HT
Voili (tes compliments, des niéita>[cnients qui veulent adoucir le blâme cl qui ne louclieroal pas plus Du Quesnr que ne ie touctienl les recommandations à lui adressées au nom de ses n propres intérêts « . Du Quesne est ainsi fait. On ne le corrij^ern point; on lai répète souvent que, difficile à vivre comme il l'est, s'il ne veut pas s'amender, il se nuira et mécontentera le Hoi si fort qu'il n'obtiendra jamais les hautes récompenses auxquelles il aspire. II comprendra peut-être que ce corps de reproches qu'on aniosse contre son caractère sera un obstacle entre lui et ce qu'il espère de la justice mais aussi de la boulé du Roi ; mais le naturel sera le plus fort , le caractère l'emportera snr la raison. H s'eicusero dans ses lettres, dira que les volontés du Koi et celles de W. Colbert lui sont sacrées, lettres emportées par le courrier, il retombera comme malgré Ii dans ses habitudes. M. Colbert et Louis XIV seront patients; ils a sidèrent Du Quesne , ils tiennent en haute estime le vainquenr dei ^ Hollandais, l'beureuï émule du très-illuslre M. de Huyter, mais ils voudraient I assouplir et ils le voient, presque au même moment, plier et résister. Le proleslant est inflexible; le Normand, courbé n instant ,'se redresse aussitôt.
= Laissons Du Quesne et remontons le long des côtes de Frai jusqu'à la hauteur de l'île d'OuessanI, où M, de Château- Renault a établi sa croisière avec une escadre ainsi composée : le Bwi, de 51 canons, monté par ce Chef d'escadre; le BoarSon, de 50, capitaine, le chevalier de Rosmadcc; le Duc, capitaine, le chevalier d Sourdis; le Hardi, de 31, capitaine, M. Job Forant; la Perle, gâte de 3^, capitaine, M. de Maison neuve ; la Trainpeme, capitain M. de Banville; la Subtile, capitaine, M. du Rivan-Huet. Le 12 jol Ict 1GT7, vers le matin, M. de Chàteau-Kcnaull, étant à vingt lia environ au large d'Uuessant, eut connaissance d'une escadre qui moi tait au Nord cl qui paraissait forte. Il manœuvra aussitôt pour l'approcher et reconnut qu'elle comptait trois <|ros vaisseaux de guerre, dont un, qui portail le signe du commandement, était de 66 pièces de canon. Avec ces vaisseaux étaient cinq navires de 40 et hoit flûtes armées, Ces seize bâtiments étaient hollandais, et l'on sut après l'affaire qu'ils étaient sous les ordres du capîlaine Tobjas, officier trèsesliniè de ses compatriotes. Ils revenaient de Smyrne.Bien qu'inférieur en nombre et en force, M. do Chitteau-Rcnaull ne balança pointa attaquer le Hollandais, qui le reçut bravement et en très-bon ordre. Le Chef d'escadre français avait l'avaulage du vent ; il laissa arriver tut
11177 UaniNB DU XVW SIÈCLK,
l'ennemi, cl de sa personne alla droil au capitaine Tohjas, qui évita un premier nbDrda,ie el fui asact habile et assez heureux pour en éviter cinq autres que le Bon Icutu contre lui. MM. de Sourdis, do Rosmadec et Forant secondèrent vaillamment leur <]énéral. Le combat fut long, avec des chances diverses. Les frégates françaises, pendant que U lutte était engagée entre les vaisseaux de guerre des deux nations, s'emparèrent de quatre Hôtes richement chargées. Deux des vaisseaux hollandais coulèrent après le corahat ; les autres, en Fort mauvais état, durent à la brume d'échapper i M. de Chàleau- Renanlt, qui les poursuivit, hien que privé de son petit mât de hune et ses maDŒuvres hachées par la mitraille. A ta fin le Bon rejoignît le Duc, qui avait été fort maltraité, et l'escadre ralliée se relira du champ de bataille pour se réparer. La Subtile accompagna les prises A Brest, où la nouvelle de cette rencontre fut accueillie avec transport. L'affaire du 1:2 juillet lit beaucoup d'honneur à M. de Château- Renault et ii ses capitaines; elle fut honorable pour le capitaine Thomas Tobyas, qui montra beaucoup de fermeté, et prouva qu'il savait bien manier un vaisseau. M. de Château- Renault continua sa croisière jusqu'aux premiers jours do mois de novembre, sans trouver une occasion nouvelle de combattre les Hollandais, mais ayant en la bonne fortune d'aider à rentrer dans leurs ports tous les pêcheurs terre-neu viens. Des lettres de contentement furent écrites de la part du Roi A M, de Chàteao-Renaull , à M. de Sourdis et k M. Forant, le 23 juillet 1677. M. Colbcrt disait au Chef d'escadre : B Votre gloire auroit été complète si le vaisseau que vous comman- ■ des eât été en état de suivre vos bonnes intentions et d'enlever le i> vaisseau du capitaine Tobyas ; mais j'espère que cet avantage vouB n est réservé pour la première occasion. » Le Ministre pressait le Chef d'escadre de chercher u les flottes marchandes des ennemis, » rien n'étant plus capable de faire connoltre aux HoUandoîs com- " bien il est contraire à leurs intérêts de continuer la guerre, et rien ' ne les pouvant détacher davantage des alliances qu'ils ont faites n contre Sa Majesté « .
Quant k M. de Sonrdis , en le félicitant de la part de gloire qu'il s'était acquise dans la journée du 12 juillet, M. Colbcrt l'engageait è ae hâter de mettre en état de partir promptement les vaisseaux qu'il devait conduire aux iles d'Amérique, en état aussi de tenir U mer pcudant une année entière. M. de Sourdis allait en effet se séparer de M. de Château-Renault, son bon camarade, pour aller
108 ABRAHAU DU QVBSKB.
(^joindre le pavillon de M. le comte d'Eslrécs. qui avait manque Tal)a<[o et à qui le Roi avait donné les moyens de s'en rendre maitre dans une seconde tentalivc, Le Vice-Amiral devait avoir sous ses ordres, dans les mers des Antilles, 1° le Tonnant, capilaine, M. de Grancey; 2° le Belliqueux, sous M. de Nesmond; 3° le Duc, sous M. de Sourdis; 4° le Prince, commandé par M. Saint-Aubin d'infreville; 5' VHercule, par M. de Flacourt; 6° le Bourbon, par M. Rosmadcc; T" ÏAlcijon, par M. d'Amblimont; 8° le Brtllant, M. de la Clocheterie; 9' VÉloile, par M. de Hontortie; 10° YÈmériUon, par M. du Drol; H" le Galant, capitaine, M. de la Vigerie; 1^ ie Vigilant , capitaine, M.Dcsnots; là' In &ùle \e Dromadaire, année en guerre et commandée par M. de la Harleloirc; 14* leTai^ dif, llûle, sous M- de Brevedent; 15° le Fougueux; 16° le DéJ seur; 17° le Coche, hôpital, capitaine, M. la Vilaine; enGn brûlots : le Serpent, le Brutal et la Maligne. M. d'Estrées mettait pavillon sur le Terrible, vaisseau du second ran<[. Il avait pour ci taine de pavillon un bon ofilcier, M. Nicolas Le Fèvre de Méricoi de Caen, cgui, au service de la mer depuis le 31 novembre 16t avait été fait capitaine de vaisseau le I" mars 1G~3.
Le comité d'Estrées , arrivé des îles d'Amérique à Brest, le 27 a< 1677, après l'insuccès de sa première compagne, était reparti le l*' octobre, et, en se rendant aux Antilles, avait pris ou ravagé les possessions qu'avaient les Hollandais sur lu côte d'Afrique. Au\ premiers jours de décembre, il était arrivé devant l'tle de Tabago. Il s'était hdlé de tout disposer pour l'attaque de la forteresse, et il l'avait fait en homme qui savait la guerre faite à terre. Le 12 décembre, tout étant prêt , la garnison du fort, qu'entouraient les troupes fri çais«s, commença le feu par une vive canonnade contre une bati qui riposta aussitôt. Aux canons répondirent les mortiers, et la aième bombe — bombe bcurcusc qui amena un dénodmetlt inattendu à ce moment — la troisième bombe tomba sur la poudrière qu'elle embrasa. L'effet de l'incendie fut horrible et prodigieux. L'Amiral Rinckes cl seize officiers qui élaient à dîner furent tués , ft cent cinquante soldats environ qui remplissaient leur ofCce en endroit furent brûlés ou mis en pièces. Tubago capitula, et M. d' trées signa à bord du Terrible, le 29 décembre 1677, l'acte qui témoignait de la victoire de la France. Outre leur Amiral, les Hollandais perdirent le vaisseau Bescliermitig, sur lequel avait flolté la pavillon du pauvre M. Jacob Binckes
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HtI ' MARINE DU WW SIÈCLE. SOB
tieux, qu'il avait perdu dana la précédente campagne , et au>]iiicnta ta flotte d'uDG Hâte, le Roi David, et d'une petite frégate ; il ajouta km prisonniers qu'il avait faits au cap Vert six cents hommes qu'il répartit sur ses vaisseaux. '.<
' M. le comte d'Estrées étsit heureux ; Kon bonheur l'ébloait, et Boo ' flï'gueil grandit jusqa'à la démence. Il n'avait goère eu l'habitude d'écouler les conseNs ; la bombe tirée à Tabago par M. de Lan- Douillette, commissaire de l'artillerie, eut pour effet de lui persuader qo'il était nu-dessus de tous les avis. 11 en vint à mépriser les plus sages. Après des scènes où il oublia In politesse et la modération, il init à l'écart M. de Méricour, bommc prudent, qui lonuaissail les choses de son métier aalanl que les ronnaissatt encore peu M. le Vice-Amiral. .Mal prit à M. d'Kslréee et à la flotte française de celte éOQdnile hautaine. Il s'agissait de se rendre de Saint-Christophe, où ToD était venu après l'affaire de Tabago, à Curaçao, que M. d'Katrées voulait attaquer à son tour. La route était inconnue à M. le Vice- Amiral ; mais les difficultés de la navigation dans des parages semés .d'Iles ne l'embarrassaient point. Les pilotes de son vaisseau n'étaient pas très-habiles, et M. de Méricour pressait le Général, qui voulait marcher devant, d'emprunter à M. de Nesmond et à H. de La Clo- Aieterie des hommes pratiques de ces mers qu'ils avaient à leur 'fiord. M. d'Estrées se rendit aui prières de son capitaine; puis, se ravisant, pensa qu'il pouvait être lui-même le pilote de l'escadre. Il avait d'ailleurs un conseiller en qui il avait mis sa confiance , autant qu'il la pouvait mettre en autrui, un M. Mareuil, qui l'aidait à consulter les cartes et se tenait pour très-versé dans les détails de la navigation au milieu d'une mer pleine de dangers. Il avait pris cet homme à Saint-Christophe et le tenait pour plus eipérimenté que tous les capitaines et pilotes des vaisseaux qu'il allait conduire. Les corvettes la Bocheloise cl XHinmdtlie ayant été détachées , aussi bien que les vaisseaux le Galant et le Vigilant, pour des missions particulières, M. d'Estrées partit de Saint-Christophe la nuit du 6 au I 7 mai IC78. Le brûlot la Maligne et trois llihusiiers de l'ile de la ■ nrtue éclairaient la route ; le Terrible venait après eux, ayant à sa >|hite ou au vent à lui le Tonnant, le Duc, le Prince, le Fomuevx, le ' Héfemeur, {'Hercule, le Brillant, le Bourbon, V Alcyon, VHmenlUm,
SIO AHHAHAU DU QUESK8.
le Tardif, YÉtoile, le Dromadaire, le Ittn David, le Brûlai, le Serpent et lo Coche, et neuf vaisscuux Hibusliers. Les choses allèrent bien jusqu'au 1 1 mai. Ce jouT'là, à neuf heures du soir, l'escadre ayant dimÎDué sa voilure pour faire peu de roule pendant la ouil, les malelots de quart sur l'avanl du Terrible entendent des coups de mousquet et un coup de canon ; c'est un des flibustiers qui, ayant touché, auerlil M, le Vice-Amiral de ne pas avancer. Aussitôt le Terrible Tire de bord, et tout ce qui le suivait iuiile sa manœuvre. Mais la confusion devient grande ; plusieurs vaisseaux cherchent à s'éviter et à courir au vent de la roule donnée. Efforts inutiles! ils ont touché le fond et leurs voiles ne peuvent les tirer du milieu des écueils oti ils sont échoués. Quelques-uns, que leur peu de tirant d'eau permet de profiler des lames qui les soulèvent, échappent au nauh'age ; mois le Terrible, le Défenseur, VHercule, le Tonnant, le Prince, le Bourbon et le Belliqueux restent sur les roches, où la mer ouvre leurs Qant et en moins de trois jours ils sont presque enlièrcment démolis, basse sur laquelle ils périssent est un vosie plateau de rochers qi nomme les îles d'Avèa ou des Oiseaux. On procède tout de suite sauvetage avec I03 embarcations et des radeaux construits à la ht mais quatre-vingts hommes environ se noient, " les uni
• dans le fond de cale aprh i'ilre enivrés, les autres en se jetant di
• les chaloupes ou sur les ras avec trop de précipilalion ^ . Le si vctage est difûcile ; la mer est grosse et les chaloupes sont pei hreuses. Les flibosliers s'y emploient avec zèle. Ce n'est qu'a du troisième jour que le marquis d'Amblimonl, après s'être que tous les gens de son équipage oUt pu quitter l'Alcyon, se jette à la na<)e et va au navire le plus voisin. Il aura la joie de voirai vaisseau remis à flot ot lo bonheur de le ramener en France. Mi Vice-Amiral s'est fait porter par un flibustier sur le Dac^ navires qui sont restés au vent des lies d'Avès. C'est le Ouc qui ramène en France, où il arrive avec ÏÉloUe, la Tempête, Y Alcyon, Brillant, le Vigilanl, VÈmerillùn, le Tardif, le Dromadaire et trois brûlots. Le 13 août, à Brest, U signe un long rapport assez embarrassé, où il cherche à excuser ses fautes. Ce morceau, du style de M. Patoulet, commissaire de la flotte, est porté à la Cour par son auteur. M. de Seignelay reçoit en même temps la Relation du naufrage, faite à bord du Duc, le 2 juin lUTS, par M. de Méricour, et un abrégé de ce récit fort circonstancié, où rien n'est dissimulé des nrgueillcu<ics suttises de .M. d'Estrées. (Cette pièce, comme
te à
L|lff78
MARIXK DU XUIl' SltCLK.
mière, esl signée Méhicouh, cIdou Méricourt. (Aroh. de la Uariue, Campagnes 1678.)
. Tout autre que M. le comte d'Estrécs eût pajc cher la faute de sa i^éBomplueuse ignorance. Mais le rapport de M. Patoulel est fait avec habileté. M. Patoulel est un avocat chaleureux; il cite Cayeunc, jles lies du Cap-Vert, Tabago qu'il fait sonner bien haut, et gague le •procès du Vice-Amiral, d'uutaut plus facilement que M. de Seigne- Jey, qui ne veut pas se mettre à dos la maison d'Estriies, n'a garde de , contrer au Roi le rapport de M. de Mérîcour. Ainsi , où .M. le VicelAmiral, que protègent d'ailleurs son nom et sa charge, aurait pu ■trouver la disgrâce , il trouve la continuation de la faveur. 11 est lUaintenu dans son commandement dont la poix avec la HoUaade • abrégera bientôt la durée.
t.. Naturellement on songea à faire le sauvetage de l'arlillerie des \VUS8eaux perdus, et l'on chargea M. Jean Cabaret d'aller avec une *petile escadre procéder à celte opération. M. Gabaret tombe malade ,et l'on désigne pour lui succéder M, Job Foranl. (Arch. de la Marine, nOrdresdu Koi, 1678. fol. 37<i,)^>- Foranl, amie Fendant, le mariquisde Langeron, saTÏEloiU, et M. de Beaulicu, surle drt'/^n/, pariitenl de Brest, le 28 octobre, suivis de deux lllilcsel de deux caicbes. Ils arrivent â la Martinique le 5 décembre. M. Forant prend une partie des hommes à rapatrier ; M. Jean ÉUeaiie , qui est avec 'Ae Périlleux sur le lieu du naufrage, en prend un certain nombre. On ^écbe 3G2 canons et les ancres restées au fond de la mer, puis on jart des îles d'Avis le 5 avril 1679, et l'on arrive à Bresl le 21 mai. 4r ^ La situation de Messine inquiétait la Cour. L'borizon se charmait du côté de l'Angleterre. On n'était pas en guerre, mais, à bien i^re, on n'était pas en poix avec Charles 11. M. de Vivonne, lassé du nersonnage qu'on lui faisait jouer et jugeant que M. de I.onvois ne Ipni accorderait jamais que des secours insuflîsanis, demandait à ren- '^hrer en France, pour reprendre sa place à la tête du corps des jgalèFes dont il était le Général (décembre 1677). Le Itoi lui accorda f^ eongé qu'il sollieilait (1" janvier 1678), et le 2 janvier envoya su Vice-Roi de Sicile, qui aspirait à quitter sa Vice-Royauté qu'il ne ^{K>uvait plus exercer avec honneur, l'ordre de revenir en Provence le vaisseau qui devait porter à Messine M. le Maréchal de La ^euilladc, nommé, le 1" janvier, commandautde l'armée de mer et ^ePescadre des galî^res, pendant l'absence de M. de Vivonne, k qui (le Roi a ordonné de venir lui rendre compte u des moyens de faire
3)3 ABRAHAM DU QUESNB. ItTI
réussir les desseins n qu'acail le Vice-iloi u pour uchever U ca^ quête de la Sicile » . H. de Vivonne n'avail aucun moyen pourpiN -venir au but que Louis XiV avait entrevu au coninienc(<menl de Ta- Ireprisc sur Messine, et il ne pouvait se dissimuler qu'on lui doBiuil un sucresseur, chargé , ou de faire un dernier efTorl avec des tmtipM en srand nombre , ou de ramener l'armée découragée , et ceci n grand chagrin des Messinais, qui s'élaieut compromis par loir adhésion à la politique de la France contre l'Espagne. Ramcnerrarmée, quitter la Sicile par une retraite qui ressemblait à une foile. c'était une action pénible pour lui et humiliante pour sa dignité; od lui en épargnait l'ennui et il devait élre reconnaissant au Roi de cette preuve de bonté. En même temps qu'on écrivait à M. de Vivonne, on écrivait (3 janvier 1(J78) à Du (Jucsne , alors à Messine . que M. le duc de Vivonne ayant demandé " à repasser en France pour quelque temps n , le Roi avait chargé le duc de La Feuiltade de « çommaaitrr r, ses vaisseaux et galères qui étaient maiulenant en Sicile >. Le ' Roi disait au Lieutenant général : u Comme il se pourra faire que, 1) dans les entreprises qu'il pourra tenter sur les ennemis , il ann B des ordres à vous donner, datu l'exécution desquels poia poanti " Irourer quelques diJiaiUés, je vous écris ces lignes pour vous dire !■ que mon intention est que vous lui obéissiez sans retardement, qutljnt n ordre qu'il vous donne , pour l'exécution de ceux que je lui ai don- B nés de ma boncbe ; et , au surplus , lorsqu'il vous demandera voire " avis sur la navigation de mes vaisseaux, je veux que vous facilitia • tout ce qu'ii ivus proposera. " (Arch. N'ationales, section historique. Carton KH, li80.) Il dut paraître dur à Du Quesne d'être place BOUS les ordres d'un Maréchal qui jamais n'avail commandé de flotte et n'avait connu la mer que par une double traversée tie Toulon à Candie et de Candie à Toulon ; mais, d'un antre côté, il devait espérer qne M. de La Feuîllade, sans expérience des choses de la marine , prendrait de ses conseils et se laisserait guider plus facilement que M. de Vivonne, qui avait quelque prétention à être nû véritable homme de mer. Du Quesne allait donc être en réalité, sinon de droit , le commandant des vaisseaux et des galères.
M. François d'Aubusson, duc de La Feuillade, Maréchal de France depuis l'année 1675, partit de Paris pourTouIon, le «janvier 1678. Ce ne fut point en carrosse qu'il fît sa route, mats à cheval, mtPchant ■< jour et nuit "> , comme it le dit dans nue lettre du ISjanvier à M. Colbert. Il arriva au but de son voyage le 16. En même temps
I0TB MAniNK DU XVIt' SifiCLB. 3:S
que le Maréchal fuisait roule pour la Provcacc, loul s'y préparait pour le recevoir. Le 24 janvier, il s'embarqua à Hyèrea, el en six jours arriva, en contuurnanl la Sicile par l'ouc.^t et le sud, à la rade d'A^osta; il allait d'abord visiter cette place. Ce n'était pas le point importont de sa mission ; mais il prenait son temps et voulait étudier le terrain sur lequel il allait agir, el voulait surtout tromper, par des mouvements en apparence utiles, les habitants de Messine, qui, dans un changement de Vice-Rois français, ne voyaient qu'un changement tout naturel de personnes.
M. le duc de Vtvonne, qui paraissait un peu embarrassé avant que M, de La Fcuilladc fût arrivé, eut tous les sujets du monde de se « louer de ses honnêtetés •> . M. de La Feulllade ne voulut jamais ni commander ni rien ordonner que M. de Vivonne ne fût parti, sang pourtant que le service du Roi fOt relardé, et il le renvoya ^ comblé » de ses civilités " . Le duc de La Feuîlladc prêta son serment comme Vice-Roi le 13 février 1618. (Lettre de M. d'Oppèdc à !!. de Seignelay.) M. de Vivonne s'embarqua, et dés qu'il fut sous voile, quittant un poste qui n'était tenable ni pour lui ni pour un autre , et 0 où il avait trouvé de grands ennuis 1', M. de La Feuillade Gl marcher des troupes à Taormina el â Libisso, sous prétexte d'assurer tes deux positions. Il ût embarquer sa cavalerie et la dirigea par mer nr Agosfa. Tout le monde crut aisément que son dessein était de r^bire la guerre de ce côté et • d'entrer dans le pays abondant n. (H. d'OppèdeàM. deSeignelay, 16 mars 1678.)
M. de La Feuillade avait fait connaissance avec Du Quesne, et, le 2 février, il écrivait au Ministre : o M. Du Quesne est un homme n d'un ordre et d'une vigilance sans exemple ' ; éloge qui ne dut pas ilonner M. Colbert. Le 10 mars, il dit : "J'ai trouvé en M. Du n Quesne plus de souplesse et plus d'obéissance qu'au moindre n enseigne d'infanterie. " Ceci dut surprendre un peu M. Colbert, qui n'était pas accoutumé à recevoir, louchant le vicui Lieutenant général, de pareilles confidences. Le duc de La Feuillade connaissait la réputation de Du Quesne ; il en avait agi galamment avec lui et avait été charmé de voir si facile t'homme que l'on savait si gênant et si amoureifet de ses propres sentiments.
Le aouveau Vice-Roi avait ordre de se hâter; il donna à dîner à
tous les jurats de lu ville de Messine sur la galère commandée par
H. de Janson, et, au dessert, leur dit qu'il irait dans quelques
^f instants au sénat pour leur communiquer des ordres qu'il avait reçus
ABRAHAU DU QIIKSNE. IflTB
^ de Sb Majesté. En ciïel, à quatre heures du soir, Élanl dans l'assemblée I des jurais, il leur dit que le Roi lut avait ordonné de retirer prOEÎfoîremenl toutes ses forces de la Sicile, en ayant besoin ailleurs; I qu'au reste, il espérait revenir avant deux mois à Messine avec des I troupes plus nouibreuses. Il les engagea à faire tous leurs efforts pendant ce temps pour se maintenir contre les Espa<{nol5, leur laissant , bois cents quiutaui de poudre avec de «jrojades provisions démuni- I tipns de guerre. Quant auï vivres, ils n'en manqueraient pas; ils en avaient déjà en quantité, et il donnait l'ordre à un banquier floren- [ ^n, nommé Lorenxo Corsini , de leur fournir deux mille huit cents Mîmes de farina et de blé qu'il payait de l'argent du Roi- (Jean-Rapliste Simoneiti, marchand de Livoume établi à Messine depuis vingttrois ans, Rapport fait àM. Cotolendi, consul de France à Livourne. Celte relation, qui est aux Arch. de la Marine, vol, CnmpagncE, 1678, va jusqu'au 16 mars, que le marchand quitta Messine suroç navire anglais.) ^J
Le 14 mars, \L de La Feuilladc avait écrit à M. de Louvois : JE
<i Vous pouvez faire ëtal qu'il ne restera pas nu soldat à Messiae. Je BOra d'ici si agréablement à l'égard des Mttsinoù, et ils sont si persuadés que je vais à quelque cipifdilion que, quoiqu'il soit public parmi les François que nous retournons en France, ce malin on a béni à la graoJe église on étendard de la Madone délia Lellera ' que l'on m'a apporié. où cal l'insiTiption que je vous envoie " (une longue et emphatique inscription latine), u Je l'ai clë recevoir à la porte de mon logis et suis allé à 11 grande église remercier In Vierge de la'avoir aidé à eiéculcr si beureuaement les ordres du Roi. Cette petite visite à l'église a forlIBé encore les peuples dans la pensée que je n'allois pas en France n
Le Maréchal ajoute : u Cet étendard n"a jamais été donné qu'une » fois a M. Don Juan d'Autriche (sic), Vice-Roi de Sicile, qni battit T> les ennemis à Lépante. Souffrez ces petites circonstances qni vous o marquent comme tout s'est fait doucement et honnêtement de part net d'autre. " Hypocrisie!
Ce fut après cette cérémonie qu'eut lieu le dîner dont parle Simoneiti, qui, poursuivant son récit des événements auxquels il a assisté, dit à M. Cotolendi . qu'après le départ de toute l'armée ce qui restait de noblesse à Messine et les bons bourgeois se réunirent, élurent de nouveaux jnrats, et qu'un d'eux. le marquis de Codagostd, et
1678 MARINE Dl ; *'• •'^
M. Castelli iils luontèrenl à cheva^ - '' ""P^" sa voilure
rues : « Vive le Roi d'Espagne! » ; qu*^ " ^^^«"Ps de gagner
le signor Domcnico Calaniata pour traiu» i. ' ^^ ' Imrmctble. Le
le même jour, à cinq heures du soir, le;-.^.. ''*' ^'* Brctècne,
gouverneur de cette place, le comte Barbo, i.- . 'ii^ni couvert
avait envoyé à Mélasso le vicaire Dini, quii:;. -. ''' M"' ^*^*
lui trois ofGciers allemands ; alors ces pcrsonnï^>x • ■• <tbsti-
du Roi d'Espagne, promirent une amnistie gcnêrij» ' <nitrc
jours vainc après des événements semblables à r«rr. 'P~
passés à Messine. M. de La Feuillade était parti, l:i.,^ "
français à la merci des rancunes et des vengeances df. . î^ de ceux des Siciliens qui avaient supporté avec répugnancib l tien française.
M. de La Feuillade avec Du Quesne, sur le Monarque, «t,, autres vaisseaux, arrivèrent à Toulon le 7 avril 1678; il y prH.#< M. Jean Gabaret, dont les vaisseaux, qui partirent de Messine %hr^ lemcnt le 1*^ avril, rapportèrent le reste de Tannée. Lorsqu'il mouiU lait, Du Qucsne reçut une lettre du Roi datée du 11 mars. (Du Quesne à M. Colbert, rade d^Hyères, 12 avril ; Arch. de la Marine.) Le Roi avertissait Du Quesne qu*on allait former deux escadres de cinq vaisseaux chacune , une desquelles serait sous ses ordres et Tautro sous le commandement de M. de Valbclle, u avec pouvoir donné à » Du Quesne de les assembler. » (M. Colbert à M. Scignclay, 12 mai; Autographe; Arch. de la Marine.) Du Quesne devait aller appuyer le Maréchal de Navaillcs dans ce qu'il entreprendrait a sur les places ^ des ennemis en Catalogne » . On lui recommandait de u se donner y> de garde de se laisser rencontrer par un nombre trop inégal » , et de s'employer » à empêcher les ennemis de s'approcher des côtes de » France et à leur interdire le commerce » qu'ils avaient m aux côtes r^ de Gênes et de Toscane n . Du Quesne pensait qu'une escadre de dix vaisseaux serait insuffisante , persuadé que les Hollandais n'entreprendraient rien contre la France à moins d'être au nombre de dix-huit vaisseaux, renforcés encore de quelques Espagnols, u L'on n doit aussi , ce me semble , croire , disait-il , que si les Anglois se n déclarent , ce sera comme ils ont accoutumé de le faire, en mettant yi LE FKU AU CANON A LEUR AVANTAGE , ainsi qu'ils out fait quand ils se » déclarèrent contre les Hollandais, en 1672, par le nommé Holmes ^7 qui attaqua la flotte de Sniyrne, dont il prit une grande partie, n (Lettre du 12 mars. — Voyez ci-dessus, p. 57.)
ABRAHAM DU QUESNK.
M. de Cbâteau-RcDiiull avait, àt-s les premiers jours de l'anDée, reçu l'ordre de se porter, avec une oscadre (te six vaisseaux , dans les parages de la Sicile pour aider H. de La Feuillaile à rapatrier les troupes françaises. Les circoo stances de rarmement empéihërent le Cbefd'escadre d'oWir an Roi sussïtAt qu'il raurail bouIu -, le 7 féirrier, M. Colbcrl lui écrivit pour lui dire de se hâlcr. Le 16, il n'é lait pas encore parti, el M. Colbert lui reprochait sa lenteur. Voyant que désormais, quelque actiinté qu'il déployât pour sa mission, M. de Châleau-Itenaull n'arriverait pas à ti^mps rt Messiûe où îl ne pourrait pas ffre avant six semaines , le Ministre lui écrivit de ne point mellre à la voile avant d'avoirreru de nouveaux ordres. (M. Colberl I &M. Seignelay, 27 février 1678.) Le 6 mars, il lui dit de désarmer. M. de Château-Renault sortit pourtant de Brest, et le jeudi 17mars il se trouvait au point du jour h trente-trois lieues à l'O. 1/i S.-O. de l'île d'Ouessant, faisant peu de cbemin, afin de tenir rallié an Cottrtisan, qu'il montait et dont était second capitaine M. de Pallière. le Bon, conduit par M. de la Brctéchc, le Sainl-Louii , commandé par M. de Belle-lle-Érard. \e Foudroyant, dont elaitcapitaincM.de La Motlc-Genouillé , Vlnvinrihle, capitaine , M. de Belle-Fontaine , le Superbe, capitaine. M, de Réals, et <rois brûlots : le TourhiUon, le Déguisé et la Légère. Il n'avait là que 302 canons, mais 3,300 hommes bien commandés, et n'attendait iqu'une bonne occasion pour faire valoir le mérite de ses ofliciers et le zélé énergique de ses équipages. > Le destin se montra soigneux de le pourvoir, i comme a dit La Fontaine. Au lever du soleil , les vigies du Courtisan si,'jnaIëreDl une flotte que l'on reconnut bicnidt pour hollandaise. Elle était considérable, composée de six vaisseaux à trois ponts de 80 canons chacun, de cinq vaisseaux ayant de 70 à 60 canons, de deux frégates, l'une de 40, l'outre de 30 canons, enfin de cinq brûlots, une corvette, une gabarc et une grande llùte. Les pavillons d'Amiral, Vice- Amiral et Contre- A mirai (lottnicnt à la tête des mâts de trois des grands vaisseaux; le pavillon Amiral était celui de M. Comelis Evertzen, M. de Château-Renault le sut bientôt par un petit navire qui venait de Hollande et avait eu connaissance de l'armement de ce Lieutenant-Amiral.
Il y avait quelque témérité à M. de Château-Renault ù engager le combat contre des forces si supérieures aux siennes ; mais brave comme U était, et d'ailleurs fort du souvenir de sa rencontre heureuse avec le commandeur Thomas Tobyas, il lit signal à ses v\
r dev
MARINE Ul XVII< SIÈCLE. 317
seaux de prendre leur poste de combat, diminuant un peu sa voilure pour laisser au Sainl-Louù, qui élait en arrière , te temps de gagner la tétc de la ligne où il allait Faire t'avanl-garde avec VlnvincibU. Le irft'jon était au centre, suivi et Eoulenu par MM. de La Brt'tèchc, La Motte et de Réals. Un des vaisseaux hollandais s' étant couvert de voiles et cherchant à échapper à M. de Belle-Ile-Érard qui était au veni des Hollandais , ce capitaine mit à le poursuivre une obstination malheoreuse, car il laissait M. de Belle-Fontaine seul contre lavant-garde hollandaise. V Invincible manœuvra alors pour se rapprocher du Courtisan, si bien que quatre vaisseaux réunis en un peloton, et se prêtant un mutuel secours, luttèrent contre toute l'escadre de M. Evertzen depuis neuf heures du matin jusqu'à la nuit tombée. M. de Belle-Fontaine, qui avait d'abord soutenu le choc d'un gros vaisseau, d'une frégate et d'un brûlot, perdit ses huniers et BOD artimon, ce qui rendit sa manœuvre difficile ; le Bon cul son petit mât de hune coupé, le Courtiian et ses autres seconds furent plus ou moins endommagés ; les brûlots ne purent faire leur oflice contre l'ennemi. Dans cette situation, M. de Chdteau-Itcnault Jugea sage de faire peu de voiles, afin de donner à ses compagnons la possibilité de se réparer un peu ; il voyait d'ailleurs les Hollandais s'éloigner en mauvais état, le Contre-Amiral surtout qu'on avait contraint à laisser arriver. La journée fut honorable pour la pelile escadre qui soutint vaillamment le feu de douze navires de guerre , mais elle n'eut rien de bien décisif. M. de Chàteau-Iteaault suivit les Holiaudai^ jusqu'à sept heures du soir et ne les revit pas le lendemain matin ; le champ de bataille lui restait donc : c'était un succès. Il ne parut pas suffisant à M. Colbcrt, et le Roi témoigna peu de satisfaction d'un résultat qui n'était pas une victoire éclatante. Le Ministre écrivit dans ce sens à M. de Château-Renault, qui lui répondit une lettre très-scnaée et assez fièrc dont voici lus principaux passages :
■c J'ai toujours bien de la joie quand vous me faites l'honnenr d'approuver ma conduile... maie je croyois que le succès n (le rcsDltal) » de noire combat vous auroil plu davantage , el qne vous auriez pu même en donner une nouvelle a^éable au Roi... Vuus me parlez. Monseigneur, de qeelqDes capitaines qui se sont tenus dluignez de moi ; il est vrai que quelque " (un) u capitaine de la léle. ne s'allendunl pas que je prissi' la chose ie la manière que je fis contre une force supérieure , crut qu'il falloil qu'il Bl force do voiles pour s'opposer à quelque n (un) u navire ennemi qni était fort de l'avant , el qu'ayant pris ce parti il le falloil soutenir , quoiqn e mon opinion y ait été contraire et approuvée même par le succès » (l'évé-
ABRAHAM DU QUESNK. 1078
npmeot)..- « Cependant cela s'esl tail par des gens eslimés gëoéraInneTil St éprouvés dans tous les derniers combats , qui m'ayanl rm entreprendre ■Dr ce pied-l&. ul si iné^aiemeiit que Je faisoin, crurent devoir s'en tenir b leur premier parti. J'fn ai témoigné mon lentimeal honnéUment aux officiers que eeta regarde, ilant.jecToii, de (a manière qu'il faut uier axée àet jenj d'un mérite reconnu qui sont chagrins aprè* ces sorlei de choses, t
Ceci élail un reproche uuilé fuit à M. Colberl qui n'en nsait pas envers lui etses capitaines assez honaêtemèot, c'est-à-dire avecassex de justice. '
u A l'égard de ce qtie vous me mandez, que le Roi n'est poiat acroutumé qne ses forces de (erre et de mer attaquent les HoUaDdois sans un avantage considérable, et qu'ainsi il ne peut pas i!tre beaucoup sBlisfait de combat, je vous avoue, Monscigoeur, qu'iV n'a pas été si ordiiir ployer les trots pavillons de Hollande dans les autre» ottaplus grand éclat, et vin;]t officiers qui ont été présents à tou^ les combats de la Manche et de la Méditerranée publient ici qn'il» n'ont point vu tant d'avantaj^es qne nous en avons eus aver nos dix vaisseaux. • (De Brest, 8 airil 1678; .^rch. de la Marine, Campagnes.)
Assurément M. de Cbâteau-ReDacIt avait raisoa. Le Roi semblail se moutrer bien eiîgeant, cl M. Colbert exagérait son système , qui consistait à ne donner jamais un éloge sans rcslriclion , ane louange , k propos d'une action de valeur, sans y ajouter une recommandation de faire mieu.t encore dans l'avenir. I! prétendait ainsi tenir tout le monde en haleine et décourageait parfois les plus énergiques et les plus dévoués. 11 poussait les choses très-loin à ce sujet, et voici une de ses maximes. M. de Seignelay s'était expliqué sur l'empêchement qu'avait trouvé M. de Château-Renault, touchant son départ pour Messine , et M. Colbert écrivait à son Gis , le 22 février 1678 :
u Je sais bien qne vous me direz qne ce n'est pas votre faute si les vents ont esté contraires à C bas te au régna ut (sic); je vous répondray que les royi sont capables d'excuser noe ou deux fanlea, mais quand ib en vnienL beaneoup ou quand leur succès ne va pas comme ils le désirent, malheur iceluy qui s'en mesle. ' (M. Colbert. auln^aphc; Anb. de la Marine.^
Ainsi, ministre ou capitaine, il fallaîl toujours réussir! M&\^ Louis XIV était plus indulgent que ne le disait M. Colbert; il c^^ gcail moins et savait pardonner à qui - s'en mêlait » , lorsqu'a^^j. lout le possible avait été fait. M. Colberl, qui u'admcttail gi^x les excuses, était quelquefois forcé d'en produire, lui aussi, pO\^^ justifier, même aux yeux de sou lils. Il le faisait loyolemeivy ^ Voici des exemples. I* 18 février l(i78 : " J'anoOe que, poQ.. '
iHr$ ' UAIIINK DU Xiril° SIÈCLU. sig
» fois, il y auoit ]>lusieurs choses que j'ay connues être mal depuisi
■ mais lesvapeurs (nngrainfi, mal de l^te) me prirenl forl violentes
■ en trauaillaiil; je confîmiaî mon trauail, parce que la pnste prcs- •(soit, et francliemenl je n'anois pas toule la présence d'espril qu'il
> faut pour travailler. J'a; tâché de faire plus eiaclement les lettres
■ que je vous Guvoye aujourd'huy. » Le 20 février, M. Colbert disait >à M. de Seiguelay : « Mon fils, je ne vous écris point de ma
• main , parce que j'ay pris médecine, r. Le 23 : " J'ai demandé per-
■ mission â Sa Majesté pour prendre demain médecine, et j'irai le n soir travailler auec Elle aux affaires de marine. * Et, le 26, il écrivait de Verdun : " Je vous enuoyc les Icllres que j'ay fait [lic]
■ ponr la marine, et je vous auoiic que je suis tellement accablé de
■ la fatigue du voja.^e n {h la suite du Roi), « des diemîns, de ce
• que j'ay fait aujourd'huy et de la médecine que je pris avant-hier « (On voit que M. Colbert se purgeait aussi souvent que son auguste maître; au reste c'était la mode. La médecine a aussi ses modes.),
■ que je ne puis presque vous escrire, et qu'à peine puis-je m'em-
• pescher de m'^ndormir. Je vous demande donc pardon de la mau- » vaise escrilure, et je tasclierai de réparer cela parle premier ordi-
■ naire. n II y avait là bien de la bonne grâce, et cela tranche fort lar te ton quotidien de ses lettres b. M. de Seignelny, généralement grondeuses et pleines de conseils sages mais donnés d'un style peu sïmable.
Du Onesne avait , comme on l'a vu , reçu l'ordre de se rendre sur les côtes de Catalogne; il semblait que rien ne dût le retenir, et cependant il était encore le 1" mai 1618 à Toulon, d'où il écrivait à M. Colbert une longue lettre pleine de détails et où, ea ce qui lou-
(chait son départ, se trouvait ce seul mot ; » Je partirai aussitôt que » les vaisseaux qui s'apprêtent A Toulon seront joints (i moi), ce h qu'on m'a promis dans quatre jours. " Il écrivait de la rade d'Hyères, où il attendait. Cette lettre contraria fort le Ministre qui, & bout de patience , adressa à notre Lieutenant général, le S mai,
tVéptIre qu'on va lire :
'' B Monsieur, je ne puis douter que vous ne soyez à présent parti o pour l'exécution des ordres qui vous ont été envoyés; mais je ne ^ pui< m' empêcher de vous répéter encore ce qaeje tout ai dit plup Meurt Jàii, jae la difficulUi infiitiei que vouijaitet en laulet occasion»
3!0 ABHAHAU DU QUESNE. 1678
" el en toutes choses font boaucoup de peine au Roi , et je ne vous dirai « pas gu'eUei gâtent Us services que vous rcndei ; mois assuréinenl il " est difCcile que cela dc fasse pas impressioa sur rcsprit de Sa Ma- E JGsté et que peut-être elles ne lui fassent connoitrc que, si vols ètiei 1 ?LUS AVANCE DANS LES DIGNITÉS DE i.t uahine, VOS difficultés augmen- ■ leroient à proportion. C'est la plus grande marque d'nmilié que je n vous puisse donner de vous redire souvent les mêmes choses , el croyez- > moi , une fois pour toutes , rendez-i'ous plus facile et mettei-vous B fortement dans l'esprit que le Roi connoit parfaitement ce qui est n nécessaire pour son service ; et ainsi voudrez-vous vous attacher à n l'exécutiou de ses ordres sans les vouloir chan<|er ou au^enter f par les difficultés que vous faites. Je suis, etc. » (Arch. de la Marine , Ordres du Iloi, vol. 44, fol. â44.)
Ces reproches sévères et ces avis bienveillants étaient de nature i faire sur l'esprit de Du Quesnc une impression sérieuse. A quelles difficultés nouvelles W. Colbert faisait-il allusion? Une lettre de Du Qucsne nous manque évidemment , qui nous donnerait le mot de cette énigme. Ce qui nous apparaît clairement, c'est que Du Quesne s'était donné le tort de commenter leb ordres qu'il avait reçus du Hoi, suivant une coutume qui avait lini par lasser la bonté de Louis XIV. Le Lieutenant général dut être frappé de cette phrase très-nette : " Si voua étiez plus avancé dans les dignités de la marine", c'est-à-dire si vous étiez lice-Amirul du Lciant, selon votre vœu, u vos dillicultés augmenteraient en proportion de votre élévation i'. Cette fois on n'opposait pas sa religion k Du Quesne comme un empêchement à la satisfaction de ses désirs el de sa juste ambition ; c'était son caractère qui le condamnait à rester dans le rang qu'il tenait dans la flotte depuis neuf ans. Ce n'était pas assez qu'il eût une cause d'exclusion, pour ainsi dire indépendante de lui , il fallait encore qu'il s'en donnât lui-même une autre ! Cependant cette phrase, qu'il lisait, relisait, et dont il retournait le> mots dans tous les sens, était pleine d'espérance. S'il devenait facile, si cet esprîldc controverse et d'opposition qu'il entretenait par 1 habitude faisait place à une facilité habituelle; s'il obéissait san^ I résistance, il pourrait franchir le degré qu'il essayait en lato ^^j monter! On ne lui disait pas : > Huguenot, tu ne saurais devcujj.! Maréchal ou Vice-Amiral ! « C'était beaucoup-, tout n'élail donc n^ \ désespéré. Il fallait cependant essayer d'assouplir son caraclèto. \[m essayera , mais eu attendant , il partira.
1678 MARINE DU XV11« SIÈCLE. SSl
11 part, et, le 17 mai, arrive en vue des côtes de Catalogne. M. Colbert lui a ménagé une petite consolation. Le 7 avril, lorsqu*il a écrit la lettre qui devait troubler Du Quesne, M. Colbert lui en a écrit une seconde , lui annonçant que le Roi lui a accordé u pour Tavenir, à commencer du premier jour de cette année (1678), la table de Lieutenant général en entier *, montant à huit cents livres par mois , outre trois cent soixante livres employées dans le payement de réquipage pour la table du capitaine de son Pavillon.
Le 13 mai, le Roi envoya à Du Quesne le pouvoir de « comnian- Ti> der les galères lorsqu'elles seront jointes aux vaisseaux » dans la campagne. 11 reçut ce pouvoir lorsqu'il allait seconder M. le duc de Navailles dans ses opérations. En passant devant Collioure, il sut par M. le chevalier d'Aubeterre, gouverneur de cette place, que neuf vaisseaux espagnols et hollandais étaient à la rade de Barcelone; des marchands qui avaient passé devant cette baie le lui avaient annoncé. Du Quesne ne tarda point à descendre au Sud, et, le 25 au soir seulement, il arriva en vue de Barcelone. Il envoya tout de suite rôder dans la baie et près du port la corvette qui accompagnait ses navires, avec ordre au capitaine de ce bâtiment léger de tâcher de faire quelque prisonnier qui pût le renseigner sur ce qui se passait dans ces parages, la force des vaisseaux ennemis, etc. Le
^ Expliquons ceci, qui pourrait ne pas être entendu par le lecteur. Jusque-là, Du Quesne avait nourri le capitaine du Vaisseau Pavillon sur son traitement de table, qui était de huit cents livres par mois. On faisait droit enfin i une réclamation qu'il avait présentée plus d'une fois ; on lui donnait entier son traitement particulier, et, sur le fonds alloue au payement de l'équipage du vaisseau, on prélevait trois cent soixante livres que l'on attribuait à la table du capitaine. Du Quesne allait donc avoir pour sa table environ vingt-sept livres par jour, et le capitaine de son Pavillon, pour la sienne, justement doute livres. 11 est bien entendu que rien n'était changé aux pensions de Du Quesne et à son traitement de mille livres par mois. Nous connaissons trois quittances données par Du Quesne pendant l'année 1678 : la première, de quatre mille livres pour ses appointements, de trois mille deux cents livres pour sa table, et de deux cents livres pour ton trompette. Ces sommes sont applicables aux quatre premiers mois de l'année. (Arch. du contrôle du port de Toulon.) La seconde quittance fut donnée à Paris, le 12 décembre 1678, pour la somme de deux mille huit cents livres^ supplément des appointements de Du Quesne des quatre derniers mois de l'année ^677. Cette quittance fut achetée au prix de huit francs, en 1851, par II. le baron de Stâêsartf qui eut la bonté de nous la communiquer, pensant que nous ne l'avions pas €Be en main. Nous l'avions vue, en avril 1851, chei M. Gharavay père, marchand àeleKj-es autographes. Parla troisième quittance. Du Quesne reconnaissait avoir reçu h soaim^ ^^ six mille livres pour six mois de ses appointements, i mille livres par oioi't^ C^i^^ quittance, sur parchemin in-i^, fat vendue à Paris, le 99 janvier 1850, ^VtQte J>«»l>lique.
33i ABRAHAM DU QUESNE.
2(5 mai uu iiiatiu, la corvette amena à bord de l'Amiral ud matelot espagnol qui apprit à Du Quesne qup, dans les eaux de Barcelone, il n'y avait que deux vaisseaux, l'un anglais et l'autre espagnol. Celui-ci avait un équipage de trois cents hommes ; il était armé de cinquante pièces de canon, dont dix-buit de bronze. Quant au navire anglais, Du Quesiie n'avait point à s'en inquiéter, l'Angleterre n'étant point eu guerre ouverte avec la France. L'Anglais ne cnit pas devoir rester près du uiàle où il était mouillé, et, pour ne point recevoir (juelquesuns des boulets qui allaient certainement être échangés bientôt entre Français et Espagnols, il leva l'ancre et s'alla poster dans la grande rade, spectateur désintéressé, mais curieux, de l'action qui allait avoir lieu. L'Espagnol Gt une manœuvre différente; il alla s'amarrer sa mâle, espérant que, protégé par les batteries de ce môle et par celles qui défendaient la porte principale du pori, les Français n'oseraient point l'attaquer. 11 arbora ensuite un pavillon à la tête de son,, grand niiit, ce qui put faire croire à Du Queane que l'i'Viniral d' pagne était à bord. Mais, après le combat, on sut par un prisoni catalan que ce vaisseau était commandé par Don Carlos Salom et qu'il était à Barcelone attendant le retour d'un oflicicr en moment a Madrid et qu'on devait reporter ù Palerme, où était 1' cadre espagnole, prête à se rendre à Naples.
Le vent était du large et favorisait le mouvement que vouli faire les Français; Du Quesne détacha alors le l'atllatit, commant par M. de Uelîngue, et le Fleuron, par M. Sébeville de Montreuil, donnant à ces deux vaisseaux pour soutien le Sans-Parril, monté par M. le chevalier d'Hailly. Le brûlot que commandait le capitaine Honuorut se tenait prêt à partir au signal que lui ferait Du Quesne. WW. de Relinguc et de Sébeville eurent l'ordre d'aller jeter l'ancre à portée de mousquet du vaisseau espagnol ; M. d'Hailly dut se porter un peu en arrière de ses deux camarades. Le mouillage pas tranquillement. Aussildt que nos vaisseaux furent à portée canon, les forts et le navire qu'on allait attaquer (irenl un gri feu, qui n'étonna ni ne retint nos capitaines. Ils laissèrent tomber leurs ancres à une demi-encablure de l'Espagnol , et alors , sous le feu des batteries de la ville et du port, ils s'affourchèrent de manière à présenter le côté au vaisseau, à qui bientôt une grêle de balles mousquet et de boulets de cunon fit comprendre que la lutte pouvait pas lui être avantageuse.
En ce moment. Du Quesne envoya le brûlot faire son devoir.
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1«78 MARINE DU XVII" SIÈCLE. 3i3
toutes voiles déployées. Le capitaine Honnorat manœuvra bien, passa entre les vaisseaux français et alla s*accrochcr au navire foudroyé. Il mit en même temps le feu à ses artiCces, et la flamme 8*élaiiçant des flancs du brûlot effraya à ce point l'équipage espagnol, que , désespérant de détacher Tîncendiaire , une partie se jeta à la mer pour se sauver. Les chaloupes, qui, sous les ordres de M. Trullet, enseigne du Monarque, avaient escorté Honnorat, virent une embarcation ennemie retirer de Teau les fuyards et les ramener à la défense de leur bâtiment. Ce retour ranima le combat, et l'Espagnol se battit a avec une vigueur très-grande n , jusqu'à ce que, ses œuvres mortes étant embrasées , il ne resta plus que la mer pour salut aux énergiques vaincus. Tout ce qu il y avait de valide se mit à la nage ; les blessés et les malades attendirent la mort , qui n'en épargna point, le feu ayant pris à bord, et le vaisseau ayant sauté en l'air u par une y> fougade extraordinaire d . (Rapport de Du Quesne, 28 mai 1678 ; Arch. de la Marine, et lettre de Du Quesne au chevalier d'Aubeterre, écrite de la baie de Rosas, le 2 juin ; Archives de la Guerre^ voL 1241, p. 14.)
Malgré la canonnade des forts , du môle et du navire espagnol , nos trois vaisseaux souffrirent relativement peu. Le chevalier d'Hailly eut un bras emporté et mourut quatre heures après avoir reçu cette cruelle blessure. Son vaisseau perdit un très-petit nombre d'hommes ; il eut ses mâts de hune coupés, ainsi que beaucoup de ses manœuvres principales. M. de Sébeville fut blessé d'éclats de bois à une cuisse et à un bras. Le Fleuron u reçut le plus de coups de canon d et eut « le plus d'hommes tués ou blessés n . Quant au Vaillant, il eut son mat de misaine u fort gâté de coups de canon » ; il perdit peu de monde. Le combat dura cinq heures. « Cette action » , dit .Du Quesne, u fut faite d'un air ferme et délibéré... Le capitaine » Honnorat qui commandoit le brûlot est celui qui aborda et brûla » l'Amiral d'Espagne devant Palerme.Il semble qu'il soit destiné à D brûler des vaisseaux portant pavillon au grand mât » . Ce capitaine fut envoyé à Toulon par Du Quesne ; il était porteur du rapport du Lieutenant général à M. Colbert, pièce datée : a A bord du Monar- » que, par le travers de Palamos, ce 27* may 1678. r> Au vaisseau le Sans-Pareil, que la mort du chevalier d'Hailly laissait sans premier capitaine, Du Quesne donna pour commandant le chevalier des Gouttes, a le plus ancien des trois capitaines en second qui » étaient
u sur l'escadre » , officier u qui a rendu dans les occasions de bonnes