‹ Abraham Du Quesne et la marine de son tempsChapitre 22 sur 32 · XXV III · texte numérisé non relu

XXV III

Du Quesne était A Caris au commencement du mois de décembre L 1682; nous ne savons rien de si?s entretiens avec Louis .XIV et les Unis secrétaires d'État de la marine; mais nous pouvons supposer ^qne le Lieutenant général vit d'abord MM. Colbert et de Seignelay, .

434 ABRAHAU DU QUESUJE. 1

bientôt mis au courant des incidents de l'entreprise , ajournée et non avortée , et disposés à prier le Roi de recevoir avec bienveillance rhomme déjà désigné pour le commandement de la flotte qui allait agir de nouveau et avec plus de vigueur contre Alger. Que Sa Majesté ail fait un bon accueil à Du Quesne, dont, en somme. Elle devait être contente et qu'Elle conoaissait d'ailleurs pour un serviteur dévoué , nous n'en doutons pas. Le Roi , après avoir entendu le récit des faits accomplis et ne s'y être que peu arrêté , car l'avenir maintenant le touchait plus que le passé, dans lequel il voyait cependanl des avertissements, le Roi dut demander au vieux général' quels étaient ses besoins pour l'accomplissement de l'œuvre commencée. Du Quesne les énuméra, et te Roi lui ordonna d'en fairel'objel de Mémoires détaillés, afin que rien ne fût oublié. Db ' Quesne en (it deux. (Ils sont en originaux aux Archives de la Ma* 1 rine. Campagnes, 1082.) Tous deux sont de la main d'un secrétaire; la date seule : <• Au mois de desembre 1682 n et sa signature trèsgrande : DU QLESNË, sont de la main du Lieutenant général. Le premier Mémoire est long ; le second , beaucoup plus court , complète l'autre. Nous nous contenterons d'analyser ces deux documents dont le texte , en son entier, serait pour le lecteur d'un médiocre intérêt.

Du Quesne demandait comme « nécessaires a quinze vaisseaux de guerre, « les moindres de 40 canons et de trois cents hommes d'équipage iy . 11 voulait aussi u deux frégates légères et deux brûlots - . Une des frégates était â Toulon (la Vipère); H conseUlait d'armer, pour l'autre, celle qu'avait construite à Brest maitre Biaise Pungalo, qui, parmi les constructeurs français, s'était acquis une bonne réputation. Du Quesne voulait que, de ces dix-neuf bâtiments , aucun ne tût distrait pour des missions particulières , a&n que le commandant i* m celle escadre eût toujours près de lui un nombre de navires sufGsaid 1 pour occuper les postes jugés les plus importants. '

Avoir un port voisin d'Alger où l'on pût trouver toujours des rafraichisscntents semblait chose d'une absolue nécessité i Da Quesne, qui désignait Le port d'Iviça comme le plus voisin de la cûte de Itarbarie. Ce que recommandait surtout l'auteur du Mémoire, c'estque les vaisseaux ne fussent munis que de quatre mois de vivres, et qu'à la suite de l'armée il y eût trois grandes flûtes, une portant des vivres " pour les vaisseaux qui avaient passé l'hiver à la mer ■< -, une autre chargée <• de tout ce qui est nécessaire pour ta carène i (le .carénage) > des vaisseaux « ; celle-ci, commandée pnr M. Bcaussier,

iea9 UARINE DU XVII* SIÈCLE. 43S

mallre d'équipage du port de Toulon. Elle devrait rester avec la première daos le port d'iviça , rendez-vous général de tous les navires de la flotle. I.a troisième flùlc, - qu'on appelle la Bien chargée, -> serait 1 à la snilc du commandant pour porter partie de son rechange » et même celui que l'on porte ordinairement à la suite d'une flotte

■ pour faire une expédition à une côte ennemie. i Du Quesne voulait qu'outre cela , la Bien chargée embarquât « une grande partie des » cordages el ancres pour louer les galîoles, afin de n'en point em- K barrasser les vaisseaux de guerre « , car c'était chose essentielle que ceux-ci fussent ci fort dégagés de tout ce qui n'est pas absolument 1 nécessaire ' . Pour parvenir il ce dégagement indispensable. Du Quesne demandait qu'on ne prit sur les vaisseaux ii aucun garde de « la marine ni volontaire, attendu qu'il leur faut à tous des lits, des > tables et des sièges, ce qui occupe beaucoup de pince et cause de 1 l'embarras; et, de plus, ils font une grande dissipation d'eau et " de rafraîchissements , parce qu'ils sont souvent malades de la mer n . Quant aux deux galioles que l'on construisait à Toulon, Du Quesne désirait qu'on les fournît >> chacune de stxcdbles et de quatre grosses

■ ancres t (pour les tenir à quatre amarres, afin qu'elles restassent n bien à leur place pendant l'action), » et d'une ancre à louer « . 11 voulait qu'on augmentât le nombre des bombes, celui des galioles étant augmenté, et surtout que l'on ne comptât point sur celles qu'on avait rapportées d'Alger, <• parce qu'il s'en est trouvé beaucoup de n défectueuses. Septante-cinq milliers » (34,422 kil.) <' de poudre « k mousquet, de la plus fine, ^ lui semblaient indispensables pour que les bombes ne manquassent point leur coup, u comme il c.st

• i> arrivé à plusieurs qui n'ont pas crevé « ,

Du Quesne, qui ne comptait guère sur le service des galères, proposait, non pas tout à fuit de les remplacer, mais de faire construire pour les suppléer au besoin t huit bonnes chaloupes » , et que l'on Bgarniroit de mâts, de voiles et de rames, pour servir à louer les » galioles el pour tout autre service an^ jours d'occasion i . Quant aux galères, cependant, Du Quesne estimait que di\ de ces navires à rames, u bien choisis et bien armés de chiourme " pouvaient suffire pour faire la police de la rade d'Alger el rendre quelques services à la Hotte. Il ne leur voulait que quatre mois de vivres et leur adjoignait •■ une flûte ou un autre bâtiment pour embarquer leur rechange ' en mâts, antennes, voiles, rames, etc. » Il pensait qu'on ferait bien de mettre à leur suite un navire portant de l'eau, « afin que la

43S ABRAHAU DU QUBSNE.

" chioumie dc pàUt point » . El surtout il voulait qu'oa choisit u commandant et des capitaines aimant la mer, " afiu que l'union et n la bonne intelligence entre les vaisseaux et les <]alèreg produisisn sent un succès avantageux et agréable au Roi » .

La nécessité d'avoir un vaisseau hôpital est étabhe par Du Quel avec beaucoup d'insistance ; il se rappelle que le Ministre troniî mauvais qu'on lit partir le Tridetil en même temps que la Hotte , que t'armce à peine au large, il y eut sur les vaisseaux des maladei \ dont on ne put se débarrasser que lorsque cet hôpital fut enfin arrivi. Dans sa pensée, le Trident, qn'i! voulait emmener avec lui, ne serait pas seulement destiné à recevoir les malades, il serait une sorte de magasin de vivres sur pied. On y logerait bŒufs, vaches, moutons et poules, " afin de conserver en bonne santé les équipages. C'est I) ainsi que cela s'est pratiqué autrefois, comme il est aisé de le voir 1 par les anciens étals a . Le mal de terre ou scorbut étant des plus ordinaires sur lu mer, et l'air dc terre y étant uu souverain remède. Du Quesne proposait d'établir, à l'endroit où les vaisseaux iraient caréner, des tentes pour recevoir les scorbutiques, sage précaution qui ne devait pas entraîner une grande dépense , et dont l'appltcnlion pouvait être d'un grand intérêt pour l'état sanitaire de l'armée.

Prévoyant que les corsaires pourraient cire hors du port d'Alger au moment où la Ûolte arriverait devant la ville, et qu'en ce cas " les » puissances d'Alger n voulussent u prendre la résolution d'essuyer n l'attaque des galiolcs et de voir ruiner leur ville, sur quoi ils témoi- '! gnoient de l'indilTérence, suivant le rapport d'un esclave chrétien, n en se vantant qu'ils sont assez riches pour la rebâtir plus belle n qu'elle n'est ^ , Du Qucsnc proposait a de boucher l'entrée de leur n port avec des vaisseaux dont le lest , fait de pierres plus grosses 1 qu'à l'ordinaire, n serait i^ cimenté <> . IL se souvenait des navires chargés de pierres et coulés autrefois devant la Rochelle; mais il voulait que ces bâtiments ne fussent pas seulement des rochers factices jetés à l'huis du chenal pour l'interdire ; il prétendait qu'ils fussent en même temps de véritables brûlots , chargés de matières incendiaires, qui, en éclatant et sautant en l'air, porteraient la llamme et la peur aux vaisseaux rangés derrière le môle. Pour l'ejéculion de cette partie de son projet. Du Quesue demandait cinq vaisseaux tout à fait incapables de faire campagne, qui partiraient avec la flotte, et qu'un bon vent, secondant une grosse nier, lancerait sur l'cstacade pour lu briser. Il rccommandiiit le secret,

lest cimenté était chose extraordinaire, il voulait qu'on répandit le bruit que les cinq vaisseaux devaient être coulés en avant de Port- Vendres , comme base d'une jetée à construire devant ce port.

Le matériel navi<|uant était dans un assex bon état quand les radoubs étaient bien faits ; Du Quesne voulait cependant que l'on construisît tout de suite, et de façon que le plus grand pût être au mois de septembre, trois vaisseaux forts et cependant lé<{i fins voiliers, pour croiser pendant l'hiver devant Alger, même aprè: la réussite de l'entreprise contre cette ville. De ces trois vaisseaux, le premier, grand comme le Saint-Esprit (vaisseau du 2* rang) aurait eu \Vi pieds de long (iG m. 12 c); le second aurait éti long de 133 pieds (42 m. 87 c.) ; le troisième aurait eu seulemcnl 122 pieds (30 m. 63 c.) de quille.

Telles étaient les propositions que Du Qiiesne soumit à l'appréciation du Roi et de MM. Colbert, Kllcs plurent, non que tontes eussent trouvé l' assentiment de Sa Maji

Ainsi les vaisseaux au lest cimenté ne furent point écartés, bien qu'on eût fait construire deux " mines de enivre ", machines infernales dont la forme et le plan nous sont inconnus, aucun document n'en parlant avec quelque détail ; mais qui, d'après ce que nous pouvons en savoir, devaient être des vases de cuivre d'une certaine grandeur, remplis de poudre, de projectiles et d'artilices. M. de Tourvilie devait les conduire à un endroit désigné. On ne fil point usage de ces terribles instruments de destruction. Du Quesne n'eut pas besoin de recourir à leur emploi, qui aurait peut-être été non moins funeste aux Français chargés de leur communiquer le feu , qu'aux Algérien k défenseurs de l'estacade.

Notre Dieppois demeura trois mois ^^ à la Cour ^, où M. de Scignelay lui donnait connaissance des ordres qu'il envoyait aux Intendants pour les engager à préparer sans retard toutes les choses nécessaires à l'armement de la flotte. Les conférences que le Lieutenant général eut avec le Ministre ne se bornèrent pas seulement a des discussions relative s à l'exécution de l'entreprise que le Roi avait i cœur de voir mener à bonne fin ; les intérêts particuliers de Du Quesne n'y furent certainement point oubliés. L'affaire du Bouchet le préoccupait beaucoup ; les deux cent mille livres que Sa Majesté avait destinées à l'achat de cette terre étaient insuffisants , et Du Quesne ne possédait pas les soixante-treize mille livres qui lui étaient nécessaires pour s'acquitter envers madame deClérembault. Il n'osa

un -r

!*vi r z i.

. o - >ftk^ .-

tfi

4<8S UARINE DU XVII* SIÈCLE. 43g

sept autres vaisseaux el un brûlot, en armemenl dans les ports du Ponant, avaient ordre de se rendre à la côte de Barbarie ; enfin que sepl vaisseaux ou frégates , trois brûlots et trois barques , armés à Toutou, lui constitueraient une année de ^uin se vaisseaux de guerre, deux frégates, troit barques armées, troit flûtes et sept galioles ; car les deux navires porte-mortiers alors sur les chantiers de Toulon étaient presque achevés. Outre cet armement, le Roi donnait à Du Quesne m'se galères qu'armait le port de Marseille, et dont le chevalier de Noailles aurait la charge, en sa qualité de Lieutenant général des galères, et en l'absence de MM. de Vivonuc et de Morlemart, ce dernier devant faire la campagne de 1683 comme il avait fait celle de 1682, sur le Sat'nl-Espril , à l'école de Du Quesne. On ne refusait donc rien au général , dont l'armée devait être réunie devant Alger dans les premiers jours de mai, pour y rester jusqu'à lu fin de septembre, si les opérations du siège n'étaient pas achevées à cette époque. On lui laissait la liberté de placer ses galioles a en " la manière qu'il a proposée n , employant pour les remorquer les galères de M. de Noailles, et les faisant escorter jusqu'à leurs postes irespectifs par les chaloupes armées que l'on construit et qui auront été embarquées sur les vaisseaux. Ces chaloupes, au nombre de sept, devaient être " plus grandes que les chaloupes ordinaires, afin « qu'elles n pussent » servir à embarquer l'infanterie pour défendre » les galioles pendant la nuit, en cas que ceux d'Alger n fissant B sortir des galères, comme ils 6rent l'année dernière n . (Lettre du Roi à M. de Vauvré, 2 janvier 1683.)

L'instruction, pour satisfaire entièrement Du Quesne, l'avertissait que le Roi faisait ' disposer deux " (au lieu de cinq) u barques n maçonnées dans le fond, qui " seraient u ensuite chargées dans le n fond de sept ou huit milliers de poudre " ; elles seraient « conduites B à la remorque par les chaloupes sur l'estacade pour servir à la B rompre et à donner passage aux brûlots, en la manière que

I Sa Majesté a bien voulu elle-même expliquer au chevalier de

II Réihomas, et qu'il a ordre de communiquer au sieur Du Quesne. "

Le chevalier de Bélhomas était Chef d'escadre des galères servant sous M. de Noailles; c'est lui qui avait mission d'atlaquer l'estacade avec huit galères et dix chaloupes montées par de >' braves n of&ciers et soldats, el de tenter de la détruire avec la hache' >. Du Quesne reçut avec satisfaction et reconnaissance l'mstruclion < Vojci ci-dcitui, page 240.

^^\) AfiHAHAU DV QUESNE. ISg»-|

ijiie lui envoyait le Roi; le l^t mars 1683, il se hâta d'en accot réception à M. de Seignclay par une Icllre où nous lisons :

" Je puis assurer Sa Majesté bisn, pounu qu'il y ail ie l'uni que Ions les commandants <lei commande en chef " (M. de ^'o e véritable préïoya

de SI

iule d'e.

làbui

le tnmps qu'il ptairi ' rappclli^. fiirenl c

u'il ne tiendra pas à moi que tout n'ai n entre les vheh ; mais II faut poor c [galères, et priacipalemcnl celui qui illes), u aient la même inteotton que m ice, ils ne lombenl pins dus la oéceiattA J

Il Roi d'ordonner, n (Les galères,, J gces de quilter la céte d'Alger^

Dans cette lettre. Du Qucsni- dcinandail qu'on lui accordât un < et niujor convenable h la di,^nilé du cammandcment ^ , c'est-à-dire assei d'ur<|enl pour tenir .su table d'uue manière bonorable, et qu'il eût de quoi nourrir décemment le capitaine de son Pavillon et les quelques seigneurs que la Cour lui avait ordonné de recevoir comme voli taires. Il finissait en disant à M. de Scignelay : i> Je n'ai pu ce soir ■■ avoir l'honneur de voir Monseigneur Colberl, pour prendre congé o j'espcrc que ce sera demain, après quoi je partirai, n 11 ne tards guère, en effet, car le 2(î mars il arriva à Lyon, d'où il écrivit inéme jour à M. de Seignelay. On lui envoya deux lettres de M, La Madeleine, consul de France à Tripoli et créature de Du Quesne qu'il appelait son ■ patron et maître n . M. de La Madeleine disait que la rupture de ta paix faite avec Tripoli n'était point le fait 0 des puissances ^ qui gouvernaient , mais bien de ce qn'oB nomme u la Taijè, ou les gens de guerre et armateurs qui s( " ruinés quand ils ne peuvent capturer les riches vaisseaux - cbands français qui vont sans escorte ^. Du Quesne part de Ià> pour u répéter encore une fois ■ qu'il faut contraindre Marseille ène plus aller aux échelles du Levant ni même à Malte sans él accompagné de vaisseaux du Roi.

Du Quesne resta peu de temps à Lyon; il s'embarqua sur le Rhône et descendit jusqu'à Beaucaire, où il s'arrêta pour faire dresser le contrat de mariage de M. Henri DuQuesue, qui s'était rendu dans cette ville où il allait rencontrer sa future et )a famille de celle-ci, mais non pas la marquise Du Quesne. sa mère, que devait représoi- 1er le marquis, en vertu d'une procuration dont il s'était muni à Paris le 10 mors 1683. M. Henri Du Quesne, qualifié : marquis, comme son père . puis : baron de Valgrand . seigneur de Val-Petit. Montaubert el autres lieux, capitaine commandant un des vaisseaux de Se

les

air ^^M

Do ^n

1681 UARINB Dt XVII* SIÈCLE. 141

Majefilé , épousa , le I" avrit 1683, •• damoiseilc Françoise Bosl' , fille de mesaire Laurent Bosc, seigneur de Servies, conseiller du Koi CD la Cour du Parlement de Toulouse, et secrélnire de sa maison et couronne de France en la chancellerie de Moalpellier, et de défunte dame Frauroise de Marc de La Gamelle de Suint-Clément. ■ Ledit marquis Du Qnesne fils promet de prendre pour sa femme n mademoiselle Bosc, en face de l'égliae prétendue réformée dont B ils font profession... - Les futurs époux feront ensemble leur mariage L^auxus et coutume de Paris , oiiils feront leur demeure. " (l'as bien longtemps, hélas!) « Les seigneur et dame, père et mère du

■ seigneur futur époux, dit l'acte que nous abrégeons, comme leur 'JiU oine et principal héritier, et en nitcndani la succession du B premier mourant d'eux , ils lui donneront solidairement par provif sion la somme de cinq mille livra par chaque année. Le seigneur

■ père de la future épouse lui donne en dot, pour droits paternels et n maternels, la somme de cent cinquante mille livrex qu'il promet payer » au seigneur futur époux , la veille de leurs épousailles, en la ville K de Paris... de laquelle somme il en entrera en ladite future commun nauté la somme de cinquante mille livret, et les cent mille livre» reS'

V tantes sorlirvnl nature de propre à ladite future épouse et aux siens n de son calé et ligne. Fait en la ville de Beaucaire, eu la maison de n uoble Pierre Deseray, directeur général des fermes du Roi en Lan- ■n guedoc... En présence de Pierre Duplal, écuyer, sieur de Montri- « court, lieutenant des gardes du Roi en la prévâté de son hdtel, sern vaut près Monseigneur le chancelier, et de M' David Doulmct... T Signé : Du Quesve {c'est Abraham), Bosc, Du Qubsne (c'est Henri], « Françoise Bosc, Susannk Monnieh (veuve d'Etienne Du Quesnc, tanle B dufuturépoui),ToiNETTEBosc, JacqubttedkScoubixe, H. DitTJVOE «SoMV, Pbtit, Cheïssels, Sartbe, Sahtbb, Henribttb-Chablottk

V Petit, HabclehitkPasciiabt, Duplat.Doulmet, Castaing, notaire, n (Cet acte nous fut très-ohlîgeammenl communiqué, le 3 décembre 1S52, par M. Eugène Thomas , archiviste de la ville de Montpellier, qui eut la honte de chercher l'original de cette pièce et qui , après bien des peines, en trouva une expédition authentique signée : Cri^tainq, chez M. de Bosc, descendant des Bosc de 1683.)

Le contrat de mariage de M. Henri Du Quesnc est d peine signé, que le vieil Abraham remonte sur le bateau qui va le porter jusqu'aux bouches du Rhànc. Il est à Toulon le 5 avril. La bénédiction nuptiale devait être donnée à Paris aux jeunes époux , mais on a renoncé

449 ABBAHAU DU QCESNE. 168S

à cette idée. M. Henri ne peut reloumer à Paris ; les devoirs de sa charge l'appellent à Toulon, où l'ûttend le Laurier. 11 ne veut cependant point laisser fille et peut-^tre veuve, — car qui sait ce que la campagne réserve au capitaine? — su femme qui n'est encore que son accordée. On ne peut aller à Montpellier demander à un ministre du culte la consécration religieuse dont a besoin l'hymen commencé parles conventions matrimoniales; que faire? Du Quesne écrira à M. Colbert pour que Sa Majesté lève la difliculté; le 5 avril, il adresse au Ministre cette lettre :

u Je VOUE prie , Monseigneur, d'avoir pour agrcable que je vous informe que j'ai troovo occasion, en tenant ici, de coocltire le mariage démon fil) oi'nc avec la 611e de M. Base , conseiller au Parlement de Toulonse. cl comme mondiini» a l'baïuieur de commander un des vaisseaux de l'armement que Sa Majesté veut faire mettre en mer sur la tin de ce mois , je voua supplie trèa-humblemcnl de vouloir approuver ce mariage, et parce que le jour de la partance de cet armement est fort prochain et que l'on n'auroit pas le temps de faire publier les baus et annonces par (rois dimanches consécutifs au» lïeui où les parties sont domiciliées et d'en rapporter des certilicata, suivant la formalité «rdinaire, à cause de l'éloîgnemenldes lieux, je vous demande la grAce de vouloir bien faire eipédier un ordre au premier ministre des environs de Montpellier de les marier aussitôt qu'il en sera requis. ■■ et ce, Monseigneur, pour ne pas perdre l'occasion de consommer ce mariage, n (La date el la signature de cette lettre sont seules de la main de Du Quesne. Sur la première feitille on lit , de la main de M. Colbert : i. A mon fils. «)

La réponse â celle demande ne se fait pas attendre. C'est H Seignelay qui l'écrit :

u 13 avril 1683. — Je vous envoie l'ordre du Roi au premier nistre de la R. P. R. n (que vous trouverez) j pour procéder an riagc de votre fila.., et je puis vous assurer sur cela qu'il n'y avoit pa* d'exemple que Sa Majesté ait accorde une pareille grice, et que ce n'ed qu à votre considération qu'ElIc a bien voulu passer par dessus Tnsage

iT Je serai le 25 de ce mois, sans faute, à Toulon, et je vont «vMie qu'outre le service de Sa Majesté . qui demande une extrême diligence pour le départ des vaisseaux , ce seroit une grande satisfaction pour moi de pou-

ed ^

ries V

e dois faire

r mettre à la voile dans le pi^u Toulon. " {Arch. delà Marine, Dépêches, 1683^ fol. 152^)

En quel lieu M. Henri Du Quesne put-il profiter de lapermissioa que le Roi accordait au général de son armée naoale? Noua n'avons pu l'apprendre. Ce fui probablement à Bcaucuire queM.Heoriaiten-,

leSS UARINE DU XVII° SibCLE. ai

dit l'ordre de Sa Majesté, et que son mariage fut fait par un ministre de cette ville.

M. deSeignelay, qui aimait à s'instruire des choses de son métier, était à Marseille le 29 avril; il y vit les galères prêtes à partir pour le lieu du rendez-vous que Du Quesne avait assigné à M. de Xoailles. Il alla ensuite à Toulon , où il assista aux épreuves qu'on y fit des bombes, envoyées des fonderies au port. II était de retour à Versailles avant le 14 mai. Il avait vu partir la flotte.

A propos des bombes, disons, d'après une lettre de M. E. ¥.. de Fricambault à M. Cabart de Villerraont, qne le chevalier de Lhéry avait fait sortir une galiole du port et fait établir à terre une batterie, aBn de familiariser les bombardiers avec le tir des mortiers. » Les expériences réussissoient bien, quoique ta plupart des bombes " fussent tt de mauvais fer. « » On bâtit ici les deux galiotea nouvelles; n elles ont soiiante-qualre pieds de quille " (âOrn-TSc) « et c'est n quasi les mêmes proportions que les autres, n (Les cinq premières avaient soixante-dix pieds de quille ; voyez ci-dessus, p. 411}. ) ^ On n doit faire les batteries par l'avant ; mais , quoique quelques gens n soientde cet avis, l'épreuve qu'on en a faite sur la galiotc qui est hors 1 du port, à laquelle on a fait la batterie de cette manière, y a tant fait n découvrir d'inconvénients qu'on a escrit à M. Du Quesne pour lui en n remontrer les difficultés.. . o Signé : De Fricambault , â Toulon , S janvier 1683. (Bihl. Nat., Ms. Dangeau, vol. 1653-168-4, p. 118.) Que signifient ces paroles : « On doit faire les batteries par l'avant " ? Si nous comprenons bien ce passage de la lettre du correspondant de M. Cabart, la galiote qui était hors du port avait subi un changement assez considérable; le massif, au lieu d'être placé près du centre du navire, avait été porté plus près de la proue. L'inconvénient devait être de charger beaucoup l'avant et de faire canarder, comme on dit , la galiote , de nuire par conséquent à son équilibre et de gêner sa marche. Uaîs pour le tir, quel était l'inconvénient? C'est ce que nous ne saunons déterminer. Nous n'avons pu nous procurer la réponse de Du Quesne aux objections faites à un système qu'il avait peut-être approuvé; elle nous aurait fixé sans doute sur un point qu'il nous est impossible d'éclaircir. Nous croyons, en déSiulive, que les deux galiotes de 1683 ne furent pas armées de batteries faites sur l'avant.

Où les idées de Du Quesne triomphaient complètement, c'était idausl'accaslillat/e, l'ensemble des châteaux ou gaillards et œuvres

Ait ABRAHAM DU QUESHE-

hautes des navires. Pour tous les vaisseaui destinés i

fain

cours 1 , comme on disait, ou la course contre les Burbaresqi avait recommandé aui intendants « de leur ôler lout ce qui paarroit empêcher qu'ils fussent aussi légers et aussi fins de voiles qu'ils le doivent être ^ , et par exemple les oeuvres mortes dont ils étaient chargés et le gaillard d'avant, en laissant toutefois le gaillard d'arrière, " suivant le devis du sieur Du Quesne -^ . h'ExcelUnl et XBeureux, armés à Etochcforl, étaient du nombre des navires auxquels on allait faire subir ces changements. L'ApoUon, que maître Hubac avait sous la main à Brest , devait n'avoir que des œuvres mortes « les pli » légères et les plus rases que possible - . i)naat i ÏEnlrepreiuml el Bon, M. de Seuil avait ordre de faire « raser leurs couronnemeni - et leurs gnillards d'avant i . (Arch. de la Marine, Dépêches 1683', lettres du 3 janvier, à MM. de Deniuin et de Seuil.)

V Entreprenant, Y Apollon et le Bon, commandés par MM. de Chiteau-Renault , de Lançgeron et de Coëtlogon , (îrenl partie d'une escadre de trois vaisseaux et d'uuc frégate, la Légère, commandée par M. du Cbalard. M. de C bateau-Renault la conduisit k Cadix, escortant des marchands français , puis devant Alger. Le 20 avril, le Chef d'fscadre reçut ordre de ramener ses trois vaisseaux à Brest et de laisser devant Alger M. Du Chalard, qui allait être rejoint par M. le marquis de Villctte, commandant VExeelUnt, et M. Colberl de Saint-Marc, commandant le Hazardeux, suivant l'ordre qu'on avait expédié k ces orScicrs le 26 mars. Cette escadrille de M. de VilleUe devait se fondre dans l'armée navale quand celle-ci recommeoceTail) le siège d'Alger.

L'escadre de Du Quesne, que nous nommons armée navale ou llotte, pour parler comme les documents que nous avoui jeui, était composée ainsi qu'il suit : 1° le Saint-Esprit, de 76 canons, portant la marque de commandement de Du Quesne, et ayant pour capitaine H. Du Quesne-Guiton , dont son oncle ne pouvait pli passer, et pour enseigne H. Du Quesne-Moros; 2° le Ferme, de 60 canons , moulé par le cbcvaher de Tourville ; 3° le Vi^nt, de 62 canons, monté par le marquis d'Amfreville, Chef d'escadre ; i* le. Prudent, de 52 canons, monté par le chevalier de Lhéry, Chef d'escadre; 5" l'Aimable, de 50 canons : capitaine, M. de Seplêœcs 6* l'Excellent, de 54 canons, commandé par le marquis de l'illetle ; 7" le Fleuron, de 50 canons : capitaine, le comte Victor-Matig d'Eslrécs ; 8° le Cheval-Marin, de M canons : capitaine, M> de Be\\^

Ail

lus ^^

t«SS UARINE DU XVII' SIÈCLK. 445

Ile-Érard ; 9° le Bizarre, de 3(> canons : capitaine, M. du Mené ; 10* la Sirène, de H canons : capitaine, M. de Sébeville ; 1 1" le Laurier, de 46 canons : capitaine, M. Henri Du Quesne ; 12» YÉloile, de 36 canons : capitaine , le chevalier des Ooulles ; 13* le Hasardeux, de 44 canons; capitaine, M. Cotberl de Saint-Mnrc ; 11° le Capable, de i4 canons : capitaine, le chevalier de Chaumonl; 15° le Sage, de 48 canons : capitaine, M. Job Forant; 16° le Fidèle, de 44 canons : capitaine , M. Bidault ; 1 7° le Vaillant, de 46 canons : capitaine, M. Gravier. — Frégates : I' la Moqueuie, de 4 cunous ; capitaine, M. de Montbron ; 2° la Subtile, de 8 canons : capitaine, M. de La Ituissière; 3* la Gentilk, de ti canons : capitaine, M. de Motheux. — Gotiotes à bombes : 1° la Fulminante, portant entre ses deux mortiers 8 canons i capitaine , le marquis de Boulillier»-Chavigny, ensei^e do vaisseau du 6 décembre 1679 (ii fut fait lieutenant le l" janvier 1684, et capitaine le 1" janvier 1681^. 11 quitta la marine le 31 décembre 1702); 2° la Snl/anf?, deficHnons: capitaine, M. de La Pio<|erie ; 3' la Cruelle, de 8 canons : capitaine, M. de Pointis; 4* la Bombarde, de 6 canons : capitaine, M. de Combes ; 5° la Menaçante, de 6 canons : capitaine, M. de Gouëston ; 6° la Foudroyante, de 6 canons : capitaine, M. Jean-Paul de Boisjoli, marquis de La Motte d'Airan ', enseigne du 26 janvier 1680 (il eut une commission de lieutenant Je I" janvier 1684, et un brevet de capitaine de vaisseau le I" janvier 1696); 7" l'Ardente, de 6 canons ■■ capitaine, M. Du Quesue-Monnier. — Brûlots : 1° l'Eipion, de 6 canons ; capitaine, Serpaut; 2° l'Inquiet, de 6 canons : capitaine, Simon. — Sii liâtes, quatre tartanes et vinjit barques longues. A ces trente-trois navires à voiles. Du Quesnc avait l'ordre de joindre seize galères ; mais les galères vinrent tard et ne furent pas des premières opérations dn siège. Ou se passa d'elles.

M. Colbert proposa au l(oi de multiplier les ofBciers supérieurs sur les vaisseaux, tant pour leur instruction que pour les débarquements, si l'on en faisait, quand Alger, écrasé sous les bombes, serait accessible ans troupes de soldats et de matelots, qui iraient ■> mettre

' La rïktion (tu .Vereurt galant donne > M. di La Mulle pour liealeoint le L-beïilier de Fric«ait»al[, ton frire. La chenlicr E. E. de Pririmliaiitl . enseigne de li mjme promatioa qne H. de La UoUe d'Airan, nuii aon cïdel dam l'ordre det numi- DalioDi, fui lieutenant de M. de La Uolle, mail iiiurviacnt il Détail pai xin frère. It d'i avait lacun degr^ de parenté entre toi Doiijoli e( lei Ccrlaine». Le frère du chevalier de Fricsmbanll était le cbevilirr de Cuurtoi-Fricaniliaull , qui n'enin dir» la marine qa'en 1685. (Voifei notre Diciionn. critique, article CrUTtiNis.)

til de délmire le mâle, d'en b mauière a le combler et à le rcndi ^devait agir de la même manière h Boi

1 l( Ira pirtout et employer tout le iemps qu'ils demeureroient en 9 ntte trille à la réduire en cendres s'il " était a possible n . (Lettre in Roi i Du Quesne, 13 mat. Cette lettre renouvelait nn ordre : s'arrêtait pas là et prèsla muraille dans le port, inutile à l'avenir. Du Quesne ie, s'iljugeait à propos d'aller attaquer cette cité barbare.) Louis XIV trouva bon que le projet de U. Colbcrl fût mis à exécution , et le Ministre arrêta avec son fils la liste suivante des capitaines à embarquer sur les vaisseaux de l'armée : le marquis de Blénac, MM. de Roussel et du Rivau-Huet sur le Saml-Esfm't; le marquis de La Porte et M. Digoine du Pallais sur le Ferme; HH. de Bel le- Font aine , chevalier de Combes et d'Aligre Sainl-Liez sur le Prudent; MM. le chevalier de Montbrou et des Herbiers sur le Fleuron; M. de Salampart sur le Cheoal-Marin ; M. d'Ailly sur la Sirène; M. de Chalais sur le Laurier; M. de Genlis sur VEloik. Sur le brûlot l'Espion, on mit M. Champinartin, «I M. de Longchamps sur Y Inquiet. Du Quesne reçut, le 6 mai, l'ordre de donner entrée au conseil de guerre comme capitaine de vaisseau (c'est-â-dirc ayant le rang de capitaine) au sieur de Combes, ingénieur, embarque sur le Prudent.

Les vaisseaux sur lesquels on embarquait un supplément et oïl, malgré l'avis de Du Quesne , on Gl monter un assez grand nombre de gardes de la marine , étaient ceux qui allaient prendre la port la plus directe à l'action contre Alger. Cette fois , ce n'était pas à M. Camelin qu'était attribué le devoir de disposer les galiotes devant la ville et le m61e, mais à M. Landouillelle, qui, le 7 janvier, avait été désigné pour u commander la compagnie de bombardiers établie A n Toulon et les galiotes qui serviront anx batteries de mortiers " qui seront employées dans l'entreprise d'Alger, sous les ordres du » chevalier des Gouttes, capitaine de marine, et sous l'inspection de n M. de Lhéry, Chef d'escadre. " (Archives de la Marine, Ordrea du Roi, IG83.)

Les galioles furent munies » de gardes-corps de vieux cordage, pour mettre à couvert les bombardiers :i . C'était quelque chose comme les bastingages composés de Glets , portés par des batayoles autour du navire, et remplis par les sacs et les hamacs des matelots. Les bastingages que nousavons connus, pendant Ir premier Empire, furent remplacés par des remparts de bois , dont l'incanvéDient , si

Ton avait en la guerre , eût été de multiplier les blessures par les fragments qu'en auraient arrachés les boulets.

La présence de M. de Seignelay, autant que Tactivitéde Du Quesne, bâta les derniers préparatifs de l'expédition contre Alger. Le Ministre reçut la dernière visite du commandant et des officiers de Tannée navale , le 5 mai , et le 6 > au matin , il eut le coup d'œil de l'appareillage des navires, qui mirent à la voile par un temps qui paraissait favorable. Du Quesne, monté sur le vaisseau le Samlr-Esprity était suivi du Ferme, du Prudent, du fleuron, du ChevaUMarin et de la Sirène. Im Moqueuse, la Subtile et la GenHUe venaient ensuite avec ÏEtpion, V Inquiet, les flûtes le Chariot, le Bienvenu, la Baleine et quatre tartanes. (Lettre de M. Usson de Bonrepaus, signée :

et datée du 3 juin 1683. Archives de la Marine.) L'escadre fit environ buit lieues an large , a où M. Du Quesne mit en panne pour attendre les chaloupés et les bâtiments de Marseille, qui, le lendemain, joignirent l'armée, a Deux jours se passèrent sans quQ D H. Du Quesne donnât l'ordre des signaux ni de rendez-vous â » personne; après quoi », dit M. de Tourville, qui n'est pas trèsobligeant pour Du Quesne, et que nous verrons encore moins indulgent plus tard, « après quoi nous fûmes surpris d'un vent » forcé qui mit nos chaloupes et nos vaisseaux en désordre. » M. de Seignelay, parti pour Paris , n'eut pas le chagrin de voir ce « triste » retour des choses d'ici bas » : le spectacle de la confusion, de la tourmente, des avaries, après avoir eu celui d'une armée navale sortant toutes voiles dehors, sous un vent frais et propice, une des plus belles choses que l'on puisse admirer et qui dut frapper d*étonnement le Ministre, tout accoutumé qu'il fût aux splendeurs des fêtes de Versailles. Le grand mât du Prudent se rompit en deux endroits ; celui de la Sirène, vers son milieu, et celui du Fleuron, au-dessous de la grfmde hune. Celui-Iâ était pourri et le maître mâteur du port n'avait pas découvert son mal. Le fVrm« cassa la vergue de sa grande voile de hune et une chaîne de ses haubans. Deux chaloupes périrent; les autres , prises â la remorque des vaisseaux , se sauvèrent , leurs équipages les vidant constamment de l'eau qu'elles recevaient par

ABHAHAU DU QUESNE.

e disent les matelots , qui nomment : paquet de u

1 pont qu'elle couvre ,

paqneti

la laxne grosse et lourde que reçoit, sur

un navire luttant contre les hautes vagues.

u M. Du Quesne " , ajoute à son récit le chevaUer de Tourvillc, uilans le fort du mauvais temps, a viré le bord et eouru à terre sur 1' ses deux basses voiles , sans attendre lesvaisseaui et chaloupes qui 0 étoient dispersés, et a été mouiller aux Ues d'Uyères uù il est k pré- ■1 sent (Il mai 1682). » M. de Tourpîlie oppose cette conduite, d'apparence égoïste, à la sienne : « Celles "< (les chaloupes) <• que je V remorquois ont été rempUes plusieurs fois par des coups de mer;

■ je les ai secourues, le mieux qu'il m'a été possible ... Le Pnideal, ' la Sirène et le Fleuron, que je n'ai point quittés, sout arrivés avec

■ moi dans cette rade n (de Toulon) f dans l'état que je viens de vous n dire, et les autres y arrivent successivement... Je vais lever l'ancre i< pour aller aux Iles d'Hyères mouiller auprès de M. Du Quesne. '

Le chevalier de Tourville termine sou rapport ^ M. de Seiguclaj par cette phrase : x Vous m'avez fait l'honneur de me permettre de n vous mander ce qui se passera dans cette campa^ue , je vous iaforinc ■s fidèlement de ce qui nous est arrivé jusques à présent et coutinue- -> roi de te faire dans toutes les occasions qui se pràscnleront ; je ■' vous supplie, Monseigneur, d'avoir soin des lettres que f aurai l'hon- « neur de vous écrire. " Pourquoi cette recontmuudation? Afin que ses lettres restent un secret entre le Ministre et lui?(Voirci-dess., p. 180.) Il aura à mal parler de certaines personnes, et il tient à ne se point brouiller avec elles ; il faut donc que M. de Seignelay, s'il ne les brûle pas, cache soigneusement ces rapports où il se donoeni librement carrière. Nous ignorons ce que le confesseur de M. de Toor> ville pensa de la mission acceptée par sou pénitent. M. de Seigneh qui désirait counaitre en détail les faits dont la mention lui viendra officiellement par le générai en chef et par le commissaire de la fl* voulait qu'une plume à lui l'instruisit de tout, et choisit M, deToorvilte pour son correspondant intime. 11 devait savoir que lechevaUer serait un censeur sévère des actes de Du Quesne ; mais sa raison saurait faire la part de la passion du critique ; c'est au moins ce que nous supposons. Disons pourtant une chose que nous croyons vraie : Du Quesne, vieilli, perdait dans l'esprit du Ministre ce que chaque jour ![aiinait M. de Tourville, officier brillant et solide, dauj la force de l'âge , — il n'avait pas encore quarante et un ans, — homme mûr pour le conseil, vij[onreax pour l'exécution, yénérul que

onr-

elai^H idri^^H lott^H

saBce, ses services, sa bravoure, sa faveur à la Cour, désignaient comme le remplaçant du grand homme de mer dont la carrière s*achevait, mais qii*on ne pouvait point, sans faire injure à tout son passé, si honorable, si glorieux, ne pas employer tant qu il voudrait servir ' . Le troupeau de Du Quesne eut bien de la peine à rejoindre son berger. Le 15 mai, les vaisseaux et le brûlot V Inquiet, qui avait perdu son mât de misaine et son beaupré, furent remàtés; le 17, ils allèrent mouiller près du Saint-Esprit; le 18 , les galiotes, accompagnées de X Étoile, se rendirent aux îles d*Hyères. H. Henri Du Quesne restait à Toulon avec le Trident et le Périlleux, deux fiâtes dont Tune devait prendre à bord une des deux grosses bombes, d*un poids tel qu'on n*avait pas voulu en charger les galiotes. Deux bombes avaient été manquées à la fonte; ce fut toute une affaire. M. Landouillette* n'était pas à Toulon lorsqu'on sut Taccident; on rappelait au port, mais Du Quesne voulait qu'il partit avec lui. Il obéit à Du Quesne, qui avait mis à la voile, laissant les galiotes à Hyères; M. de Vauvré le fit prendre sur la CrueUe, où il était avec H. de Pointis, et l'envoya dans une chaloupe courir après les vaisseaux qui étaient encore en vue. Mais H. Landouillette se ravisa ; M. Du Quesne, qui n'emmenait pas les galiotes, n'avait pas besoin de lui , et sans lui qu'allait faire le fondeur? Faudra-t-il qu'on se passe *des deux grosses bombes qui sont considérées comme ïuhima ratio du général qui va dicter la paix aux Algériens? Il n'y a pas d'apparence. Que dirait le Roi s'il savait que les deux bombes énormes manqueni au matériel du siège? Le 21 , M. Landouillette débarqua à Toulon, où il était attendu avec impatience. Il répara les défauts des moules^ pourvut an manque de matière qui rendait invalide une des bombes, et , le 24 mai , il coula l'une et l'autre « à cinq heures du matin , trèsheureusement i> . Le 25 au soir, on sortit de la fosse « celle où il n'y avait pas eu assez de matière n ; l'endroit qui <c avait » été repris, qui a était n vers le milieu, ne « paraissait presque point t^ , dit M. de Bonrepaus, qui ajoute : « On eut bien de la peine à la D mettre sur un traîneau fait exprès , dans lequel elle a été net-

1 La lettre de M. de Tonmlle, dont nom venons da faire, connaître 1^ paasagee les pins importante, nons fut commnniqnée, le 21 avril 1862, par M. Laverdet. Elle faisait partie d'une collection d'autographes que cet eipert adjngea en vente pnbliqne peu ie jours après. M. Lfivardet eut l'extrême obligeance de nous donner une copie rigoureusement exacte de la lettre dont nous avons cru devoir rectifier l'orthographe un peu libre, et qui, datée : ■ A la rade de Toulon, le 11 maj 1683 * , estsi^ée : • Le chr de Touruille. •

450 ABRAHAII DU QUK8NB. IMt

» toyée , et tirée avec les cabestans jusqiies sur le port et de là an^ n barquée , le 26 , sur le Périlleux, Le même jour, Tautre grosse

V bombe a été nettoyée ; on Fembarque , le 27 , sur une tartane, » Le 28, M. Du Quesne le fiis» alla « aux îles d'Hyères pour faim » appareiller V Étoile et les galiotes et les prendre sous son escorte ; n le 29 , les deux navires portant les grosses bombes » mirent a A la » voile pour se joindre à Tescorte du Laurier^ en même temps que » deux tartanes chargées de carcasses, de bombes et d*arlifices. Le 7) vent étoit bon pour les mener aux Fonùentières. » (Arch. de U Marine, Campagne 1683.)

Les galères^ dans leurs préparatifs, en étaient seulement à prendre leurs vivres et leur eau ; M. de Noailles avait intérêt pourtant à les presser; il avait avec Du Quesne un rendez-vous auquel il lui avait été prescrit de ne pas manquer et auquel il manqua. Y avait-il li quelque chose de la jalousie des galères contre les vaisseaux ? Nous n^oserions pas Taffirmer. Quoi qu*il en soit , Tescadre des navires à rames , qui, n*ayant rendu aucun service dans la campagne de 1682, devait avoir à cœur de seconder celle des bâtiments à voiles , n*avait pas rejoint Du Quesne, lorsque, le 18 juin 1683 , il arriva devant Alger. On les avait attendues jusqu'au 15 à la Formentière, où les vaisseaux étaient arrivés le 4 , et les galiotes , sous Tescorte de V Étoile et du Laurier, le 9. En abordant la côte d* Afrique, Du Quesno y trouva le Vigilant, Y Aimable, Y Excellent, le Bizarre et le Hasardeux, lyingés sous le pavillon du marquis d'Amfreville , qui montait le premier de ces vaisseaux , ainsi qu*on Fa dit plus haut. Du Quesne ne perdit pas de temps ; il prescrivit à MM. de Tourville et de Lhéry de faire prendre à sept vaisseaux des positions analogues à celles qu'avaient occupées les cinq vaisseaux de Tannée dernière,

de faire mouiller les ancres de louées en demi-cercle devant le m61e ,

et de poster les sept galiotes , à Taide de grelins longs de six cents toises (1,169 m. 42 c), dans Tordre suivant : au S., le Laurier devant avoir Textrémité de la touée sur laquelle s'établirait la galiote

Y Ardente; à droite du Laurier et de Y Ardente, le Vigilant et la Menaçante; à droite de ceux-ci^ Y Aimable et la Cruelle, qui auraient à leur droite le Prudent et la Bombarde, après lesquels viendraient la Sirène et la Brûlante, puis le Ferme, enfin le Fleuron et la Fulminante, et tout à fait au N., l'Étoile, le Cheval Marin et la Foudroyante^.

^ Cet ordre est conforme i celai qu'indiqua dans un croqnii II. Renau à la soito de la relation qn'il envoya de la première partie dei opérations, relation quegania

Les ancres des tonées seraient plus rapprochées les unes des autres que celles des vaisseaux , pour deux raisons : la première, que les vaisseaux auraient plus de place pour éviter, c est-à-dire pour présenter leur proue au vent et à la marée; la seconde, que les galiotes , à pic sur leurs ancres de touée, présenteraient un front resserré plus sûrement flanqué par les vaisseaux le Cheval Marin et VÉUfîley mouillés, le premier au S., et Fautre au N., et plus près de la terre que les galiotes , gardées par eux contre la sortie de détix galères algériennes qu'on savait armées.

Le vaisseau le Saint-Esprit et les autres navires de guerre devaient être mouillés sur une ligne courbe, en arrière de.la Jigne des vaisseaux porteramarres et hors de la portée du canon des forts d'Alger. Ils a étoient destinés pour la découverte , pour la garde et '0 escorte des bâtiments de charge qu'ils auroient au milieu d'eux. » (Relat. Hayet.) Ce fut le 23 juin seulement qu'on s'établit d'une manière stable. Les ancres de touée furent placées en plein jour sans que les ennemis tirassent un seul coup de canon. MM. de Mortemart et de La Porte étaient dans le canot du chevalier de Tourville, quand celui-ci alla avec M. de Belle-Ue-Érard poster les anères du Cheval Marin. La mer était grosse, et ce ne fut pas sans peine qu'on parvint à régulariser les deux lignes des galiotes et des vaisseaux. On ne put pas commencer le bombardement pendant la nuit du 23 au 24 , la houle étant forte ; les 24 et 25 , le temps fut très-mauvais « et l'on ne fit rien. » (Relat. Renan.) Le 26 juin, la mer fut Igprosse encore toute la journée , mais le soir, étant un peu tombée avec le vent , Du Quesne envoya à leurs postes les galiotes dont les équipages avaient été préalablement renforcés de trente hommes : dix gardes de la marine, dix bombardiers et dix soldats. M. de Raymondis, major de la flotte, distribua les chaloupes armées en guerre , donnant à chacune des galiotes deux de ces grandes em-

la Bibliothèque Nationale dans les mannscriU de Clairembaolt, ¥oIame 5i3, page i07« et dont une copie est aux Archives Nationales, section histbriqtie, carton K, 1475. tliM relation d« If. Hayet , commissaire de la flotte, indique l'ttkplacement des navires As la même manière que celle de If. Renan. Il n*en pouvait pas être autrement. ^ p)aA donné par le Mtreure galant est une réduction, de celui de M. Renan ^ dont ]e rapport fut communiqué au rédacteur de ce recueil. Un dessin très-bien fait : Vue Seà port et fortifications de la marine à Alger (Biblioth. Nat , Estampes , Topographie d^iUgtr), montre i leurs places véritables les bombardes et Jet vanseanx sur leim deux lignes concentriques. Une gravure représente le même état des choses qu*ezpliqi^e une bonne légende. — La relation de M. Hayet est, avec celle de M. Renan, au Archives Nationales, stictioa historique, K, 1475.

45S ABRAHAM DU QUSSNB. 168S

barcations , et partageant ce qui lui en restait entre les deux vaisseaux ancrés sur les ailes de la ligne des galiotes. Deux des dialoupes des vaisseaux furent mises en vedette , tout près de Fentrée du port , avec la consigne de brûler des amorces , si Tennemi £aisaii mine de sortir pour aller aux galiotes à bombes.

A une heure du matin , le vent se calmant de plus en pins , mais la mer encore soulevée, les porte-mortiers se halèrent à leurs places; ce qui fut assez long , les lames venant de terre et gênant leur manœuvre. Ils s amarrèrent enfin, et le tir commença. L*impatienoe, qu*avait surexcitée Tattente, doubla l'activité des bombaidiers«qui, pendant deux heures environ, firent un feu terrible; ils lancèrent «quatre-vingt-dix bombes, toutes à douze ou quinze livres de poudre » (5,87 kil. ou 7,34) a et il y en eut huit ou dix de crevées en sortant du mortier, ou en Tair. Toutes les bombes tombèrent tant sur le môle que sur le port , quelques-unes sur les premières maisons de la ville. » (Même Relat.) Pendant les préliminaires du tir, et pendant le feu auquel répondirent les Algériens par trois cents coups de canon presque innocents, H. de Tourville allait du centre aux extrémités de la ligne, donnant partout des ordres ; il avait dans son canot le duc de Mortemart et MM. de La Porte, de Blénac, deMimeur et de Motheux. Le canot de M. de Lhéry, qui secondait le chevalier de Tourville , portait MM. de Gévres , de Bellefontaine , d*Aligre et de Combes, Fingénieur. Les autres embarcations des vaisseaux portaient d'autres officiers de la flotte et des volontaires en assez grand nombre. (Même Relat.) L'alarme fut vive à Alger, et Feffroi tel que deux navires , qui étaient sur la rade près du port , se mirent sous voiles pour échapper au danger. Ce furent leurs capitaines qui dirent k Du Quesne les ravages faits par les bombes dans les vaisseaux turcs, dans les batteries du môle et dans la ville. (Relat. Hayet.)

Le 27 juin 1683, le vent a passé au N.-O. : il est frais et persiste toute la journée ; mais le soir il cesse et se tait. La mer est facile; le calme se fait. Cependant , à tous les points de Fhorizon des éclairs se succèdent ; le ciel est chargé de noirs et lourds nuages ; on peut croire à un violent orage, peut-être à une tempête. Le ciel est-il donc du parti des infidèles? Reprendra-t-on le siège? Du Queîne hésite, et puis il se décide. Chacun se rend à son poste ; on se met en batterie ; le tir recommence, actif, mais mesuré dans son ardeuf. Rien n'est donné au hasard ; Fexpérience acquise n'est point perdue; chaque coup porte ; quand la bombe n'éclate pas, elle va au but, et

la flamme annonce son arrivée. Le feu, de onze heures du soir à une heure du lendemain matin, ne cesse pas un moment ; on envoie cent dix bombes à Fennemi ; quinze ou seize crèvent en Tair ou en sortant des mortiers. La tempête qui menaçait la flotte éclate alors avec fureur. C*est de terre que vient le vent ; il soulève la mer è tel point que les galiotes sont forcées de se porter en arrière, d*ailer auprès de leurs vaisseaux et d*y mouiller une ou deux ancres ; car la plupart des ancres de touée chassent, et quelques grelins ont cassé. Pendant Faction , les Algériens ont redoublé leur feu , qui coûte la vie à trois bonmies : un matelot, un soldat et le comte de Choiseul d*Ambouville, enseigne du vaisseau le Prudent, atteint dans la chaloupe de son navire. H. Renan, pour être partout et tout voir, « afin « de rendre compte à M. Colbert avec la dernière exactitude, selon » les ordres de Son Excellence, de tout ce qui s*est passé » , est resté toute la soirée dans le canot de H. de;^ Raymondis , pendant que HM. de Tourville, de Lhéry et « d*Amfreville , qui n*a pas la fièvre D si fort qu'auparavant t. , sont présents partout, avec leurs nobles passagers de la veille. (Relation Renau.)

Le 28, à neuf heures du matin, une embarcation algérienne sort du port , ayant pavillon à la proùe ; elle se dirige vers le Saint- Esprit à grands coups d*avirons. Elle porte un envoyé de Baba-Hassan, un interprète, et le Père Le Vacher, qu*on a obligé de se joindre à ces deux Turcs. Du Quesne défend au Père Le Vacher de monter à bord; il ne veut pas que le consul se mêle d'une affaire qu'il doit traiter seul avec le Dey et le Divan. On lui parle de paix, et aussitôt il interrompt Fenvoyé en lui disant qu'il n'entendra à aucune prière, à aucune proposition , qu'auparavant on ne lui ait envoyé tous les esclaves français et tous les chrétiens qui ont été pris sous la bannière de France, tous, du premier au dernier. Cette réponse, il la donne par écrit, dans un billet laconique adressé aux puissances d'Alger. Le canot algérien retourne et revient deux ou trois heures après, avec une lettre du Père Le Vacher, arrachée par Baba-Hassan au pauvre consul , qui prévoit Finutilité de son intervention. Du Quesne dit au porteur de cet écrit, — qu'il ne lit. même pas — : a Je n'accepte aucun intermédiaire entre les puissances d'Alger et » moi ; allez leur porter cette réponse, et ajoutez qu'il est inutile TU qu'on revienne sans avoir satisfait à la première condition que j'ai m mi^e à toute entente future. » Les envoyés reviennent cependant le soir, avant le coucher du soleil, et demandent en grâce qa*on ne

jette point de bombes la nuit prochaine dans la ville , promettant que le lendemain, avant midi, u tous les esclaves quon pourrait » envoyer au général de FEmpereur de France » seraient à bord du Vaisseau Amiral , et qu^ensuite on continuerait à envoyer les autres successivement et jusqu^au dernier. Du Quesne accède à leur demande, ce qu'il fait d'autant plus volontiers « qu'il lui auroit été » impossible de tirer, ce jour-là, les ancres de touée ayant chassé la r> veille », et le temps manquant pour qu'on les reportât à leur poste. Un coup de canon tiré par le Saint-Esprit, signal convenu, annonce que le chef de Farmée navale accorde cet armistice pour la nuit.

Le 29 juin, à l'heure dite, on vit des chaloupes chargées d'honunes se rendre abord du vaisseau commandant. C'étaient cent quarante et un esclaves qu'on avait retirés de chez leurs maîtres et que Ton rendait à la France. M. de Beaujeu, capitaine de vaisseau, que les Algériens avaient pris sur un petit navire, était du nombre. Il peignit à Du Quesne l'état où était la ville, en partie ruinée par les bombes et partagée en deux factions , l'une qui insistait pour la paix , l'autre qui tenait pour la guerre. Le 30 juin, les Algériens conduisirent à bord du Saint-Esprit cent vingt-quatre chrétiens ; le 1" juillet, cent cinquante-deux, suppliant Du Qruesne> de la part de Baba Hassan, de rendre les Turcs pris par M. de Lhéry sur un navire d'Alger. Le général consentit à leur rendre le raïs ou capitaine de cette caravelle, «seulement en considération de Baba-Hassan, à qui il vouloit faire v ce présent, mais sans que cela tirât à conséquence » . Les Algériens furent fidèles à leur parole ; contraints par la terreur, ils envoyèrent tt à bord de l'Amiral tous les esclaves français , sans avoir aucune n assurance de la manière dont M. le marquis Du Quesne voudroit i> leur donner la paix, n ( Relation Hayet.)

Nous avons dit plus haut qu'il existe deux copies du récit fait par M. Renau des opérations du commencement de la campagne : l'une (Bibliothèque Nationale, Ms. Clairambault) est datée du 2 juillet; l'autre (Archives Nationales) est datée du 3. La première contient pour dernier renseignement : u Le 1*', ils en envoyèrent )) 152 (esclaves), et aujourd'hui 83, de manière qu'il nous en est « venu en tout 500. » La copie du 3 juillet, d'une main de secrétaire comme celle du 2, a cependant une partie autographe; nous la reproduisons : « Le 2*, ils en ont envoyé 83, et plusieurs aujourn d'hui, avec quatre femmes, dont il y. en a trois Messinoises, de la » famille Guénegau (sic)^ jurât de Messine, et une Marseilloise. —

7) H. de Motheux, qui porte les nouvelles, et qui va partir tout pré- » sentement, ne me donne pas le temps de vous envoyer, Monsieur, » la copie de la lettre que j'écris à Monseigneur le marquis (de Sei- ^ gnelay). Je crais {sic) que vous serez bien aise d'apprendre ces Ti commencements de paix-cy. Si le reste va du même air, je ne Ti) crais {sic) pas qu'il puisse y avoir rien de plus glorieux pour la 7) marine. Je suis, etc., Renau. n — a P. S. Si M. de Motheux 9 m'avoit donné le temps, j'aurois envoyé une copie de ceci à M. votre 7) frère pour toute la société; je ne puis lui en envoyer; je vous supyi plierois. Monsieur, de lui en donner une. n Au-dessous des dernières lignes^ de la main du petit Renau , est un croquis à la plume représentant la position des navires pour l'attaque d'Alger, les noms des vaisseaux et ceux des galiotes, croquis fait à la hâte, avec cette observation : u Je n'ay point eu le temps de faire un plan plus au r> juste ; cependant j'ai grifonnéceci pour vous donner plus aisément « une idée de l'ordre de ce mouillage ' . )?

A qui fut adressée chacune de ces copies? Nous n'avons pu le savoir. Quant à l'original envoyé au marquis de Seignelay, qu'est-il devenu? Les Archives de la marine ne le possèdent pas.

Les récits de MM. Renau et Hayet ne sont point, avec celui du Mercure galanl, les seuls que nous ayons sur le commencement de la campagne ; la Gazette de France en publia un, extrait de la lettre •de M. Renau. M. de Seignelay rédigea certainement, d'après les lettres de Du Quesne et de M. Renau, à la Ferté-sous-Jouarrc , le

17 juillet 1683, une « Relation de ce qui s'est passé à Alger » , et la fit copier dans le volume des Ordres du Roi de l'année , pages • 236-238. Cette relation est courte et par conséquent incomplète, suffisante cependant pour donner une idée des faits accomplis , du

18 juin au 3 juillet.

Du Quesne avait écrit, le 4 juillet, pour rendre compte des choses arrivées jusque-là ; le porteur de sa dépêche n'avait pas perdu de temps, car, le 17 juillet, le Roi écrivait au général de son armée navale :

T tt Monsieur le marquis Du Quesne, j'ai va, par votre lettre du 4 de ce mois, les glorieux commencemens de votre campagne et F effet que la terreur de mes armes a produit sur ceux qui gouvernent à Alger. J'approuve aussi la résolution que vous avez prise de ne recevoir aucune proposition qu'après les avoir obliges de restituer généralement tons les esclaves; mais

1 Noos doonom ci-après une rédaction dn croquis ftit par M* Renan. Le lecteur

faut sontenir des commencements si beorenx... » (Ordres du Roi. A la Ferté-sons-JoDarre, 17 juillet 1683.)

Le Roi ne se contente point de la restitution des pauvres esclaves; il veut que les Algériens lui rendent aussi tous les effets pris sur les

remarquera le lapnu ealami dn petit Renan : Du Qnesne était snr \e SûiMt~Ktprit; mr le Laurier était M. Henri Dn Qnesne.

A, le Laurier, M. le marquis Dn Qnesne; a, V Ardente, M. Dn Qnesne-lfomiicr.

B, le Vigilant, II. 'd'Amfreville ; b, la Menaçante, M. de Gouéston. G, V Aimable, M. de Septémes; e, la Cruelle, H. de Pointis.

D, le Prudent, If. de Lhéry; d, la Bombarde, If. de Combes. £, h Sirène, If. de Sébeville; e, U Brûlante, If. de La Peandière.

F, le Ferme, If. de Tonrville ; / la FoudroyanU, If. de La Moite d'Airan.

G, le Fleuron, M. le comte d'Estrées; g, la Fulminante, M. de Gbavignj. Hf le Cheval Marin, M. de Belle-Ile-Érard (le jonr); h, le même (la nnit). K, Y Etoile, M. le commandenr des Gonttes (le jour); k, le même (la nnit).

^ y ^i 0 0 0 T / / (pMioieHç>\ \ "

SdùtàiSiJ

rage , le désespoir poussent les assiégés à des actes inouïs de cruauté. De pauvres Français qui n'ont pas encore été rendus sont mis à la bouche des canons, et la mitraille les déchire. G*est le 29 juillet 1683 que commencent ces barbares immolations. Le consul de Firance , le respectable Père Jean Le Vacher, dont la charité a conquis TafTection d'un grand nombre de Turcs , mais que Mezzomorto déteste dès«longtemps , est un des premiers qu'on attache à la bouche d'une coulevrine, à la vue de la flotte française. On tire, et ses membres vont se perdre dans la mer. Ce jour-là, à la nuit tombée, M. de Motheux ayant envoyé près de la chaîne du port sa chaloupe, conunandée par M. le comte de Choiseul-Beaupré (enseigne de vaisseau du l*' janvier 1682^ qui faisait les fonctions de lieutenant à bord de la frégate la Gentille), cet officier est entouré par des embarcations ennemies et pris après un combat où il eut à se plaindre de la faiblesse de son équipage. Il est conduit à Mezzomorto, qui le maltraite de coups et lui dit : « Tu as su la mort de votre consul , et 3» tu es venu pour brûler nos navires. Tu mérites le feu, et demain , D tu iras au canon. » Huit jours après seulement, ses gens et lui sont attachés à des canons. On va mettre le feu à la pièce devant laquelle H. de Ghoiseul est placé, lorsque le capitaine de la caravelle pijse par M. de Lhéry se précipite, entoure de ses bras le malheureux qui va être sacrifié, et déclare qu'il périra avec lui si on le tue. Mezzomorto étonné , mais hésitant , se résout enfin à faire grâce. Le raïs a été bien traité par les Français , il a trouvé l'occasion de témoigner sa reconnaissance , et la saisit avec bonheur, voilà le mot de cet acte généreux. M. de Ghoiseul est envoyé au bagne de Bailly, avec son valet dont il a obtenu la grâce. (Lettre de M. de Ghoiseul- Beaupré, 19 décembre 1683; Bibi. Nat., Manusc. — Gette pièce a été connue de M. Ëug. Sue, qui l'a publiée, t. 4, p. 162 de son Hisi, de la Marine, en la signant : GHOiSBUL-GRANDPRé, bien qu'elle soit signée d'une manière fort lisible : D. Ghoiseul-Beaupré. Au reste, M. Ëug. Sue a confondu ce Ghoiseul avec M. Ghoiseul d*Ambouville,p. 159. — M. Ghoiseul-Beaupré ne sortit d'esclavage qu'au mois de décembre , lorsque le marquis d'Amfreville alla porter les ratifications du traité de paix fait par M. de Tourville.

Du 23 mai 1683 au 29 juillet, l'armée navale avait perdu vingt hommes et en avait eu soixante-dix-huit atteints de blessures plus ou moins graves. Parmi ces derniers étaient MM. Du Quesne-Moros , enseigne sur la Bombarde; de La Bretéche, qui commandait la Fui-

1683 MARINE DU X¥IH SltCLL

minante à la place de M. de Chavigny , qui porté le 22 juillet ; de Courtagnon , frère 4a ^ ^„

lieutenant du vaisseau le Prudent, blessé le SI- |hi ^f^>a» a nier, blessé le même jour sur la galiote Ti^nfan^; ■. ^ Wurn^.^ légèrement blessé à Fépaule sur la Menaçante; le tfcnidl^r ^ f «^ cambault , atteint sous Vœil d*un éclat du bois d'une yvntir v^^Me par un boulet; M. Hitton, lieutenant sur le vaisseas Xtxo^llLmi blessé à la prise d'un bateau turc. Parmi les morts, o«lj^ % 4^ Choiseul, il faut citer M. Bayard, volontaire, qui eut on brut éjm^ porté sur la Menaçante; M. de Custret, garde de la marine %m \ Aimable, qu'une balle de mousquet frappa à la gorge ; H. Deseures, garde sur le Vigilant^ tué d'un coup de canon dans la chaloupe 4e son vaisseau , etc. (Liste des morts et des blessés de la présente cam» pagne, signée : Hayet, et datée du 29 juillet 1683. Arch. Nat., Sect. Historique. KK, 1475.)

Le siège continuait. Toutes les nuits une pluie de fer et de feu tombait sur la ville. A moitié détruit, Alger résistait. Le 11 août, une galère algérienne tenta d'enlever la Fulminante, que défendit vaillamment M. de La Bretèche, assisté de plusieurs chaloupes. L'Algérien fut forcé de battre en retraite, mais M. de La Bretèche, déjà blessé, fut blessé de nouveau et mourut des suites du double coup qu'il avait reçu. Quelques jour? après cet incident, Du Quesne eut du Roi la lettre qu'on va lire (du 10* août) :

tt Monsieur le marquis, j*ai été informé par vos lettres des 17 et 21 juillet de tout ce qui s'est passé à Alger et principalement de la mort de Baba- Hassan , des refas que les Algériens commandés pai; Mezzomorto ont fait de restituer les effets appartenant à mes sujets « et de la rësolntion que vous avez enfin prise de recommencer à tirer des bombes contre la ville. // $eroit difficile que je puêse être satisfait de la conduite que vous avex tenue en cette occasion, dans laquelle , au lieu de profiter de la terreur que cent quatre-vingts bombes avoient jetée parmi les habitants et la milice , et de traiter ce qui regardoit la restitution des effets , en la même manière que vous avez fait pour la restitution des esclaves , vous avez passé inutilement un mois entier de la plus belle saison de l'année à négocier d*cgal à égal avec ces corsaires, et vous vous êtes mis peut-être hors d*état de pouvoir achever cette guerre pendant le cours de cette campagne, et comme j'apprends que vous avez fait voir aux Turcs ,^ qui sont venus sur mes vaisseaux , tous les préparatifs faits pour l'attaque de leur môle et de l'estacade qui ferme leur port , une telle conduite, jointe à Yéloignement que vous avez toujours eu pour cette entreprise , me fait craindre atec raison que vous n'évitiez de la faire exécuter.

n Je von 8 ordonne de faire assembler les officiers gënëranz , avec les sienrs chevalier de Lhëry et de Bethomas, et de concerter avec eoz le temps et les moyens de la faire réussir, mon intention étant qae Ton profite des premières conjonctores favorables pour mettre à exécution le projet qui a été fait à cet égard ; et si Ton peut juger par Teffet qu'ont fait cent quatrevingts bombes du succès qu*on doit attendre de la quantité extraordinaire que j'ai fait embarquer, il est à croire que lorsque vous en aurez fait jeter mille ou douze cents , la plus grande partie de la soldatesque effirayée quittera la défense du môle et donnera lieu d'exécuter avec succès tout ce que vous voudrez entreprendre contre eux... Il ne faut penser à présent qo*à finir TafTaire d'Alger, soit en obligeant les corsaires à accepter la paix aux conditions qui vous ont été marquées , soit en se rendant maître de leur môle, brûlant leurs vaisseaux, et les mettant par ce moyen hors d'état de nuire à la chrétienté. » (Arch. de la Marine, Ordres du Roi, 1683, fol. 259.)

Cette lettre , doot le ton général dut plaire à Louis XIV , irrité d*avoir devant lui une poignée de forbans qui lui résistaient , quand les puissants de TEurope cédaient à ses armées, cette lettre, dure dans sa forme, n*est certainement point de M. Golbert. M. de Seignelay, qui ne doutait de rien et tranchait sur tout, se confiant au savoir qull avait acquis en passant quelques jours dans les ports , doit être le rédacteur de cette dépêche (copiée de la main du Roi), qui fit assurément Du Quesne mécontent et justement chagriné de se voir jugé avec une sévérité si peu méritée. Nous n*avons point la lettre par laquelle il répondit aux reproches violents qu'on lui adressait de la Cour, et nous le regrettons bien. Sa justification n*était pas très-difficile. Il avait traité d'égal à égal avec Baba-Hassan et Mezzomorto ! Comment aurait-il pu traiter autrement? Il avait fait parler haut les bombes ; il s'était posé en négociateqr intraitable ; il avait contraint à venir à son bord des hommes importants de la régence; il avait fait à ces gens-là des conditions auxquelles la restitution des esclaves donnait en partie satisfaction ; que pouvait-il faire de plus ? S'il avait attendu quelques jours la réponse du Divan , au lieu de reprendre le bombardement, avant le 20 ou le 21 juillet *, c'est qu'il n'avait pas voulu qu'on l'accusât d'avoir rompu, par une précipitation fâcheuse, les négociations entamées. Le Roi voulait Alger renversé,

^ Si D0U8 fixons à l'an de ces deux joars le moment de la reprise des hostilités, nous nous y croyons autorisé par la date (21 juillet) de la seconde lettre dont on accuse réception à Du Quesne. Il est probable que le Général, en rendant compte des faits accomplis entre le 17 et le 21, dut annoncer que, les relations étant rompues par le silence des Algériens , il avait de nouveau mis les galiotes à l'œuvre.

1683 MARINE DU XVH« SISCLE. Ul

brûlé , rasé ; mais si la paix s^obtenait sans que la ville devint un monceau de ruines et de cendres , cela ne valait-il pas mieux? Parce qu'on avait affaire à des barbares fallait-il imiter leur barbarie? Du Quesne avait fait voir aux envoyés du Divan tous les préparatifs pour Tattaque du môle et de Festacade, oui; mais c'était afin de les effrayer et de leur faire comprendre que la France avait contre eux des moyens qui promettaient le succès aux assiégeants. Du Quesne avait toujours été éloigné du projet d'attaque contre Testacade et le môle ! Sans doute, il Favait dit au Roi et répété à M. de Seignelay quand le jeune Ministre était venu à Toulon. 11 avait en ceci contre lui Fopimon de M. de Tourville , fort écouté du marquis et qui avait grande esïvie de renverser le môle et de faire sauter Festacade , pour qu'un fait éclatant s'ajoutât à la somme des faits marquants dont se composait déjà sa gloire. Hais pourquoi Du Quesne s'était-il opposé jusqu'alors à une entreprise que le chevalier de Tourville croyait trèscapable de réussir? Était-ce parce que le chevalier voulait s'en faire un honneur? Nous ne le croyons pas. Du Quesne finissait et rendait foute justice à son cadet, qu'il voyait grandir comme.8on successeur ; il ne portait point envie à l'illustre officier; peut-être seulement ne le trouvait-il pas assez déférent pour son âge , son mérite et sa position de Général en chef. Du Quesne croyait , après Fessai de 1682, qu'Alger pouvait être réduit par les bombes, sans que beaucoup des braves gens qu'il avait sous ses ordres fussent exposés à de dangereuses tentatives. Il espérait épalrguer le sang français en employant seulement une artillerie qui atteignait de loin le but marqué à ses volumineux projectiles : or, on ne pouvait aller attaiquer Festacade et le môle qu'en se livrant presque sans défense aux batteries qui protégeaient le port ; si Fon tentait cette affaire , « ne devait être que lorsque les bombes auraient fait taire les nombreux canons de ces batteries.

Tels sont, selon nous, les arguments très-âimples par lesquels Du Quesne put se défendre contre les accusations de la personne ou des personnes qui l'avaient desservi à la Cour. Au reste, H. de Seignelay se radoucit, peut-être à l'instigation de M. Colbert, et le 14 août, il adressa, de la pa^ du Roi, wie lettre moins rude que celle du 10, au commandant de la flotte., pour le presser « de brûler les vaisseaux algériens dans le port^ de tâcher de faire saut^ Festacade et le môle avec des machines fulminantes nommées : Minés de cuivre n , puisqu'ils ne pouvaient être attaqués autrement. Et pour

462 ABEAHAIf DU QUKSNK. 1088

que Du Quesne ne se crût pas en droit d'interpréter à sa manière Tordre qu'on lui adressait, on écrivait à M. de Tourville pour loi dire que le Roi Favait désigné pour éommander un détachement de vaisseaux et de galères afin d'attaquer Testacâde du port d'Alger. On mettait sous ses ordres MM. de Lhéry et de Bethomas, chargés de mener les chaloupes des vaisseaux et des galères employées dans ce détachement.

Une lettre de M. de Seignelay à M. de Tourville, — pièce qni mous manque , — l'engageait à parler nettement à Du Quesne sur les choses à exécuter; le chevalier répondit le ^9 août 1683 :

u... Je vous supplie, Monseigneur, d'être persuade que je ne perds aucune occasion de dire à M. Du Quesne ce que je pense ; mais lorsque je (le) lui dis avec franchise et cependant avec le respect qu'on doit à un commandant, t7 ie met en colère y et ei on ne plie avec lui et fu*on n'ûk poê une soumission aveugle, on détient son cruel ennemi; c'est ce dont j« souhaiterois que le Roi fût informé , afin qu'il ne croye pas que je néglige rien de mon côte pour son service. »

Réprimandé par M. de Seignelay, et sans ménagement repris par le chevalier de Tourville , ' dont la franchise a un caractère de reproche, Du Quesne, fatigué, portant avec ennui le poids d'une responsabilité qui s'aggrave de jour en jour, le siège n'avançant point au gré de ses désirs, a se met en colère » ; son caractère, que l'âge n'a guère modifié, perce dans ses entretiens avec celui qni vient luifaire la leçon et opposer ses opinions personnelles à la conscience que lui a de son devoir, et à sa manière d'agir ; quoi de plus naturel? Il n'a jamais été bien endurant au chapitre des observations; s'il s'incline par force devant celles qui lui venaient d'en haut, il se redresse devant celles qui lui viennent de qui est son inférieur par le rang dans le grade, l'âge et l'expérience. On n'épargne rien à sa vieillesse et à son amour-propre; on l'emploie toujours, on ne veut pas se passer de lui , et on lui rend l'emploi pénible ! Pourquoi se sert-on de lui? On l'estime capable de bien servir encore, et on l'accable de mesquines recommandations , et Ton met à ses côtés un lieutenant général jeune qui sera son censeur et , pis que cela , qui le desservira en dénonçant ce que lui, M. de Tourville, jugera être les fautes de son supérieur. Voyex ce que le chevalier écrit â M. de Seignelay, le 9 septembre 1683 :

« Monseigneur, on ne peut être plus sensiblement touché que je ne le suis d'apprendre, par le Motheuz, que les galères s'en sont retournées en

France, dans Fespërance que j'avoû de conduire les deux pUms de cmvre à r estocade du port d'Alger... Quoique, depuis, nous soyons tous con» vaincus qu'on ne le pou voit plus faire prësentenient que les galères ne sont pas ici, vous devez cependant être persuade, Monseigneur, que, s* il se ren» controit quelque occasion d'exécuter cette entreprise sans leur secours, je ne la perdrois pas , n'ayant rien tant à cœur que les actions qui peuvent contribuer à la gloire du Roy et à votre satisfoction , et songeant uniquement à trouver les moyens pour répondre à la bonne estime que voos avez bien voulu faire concevoir de moy à Sa Majesté. »

Les galères sont parties. C'est Du Quesne qui les a congédiées ;* elles manquaient de yivres , et M. de Noailles , qui ne voyait point arriver un convoi qu'on avait promis d'expédier de Toulon, a demandé au Général en chef de lui permettre d'aller se pourvoir i Majorque. Le convoi rencontre les galères le lendemain de leur départ, et M. de Noailles, loin de retourner à Alger, rentre à Marseille, jugeant sans doute que la place ne sera plus tienable pour des galères dans la saison où l'on entre. Du Quesne n'est pour rien dans ces résolutions ; c'est ce que reconnaît le Roi dans une lettre adressée à son vieux Lieutenant général, le 9 septembre 1683. (Archives de la Marine, Ordres du Roi.) Continuons :

a Pendant la trêve que nous avons eue avec les Algériens » (le temps employé en négociations) , « Monsieur Do Quesne pouvoit facilement faire reconnottre le fort et le faible de l'estocade de lenr port; les Turcs n'empéchoient point nos chaloupes de s'en approcher lorsqu'elles alloient à la ville. Il devoit bien se servir de cette occasion, puisqu'il avoit des ordres de l'attaquer. »

Voilà le critique ; voici maintenant le malveillant :

« Cependant il l'a négligé et a trouvé fort mauvais que des officiers de mon bord s'en fussent approchés, quoique les Turcs à qui ils parlèrent ne les cassent pas fait éloigner. »

Ces ofûciers avaient donc pu faire ce que Du Quesne avait cru n^ devoir pas ordonner qu'on fît.

u Pendant que M. Du Quesne a eu les otages turcs à son bord, dont Mezzomorto en étoit un, il n'a point empêché qu'ils ne parlassent qiA des gens capables de leur faire concevoir une bonne opinion des François. Tous ceux qui alloient et venoient avoient la liberté de les entretenir. »

Ceci est un peu obscur, ce semble. Officiers, soldats et mat^oto, tout le monde pouvait causer avec les otages , c'est-à-dire avec leur interprète. Parmi ces causeurs, qui pouvait donner aux Algériens une mauvaise opinion des Français? Les matelote par leur langage?

464 ABRAHAM DU QUKSNK. l$U

Mais les Algériens ne devaient pas être fort difficiles au chapitre de

la langue française; ils ne savaient guère, probablement, si un

Ponantais ou un Provençal parlait Vaugelas , et ne s'en souciaient

pas. Poursuivons :

tt Depuis le dernier jour que les Algériens ont renvoyé les esclaves français jusqu'à celui que Monsieur Du Quesne leur envoya les conditions auxquelles le Roy vouloit bien leur accorder la paix, il s* en est passé dix sans rien faire. Je n*ai rien vu qui pût excuser une telle lenteur* a

Du Quesne attendait qu*une résolution du Divan lui fût signifiée. Lorsqu'il vit à la fin qu aucune communication ne lui était faite , il ordonna le feu. H. de Tourville eût fait autrement ; mais si, par une bombe lancée trop tôt, il avait paralysé un bon vouloir pacifique de la part de Tennemi , qu'aurait-on dit ?

« Le lendemain, nous apprfmes la mort de Baba<-Hassan. Mezzomorio finvoya dire à M. Du Quesne, par un marchand françois nommé L'Estelle, que, n'ayant nulle connoissance de ce qui s'étoit fait sons son prédécesseur, il le prioit de lui envoyer les articles du traité de paix qui lui a voient été donnés » (à son prédécesseur) . « Il les lui accorda sans la participation des officiers généraux. »

Ici, le sévère contrôleur des actions de Du Quesne oublie que celui-ci était seul chargé de ce qui regardait la paix à faire avec Alger. Il n'avait pas , sur ce chapitre , à prendre les avis du conseil de guerre.

« Et même loi donna deux jours pour y penser, pendant lesquels on ne tira point de bombes. »

Les hostilités continuent-elles jamais pendant les négociations?

« H me semble qu'en cela M. Du Quesne n'a pas en la même fierté qu*il avoit témoignée avec Baba-Hassan. »

Hais , pendant les pourparlers avec Baba-Hassan , qui durèrent vingt-quatre heures , on ne tira pas de bombes ; on n'en tira même pas le lendemain.

tt II ne devoit pas lui faire réponse, puisqu'il » (Mezzomorto) « n'avoit pas envoyé de Turcs pour faire cette demande ; et, quand il en eut envoyé, il n'anroit pas dû lui donner tant de temps , afin de lui faire croire qu'on se mettoit peu en peine de faire la paix, n

Pauvre chicane !

tt Quand on a conunencé à jeter des bombes, M. Du Quesne n*a jamais foit avancer les galiotes aussi promptcment qu'il aproit pu, si bien que nous perdions toujours trois heures avant qu'elles fussent en état de tirer, parce qu'il les faisoit remorquer par les galères jusqu'au môle. U faisoit

mouiller les ancres par les chaloupes avec ane tonée de cinq aussières, avec laquelle elles venoient à la rencontre des galères, et, comme on ne. pouvoit aller mouiller les ancres qu*à la nuit fermée, et qu'avant qu'elles le fussent toutes il se passoit on temps fort considérable, les galiotes ne pou voient être que très-tard à leur poste, ce qui ne seroit pas arrivé s'il eût laissé les ancres mouillées, comme nous avions accoutumé, et nous eussions pu tirer le double de nos bombes ; en nous halant sur nos touées , la manœuvre se seroit faite plus facilement, plus sûrement, avec plus de promptitude. »

Il y a peu de clarté en tout ceci ; M. de Seignelay fut habile s*il se démêla dans cette manœuvre si singulièrement expliquée. La seule chose qu'il put tirer, probablement , de ce paragraphe , c'est que, selon M. de Tourville, Du Quesne fit une faute toujours répétée. Hais Du Quesne n'était pas là pour se défendre ; ce qui dut porter M. de Seignelay à ne pas le condamner sur la seule accusation d'un homme dont lui-même faisait un rival au vieux Dieppois.

tt Dès le commencement que nous sonunes arrivés ici , nous avons bien connu que Fentreprise du fanal q (le phare élevé snr le môle) u n'étoit pas possible ; aussi M. Du Quesne eût dû s* appliquer à faire tirer les bombes le plus promptement qn'il auroit pu, afin de se mettre en état d'aller exécuter les projets du Roy sur les côtes de Barbarie » (l'attaque de la ville de Bougie, à laquelle le Roi écrivait à Du Quesne de renoncer, ou de ne songer qu'après l'affaire d'Alger). [Lettre du 27 mai. Ordres du Roi, Archives de la Marine], u S'il eût profité ^de tous les beaux temps que nous avons eus, il lui eût été facile. »

Toujours le même grief : la lenteur. Les relations de MM. Hayet et Renau , pleines de mauvais temps , de mer grosse et de grands vents , répondent à cette imputation du critique.

tt II ne songcoit point à tirer des bombes de jour, si je ne lui en eusse parlé. »

Voilà M. de Tourville qui entre en scène, bien malgré lui, sans doute ; sa modestie doit en souffrir; mais il faut être vrai !

a Je lui représentai qu'après les épreuves que j'en avois vu faire en votre présence , je ne voyois pas par qnelle raison on n'en tiroit point. Il fut deux ou trois jours sans me rien répondre ; après quoi , il me permit de laisser trois galiotes, un peu plus retirées qu'elles n'étoient la nuit. Je les fis tirer le jour avec tout le succès qu'on en pouvoit attendre, et depuis on a toujours continué avec les sept. On songeoit si peu à en tirer avant que j'en ensse parlé , qu'une partie des meilleures bombes ont été tirées là nuit à sept livres de poudre. »

On était convenu de ne tirer que la nuit , le canon des Algériens

n'ayant pas un but aussi visible qu'il l'aurait eu dans le jour. Do

Quesne réfléchit à la proposition du chevalier de Tourville ; il s'y II. 90

466 ABRAHAM DU QUESNK. 168S

rendit après mûre réflexion , et ordonna qne les trois gal4ote8 tirassent sur la ville, mais mouillées moins près des murailles qu*eUes ne Tétaient de nuit, afin que les boulets ennemis n^arrivassent point jusqu'à elles. Il est singulier que les relations de MM. Renan et Hayet soient muettes sur ce tir des bombes en plein jour ; il eut donc liea après le 3 août 1683.

tt Lorsque la galiote de la Bretéche fat attaquée, il n'y avoit dedans aucun détachement de soldats pour la défendre ; c'est une négligei^ trèsgrande de n^y » (en) u avoir pas envoyé. S'il y en eût eu un aussi considérable qu'il le devoit être, je sais persuadé que la galère y anroit resté, an lieu que c'est an miracle qu'elle n'ait pas pris la galiote. »

Nous avons vu que toutes les chaloupes armées secondant le brave M. de La Bretéche , la galère algérienne fut obligée de se retirer sous une gréle de balles et de grenades. Elle aborda la Ailminante un moment et se sauva bien vite ; la malice de M. de Tourville fait un miracle d*un fait qui ne fut pas un instant possible.

tt Voilà, Monseigneur, tontes les principales choses que j'ai remarquées pendant cette campagne, dont je vous ai fait savoir quelques-unes. Je n'eusse pas différé si longtemps à vous faire ce détail, soiu la crainte qué faoois que mes lettres tombassent en d'autres mains que les vôtres, n (Voyes ci-dessus, pages 180 et 448.)

M. de Tourville savait donc bien que le bon office qu*il rendmt an marquis de Seignclay était de ceux où la délicatesse est fort intéressée. Nous le disons à regret, mais nous ne pouvons nous en taire : cette lettre confidentielle nous gâte étrangement le chevalier de Tourville. Nous n'aimons pas ce rôle d'observateur mystérieux qu*il joue au profit du Ministre. Il est impitoyable pour Du Quesne ; un jour M. de Seignelay sera impitoyable pour lui; il reproche des lenteurs au capitaine qu'une longue pratique de son métier a rendu prudent. M. de Seignelay, se rappelant peut-être le peu d'indulgence de M. de Tourville pour Du Quesne sur ce chapitre, sera sans égards pour lui; et le comte de Tourville (il sera comte alors) se verra forcé de dire au Ministre : « Votre lettre du 1 1 , que j*ai reçue T> en même temps n (qu'une première justement louangeuse), «a » beaucoup diminué le plaisir que je venois de recevoir, puisqu'il » paroit que vous avez pu douter de mon zèle et de mon ardeur in pour l'exécution des ordres du Roy. » (Devant la Rye, ISjuiU^ 1690, après le combat de Bévéziers.) Voyons la fin :

«..s Je crois qu'il est utile pour le service du Roy de conserver non-

seulement les bombardiers, mais encore tous les matelots des galiotes qui ont appris à manœuvrer ces bâtiments et qui sont faits an feu du canon. La quantité de bombardiers n'est pas suffisante » (c'était Tavis de Du Quesne), u'et il en faut assez pour tirer la nuit et le jour. Je suis avec respect, etc. » (Signe :) a Le cb. db Todrdillk. — A la rade d'Alger, le 9* settembre (sic),

» Quoique nons fassions iconvenns qa*on ne ponvoît plus mener les mines de cuivre à l'estacade en Fabsence des galères, cependant, Monsei* gneur, j'avois gagné sur M. Du Quesne qu'on en tiendroit nne toute prête pour Y Y conduire, en cas que 1* occasion se présentât, soit par T absence de la galère et des galiotes n (algériennes) « qui se tronvent présentement dans ce port, on par un vent favorable, et qui fût assez frais pour les empécber de se tenir dehors ; mais Landouillet (sic) et de Combe viennent de me dire devant M. Du Quesne qu'on ne ponvoit pas la mettre en état de faire F effet qu'on en doit espérer, à moins de mettre dessus cinquante pièces de canon » (un poids égal à celui de cinquante pièces de canon), u afin qu'elle trouvât une résistance qui fût proportionnée à la quantité de poudre qu'elle contient j sans quoi elle ne peut faire un effet considérable, et que dans le vaisseau dans lequel elle étoit on n'en pouvoit mettre que cinq à six pièces. JTai dit à Landouillet que je m'étonnois fort qu'il n'ait pas mieux pris ses mesures, et qu'il avoit tort de n'en avoir pas plus t^t informé M. Du Qnesne ; il m'a répondu qu'il avoit voulu travailler aux Formentières à les mettre en état, afin d'avoir le temps de remédier aux défauts qu'il y avoit remarqués, mais que M. Du Quesne i> (encore une attaque contre le général en cbef) « ne le lui avoit pas voulu permettre. Voilà un contre-temps dont je suis sensiblement touché. C'est jm bonheur que les galères ne soient point là; car, sur les ordres du Roy que vous m'avez fait l'honneur de m' envoyer, je n'eusse pas manqué de mener ces mines à la chaîne, et on auroit eu le déplaisir de ne leur voir pas faire l'effet qu'on en attendoit. Je vous assure , Monseigneur, qu'on ne peut avoir plus de chagrin que j'en ai de voir que les intentions de Sa Majesté aient été si mal secondées. » (La lettre que nons avons citée à peu près dans son entier, après avoir appartenu aux Archives de la Marine, où elle était sous le numéro 8, dans le portefeuille 28 [ancien classement] est devenue la propriété de M. Cham..., qui la communiqua, le 18 avril 1860, à M. lierre Margry, lequel eut l'obligeance de me h faire connaître, le 15 octobre 1862.)

Ces mines de cuivre, qui sont pour le chevalier de Tourville un prétexte pour jeter un blâme de pins sur la conduite de Du Quesne, étaient dans « ua navire où Ton ne pouvait mettre qne cinq ou six pièces de canon » pour lui donner un poids que les inspecteurs de ^artillerie jugeaient devoir être porté au poids dont seraient u cinquante pièces de canon. Nous ne trouvons nulle part mention de ce lavire qui était apparemment une tartane. Sur un bâtiment plus

Page 1