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grand, aurait-on mis les cinquante pièces — en prenant la phrase à la lettre — demandées par MM. de Gombes et Landouillette? Probablement non. Cinquante pièces de canon étaient un chargement d*un prix que ni M. Du Quesne , ni M. de Tourville n'auraient voulu y mettre. Probablement, quand on aurait été au moment de se servir des deux mines, on les aurait embarquées sur 'un pjetit bâtiment dont on aurait couvert le pont de lourdes pierres. Si Du Quesne s'opposa â ce qae M. Landouillette remédiât aux défauts qu'il avait remarqués aux mines de cuivre, c'est qu'il vit qu'elles ne seraient point en état de faire Tef-» fort qu'on voulait produire sous la chaîne. Ces engins ne servirent donc point. Les deux grosses bombes embarquées, l'une sur le PérUleux, Fautre sur une tartane, ne servirent pas davantage, u Les 3 et 9 4 septembre , les généraux se transportèrent â bord du Périlleux ji pour voir les apparaux de la grosse bombe d , dit M. Hayet dans une lettre du 6 septembre 1683. (Arch. Nat., Seci. hisL, Carton K, 1475.) De quels apparaux veut parler le commissaire de l'armée? De ceux sans doute qui devaient servir â débarquer la bombe colossale , car le Périlleux n'avait point de mortier. Mais sur laquelle des galiotes mettrait-on le projectile qu'un mortier particulier pourrait seul lancer? Cette galiote n'est point désignée dans les documents que nous avons recueillis ; il est cependant certain que , puisqu'on avait coulé deux bombes beaucoup plus grosses que toutes les autres , il fallait un mortier de taille â les recevoir. Au reste, nous ne voyons pas qu'on ait fait usage de ces monstrueux boulets creux ; aucune lettre, aucune relation n'en parle. Une gravure qui représente l'armée navale devant Alger montre bien le navire sur lequel est une des grosses bombes ; mais la légende qui raccompagne ne dit pas si cette bombe embarquée sur le Périlleux fut jetée à la ville assiégée avant le départ de la flotte. (Bibl. Nat., Estampes.)
Le 11 septembre , le Roi avait fait écrire â Du Quesne qu'il eût à reprendre la route de Toulon. Ce fut dans les premiers jours d'octobre qu'il se décida â lever le siège. L'approche de la mauvaise saison avait inspiré au général cette résolution prudente, bien que le Roi eût eu d'abord l'intention de a tirer des bombes dans les mois de novembre et de décembre, n M. de Tourville, pas plus que Du Quesne, n'avait approuvé un tel projet. Tous deux pensaient qu'il était né^ cesca^'"^ qu'une partie de la flotte retournât en France, comme elle avait fait l'année précédente , et qu'un certain nombre de vaisseaux e ^ lement restât devant Alger, non pas â l'ancre , mais sous voiles
et croisant sur toutes les avenues de la ville. Le chevalier de Tourville jugeait que six ou sept vaisseaux suffiraient pour faire la guerre aux corsaires pendant Thiver; a mais, disait-il (29 août), il faut « que ce soit les plus fins de voiles. »
Du Quesne mouilla sur la rade des lies d*Hyères , le 15 octobre, avec le Saint-Esprit, sept autres vaisseaux, les sept galiotes, les brûlots et les bâtiments de charge. Dès le 11 septembre, le Roi avait écrit à M. de Tourville : u Vous serez informé par le sieur marquis 9 Du Quesne du choix que j*ai fait de vous pdur commander les six » vaisseaux que je destine pour continuer la guerre aux corsaires » d'Alger. » Sa Majesté ordonnait au chevalier de « se concerter 9 avec tous les officiers généraux sur les mesures à prendre n pour réussir dans sa mission. Les vaisseaux que garda M. de Tourville furent le Ferme, le Vigilant, le Prudent, le Cheval Marin, le Bpzarre et la Sirène. M. Forant fut chargé de ramener en Ponant le Sage qu'il montait et qui / avec deux autres navires, était allé porter des vivres à Tarmée , devant Alger. Il avait ordre d'cnmiener aussi VExceUent et le Hasardeux; mais M. le marquis de Villette dut aller, avec son vaisseau (VEQCceUent)^ croiser devant Tembouchure du Tage pour guetter la Grande Lorette, vaisseau génois de 50 canons et cent cinquante hommes d'équipage , et de la combattre s'il la rencontrait. Le Sage fut jugé incapable de faire le voyage de Toulon à Rochefort; on le désarma donc à Toulon. Le Hasardeux, de M. Colbert de Saint-Marc , et V Excellent furent les seub qui passèrent de la Méditerranée dans TOcéan. (Ordres du Roi, Lettres à Du Quesne et à M. de Vauvré, 21 octobre 1683.)
Comment arrivait-il qu'on ordonnait à M. de Villette d'aller chercher un vaisseau génois et de le combattre? On n'était point en guerre avec Gènes. Mais Gènes s'était alliée avec l'Espagne , en guerre avec la France. Le 8 juillet 1683, le Roi avait écrit à Du Quesne, alors tout occupé du bombardement d'Alger :
«... Je suis bien aise de vous commoniqner dès à présent mes pensées snr remploi de mon armée navale à son retour, afin que , par la connoissance que vous avez des cètes de Gènes où mon intention est de l'envoyer, vous puissiez mejaire savoir votre avis avant l'exécution. Vous devez donc être ioformë que les Génois s'^tant attira mon nmiCNATiov par lbur con- Bum, j'ai résolu d'envoyer mon armée navale devant leur port , tant pour leur interdire le commerce qu'ils font ordiniurementle long des cètes d'Itatalie que pour jeter des bombes dans la ville et pour faire même quelfue descente sur la côte à l'endroit de Saint'Fierre d'Arène, ou tel autre çue
470 ABRAHAM DU QUKSNK. 1683
voiu estimerez le plus convenable; et c'est sur ce projet qae je veux <{ae vous me fassiez savoir vos pensées et qne vous m'envoyiez on Mémoire de la manière dont vous jugez qu'il peut être exécuté.
Dès ce moment , l'expédition qui devait être la grande affaire de Tannée 1684 était décidée. Les dépenses que Ton avait faites pour la réduction d*Alger, dont on n'était point encore venu i bout après deux campagnes ; la dépense à faire pour soumettre Gènes , qui avait eneoum l'indignation de Louis XIV, rien ne fat capable de détoamer le Roi d'un projet auquel inclinait d'ailleurs fortement H. de Seignelay . lie Ministre voulait se donner le plaisir d*assister à une grande action navale et favorisait le désir violent qu'avait le prince dliumilier l'alliée de l'Espagne. M. Colbert était moins favorable à cette passion de vengeance , mais alors il était souffrant , un peu délaissé par le Roi , qui Favait écouté longtemps , l'avait beaucoup aimé et l'aimait peut-être un peu moins, à présent que M. de Louvois avait ^ris nn plus grand empire sur Tesprit de Sa Majesté. M. Colbert mourut , et les préparatifs du siège de Gène^ furent poussés avec vig[ueur.