbomme déclassé , qui avait dû prendre pour vivre un état manuel et se réfugier dans un village , alin de se soustraire aux fureurs de la guerre civile et religieuse. Quoi qu'il en soit, se convertir, c'était faire un acte qui répugnait à sa loyauté. Si Louis XIV était bien décidé & exiger une conversion, il était bien résolu à ne pas lui obéir. Il croyait que, pour un sujet tel que lui, le souverain pouvait bien faire une exception à la règle qu'il s'était prescrite. Mais tout cela le
ta* AHR,1HA\I DU Ql'ESKB.
lourm^nlait , l'agitait, et il érrisait A M. Colberl des
dont une, apparemment plus marquée du sceau d'une douleur prn-
fftnde.émut H. Colberl, chez qui la sensibilité n'était cependant pas
une qualité dominante. Le Ministre y répondit, le 28 arril 1677 :
u Je o'ay point fait réponse par le courrier qne j'ai diip^ché en Vnvence , à voire lettre du lO" de ce mois , ayant été trop pressé lorsque je le dépéchai.
<■ j'ay été touché de la manière que voui prenez lei choses qni vons ■ont écrites, J'ay vu toutes les lettres de mon fils qui ont passe ici ■> (Paria) ■ pour voua; mais quoique je ne puisse pas me ressouvenir des lermet auxquels ellea sont conçues, je puis vons dire néanmoins que s'il y en «voit eu une en de tels termes qu'ils eusEent pu vous dountr le chagrin que vous me lémoigcei. je l'aurois assu rém en I retenue et ne vous l'anroia pas euvoydc. ><
Cela n'est-il pas très-bon, venant d'un homme comme M. Colbert? Le Minisire a raison -, les termes d'aucune des lettres adressées de la Cour à Du Quesne et qui sont — en fort petit nombre — dana le registre des dépêches , et dans celui des Ordres du Roi, du I "janvier au 28 avril 1677 , ne sont de nature à chagriner celui pour qui elles furent écrites; ils sont toujours folis et n'ont rien qui puisse froisser une eusceptihililé même excessive. Mais Du Qucsnc souffraii, et l'on ne pouvait pas exiger qu'il restât dans la juste mesure pour ses récriminations. M. Colbert essayait de le calmer :
" Ce que je puis vous dire, sur les plaintes que voua Tailea , consiste en ce que vous avez élé payé de vos appoinlemenla jusqu'à la fin de l'unnée 167(î, de voire pension extraordinaire » {5.000 liv.) " par ordre du mois de janvier dernier, et j'ay donné l'ordre , depuis peu , de vous payer lotre pension ordinaire de 2,000 livres et vos appointements et table des huit premiers mois de celle année. Ainsi, je crois que vous devez être soulagé de loul le chnariu que vous avez sur ces pointa, qui , en vérité , ne valent pas la peine de vous eu donner, mais seulement colle d'en écrire du mot ou d'en mi^llre un article dans ime de vos lettres et vous auriez iti salisralt aussilât. »
M. Colbert en parle bien A son aise. II sait pourtant qne la question d'argent eit de celles qui préoccupent toujours Du Quesne.
■ Sor uns liitc dei lettrei écrite! i IT. de Seignela;, liila Tiite pour ce Sccrétun d'État, si i|iii le IrODTe duii le volntne 1'^' cle> laltrci tdmiiea i M. Colbert pcndanl l'inncc 1677 (BIU. Nat., Vt>.), nom lajoiii iQdiquéei d<n lellrei d« Du Quêtas lui daUs des 30 min, 3 il G acril ; U Icllre du 10 avril, dout parle M. Colbert dini h dcp^chi! qu'on va lira, n'«l point meDliannte. Noùt l'aioni
1877 MABI\E DU SVII' SIECLE. Î85
D'autre pnrt, mieux que personne, le MiuUtre commit l'irrcgularilé des pnyements , qui force tout le monde à solliciter, comme grâces difGciles à obtenir, les ordonnances pour le payement des choscadues :
I Quant QUI gra un cation I, pourvu que vous; vouliez vous donner un peu de patience et vous confier en la conaidëralion que vos services mëriteiit, peut-être trouverez- von s qne vous n'avez pas ^lé oublia. Pour le snrpins, Diellei-vouB l'esprit en repos, s'il est possible; attribue: à la imie raison de votre religion le ilifaul d'élévation dont vont TOn$ plaigniez.,, r
Encore la reli<iiau! M. Cotbert conDuissait Du Quesne opiniâtre I enr ce sujet, et il ne devait guère concevoir l'espérance de le voir changer, a Le défaut d'élévation ! < Du Quesne avait donc laissé entrevoir où allaient ses désirs? Qu'avait-il demandé? Ai;ail-il spécifié? Probablement, il s'en était tenu à l'allusion, car M. Colbert ne parle ni de Vice-Amirauté ni de Maréclialal. M. Colbcrl en revient toujours A la mâme recommandation pour l'avenir :
II Faites en sorte que , par on service considérable dnni vous Ironvrrex assex d'occasions dans celle guerre, vous portiez le Roi i passer à votre égard par-dessna celte raison, rommeSa MajeMti l'a fait à l'égard d'àutrei de votre religion... n
Nous avons cité M. de Scli&nberg fait Maréchal; nous pouvons cher H. de Ruvîgny toujours bien en Cour; eldans la marine, M. le marquis de Vitlette, à qui les romm an déments de vaisseaux sont toujours accordés, et M. Job Forant, à qui l'on ne manque pas de confier les croisières sur les côtes. On aurait pu très-bien ne pas porter sur l'état ces deus capitaines ; on les y parlait cependant , malgré In considération de leur religion. Sans doute on les engageait à se convertirau catholicisme, maison ne les pressait pas beaucoup. Us n'eurent A la vérilé, l'un et l'autre, des commissions de Chef d'escadre qu'après leurrénnion; mais aucune action d'éclat n'élait venue forcer la main au Koi à leur égard.
La lettre de M. Colbert no se bornait pas aux choses qui touchaient particulièrement à l'intérèl privé de Du Quesne. Le Ministre recommandait de nouveau au futur capitaine du Royal-Loain de ne pas perdre un instant et , comme il le lui avait dit le 10 avrif, de ne s'arrêter uàaucunc dilDcultc '^ , de " les surmonter toutes, en prenaut toutes sortes d'expédients , même les plus difficiles , quand même ils se tronvcroieot contre votre sens ^ . La longue cpilre du 10 avril ' finissait ainsi :
« Je dots vous dire " (sur le fail des radoubs, des agrès, des arme-
ments et équipages des l'estime que j'ai pour v( un peu plut facile que xa je vous ai déjà ccril par <lire qu'il est difficile qu'
ABtlAHAM DU QUE5NE.
1STT
je dois vous dire , aveo la liberté qafl me donne , que rouj rfews rou» rendre l'etpHt ig l'aret. Je vous répéterai sur ce point ce que lettre que vous avpz re^uc à Messine, c'est-àétre agréable au Roi , après s'être appliqué
Bcpt ans conliniiellemeDl à rétablir sa marine , et à rechercher et découvrir avec aoin tout ce qui se passe dans les pajB cirangcrs snr une malière aonsi importante , tachant mime arec ies certitude» riellei que ta marine de toit royaume est dam un point plu» par/ait, tant comparaiton, que toute* ecllet det payt étranger» , il ne peut jamais, dis-je, être agréable à Sa Majeilé, et à ceii\ uui ont l'honniuh de lu SKavtn dant eelU fonction, de la voir traiter d'une si grande ignorance et de très-grandn fautes et omissions presque dans toutes vos lettres.
ti Vous (tes Fort à louer de la vouloir plus parfaite qu'elle n'est et la perler dans un degré de perfection; mais il faut rous pertuader que te dernier degré de la perfeetion eti dij!eile et peut-être même impossible, que voni devez vous contenter de l'état auquel elle est, et donner ro) ar^ii tar ce qwi pourroit être fait de plut. Vouipourei croire, lorsque je me réiout direees ehotei, que te nepeut élre que pour rolre satisfaction et vos laget.x (Arch. do la Marine, Dépfcbes 1677, fol. 97.)
De toutes les recommaDdalions faites ù Du Qiiesnc, la pli quemment renouvelée était de faàter les armements auxquels mettait la main. M. Colbert de Tcrron lui reprochait d' " aimerla ports -1 (M.TerronàM. Colbert, 23 septembre 1669,); le reproche devait avoir quelque chose de fondé; mais peut-être Du Queanfl avait41 une excuse dans ce désir de perfection que reprenait en lui le Ministre, tout en le louant d'en être possédé. Quand il armait nu vaisseau pour lui, il demandait les meilleurs canons, le meilleur filin pour ses câbles et ses a<{rès, les manœuvres les mieux mises et faites du meilleur chanvre , les voiles taillées dans les m«I leures toiles noyales et autres; il voulait toujours écrémer; quoi plus naturel? Quel officier n'ii pas eu les mêmes désirs , ne les a pai exprimés et n'en a pas poursuivi Ira réalisation? Sans doute ses égaux et ses inférieurs se montraient en général plus accommodants qn'il ne l'était Iui-m£me sur cet article; mais son amour-propre allait montrer un vaisseau beau , très-beau , et comme il se sentait rieur à tous par son ancienneté, sa réputation bien établie, et 1' time qu'on avait pour lui, il pesait surles Intendants jusqu'à s (^ rendre importun. Il n'obtenait pas tout ce qu'il prétendait avoir le droit d'obtenir; mais il emportait quelquefois de haute lutte les chose* qu'on lui avait refusées d'abord. 11 se plaignait à M. Colbert, s
S9g ABRAHAM DU OUESKE.
■ qui ne peuvent être connus que par lui, il ne peul s'empùeher de a les découvrir, d'autant plus qu'nyant fait tous ses efforts pour les a faire toucher au doi^t au sieur Arnoul, celui-ci l'a toujours évité, a Il ajoute : « Comme il arrive presque toujours qu'on presse les s armements, qui ne peuvent aller si vite à cause de la négli.^ence
■ de ceuK qui servent dans les ports, " il ne peut s'empêcher de s'en plaindre, afin de se disculper de ce retardement. (Analyse de la lettre de Du Qucsne , dans le recueil des lettres rcçnes par M. Colbert : Bibl. Nat., Ms. L'original manque à la collection. En marge du passage que nous venons de transcrire, M. Colbert mit de sa main : "Il faut lut/ escrire kontiestentent sur cet article ^^ .) DuQuesne, quaul à ce qui touche à des appointements , écrit : u Comme le commis " du Trésorier de la Marine dit qu'il n'a point d'ordre de payer les >> appointemens et table du capitaine de mon vaisseau, ce qui est
■ CI tra ordinaire et contraire au rfiglement du 12 février 1672, et 1 que je crois que c'est une erreur qui o été faite . je n'ai pas voulu D recevoir les appointements des huit premiers mois de celte année, « et je laisse à Toulon des quittances pour les toucher, lorsque cette > erreur sera rélahlie. " Voilà une chose à laquelle on ne s'attendait pos ! ^ Au commencement de sa lettre, Du Quesne vante fort le RoyaULouii et dît que u plusieurs seigneurs anglois qui éloient à n Montpellier » {venus apparemment de celte ville à Toulon), u en •> ont admiré la beauté et la grandeur " . ( Eu marge , de la main de M. Colbert : « 11 faut lire ceci au Roi. " ) Du Quesne, revenant à la fin de sa lettre, sur ce que M. Colbert lui écrivit le I" janvier 1677, et à quoi il n'avait pas répondu, <• rend grâces de tout ce qui lui a n été écrit et dit à madame Du Quesne, sa femme, concernant la • récompense de ses services et les intérêts de sa famille -, et évitant toute allusion à ce qui touche la religion , il ajoute qu'il s H confiance en la bonté du Itoi et en ce que Sa Majesté lui a fait >■ l'honneur de lui promettre, et qu'il attend les marques iT/ionneur « auxquelles il peut prétendre ■> .
Cependant l'armement des vaisseaux qui devaient former le convoï. mis sous les ordres de Du Qitesnc n'avançait guère. M. Arnoulman — quait de chanvre et disait à M. Colbert que, quand même il en aurait , le convoi ne pourrait partir avant le 20 mai. Là-dessus, M. Colbert se fâchait sérieusement (8 mai) ; .M. Arnoul répondait que <• le convoi » ne tarderoit pas à partir • -, à quoi le Ministre répliquait : " Vous n me dites seulement que le convoi ne tardera pas, comme n' /'u-'is
100 ABRAHAM DU QUESKE. IBTT
coutures sont mal remplies d'éloupe et mal recouvertes par le brai, qui l'en averlira? Les Souverains et les Minisires ne vont dans les ports que pour louer, encourager, récompenser. Eal-il jamais sorti de leur visite une amélioration sérieuse? Noua u' affirmons pas que leur présence ail été absolument inutile ; mais nous ne connaissons pas une réforme qui eu ait été la conséquence immédiate. Nous ne savons pas tout, à la vérité, et, nous devons le déclarer, nous serions désolé d'être injuste,
— Pendant que M. Colberl s'occupait des intérêts de Du Quesne.lni donnait des conseils que le Lieutenant général n'était pas très-disposé à suivre, et, sur certaines parties du service, des avertissements dont it avait beaucoup de peine à tenir compte, le Ministre aimait à lui marquer toujours sa confiance pour tout ce qui était du métier, que Du Quesue embrassait dans son ensemble, et il lui écrivait de Dunkerque :
" Monsieur, le «leur de Seuil a fait Eçavoir que matire Hnbac n (on m sOQvicnt que Laurent HuLuc était lo maître (.'harpentier cODstriicleur des
eal) " est e
lislsnce qu'il doit y avoir
! 76 pièces qu'il bâtit, vu que, par le
; doit y avoir que 6 pieds el demi
entre les sabords c
règlement du 13 septembre 1673, i
de distance entre les sabords,
il trouve qu'ils sont trop proches les uns des autres, et qu'il propose de
les placer à 7 pieds et demi de dislance, Sa Majesté est bien aise de savoir
votre avis sur ce sujet auparavant que de lui faire coonollre ses instruc-
tions; prenez la peioe de m'eu envoyer un mémoire, aGn que j'en rende
compte. 7, (Arch. de la Marine, Drfpfiches, 1677, folio 116.)
Le Secrétaire d'État écrivait en même temps à M. de Seuîl d'attendre l'avis de Du Quesne. Quel fut-il? Nous n'avons pas trouvé cet avis dans les correspondances qui ont été conservées.
Le vaisseau la Couronne, dont nous avons parlé plus haut , avait un écarteraent considérable entre ses sabords. Le Père Foumier ( Hydrographie) le porte h onze pieds dans un endroit de son livre, Â douze ou treize pieds dans un autre passa<{e (liv. 3, cbap. 16) ; i) dit ; u An reste, je n'ai jamais vu que le vaisseau la Couronne OlL » cette distance fût gardée entre les sabords. i II ajoute aillears -^ « Les sabords doivent être dislans de 8 à 9 pieds les uni i - autres. » On voit qu'en 1677 l'usage était de mettre enbw chaque sabord six pieds et demi, et que maître llubac demam^ qu'on augmentât cette distance d'un pied. De notr« temps, fit lement moyen entre les sabords fut Gué à 7 pieds 5 pouceaSlj
put admirer, car la Qotle ne fil rien. M. de Vivonne avait eu la pensée d'aller s'emparer de Syracuse; oa auait fuit des préparatifs, et, le 2 juin, on se dirigeait du côté de cette ville. On s'arrêta à TaoT:^ mina pour régler la marche des navires , l'ordre d'attaque et H reste; mais tout d'ui) coup le MarécLal retourna à Messine. M. M marquis de Villette, parlant de cette affaire dans ses Mémoire*^ > s'exprime ainsi : u Une entreprise sur Syracuse fut un projet adml- > rable ; mais l'exécution y manqua. On perdit un beau jour, et le » lendemain, avec les apparences d'un temps peu propice à la oavin gatioQ des galères, on ubandonoa le plus beau dessein qu'on ait B jamais formé, n On devait relever la garnison d'Agosta, où M. de Cazcau, Lieutenant général des armées de terre, allait remplacer l'officier qui commandait cette place. On mit sur cinq vaisseiiut les troupes qui allaient occuper la ville et les postes environnants, et de ces navires le commandement fut donné à H. de Villette. En passant , le marquis fit voir de prés Keggio à M de Cazcau , qui avait envie d'en connailrc les dehors du côte de la mer. Les forleresset tirèrent sur l'escadre sans en offenser les navires, bien qu'ils passassent » ù la portée du mousquet » . Plus tard , M . de Villette alla croiser à l'ouvert du golfe de Venise ; il y |jt une prise richement chargée, que M. de Vivonne fit relâcher.
L'n conseil de guerre décida que le Henri, " foible d'échani K et déjoint " , serait désarmé à Messine. M. de Villette insista qu'on lui permit d'aller le désarmer à Toulon et de le changer poû \e Sans-Pareil. M. de Vivonne refusa; Du Quesne opina comme le Maréchal. Il ne voulait pas envoyer par M. de Villette ses dépêches à la Cour, persuadé que le Henri, nui c membres pourris, n'arrive- >< roit jamais eu France ». M. de Preuilly se rangea du côté ducapi' taine un peu téméraire qui répondait de sa ti^avcrsée, et M. de Vivonne céda. Le Henri, malgré un coup de vent qui cassa son beaupré, arriva à Toulon sans accidents autrement graves. M, Jean Cabaret, qui ramenait en Provence quinze vaisseaux, eut à souffrir pendant sa traversée de la tempête à laquelle échappait M. de Villette. En doublant le cap Corse, qu'il approcha de trop près, il compromit son escadre et faillit la perdre tout entière, perdit qu'un vaisseau, le Magnifique, que M. Gravier, taine, tout bon officier qu'il était, ne put porter suffiai large. Il périt sur les roches qui rendent dangereux es.) du Bonifacio. '
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A ce propos, M. de Villette dit :
u J'allai à la Cour, et j'cluis duia le cabinel de M. de Seignelay, qgsnd M. de Frerillei (le Meuteniiai daçtmte Uagnijlque), « envojè parM. G«- ^arel, apporta la Douvclle de la pprie de ce vaisscaii. M. de Scigiiclay me Gl coofîdeace de l'embarras aix il étoîl pour domier au Roi une si mauvaise nouvelle ; je lui dis qu'eu sa place je la porlerols comme bonue. — Et comnient? me dil-il? — En faisant, lui r^pondis-jc, remarquer à Sa Majeité le bonbevr d'atoir tauvi quatorze raiutaux dan» une oceation qui deeoit luitn couler quinse. M. de Sei'gnelaj' reçut cet avis atee joie et en profila. i>
Un Gascon n'ctît pas mieux trouvé que ce Normand,
Les vaisseaux qui avaient î-chuppé au naufrage revenaient à Toulon dans un ^lat d'autant plus mauvais qu'ils 6taienl partis affaiblis la plupart par l'â^c et le peu de soin qu'en avait eu M. Arnoul fils, chargé de veiller à leur conservation. M. Colbert, justement chagriné, mais qui devait garder à Toulon un Intendant incipérimonté et vaniteux, parce qu'il n'avait alors aucun sujet à qui remettre la succession de ce fonctionnaire, lui écrivait, le 20 octobre 1677 :
a L'orriui-e du Henri et le mauvais l'Ial auquel s'est trouva! ce vaisseau et mf^me tous les autres igui sont partis de Toulon et qui bouI sortis de dessous votre main depuis celte campaguc, vous onl fait sentir fortement les fautes que vous avez faites, et dont je vous ai si souvent averti. ■ (Dopâches, folio 352.)
Et six jours après :
a Quoique je vous aie ëeril bien fortement sur la conservation des val»' seoui du Roi, je vous avoue qu'en revoyant les lettres de M. le duc de Vivonne et de M. d'Oppède sur le mauvais étaX auquel se sont trouvés les vaisseaux le Magnanime, le Henri, le Florissant, et les autres, et sur ce qu'ils m'assurent l'un cl l'autre que le Roi croira pouvoir mettre en mer nne puissante armée navale, et qu'il n'aura point de vaisseaux , parce qu'ils tomberool tous de pourriture, je ne puis pas me dispenser de vous faire remarquer encore la grandeur de la faute que vous avez faite et vous dire que le cœur me saijgne de voir un trésor de cette qualité..,, entre lei mains d'un homme qui s'en soll acquitté aussi mal que vous avez fait... Comme je vous ai enioyé tous les fonds que vous ave/ demandés pour radouber les vaisseaux qui sont dans le port de Toulon, pendant l'été dernier, je veux que vous m'envoyiez un mémoire en détail, signé de vous, B de port et des iiiallres charpentiers , calfats et mSleurs , con- Ijbode que vous avez tenue pour les visiter tous, découvrir
Il cachés qiti n partie». I , « de f;iire
, et les ce mémoire
n très -grand
104 ABKAHAM Utl QU£SNK. 1677
soin, CD «orlo qu'ils puissent passer l'hiver sans êlre eo dommage s , el employé! toujours les derniers jours de chaque mois, depuis le mstiD jusqu'a^i soir, à faire ces visites... " (Dépêches, folio 371.)
On Goit dans quel embarras se trouvait M. Colberl. Assiir^meDl,. sur les radoubs et le bon entretien des vaisseaux, s'il avait pu donner à Du <Juesne une autorité incontestable, les choses auraient àlé beaucoup mieux. Mais tout ce qu'il pouvait faire, c'était de consulter le Lieutenant général et d'ordonner ensuite , cou séquem ment à ses avis, qui n'Étaient pas toujours acceptés par l'Intendant. Du Quesne, avec ses eii<iences, ses caprices, ses façons quelquefois désobligeantes, s'était aliéné bien des inférieurs et avait soulevé contre lui les Intendants, de qui l'autorité était supérieure à la sienne. Peutêtre que, s'il eût été Vice-Amiral de Levant, les frottements entre lui et les administrateurs supérieurs des ports auraient été plus doui. Mais Uu Quesne était arrivé à un âge où les défauts, loin de se corriger, s'aggravent. Difficile dans sa jeunesse, il était devenu plus difficile dans l'âge mûr, et la vieillesse, avec l'importance que lui donnaient sa position et l'émiuence de ses services, l'avait rendu presque intraitable. N'obéir à personne sans opposer une résistance plus ou moins vive ans ordres qu'il recevait, était cbez lui une habitude qu'on ne pouvait espérer de réformer. M. de Vivonne l'éprouvait. Du Quesne, qui d'abord avait assez bien vécu avec lui, en était venu à le contrarier à propos de toutes choses. Le Vice-Roi finit par se plaindre d'une situation qui ajoutait fort aux ennuis' qu'il avait d'autre part. M. Colbert jugea qu'il devait intervenir, dans l'intérêt de l'ordre et de la bonne harmonie; le 3 décembre 1617, il écrivit donc de Saint-Germain à ce terrible pointilleux :
, et l'en
« La part que je prends A tout ce qui vous de vous voir mcrilcr les gr&ces du Roi , par ud ncr autant de salisfacllon k Sa Majesté que lui qoe vous IdI ave» rendus , m'oblige de vous . Roi, par plusieurs endroits, que vous n'avci p de Vivonne toute la bonne iotellif[Fnce Décessai s'est passé des choses dans lesquelles vous ave chagrin. »
Il semble que Du Quesne aurait dû être moins mécontent qu'k.\
l'était. Au mois de septembre, il avait reçu du Roi une graliCt^^ "
de 12,000 livres, récompense bien méritée assurcmcnl, m&'t^ ""
sidérublc. Une certaine dclcnte s'était probablement l'aile (lny^ "'
que j u
conduite qui puisse dooen ont donné les services rertir qu'il est revenu ak, i conserve avec M. le di^ I pour le service, et qu^
témoigne un peu trop