‹ Abraham Du Quesne et la marine de son tempsChapitre 15 sur 32 · AT · texte numérisé non relu

AT

UARINB DU XVI1> StÈCLE.

était resté parfaiteniGiit élanche. On se trouvail, le 21 octobre, fort loin de Belle-Ile, lorsque le cent, d^ji fort, grandit encore, et qu'une formidable tempête soulevant la mer furieuse mit en pàril les quatre vaisseaux, qucla prudence de leurs capitaines décbargea de leurs voiles hautes, et dirigea, autant que la direction fut possible, vers les ports les plus voisins. Prudence inutile, vains efforts! Réunis pendant un temps, mais borriblement battus par la lame et fuyant devant un vent de sud-ouest enragé — qu'on nous permette cette eipression , — les vaisseaux furent à la fin réduits à chcrcber, chacun comme il put, leurs chances de salut. L'Arc-en-del, qui avait été forcé d'abandonner le Congu&anl envahi déjà par l'eau, avait eu le bonheur de suivre le Sans-Pareil, et ce fut pour M. de Tourvîlle et quelques-uns des siens un port dans son naufrage. Mais laissons le malheureux chevalier raconter lui-même à M. Colbert le dernier épisode de son voyage, dans une lettre désolée :

. De Belle-Ile, le ai ociohrt 1679.

tt Je suis dans ans â grande aFfliclion que je laieserois le eoin à un autre de vous inrormer de fa perle du vaisseau le Sani-Partil, si je ne crnyois abiolunipnl nccessairc que vous l'appreDiei par moi-mâme. Elle csl arrivée à cenl lieues de Belte-Ite par un d^niilage entier de lous ses niAU. Le besupriï dém&ta le 21 de ce moîg et attira , comme il arrive ordinairement, te mil de misaine. Ce désordre lit ouvrir le devant du navire et faisoil faire beaucoup d'eau. L.e soin que je prenais à faire pomper Incessanimeal et k faire tout ce qui ge peut eo pareille occaeion me donnait espérance de me pouvoir sauver. Mais la chute du grand mit, qui arriva le lendemain (23) ■a matin, fil une si grande ouveHurc n (en battant le Banc et la poupe du navire), • que l'eau monta de dix pieds en moins de trois heures, ce qui fit abandonner le travail aux maleloti qui se Doyoieut dans le fond de cale. VojanI qu'il n'y avoil pas d'espoir de sauver le vaisseau, je me mis en devmr de sauver féquipaye. Je Ss embarquer quatre-vingts hommes dans :onviai plusieurs officiers de s'embarquer; rande qu'ils crurent devoir remettre à nue oui ce monde, à quelques-uns près, arrivèrent beiireusement il fexécution ; mais leur iulîdêhlé et leur ingratitude fut (sic) si grande, que, se voyant sauvés n (ils avaient ëté portés à l'Art' en-tiel), u ils laissèrent aller la chaloupe et le canot à la dérive, eraînle d'être obliges de faire un second voyage. Cette chaloupe éloitle seul espoir qui me rcstoit. Le temps ctoil si mauvais que le chevaUer de Coëllogon ne me pouvoil approcher; il aurait démêlé s'il avoit entrepris de mettre sa chaloupe à la mer. Enfin, voyant qu'il ne pouvoil nous rendre aucun Mconrs , il hasarda son canot avec six hommes qu'il fil embarquer à force s et de prières, mais beaucoup plus par la force de l'argenl qu'i

mais ils trouvèrent la antre occasion de se

ABDAHAU DU QU£S\E.

leur promit n (imrï taerafamal). u Ud ofGcicr les accompagna et vint k metlri! ï une portée de fusil de la poupe du Sam-Pareil.

> Voyant que o'étoit la seule ressource que je pouvois espérer, je sollicitât Ions les officiers de s'en servir et Je se jeler à la mer pour gagner le canot, comme j'allois lâcher de faire. La vue d'une mer haute comme le

eulà

lie d'attendre prendre ce parti.

Je la marine et à quantité d<

1 se noyèrent, quatre seulement purent

navire leur parut une voie qu'ils coulassent à fond , qui fut funeste à quelques voulolent me suivre. Plus parvenir d'aller jusques à moi .

ti Ce ne fut pas le seul danger que je courus ; car, auparavant d'arriver à \' Are-en-eiel, les coups de mer pensèrent abîmer vingt fois It! canot, qui n'arriva à bord qu'entre deux eaui. Je fus obligé avec quelques matelots de nous serrer, faisant le dos de tortue, pour rompre les coups de mer. Je vis encore ce pauvre navire, depuis une beure Jusques à la nuit, coulant inBcnsiblement à fond , avec le mortel déplaisir de ne lui pouvoir donner aucune aide. Apparemment il pérît à l'entrée de la nuit, n'ayant point répondu aux signaux qui lui éloient faits de V Arc-en-ciel. U ne parut plus

n Jamais aventure n'a été si triste ; elle m'a jeté dans mie douleur si vive que je n'ai pas encore ressenti la joie qu'on a ordinairement d'avoir

évité une raorl si affreuse Il ne s'est sauvé d'ofliciers que Chdtean-

moraut et Ignardon, que j'envoyai conduire les chaloupes à rjrc-«n-ci«I. Je ne crois pas qoe le Hoi me soupçonne d'aucune négligence. Je ne permis jamais qu'on sauvât mes bardes ni ma vaisselle par 1rs chaloupes de monde que j'envoyai, ne voulant pas qu'il s'embarquAl la moindre choie qui fût i moi que tout le monde ne fitt en sAreté. Aussi ai-je tout perda, et il ne me reste que la chemise et le pantalon ' avec quoi je me suis jeté à la mer. EnGn, je suis aussi gueux que j'étois en naissant, el j'ai perda dans un moment tout ce que j'avois pu avoir dans quinze ans de service. J'espère, Monseigneur, que, par votre moyen , je ne resterai pas longtemps dans cette misère.

n J'ai trouvé, en arrivant ici, le marquis d'Amfreville dans un pitoyable

' Qd'dd Dont permette de nous arrêter un ingtanl i ce détail du coalumi det hoiDim dn dii'ieplièine liècle. tl elt parlé parloDl du haut-de-cfaansBe, des bu'de-thalllM ^ mail on ne voit jini nommé le pantalon. C'éUil le vêlement collant . tout d'an» pl«^^ do col an IhIoq. ou teulenirnl de la ceinture au bout d« pi'edi, qu'on porliil loui \^ baut-de-chauue, el qui atait pria son nom du tricot ou de l'élaî , — parJnB p^^^^ l'eipreoiDU, — de l'étui que porlnil lous la robe aa ta jaquette le boairon qai , Veniie, tenait au llicàtre le rflie do vieillard qn'on bernait et m^me qu'on r<j,J.. parfoii. La première édition du Dictiunuaire de Fureliira ne contient pit Ib - pantalon ■ , qu'on admit dans le< édition! postérieures i celle-là. Quant i |'q^ ." de co mot. nom avoni dit aUleora {Dicliom. critijai) qu'il eal probible qno \g ^"'' dieu qui «'en fit un nom aviit u lojia on u bûiua établie lur U place de San p "^-j

flBRAIi.lH DU QUKSNK. IBTf^l

a Faisaient partie des étals-majors des vaisseam

;hevalier ^^^ ence d»^^|

port* v^^H 1 Levant, ^^H

nuée, et ^^M

troîi.^^1

liplie lea ^^

l'autre des Sévigné perdus.

Dans sa lettre du 6 novembre que nous avons citée , le chevalier de Touruille fait cette remarque, adressée ù la prudence M. Colbert :

u TouG les vaisseaux à trois ponts doivcol être retirés dan» les ports V commenceinent de septembre, dans les mers du Ponaul, (ilant trop chsr^Al:'! d'artillerie pour pouvoir résister. L'on peut les faire naviguer où il y a quantiic de ports, n

Ah ! oui, des |)orts en quantité tout autour de la Médilerranét peu ou point d'asiles sur la côte malsaine de France ! Depuis troîi siècles on se plaint de l'absence de ports de refuge; on multiplie commissions, on recueille des avis, on écoule ingénieurs el capitaines, et l'on n'arrive jamais à se fixer sur les lieujt qu'il faudrait transformer en ports ; et puis on est cITrayé de la dépense à faire. Quelargent, cependant, eût été mieux employé î A combien d'hommes n'eiit-on pas sauvé la vie? Combien le commerce eût-il gagné à l'exécution de deux ou trois ports, qu'en définitive il n'est pas impossible de créer ! Mais non ; on tâtonne, on élève contre tous les projets des montagnes d'objections, on dit que l'argent manque, et rien ne se fait; rien ne se fera , et !a grande route des navires restera ce qu'elle est, semée d'écueils et de débris de vaisseaux! Il faudra que la France ait perdu dans une furieuse tempête trois ou quatre de set grands navires, dont chacun coûte la rançon d'un État, pour qu se décide à creuser quelques points de la cdte, à faire quelques ba intérieures, où la marine puisse s'abriter aux jours de la tourmente.

Le 30 octobre 1C79, lorsque M. Colbert reçut le rapport du chi valter de Tourvillc, il se hâta de lui écrire pour le consoler : u Sur " l'avis que vous m'avez donné, par votre lettre du 'ii de ce moiS: n du prodigieux accident qui vous est arrivé, je ne puis vous dire n autrechosequeje vous plains beaucoup qu'un aussi grand malheur

0 que celui-là vous soit arrivé , n'y ayant aucune apparence qu'un 3 aussi bon officier que vous n'ait pas fait son devoir eu une s\ n fâcheuse occasion, soit en prenant les précautions pour cmpécho^f. n un si grand malheur, soit à faire tous les elTorts imaginables po\jj.

1 y remédier, n

Au marquis d'Amfrcville , M. Colbert écrivît, le 7 novembre : >i four réponse aux lettres que vous m'avez écrites, le 25 et l^ a^i 0 du mois passé, il y a lieu de s'étonner que le Content soit ç,j j

ue

i I«ra MARIKE DU XVIIo SIJECLB. 341

^ mauvais étal , cl il y a lieu de croire que , si vous aviez été présent •■ lorsqu'il a été radoubé, ou que nous l'eussiez visilé avanl que de ' le monler, peul-éire aurirz-vous pu le mettre en meilleur étal. En « un mot, le Roi est persuadé que vous avez fait tout ce que vous • avez pu pour le sauver ; mais Sa Majesté veut que les ofûciers de " marine s'attacbeul à bien visiter leurs vaisseaux, soit en les radoun bant n (pendant qu'on les radoube), " soit avant de les monter, " n'étant pas naturel ni ordinaire qu'un vaisseau qui n'est en mer » que depuis cinq ou six mois soit en état de périr faute de radoub. ><

Le 8 novembre, M. Colberl, qui laissait fi M. de Seignclay, alors à Aries, le soin d'écrire à M. Pierre Amoul, l'Intendant de Toulou , adressait à Du Quesne une lettre où il lui disait :

u ... Ces accidents ne font que trop connaître la négligence qu'on n a apportée aui radoubs de ces vaisseaux. 11 est bien diflicile que •F La Cornière n (capitaine de port à Toulon) u ait fait sou devoir f sur ce sujet, puisque c'est à lui de répondre de la manière dont les n vaisseaux qui sortent sont radoubés.,. " Le mâniejour, le Ministre écrivait àM. de La Cornière une lettre de reproches, mats en termes mesurés , en même temps qu'il chargeait Du Quesne de faire faire une visite exacte de tous les mâts servaut en ce moment sur les vaisseaux de Toulon, ■< alÎD de coanoilrc de quelle qualité ils sont, 0 d'âter ceux qui ne se trouvent pas bons, et de travailler à leur « remplacement. « Il reconnaissait dans sa lettre " que les vaisseaux » avoient démâté, et que c'est ce qui a causé leur perte > . Cela était juste et contredisait un peu ce qu'il avait dit d'abord des radoubs, qn'il accusait du malheur arrivé au Sanf-Pareil et aux trois autres vaisseaux.

M. Colbert ayant envoyé en communication la lettre de M. de Tourville à son fils, avec prière de semoncer M. flmoul, H. de Seiguelay adressa à celui-ci la lettre suivante :

" J'ai reçu aujourd'hui une nouvelle qui m'a donné un exiréme déplaisir et qui ne me confirme que Irop ce que j'ai vu depuis qnalre ans lic l'horrible nëgligence que voaa avez apporlce aux choses essentielles de votre emploi. — Des quatre vaisseaux armés à Tonton au commencemcnl du mois de mai dernier, et qui sont eu Ponsnl, sous le commandement du chevaher de Tourville, le Sant-Pareîl s'est entr' ouvert au milieu de la mer, et tout son équipage s'esl perdu. On ne sait ce qu'est devenu le Conquérant, qui éloil à quatre pompes lorsque le vaisseau f Are-en-eiel l'a quitté ^ et tes deux autres vaisseaux ont eu peine à gagner Belle-Ile, après avoir coiilé bas d'eau â la mer. Voilà l'elTet de vos soins pour le radoub des

ABriAHÏM DU QUBSNE.

» qiie j'ai craint depuii si longtemps, et ee qui m'a obligé de vous écrire si bouvcdI et avec tant d'iastanco pour aller au fond du mal et pour rétablir par un travail solide le mauvais état auquel étoient tous les vaisseaux de Toulon pour l'abaudonnement entier dans lequel vous les aviei: laissés si longtemps. Mais, quelque soiu que je me sois donné snr ce point , vous avez mieui aimé Tairo sortir ces vaisseaux sans leur avoir fait faire le travail nécessaire pour la sûreté de leur navigation , que de convi'nir du mauvais état auquel ils étoient; et voilà les moyens par lesquels vous prétendez parvenir aux grAces que vous demandei I Je connoîs déjà depuis bien longtemps <]ue, pourvu que vous soyez bien enfermé dans votre chambre à faire des mémoires, la plupart inutiles, et à chercher de isons pour vous empêcher d'exécuter les ordres du Roi ijue e, vous croyez avoir satisfait à tout ce que vous devez, cl inez entièrement le soin de tout ce qui regarde la conservation et de tout ce qui doit être fait sous votre vue dons l'arsenal. Cependant vous assurez fort que vous faites tout ee que vous pouvez et que voua avez de bonnes intentions; mais les vaisseaux du Roi périssent, partie des fonds se consomme en dépenses inutiles, et J'ai à me reprocher de ne point avertir le Roi de votre incapacité et de votre négligence , à laquelle je ne vois que trop qu'il n'y a point de remède, après tout je vous ai écrit et ce que je vous ai dit sur ce sujet, n

s abandoi

Il y a là bien de remporte m eut, cl aussi bien de l'injustice, n'est pas le style de M. Colbcrt. M. Colberl, lorsqu'il réprimiuK adoucil ordiDairement les tons sévères du blàaie par une teinte d'indulgente bonté. M. de Scignelay n'n point de ces tempéraments; il est dur, hautain, sans pitié. Ici, il est cruel et frappe à coups redoublés sur un coupable supposé, dont la culpabilité n'est point démontrée ; il le frappe Jusqu'à l'abattre. Pourra-l-il, osera-t-il se relever? II est abasourdi. M. de Seignclay ne tient aucun compte dos assauts violents d'une mer monstrueuse contre de pauvres remparts de bois; il n'accuse point le vent, auquel rien ne résiste quand il est dans toute sa rage; il ne veut voir que les radoubs imparfaits. Cet oubli du fait principol , cet acharnement k s'attacher au fait secondaire ne pouvaient point échapper à M. Aruoul, dont voici ta réponse au jeune Ministre, réponse pleine de raison et de vérité. Elle est d'une plume humble, mais d'un cœur encore ferme et qui a pris le temps de se remettre :

H Je suis pénétré de douleur, et la perle que vous me marquez , lUoo- Bcigneor, du vaisseau le Sans-Pareil, m'a si fort saisi que je n'ai pas la force de dire aucune raison, pour rejeter le malheur arrivé, sur le drmdiemenl tl sur le temps extraordinaire que ces navires ont souffert; c'est an malheur lettl, en effet, que cet accident se peut attribuer, puisque c'est

de. réquipagi était maiade <• (de la Tali^ue el Jii mal de

1STB I

er).

ce qui«| en même temps d* I (et r^quipajje afliû-l u Si les voiles da m

l'espërance de pouvoir épuiser \'e.

le vaisseau, les voile» ayant é le emportées bli n'ayant pii easayer d'en cnverguer d'antres). — Conquérant ont tenu bon, noua croyons ici qu'il anra p rons de Brest, oii il faisoit aa route. L'i^quipago de voyant pas accompagné d'aucun autre, aura sans doute redoublé ses efiortS-l pour se sauver; c'est ce que l'eipérience a fait connollrc en pareille^ I occasions. — H l'égard du radoub du Sans- Pareil, l'on croit ici que l'osl n'y a rien épar.^ué ; il n'a point fait d'eau pendant qu'il a été dans Iflil mers de deçà et même jusques à son dcmSiement, qui a ébranlé son avant} I ce vaisseau est encore un de ceui qui ont été eonsiruils k Brest à prÎMM fait, ce qui ne réuitit pas heureusement dans la marine. '

M. de SeifjDelay, pressé île faire justice comme il ri>nlendflit dans sou impatience qui ne savait se modérer, n'attendit pas que Du Quesne lui eùl donné de premiers avis résultant d'uue enquête faite dans le port, et, le 15 novembre, Il écrivit de Valence au Lietite* J nani général, en lui cnvoyanl l'ordre de faire arrêter M. dé La Coiwl nière el les maîlres charpentiers : " Je sais bien que La Cornière et n » maître Cbapelle sont sous votre protection ; maïs je eonnois tr(^ « bien votre affection pour le service, pour n'être pas persuadé que « vous les condamnerez vous-même, s'ils ont été cause de la perte n lie deux des plus ^grands vaisseaux du Roi par leur négligence. » Du Quesne, bien à regret, déféru aux ordres de Sa Majesté; le capitaine de port et les charpentiers furent mis h la grosse tour, oft j maiire Chapelle ne resta pas longtemps, le service des constructions 1 l'appelant sur les chantiers. M. de La Cornière ne fut rendu à la ] liberté que dans le courant du mois de décembre.

Ce n'était pas assez d'une première lettre dure, violente, âe M. de I Seignelay an malheureux Arnoul, pour le mettre au désespoir; le I 16 novembre, le Ministre, revenant à la charge, lui écrivit :

u Je connois d'où vient un si horrible malheur, el j'auray à me rcprother toute ma vie de ne l'avoir pas prévenu, puisque votre condnite, depuis deux ans. m'en avoit assez appris pour me faire connoitre que voiu n'étiez pas capable de servir le Roi dans l'emploi avuis averti Sa Majesté, j'aurois empêché la perte de deux vaisseaux et d'un aussi grand nombre de gens de qualité el ' périr par l'étrange abandon dans lequel vous laissez les vaisseau d el la plus indi<|ne négligence dont on ail jamais out parler, i

Ainsi, sans l'avoir entendu, sans attendre les résultats de l'îl malion confiée à Du Quesne el à M. Brodart, M. .

1079 MARINR DU XVtl' SIÈCLE. S»

damné ! C'est lui qui a Tait périr un grand nombre de gens île qualité cl causi^ la pnrle des deux vaisseaux ! Lii passion ne fui Jamais plus aveugle et n'eu I plus besoin de se donner satisfaction. M, de Scignelay ajoute :

11 II n'etl plus quoilion à préaBnl d'exagérer votre malbeur. comme vous faites, dans votre lellre. Voui êtes cauie de la perle de deux des plus grands vaisseaux du Roi, et, do plus, de huit cents hommes dont éloieal composés leurs équipages; vous fies cause du dôcri dans lequel col accident, qui n'esl jamais arrivé aux outres Dations, mettra la marine parmi les étrangers, et vous aurez anéanti laules les précautions qui ont été prises pour établir un hon ordre dans la marine ; ainsi voiu detez, dès à prèttal, compter que le Hoi ne se peut plui servir de tout ni dans l'emploi que TOUS occupez ni dans avcun autre. ••

Si Ion compare ectle façon d'agir envers l'inlcndant de Toulon à celle doni on en usa à l'égard de M. le comte d'Estrées, après la perte de sii de ses vaisseaux aux îles d'flvès, on verra que M. Colbert travailla à apaiser le Koi dans l'affaire de M. le Vice-Amiral et épargna à celui-ci les reprocbes qu'il avait si bien mérités , et que M. de Seignelay exagéra tout pour perdre M, Amoul aupriïs de Louis XIV, croyant d'une bonne politique de faire un exemple, quand la preuve restait à faire des torts de rhomme qu'il accusait, u Où n la mouche a passé, le moocheroo demeure. " Trop souvent les choses vont ainsi. Pourquoi M. de Seignelay, qui était à Valence, d'où il fulminait ses objurgations, n'alla-l-il pas à Toulon travailler lui-même à l'enquête qui devait lui faire connaître la vérité? Peutêtre ne voulut-il pas se trouver en face d'une vérité qui l'aurait forcé de rougir de sa précipitation et de sa fureur. M. Arnoul était relevé de ses fonctions et on lui déclarait qu'il ne rentrerait pas dans le service delà marine. 11 n'avait qu'à quitter l'arsenal et Toulon; il le Gt.

Cependant M. Brodarl, venu de Marseille à Toulon , le 16 no- ¥eiiibre, s'était mis en rapport avec Du Qucsnc, et M. de Clairambault, contrôleur de la Marine, s'étani ouvert plus familièrement au premier qu'à l'autre, lui avait dit : « Nous devons nous rendre

■ compte avec la dernière ingénuité de tout ce que nous verrons, et * quand même nous aurions manqué à notre devoir, nous devons en

■ ^^^B^noiU découvrir devant M. le marquis de*Seignelay el nous BU nous faisons devaninoi confesseurs, iorsuae

s pardon à Dieu de nos fautes, n Ces paroles sin- > guluïrea, qne M. Brodort consigne dans une lettre, du 20 novem-

340 ABHAHAU DU QUESNE. ISrg

bre, au MiDislre, firent, à ce qu'il parait, une certaine impression sur l'esprit de M. de Clairambaull, qui promît à M, Brodart de l'aider sincèrement k découvrir u tout ce qui s'était passé dans le radoub des " quatre vaisaeauï n . La première observation que fil M. Brodart, après avoir interrogé les gens du port et conréré avec Du Quesne , fut , comme celles qu'avait faites le Lieutenant général , de nature i disculper M. Arnoul ; elle était fort sensée, il la coucha bravement sur le papier et osa l'envoyer à celui devant qui il était disposé à se jeter à genoux. Elle est trop importante pour que nous ne la rapportions pas en son entier ;

g Sans chercher bien loin la cause ite la perle de ces aarires, je croti pouvoir vous dire , Monseigneur, qu'elle vienl de ce que , dant ctll» toiion, ils ont pass^ en Ponanl, après une campagne de quatre on cinq mots, sans être entres dans un port pour y être visitas, parce que c'éloienl des b&timenls . k ce qu'il me paroîl par une liste de vaisseau) du port , reconnus pour tlre/otblrt de bot», mal eherillis et fort lombes n (cassés), u et que cependant on charge de 70 pièces de canon ; qui demeurent tont un i^ à la mer, et qui ensuite passent, daiii tin« laison/orl venleate, dans de grandes mers de Ponant, qu'ils sont d'autant moins en état de sonrTrir que h boit neuf qui peut y avoir été mit emporte U vieux qui n'est pas capabta de le soutenir; chargés avec cela de la pesanteur de leurs canons, il est humainement impotsible et sans un miraele, s'il arrive dans cet étot-tk quelque tempête qui lea Fasse démâter, ce qui ouvre encore un navire, qu'ils ne se perdent absolument, et cela, Monsei<ini que vous voyez qtie l' Arc-en-eiel , qui éloit soutenu dsvaota<|e l'efTort et la violence de h

M. Colbert n'était point marin, mais homme de bon sens avant tout, il dut comprendre les raisons qu'exposait M. Brodart avec clarté : H. de Scignelay ne s'y rendit peut-être pas comme son pèrei mais une seconde lettre, écrite uu mois après par l'Intendant àet galères, quand l'enquête qu'il poursuivait était à peu près terminée, dut enfin lu convaincre ;

<i Toulon, 32' novembre 1379. J'ai travaillé. Monseigneur, avec tonte l'application qui m'a été possible k découvrir les raisons qui ont contribué k la perte des vaisseaux le Saat-Parett et \c Conquérant: et j'ai encore interrogé plusieurs matelots qui se sont sauvés de ce naufrage, qui ne m'ont

t si vraisemblable neuf, bili ici , a est enGn sauvé. »

dit antre chose, sinon que le Sam-Pareil a péri pour avoi

r démMé , par le

mauvais temps , de son beaupré et de son mit d'avant qui

, étant tombés à

la mer ^ (et retenus par leura haubans jusqu'à ce qu'on ai

it pu couper ces

cordages), " ont tnfonté U navire à ta proue; el comme se

■s officiers appré-

hendoient en même temps que le grand mil ne lomb&l a

ussi, parce qu'il

Mrs UARtNE DU XVtt" SIÈCLE. S4T

n'êloil plus soutenu par ses po rie-hauban s (|ui éloicnt rompus, ayant voulu le conper et le jeter k la mer qui éloil eitréniement haute , iV seroil rerenu hettrter plusieur» coup» »ur t arrière du raiiieau qu'il a eti/oneé encore » (coume un bélier sur une muraille), u el rompu le gouvernait ; en aorle que le navire ne gouveroant plus et se remplissant d'eau , les olBciers et l'équipage qui ont pu se sauver l'ont abandouné. »

A l'égard dn Conquérant, M. Brodart répète ce qu'il a dit des deux vaisseaux dans sa lettre du 20 novembre, puis il termine :

u Enfin, Monseigneur, U, Du Qnesne, qni est in. est le premier à dire qu'il croit que les radoubs i^toient bons, autant que le mal a pu fire découvert, et ne se plaint que de la foiblesse de Coulomb « (un des premiers , maîtres charpentiers qui avait la réputation d'ftre un bon constructeur), « qu'il dit élre un homme timide et toujours acquiesçant aux officiers du port lorsqu'ils disent quelque chose. »

L'affaire en resta là, et, comme l'écrivait à M. Esprit CabnrI de Villermonl , — un curieux à l'atTùt de toutes les nouvelles , — sou correspondant de Toulon , M. le chevalier Dromon de Satnt-Gcniès , lieutenant de vaisseau, le 26 janvier I(i80 : ^ On ne parle plus du n naufrage, et M. flmoul paie pour tous. On ne sait oii il est. i (Lettres à M. de Villermonl, Bibl. nal., Ms.; Papiers de Dangeau.) H. Pierre Arnoul paya pour le mnitrc miiteur, el pour le vent et In mer, les seuls coupables. Comment M. Colbert , si juste , si modéré d'ordinaire, n'iolervint-il pas tout de suite entre sou fils et l'Intendant, entre son fils el le Roi. dont M. de Seignelay avait excité la colère au lieu de la calmer? Nous ne le comprenons pas.

M. de Tourvillc avait demandé un congé pour aller à Paris se faire un nouvel équipement; le 30 novembre, M. Colberl lui accorda sa demande el lui dît : >' J'ai donné ordre au trésorier de la marine de B vous faire donner par son comimis jusques à deux cents pistoles si » voue en ave* besoin. "

= Dans le cours de l'année, une question de préséance entre les capitaines de brûlot et les lieutenants de vaisseau fut jugée au profit de ces deraiers. Les capitaines prétendaient avoir séance dans les conseils de guerre avant les lieutenants, car ils commandaient des navires et les lieutenants étaient en sous-ordre ; mais les lieutenants étaient tous hommes de noblesse, et les capitaines étaient en général sans naissance, cela leur nuisit. Et puis les hrùlotiers ne pouvaient passer capitaines de vaisseau tout de suite , ce que pouvaient les lieutenants. Il fut décidé que dans les conseils de guerre les

3tS

ABRAHAM Dit QIIESNB.

i re*- ^^

lieutenants de vaisseau prendraient rang avant les capitaines de brûlot, qui passeraient avant les enseignes. (Lettre de M. de Sei- •jDclayôM. de Gorris, mentionnant l'ordonnance rendue le lâjuillel 1679.) ^

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