‹ Abraham Du Quesne et la marine de son tempsChapitre 14 sur 32 · SI · texte numérisé non relu

SI

lU ABRAHAM DU QUESNK.

B preuves de sa valeur et expérience " - Le Boi agréa que H. des Gouttes, capitaine en second du Monarque, gardât le cominandemenl du Sans-Pareil. Il fui remplacé auprès de Du Quesne par M. de Vonzy, un neveu de M. Colberl, que le Miuialre melluil à bonne école, et que le Lieutenant général recevait avec assL'z d'empressement. Ce jeune homme n'avait cependant pas un grand crédit auprès de son oncle. M. Colbert écrivit à Du Quesne , le 22 juin , pour lui faire connaître lu décision du Roi et lui annoncer que Sa Majesté, ■ informée par lui de l'action que le capitaine Konnoral <• avait » faite B devant Barcelonne, lui •■> avait accordé u deuï mille éeus de groti- > ficRtion, une chaîne d'or et une de ses médailles " , qui devaient «lui 1 être remises entre les mains, eu présence de tous les ofGciers de ■ lu Marine, n (Arcb. de la Marine.)

Du Quesne avait quitté Barcelone pour remonter vers le point de la côte où s'était établi M. dcNavailles. Il avait avec lui les vaisseaux le Monarque, portant son pavillon, grand navire armé de 80 pièces de canon ; le Pompeux, de 72, commandé par M. de Valbelle, Chef d'escadre ; le Sanx-PareU, de G4 : capitaine, M. des Gouttes ; VÉclafaiit, de 72 aussi, sous M. de La Fuyelte; l'Assuré, de GO : capitaine . M. de Septéme ; le Fougueux, de lu même force : capitaine, AI. de La Motte; le Fleuron, de 50 : capitaine, M. de Sébeville; VAquilon, de 50 : capitaine, M, de Montbron ; le l'aillanl, de 50 : capitaine, M. de Belingue ; l'Heureux, de 50 : capitaine, M. de Saint-Mêmes. M. Colbert avait pensé que cette escadre pouvant rencontrer les Hollandais, qu'on savait être au nombre de quatorze ou de dis-huit, sans compter quelques Kspar|nols et les galères d'Espagne, il fallait la renforcer un peu. II donna, en conséquence, l'ordre à M. Jean Etienne ' , commandant l'Aventurier, le Bizarre et la Bien-Aimie, de se rendre incessainment sur les côtes du Roossillon, ans ordres de Du Quesne. (Arcb. de la Marine, Ordres du Roi , 1678 ; 18 juin , folio 199.) Le jour où la Cour expédiait cet

' Ce capiUine.

■.m.i<ÛIÉIi..i..

oFumcnli

it prcique toujoan Etieniie Jiui, H tui ; il (ignxit ■ J»d Ëilicniic • , ainii qaa le 39 àinemhn 1BT8. par-deiatil lei nalaim Aubin et Laiencl , d'une lomine de tii cent «oÎHulcMjuinie livres, rembounemenl da U dipenie Uilu par lui. ilgn capilaine dn Périlleui, pour la Dourrilurc, i raiiOD d(

de Sainl-DooiinjUd , et qui proieniicDl de> vaiiMani oaufragéa i l'Ile à'htii. Celte quillaoce, qui aoui i appartenu, et que nom avons donnée aui Archive) de la Uarina, Ni dani DD dei vDluujot de qattlancci que aoaa atont fait faire pendant notre d'ircbivitte.

IHHINB ni) XVII* SIÈCLF. .US

ordre à M. Jeen Élieuoe, elle adressutt k Du Qiiesne une lettre du Roi pour le fi^liciler à l'occasion àc son succès à Barcelone. Ce billet obligeant trouva l'escadre ne cbercbant pas la Hotte hollanHaise de M. Coruclis Everlzcn. mais prête à la combattre n avec bcnuconp » d'allégresse .- . comme le dit Du Qucsne (8 juillet), bien que les galères françaises n'eussent pas rejoint les vaisseaux, M. de La Brossardîère, qui commandait ces navires à rames, se sentait peu disposé à se ranger sous le pavillon d'un Chef de la marine à voiles. Le 28 mai, une lettre du Roi avait prévenu Du Quesne que Sa Mtijcsté ajant jugé la présence de son escadre inutile sur les cAtes de Catalogne, Elle lui laissait le soin de choisir les lieux où il pourrait établir ses croisières pour se mettre sur la route des convois qui retourneraient de Smyrne en Hollande. Du Quesne ne rencontra ni la (lotte de guerre des Étuis, ni la flotte marchande, qu'il guetta assez longtomps. Alors il reçut une lettre de lu Cour ( 29 juin ) par laquelle on l'assurait que u dans un jour ou deux la " paix teroil aaurémeiit tignée par les Espagnols et les Hollandais i . Les hostilités devaient donc cesser; il lui était ordonné alors d'aller K faire voir ses vaisseaux devant Tunis pour les (sic) obliger de se ■ tenir dans leur devoir, à quoi ils « étaient >i tenus par les derniers l.^ traités". Cependant on le priait d'attendre de nouveaux avis du ] Hinistre pour se rapprocher des côtes de la Tunisie et de celles d'Alger, qu'il fallait aussi avertir, par la présence d'une forte escadre, d'avoir à exécuter plus ponctuellement qu'elle ne l'avait fait jusqu'alors le traité conclu avec elle le 25 juin lCi72. Cependant cette mile des côtes des États barbaresques par l'escadre de Do Quesne fut remise à un autre temps.

Gènes était vîa-à-vis de lo France dans une situation équivoque. Sa malveillance se manifestait à toutes les occasions; elle s'était mise du parti de l'Espagne contre nous, non pas ouvertement, mais par des pratiques qu'elle cherchait à dissimuler et qui n'échappaient point ans regards les moins clairvoyants. Elle en vint jusqu'à refuser le salut aux galères françaises, contrairement aux convenances et aux traités. Du Quesne eut ordre, en même temps que M. de La Brossardière, commandant des galères, d'insulter la ville de G^ues et la côte voisine de cette cité. Les galères passèrent devant Gènes et canotmèrent en défilant ie faubourg de San-Pier d'Arena ; Du Quesne alla s'établir au cap Noli, menaçant la ville. Il avait pris dans 1 navigation un vaisseau vénitien chargé de sel pour Cènes et six

Ki ADHAHAU DU (jlBSMi. leTR

barques génoises qu'il envoya dnns le petit port do Villerrnnche, d'où, à son retour à Toulon , il dcinit les emmener en Provence. Il avait écrit, \e â aoi^l 1678, à M. Colbert, étant sous voiles dans la baie de Porlo-FJno, qu'il était à la recherche des vaisseaux génois, et que la prise d'un » seul d'entre ces vaissenut fàchcroit plus les " Génois que celle de cent de leurs barques, dont, au reste, il avoit n pris six de très-peu de valeur " . Il ajoutait : u Si je trouve les 11 galères el que je puisse les délibérer " {sir, pour les décider à agir avec moi), u nous nous attacherons au moins à jeter bas la tour de * leur beau fanal, pour marque d'avoir eu l'insolence de manquer " de respect aux galères do Roi. i (Arch. de la Marine, lettre en parlie chilTréc et seulement signée par Du Quesnc.)

Mouillée à Noli, l'escadre était à portée d'agir contre Gènes ; luais, sans les galères, elle ne pouvait se hasarder à faire ce qu'avait résolu Du Quosne, c'est-à-dire entrer dans le port, canonner la ville, puis se retirer remorquée par les navires à rames. La côte de Gènes n'est pas saine; elle est, pour nous servir de l'expression de Du Quesoe (3 el 23 août), » elle est roîde et remplie de rochers " . el la mer agitée du moindre vent du large n'en permet point l'approche à des vaisseaux de guerre. Du Qucsne resta donc à XoVi , attendant que le vent de terre soufflât el que lu mer lui permit d'aller s'affourcher devant In lanterna, ainsi que les Génois nomment leur phare construit sur un rocher à gauche de l'entrée du port. La continuité des vents du large, plus forts qu'ils ne le sont dans l'été, empêcha l'escadre, qui restait sous voiles entre Gènes el Savone, de s'avancer jusqu'au fana! et d'eiécuter le projet conçu de le renverser avec le canon. L'n grand coup de Sud-Ouest partagea les vaisseaux en deux groupes; cinq d'entre eux furent obligés de se réfugier à Livoume, le Fleuron faisant beaucoup d'eau, l'Avenlurier qui avait son gréement en désordre, YErlalanl, le Foaijaeaz el VAquihn ayant des avaries plus ou moins graves, Quant à Do Qucsne et au reste de ses navires, il put résister au vent avec plus de constance. La frégate la Bien-Atmëe, envoyée à Livourne pour porter l'ordre aux vaisseaux qui y avaient relâché de se mettre en mesure de reprendre la mer, prit un navire anglais sortant de Gènes et en amena le capitaine « raisonner » à bord du Monarqve. 11 apprit à Du Qucsne que - les V Génois éloient dans le plus grand désordre et en prières publiques " pour obtenir l'heureuse arrivée d'une flotte qu'ils atlendoîeiit j fc 1' Hollande chargée de blé dont ils étoient dans la dernière i

3î8 AnnOftM DU Ol'ESNE.

r çres de la navigalioD, en loule sorte de lemps cl de toutes les action! " des combats , soit en allaquant, soit en se retirant » . Le second r^ glement sera i. pour la conslruclion des vaisseauii, en sorte que tontes 1 les constructions soient établies de telle manière que l'on soit assuré n qu'en bâtissant nos vaisseaux sur les mesures, proportions et di-

■ mensTons qui seront établies, un vaisseau réussiroit sûrement, se- " roil léger de voile " (à la voile), u facile à manœuvrer autiinl que n sa grandeur pourroit te permettre, de beau et faon combat, sans

■ qu'il fût jamais facsoin de le doubler" (de lui mettre un doublage extérieur afin de le rendre plus stable, mais au risque de l' alourdit)^

» Vous voyez, ajoalHit M, Colberl, les inleolioDS de Sa Majesté si deux points, tl comme il n'y a pertonne en France ni mfme en Europe qa puisse travailler plus sûrrinenl et avec plus de connoissancc que leur enëculion. Sa Majcsic m'ordonaf de voua en écrire et de vi en même temps qu'Elle ilcsirc que vous y Iravoillicz pt^nilant votre séjour à Touloa avec applicatino. et que vous m'envoyiez les mémoires q en ferei. » (Arrh. de la Marine, Dépêches, 1678, fol. 467 v°.)

Une lettre à peu près semblable à celle-là, mais en des lerto moins flatteurs, fut adressée à M. Jean Cabaret, Chef d'escadre^l dont M. Colbert faisait grand cas. Nous ne savons ce que devé cette affaire des deux règlements; aucun document ne connallre les résultats des travaux de Du Quesne et de M. Gabar^ Du Quesne, qui, le 17 septembre 1678, reçut le congé qu'il ava demandé une seconde fois, put dire au Minisire, quant au s règlement, qu'on pourrait déterminer les proportions, les dimel sions, les grandeurs de cbaque espèce de vaisseau, avec les foraï réputées les meilleures pour que le navire cdt de bonnes quafitésfl mais que ces précautions prises ne feraient pas que toujours ) [ frères seraient également -légers de ïoiles et faciles I ; que des diflérences sensibles pourraient exister entre des bâtiments construits sur les mêmes gabarits , les bots 'employés n'ayant pas tous le même poids ; enfin que les précautions les mieux prises ne pourraient pas empêcher que deux navires faits sur le même plan ne fussent pas en tout égaux. Quant au premier règlement , on pouvait poser des principes généraux, mats ce que demandait VI. Colbert dans le détail était impossible, ou si difficile à obtenir qu'il ne fallait pas songer â faire faire à des vaisseaux rien qai ressemblât aux manœuvres de l'infanterie ou de la cavalerie.

En lui envoyant son congé, le Ministre écrivait à Du Quesne ([

le Roi tf s'assuroit qu'il sVn serviroit seulement après que le désar* 9) memeut entier des vaisseaux qu'il commandoit scroit fait » . (Arch. de la Marine, Dépêches, fol. 473 v"".) C'était ajourner à une époque assez éloignée le bonheur que se promettait le Lieutenant général de vivre un peu pour lui-même et pour sa famille , et Tespoir qu'il avait conçu de voir le Roi et d'amener Sa Majesté à lui accorder la haute récompense qu'il se croyait bien légitimement acquise. Une lettre du 10 octobre dut lui montrer que le mécontentement de Louis XIV ne s'était pas affaibli, et qu'il en avait trouvé de nouveaux motifs dans une mesure qu'avait prise Du Quesne malgré les ordres de M. Colbert :

a Le Roi a été surpris d'apprendre que les soldats du désarmement de ses vaisseaux n'ayrnt pas encore été licenciés et que vous F ayez empêché , sur quoi je sais bien aise de vous dire une chose que je vous répète assez sauvent, qui est que ces manières d'agir reviennent trop souvent et font un peu de tort à vos services. Sa Majesté veut être obcie ponctuellement et exactement, et veut que ceux qui ont Thonnenr de la servir ne présument pas qu'elles puissent jamais auoir aucune raison de suspendre l'exécution de ses ordres d'un seul moment. ^ (Arch. de la Marine, Dépêches, fol. 51 1 .)

Le Roi voulait, mais c'était en vain.

Pourquoi Du Quesne avait-il retenu les soldats qui venaient de faire campagne avec lui , quand le désarmement complet avait été ordonné par la Cour? Dans sa lettre du 17 juillet 1678 à M. Colbert, il avait dit :

« Il ne reste rien à vous faire ressouvenir sinon qu'en cas qu'il plaise an Roi de faire ci-après qnelqu' armement de vaisseaux et de galères , il seroit très-avantageux à son service de conserver la soldatesque qui est sur le Monarque, qui est une compagnie de deux cents soldats aguerris à la mer et que j'ai cultivée depuis cinq ans, comme aussi ce qui se trouvera de meilleur sur les autres bords. C'est un avantage si grand d'avoir des soldats amarinés que l'on ne sanroit trop les priser, autant sur les galères que sur les vaisseaux. »

A ces observations qui étaient d'une grande justesse , mais auxquelles il était difficile de donner satisfaction dans les circonstances où l'on se trouvait, M. Colbert ne fit point de réponse, jugeant que Du Quesne, au moment où la paix avait diminué les armements, ne persisterait point à proposer la continuation d'une dépense considérable pour l'entretien de soldats qui pouvaient être longtemps sans emploi . Du Quesne ne comprit pas le silence du Ministre ou voulut n'en point tenir compte, convaincu qu'il avait raison et qu'on en

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viendrait à le reconnaître. Le 23 août, à la fin de sa lettre, écrite devant Antibes, il dit à M. Colbert :

tt Qu'il vous plaise vous souvenir de faire réponse concernant cette soldatesque aguerrie à la mer. n Le Ministre ne fit point cette réponse qu'attendait, que demandait instamment le Lieutenant général, et celui-ci, persuadé qu'il avait raison contre le Roi et M. Colbert , passa outre et retint les soldats qu'il devait licencier en même temps que les matelots et officiers mariniers. De là cette lettre outrée du 10 octobre, arrivée à Du Quesne le 16 , avec une seconde lettre par laquelle on l'avertissait que le projet d'incendier les vaisseaux ia Roi dans le port de Toulon avait été formé par des Messinais employés aux travaux du parc. Du Quesne prit tout de suite des mesures de sûreté, doubla les gardes, et après l'arrivée de M. de Grignan, gouverneur de la Provence , chassa les Messinais qui donnaient de l'ombrage. Il établit des personnes chargées de visiter tous les navires du commerce entrant à Toulon ou en sortant, et leur faisant donner caution d'argent, il rendit responsables les intéressés à l'armement de ces bâtiments de ce que pourraient faire leurs équipages pendant leur séjour dans le port. Quand cet orage sans conséquences fâcheuses fut passé , Du Quesne se servit « de la permission qu'il avait plu à Sa Majesté de lui octroyer r> ; il partit pour Paris.

Si le Roi, pendant Tannée 1678, n'accorda point à Du Quesne les hautes récompenses qu'espérait toujours le Lieutenant général, bien que les avertissements réitérés de M. Colbert lui eussent inspiré des craintes sérieuses , Sa Majesté le satisfit au sujet des faveurs qu'il avait demandées pour son fils et ses neveux. Le Ministre promit un vaisseau pour Henri Du Quesne et comprit Du Quesne-Guiton dans une promotion de neuf capitaines faite le 7 février.

Dans c^tte promotion figura M. François Colbert de Saint-Marc, qui, entré dans la marine en 1672, avait passé rapidement par les grades de lieutenant (décembre 1673) et de capitaine de frégate légère (1675). Son nom ne lui fut pas inutile. Disons tout de suite qu'il se retira Chef d'escadre ad honores et cordon rouge , avec une pension de six mille livres, le 1'' juillet 1721. 11 mourut près de la Rochelle, le 22 janvier 1752. M. Jacques d'Hailly, commandeur de Tordre de Malte, fait capitaine de vaisseau le 7 février 1678, était entré dans la marine royale, comme volontaire, en 1674, et avait été fait lieutenant le 3 avril 1675. 11 devint Chef d'escadre le 9 mai

1679 MARINE DU XVII* SIÈCLE. SSl

1707, et mourut le 27 décembre 1720, retire ju service avec une pensioo de neuf mille livres et le titre de Lieutenant général ad honores. Un chevalier de Sévigné (que les documents nomment souvent Sevigny) 6t partie de la promotion du 7 février 1678.

Un mot sur ce chevalier. La marquise de Sévigné écrivait, le 17 novembre 1675, à madame de Grignan : « Il y a un chevalier de » Sévigné qui est votre parent et mon filleul ; le chevalier de Buous » dit qu*il est fort brave... Il voudrait bien avoir un vaisseau. Vous 9 qui gouvernez monsieur de Seignelay, vous pourriez bien aisé- « ment obtenir pour lui ce qu'il souhaite. ?) Le chevalier de Sévigné ne pouvait point prétendre à un tel avancement en 1675. Entré dans la marine, le 18 juin 1664, avec une commission d'enseigne, pour servir sur V Ecureuil, que commandait le marquis de Preuilly d'Humières, il fut fait lieutenant de vaisseau le l*' mars 1673. Aucun service extraordinaire, aucune action d'éclat ne l'ayant signalé à la bienveillance du Roi, M. de Seignelay fut obligé de prier madame de Grignan de prendre patience. A la fin de l'année 1677, lorsqu'on préparait selon l'usage les promotions et les armements, M. Colbert voalut bien présenter à Louis XIV M. de Sévigné pour une commission de capitaine dans la liste des neuf officiers que le Ministre voalait encourager ou récompenser. Le chevalier Jacques-Christophe de Sévigné servit bien , mais sans se tirer de la foule des bons capitaines par une brillante campagne; il mourut à Brest le 8 juin 1700. 11 avait un frère, M. Christophe-Jacques de Sévigné, comte de Montmoron, qui, enseigne dès 1666, et lieutenant du 4 mars 1673, fut fait capitaine le 20 janvier 1680, et mourut à Brest le 28 mai 1719. (Voir sur la famille des Sévigné marins, notre Dict, antique de Biographie et d'Histoire , p . 1 1 3 1 . )

• Le Roi, qui, pour être agréable à Du Quesne , avait fait capitaine de vaisseau le lieutenant Abraham Du Quesne-Guiton , fort estimé de son oncle, lui accorda, le 8 mars 1678, une autre grâce. Par arrêt du conseil , il donna au Lieutenant général « terme et délai d'une année pour faire la déclaration de sa terre de Moros en Bretagne ^. (Arch. générales, 1792.) Il ne devait pas s'ei^ tenir là; on le verra bientôt.

Pendant l'année 1679 , Du Quesne ne fut point employé à la mer; il ne resta cependant point inutile. On le retint assez longtemps à la

33! ABRAHAM Dt QUKSNE.

Cour, où il éiail ccpeDilunt loujoura un peu embarraMdul. Lorsqu'il eut fait à Sainl-Gennain su révérence nu Roi et plaidé auprès de Louis XIV sa cause, qui , pour n'être pas Hbsoliiment perdue , semblait de plus en plus difGeile à 3a<[ucr, le prince ne se désistant point de sa volonté an sujet des choses de la religion, et Du Qneane refusant avec toutes sortes de respect de satisfaire Sa Majesté sur ce sujet , où deux consciences se trouvaient en lutte ; lorsqu'il eut va A^Ê revu M. Colbert et M. de Seignelay , qui ne pouvaient dédire le sod>S vcrain , mats cherchaient li persuader Du Quesne que quelque chose ' de grand , d'étonnant , de prodigieux, fait par le commandant dei vaisseaui français , dans une rencontre avec les vaisscaui ennemis, porterait sans doute le Roi à franchir l'obstacle qu'il avait dressé devaDt un serviteur de l'État qu'il estimait, qu'il aimait, obstacle qu'il avait décidément élevé, entre les faveurs, les grâces, les juslei récompenses et lous ses sujets protestants; lorsqu'cnGn Du Quesu m eut pris, auprès de sa femme et de ses deux lils Abraham 111 et M Isaac , un assez lon^i; repos qui lui était bien acquis , le Lieutenant 4 général fut renvoyé à Toulon, n'emportant de son voya<{e qu'une satisfaction, celle d'avoir procuré à son (ils Henri le commandement du vaisseau le Bizarre, quitté, le 19 avril 1679, par M, le chevalier de XoaiUes , qui passait de la marine à voiles dans In m»- ■ rinc à rames avec le litre et la charge de Lieutenant général dfiH galères. Henri Du Quesne avait été nommé dès le commencement V de l'année au commandement en second du vaisseau le Conquérant; sa commission pour le Bizarre le sortait de In tutelle d'un ofGcier général. Capitaine en premier du Conquérant! liberté fort appréciable pour un ofGcier qui pouvait être détaché seul et s'acquérir dei litres à la gloire et à la bienveillance, dans une mission difficile on périlleuse. Les choses, malheureusement, ne s'arrangèrent pas de façon que Henri Du Quesne proGtàl des avantages que lui avait ménagés son père. L'action du Bizarreucai rien d'intéressant; elle se borna à quelques courses en escadre dans la Méditerranée, contre les Barbarcsques, auxquels le Roi voulait qu'on Ht une rude et continuelle guerre pour les contraindre à tenir les traités paiiiiè^ avec eux par la France et auxquels ils manquaient toujours, so\^ une foule de prétextes.

L'événement marquant pour la marine française, en 16*7oJ événement bien cruel, fut la perte de deux grands ^vaisseaux ^ la mer de Bretagne, sans que personne', parmi ceux qui les cou^y;

salent, eût à se reprocher d*y avoir contribué ou de n'avoir pas fait effort pour la prévenir et en atténuer les conséquences. La flotte, qui avait poussé un cri de douleur et d'indignation quand elle avait appris le naufrage des six vaisseaux jetés sur les récifs des îles d*Avès par Toutrecuidante impéritie de M. le comte d'Estrées, éprouva un vif sentiment de regret, mais se garda bien de prononcer un blâme lorsqu'elle connut le naufrage des vaisseaux de M . de Tourville. Elle savait marin prudent, et de tous points capable, ce Chef d'escadre, et ne pouvait le comparer à M. d'Ëstrées.

Voyons ce qui s'était passé quand le bruit arriva des ports de rOcéan, à la Cour, à Paris, à la France, que M. de Tourviile avait naufragé en pleine mer. M. Colbert avait conçu beaucoup d'estime pour le chevalier de Tourviile, mais jusqu'alors ne l'avait employé qu'en sous-ordre; il voulut lui procurer l'occasion d'agir par luimême, non pas avec un seul vaisseau, mais avec une escadre, détachée de la flotte du Levant dont M. de Vivonnc conservait le commandement qui s'étendait aux vaisseaux et à trente-deux galères. Le Roi, prévenu par M. Colbert, et qui se rappelait bien les actions courageuses par lesquelles le chevalier avait établi sa réputation dans l'armée navale, annonça lui-même à M. de Tourviile qu'il le nonunait au commandement d'une forte division de vaisseaux chargés de donner la chasse aux corsaires de Majorque, qui se permettaient, malgré la paix faite avec l'Espagne , de courir sus aux marchands français et de les capturer. « Faites vite. Monsieur le chevalier, partez, et que Dieu » bénisse votre entreprise, faite pour le bien du commerce de notre .9 État et pour la gloire de notre couronne. » Le chevalier salua , remercia, prit congé, assurant qu'il ferait de son mieux, et M. Colbert l'expédia, lui donnant ses instructions écrites. M. de Seignelay lui remit en môme temps le billet suivant :

tt Le Roy envoyant à Toulon M. le chevalier de Tourviile, Chef d'escadre de ses armées navales, pour l'éxecution des ordres de Sa Majesté, et étant nécessaire qu'il s'y rende incessamment, le sieur Thieriat ne manquera pas de lui réserver préférahlement à tous autres les deux premières places du carrosse de diligence qui partira pour Lyon, mercredi prochain, 22* de ce mois... Ce 19* février 1679. » (Minute de la main de M. de Seignelay; Bibl. Nationale, Mélanges de Ciairambault , vol. 550, p. 201.)

H. de Tourviile envoya cette invitation , cet ordre , pour mieux dÎTCf au sieur Thieriat, directeur des carrosses de Lyon, que les conditions de son privilège forçaient d'y obéir, et , le 22 février, il

se mit en route pour la Provence en passant par Lyon , où il prit un des deux moyens ordinaires de transport , le cheval ou le bateau du Rhône. Le 4 mars, il reçut de M. de Scignelay la prière de hâter Tarmemeût et le départ de Toulon de deux vaisseaux contre les Majorquins. Le 7 , il répondit qu^on se hâtait, et le 18 mars, une nouvelle lettre lui arrivait pour le presser. M. de Seignelay obéissait là aux instructions de son père , qui prétendait qu'on ne pouvait trop mettre Tépéc dans les reins à ceux qui devaient obéir aux ordres da Roi , parce qu'ils en prenaient généralement à leur aise , et que leon lenteurs irritaient Sa Majesté , qui aimait à être servie promptement. Dans la lettre du 18 mars, le fils de M. Colbert disait au Chef d'escadre :

tt M. le due dé Vivonne doit partir au premier jour pour se rendre à Toulon , et , comme Sa Majesté veut que les vaisseaux qu*Elle fait armer audit port sortent le 10* ou 14* du mois prochain , prenez bien garde qu'il n'y ait point de retardement, n*y ayant rien de si important dans les caw^ mencements que de faire connoftre à Sa Majesté que ?ous avez toute l'application , le soin et la diligence nécessaires pour vous acquitter des ordres qui vous ont été donnés, et surtout dans le premier commandement qu'Elle a bien voulu vous confier.., J*ai donné ordre au sieur Arooul de payer k table du capitaine du vaisseau que vous monterez, n (Dépêches de M. de Seignelay , 1679 , fol. 156 , Arch. de la Marine.)

Les deux navires légers que M. de Tourville devait expédier à la chasse des corsaires majorquins étaient la Sirène et la BienrAimie, celle-là commandée par M. de Sébeville-Montreuil , ayant pour capitaijie en second le commandeur d'Hailly, récemment promu au grade de capitaine de vaisseau ; celle-ci commandée par le chevalier des Gouttes, qui avait pour second capitaine M. Abraham Du Quesne- Guiton, capitaine, comme nous l'avons dit, du 7 février 1678. Les deux frégates, tout en cherchant les corsaires de Majorque, devaient escorter jusqu'à Civita-Vecchia une flûte qui allait charger dans ce petit port des statues et autres objets d'art achetés à Rome pour les châteaux royaux.

Le 15 avril 1679, M. de Seignelay envoyait une Instruction (rédigée et signée le 12) au Chef de l'escadre qui était en armement. Le Roi disait à M. de Tourville qu'il destinait le vaisseau le Hardi, commandé par le marquis de la Porte, et la flûte la Bienvenue, à un voyage à Constantinople pour y conduire M. de Guillcragues, nommé Ambassadeur de Sa Majesté à la Porte à la place de M. de

1079 MARINE DU XVII* SikCLE. 335

Nointel, qui était rappelé *. Le Hardi, la Bienvenue, la Sirène et la Bien^Aimée étant détachés de lescadre, M. de Tourville devait faire voile pour chercher, combattre et prendre les corsaires majorquins avec le Conquérant, le Sans-Pareil, le Content, VArc^n-ciel, le PoUci les brûlots ï Étourdi et Y Hameçon. (Ordres du Roi, 1679, fol. 220.) Le Poli, monté par le chevalier de Noailles , ne fut point de la campagne ; on le visita au moment de son départ, et on le trouva pourri dans tous ses membres. On lui substitua le Bizarre, que M. de Noailles garda quelques jours à peine, car le 19 avril, ainsi qu'on Fa vu, il le céda à M. Henri Du Quesne.

Le Hardi fit voile pour le Levant, le 12 septembre 1679; il avait mission de ramener M. de Nointel et sa suite, aussitôt qu'il aurait débarqué M. de Guilleragues à la Corne d'or.

Le 10 juillet, M. de Tourville, qui était encore à Toulon, où il avait reçu Tordre de repasser dans l'Océan avec quatre vaisseaux qa*il désarmerait à Rochefort, fut averti par M. le duc de Vivonne que l'intention du Roi était qu'avec ces quatre navires de guerre il passât par Majorque et Minorque pour insister auprès du Vice-Roi, afin d'obtenir de lui la restitution des bâtiments français pris par les corsaires des îles, et, en cas de refus, qu'il arrêtât tous les vaisseaux de Majorque, les capturât et les envoyât dans les ports de France « pour y être retenus jusqu'à ce que le conseil d'Espagne eût » satisfait à la restitution entière des effets saisis sûr les sujets de Sa » Majesté, au préjudice des passe-ports du duc de Villa Hennosa et » de la signature de la paix » . Les quatre vaisseaux que M. de Toui^ ville avait ordre de conduire au Ponant étaient le Sans-Pareil, le Conquérant, le Content et YArc-en-ciel. Le beau chevalier, ainsi qu'on le nonmiait à la Cour, allait mettre la marque de son commande^ ment sur le Sans-Pareil, dont le capitaine en second était M. de Villiers d'O, capitaine depuis 1676*. M. le chevalier de Genlis était premier lieutenant à bord; M. de Châteaumorant , neveu de M. de Tourville, était second lieutenant; M. de Vallavoire' était premier enseigne et avait après lui deux enseignes, MM. de Cintré et Ignardon. Le Conquérant était sous le commandement de M. Cyprien

^ Voyez ci-dessos, page 23.

^ Le 8 avril, M. de Seignelay écrivait à M. de Tourrille : « Sa Majesté vent qae la sieur Villiers d'O soit payé à raison de deux cents livres par mois pour ses appoin» temonts, ainsi que les autres capitaines en second, et qa'il ait deux valeUt passés* conformément au règlement du 17 mars 1673. •

3 Frère du général qai avait commandé à Messint .

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Chabert, officier déjà ancien, que Du Quesne comptait parmi les capitaines vraiment hommes de leur métier. C'était le marquis d'Amfrevillc , Chef d'escadre , qui commandait le Content, Quant à YArc-en-ciel, il était sous la main du chevalier de Coëtlogon , capitaine expérimenté, que nous avons déjà vu bien des fois à la tête de l'équipage d'un vaisseau.

Tout semblait présager un bon voyage à l'escadre qui allait passer le détroit, bien que déjà la saison s'avançât et qu'on pût trouver la mer difficile et les vents forts. Le 16 avril, M. Colbert avait écrit à M. de Tourville : « J'ai été bien aise d'apprendre que les vaisseaux 7) que vous commandez aient été bien radoubés, » Le Ministre avait appris cela de l'Intendant, M. Pierre Arnoul, et du chevalier de Tourville lui-même, qui s'était assuré du fait. Nous insistons sur ce détail , on va voir pourquoi.

Les choses allèrent bien d'abord ; mais à la hauteur de Lisbonne, une flûte chargée de poudre, que M. de Tourville avait jointe à son escadre pour la conduire à Rochefort , déclara qu'elle avait une voie d'eau qu'elle ne pouvait boucher à la mer, et le chevalier fut obligé d'entrer dans le Tage pour y pourvoir à la sécurité du navire qu^il fallait réparer avec soin si l'on voulait sauver sa cargaison.

M. de Tourville écrivit au Ministre, le 19 septembre, pour l'avertir de sa relâche. Celui-ci, lui accusant réception le 23 octobre, loi rappelait les ordres que lui avait envoyés M. de Seignelay sur le désarmement des quatre vaisseaux, recommandant au Chef d'escadre de u s'appliquer à l'exécuter et de tenir la main à ce que les capi- » taines et officiers mariniers de chacun vaisseau donnent un rap- » port de ses bonnes et mauvaises qualités, afin de remédier aux n défauts qui y auront été remarqués » . Que l'on était loin de prévoir à Paris ce qui s'était passé à la mer alors qu'on écrivait cette lettre pleine de sages recommandations, et que M. de Tourville ne devait recevoir à Rochefort qu'après avoir éprouvé les rigueurs les plus cruelles de la fortune !

Parti de Lisbonne et se dirigeant vers le Nord , le chevalier alla sans encombre jusqu'à la hauteur de Relle-lsle avec ses trois conserves. 11 savait faible son vaisseau, et pour décharger un peu ses u hauts ' , que chargeait trop son artillerie , il fit démonter et mettre dans la cale dix-huit pièces de canon ; puis u lier le Sans-Pareil n en huit endroits, de sorte qu'il ne fit aucune goutte d'eau » . (Tourville, Lettre du 9 novembre 1679.) Jusque-là d'ailleurs ce bâtiment

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