‹ Abraham Du Quesne et la marine de son tempsChapitre 21 sur 32 · IMI · texte numérisé non relu

IMI

lIARtNI! DU XVII" SIÈCLK,

an en qiinlité de t'umpagaoït . sans autre salaire que sa nourriture " et 8on lot|emenl. (Livre 2, titre i>, art. 4 et 5,) L'apprenti étant pauvre n'était tenu de payer » aucun droit ^ et de faire " aucun banquet ». Dans toutes les professions, l'apprenti payait une certaine somme et offrait un repas do bienvenue à son patron. Rien d'analogue à ce que nous voyons prescrit pour les enfants des hôpitaux, en 1681 , ne se remarque dans tes Icuislatians anciennes.

Nous avonfl dit (tome 1"', p. 47), à propos de l'Ordonnance ou rè<;lement de 1634, que la peine de la cale était appliquée dans an assez grand nombre de cas aux hommes de l'équipage; l'article 23, titre 1", livre â*, de l'Orilonnanee de 1681 dit que les capitaines ou patrons de navires pourront faire " donner la cale, » mettre à la boucle u ol » punir d'autres semblables peines " les mutins , les ivrognes , les désobéissants, ceux aussi qui maltraitent leurs camarades. Cependant les capitaines ne pourront inlligerces punitions que sur l'avis du pilote et du coDtrc-maSIre du bord. L'Ordonnance ne voûtait rien laisser au caprice , à la mauvaise humeur, ou à la brutalité du patron ; elle proté<;eail le matelot contre l'arbitraire. La législation moderne lui a donné une ijarantic dans l'institution du conseil de discipline , devant lequel le prévenu peut se défendre lui-même, ou se faire défendre par une personne du bord. La cale que 1634 tenait des temps antérieurs au dix-septième siècle et dont l'application se retrouve dans l'ttrdonnance qui nous occupe , garda sa place dans l'échelle des peines dressée en 1680, par l'Ordonnance du 15 avril (livre 4, titre 3, de la PoUceturUs vaisseaux). Bile y figure à cAté des fers, des coups de corde, de la bouline et du retranchement de viande, de vin et de solde. La peine de ^ la boucle >> que nomme l'Ordonnance de 1681 , n'est pas autre que celle des fers. Dans la cale du navire était Giéc une boucle ou manote — mal nommée , parce qu'elle no servait pas à retenir la main; — celle boucle articulée s'ouvrait pour recevoir la jambe de l'homme condamne à rester immobile, couché sur le plancher, pendant un certain temps; elle se fermait à l'aide d'un cadenas. On mit des manotcs h une barre de fer fixée au pont, et glissant le long de cette barre. La langue maritime, qui de tout temps aima à s'enrichir de tropes hardis , nomma > bas de soie •■■> les manoles qui retenaient les jambes du matelot puni. Vers la lin du dix-huitième siècle, de généreux philanthropes, songeant à adoucir les rigueurs du Code pénal marilinie, proposèrent la suppression des «bdtiments corporels et notamment celui des coups de corde; un

410 ABRAMAU DU QUES\E.

officier généra) qui a laissé de bons souvenirs , M. le comte d'Hector, s'opposa aulunt ^u'il put à la suppression des coups de corde, et demanda miimc que cette peine fût substituée k celles des fers et du retranchement de vin , la dernière étant fâcheuse parce qu'elle affaiblissait l'homme pour qui le vin est un forliGant ; l'autre punissant l'équipage plus qu'elle ne punissait le coupoble , car celui-ci se reposait pendant que l'équipage était obligé de se partager le travail el la rati<|ue de l'absent. Le raisonnement était juste ; il triompha et restai longtemps debout. Un décret du (iouvernement provisoire (tS mars 1848) abolit les peines de la bouline, de la cale et des coups4 corde , et les remplaça par u un e m pris on ne ment au cachot de quat0| jours à un mois, n Le cachot a l'inconvénient que M. d'Hector rcpro cbait aux fers; mais il parut moins humiliant que les fers qui saient le puni aux regards de tout l'équipage, el on l'inscrivit pai les peines disciplinaires, maintenant trés-douccs. La cale, la bou> fine, les coups de corde, étaient en usage dès le treizième siècle; ils sont nommés dans le Contulalâe la mer, statut catalan dont la rédaction date , croit-on , du treizième siècle et qui , avec les lois de Wîsby, fut longtemps tout le Code des marines européennes tant du Noi que du Midi. La législation moderne (Règlement du 20 août 1853,;] Décrets des 3 décembre 185ti et 21 juin 1858) a gardé aux ch api ti des peines corporelles les prescriptions de 1848.

Le législateur de 1681 décidait que l'homme qui aurait déro dans un pori des u cordages , ferrailles ou ustensiles des vaisseaux «^ serait « flétri d'un fer chaud portant la figure d'une ancre -n nouvelait en ceci une partie de la prescription qui regardai! l'écifi vain ioGdèle au trciKième siècle. Le chapitre 13 du Consulat disaU,i{ Cl Si l'écrivaiu écrit sur son carlulaire ce qu'il ne doit pas y porte^l il doit perdre la main droite, être marqué au front d'un fer chaad',j et perdre tout ce qu'il possède (deu perdre lo puny dret, i deu esM marcat al front ab ferro calt) .

En ce qui touchait les pilotes cl lamaneurs, l' Ordonnance d 1681 modiliait d'une manière très-humaine la prescription des an^J ciennes lois; elle condamnait à Lacent sous d'amende» le pilote qu^ J B étant ivre n, entreprendrait de conduire un navire. Le Consnl^^ (chap. 205) condamnait k perdre la tête tout de suite (deu perdre lo cap incontinent) le pilote qui, s' étant égaré, n'aurait pas conduit le vaisseau au lieu où il s'était engagé à le conduire. L'article 25 des Rôles d'Oléron, prévoyant le cas où un pilote, s'élanl e. engagé sur as

ISR9

lèle « i condaire ignorance, disait

uasiM DU XVII* SIÈCLE.

bàlimenl à bon port , )e perdait par incurie ou le u maître nu ascnn des mariniers ou ascnn " des marchands embarqaés « pouvait Ini couper la tétc , s'il n'avait pas de quoi payer le domma({e fait par sa faute. En 1720, Pierre le Grand, qui faisait un rè.ilemenl pour la marine russe, emprunta aux Râles d'Olcron, celle pénalité coulre le pilolc téméraire ou inatlentif. (Livre 3, chap. 12, art. 10.) Bornons ici nos remarques sur l'Ordonnance de 1681 . et venons aux événements qui marquèrent l'année suivante.

L'année 16S2 commença par une promotion fort importante et par une distribution de pensions, bien méritées sans doute. M. le cbevalier de Tourville remplaça, dans le cadre des Lieutenants généraux, feu M. de Martel, et reçut une pension de trois mille livres. (I" janvier.) M. le chevalier de Béthune fut pourvu de U commission de Chef d'escadre de Guyenne, et eut une pension de deux mille livres. (2 janvier.) M. le cbevalier de Lhérj' fut fait Chef d'escadre de Provence, à la place du défunt cbevalier de Valbelle; sa pension fut aussi de deoK mille livres (2 janvier). Le cbevalier de Korbin eut un brevet de capitaine de vaisseau ; le cbevalier de N'esmond une pension de quinze cents livres, aussi bien que M. le marquis de La Porte. (Archives de la Marine, Ordres da Roï, 1682.)

Louis XIV voulant être très-agréable à Du Quesne , dont il attendait encore de grands services , lui donna des x lettres d'union de fiefs et d'établissement de justice en la terre de Aloros » , Non loin de. Moros étaient Quervichard , Querenville , le Petit Moros , Quergoét, Lcuriecq, Poaldobau , Querliongar et Lamintin, appartenant à Du Qucsne , qui désirait que " ces terres contignës les unes au» autres » fussent unies et coniposa.ssent une terre considérable. Il le demanda an R(H, qui lui accorda celte faveur, et u pour la plus grande décorait tion n lui octroya n- le droit de haute, moyenne et bassejusticesur " les sujets et vassaux desdites terres et seigneuries » , laquelle justice u il pourra faire exercer par un sénéchal ou autres officiers nécessaires, " et à cet effet , faire construire un auditoire (ne) en la paroisse et n bourg de Leuriecq. . . voolani qu'i/ y faite lireuerfourcheê patibulaires ■■• à trois piUiers, au lieu le plus convenable pour élre à favenirjadilc

ABRAHAM DU QCËSNE.

y justice de Moros. <i Ce ne fui pas tout à fait sans restriction que Sa Majesté fit ce don gracieux à Du Qucsne ; il lui donaa ses lettres, u à la charge que lui Du Quesne , ses enfanls , desccndans et ayant n cause ne " pourroieot et faire en lesdits Icrrc et lieux en dépendant V aucun exercice de la R. P. R., sous quelque prétexte que ce» pdl «être, nonobstant tous édils" (l'éditde Mantes, par exemple), •décla- " rations et autres choses contraires auxquelles, en tant que de besoin, 7>le Roi entecdoil déroger. - (Arch. Nat., Secrétariat E., 3368, fol. 2. Les lettres données à Saînl-Gerniain en Laye, au mois de janvier l'an de .^râce 1682, sont signées : Louis, et sur le repli par le Roy : Colbeht.) La condilion qu'avait acceptée Du Quesne, l'année précédente, n'avait rien qui surprit le marquis; il l'accei comme il avait fait en août 1681. Pour ne rien faire à demi. Louis XIV renouvclla en faveur de Du (Juesne te » don de lots n ventes des terres -de Ricux, Fercignac, Pritlac cl Pachanay. (Arch. et vol. cité. fol. 128.)

Lorsque la marquise Du Quesne écrivit  son niari, alors l'Archipel, ce que M. Colbcrt avait obtenu du Roi, qui, du reste. Vy était porté de honne grâce, le coiuniandant de l'escadre qni menaçait les Dardanelles dut t^tre content, plus content que Sa Majesté, qui ne voyait pas revenir son Lieutenant général et le pressait de retour^., ner à Toulon , aGn de prendre le commandement de la flotte qo' y formait pour aller attaquer Alger et le ruiner de fond en comblei si les instructions du Roi étaient ohéies.

L'armée navale qu'on préparait dans lesporlsdu Ponant temps que dans l'arsenal maritime du Levant, devait être composée des petites escadres commandées par MM. de Lhéry, de TountiUs et Forant, et de sept vaisseaux armés à Toulon, deux brûlots et quinze galères, nujiquelles seraient jointes cinq galiotes, encore et, construction sur les chantiers de Dunkerque et du Havre. DeslioéM* à porter des mortiers, ces galiotes étaient une invention nouvcUedflof nous parlerons tout ù l'heure.

Aussitôt que Du Quesne eut conclu la paix ■ avec l'Amiral de Tripoly •• , par l'entremise de ce capitan-pacha qu'il avait tenu bloqué dans le port de Scio ', il fit part à la Cour de cet heureux événement qui le laissait libre d'aller aux Dardanelles appuyer les justes pr^ tentions de M. de tiuilleragues au Sop/ia. Le Roi lui fil répondre, le 30. janvier 1681, pour lui témoigner sa satisfaction et lui ordonner de

' Ct-dcijut , p>ge 29. ■ .i . n i . e. ■ l^^

lU

ie

1«M MARINE DU XVII' SiSCLE.

revenir en Provence . lui donuunl >v quinze jours ou trois semaines, " pourlouldétui, si sa présence esl nécessaire à M. de Guilteragues. ■■ (Arch. de la Marine. Ordres du itoi. 1G82.) L'impatience du Roi ne pouvait se modérer ; les lettres de Du Qucsne l'exaltaient loin de la calmer. Du Quesne avait de bonnes raisons pour rester dans les environs de Constantinople ; sa présence, cro^ait-il, devait être un appui pour l'Ambassadeur de France h la Porte. LaCour n'en jugeait pas ainsi et, le 13 juin I(i82, M. de Sei<gnelay faisait parler le Roi, en des iermes qui étaient ceux d'un sérieux mécontentement. Heureusement que le Lientcnant (jénéral était fait à ce régime des reprocbes incessants, souvent immérités, et qui, celte fois, lui venaient comme une compensation aux grâces que lui avait tout récemment accordées le Souverain. Le Roi disait :

u Monsieur le marquis Du Questne , j'ai appris par la IctIrL- c avez «crile de Tcoidos, tout ce qui s'est passé dans votre iiaviç[aliai depuis civile que j'avais reçue de vous du W mars, et j'ai l'ii par celli lettre toutes les raisons que voua préteodez avoir encore d'apporter u aussi long retardemeol à l'eiéculion des ordres qu« pour votre retour; sur quoi je sub bieo aise de vous répéter i ai fait savoir à cet égard , que eomme les ordres qoe je donne sont toujours concertés avec eounoîssancc, je désire qu'on les eiéciile sans réplique , et sont qu'on te donne la liberté de lei interpréter; et vous ne devez jamais, en ces occasions, vous prévaloir de la conGance que j'ai en votre capacité et en votre expérience poor vous donner sur ce sujet plus de bberlé qu'un antre officier, puisque vous devez le même cieoiple a tous ceuic qui serout sous vos ordres, sur cet article d'obéisBance prompte et sans réplique que vous leur donnez sur l'exactitude dans le service, n

La tartane qui portait au vieux général cette lettre, qu'on croirait écrite à un jeune officier qu'il faut instruire de ses devoirs , dut rencontrer Du Quesne, le 15 ou le 16 juin'. L'escadre était en retour, et le 18, elle mouillait à Toulon. (Bibl. Nat., Lellre/i bùlon^ues, Ms. S-F., n° 1613.) La lettre datée du 2 juillet ajoutait : < Nos galères sont parties le 21 ; mais )e même jour, elles ont reldcbé aux lies d'Hyères. Elles vont aux Formenlièrcs , où elles recevront les ordres de M. Du Quesne , qui ne peut partir que le 15 du courant. "

B eaillait, vcriisil de Toulon . le 16 join , à m d« coiregpaaduti : ■ M. Du Qubidc n'eit paÎDl encore arrivé...; niiïi, commo doui ■(ïioni qu'il n'a ai mu ui boin tl qu'il u'eil point ta Sardaigni. noui ne doutoDi pal qu'il n'arrive an premier beaa temps. * (Bibl. Nal., Ht. Itangeau.) ..... .i. .4 *t

41i ADRAHAU DU QVESNE. 1S8S

11 partît de Tonton , le 21 juillet '. (Lettra hisloriquet, Ms., S. ¥., n' 1643; Paris, 9 juilkl 1(382.) M. V.»^. Sue dil que Du Quesne partit de Toulon , le 12 juillet , à la lâle de onze vaisseaux et de cinq galiotcs. Non. L'escadre qui ultcadaJt Du'QuesDc à Toulon était composée de cinq vaisseaux i!eulement et de cinq galioles à bombes ; elle mil à la voile te 12 juillet. [Ltltres historiques, 30 mai et 9juillct.) Quant aux <[aliotes, voyons ce que nous en apprennent les documents.

M. Bernard Rcnau d'I^lliçagaray , jeune lionune dont le génie se développait par l'élude des choses qui touchaient à l'art naval et que H. Colbert de Terron, aprÈs l'avoir gardé un temps auprès de lui, avait placé chez M. l'Amiral de France, M. Renau, ou comme 00 l'appelait  cause de sa taille , U petit Renau, pensa qu'il n'était pu impossible de faire des batteries flottantes de mortiers comme on en avait de canons sur les vaisseaux. Cette idée ne fut point particuli^ à M. Renan, cor dans un Mémoire d'une entreprise sur Alger, dn 2 janvier 1G82, M. de Belle-Ilc-Érard proposait à M. Colbert de faire u établir un mortier pour jeter des bombes cl des carcasses, sur on n radeau de bonne force, bien amarré sur ses ancres, ayant tonte ■* V face du céfé de l'ennemi. '< (Ardi. de la Marine.) M. de Belle-Ile^ Erard savait-il que le petit Renau s'occupait depuis quelque temps mettre des mortiers sur des navires, et le radeau qu'il proposait était-il né de la connaissance vague que le capitaine avait de ce fait? Noat l'ignorons. L'invention de M. Renau consistait dans l'établisf de mortiers à bombes, non sur des llofleurs, construits au m de s'en servir et attachés au sol sons-itiarin par quatre ancres, sur des bâtiments capables de naviguer, de porter convenablement la voile et de suivre des vaisseaux qui auraient une marche moyenne. Deux mortiers étaient un poids assez considérable pour un navire inférieur en grandeur aux petites frégates ; d'ailleurs, l'effort vertical que devait supporter le bAliment à chaque tir d'un des mortiers imposait au constructeur l'obligation de modiiier en le fortifiaot le

1 Une Aet Leilrti hiMlarljiuM el aiitcdalijMf, dont le recueil «t conurv^ in difi- ICmMl de> Ditnaicrila de la Bibliothèque Nilionde. uu< li cote SurPLiWNT Vu>fia, n" 1643, dil. i ta date de • Porii, 9 jailiel 1SR3 ■:■!). Du Quesne cft pvli le S da eoDront pour Alger. • L'inlnir anonra» do cette lettre Tut trompé pir eon correipoadsDl do Toulon, qui, lojuil Dn iiaaae arrivé de l'Archipel dét le tê juin. luppouil qu'il mellrul a la loite pour Alger as moini le 9 juillet. Tontes Im reUtioa* t'iccordent i raîre pirtir Du Qneino te 12 juillet; noui idoploai celle date, ^ne semble JuiIiEer l'arriïée d« l'ejcadre dcFfot illger le 33 juillet.

1HS MAKINIC DU XVII" SifeCLE. 415

fond de ce bâtiment. Le petit Renau voulait établir ses mortiers sur des galiotea de la forme des <|aliol(?s hollandaises , fort en usage dans les marines européennes depuis longtemps ; on lui opposa des objections qui avaient quelque apparence de solidilé, mats qui ne l'arrêtèrent point. A la fin , son système fut adopté par le conseil de construction , el le Itoi donna ordre que l'on tonstruisil , à litre d'essai , deuxgaliotes à la Renau, dans le port de Dunkerque. M. Eugèni' Sue, qui a fait le roman de celte entreprise, a dit, page 140, tome i de son Hûtoire de la Marine :

■ A nn des conseils de marine prësldés par H. le comte de Vcmiandoiï n (il uvail quinze ans, et tant au plus ëtait-il auditeur), « t'était vm la fin dt 1682 , lorsque Du Queme fut revenu de ao» rTpédilion de Scio, la discussion tourna sur Alger. L'on allait sans doute s'arrêter à un blocus étroit ou aux vaisseaux maçonnés de Du Quesne, lorsque Renan, lortanl de sa rêverie, demanda pourquoi on ne bombarderait pas Aljjer. A celle question incongrue , il fut répliqué avec l'iadulgence duc k ton eitriïnie jeunesse... Bombarder Alçjer par merl Le vieux Du Quesne cl Cotbert, assez peu rieurs de leur nature, s'en donuaient i ccEur joïs... n

Tout ceci est sans doute fort piquant ; mqis , par malheur, tout est faui dans ce récit. D'abord , Du Quesiie n'était point encore revenu en France lorsque la construction des gaUotcs à bombes fut décidée ; ensuite Du Quesne, quand il fut de retour, n'alla point à Paris, pressé qu'il était par la Cour de se rembarquer pour aller atloquer Alger; en troisième lieu, la construction des <jaliolcs commandées au port de Dunkerque fui commencée il la fin de l'année 1681 ; enfin, M. Colbert, à qui M. Colberl de Terron avait adressé le petit Renau, eut certainement les premières confidences du jeune ingénieur et n'eut point à rire d'un projet qu'il avait milrement examiné avec l'auteur.

Fortilîer la galiotc porte- mortiers dans toute sa longueur, que chaque tir de boiobe devait ébranler, el surtout dans la partie de celte longueur à laquelle allait être imposé le poids de deux pièces d'artillerie d'un calibre assez fort , partie qui devait ressentir plus que tout le reste du navire l'etTel du tir, ce n'était pas le poicl difGcilc de l'œuvre. Multiplier les couples (càtes du bâtiment), les unir solidement par des pièces de bois fixées dans le sens de la longueur de la galiote , c'est ce que tous les constructeurs auraient fait, sans être d'habiles ingénieurs ; asseoir les mortiers sur un corps puissamment résistant, et cependant cédant jusqu'à un certain point

h la prcssioD verlicalc exercée par chacun des lirti , c'étuil le fiiil (iiŒcile. M. Renau imngina de faire, au centre de lagaliote, ua puits qu'il remplit de massifs doul la voiupogitioii uous est donnée dans une lettre adressée à M. de Seiguelay par l'Iatcndanl de Dunkerque : u 10 avril. .. L'on a commencé aujourd'hui à nifllire dsna le fond dea galiotes cl dans tes deux endroits où doivent être les balterii tiers, un lit de fascines et, dessus, de terre bien battue; ensuite i {M. Renau d' Eliçagaray ) ■• a fait mettre ea long des soliveaux de si sept pouces (0,17 c), et par-dessus sii pouces (0,IG c.) de terre encore J bien baltiie; dessus, par le travers ■. (dans la largeur dti navire), u Je%J soliveaux de luénic grosseur, espacés de huit à neuf pouces (0,32 C-), J et par-dessus sii pouces (0,lti c.) de terre aussi bien battue. 11 espère i\ mardi ces endroits pour Faire les plates-formes seront en étal d que Monseigneur lui a ordonné par sa lettre du 9 février dernier... Af l'égard des plates- formes, il prend la liberté de dire a Sa Majesté qu'a les peut faire de deui snrtes, les unes en pente et les autres u certain que celles en pente font porter les bombes beaucoup plus loin que celles qui sont unies, et l'on doit tirer les mortiers de huit livres de pondre cl les ordinaires, sur de gros affûts, sur les plates-furmcs en pente, n

Des essais aiuieut été faits à terre et avaient eu pour résultat ^H l'ndoplion des plates-formes inclinées. On s'aperrui, quand les inas^ ^H sifs furent faits, — deux dans chaque ^aliote, — que la charge ^| qu'ds imposaient aux navires était trop considérable, que les bàtimenls s'enfonçaient trop dans l'eau, et que les galiolcg pourraient à peine porter leurs dcus mortiers, l.o 29 avril, on enleva une certaine quantité de terre et de bois à chaque massif, puis on établit les plates-formes mobiles et portées sur un fort pivot de bois s'enfonrant dans les massifs et reposant sur un corps solide, mais doué d'une certaine élasticité.

Les galiotes de Dunkerque avaient été mises à l'eau le 23 férner. (Lettre de M. Scignelay à H. Desclouseaux , 13 mars 1682.) Le 18 février, le Ministre avait annoncé h M. Bé^on, Intendant de la marine au Havre, que le Roi avait résolu de faire " bâtir « dans ce port,

u en un mois ou six semaines de temps , trois galiotes de 70 piedi (22 m. 73 e.) de long, de l'élrave il'étambot, et de 24 pieds (7 m. 79 c.) de large, destinées à mettre dessus i (nous copions) a des batteries de mortiers pour tirer des bombes; el, comme ce Iraiail est eifr^memenl pressé et qu'il faut que ces galiotes soient en état de naviguer dans 1^ 15 mars au plus tard, Sa Majesté veut qu'il fosse cesser tout autre travail- . ^ \ l'égard de la manière de bAlir ces galiotes, Sa Majesté fera passer ince^

MARINB DU XV

moment le aienr Rennn, de Dunkerqac au Havre, avec le âe\ résolu pendant le séjour que le sieur marquis de Seignelay a fnil auilil lie» de Dunkerque. u (Le Mlnislre ëlati allé â Duokerque an commencemenl de l'année avec le clievalinr de Tourville. — Arcli, de la Marine. Lettre de H. Colbert à M. Michel Bé^an.)

Le 0 mars, on écrivait à M. de Seuil

" Sa Alujeilé fail construire deiii galioleB à Dankerque qni doivent se joindre aii< vatB.seaiii commandes par M, le marquis de Preuillf et passer «ons 6on escorte dans la Médïlerraiiëe. Elles se rendront à ta Bd de ce mois à Brest. "

L'impatience du Roi comptait sans les difficultés de rarmcinenl et les accidents de la navigatioD. Le Itj avril, M. Desclouzeaux disait : ■■ Ln Bombarde est dans le canal... Les pi aies-forme s de la Fou- T lirayonle seront arrivées ce soir. ^ Le 18, il écrivait : " L'afTilt de 1 cordage est la meilleure et la plus sûre tnvontion que l'on puisse 1 trouver. >> Son élasticité le reodait précieux, selon ce qu'en pensaient les artilleurs de Dunkerque. Le port manquant de vieux Ëlin , M. Desclouzdaux ne put faire faire tous les afTùls en corda^ie ; tl ordonna qu'on repéchât les vîeuï câbles perdus dans la rade; mais le produit de ce travail fut insuffisant, el ce fut i\ Itrest que l'on compléta l'armement en afftlts des dix morliers.

Ecoulons mainlenanl M. Eugène Site :

1 ... Les Jaloux s'écrièrent que des biliments construits el thargis de la iorte ne pourraient paa tenir la mer. Renau leva les épaules . sourit de dédain et proposa sur l'heure à Colbert d'aller ii Dunkerque chercher ses deux galiotea, et de les amener par mer jusqu'au Havre, pour opérer leur jonction avec les trois antres y cens 1 mi tes ; Colbert consonlil, et Heoau partit. C'était ptndant le moi» de décembre 1681. n (lti8l est une faute d'impression, puisque, quelques lignes plus haut, l'auteur a fixé t vers la Gn de 1683 » la discussion relative aux galioles en présence de M. le comte de Vermandois, Amiral de France.) o Renau, arrivé par lerre à Dunkerque, en sortit par mer n (il est clair que pour mener des navires de Dunkerque au Havre, la route de terre était difBcile) ' avec un temps assez maniable, mais fut assailli à peu prés à la hauteur de Calais par uae SI épouvaDlable tempête qn'vn de» basiiont de Diaiierque fat démoli. ' (Disons tout de suile que la l'orrcspondance des aulorilés de Dunkerque parlanl du coup de veni laisse debout ce bastion.) u Let deux galiole» tonslrvitet à Dunkerque l'appelaient la Crcblle el la Bhul«\te. M. des Herbiers, capitaine de bràlol, commandait ta Brillante, el M. de Combes inontaii la Cruelle, où Renau élail embarqué... Renau. lion observateur. prévit l'ouragau et répondil il M. de Combes , .ion ami , qni lui proposait, 11. 37

(18 ABUAHAU DU QUESNE

lurutu'il en éuît temps encore, <!<■ reUiLer poui 1. Non, car je ne rtiIrouTerû peut-être jamais u ■> prouver que mes yalioles peuvent tenir la mer. miigil el éclata. De Combes et Renau iehangirent ion banc de quart pour prendi

leSï (iviter un temps forcé :

le meilleure occasion de .. r Soudain la tempête un regard sublime ; puis le commaudenient de la

galiote, el l'autre se mil à contempler froidement cet effroyable combat du

lenl et des flots contre ce frêle nasire qu'il vinait de crc

soin et d'amour. Cette tempête dura trois jours el trois m

â janvier 1G82 i (<(rossière erreur de date, comme on va

un stnjjulier hasard, les deux gniioles , qui avaient i\é sépar

affreui ourag

!... Enfin, le

s pendant cet t ttttemhh au Hatre, où ellu Jurent refWJ aux erii de toute la rillc, attirée sur le port par ce merveilleux éténement. Renau demanda fort inttamment k Colbert de faire partie de l'eipëdition d'Alger... Colbert lui accorda cette demande , et les cinq galioles , partiel du Havre dam le moii Je janvier, arrivèrent sans accidi'nt i Toulon, rendei-i général de l'armée navale commandée par Du Qiiesne. »

Où se rensei^a M. Eu^i^nc Siie? Les archives de la marine, qi élaîeDl à Versailles lorsque l'historieu écrivit son roman de Jean Bart, étaient dans un ordre tel qu'il était difficile d'y puiser les renseignements nécessaires à une élude un peu coniplèle de l'histoire de la niariue, et cela peut l'cicuser ; mais qui l'induisit en de sî élran<{e3 erreurs? Tout, dans sa mise en scène théâtrale, en ce qui touche Itenuu, est contraire à la vérité. En elTel, disons ce qui eut lieu; lu correspondance de M. Desclouseaux avec M. de Seignelay va nous éclairer sur )u marche des événements cl uous faire connaître en détail celte afTaire de M. Renau d'Éliçagaray naviguant avec ses galiofes.

M. Colbert avait ordonné que tes trois galiotes consiruiles an Havre iraient faire leur armement en mortiers à Dunkcrque , où ces piËces d'artillerie devaient être envoyées. Les galîoles du Havre allaient donc naviguer sans leur chargement de bronze, leurs plates- Formes seulement faites, mais devant t^lre rectifiées s'il élail nécessaire. [Lettre du 22 avril.) Les gulioles du Havre mirent à la roile pour gagner le port de Dunkerquc , oii elles étaient attendues. Le :23 avril IG82, le guetteur du clocher de la grande église les aperçut et les signala à l'Intendant, qui se hâta d'annoncer h M. deScignelaj cette bonne nouvelle : " Les galiotes du Havre paroissent à la vue 1 de cette ville; il y en a déjà une qui est mouillée près de Grave- -^ Unes, et les dcui autres sont à la voile un peu sous le vent, de 1 manière que j'espère qu'elles seront demain ici. n Espoir trompé. Le 24, SUT les onze benres du soir, ces deux dernières galiotes, li

voyant pour entrer dans le canal, furent repoussées par la marée descendante, et le vent de S.-O., qui s*élevait avec force, les contraignit à mouiller à une demi-lieue environ de Feutrée du canal, au N.-E. Le vent tourna à la tempête et si fort qu une des galioies chassa sur ses ancres, et que Fautre, après avoir mouillé, fut démâtée de son grand mât, qui, en tombant, brisa le mât d*artimon et le couronnement du navire. — Les galiotes n'avaient qu*un grand mât et le mât d*artimon ; un mât de misaine volant , pour ainsi dire , fut ajouté plus tard. — Quant à la galiote qui avait jeté Fancre la première non loin de Gravelines, le guetteur la vit démâtée, et au coucher du soleil ne Faperçut plus, ce qui inspira une grande inquiétude sur son sort. (Lettre du 24 avril.) La tourmente ne se calma point pendant la nuit ; mais au jour on put envoyer aux deux galiotes, qui avaient fini par tenir bon sur leurs ancres , des pilotes pour les amener dans le port à la faveur du flot. Ces deux navires étaient la Brûlante, commandée par M. de Longchamps, et la Menaçante, que menait M. André de Gouêston, enseigne de vaisseau depuis le 28 décembre 1673. C'est M. de Longchamps qui avait perdu ses deux mâts , et dont Farcasse avait été rompue par la chute du mât d'artimon. Son mât de beaupré n'avait pas été épargné, et en se soulevant, au moment de la chute du grand mât, dont Fêtai entourait son pied, il avait enlevé une partie du gaillard d'avant de la galiote. La Menaçante avait souffert beaucoup ; mais sa mâture avait résisté , et ses avaries consistaient en la perte de a quantité de corti dages et de sa chaloupe n . La Brûlante n'avait pu sauver non plus son embarcation , qui était à la traîne. M. Desclouzeaux terminait la lettre dans laquelle il donnait ces tristes détails en disant : u L'on n'a D aucune nouvelle de la CrtieUe, commandée par M. de Pointis, et où n le sieur Regnault [&ic) est embarqué, a On le voit, ce n'était point M. de Combes, lieutenant de vaisseau, qui menait la Cruelle, — construite au Havre et non à Dunkerque, — mais M. le chevalier Bernard de Saint-Jean Pointis , — ainsi qu'il signait son nom ' , —

^ II BÎgniit quelquefois Depointit, on seulemeiit :

130 ABRAHAM DU QliKSNK.

ticutenanl de vaisseau depuis le 13 janvier 1677, trÈs-bon officie et l'ancien de M. de Combes , qui étail liculenaot de vaisseau seulement de ta promotion du 2 mars 1680. L'inquiétude sur la situation où se trouvait la Cruelle dura jusqu'au 28 aiTil. Les pécheurs de Dunkerque, qui revenaient de Fleasin^ue, avaient trouvé à la mer des mâfs, vergues et haubans que l'on connut pour être ceux de la Cruelle et non de la Brûhnie, ainsi qu'on l'avait supposé. (Lettre du i7 avril, qui donne ce renseignement : " Les sieurs des Hertjiers- ' et Camclin sont arrivés ce matin. i ) M. des Herbiers était capitaine de brûlot depuis le 13 janvier 1677 ; c'était donc à lui qu'était dévolu le commandement des galioles pendant le voyage qu'elles avaient à faire de Dunkerque à Brest. M. Nicolas Oanielin était un officier d'artillerie qui avait le détail des mortiers et le commandement des bombardiers. En 1666, il élait " mineur de l'artillerie de et artificier de Sa Majesté ' , ce que nous a Fait connatlrc ;rede l'église de Saint-Gervais de Paris, qui contient l'inscriplion du baptême de sa fille " Ciilherine, née le ^<i novembre, de 1 GeneviÈve Marlin, femme de Nicolas Cumelin, demeurant me de la " Mortelleric. "

Enfin, le 28 avril, à dix heures du soir, M. Desclouseaux paiS écrire au Ministre :

* En rcrmUDt celle lettre, le sieur Regsault (sic) arrive de oit la gulîutn la Cruelle a reltch^, et oi'i il l'a laissée en fart : Demain mnlin, je lui ferai voir celui où sont relies (aie) qui sont il prétend partir pour aller prcoJre les ordres de Monseigneu rendra compte de tout ce qui s'est passé dans sa navigation. Je le sieur de Ch&leau-Guiltauoie pour Flessingiics, aiin de faire que nous conviendrons (tic) le sienr Regoaull et moi. n

M. Dcsclouzcaux ne perdit point de temps pour le radoub d deux galioles, si terriblement traitées parle vent et la mer, et Iflfi choses étaient fort avancées, lorsque, le 3 mai, avant te jour, le) petit Renau arriva de Paris à Dunkerque, apportant les ordres ih) Roi. La Cruelle ne tarda pas à quitter Flessingue-, elle mouilla i'J Dunkerque, le 18 mai. On se hâta d'embarquer les mortiers; quanta à 1.1 poudre et aui bombes , on les mit en partie sur les frelatée la Vipère et la Mignonne, et en partie sur les galiotcs. M. des Herbiers s'embarqua sur la Brùlanle, et le 24 mai, en ra(^^ devant Dunkerque, donna " les ordres et si<}naui pour les galiotes -. 1) frégates de Sa Majesté, pendant la route depuis Dunkcrquejus^

1 eSi M A

à UrcsI. " (Arch. du la Marine, Campagnes 1G82.) Le 26 mai, les galioles la BnUanle el la Cruelle sortirent du port à deux heures du mutin; M. des Herbiers tira le canon de partance, et les trois autres <[aliotcs ainsi que les deux petites frégates appurcillèrent pour suivre la Sf^lonle. A sept henres du malin l'escadrille était hors des bancs. (Lettre du 2G mai.) Nous i<|norons quand elle arriva à Brest , les lettres des agents de ce port manquant aux Archives de la Marine. Voilà la vérité sur le voyage des yalioles , sur la tempête qui les mil en péril , sur leurs capitaines , et sur le lieu où chacune d'elles fut construite; VDjjons leur action.

\ous avons dit ci-dessus que Du Qucsiie partit de Toulon pour Alger, le 12 juillet 1682. il s'était élabVi sut ic Saint-Eiprit , ce vaisseau de deuxième rang que nous avons nommé déjà plusieurs fois. On lui avait donné pour capitaine .M. Didaut de Bléor, mais il avait obtenu de M. Colberi que l'on déuiuttlùt cet ufOcier et qu'on le remplaçât par M. Du Quesnc-Guiton, homme capable, dont M. de Vauvré disait d'ailleurs à M. de Seignclay , te 26 mai 1682 : ^ L'empresse- 1 ment que M. Du Quesne met à demander son neveu vient assuré- * ment de ce qu'il se trouve bien de lui , étaul (celui-ci) fail à tet t îiianières el devinant ce qu'il luy veut dire , mon dit aieur Du Queme n aimant à ne k pas expliquer dans beaucoup de choses qui ne saiilpas n essentielles, et je m'assure que la religion n'a point de part à l'en- ■ vie qu'il a de l'avoir avec lui. » Voilà révélé un des calés curieux du caractère de Du Quesne. Il aimait à se faire deviner, pourvoyait k l'essentiel et laissait les petits délads au capitaine de son Pavillon ; c'était d'un ofCcier général qui ne faisait pas toujours le capitaine, mauvaise habitude qu'à présent a plus d'un de nos amiraux.

Du Quesne av,ait eu une commission pour commander pendant lu campagne les galères en même temps que les vaisseaux. M. le duc de Vivonne restant à Paris, ce Fut à M. de Noailles qu'échut le commandement des galères sous le Lieutenant général. M. de Mortemart, trop jeune et trop inexpérimenté pour mener le corps à la tête duquel il était cependant placé, s'embarqua comme volontaire sur le Saint-Esprit avec quelques autres gentilshommes ; ce fut , dit-on, un peu contre le gré de son père, qui l'aurait voulu voir sur la Riale au milieu des quinze galères ; mais le Roi ordonna , el H. de Vivonne se soumit. (Dibl. Nal., Lettres historiques, Ms.,S. Fr.,

i' 1643; Paris. 8 mai 1682.) Lorsque Du Quesne arriva devant la ville que Louis XIV lui avait

m ABRAHAM DU QUBSNE. 1S8S I

donné l'ordre •> d'incendier el de délruire de fond en comble ■ I (Lettre du Roi, 24 juin 1G82), il pouvait disposer des quiiiie galër^fe qu'il avait trouvées à Uiça, el de onze vaissenui, deux brûlots et cinÇ ' ;|atioles à morlierg. Le 23 juillet, il mouilla avec trois vaisseaux ; les deux autres vaisseaux de son escadre l'avaient devancé au rendez^

devaut Alger et s'étaient rangés provisoirement sous le pavilii» ■ du chevalier de Tourville , qui y était arrivé avec les trois v qu'il menait. Le chevalier de Lhéry l'avait rejoint avec les t vaisseaux qu'il commandait ; M. Forant, qui avait escorté les ci ()ulLolcg, était arrivé depuis le 17 juillet; rien ne manquait doHi au général pour commencer ses opérations.

Ln ordre donné, le 29, par Du Qnesne pour le placement de lont:l ses navires fut changé et modifié d'une façon qui noi par un plan tupographique publié dans le Mercure Gtilanl (deuxiëloiV volume du mois d'octobre 11382). Ce plan nous inspire toute confiance, étant joint à une relation de M. de Poinlis, beaucoup pins claire que celle qui fut donnée par la Gazelle de France et aussi que celle publiée par l'auteur du Mercure dans le !" volume dn moia d'octobre. Celle dernière relation était de M. Cabart de Viltermont, L'onime le prouve une lettre de M. de Sainl-Genies à M. Cabart, dans laquelle le lieutenant du Ckeeal Marin rectiGe certains passages du J récit fait par M. de Villermont. (Lettre du 23 octobre I6S2. BibfcJ \at., Ms. Dan<{cau.) Voici Tordre de bataille des bâtiments : '^

A gauche, la galère Grande était devant le vaisseau Y Aimable ;k la droite de ces deux navires, la Fiire était devant le Cheval Marin; puis, à droite encore, devant VAisaré, la Fleur de Lit; devant le l'igilanl, la Forle; devant le Vaillant, la Sirène; les gatiotes Is Menaçante et la Cruelle, postées entre le Vaillunl et le Sainl-Eiprit que montait Du Quesnc, avaient pour remorqueur la Couronne; le Sainl-Eispril devait être remorqué par la Renie, montée par U. fi marquis de N'oailles et par V Invincible . Les galiotcs la Bombarde-A la Foudroyante, placées à la droite du Saitil-Fiprit, avaient devaai^ elles la Saint-Louis; lu galîole la Brûlante venait ensuite , remorquée par la Patronne ; le Prudent était mené par la Beine, le Laurier par VAmazone, VIndien par la Madame, VÉtoile pur la Valear, i l'A'o^parla Hardie.

Rien d'important ne fut fait , le 13 aoât , jour où l'armée s'ébraillka pour aller sinon commencer son feu , du moins se mettre à la por>l tée jugée convenable par les hommes spécialement chargés de placerl

jaM UARI\B DU XVII" SlbCLE. tt^l

lesgalioleE, MM. Reuau d'Ëliragaray, Nicolas Camclin et Landouillette, que M. Foraitl , par ordre ilii Roi, avait Tait rccoonullre (au Havre dès le commeacemenl de l'aDoée) en qualité de Commissaire de l'artUleric sur les galiotes '.

Lu coup de venl nuisit aui premiers monveraentE de l'armée. Le 15 août, Du Ouesne, averti par M. de Noailles que les (jalëreii manquaient d'eau, jugeant d'ailleurs que leur office compliquerait plus le mouvemeutdes vaisseaux qu'il ne leur serait utile , se décida à les renvoyer. La Cour en sut mauvais ^ré au général dont la position était mal jngéc de Versailles ou de Parts. Du Quesne, l'avis des ofGciers généraux entendu , modiOa complètement son plan d'attaque qu'il sîmpliGa d'une manière heureuse. Il décida que cinq vaisseaiix seraient seuls attachés au service des galiotes cl que les sîi autres resteraient mouillés en' arrière de la ligne courbe qu'allaient former devant le môle et la ville, \e Laurier, capitaine, M. Forant; VEloik, capitaine, M. de Belle-lle-Erard ; le l'igilaiif, monté parM. de Tourville; le l^aillant, capitaine, \l. de Benuliru; enliu, le Prudent, commandé par M. de Lhéry. Cinq ancres furent mouillées au N.-E. de la ville par les soins de M. "Forant. Les grelins ' étalingués (attn-

1 M. Pierre Undouillclle nul d» lettre! denoblaxele 1°'' janvier laN3. Looii XIV voulaal r^eompenur «n lai I» icrviccj qu'il lemiit de rendre en 1G83, 1683 et 1681, rt m Hriicis BDlérietin. ptnnj lesqncli le Raî complut II campagne faite par cet artiEloDr am tlet d'Amérique auoc M. le comte d'Kitréei . rjrnpagne oi il pointa le mortier donl la Iwmbe heuttote amena la reddilioo de Tahigo. Sa Uajeitê le l'Iaimil à rappeler, dinii hi Lellrei de jantier ISBâ, lei icrviceadu grand-père de U. Pierre Lan douillette, cipilaine de l'artillerie de Loali XIII, qni le ligna la an •iége de la Rochelle et A la chute de rette ville, à laquelle ■ contriburrent heBucoop de bombei el buuleli rouge) qa'il fil tirer . . Ben^ Landouilletle, pire de Picrrî, n'iltil point oublié; le Roi citait ce . dummiuaire principal do l'artillerie de> protidcea d'Anjou, le Uaine et Tonraine ■ , qui l'tlail fiil remarquer en pluiieura occaaioni, et • parliculiireraeal au liégo d'Angeri , ai il rtfU un coup dt maui^iul i la poilritte jui l'oblifia it porltr wu cmult It rate dt ta rit . . Reué . «enîl eninile dan* la fonderie do Toulon . . — M. Pierre Landouillelle JUit lieur de LogioiirB. (Archiiei da la Maiiuc, Ordrei do Roi. 1085.) Il ajgnail .-

QacU^i!^-tpJ4./ir^/l^'^i-

nrlini aonl dei cordages plus ou inoini gros, compotét, comme les plni ?i. de troit cardons formel eui'Ui^mei de troia loroni cummia et lordua ière Foia. kit. dii-aeptième liècle, le câble de l'ancre de louée tliil déiigni n de grelin dont l'élimologie nuui reste inconnue.

iU ABRAHAU DU QUESNE.

elles uux anneaux des aDcres) fureot tenus par les cinq vaisseaux atl les galioles, qui devaient s'en scrvirpour s'approcher de la place qu'ai allait utiaquer, ou pour s'en éloigner au besoin . Ces grelins de touél selon M. le chevalier de Saitit-(tenies (lettre du 23 octobre I682)|J avaient la longueur de plus de deux mille brasses (3,243 mètres e viron, la brasse étant de cinq pieds.) La Bombarde avait poursebaler, en avant ou en arrière , la louée du Laurier; la Foudroyante avait celle àeV Étoile, \& Cruelle ccWeAa Vigilant, \a. Menaçante vMaAaVaiUaiU, enfin, la Brûlante celle du Prudent. (Plan lopographique cité '.) Le âO août au soir, la nuil étant calme , le vent endormi , les ri seaux et les galiotcs prirent leurs postes. Dans l'appareillage , letfl vaisseaux \c Saint-Esprit eX V Assuré , qui rangèrent la côte, reçureof ' quelques coups de canon, sans conséquence; le reste de l'armée déiila devant le môle , qui, de 150 canons dont il était armé {lettre de \ï. de Snial-Genics), Cl un grand feu qui ne blessa personne. Oi^-a se plaça, puis on essayait; tir des bombes, et l'on reconnut qn'on étai|B mouillé trop loin de la ville. M. Reiiau, comme MM. Camelin et^ Landouilletle, avait mal jugé la dislance des navires au rivage. Il fallut se rapprocher. Pendant la nuit on se reporta en arrière, et les deux jours suivants, on mauœuvra pour prendre une position définitive et mieux calculée. MM. de Tourvilie, de Lbérj' et de Belle- i Ile-Ërard, qui étaient venus devant Alger avant d'aller rejointli Du QuGsne aux Formenlières, et avaient étudié la question de l'él»* blissement de l'année devant la ville, avaient été d'avis que c'était a N'.-O. du môle qu'il falloil la mouiller. Leur opinion prévalut, cl l'oq résolut de changer de mouillage, en se rapprochant de la côte. H. de Belle-lle-Krard porla deux ancres et les fil jeter sans qu'un coup de canon lui fût tiré de terre. Dans la nuit du 21 au 22 août, M. de Lhéry en mouilla (rois autres deux ou trois fois plus près d'Alger que celles de M. de Belle-Ilc-Erard. Les chaloupes de M. de Lhéry,. snr lesquelles on tira cinq coups de canon et quelques coups de'.j mousquet, ne furent pas atteintes. (Lettre de M. de Saint-Génies.) Le ' :tO juillet, les vaisseaux et les galîotes étaient dans l'ordre suivant : La Cruelle, sur laquelle était le petit Itenau avec M. de Pointis,

> Lci difrérciitsi relflioni placeol chacum à u fnçoa Jes vaiiSFim ce> dirrérencei imporlsnt peu; lonlt» conciinnenl <juv cinq caiiseaax iiiilj di< cinq gielini anr leiqneli élsiint ittschée» in gi1iol«t. Qna iioui Boni M croqoii cntoy^ pu U. ds Poinlîi bd rédacteur du Mtrrari, craqnii dai' ^ BÎnr avec lOin et af-compagné d'nno t^<{t>nde hleo failc. d^ii^QOnt l'onipiici noiiret dan> lei troii ordrci qn'ili occnpi'r«nt inrreiiitenirnt devant la ville aNi^^N.

lelle- ^^ intli«^^H l'él»J^H it an ^^^

1*83 MARINK DU XVM* SIÈCLE.

s'établit au N. sur le câble du Vigilant; à sa droite, ta Menaçante, commandée par M. de Goul'sIoh, avait le câble du l'aillant; ta Bombarde, capitaine, M. de Combes, avait celui du Prudent; ta Foudroyante, capitaine, M. des Herbiers, celui du Laurier; enGu la Brûlante, capilainc, M. Beaussicr ', celui de {'Etoile, mouillée tout à fait à droite, c'esl-ù-dire dans leN. -0. Deux cbaloupcs armées furent placées en arrière de cbacune des naliotcs pour la dcfendre contre lailoltitleàrames des Algériens qu'on supposait devoir essayer d'attaquer les navires portc-bombes.

Le feu commença quand la nuit fut close. Les •jalioleg, — trois afi moins d'entre elles , — étaient à la portée des canons des forts qui ne les atteignaient cependant point. Les Algériens liraient trop haut et envoyaient leurs boulets au-dessus et au delà. des gatiotcs. Ouilrcvingt-sLi bombes furent tancées dans ce premier cssuï , qui eut peu d'effet sur la ville comme surle môle, et les navires amarrés dans lu port. On le sut le lendemain. Un accident arrivé à la Cruelle faillît perdre cette (|aliotc. Laissons parler IH. de Pointis, assurément le mieuK informé de l'événement :

La Foudroyante commença à tirer ; je suivis , et ta Brûlante un moment après. Les ennemis mirent le feu à hnît oa dii canons, sans en tirer davantage. Pour nous, nous vtnies avec beaucoup de déplaisir nos bomlic.s ardentes , sur lesquelles ou se fomtoit principalemcat dans la vue qu'elles

■ U. Fviii BeiDHier, d'une fimilia proiBDjiJd, £lait eaieigne do itiueBU depuis Id 38 déCEOibre 1GT3; [l Tut fait upilaina de giliile le 17 jaDiier 1684; cipitaiOD d'iTliltcrie le 1°' min IfiOS, si opiUiue de tiîiKSU la I" janvier 1693. Il moarut 1 Toulon te 9 loAl 1731. — M. Annand-Clurles dei Herb[en. orisinnire du Poitou. eniai^ns do i eeptembrfr 1071. et capilaine de brûlot du 13 jnniier 1677. défini cipitaine do niiinn le l" février IGSO. Il dôcéda > nocheforl le 8 mû 1713. — U. de Combat tA l'officier dopl, a pra|HM de )I. de Liagaron, noutairoai parlé ci'diului.pagu 393 eliuiiaaUi; enseigne en 1877, lieutenoDl depuit 1d 3 tusri 1680. il Tut tail cipilsioedegaliote te 16 janvier 1681; il deviolrspïtainedB laîiiain le t°''j>DiIsr 16))9, Dl comiuLaiaire généni de l'arlillerie le 1" janvier 1703. 11 mourut â Brett le 3S novembre 1717. — U. André de Goiintaa, garde de la marine de leplambre 1671, fut fait enieigoe ds taiueau le 38 décembre 1673. Il deiïnl capiuina d'irlllleric le 17 jancier 10S4. capitaine des bombardiers le I" mara 1693, enBn capitaine de vaiiieau le 1" janvier 1693. Le SI aoAl 1704, au combat de Mabga. il fui lue aur le ^auiitro3F(Mr. — U. le chetalier Bernard de Sainl-Jean Poinlii, enMigne de 1673, éloil lienlananl de laiaieau depnis le 13 janvier 1877; il pol une commiiaion de capitaine de galiole le 13 janvier 1684, fui nomiué comniiasaire ordinaire di; l'arlillerie le ISjoillet 1684. capilaioe de eaiaiean le l'i'jancier 1685, nimmiiuiro génénl de rarlillrrie le I" mara 16S7, enfin Chef d'escadre le 4 octobre 1691t. II moural le 34 avril 1707. C'était un homme diitingué, dont la carrière fat honorablement remplie.

49S ABRAHAM DU QIIESNE. 1989

brùleroient les Taisseani eoneinis, crever loules au sortir da mortier. «I nos bombes ordinaires ou crever aussi, on, eiceplc deux ou trois, ne porter que jusqu'à la ville. » (Ce mécompte n'engageait en rien Is responsabilité de M. tlenaa, conslrucleur di'S navires et non artilleur et artificier. UM. de Lando aille lie et CnmcUn devaient être bien marris de ce premier insuccès. M. de Pointis ne les accuse point. I! continue :) « Dans ce chagrin on tiroil encore quelques coups, lorsqu'un de mes mortiers, chargé d'une bombe ardente, ayant fait faui feu " (c'est-à-dire, n'^lanl point parti) u et la bombe continuant à s'enûammcr sans partir, je me vis réduit à sourfrir l'incendie que je crus inévitable... » (L'équipage erTrajc se sauva, partie à la nage . partie dans les chaloupes qui pnrlaicnt les munitions...) 1 Enfin quelques-uns de mes olBciers mariniers étant restés snr l'arrière, je me tronvai seul sur l'avant où était le feu. Landouillet ((ir), Commissaire d'artillerie de marine, el itegnault (<ic), deux de mes amis qui avoieni bien voulu s'embarqner avec moi n (On se rappelle que le petit Renau était snr la Crutlle avec M. de Pointis dans le voyage que fil celle galiote du Havre à Dunkerqne ; il n'avait pas quitté son ami dans le passage du Ponant à Toulon el dt- Toulon devant Alger.}. > voulurent bien ne pas m'abandonner, demeurèrent à la batterie de derrière où ils étoienl. n (La batterie de derrière était la plsle-forme sur laquelle était établi le mortier le raoiu éloigné de la poupe.)

» Cependant la bombe jetoil ses grenades et du feu gro hommes, et je me voyois couvert de flammes, ayeal quaranlt 601 ardenle$ dans la galiote cl tant d'autres choses dans le navire propret I a'cuQammer. Nous primes néanmoins la résolution, mon contre-uiaflre , un soldai bombardier qui me vint joindre, et moi , de tenter d'éteindre le feu, Et, comme nous viuies que les premiers seaux d'eau l'avoieat amorti, nous continuimes, et pendant un instant nous le crames éteint; mais la bombe reprenant vigueur, et les grenades et les canons de mousquet qu'elle renfermoit tirant de nouveau, la flamme recommença. Mais le premier succès nous ayant encouragés, nous retournâmes à la charge avec de l'eao, cl cnSn nn de mes soldais revenant de son épouvante, me voyant autour du mortier, y jeta un si grand seau d'eau que le feu s'éteignit, à cettr

» Plusieurs chaloupes qui étoicnt autour de la gahole, et que la flamme avoit obligées de s'éloigner, revinrent à bord. Le sieur Dcmoul, lieutenant de la galiote, qui, pour quelque manœuvre, étoit dans un canot, se rejeta à bord en y voyant le feu. n

A ce récit surfisomment dramatique par le fond , simple daoK II forme, écrit d'ailleurs peu de jours après celui oii se passa le fait, cf <]ue M. de Pointis aurait bien eu le loisir de compléter s'il avail oublié quelque détail inléressanl, comparons celui qu'ont accueilli el confirmé les biographes de H. Renau d'Éliçagaruy. 11 est de M. de

dnaj^H

Fonlenelle, dans son Éloge de M. Renau. (Mém des sciences.)

u Un accidenl fui canse qu'une carrasse igue M. Renau vouloit tirer n (le lir ne le regardait pus, mai» bien UM. de Pointi* et Landouillelle) u mit le Teu à la galiote toute chargée de bambea, et réquipage, qui voyoit déjà briller les tordes et les voiles , se jeta à la lavt. Les aiilres gslîateR et les chalonpes armées, voysal ce bftiinient abandonné i (pas lont à lait) « crurent qu'il alloil sauter dan« le moment et ne perdirent point de temps pour s'en éloigner. « (Ceci est 1res -probable. L^ galioles, en se panmojant le long de leur câble de louée, purent se retirer près de leurs v peclifs.) " Cependant M. de Remondis (air), major, voulut voir s'il n'y «voit plus personne et si tout ctoil absolument hors d'espérance. Il força, l'ipie à la main, l'équipage de $a chaloupe à nager; il vint à la igaliote. sauta dedans et vit tur le pont M. Rûnau travailler, lui 1% vrir de cuir verd plus de quatrc-vingti bombes chargées. . . M. de Remondis alla dans le niomeot aux chalnupes et tes lit revenir. On jeta dans la galiole deux eenti hommes, et quoiqii'en même temps trois teots pièces d'artillerie de la ville , sous le feu desquelles elle était , tirassent dessus et fort juste, on vint à bout de la aaiiver. n

M. de Poialis, on l'a vu, ne donne aucun rôle à M. de Rajinondis. S'il arriva à la Cruelle, ce fut appurcinaieiit quand le feu s'éteignait. Il repêcha peut-être les matelots , soldats cl bombardiers qui s'élaienl jetés à la mer, el les ramena à leur bord ; il vit l'élat oïl était la galiole, dont l'avanl avait souffert par le feu, et alla, comme c'était son devoir de major de l'armée, rendre compte des faits à Du (Juesnc. Quant aux quatre-vingts bombes chargées qui étaient sur le pont de la Cruelle, et que MM. Renau et de Poinlis couvraient avec des «cuirs verds n , qu'il nous soit permis de dire que ce détail nous trouve incrédules. Ne disputons pas sur le nombre quatre-vingt ; M. de Pointis dit quarante, et les met dans la galiote, ce qui est raisonnable ; commeut concevoir, en eiïet, que M. de Pointis eût laissé sur le gaillard d'arrière de son navire cette quatitilé de projectiles dangereux , qu'un boulet rouge lancé par les Algériens pouvait enflammer? Qu'il y eût, prèles à être lancées, trois ou quatre carcasses ou bombes ardentes sur l'arriére de la batterie des mortiers, el qu'elles fussent couvertes de cuir vert, c'est possible, c'est croyable. A mesure que la petite réserve s'épuisait, les bombardiers remplaçaient les bombes lancées par des bombes tirées des soûles ; ils faisaient là ce qu'on faisait pour les gargousses, dont on n'avait jamais un approvisionnement sur les pouls. Au reste, si M. Renau travailla à couvrir les quelques carcasses que nous supposons, ce fut

AltUAIlAU DU (jUESNE.

avec M. Landouillcltc el non avec M. de Poîntis . occupé a la proue avec son contre-mai Ire el un bombardier à inonder d'eau les œuvres vives cl mortes qu'avait attaquées la flamme. M. Itenau el M. Lan- (louillelle apparaissent à peiac dans la scène peinte pur M. deTointis; mais ils ne restèrent certainement point inutiles pendant la lutte du capitaine de la Cruelle contre le fléau qui menaçait son navire i seulement leur action ne fut point telle qu'elle fût digne d'admiration. Une dernière observation au sujet du récit complaisant de M. de Fonlencllc ; trois cents pièces d'artillcrrie, dit l'académicien, tiraient, el fort juste, sur la galiote, qu'on vint pourtant à bout de sauver. Deux choses là-dessus ; si la Cruelle avait pu être atteinte par le canon , on l'aurait éloignée au premier moment où l'on vil la bombe cracber ses grenades ; si elle resta à la portée du canon algérien, les artilleurs turcs ou maures liraient fort mal et non pas fort juste; car ils ne mirent point le bâtiment en danger, bien qu'ils fussent

0 trois cents bubilcs tireurs n .

Des quelques lignes exagérées de M. de Fontenelle , doot U rcaponsabililé revient en partie au rédacteur du Mercure de Franre, qu'instruisit sans doute M. de Motbcux, envoyé de rarniêe à Paris pour porter des nouvelles des premières attaques, M. Eugène Sue a fait une page enflée, boursouflée, froide pourtant, si on la compare à la relation naïve de M. de Pointis. Il est d'ailleurs inexact, comme il lui arrive trop souvent de l'être. 11 place M. Henau, non pas sur la Cruelle, mais sur la Fulminante, à ce moment encore sur les chantiers de Toulon, et le montre '^ s'occupant avec un sang-froid merveilleux;' à couvrir de cuir vert " les deux cenls honihes que la galiote avait à « bord " ; opération qu'il fait , non pas ^ lui troisième « , comme le dit le secrétaire de TAcadémic, mais avec u M. de Combes n , qui, en ce moment cependant, était sur la Bombarde, galiote qu'il commandait et dont il dirigeait le feu. Kt ce n'est pus tout : le romancier, qui se croit le droit d'Inventer, prête au petit Renau ces paroles : u Courons au plus pressé, qui est de mettre les bombes à l'abri; le " feu s'éteindra bien ensuite. " Éteindre le feu était le plus pressé, et M. Renau et M. Landouillctte devaient s'y porter tout d'abord pour aider M. de Pointis. Les bombes ne couraient de danger que si le feu se propageait de l'uvanl à la poupe.

Le mouillage des galiotes n'avait pas été bien fait. « M. Camelin, ' qui avait donne les distances », dit M. de Paiolis, u avait fait

1 mouiller les ancres trop loin de terre el trop près l'une de l'autre;

IBS! MARINE DU XVfl< SIÈCLE.

>■ si bien qu'en allanlsur leurs ancres les galioles se générant, el X que les bombes atteignirent à peine le mole et point du tout la 1^ ville. 1 11 résulta de là une certaine conrusion ; la Bnitanle el la Cruelle s'abordèrent en s'enlraeenanl, comme le dit M. de Poinlis ' ; mais elles se dégagèrent bieutàt; la Foudroyante faillit loucber la Cnielle, mais celle-ci put l'éviter. Ces incidents et le commencement d'incendie déclaré sur le navire de M. de Poinlis décidèrent MM. de Tourville et de Lbéry, qui présidaient aux opérations da bombardement, à ordonner la retraite. Les galioles se halèrcut donc auprès de leurs vaisseaux. Qu'ollatt-on faire? Allait-on se retirer sur un insuccès qui grandirait singnlièrcmcnl l'audace des Algériens? Ren- Ircrail-on à Toulon avec la honte d'ai/oir échoué complètement? Tant de dépenses faites seraient-elles perdues? N'y avait-i) ; moyen d'arriver au but qu'on s'était proposé ? « M. Du Quesne voulut « bien faire une seconde tentative " , dit \l. de Poinlis ; on prit des mesures pour que les choses fussent mieux préparées qu'elles ne

■ La llcUlian publics |iir !■ Gaulli Ji France dît : . L« gdtod» ni'rnil eâU à Irnrtri • . On toil d'iprèi cela qu'on eua[i do lircr Ici Im)ihI»i. le navire prêsenlinl Id rAlè el nnn la proue â l'ennemi. Ce i^l^me fui bienlil ibondonu^ . aiuii ijae le dcmonlrc ce p«9oge d'un Mémoire dil à Parii au moii de leptembri) 1689. al adreué par Du Queineà M. Colbcrt. pour que ee Uiuialre le fil lire au Bai : • L'on esl cDDceau à TudIou de ce qu'il y auruît i faire ani galialtei p«ur ilitpoHr lei morliera sur leur plile-foruie, pour fircr droit en acani; cela l'ajuilarB facileuient, «Ion que Ib commtsaaire bonhardier ■ (M. Cameliu) • le demande. Il a ili résolo auiaî d'y faim un popl léger qui le démoulera daoa ruccaaion el qui ne aenirB aeulemenl que pour la uaiigalioD , afin de lea gannlir de la mer et préveDir l'iDCoaTénieol qui penaa arriver l'année dernière Ëi mers de la Msuche. ■ (Lapna talaaii de Du Queane ;

périr devant Dnukerque.) ■ Oo leur doit mellre uiuï un mât d'afant et une voile laline qui ib dcDionttront de même. • Lei galiatei n'iTaienl puur toute mllure qn'uD grand mil i loilei i

un mil de poi

ipe ou ai

■limon, porlani

un hunier

lu reconnul qu

itéea lei galiotes

i leur milTir,

. un pcii

1 mil de miiai.

le qu'on p

riur te pont.

lor,qu.

déplanter facilemeul

office. I.ei galiolea porlaient mal la mile; an aerforfa de corriger ce déraul, et Du Qucine dit : -A l'éjjard de* deui giliullea que l'on doit construire ■ (pour porter leur nombre 1 >opl). • on prendra garde de ne pu tomber dam le défaul qui l'eit Irouié ioi aulrE]. ■ Ceci regardai! M. Renan. — Lei Bgurea graoéei de gatiolei que nODi connaiiioni. maatreot cet natirea mlléi lenlement de deoi mili planté i, l'un au milieu de leur longueur ou â peu prèi, l'autre len la ponpe. — Nom a'avoui pu noDs procurer un plan de) galiotet du pelit Rensu, qui nou) aurait i'idi i eipliquer certains déisils que nnui renonçons i Foire comprendre iint le lecouri de 6gurei deaainéei. Coiome nous (enoui i être eiscl le plus qu'il noua est poiiible , nom ne lon-

loiii paa hasarder nue reslitulion hypothétique du navire porle-murtiurt . qui aerail

pffut'êlte un A-peu-près Irompeur.

130 ABRAHAM DLI QUBSNE. ]<8>

l'avaient été d'abord. M. de Bcile-llc-Ërard et M. le chevalier de Lhéry furent chargés de placer les ancres de louées ; M. de Belle-Ile uilla deux, sans (ju'un seul coup de canon lui Tût tiré pour l'empêcher de les placer convenablement. 11 fit son opération de jour. Pendant la nuit suivante, — lu nuit du 2C au ^7 août, — M. de Lbéry mouilla les trois autres ; on lira sur ses chaloupes cinq cnups de canon et quatre ou cinq coups de mousquet qui n'enrent aucun effet. CfS dernières étaient - dcni ou trois fois plus prés ■ (de terre) que celles de M. de Bcllc-lIe. (Lettre de M. de Saint-Genieg.) u Elles n selon M. de Pointis, assez éloi<]nées les unes des autres. 1 et à la portée de pistolet do mur qui fait la clôture du port, o

Le temps ne permit pas que les galiotes et leurs vaisseaux prissent leur position avant le 30 août ; le soir de ce jour-U, l'ordre dans lequel devaient t^lre placés les navires ayunt été modifié, M. de Tourville, qui avait l'amarre de la Cruelle, alla se poster vers l'entrée du port d'Alger ; le chevalier de Lhéry se porta tout au nord , ayant l'amarre de la Bnllante; entre la Cruelle et la Bràlanle, furent placées la Menaçante, aidée par .M. de Bcaulîeu; à sa droite la Bom~ Adri/e, tenucpar M. de Belle-llc-Érard ; enfin, à la gauche de la Bnllanle, la Foudroyante , dont la touéc abonlissait à l'Éloile, montée par M. Forant. Le Feu recommença, plus nourri, mieux dirigé, pins heureux, et dura ainsi toute la nuit.

Le chevalier de Suïnt-Genies avait été envoyé dans une chaloupe pour veiller sur la sortie du port , car on craignait que Baba-Hassan n'envoydt pour attaquer nos galioles une jjalËre et quelques briganlins qu'on savait être derrière le m61c. On tira cent quatorze bombes qui jetèrent la consternation et la mort dans la ville. Le 3 septembre, les Al<;[ériens tentèrent une sortie ; mais ils furent vigoareusemenl repoussés par le feu des chaloupes e( celui des saliotcs, sur lesquelles, par mesure de précaution. Du Quesne avait fait porter dts canons, au nombre de six à bord de chacune. M. de Sainl-Genîes, qui s'était placé jusqu'à " demi-portée de la chaîne du port ", recueillit un esclave canarien (?) à demi mort dans l'eau. Cet homme s'était sauvé de la ville. Quand il fut revenu à lui, il donna à \'ot&cier des détails sur l'étal où se trouvait la population , et Ini raconta que u personne n'osoit parler, et que Baba-Hassan cnvoyoil sous 1 main des Turcs par toute la ville et dans les tabacs, pour écouter " ce qu'on disoil, et que, d'abord qu'on lui rapportoit que quelqu'on '3 avoit dit quelque chose, il lui faisoit couper la télé. Cela faisoil ■

n observer uu grand silence. >' Ce pussai^c de la lettre de M. de Saiol-GeDJcs (23 octobre) dément le bruit accrédité par les rctotious tpi'un parti s'était formé dans Alger pour forcer liaba-Hassan d demander la paix.

Le i septembre aa malin , le Père Jeaa Le Vacher, religieux de l'ordre de Sai nt- Lazare , missionDoire à Alger, oit il remplissait les fonctions de Consul de France , tint à bord de M. Du Que.sne , dans la chaloupe du "Contre-Amiral de Zélande, qui éloit là pour le rachat » des esclaves de sa nation, n (Relation de M. de Pointis.) Le P^rc Le Vacher, parlant de son ambassade , dit : » Les puissances du pays <■ (le Dey Mchemet Hadgi , et Baba-Hassan , chef de la milice) •■ ont ■ trouve bon de m'euvoyer vers M . Du Qucsne pour voir ce qu'il dén stroit; ce qne je fis, tout incommodé que je suis; mais M. Du * Quesne me témoigna qn'il ne pouvoit le déclarer qu'aux personnes » que les puissances da pays Irouveroient bon de lui envoyer. Ce n que je leur rapportai, et elles ea demeurèrent là sans lui eu- I voyer personne. » (Letl. du Père Jean Le Vacher [10 septembre 1682], pubUée, p. 345, t. l", des Mémoires de ta Congrégation de la miuion; Paris, in-8', 1864.)

La nuit du 4 au 5 , les galiotes se balèrenl jusqu'à leurs ancres et le feu reprit, feu seulement de trois d'entre elles, la Menaçanteei la Brûlante n'ayant pu prendre part à l'action ; leurs amarres avaient été coupées par des boulets ennemis. (Relation de Pointis.) Le bombardement continua, quand l'état du vent et de la mer le permit, jusqu'au li, sans que les Algériens envoyassent implorer la pitié du général français et parler d'accommodement, ténacité qui coûta cheràla ville. Enfin, le 12 septembre, Du Quesne, jugeant que liientAt la place ne serait plus tenable pour des navires de l'espèce des galiotes, se décida à les renvoyer à Toulon sons l'cscorle de MM. de Tourville et de Cogolin. Il partit lui-même, accompagné de MM. F'orant , de Gravier et de La Porte , et laissant devant Alger, sous les ordres du chevalier de Lbéry, le Prudent, l'EoU, le Laurier et l'Indien. Les ordres laissés à M. de Lhéry enjoignaient à ce Chef d'escadre de croiser devant le port, pour empêcher tout commerce de la ville avec la mer. Du Quesne se dirigea vers les Formenttèrcs , d'où , le 18 septembre, il adressa à M. de Seignclay une relation qui, par malhctir, manque aux Archives de la Marine et que détient peutêtre un de ces amateurs de lettres aulographes qui ne se font aucun scrupule de garder bien cachés les documents historiques , dérobés

jadis dans les dépdls de l'état. Le 1 1 octobre , le Roi écrivit à son Lieulcaant générât :

u J'&i élé inFormë par voire lettre licrite des Pormentières . le 18 septembre dernier, de tout ce ([iii s'est passé à Alger depuis le départ de mes galères , et guoigue jtuue heu ifeipérer un plus grand ruecèt des mesures qui Bvoiont été prises , et qu'il me paroisse même que si I'od avotl pens^ de bonne heure à trouver les eipcdiens de faire approcher l^s galioles sans le secours des galères pour proriler du beau temps qu'il a fait ■ (reproche peu mérilé), l> ou aiiroil pu achever ou de ruiner la ville d'Alger ou obliger les corsaires à demander la paii aux cunditlonsqui leur anroient été imposéi's , j'ai au moins la satisfaction de voir que le petit nombre de homlies qui a été jeté dans la ville n (pins de 300 !) ^ n'a pas laissé d'y mettre une grande terreur, et que Je puis être assuré par cet essai qii'eo disposant toutes choses de meilleure heure pour achever entièrement cette entreprise , un peut en attendre un succès très-grand, n

Il ne tenait pas à Du Quesne que , dans les srniemenls , les choses nilasseal plus vite qu'on ne les voyait aller. L'organisation des ports laissait encore beaucoup à désirer; les Inlendanls ne s'entendaient pas toujours bien avec les ofGciers généraux, et, de-ces conflits, dont un jour se plaignit sérieusement M. le comte Jean d'Estr^es à M. de Seignelay, au commencement de l'année 1685 (8 mai), naissaient des diflicultés , des relards très-préjudiciables au senrice. Joignez à cela qu'en loul les ofliciers généraux avaient cbacun son système, et que ce qu'avaient ordonné M. de Tourville, M. d'Amfrevillc ou M. de Lbéry, était blàmc par Du Qucsno, blâmé lui-même à son tour par ces messieurs. Tout cela n'était pas fait pour hâlcr l'exécution des ordres de la Cour,

Le désarmement au port de Toulon du Saint-Eipril, du Vijilanl, de Y Aimable, de XAtiuré, du Cheval Marin , des trois barques longues, des deux brûlots, des trois flûtes, de la l^ipire et des cinq galiotes , fut signifié à Du Quesne en même temps qu'à M . de Vauvré, chargés l'un et l'autre de hâter l'opération cl de la faire exécpler conformément aux ordonnances et règlements. Le 6 octobre, les galiotes la Cruelle et la Menaçante arrivèrent à Toulon; la F<mdroyante y aborda le lendemain avec le Chameau , le Paresteux cl le Fin. Ces navires , chargés par un coup de vent violent , avaient été obligés de quitter l'escadre et de fuir devant le temps. Le 1 3 oclobre^ M, de Vauvré annonçait au Vlinistre l'arrivée k Toulon dès galiol^.^ la BrûlanU et la Bombarde. On savait que l'armée navale avait ^ jusqu'à trois cents malades, faute d'eau ; M . de Co^olin. qui reven,-.

IM3 UARINE DU XVIC" SIÈCLE. 133

sur VAuuré, aiiDonçait que depuis la levée du siège , la saolé dos équipages, rafraîchis d'eau aux Formentières , s'élait sensibleoieut améliorée. Pendant la pénurie d'eau on avait i été contraint de faire » cuire la viande dans de l'eau de m^r et de donner du vin -i aux hommes pour toute boisson. La frégate la Vipère, qui s'était chargée d'eau, en avait fourni à souhait au vaisseau le SaiiU-Esprit ; ausii les gens de Du Qucsne s'étaient toujours bien portés. Le général en chef jeta l'ancre sur la rade de Toulon, le 17 octobre HJ82; M. de Tourville n'y mouilla quele 19. Les bombardiers étaient répartis sur les cinq <jaliotes ; leur capitaine, M. Camelin , était embarqué sur la Menaçante. La compagnie des bombardiers ayant été trouvée insuf- Csanle , M. Lan douille tte , commissaire de l'artillerie, jugeant qu'il fallait dix hommes à chaque mortier, le Roi ordonna que ce corps serait porté au complet de quatre-vingts hommes. Le commandement en chef des bombardiers fut donné au chevalier des (lOultes. (Lettres de M. de Seignelay à M. de Vauvré, "iH octobre et 8 décembre 1682; Arch. de la Marine.) La campagne de 1682 était finie. Elle avait été pénible, et si elle n'avait pas eu tous les résultats sur lesquels on avait compté , elle avait prouvé du moins que le but qu'on se proposait n'était pas impossible à atteindre. Il fallait recommencer, et l'on ne devait pas douter qu'un second effort n'amenât Alger au» pieds du Itoi de France. Un avait fait d'ailleurs , pour la marine , une précieuse acquisition, une arme nouvelle, une force nouvelle. Il y avait à corriger les galiutes , les mortiers , les carcasses ; mois le premier essai qu'on en avait fait, dans des circonstances de veut et de mer qui pouvaient le rendre peu concluant , faisait bien augurer de l'usage définitif qu'on eu ferait. Bombariler une ville par mer, avec des mortiers placés sur des navires , n'était plus une idée spéculative , d'un esprit ingénieux; c'était un fait démontré. M. itenau n'était point un rêveur, c'était un savant hardi qui avait donné un plancher goUde au mortier sur ce point mobile, nn petit navire oii l'on aurait à peine rais deux canons de 3t).

Page 1