XXIX
H. Jean-Baptiste Colbert mourut — non de la goutte à laquelle il était sujet et dont il avait eu de nombreux accès , mais d'une maladie accrue par la fatigue et compliquée de la pierre qui lui causait de vives douleurs depuis quelques années. — Ce fut le 6 septembre 1683, dans la soirée , qu'il décéda, en son hôtel de la rue des Petits-Champs , aujourd'hui une des parties de la Bibliothèque Nationale. On a dit que le cercueil du grand homme, i qui la France, la marine , le conmierce et le Roi devaient tant , fut insulté par le peuple ; d^autres , et c'est le plus grand nombre de ceux qui ont parlé de la mort de M. Colbert , ont affirmé que, pour soustraire à la fureur de la populace le cercueil d'un Ministre que sa grande fortune désignait à l'envie et à la haine de gens qui , ne connaissant de lui que ses livrées et ses carrosses , ne savaient rien de ses émînentes qualités, on le porta la nuit, sous la garde de soldats du guet, à réglise de Saint-Eustache , sa paroisse. M. Eugène Sue, précisant davantage les choses, a dit : u Le lendemain de sa mort, à une heure D du matin, par une nuit obscure, on jeta le corps dans un méchant n carrosse, afin de détourner les soupçons , et il fut de la sorte con-
n dait en toute hâte dans Téglise de Saint-Enstache sous Fescorte de » plusieurs cavaliers. » (Hist. de la Marine, t. 4, p. 179.) Ici la mise en scène est complète et Ton reconnaît le romancier au « méchant carrosse » et à « la nuit obscure d , fort bien trouvés. Rien ne manque au tableau de ces tristes obsèques.
M. Pierre Clément, le dernier et le mieux instruit des historiens de M. Colbert, s*est demandé si Tenterrement nocturne était un fait bien avéré ; il en a douté, sans rejeter tout à fait le récit des anciens biographes , et n*a pu çiiex pour appuyer une partie de cette tradition qa*une note attachée i une épitaphe épigrammatique de M. Colbert, qa*on lit dans cette étrange collection de chansons , d'épigrammes , de pamphlets rimes , connue sous le nom de Recueil de Maurepas. (Bibl. Nat., Ms.) La note dit : « Le peuple de Paris Tauroit déchiré » en pièces , si Ton n'eût eu la précaution d'assembler tous les ar- » chers de Paris pour garder son corps, n Par qui et quand fut écrite cette note? Quelle foi peut-on y ajouter? Est-elle de M. de Maurepas lui-même? Il put savoir -de son père, M. le comte Jérôme de Pontchartrain , ce qui se passa le 7 septembre 1683. Admettons qu'elle soit de lui, et remarquons que si nous y voyons les archers du guet , nous n'y voyons pas le cortège nocturne.
En tout ceci une chose nous frappe. La mort de M. Colbert ne fut pas subite; elle était prévue depuis quelque temps. M. de La Reynie, Lieutenant général de police , devait connaître les méchantes dispositions de la populace, si, en effet, elles existaient; il avait dû en faire son rapport à H. de Seignelay , et celui-ci n'avait pu manquer d'en parler au Roi. Louis XIV ne prescrivit-il pas à M. de Seignelay de veiller à ce que les choses se passassent avec décence quand le jour fatal serait arrivé? Recula-t-il devant la crainte d'une émotion populaire? Lui, le Roi fort et qui avait l'absolu pouvoir, recnla-t-il an point d'ordonner que les funérailles^ fussent faites de nuit? Voulut-il qu'on fit cet affront à la mémoire de son premier Ministre? M. de Seignelay put-il souffrir qu'on inhumât son père comme on aurait fait d'un criminel? Cela nous semble impossible. Le Roi , qui était un gardien sévère des convenances , ne put pas vouloir que le cercueil de M. Colbert fût insulté par le peuple , et qu'on ne le portât pas convenablement en un convoi public , et pendant le jour, â l'église où il devait être inhumé. Si les soldats du guet furent convoqués , ce fut pour retenir la foule qui devait se porter par curiosité sur le passage du convoi, et pour maintenir dans le respect ceux qui
se seraient avisés de s'en écarter, par des cris ou des démonstrations hostiles. Rien ne parait plus vraisemblable. Si déchu de Tamitié du Roi qu'on puisse supposer M. Colbert, il ne Tétait pas an point que Louis XIV livrât par indifférence ses restes aux insultes du peuple. D'ailleurs, le Roi manqua-t-il d'égards pour M. Colbert, dans les Jours où tout annonçait la fin prochaine du premier secrétaire d'État? Non.
Un de ses biographes a raconté que Louis XIV' vint voir le malade et eut une assez longue conférence avec lui. Si ce détail n'est pas vrai, il en est un autre qu'atteste une lettre.de madame de Maintenon. Le Roi écrivit à M. Colbert une lettre qu'on lui remit, comme on avait l'habitude de lui remettre les ordres de Sa Majesté , c'est-i^ dire aussitôt qu'elle arriva à l'hôtel de Seignelay. M. Colbert, dont toutes les pensées étaient alors tournées vers le ciel, M. Colbert, qui avait déjà comme abandonné la terre, et dans ses entretiens avec l'abbé Comuaille, vicaire de Saint-Eustache, et le Pète Bourda* loue , parlait de l'autre vie dont il allait connaître le mystère , refusa d'ouvrir le billet du Roi. Louis XIV le sut et ne s'en étonna ni ne s'en fâcha. « Le Roi lui pardonna de très-bon cœur d'avoir voulu j) mourir sans lire sa lettre , pour mieux penser à Dieu* » Cette lettre devait être bonne et amicale , car le Roi témoigna des regrets publics de la perte que faisait le royaume. « La mort de M. Colbert l'a 3> affligé , dit madame de Maintenon , et bien des gens se sont réjouis » de cette affliction. C'est un sot discours que les desseins pernicieux 1) qu'il avait. » Les gens qui se réjouirent de l'affliction du Roi furent ceux qui apprirent avec plaisir que Louis XIV avait conscience de la perte qu'il faisait , et qu'il estimait l'homme honorable à qui l'on avait supposé des u desseins pernicieux n . Le prince ne croyait pas à ces pernicieux desseins, il connaissait trop M. Colbert pour Ten croire capable. Madame de Maintenon dit a c'est un sot discours»,, et cela est évidemment l'écho de la pensée et de la parole du Roi.
Quand madame de Maintenon écrit de Fontainebleau ^ le 7 septembre, et qu'elle ajoute aux détails que nous venons de rapporter que M. le président Pelletier (sic) va remplir la place (de contrôleur général), et que le Roi, ôtant les bâtiments à M. d'Ormois, à qui il donne cinq cent mille francs, M. de Louvois aura la charge, elle nous apporte une preuve certaine que la mort de M. Colbert était bien prévue , puisque l'enterrement du Ministre (elle ne pouvait en avoir des nouvelles) n'était peut-être pas achevé que déjà MM. de Louvois
et Le Pelletier étaient pourvus, Fun d'une part de rhéritage de M. Colbert que le Roi avait assuré, le 23 mars 1674, à M. Jules- Armand Colbert, marquis de Blainville et d'Ormois, quatrième fils du défunt; Tautre du Contrôle général qui semblait devoir revenir à M. de Seignelay avec les autres charge» de son père. Cela avait été arrêté d'avance et quand la maladie du grand Ministre était arrivée au point de ne plus laisser d'espoir de guérison. Madame de Maintenon ne dit pas que le Roi ait signifié le jour même sa volonté aux dépossédés. M. d'Ormois n'était certainement point à Fontainebleau le 7 septembre 1683 ; il était à Paris auprès du cercueil de son père. H. de Seignelay était-il à Paris ou à Fontainebleau le 6 septembre, quand M. Colbert rendait le dernier soupir? M. Eugène Sue dit : « Le jour même de la mort de son père, M. le marquis de Sei- » gnelay était à Fontainebleau pour remplir les devoirs de sa charge » et présenter au Roi les membres de l'Université de Paris qui ve- » naient complimenter Sa, Majesté sur la mort de la Reine '» . Et làdessus, l'auteur de V Histoire de la Marine fait une belle déclamation sur la dureté du Roi , qui « s'était fait un devoir de ne prendre en » aucune considération les convenances ou peines de famille de n ses domestiques ou de ses parents. Son service passait avant tout. » Si M. de Seignelay avait été à Fontainebleau le 6, madame de Maintenon l'aurait dit, le plaignant de n'avoir pu embrasser son père avant la dernière heure. Elle ne le dit pas. La Gazelle de France, qui cite toutes les présentations au Roi par M. de Seignelay, ne parle point de la visite de condoléance faite à Sa Majesté par Messieurs de l'Université. C'est un oubli que ne commet point le rédacteur du Mercure Galanl : u Le mardi 6 , l'Université remplit les n mêmes devoirs, la parole étant portée par M. Tavemier, qui en est » recteur. Par ses statuts elle ne doit jamais sortir de Paris ; mais il » n'en est point de si anciens dont la grandeur du Roy ne dispense. » C'est tout. Le Mercure, qui a montré, comme la Gazelle, M. de Seignelay faisant sa charge aux présentations des 18 et 28 août 1683 ,
1 Marie-Thérèse d'Autriche moamt, âgée de qatrante-cinq ans, le 30 juillet 1683, après quatre jours de maladie. Son corps, revêtu de Vhahit de $aint François (la robe des capucins ; c'était une coutume, on pourrait dire une mode, si le mot était convenable, appliqué à un usage adopté par les personnes pieuses qui voulaient en monran faire acte d'humilité) ; son corps fut porté plus tard de Versailles k l'église de Saint- Denis, où il fut inhumé. (Gazette de France, pages 396, 431. — Le Roi, avec toute la Cour, alla à Fontainebleau le 3 aoiîl; il n'en revint que le 9 octobre. Goutte, pages 431, 588.)
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ne le nomme pas cette fois. Dans l*éloge qu'il fait de M. ColberC (septembre y p. 320-337), panégyrique dont les détails intimes furent fournis certainement par quelqu'un de la maison de madame Colbert, le Mercure dit : a Lorsqu'il se vit i l'extrémité, il voulut « entretenir ses enfants les uns après les autres. » Si H. de Seignelaj avait été privé du bonheur douloureux de cet entretien , le Mercure si bien informé eut-il oublié de le dire?
Tout nous porte à croire que M. de Seignelay reçut les adieux et les derniers conseils de celui qui avait passé vingt ans de sa vie à lui en donner d'excellents, et qu'il se fit excuser à Fontainebleau par le grand maitre des cérémonies , ayant un devoir sacré à remplir à Paris. Si exigeant que fût le Roi , il n'était pas barbare , et l'on répugne à penser qu'il eût arraché un fils du lit de mort de son père. Nous sommes donc persuadé que M. de Seignelay assista aux dernières cérémonies religieuses auxquelles prit part avec fermeté Fillustre mourant, et qu'avec l'assistance de*M. de La Reynie, il régla les choses extérieures relatives à des funérailles que le Roi voulut certainement .honorables , calmes , et dignes d'un de ses Ministres , c'est-à-dire faites en plein jour, en présence de la foule , muette sinon recueillie.
A quelle heure du jour le corps de M. Colbert fut-il conduit â Saint-Eustache? Est-ce à une heure du matin, le 7 septembre, comme l'a dit M. Eugène Sue? Voyons ce que nous apprendra le registre mortuaire de Saint-Eustache pour l'année 1683. Lisons, page 165 verso :
tt Le même jour n (mardi, septième de septembre) a deffant haut et puissant seigneur messire Jean-Baptiste Colbert, cheTalier, marquis de Seignelay, de Ghasteaufont- n («te, pour Ghasteanneuf) « sur-Cher, baron de Sceaux , Linières et autres lieux , conseiller ordinaire du Roy en tons ses conseils , du Gonseil royal , Ministre et Secrétaire d'État et des commandements de Sa Majesté , Gommandeur et grand trésorier de &es Ordres, Contréleur général des finances , et Ordonnateur général de ses bâtiments, arts et manufactures de France , demeurant me des Petits Ghamps , décédé le sixième du présent mois , a été inhumé dans la cave de sa chapelle , dans notre église. «
tt Le même jour » , ces mots que nous avons soulignés suffisent à faire comprendre qu'avant l'enterrement de M. Colbert, un autre au moins avait été fait. Il n'y eut pas qu'une seule cérémonie antérieure à celle qui eut lieu pour le défunt Ministre ; le registre de Saint-Eustache nous montre qu'elle fut la cinquième et la dernière de
la journée. L^acte est inscrit an bas de la page, et le premier acte inscrit au 8 septembre commence la page 166. Ne sommes-nous pas en droit de conclure que M. Colbert fut porté à Téglise le 7 septembre, non pas à une heure du matin, mais dans la journée. Les quatre enterrements faits avant le sien étaient , pour parler le langage de la sacristie, ceux de a petits morts » et ne furent pas de nature à gêner les gens de Téglise qui avaient à préparer la nef pour recevoir un mort d'importance. Si Ton veut supposer que Tacte qui se fit au bas de la page 165 v*, fut rédigé à une heure du matin , nous répondrons qu'il porterait la date du 8 septembre et non celle du 7. La cérémonie eut lieu vers quatre ou cinq heures du soir : c*est notre conviction. Aucun fait d*irrévérence , de la part d'une portion du public, ne la troubla; aucun cri, aucun murmure, aucune imprécation ne se produisit dans la foule émue. Si quelque trouble eut lieu , si quelque clameur indécente fut entendue , nous n*en trouverons pas naturellement Tahuonce dans la Gazette on le Mercure, journaux privilégiés et faits pour Téloge ; mais quelque épigramme , quelque gazette à la main nous les révélera. Or, le Recueil de Maurepas , où se pressent les malices , les satires , les traits malveillants et cruels , ne contient pas une allusion à ces funérailles, où, dit-on, le corps de M. Colbert fut escorté par le guet, comme Tétaient d'ordinaire ceux des protestants.
L^acte mortuaire qu'on vient de lire ne mentionne pas le convoi qui , assurément , accompagna le défunt de sa maison à l'église ; cet acte est sans signatures d'assistants ; en voudra-t-on conclure qu'il n*y eut point de convoi et que personne n'assista à l'inhumatioi) de M. Colbert? Nous répondrons que les pages 165 et 166 contiennent sept actes non signés, sans compter celui qui nous intéresse; qu'on en trouve de pareils à toutes les pages ; que l'acte d'inhumation de M. de Seignelay, enregistré à Saint-Eustache le 5 novembre 1690, est sans signatures ; que le clergé de Saint-Eustache à cette époque ne mentionnait pas les convois, ce que faisait an contraire le clergé de presque toutes les autres paroisses de Paris ; qu'enfin , pour citer un autre exemple que nous trouvons^en ouvrant au hasard le registre de 1683 , nous lisons, sous la date du 1** novembre, l'acte d'inhumation de madame Louise-Marie-Thérèse de Melun, femme du marquis de Charost , qui ne mentionne pas le convoi et qui n'est affirmé par aucune signature.
Qu'on nous pardonne cette longue étude faite sur un point mi-
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nime de Thistoire. Il noas a semblé que nous ne pouvions point ne pas chercher à éclaircir les doutes qu'ont fait naître en notre esprit les récits des biographes de M. Colbert. On voit quelles sont nos pensées à ce sujet : nous pouvons nous tromper ; mais nous croyons que Ton a fort exagéré les choses et que la tradition venue jusqu'à nous manque de vérité, comme tant d'autres traditions, auxquelles on ajoute une foi aveugle.
= La mort de M . Colbert fut pour la marine un malheur . M . de Seignelay restait , jeune homme capable sans doute , que son père avait formé pour l'exercice des grandes charges dont le Roi Tavaît pourvu; mais ami des plaisirs, travailleur qui n'avait ni l'application constante , ni l'infatigable habitude des labeurs sérieux , ni surtout cette raison mûrie par les événements , et cette modération qu'avait su s'imposer le Ministre que tant de contradictions auraient pu faire sortir du calme nécessaire à qui manie les grandes affaires , â qui mûrit les vastes projets. M. de Seignelay, avec quelques défauts , ne fut point un successeur indigne du grand Colbert. Son ministère fit honneur au nom qu'il portait. Il fit preuve de volonté et de sagacité. S'il ne créa rien , il ne laissa périr aucune des créations de son père. H. Colbert laissait un matériel flottant considérable , il l'augmenta. Il mourut à Versailles , le vendredi 3 novembre 1690 , âgé de trenteneuf ans , veuf de Marie-Marguerite d'Alègre , qu'il avait épousée le 9 février 1675, et époux de Catherine-Thérèse de Matignon, le 6 septembre 1679. (Arch. de la Ville de Paris, Registres de Saint- Eustache : mariages, 1675, 1679; décès, 1690.)
Lorsque la nouvelle de la mort de M. Colbert arriva à l'armée navale , Du Quesne se hâta d'écrire à M. de Seignelay pour lui témoigner son chagrin de cet événement. Le Ministre lui répondit, le 21 octobre : « Je n'ai point douté que vous n'ayez été fort touché de TU la perte que j'ai faite , et pour l'intérêt que vous prenez à ce qui I) me regarde, et par F estime particulière que mon père faisait de vous; » je vous prie de croire que cette même estime que j'aurai toujours » pour votre personne me fera rechercher avec plaisir les occasions » de vous marquer par mes services que l'on ne peut être plus que je 9 suis , etc. » M. Colbert avait pour Du Quesne une estime véritable; il avait conçu pour lui des sentiments très-affectueux. Dans cet officier qui avait si bien commencé, si jeune, et qui, en grandissant, avait gardé quelques habitudes de ses premières années fières qui l'avaient rendu difficile, M. Colbert avait aimé le marin habile et
brave, Thonnéte homme , Thomme loyal, Thomme fort et résistant, qui ne pliait qnélqaefois par déférence que pour se redresser bientôt. Il Favait souvent repris amicalement de ses défauts et les lui avait toujours pardonnes. S*il n'avait pu empêcher le Roi d'insister pour que le protestant entrât dans TÉglise de Rome , de son côté il avait insisté pour que Louis XIV , à défaut d'une dignité que le Lieutenant général , premier des capitaines de la flotte , avait bÎQd méritée, lui donnât des satisfactions pécuniaires d'une assez grande importance. Du Quesne n'avait rien oublié de cela. M. de Seignelay ne manqua point à la promesse qu'il lui avait faite le 21 octobre. II n'obtint pas du Roi la Vice-Amirauté que Sa Majesté s'obstinait à refuser au calviniste ; mais quand vint l'heure des premières persécutions contre les huguenots , il obtint que Du Quesne serait ménagé et qu'on n^e troublerait pas son repos.
= Le désarmement de la flotte de la Méditerranée se faisait en présence de Du Quesne ; ce n'était pas le seul désarmement qui s'opérât alors dans les ports de France. Une escadre commandée par le marquis de Preuilly-d'Humières , Lieutenant général, se décomposait , et les vaisseaux qui l'avaient fonnée rentraient chacun dans l'arsenal où ils avaient été armés. M. de Preuilly avait conduit, de France en Danemark, treize vaisseaux et quatre brûlots ; il était parti de Brest le 22 juin 1683. Sa mission était de se joindre à la flotte danoise, Louis XIV voulant aider le Roi Christian V , menacé par l'armée navale du Roi de Suède Charles XI , que devait fortifier une escadre hollandaise de vingt-quatre vaisseaux. Les navires aux ordretr de M. de Preuilly étaient : 1* le Glorieux, monté par le Lieutenant général et commandé par M. de Relingue ; 2° ïlUusire, monté par M. Jean Cabaret, Chef d'escadre, et dont le capitaine de pavillon était M. d'Arbouville ; 3° V Entreprenant, qui portait M. de Château-^ Renault, ayant pour capitaine M. de Lestrille; 4* le Content, capitaine, M. du Magnou ' ; 5^ le Courageux, capitaine, M. d'Amblimont; 6^ \e Fendant, capitaine, M. deMachault; 7* VApoUon, capitaine, MM. de Langeron et de Sainte-Hermine; 8* le For// capitaines, MM. de Montortié et de Forbin ; 9"" le Téméraire, capitaines , MM. de Rosmadec et de Pallières; 10^ le Prince, capitaines, MM. Des Not9 et le chevalier de Sévigné ; IP le Bon, capitaines, MM. de Coëtlo-
1 Le nom de ce capitaine est écrit dn Ifagnon dans on grand nombre de documents ; mais sa signatare, apposée an i>as d*iine délibération qne nons âfons citée, tome I^^, page 537, autorise l'orthographe que nous avons adoptée.
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gon et des Adrets; 12* le Précieux, capitaine, M. Paoetié; IS^Fifrrogani, capitaine, M. de Méricourt. Ces deux derniers vaisseaux armés au Havre rejoignirent la flotte quand elle passa devant ce port. H. de Preuillf mouilla devant Copenhague, le dimanche 11 juillet 1683; le 29, le Roi de Danemark fit une promenade autour de Tescadre française, et le 2 août, Christian, accompagné de la Reine, alla faire une collation i bord du Glorieux.
Tout s'était bien passé , en ce qui était des saints de Pune à Fautre flotte , question épineuse que , le 23 mai , M. le marquis Pierre de Villars, Ambassadeur de France, avait reçu ordre de traiter avec les Ministres du Roi de Danemark. Le 12 août, les Français levèrent Tancre et allèrent prendre leur poste sur la l*ade , à la tile de Farmée danoise. Le 24 août, dans un appareillage des flottes réunies, le Glorieux toucha sur un banc. Une faute du pilote causa c^t accident, qui força M. de Preuilly à arborer son pavillon de Vice-Amiral sur Y Apollon, Ce fut le 3 septembre 1683 qu'eut lieu ce changement, le Glorieux ayant été jugé incapable de faire une campagne. Au reste, cette campagne se borna à des appareillages et des mouillages. Le IÇ septembre, le Roi envoya ordre à M. de Preuilly de revenir en France *, a dans les dix premiers jours du mois d'octobre » ; le 13 ootobre, il quitta les Danois, et le 25 il rentrait à Brest. (Journal de la campagne, Arch. de la Marine.) M. Gabaret s*était séparé de lui et emmenait à Rocbefort Ylllustre, le Content, le Courageux, le Fen-dant et le brûlot la Friponne, Sur la mission de M. de Preuilly, on avait gardé un secret qui ne fut point divulgué ; ce fut seulement â dix lieues au large que cet officier général ouvrit le paquet qui lui indiquait la route qu'il avait à tenir. Une recommandation très-expresse lui avait été faite à son départ d'éviter, autant qu'il le pourrait, les Anglois pour n'avoir pas à les saluer^ et s'il les a rencontroitv de ne point saluer et de ne point exiger de salut à moins qu'il a ne D rencontrât » un Vaisseau-Pavillon; à son retour on lui recommanda d'éviter les Hollandais pour la même raison , de désarborer (abattre) son pavillon de Vice- Amiral aussitôt qu'il aurait passé le Sund, et s'il rencontrait par hasard les Hollandais , de ne leur demander ni de leur rendre aucun salut. — M. Panetié, qui avait dû désarmer à Brest ï Arrogant et le Précieux, ne désarma que ce dernier vaisseau. Avec l'autre il escorta les navires des gabelles.
M. du Chalard , conmiandant la frégate la Légère, eut une double mission; le 23 mai, il lui fut ordonné d'embarquer à Rocbefort
1689 MARINE DU XVII« SikCLK. 479
madame la comtesse de Ribeyra et M. de Saint-Romain , Ambassa* deur de Louis XIV en Portugal , et de porter ces deux personnes a Lisbonne; le 15 juillet, on lui ordonna de ramener en France M. le marquis d*Oppède , a ci-devant Ambassadeur de France en Portugal » , puis de se rendre à la RocbeUe.
A la fin de Tannée 1683 , M. de Seignelay, qui voulait donner aux marchands français les mêmes témoignages d'intérêt que leur avait donnés son père, fit préparer Farmement de quatre frégates, deux au Havre , deux i Dunkerque , pour défendre les navires du commerce contre les corsaires d'Ostende , qui couraient le long des côtes et inquiétaient les caboteurs français. Les frégates du Havre VEmbuscade et la Rochelaise furent mises sous le commandement de M. Albert; celles de Dunkerque, la Railleuse et la Serpente, sous les ordres de M. d'Amblimont. Ce capitaine montait la Railleuse; la Serpente avait pour capitaine u le sieur Baert , lieutenant de marine » . La Serpente venait de faire un voyage en course, aux îles d'Amérique, sous le commandement d'un officier qui marqua parmi les flibustîeni, M. d'Angennes de Maintenon , celui-là même dont la terre devint la propriété de Madame veuve Scarron , qui en prit le titre de marquise de Maintenon. La campagne des quatre frégates , qui ne commença que le 5 mars 1684, s'acheva sans qu'aucun événement important l'eût signalée. Des marchands convoyés, une croisière sur la côte» ce fut tout ce que la fortune offrit i l'appétit de gloire qu'avait Jean Bart. Peut-être que s'il eût été seul, le Dunkerquois aurait trouvé une occasion de satisfaire cet appétit; placé sous les ordres d'un capitaine de vaisseau , fort brave officier du reste , mais plus grave, et qui s'attachait plus à remplir sa mission protectrice qu'à courir les aventures éclatantes , il eut la douleur de ne pas tirer un coup de canon pendant les six mois qu'il fut à la mer. (Arch. de la Marine , Ordres du Roi, 16 décembre 1683, et correspondance de M. Patoulet , du 20 août 1683 au mois de juillet 1684.)
= A son arrivée en France, Du Quesne demanda au Ministre qu'il lui fût permis d'aller à Paris; M. de Seignelay avait prévu cette demande. Il ne doutait pas que le commandant de l'armée d'Alger n'eût hâte de faire au Roi le récit de sa campagne et , ce qui ne le touchait pas moins , de donner un certain temps à l'arrangement de ses affaires personnelles ; le 20 ^octobre, il lui avait bit écrire par le Roi que la construction des vaisseaux qu'on devait bâtir à Toulon sur les gabarits du Saint-Esprit et du Prudent étant une chose d'impor-
tance, il était nécessaire qu*il assistât au travail qa*on allait £aîre, et que a les fonds de ces vaisseaux » , qn^on voulait fins de voiles, fussent établis en sa présence , a suivant ce que » son u expérience v lui avait appris , de manière que les mesures qu'il donnerait pussent servir de règle à Favenir. » Force fut donc à Du Quesne de rester au port. Cependant, le 8 novembre 1683, il renouvela la demande de congé à laquelle le Roi répondit :
tt... Pour voas expliquer encore une fois ce qui est de mes intentions et de mon service , je voos dirai qa*on est sur le point de voir la guerre enfièrement déclarée contre T Espagne, et qu'en ce cas il pourra y avoir continuellement des ordres à donner ponr 1* exécution desqneb votre présence sera absolument nécessaire à Toulon. »
Louis XIV ajoutait à cette considération une considération non moins importante :
tt Dans la résolution où je suis d'attaquer les Génois dans leur ville , j'ai fait préparer une grande quantité de bombes et donné divers ordres ponr la construction de nouvelles galiotes , la fonte de mortiers de nouvelle manière » (nous n'avons trouvé aucun renseignement sur cette mam'ére nouvelle) tt et le reste des préparatifs nécessaires dont les épreuves se doivent faire en votre présence , étant de mon service qa'tin homme en ^ je me confie et qui doit être chargé de l'exécution d'une entreprise que j'ai aum à cœur, voye par lui-même tout ce qui se dispose pour y réussir et puisse donner des ordres pour la préparation de tout ce qui peut contribuer an succès de ladite entreprise. Ainsi, je veux que vous demenriex à Toulon, et vous envoyez ici votre fils lorsqu'il sera de retour de la mer pour terminer les affaires que vous y pouvez avoir. »
Il n'y avait pas d'objection possible à faire à un ordre si formel, motivé par des nécessités si pressantes ; Du Quesne se résigna. Ce qu*on lui proposait quant à ses affaires n'était guère de nature à le satisfaire. M. Henri Du Quesne n'avait pas trente et un ans, et, bien qu*il fût déjà un homme mûr, il n'avait pas l'habileté normande qu^avait son père pour discuter et conclure , quand il s*agîssait de débattre des intérêts importants pour la famille. M. Henri Du Quesne n^était pas encore revenu de Tunis, où il était allé porter de nouvelles propositions de la France pour la paix. Le 20 novembre 1683 (commencement du mois de Zilcadé, Fan 1094) , le Bey Admed et Ali-' Bey, tt conunandant le drapeau de la ville et royaume de Tunis » , donnèrent à M. Henri Du Quesne une lettre adressée u à M. le marquis » Du Quesne, Texemple des grands capitaines et le général de Tarn mée navale de France n et lui disant que « la gloire de ses pareils,
AIMIAHAM DU QUESNE.
i^e de bonlé , de justice, de biei
et dans celui des poris une
faisaiicc que. le lemps nu pnini alTaiblio à Vernon et à S
DuQucsnc, à qui Louis XIV avail permis enfin de venir à VersaîUeJ s'apprêtait à quitter Toulon lorsqu'il apprit qu'une barque armée en guerre avait paru aux îles d'Hjères, qu'elle était espagnole, et qu'elle venait savoir si l'ftrméc navale était de retour d'Algor. Il lit armer une barque qui lui appartenait (le lYône) , sur laquelle il mit un bon équipa,<|c de matelots, de soldats et de gardes de la marine; il en donna le commandement â son second fils, M. Abraham Du Quesne- Moros. Le Jeune capitaine envoya interroger riDspagnol, qui répondit : " Nous sommes Ions Français « , mais qui, lorsque le canot du Trône s'approcha, le tint à distance par un feu de mousquelerie qui tua un officier et blessa quelques matelots. M. Du Quesne-Moros avança alors avec son bâtiment, aborda rEspa<)nol et le prit après une lutte assez vive. 11 entra sous te chdteau du navire capturé et y trouva le prince de Montesarchio blessé à la tête. Il le fil descendre à terre, où on lui donna pour prison une maison particulière, jusqu'au jour où M. de Vauvré en fit son tu'ite, le traitant avec une courtoisie dont le prince se montra très-n' connais saut et qu'approuvèrent fort plus lard le Roi et M. de Scignclay. Le prisonnier était homme d'importance; il commandait toute la marine d'Espagne, après en avoir pendant un lemps commandé les •galères.
1 Ni i RamiiouiMel en 1795, il quilU l'AmlrBalé loriqu'oa U lui Bnle». Rclrrà d'ibord duBi <aa rhjleau do Scc4ai, nâ il avait ea Butrcfoii une pelile coar d'IntioiM tmia el de gent d'M|>ril, parmi leiquels brilliil modcitemant Is faliulïile Ftoriin; tpnrgiié |>ar h hsclie, qui ri'épsrgtiait gntn Im homniFi de tan rang, il alla ijtn et mourir daas xii] chlleiu de Biiy, i Vsnuin (1793^. Lorugae ]e conieil moDicipal de Sceaai apprît sa mort, il prit une déliMnliua auiii honorable ponr lei cïlo|eiii qni la prD»)(| gèrent que pour celui qui en ^lail l'objet; il décida (18 nuri 1793. ta II de la République) qu'un lertica «eraît célébré en l'égllte de Scnna pour le repaa de l'ime de • U. BaurboD-Penthièiro, citoyen gêDcrsIenienl regretta, qni a ■ été de ton> lema aille i la commune, où il a Tail dei chariléi annaallea et dn • libéniiléi qui ont adoDci le lorl dei panires el dei indigenli • . La garde nilîonale deiail tire conioqaëe à celte cérinionio. aîujî que lei ciloyeu» el eilojenoee de Il commune. (Archives runuicipilei de h ville de Sceani.) — le Hoi donna ponr ■ncresscur, dini la cliarge d'Amiral , au bao duc de Peulbiéire, M. le comte Cbarlea- Henri d'Eilling. marin habile et estimé, qni, oabliaul qu'il avait ia Henri de lia dans l'écu do fci armée, — on s'en souvint, — el qu'il devait bcaocoup au Roi, <e rangea contre le trâne, dani le parti aiaucj de la Itêvolutiau, qui ne lui tint pas compte de ion dévoncnienl à la cauie triomphante, al, se rap]ielanl qa'il ^lail de nobldie ancienne, le décapiU le SO floréal an II de la République (9 mai 17«1). Il fut enne monarchie ; il était Vice-Amiral de France dtpoji
H révri
à lu lettre du 10 août ItiSS, cik'e plus haut, p. 43S).
10S3 0 feroit
perdre la conlinualion de l'honneur de l'aniicti proi-'haine. Si vous voulez bien remédier à cela, Monseigneur, ayci agréable d'eïposcr au Roi que le sujel de ce voyage n'est aulrc que de lever à Sa Majesté l'opinion qu'elle a eue que j'ai négligé son serrice , el je n'ai rien de plus cher que de ne point mourir atec relie larhe, après l'avoir servie depuis tant d'années. Je suis persuadé que le Roi a laot à cœur son service , que Sa Majesté ne manquera pas d'eipédieuls de rae lever rauilenionl celle laclie qui a noirci ma répulalion, joint t\n elle fera
» J'espèt sou, et qut
qui i
l'hon
3 louée de tous f>
)nlrihue é de
t par celle même rai-
(21 janvi deiji fois
(V, toujours Monros pour Uoros sous la plume de Du Quesne, bien savoir que le fief du grand et du petit Mores n'était point vnros dans le contrat dr la vente faite par David de Beauliea, r 1651 . La carte de réial-major, comme celle de Ca«sjni, porte le nom de Moros.) u d'olileair du Roi la charge de capitaine
equejei
. Je
e sera pas inutile à soi irai en mon parlicûlie :si que mon (ils afné
. (Het
e la reconnoi»
aurez reconnu fesprit i
incessamment (sa
, s'il se peut, il faudra
ur servir de modèle à celles ^
contraindre avant que d'y pu
ignei
rendu compte de l'affaire de Tunis et que ces barbares et qu'il faut s'attendre qu'ils rfler, toujours) à leurs fins. Ainsi, Monse attendre que la paii d'Alger fût bien faitep Tunis et de Tripoly , autrement il faudra le venir, ou leur accorder ce qu'ils voudront.
Du Quesnc Unit sa lettre en disant :
u Je ferai poser la quille et les étraves du vaisseau pareil au Satnr- Esprit, puisque vous souhaitez que l'on commence en ma présence, Procures-moi dont. Monseigneur, l'il vousplait, la jutliee que je rouê demande depui» le eommtncement de cette lettre, et ne doutez pas, s'il vous plait, de ma très-huuible reconnaissance , étant avec tout le respect que je
Le pauvre Du Qucsne ne vit poiot ses vœux exaucés; il ne quilla pas Toulon, où il passa tristement l'hiver, songeant à sei; iaXéréls que sa femme el son fils ne mànageaienl pcut-éire pas assez bien à Paris, veillant à tout ce qui touchait à l'aruicmeul de sa future escadre, chcrchatit à composer les équipages des navires de ;E|uerrc et à retenir les matelots provençaux qui allaient à l'étranger et se trouvaient en grand nombre su. les vaisseaux espagnols , re que lui avait apprù le capitaine d'une flûte, qui ramenait en France, avec quelques soldats français ayant u servi par terre en Espagne , deux matelots des
4SG ABIIAHAM DU QliESNE. I
(Inns In petite passe des Fomiantières, portée h la côte par an c de vcnl fiirieuK auquel M. de Sebevilie , son capitaine , « un des ploj I' distingués capitaines que le Roi ail dans sa marine » (Dq (faes Lettre du 13 janvier), auquel, disons-nous, M. de Scbc«ille ne pal!! opposer qu'une résistance inutile. Le Bizarre, commandé par M. d Mené, ramena à Toulon M. de Scbeville, ses ofGciers, son éqaMl page, avec leg canons, les ancres, les câbles et les voiles de I4 f
Le I!) janvier. Un Quesne, inquiet pour plusieurs raisons ff louchaient à son honneur et à sa fortune, ennuyé d'ailleurs par & rapports difficiles avec M, de Tourville, écrivit à M. de Seignelay 11 Irés-curieuse lettre que voici :
u Honseignenr, je reçois, par voirc courrier Amault, ta lellre q vous m'avei fait l'honneur <le m' écrire du omièuie de ce mois, en rdpoii à la mienne du 3(1* du mois dernier.
n Je satisferai de mon mieui à tout ce qu'elle m'ordonne; mois. Mo» seigneur, permeltez-moi de vous dire que cnus ne faites point la grdee à m£ répondre »ur lei principaux chefs de madîle lellre, et roai tatei f« ce tout ceux gui me tiennent ptui à cttur. Je ne dois plus vous ^tre impoi ■un par lanl de redîtes , vous ayanl pleinement informé par celle lettre d 30" décembre.
1 ...Je ne rois pas d'effets de vos dernières promesses, non pins ql des anciennes du vicanl de feu Monsienr votre père , lorsqu'il ou fut promit que ion salis/eroil au parfait payement de la terre n (da Boncbet) u avant de me faire partir de la Cour; et cependant jus^ues aujourd'lutlf ,, la terre qui devoil eslre de la libéralité de notre grand monarque, en rerot ices, se ruine annuellement par des intéréU, non-sfl qui reste à payer n (c'ctail plus de 100,000 livres)^ u mais de ceux gui sont dut par Ir défaut de paiement des première* tommi' qui ne furent pas payées dans le temps. "
Ceci fait voir que Du Quesne ne reçut pas d'abord les deux C mille livres qui lui avaient été allouées par le Roi, et qu'il ne p donner cette première somme à la maréchale de ClérembaDll. ( donnait et l'on retenait.
u Que dois-je donc dire , Monseigneur, après mes longs services , voir mes afaïres sur le pencliant d'une entière ruine pour m'élre loujoiinfl attachci aux paroles de fen Monsciiineiir votre père et aui vôtres, 1 dant vous avoir rendu en toutes occasions mes siacèren respects? J'ai crUM iiir cette pressante nécessité vous faire encore celle Irés-hnmble Irance , oGn que je puisse recevoir celte satisfaction sur les instauccs qna j'ai pris la liberté de vous faire par cette lettre.
lement de la si
IBSi MARINE DU XVI
' J'ajotilerni encore la surprise où j'ai élë de me voir occiiser de prendre une Bulorilé nouvelle , pour avoir donné de» ordres au lieur de Bellelle-Erard, en présence du chevalier de Tourville. Il falloil bien qu'il ■ (Tourville) s iùl prcseni, puisque celte ingtruclion B été r lui pour y mettre le joor de son rendex-voui à la rade d'Aller avec le vaisseau le Cheval Marin. "
Il avait été décidé par Du Quesne . d'accord avec le chevalier de Tourville, que le Cheval Marin serait adjoint au ferme pour un voyage que le chevalier allait faire à Alger. M. de Tourville, commandanl les deux vaisseaux, avait cru devoir donner seul des ordres à M. de Belle-lle-Erard ; cette prétention était mal fondée. Du Quesne commandait en chef l'armée dont il délacbuil pour quelques jours le Ferme et le Cheval Marin; aucun ordre, aucune instruction ne devait être donnée en dehors de lui , qui avait toutes les responsabilités. Quand Du Quesne indiquait à M. de Belle-Ile la conduite qu'il aurai! à tenir s'il était séparé par les vents du chevalier, non-seulement il était dans son droit strict, mais encore dans son devc
M. de Tourville, trouvant fdchcuse l'intervention de Du Quesne, avait donc tort; plus ^rand était son tort quand il en portait plainte BU Ministre. Le chevalier s'ciajjcrait son importance; elle était •grande assurément, maïs elle aveuglait M. de Tourville, qui ne gardait pas toujours une mesure respectueuse dans son opposition à un vieillard investi d'un grand commandement par la conGance persistante du Roi. L'bahitude que le chevalier avait contractée de critiquer Du Quesne dans les lettres mystérieuses qu'il adressait au marquis de Seignelay , il la gardait trop dans ses relations de service avec sou supérieur-, de là des tiraillements qu'avec un peu moins de créance aux rapports du jeune Lieutenant général M. de Seignclay aurait facilement prévenus. Mais nous l'avons dît ; Du Quesne descendait, H. de Tourville montait. Du Quesne ajoutait en réponse au reproche qui lui était venu de la Cour :
■ J'ai fait voir audit sieur de Tourville l'ordre du Roi, et, de bonne foi. j'ai toujours concouru avec lui au bien du service qu'il n'aimera jamais tant que moi. Il 'j a trop longlemp» que jt m'eUime aU'deuut de ee quant a moi pour m'y arrêter aujourd'hui. »
Ce u quant à moi '^ , c'est la prétention un peu arrogante de M. de Tourville, ses airs de supériorité avec Du Quesne, amené enÛn à dire qu'il sait ce qu'il vaut et qu'il fait peu de eas des petits mépris de son cadet.
u As9urci-vou», Monsei(]Deur, que je ne retarderai pas le m de lels ras, et je siii« «urprÎE si c'est lui n (M. de Tourville) u ait informe de celte instruclion. Il n'a qn'à partir au plus tdt, ce que je lui loubaile, avec un grauil succès, n
Qunnd Du Qucsnc dit qu'il est » surpris " si c'est le chevalier q a écrit au sujet de l'inslruction donnée à M. de Bclle-Ilc, il oe \'ea pas du tout. Il a deviné son censeur, nous n'osons pas dire son accqrl saleur, dans l'homme ijui le contrecarre en tout et dont les cieilil^l superbes ont quelque chose d'aigre et de contrainl. Au milieu d ces tracasseries, Du Qucsne resta non pas calme, mais tout a grands devoirs de sa charge. L'escadre, ou pour mieux dire l'armM navale, — car les galères et lesgalioles seront jointes aux vaisseau] — l'armée navale donc que va commander Du Quesiie et à la c position de laquelle il u concouru en désignant, d'accord avec M Vauvré, les vaisseaux qui doivent en faire partie, comptera Ireîn vaisseaux de Toulon, des 3', 4" et ô' rangs, savoir ; I" V Ardent, q portera la marque du commandement de Du Quesne et aura pourcapi taines MH. Du Quesne-Guîton, le chevalier de Pallas et Du Qaesiu Muros, que le Général avait demandé (i< Je vous supplie très-humbte^ >i ment de vouloir bien m'accorder mon Gis de Monros {sic) pou " troisième capitaine ; il se rendra d'autant plus capable de bien S' ^< vir le Roy en toutes occasions. "); 2° le Ferme, monté par le c valier de Tourvïlle, ayant pour capitaines le chevalier d'Ailly et II chevalier de Ricous ; 3° le Par/ail, monté par le marquis d'Amfn ville , Chef d'escadre , ayant pour capitaines MM. de la Royoc-Perii sin et le chevalier d'Amfreville , frère cadet du marquis ; 4* le Vtj lant, monté par le chevalier de Lhéry, ayant pour capitaines \et* chevaliers de Sainte-Maure et de Villars; 5" VAimttùle, capitaines. MM. Sainl-Aubiu d'Infreviltc, de Ragneux et le comte d'Alfeld, fait capitaine depuis quelques mois; 6° le Fleuron, capitaines, le marquis de La Porte, le chevalier Digoine de l'allais et le chevalier de Genlis; 7° {'Aquilon, capitaines, le chevalier de Bellefonlaine, le marquis de Blénac et le comte des Gouttes; 8" l'Indien, capitaiDe, M. Job Forant ; 9° le Fortuné, capitaines , le chevalier du Mené et le chevalier de Chammorant; 10° l'.'lMur^, capitaines, MM. de Belle- Ile-Erard et de Fcrville; 11° le Saint- Jacques , capitaine, M. dej Scptéme; 12° te Capable, capitaines, MM. de La Motte et dej Adrets; 13° le Bizarre, capitaine, M. le chevalier de Cbaumonl.
U n'est pas inutile, croyons-nous, de faire eu au ail re la cotofx
IflU
UAKINE DU XVI1° SlkCLK.
lion de rélal-major cl de l'équipante du Vaisseau-Amiral; elle est assez curieuse; nous l'empruntons à un Extrait de la revue faite les Il et 12 juin 1684 et signée par le commissaire général Hayet :
tt V Ardent. M. le marquis Du Qnpsne, Lifulenanl général, M. Hayel, comniiasaire gcnéral. Capitaines, MM. Dn Quetne-Giiiton , àc Pollas et Du Qut^anfl'Moros. " (Après l'afTaire de GiïiiPS, le nombre drs capitaines fut diminué. M. de Pallas deviot capilaine en pied, et M. Du Quesne-Gnilon eut le com m ail de ment de ï'HirondeUt qu'il garda jusqu'au mois d'août, après quoi il resta à ThuIod jusqu'à la fui de l'anuée. [.^n'Ii. de la Marine, lle> rues du pori de Tonton.]} * Major, M, de Raymondis; aide-major, M. le chevalier de Chanipa^jnctle; lieutenant en pied, M. Trullct; autre lîeulenaul, le sieur firulon; enseigne en pied, le sieur Lacbeman; autres enseignes , les sieurs Belimon et chevalier de Saint-Aulaire ; aunidnier, Messire HIauc; ehlrnrgien, le sieur Lazare ; écrivain du Roi, le sieur Maué; commis du trésorier et du munitionDaire , le sieur Lorinière; olCciers mariniers, 83; â aides-chirurgicDS ; nn apothicaire; 8 olficiers du munitionuaire ; 1 3 valets des capitaines ; 29 cationniers , sans compter un maître et un second maître; 2 liossemans ; (î qiiarliers-mallres ; un premier et un second maîtres d'équipage; 3 conire-mattres; un maître de chaloupe; im maître de canot; 354 matelots; 101 soldats; 4 sergents; 8 caporaux; 6 lancepessadei ; 16 nouveani gardes-marine. Le total de l'équipage était de 474 hommes, sans compter 19 mousses, n
Le 14 avril 1684, Du Quesne fui désigné par le Roi pour commander les galères qui devaient être jointes au \ vaisseau», '■ la jeunesse du duc de Iklorlemart , Général des galères , ne i>crmeltant pas à Sa Majesté de lui en laisser le cooi mandement , quoique naturellement il lui appartint « k cause de sa charge >. (.Irch. de la Marine.)Les galères étaient nu nombre de vingt r la Réale , ou galère royale, qui portail l'étendard de soie rouge semé de fleurs de lis sans nombre, marque distinctivc de ce navire, le plus grand, le plus beau , le plus ricbemeni orné , le mieux armé de rameurs, de matelots cl de soldats. M. de Morlemart montait la Réak, ayant sous lui un capilaine connaissant parfaitemenl le service des galères qu'ignorait encore le Général. M. le marquis de Seignelay, beau-frère de M. de Morlemarl, devait prendre passage sur la Hèm.k , de Toulon jusqu'à la rade de Gènes. La Réale était suivie de la Patronne, grande galère aussi, moindre cependant que celle-là. M. le chevalier de Noailles, Lieutenant général, la monfaït. Venaient ensuite l'Invincible, commandée par le chevalier de Belhomas, Chef d'escadre; la Forle, menée parle chevalier de Breleuil, Chef d'escadre ; lu Victoire, capitaine, le chevalier de Forbin-Janson ; la Peine, capitaine, M. de
Montolieu; la Valeur, capitaine, M. Du Vivier; la Sirène, capitaine, M. de Florville; la Grande, capitaine, M. de Maubousquet; la Belle, capitaine, le chevalier de Bueil; la Favorite, capitaine, le ch' des Pennes (un document dit : le « ch'' de Piennes » ) ; la Hardie, capitaine, le ch' de Saint-Héreni ; ï Amazone, capitaine, lech' de Rochechouart; la Fidèle, capitaine, M. de Monfuron ; la Galante, capitaine, le ch' de Buous; la Ferme, capitaine, M. le vicomte de Lauzun; la Dauphine, capitaine , le ch' de La Fare ; la Fleur de Lis, capitaine, le comte du Luc; la Couronne, capitaine, M. de Bourseville-, enfin, la Perle y capitaine, le ch' de Tihcourt.
Les galiotes à bombes, au nombre de dix, — trois nouvelles ayant été construites pendant Tannée 1683, — s^apprétaient en même temps que les vaisseaux et les galères , si bien que lorsque M. de Seignelay serait arrivé à Toulon , Du Quesne pourrait se faire suivre par la Brûlante, armée par M. de La Péaudière , la Cruelle, conduite par M. de Pointis , capitaine de galiote depuis le 13 janvier 1684; la Bombarde, capitaine, M. de Combes; la Menaçante, capitaine, AI. de Gouëston ; la Foudroyante, capitaine, M. de La Motte-d*Airan, Mrdente, capitaine, M. Du Quesne-Monnier fait capitaine de galiote en janvier; la Fulminante, capitaine, M. Goubant; la Belliqueuse, capitaine, M. Félix Beaussier; la Terrible, capitaine, M. Patoulet; enfin Y Eclatante, capitaine, M. de Grandpré. — Deux brûlots seulement devaient accompagner la flotte : ï Hameçon, capitaine, M. Serpant, et le Caché, capitaine, M. Blin.
Dans les premiers jours du mois d'avril , — la lettre qui est sous nos yeux est sans date , — le marquis de Seignelay écrivit à Du Quesne :
« Je sais très-fàché d'apprendre le mauvais temps qu il a fait ea Provence ; cependant j'espère que Ton aura pris de si bonnes mesures que rien ne pourra empêcher le départ des vaisseaux , dans le 25' de ce mois. Je compte d'arriver devant à Toulon et de trouver à mon arrivée tontes choses disposées pour mettre à la voile. Le sieur de Bonrepaus m'a rendu compte de la manière dont vous vous appliquez à l'avancement de toutes choses n (un pea de baume pour les blessures qui saignaient au cœur dn général) , a et je vous prie de penser à toutes les précautions qui peuvent assurer le succès de l'affaire de » (le nom est en blanc ; dans les lettres chiffrées , il était représenté par le numéro 48 ; dans les dépêches non chiffrées on le supprimait; on voulait que le secret de l'expédition ne fût pas divulgué par une missive perdue ^) « que vous devez regarder comme*
^ Le secret fut si bien gardé que, le 10 mai, on en était encore aux conjectures à Marseille. M. Rigord, le cadet, écrivait ce jour-là à M. Cabart de Villennont : • Xoa-
1684 MARINS DU I^ifi Vt/^
une chose que le Roi a fort à cœur, h m m^^ moi qu'il seroit fort fâcheux qn*OD ne réoMlt >« « ***■ ^ encore en blanc^ ... « Je suis bien aise de t«M "in ^***''^"" jestc a fait armer quatre vaisseaux de of> t <tlk Ponant, qui doivent être à présent partis de lr»tf «» ' remment assez tôt à Toulon pour se joindre à tve y départ... »
Les vaisseaux dont il est question ici sont YEninm^^ tait le comte de Béthune, Chef d'escadre; le Bo«, cm quis de Relingue, ayant sous lui le chevalier de y^^^ Christophe) et le chevalier de Flavacourt ; XApclUm, •j/^^g»,,^^^ le chevalier de Coétlogon , ayant pour seconds MM. 4it \s.^^^ des Herbiers ; X Arc-en-ciél , capitaines , les chevaliers d« \^^^^ d'Héricourt. Le 24 avril, le Roi écrivit à M. de Tounilk :
u J*ai été tout à fait surpris de votre long retardement, et tamimi & ^^ nécessaire que , sans entrer dans Toulon, vous alliez incessammeat «ub» «^ vaisseaux que vous commandez à la rade de Gènes, où vous trouver»! m» armée natale , je vous fais cette lettre pour vous dire que je veux w vous fassiez voile de ce côté aussitôt qu'elle vous aura été rendue, im remettant à ce que le sieur marquis de Seignelay , qyÀ est à présent emhar^ que sur mes vaisseaux, vous fera savoir mes intentions , lorsque vous aurei joint mon armée navale. »
Une lettre semblable fut adressée à M. de Béthune , commandant les vaisseaux du Ponant qu'il avait ordre d*emmener de Brest. Le retard de M. de Tourville s*expliquait fort bien. Le chevalier était parti de Toulon dans les derniers jours du mois de mars , pour traiter avec les Algériens de cette paix dont les préliminaires avaient été deux sièges et que Louis XIV voulait voir signée , se désistant de certaines prétentions qu'il avait affichées d'abord , et entre autres ,
bliois à TOUS parler d'un armement qu'on a fait de loizante chaloupei de vingt rames chacune, et qui portent cinquante hommes, y compris les rameurs; ces chaloupes ont ordre de suivre l'armée. On a pris la meilleure partie des paysans entre Gauis et Tbolon , qu'on a embarqués sur les vaisseaux , et une grande quantité de massons, dont on a rempli une barque qui est partie d'ici depuis deux jours pour suivre l'armée. On a chargé un des vaisseaux destinés pour les munitions • (une flûte) • de pierres de taille, de chaui et de sable, et un autre de tonneaux de cuir vides avec leurs anses, qu'on suppose qu'ils soient pour servir de pont Tout cela fait voir qu'on a dessein de bâtir en quelque endroit; mais on ne sait pas où ce pourroit être... Il est sûr que cette flotte n^ va pas à Alger... M. de Seignelay a envoyé prendre la vaisselle de M. Brodart pour sa table, i (Bibl. Nat., Ms., Collection Dangean, vol. 1652-1684, p. 141.)
KH
du recouvrement des effets pris pur les corsaires sur les Pranrû pendant la guerre.
M . de Tourvillc arriva devant la ville le 2 avril ] 684 ; il y jel , l'ancre et reçut tout de suile, à bord du Ferme, la visite de I Saut, agent français, inlelligent intermédiaire des parties, qui se ra( prochèrenl, pour les néfjocialions à mènera bonne fin et daoa | plus bref délai possible. Le Dey, le Divan cl la milice envoyèrea) le lendemain dis reïs pour rendre une visite de civilité au négocJa-l leur français. M. de Tourville les accueillit avec politesse , et à lenf H départ les lit saluer de sept coups de canon , ce qui flatta très-fort ces capitaines. Ils ne devaient point s'attendre à un tel honneur. Deux personnes du vaisseau le Ferme allèrent, le 5 avril, compltmenlcr le Dey d'Alger, qui, aussilât, écrivit au Lieutenant génér pour lui demander qnelles conditions l'Empereur de France me llsi à la paix. M. de Tourville les lui lit bientôt connaître. On disct pendant six jours, et le septième le traité fut conclu et signé, qui était accepté pour cent ans, Cn traité devant durer nn siècle jl fait avec des pirates! Ni le Dey, ni M. de Tourville, m le Roi af crurent certainement ; mais l'afTaire d'Alger <|énail les monvement| de la France dans la Méditerranée, et l'on avait hâte de la voir tel minéi'. Al^jer envoya à Versailles des ambassadeurs', qui allaio; jurer entre les mains de Louis \IV que les Algériens reconnaissantt étaient les très-humbles et très-dévoués amis de Sa Majesté très chrétienne. Le Roi les reçut avec la bonté solennelle dont il us^ dans les occasions où il avait à pardonner. Le dessin et la gravnil fixèrent pour l'avenir le souvenir de l'audience où Alger s'humîlîn devant un monarque qu'il croyait prendre pour dupe; oo promenrf' les corsaires à Versailles et à Paris; on leur Gt quelques présents; on les reconduisit jusqu'à Toulon et de là i\ Alger; et tout fut dit, pour un temps.
Xous savons , par la lettre du Roi à M, de Tourville, que M. i Seignclay était arrivé en Provence avant le 24 avril 16 imaginé que M. de Scignelay allant à tjénes pour voir tout et t
' M. de ToanilJe clail cDCurc à Alger le i ami 16S4, couine le proUTt ru piul de U lettre de M. Hi^ord le cadet que noua atoni cilé plui hsul : ■ U. i'Ififii (cDDimandinl l'Aimabb, qui éliil sllé rejoindre l'etcadre à Alger), • qai UTJi (9 mii) • i la Ciotal, f t qui ne manque d'Alger que depuii le 3° de ce omit, la |>aii eil raite et qu'il a lai»é M. de TaDmille, qui amW din> wd bar Turci qui vienneul le taire ralifier in Roy; il ajoute que Ueiiomorta ni
IM4 UAtllNB DU XVII* SIÈCLE. 493
diriger. Du Quesne oiïeDsc avail déclaré qu'il commande rail en chef suivant ses tues ou qu'il ne niellralt pas le pied hors de sa chambre. Ce bruit, qui courut plus tard parmi les oisifs de Versailles et les nouvellistes de YOliil de Bœuf, fut recueilli par un homme qui tenait, à la manière de Dangeau, un journal où il inscrivait toutes les rumeurs, toutes les imaginations des courtisans et aussi les historiettes et les faits qui intéressaient les gens du monde oi^ il vivait. Cet homme était le marquis de Sourches, grand prévôt de France. Son journal, qui contient des choses assez curieuses, muis qu'on ne peut pas toujours croire aveuglément, fut pubhéeu 1836 sous le litre un peu poinpeuiAeMéinoiretiecrelteliHédiU de la Cour de France, etc. Le passage qui a donné lieu à l'opinion adoptée par M. Eugène Siie, relativement à la conduite de Du Quesne pendant le siège de Gènes, est sous lu. date de mars 1685 , t. 1", p. 67. En voici les termes: « On sut aussi que le Maréchal d'Estrées, quoiqu'il ne fût que ' Vice-Amiral des mers du Ponant, alloit néantmoins commander » l'armée navale , au préjudice du vieui Duqucsne , Lieutenant géné- » rai , auquel ce devoit être un étrange cbagriu. n Et dans une note ajoutée après coup , on ne sait à quelle époque de la vie du chroniqueur, le rival de Dangeau dit : « Il » (Du Quesne) u étoit brouillé ■^ aiec M. de Seignelay , peut-être parce qu'à l'entreprise de Gènes il 1) n'avoit pas voulu sortir de sa chambre , à cause que le Ministre a donnoit tous les ordres. ■
Où M. le marquis de Sourches apprit-il ce détail étrange? 11 ne le dit pas, 11 affirme une rumeur qui courut apparemment assez tard dans les antichambres de la maison Colbert, à laquelle il était allié , et où l'on était bien aise de faire de M. de Seignelay un général de mer, rumeur qui , en 1685 , alors que le marquis rédigeait son journal, n'avait pas encore circulé, car c'est seulement par une noie tardivement ojoutée à son texte primitif qu'il lu mentionne. Du temps de Du Quesne , personne ne s'avisa d« faire au Lieutenant général l'injure dédire qu'il avait manqué à son devoir, au point de quitter le pont de son vaisseau par mécontentement. Quel homme sensé pourra croire que Du Quesne fit une pareille sottise , et qu'il ait voulu donner le speclacte scandaleux d'un général en chef restant sous sa lente, pendant un combat où it doit à toute une armée l'exemple de l'activité, du dévouement, du courage, et de l'obéidsonce anx ordres du prince dont il est le Lieutenant général? Du Ouestie, qui était fort attaché A ses intérêts, allait-il se brouiller avec
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40 ABRAHAM DU QUKSNE. 1
le Ministre de qui il atteiiditil loul pour lui , pour ses fils et ses veut? Non. Il reçut <]alamraenl M. dcSeii[Delay,comineil le deval et avec d'autant plus de bonne ^ràcc et de joie que celui-^î li tait la nouvelle que Sa Majesté, à lu sollicitation de feu M. Colbert el de lui, M. de Sei^neluy, par une décision du 14 avril IGSi, avait accordé au propriétaire de la terre du Onesne une nouvelle gratification de cent mille livret pour l'aider à payer le Bouchet et arranger ses aiTaires qu'il avait représentées comme r. pennbanl vers leur ruine » . Du Qucsne avait pu, un moment, être piqué, ayant appris que le Roi donnait cent mille livres au Maréchal d'Estrées . Vice-Amiral de France, et au comte d'Estrées, son fils aîné, une pension de quatre mille livres » eu considération de leurs services i , qui , pour bons qu'ils fussent, ne valaient pas les siens. Lorsque la Gazette d'EusÈ Rcnaudot lui arriva*, et que , sous la date du 16 février, il lut l'ai nonce d'une faveur qui mettait le comble à toutes celles dont é accablée la maison d'EsIrées, ou peut supposer qu'il froissa dans sts mains la feuille malencontreuse; mais il eut la discrétion politique de ne pas se plaindre , et lorsqu'il supplia M. de Seignelaj de faire honneur à la parole de M. Colbert, il eut le bon goill de ne point faire allusion aux grâces que Sa Majesté prodiguait à messieurs d'Ëstrées> .M. de Seignclay arrivant, tout fut oublié.
Quand il descendit à Toulon de son carrosse de voyage, M. de Seignclay reçut la visite des fonctionnaires de la marine, et Du Quesne dut avoir avec lui une entrevue particulière, où le Ministre déclara certainement au Lieutenant général commandant l'escadre armée contre Gènes les intentions du Roi. Peut-on croire que Du Quesne fut blessé par cette déclaration? Si M. de Seignclay avaiL apporté des ordres de Louis XIV qui subordonnaient le marin ^^ l'agent diplomatique de Sa Majesté, le marin, n'en doutons pas aurait à l'instant même renoncé a conduire à Gènes la flotte royal^^ et sous un prétexte qui aurait eu une apparence de vérité, il '""'^^,( prié M. de Seignelay de le dispenser d'un devoir que l'état de santé, les fatigues éprouvées pendant les deux campagnes d'AV^ cl son grand âge l'empêchaient de remplir. Connaissant son «v^-^.. tère, nous n'hésitons point h. affirmer que sa résolution eû^ , . bienidl prise et prise irrévocablement. Rien dans la si lu al it^i^. était faite à M. de Seignclay ne put donc le chagriner et lai iUsp/rer la pensée qu'on lui a prêtée de s'embarquer sur \' Ardent pour y fg^ 1er dans sa chambre, spectateur irrité mais conlrainl d^^sfauiej,
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dèrent ce qui procurait à la ville de Gènes Thonneur d*une station, devant ses murs, de la brillante armée de S. M. le Roi de France. M. de Seignelay, dans un discours fort circonstancié, leur dit quels étaient les griefs que S. M. Louis XIV avait contre les Génois, en quoi ils lavaient blessé, et comment leur conduite à son égard Tavait indigné. Il ajouta que le Roi était prêt à pardonner, à condition que : 1* Gènes lui livrerait quatre corps de galères , construites en 1683 pour le service des Espagnols, très-malveillants pour la France; 2* quune de ces galères serait équipée, armée et mise en état de naviguer ; 3* que le Sénat permettrait à la France de faire à Savone un entrepôt de sel pour le commerce de cette marchandise que la France voulait faire avec M. le duc de Mantoue; 4* que quatre Sénateurs iraient à Paris solliciter le pardon de S. M. Louis XIV. Ces conditions étaient dures, les députés n'avaient pas mission de les discuter, ils demandèrent donc à aller prendre les ordres du Conseil. M. de Seignelay leur accorda un délai de sept heures, leur disant que si, à cinq heures du soir, ils n'avaient pas accepté les demandes qu*il venait de leur faire, Gènes serait traitée comme Alger Tavait été. M. de Seignelay s'attendait à un refus. Un ennemi plus faible que Gènes n'aurait pas accepté la honte qu'on prétendait imposer à une ville , à uiie nation qui avait dans son histoire les souvenirs de tant de jours de gloire. On pouvait être anéanti, mais il fallait périr avec honneur. Espagnols — la ville en était pleine — et Génois se portèrent donc aux batteries des forts , et à quatre heures et demie le premier coup de canon fut tiré contre les galiotes , qui aussitôt ripostèrent et ne discontinuèrent leur feu que le 22 , aux premières heures du jour. M. de Seignelay attendait qu*on lui députât quelqu'un pour le prier d'épargner la ville et pour annoncer sa reddition ; ne voyant venir personne , il envoya M. de Raymondis dire qu'il savait que les bombes avaient fait un grand mal , qu'il voulait bien ne pas recommencer le tir, et qu'il était temps encore pour les Génois d'accepter ses propositions. Ils demandèrent un délai de vingtquatre heures. Les bombes recommencèrent à pleuvoir sur le port et la cité , le 23 au matin , abattant églises , couvents , palais et maisons. Un homme vint, a protestant que Gênes n'avait pas mérité le 1) traitement barbare qu'on lui faisait subir » ; il retourna sans avoir fléchi l'exécuteur impitoyable des volontés du Roi. Celui-ci pria Du Quesne de recommencer le feu et de tout disposer pour opérer, selon les intentions du Roi , une descente dans les fauboui^s de la ville ,
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afin de les réduire, de s'eo emparer et de s'y Établir pourcDlourer Gènes de canons ennemis. L'exéculion suivit de pr^s l'ordre donné. Tout avait élé prévu. Les généraux s'étaient entendus sur les mouvements que devaient faire certains navires portant les troupes , sur les attaques, sur les commandants des différents corps; et le plan combiné, arrêté dans le conseil de guerre, allait se développer dans une action vivement poussée.
L'entrain était grand parmi les chefs comme parmi les soldats. M. le marquis d'AmfreviUe , à la pointe du jour, partit avec quatre galères et un certain nombre de chaloupes chargées de six cents hommes pour débarquer à l'est de Gènes, à l'entrée de celte partie du rivage qu'on nomme la Rivière du Levant. Les défi^nseurs de la ville se portèrent donc de ce câté, et le feu s'engagea entre les forts et tes galéresi il ne dura pas très-longtemps, mais M. d'Aïufreville fut blesse. C'était une fausse attaque, qui donnait au principal corps, commandé par M. de Mortemart que secondaient MM. de Tourville, lie Lhér^ et de Béthomas, le temps de descendre, à l'ouest de la place assiégée, vers l'entrée du faubourg de San Pier d'Arena. Deux mille cinq cents hommes de débarquement, conduits par des capitaines des vaisseaux et des galères, mirent pied i\ terre sous le feu des remparts, lis se trouvèrent en face d'une enceinte forliliéa, vaillamment défendue, mais qui fui enlevée après un combat pendant lequel personne ne s'épargna. Le jeune M. de Mortemart, avec moins d'expérience que de bravoure, donna l'exemple de l'impétuosité. Le chevalier de Lhéry délogeait pendant ce temps des troupes postées près d'un pont dont elles voulaient interdire l'accès et le pas- ■age aux Français ^ et, au moment où il remportait cet avantage, une mousquelade le renversait et le laissait pour mort enlre les mains de quelques hommes empressés de le porter dans une embarcation, pour éloigner son corps du champ du combat et le soustraire aux outrages de l' ennemi, si les chances de la lutte le ramenaient au lieu où était tombé le vaillant et regretté Chef d'escudre.
De son côté , et plus près de la lanterne (le phare), M. de Tourville, suivi de M, de Belhomas, s'établissait sur le chemin par lequel devaient chercher à rentrer dans la place les Espagnols chassés par M. de Lhéry. Là aussi lu résistance fut vive et opiniâtre. Le chevalier de Tourvillc lui opposa son habileté et ce brillant courage dont il avait donné déjà des preuves éclatantes en tant d'occasions, depuis le commencement de sn carrière.
Pendant cette action qui fut assez lonjiue , M. àe Seigfielay, sut le haut du cbàleaudc poupe du vaisseau X'ArdetH, suivait a l'aide de son télesco|)G, autant c[uc lui permettait de le faire la fumée, les mouvements des troupes que lui expliquait Du Quesne , renseigné par sa lunette et par le va-et-vient continuel de terre au vaisseau , de MM. de Itaymondis et Champagnette.
L'incendie avait dévoré les faubourgs de Gènes ; une grande partie des beaux édifices de la pauvre ville étaient déchirés par les projectiles; les babitants avaient vu crouler leurs maisons et subi toutes les misères d'un siège de six jours sans pitié ; les habitants français — la nécessité de tenir l'entreprise secrète n'avait pas permis qu'on les prévînt, — les Français n'avaient pas eu moins à souffrir de l'efTet des bombes que les naturels du pays , et , de la part des Génois,. ils avaient endure les Irailemenls les plus durs. On se vengeait sur eux de la politique de Louis XIV, qu'ils étaient loin d'approuver ; ou avait forcé la plupart d'eutre eux à chercher hors de la ville un asile contre les violences auxquelles restèrent soumis ceux qui, persistant à demeurer dans leurs lo^is, furent pillés par la po* pulace, dont le Sénat était impuissant à réprimer les excès. LetJ pertes des suj.els français furent estimées à cinq cent oaille écus *r™ Celle des Génois dépassa , dit-on , soixante millions d'écus , monoaie de France. (Bibl. Nal., Ms. Cluirambault , v. TAl , p. 319 et 3àT ; Arcb. des Affaires étrangères. Gènes, 168-1, p. 2Uâ'.)
Les hostilités ne continuèrent point; on menai;a seulement la République d'un nouveau siège si elle ne donnait au Roi une proinple satisfaction. Lu position du Doge et du Sénat n'était doue guère meJl-
> U. Talan «cttvil de Venise i M. de Viltcroiunt, le 8 juillcl : ■ ... J'ai l« diDcran \Mrft de> pirticalîen de Gênes. c|ui luirquoiciil que |ilut du IJCrt du U nWt éloïl d^olé par Ici bonbei . lurtoul le pallia dueal . l'églite dei Jéiuitci cl diiora ptlnii dea plui mignifiquei. Od ■ rsDiirqué coiddio une cbo» linguli^re i]ue mIdi da Darii qui «>1 lelurné conlre Ib France ■ (la duc de Turri] , • a'i pu iti jacom- Hmii jiar lo bambei... Le S^nnl, poor ginnlir lODi Isi Fruiçoit àt 11 hiioe du peuple, le> luil en pri<on, is eemnt du prélule qu'il touloil leur fiire lecr procis • (celle veniaa diffère du bslie do U. Lenoc. emajé i ùiat» ipr^i II ptii, lenion que DDDi avaai luiiie); ' mtia. qoaud Ini vaitKini rnnjaii >e tout reliréi, on Ito * luuêi lOTtir; comme leurt inaitoni oui i\i piltéei et qu'un aflicliuil une gueiro onverle, ils sunl lorlii de TÈIal de G^net el M lonl relirét, loi uai i Lieuurtie, e( In ■Dires à Uiraeille on aillgun, mii) fort piiiiblemetil. ■ (Bibl. Nal., U*. Dangeau, idI. 1652-1684, p. ISS.)
^ Quatre dei pièce) auiqnellei dddi devoni quelquei-ant dei déliili qu'on TÎenl dt lire onl clé publiée! par M. Eugène Siie, Hiiloiri it la Uarint, tome 4, page* IN
1684 MARINE DU XVn<^ SIÈCLE. SOI
leurc qu'elle ne l'élail au coaimencenienl du mois iIc mai, Fléchirail-on ce vainqueur lerrible, et qui le fléchirait? Le pape lunocent XI, sollicité par lu République , s'intéressa à son sort et envoya à Paris l'archevêque Ilanuzzi, évt>que de Gano, pour iiUer en qualité de nonce extraordinaire de Sa Sainteté plaider la cause des Génois. Cette cause était à demi •gagnée ; le sentiment public en France n'avait pas été tr^s-favo table aux résolutions extrêmes , aux procédés violents (lu Roi , et d'ailleurs Louis XIV, qui avait trouvé contre lui les Espagnols à Gènes, voulait aller les trouver chez eux et les punir de leur connivence avec les Génois. Monseigneur Kanuzzi obtint donc que Gènes fùl traitée moins défavorablement qu'elle n'avait pu le craindre, et, le 2 février IGSÔ, un traité, ménagé -par le nonce du Pape, et signé par lui fut conclu, au nom du Itoiet de In République, par M. Colbert de Croissy et M. Murini, sorti de lu Bastille le 14 janvier.
Du truite fut exclue la prétention qu'avait eue le Roi d'établir à Suvone un entrcpdt de sel ; mais on y maintint l'obligation pour la République de désarmer les galères neuves dont se serait augmentée la Qolle des Espagnols. La République s'engugea à congédier, dans l'espace d'un mois, toutes les troupes espagnoles cantonnées sur le territoire de l'État de Gènes , et renonça <• à toutes les ligues et associations ■ qu'elle pouvait avoir faites depuis le I" janvier IG83. Les intérêts des Français habitant Gènes ne furent guère ménagés ; ils avaient droit à des dédommagements considérables , tes calamités qui étaient tombées sur eux ayant eu pour cause la conduite de la République envers le Roi ; mais Sa Majesté, pour plaire au Pape, déclara " se contenter qu'au lieu de dédommagements ci-dossus dits ladite n République s'obligeât de contribuer ù la réparation des églises et " lieux sacrés qui ont été ruinés ou endommagés par les bombes, n Si du moins Louis XIV s'était promis de relever de leurs ruines tant de pauvres marchands français, écrasés sous le poids de sa vengeance. Et s'il avait agi en conséquence ! Mais nous ne voyons rien qui nous parle de su justice dans cette occasion. Ln Français vit seul ses intérêts défendus pur le Roi , le comte de Ficsque , courtisan de Sa Majesté , descendant de la grande famille des Fiescbi , qui , au seizième siècle , fut chassée de Géncs après la eonjuration contre André Doria. Le comte de Ficsque, dont les ancêtres avaient été naturalisés français, prétendait avoir des répétitions à faire sur Gènes pour les biens de sa famille confisqués aulrefois. Rien n'était moins clair que le
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prétendu droit du comte; mais il élail appuyé, dit-on, par M. de Seigneluy, qui fit écrire dans le traité du 2 février que la République donnerait au dcsccudaiil de Jean-Louis Ficsco la somme de cent mille écus, sauf à compter pour le reste s'il f avait lieu, ladite somme devant être d'ailleurs tenue comme une avance snr ce qui pourrait être adjugé au protégé de Sa Majesté.
(}uant au Dojjc et à quatre sénateurs choisis pour l'accompagner à Versailles, l'article 1" du traité usait au mois de mars ou d'avril IG85le douloureux voyage qu'ils auraient à faire; il déclarait en outre que \c jour de l'audience, les cinq représentants de Gènes seraient revêtus de leurs habits de cérémonie — prince et citoyens vaincus ornant' le triomphe d'un vainqueur superbe — et que le " Doge, portant la parole « , témoignerait, <i au nom de la llép»blique de Gènes, Vexirime regret qu'elle i avait u d'avoir déplu à Sa Majesté, et se y servirait » dans sou discours des expressions les plui »oumiiet, les phi respeelueutei et qui marqueraient le mieux la désir sincère qu'elle avait de mériter à l'avenir la bienvetUanee de Su Majesté et de ta conserver soigneusement, i (Corps diplomaliqae de Du Mont. t. 7.)
Les choses se passèrent conformément à ce programme qui flattait l'orgueil du Roi. Le Doge Impériale Lescaro (il un discours asseï long, d'une délicate obséquiosité dans la forme, humble dans le fond, où !t: Roi dut remarquer les paroles suivantes :
11,.. Les Génois ont voulu se distinguer de tous les autres potentat» lien la manière do témoigner leur respect Ù Votre Majesté, alin " que tout le monde en filt évidemment persuadé, ne leur étant « jamais rien arrivé de plus funesta que le malheur d'avoir pu loi 1 déplaire on la moindre chose. Et bien qu'ils n'en attribuent ia cause » qu'à leur infortune, ils voudroient néanmoins que tout ce qui a pu » donner sujet h Votre Majesté d'éfre peu contente d'oui fût à quet- » que prix que ce fût cn'acé, non-seulement de sa mémoire , mail
• aussi de celle de tous les hommes.., Quant à ma personne. Sire, " je compte pour un bonheur citréme l'honneur que j'ai de paroitre n «Il lu présence d'un si grand Roi , qui ayant surpassé tous ceux des
• siècles passés en valeur, on génèrosili et en puissance, assure en-
• coro le même sort à ses descendants. ^ (Le discours du seigneur Lescaro dans le texte italien et dans su traduction se lit p. 105, t. 7 du Corps diplomatique de Du Mont, )
Le Doge aurait pu réduire à cinq personnes fa triste ambassade;
il ne crut pas que la chose fill convenable ; il se Gt suivre de six genlilshomoies , un Lomellini, un Negrone, un Cenlurioni, un Durazzo , uo Franzone , el igui plus est , un liumnie do la maison Doria , à qui la France élnit si peu sympathique. La réception du Ij mai donna lieu à une pompe dont la Gazelle publia lous les détails. L'audience Tut d'une solennité exlraordinairc. Le Roi parut sur son trône, eclouré de lous les princes de sa maison. Lorsque le Doge, en robe de drap d'or, et les sénateurs conduits par M. le duc de Duras, capitaine des gardes, entrèrent dans la salle où ils étaient attendus, le Roi se leva et se découvrit. Le Doge découvert s'inclina; le Roi l'invita à se couvrir et l'Altesse parla couverte. Le Roi resta debout tant que dura lu discours du Du<}e. Sa Majesté lui (it une réponse courtoise; il flt de même pour chacun des quatre sénateurs, M\I.Garibaldi, Lomellini , Durazzo et Salvago , qui lui adressèrent des compliments moins sincères au fond sans doute qu'ils ne paraissaient l'être. Knlin, en tout fut gardée la pins parfaite convenance. Les envoyés de Géoes tirent leurs visites aux princes et aux princesses , assistèrent à une grande fête donnée en leur honneur et où le Roï parut avec un habit éblouissant de pierreries ; puis , le 26 mai , ils prireul congé de la Cour pour retourner en Italie. Paris, Versailles et la France qu'ils avaient traversée les avaient regardés avec une curiosité attendrie , les avaient accueillis avec le respect qu'inspirait leur malheur, si peu mérité.
Les arts ne pouvaient manquer de s'emparer d'un événement qui avait rempli de joie le CŒur de Louis XIV ; peintres et graveurs représentèrent à l'envi l'audience donnée par le Roi au Doge de Gênes, le 15 mai (Ribl. \al., Estampes; Hisl. de France), et une médaille fut frappée à propos du traité conclu le 12 février. Une médaille avait été frappée en 168i ; Genuafrilminala. Hercule y était représenté tenant la foudre : Vibrala in su perhoi fulmina. Ce n'était pas tout ; une médaille faite pour rappeler la soumission de Gènes et celle de Luxembourg, représenta Louis debout, la télé ceinte de la couronne, le manteau royal retroussé el laissant voir l'bnbit et les bottes du Roi, général d'armée, qui tenait de la main droite une èpéc au bout de laquelle le monde était en équilibre. La devise était : «.Quodîibellicet- , devise Gère, waie en 168i, mais à laquelle les événements futurs devaient donner un cruel démenti. Bienlàt allait venir le commencement de la fin ' .
1 Jsin- C ha rlïj-Doai inique vsn Boocq, qui noua aconiidi'jd noiiiiDc (pp. ITG, 233),
soi ABIUHAM aV QUESNE.
Parti de fiÊncs le 29 mars 1685, le Doge y rentra dans les dei nicrs jours du mois de juin. M. de Mortcaiart, qui élait allé avec si escadre de galères à Gènes, el y était arrivé le 15 , avait renconlr à la mer les deux galères génoises qui allaient cherchera Marseilli ou à Toulon les cinq députés du pauvre pays sur lequel avait si louti dément pesé la colère du Itoi de France. Mais comment Gênes s'élailij elle attiré celle colère? Que n'a-l-on pasdit là-dessus! On a iniagin que Louis XIV avait voulu venger de méchants propos, d'olTcnsant* railleries déhitées contre lui à Gènes; que l'Ambassadeur de Sa UlH jesté Très-Chrétienne avait reçu uu alTronl — on n'a pas dit leqi — du gouvernement auprès duquel il était accrédité; que Géot avait refusé de permettre & la France d'approvisionner Uantaue de sel, en autorisant le passage de ce sel par Savone ; que Louis XW avait été inquiété par lu construction de quatre galères ajoutées par les Génois à leur marine assez faible; enfin, qu'un bâtiment de j guerre appartenant à Gènes avait refuse le salut à un vaisseau frac çais. La vérité ne peut pas être là. L'affaire du sel et celle des gtr
auteur d<i lablenui reprësenlanl lu Canoniuiilr di Scia, le Bombanltmail J.^latr pj^-J
Jaul la nuii, ouvrage» qui, aier deni aulros de la m^ni
do cMleaa de MirlT, tiéfulM , d*apr»i lei dunnéei i\
Bombardtmenl de la vilti dt Ghia, loile de T pieda i paupci (i" SU') de hiutdi
•ur 10 pieda 1 pouce 1/4 (3"> iS') de largeur. {Inrattain géifcral da lablmg pri-
QinoKt qui appurtitimnl an Roi. 1706; Arch. \at., Mi. E, 9S33.) C> morcean, Ib
Iroiiièmc dut qualrc lableaui de Mari]'. — uout De ucoai quel Tut le qnitri^iM,
gricoi II gravure en tsille-dours qu'en El Uuîie Fouird. Ii'eilaoïpe eonien dcni épreucei à la Bibliothèque Naliuneta eit ialilul^D : • Vue île la ville da i et do l'irniGo uacaie du Ho[, dan) Ib ditpoiilion où elle jloil io 4 entre une ot deui heure) spr^a midi, lorsque le) bitimonli qui iioîbuI portail troupe) i Sainl'Pierre d'Arïoe en reviureul. ■ Elle eil )i||néB : J. un Batog pi pro Htjr Chritlianittima ; elle e)l dcdiée i M. le marqaig àr Seigliel*}'. Un pewjjl gauche du milieu de 11 compaiilion, est le vaisseau VArdatI, vu par U pi droite, vue don) Inule t\ longueur, le cap au Oanc de ce uavire. eil la Itialt, qn^ I quitta M. de Uorlemarl, el qui a porté XI. de Seignelay inr le Vaiitean Aoiint. l*i\ Firme de U. de Toanille est à droite iut le m^me plan que VArdtM: le Vaitbul A U. d'Amrreville e)t en aianl d>i niocsu de Du Quoine; le fijUanI eil tableau, mai) au accond plan, c'e)l-à-dire jilui pr^s do la vitle que te vemai de dire te) nom). Dam le fond e< i l'aucre. ae lolenl Ici galiol de lenra baUoric), el on arrière de re> navirei n remarque inGn. prN dei galiolei oft Io Ûlim e)( bien aingulier qn'iurun de) onvraijCB peint ilf retrouid. Que lont-ili devenu)? Onl-ili pané 4 l'élranger, el qnitté II France? Aucun de> tnvenUire) dc) muiéei Sur l'an Bercq. tuyti noire Ditlieimairi erilijur, pan
506 ABRAHAM DU QUESN'Ii. KUn
Le 3 mai 1684 , le Roi avait adressé à Du Quesoe une letlre pour lui dire qu'aussitât qu'il sérail parli de la radt de Géiics il devait se rendre aui Iles d'Hyères, où il reslerail seufetnenl le temps nécessaire pour foire de l'eau, cl qu'il les quitterait aussitôt pour aller i Collioure ulin de se mettre iiux ordres du \Iaréchal de Bellcronds, commandant les troupes françaises en Catalogne, et d'agir avec lui. L'escadre des galères était mise sous son commandement, bien que M. le duc de Morlemart filt embarqué sur la Béale, et que « par sa ' cliarfje de Général des galères il eût droit de commander toute
0 l'armée navale » . Le jeune Général avait u supplié Sa Majesté de » le faire servir en qualité d'officier particulier pour acquérir par ses K services l'expérieuce que sa jeunesse ne lui permet pas encore
1 d'avoir ■n . L'escadre des vaisseaux que Du Quesne avait oi d'emmener d'Hyères était composée de dix vaisseaux, une frégati trois brûlots, un navire hôpital et une flille-magasii 1° ÏArdent, monté pur Du Quesne, ayant pour capitaines MM. de Pallus et Du Quesne-Moros. Sur ce vaisseau étaient embarqués MM. Ilayet, commissaire général, de Raymondis et de Cbampagnette, major et aide-major de {'armée, un aumônier, un chirurgien, etc.; 2," ï Entreprenant, monté par M. de Bélhune, Chef d'escadre, ayant pour capitaines le chevalier de Forbio — non pas celw qui s'acquit plus lard une brillante réputation ; nous avons nomi souvent ce capitaine de Y Entreprenant, parent sans doute du chevi lier Claude de Forbin, maïs que nous ne pouvons désigner par prénom -. déjà nous avons dit cela, — et M. de Rouvroy; 3* l'^tmable, capitaines, MM. de Satnl-Aubîn, le comte d'Amfells et Bagncui; 4* le Saint-Jacques, capitaines, MM. de Sepléme et de Sainte-Maure ; 5" \' Aquilon, capitaines, le chevalier de Bellefontaine et le marquis de Blénac ; 6° le Fleuron , capitaines , le marquis de la Porte et les chevaliers du Pallais de Uigoine el de Genlis; 7* le Parfait, capitaines, le commandeur des Gouttes el le comte des Gouttes (le chevalier des Gouttes était lieutenant en pied sur ce vaisseau, où les choses se passaient en famille.) ; 8* le Fortaxi, ca[Àlaines, MM. de Bellc-Ilc-Érard el de Perville- 'tl'VApoUaR, capt-i taines, MM. de Coâtiojjon, de Roussel et des Herbiers; 10°leC( ragettx, capitaines, MM. de Placourt et d'Héricourt; 1 1' la f^èrii capitaine, M. Clavier; 12" la Friponne (brùlol), capitaine, H. T( tel; i3' VHamefon (brûlot), capilaiiie, M. Serpant; li'IeCurt (brûlot), capitaine, M. Blin; 15° le Mercure, hôpital, cupildue,
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« les nations, mfme let Angloii t, . Le comte, avant de commence^ sa croisière serrée devant G^nes, crut devoir venir à Toulon reDOO' vêler ses vivres; il en fut hlàmé, et M. de Seignelay envnja ordre i M. de Vauvré de le faire repartir tout de suite (23 juin). Le 30 juin, on écrivît de la Cour à M. de lourville de se tenir a à l'ancre devant li Gènes autant que les vents le lui permettraient » . Cet ordre fat bientôt changé ; l'ou avait appris que •■■ les Espagnols et les Génois B joints ensemble vouloicnt fuire passer en Catalogne leurs galères " pour, avec douze ou quinze vaisseaux qu'ils prétendoienl pouvoir r mettre en mer, attaquer l'armée navale de France n . On prescrivit donc au comte de Tourville de lever le blocus de Gènes et d'aller se joindre à Du Quesne lorsqu'il saurait que les galères ennemiec allaient quitter les côtes d'Italie. (Lettre du Rai à M. de TourvilEei 5 juillet 168i.)
M. de Tourville quitta G^nes le 15 on le 16 juillet, et mil )• cap à l'ouest pour gagner Rosas. (Lettre de Michel Daniel kM. de Villermont; Toulon, 16 juillet I68i.) Lorsqu'il y arriva. Du Quesne, qui jusque-là avait porté le pavillon de Vice-Amiral, le fil amener et hisser en même temps à la tète du grand màt la grande et large flamme aux deux pointes langues et aiguës qu'on nommait cornette, de ses deus cornes ou pointes. Le Roi fut averti de ce cban.^ement, et, le 31 juillet, il adressa au Dicppoîs usurpateur un billet pour lui ordonner de u désarborer it la cornette pour reprendre le pavillon du met de misaine. (Arch. de la Marine, Ordres du Roi, 1684. fol, 2n9.| Qui donc avait dénoncé celte vanité puérile du Général? Qui se trouvait blessé par la substitution de la cornette an pavillon? Nous l'ignorons ; mais, malgré nous, nous nous rappelons que U. de Tourville était le correspondant confidentiel de M. de Seignelay.
Du Quesne avait été malade une quinzaine de jours auparavant ;r la nouvelle en était venue à Toulon par le marquis de la Porte qaij arrivait de l'armée. M. le chevalier de Sainl-^Jenies écrivit là-desins une lettre à M. de Villermont :
u M. Du Quesne est beaucoup malade d'une fièvre double tierce n avec des redoublements; comme il ne se conserve pas» (ne se soigne pas), a ctçu'il hoi't h-oif rares d'eau à la glace Anai songri n froid n (dans la période froide de la fièvre), ■ il est en dangeri « Cependant j'en ai bonne opinion. Ne donnez pas cette noufeli ■ chez madame Du Quesne. " Le 16 juillet, M. de Snint-Gci écrivait : ii M. Du Quesne se porte mieu^, La manière dont il S6
les détails de l'événemcnl arrivÈrcnt de Proïence et des câtcs d'Italie, tout changea. M. de Relin<;iie Fut rétabli dans sa charge de cnpilaine du Bon, et justice enfin fut rendue à celui dont M. de Sainltienies disait qu'il était > un des plus braves cl des plus expérimentés B copilaincs du corps i (27 juillet). Lue estampe, contcniporaine du fait qu'elle représente , fut publiée pour consacrer le souvenir d'un des beaux faits d'armes de la marine. (Bibl. Nal., Cabinet des estampes; Histoire île France, 1684.)
Au mois de septembre, M. de Rebngue fut chargé d'aller à Civita- Vecchia chercher la Itùle le Tardif, qui portail, venus de Rome, da objets d'aris achetés dans celle ville par ordre do M. Colbcrt. et la statue équestre du lîoi exécutée par le Beniin. Le Bon revint à Toulon le 1" novembre 168-i, convoyant le Tardif, qu'il acrompagni ensuite jusqu'à ilrest, d'où la statue fut envoyée au Havre et de là, par la Seine, à Sèvres, où ou la débarqua pour la transporter à Versailles. (Voyez à ce sujet l'urticle Bkrnev de noire Dictionnaire critique.) A Versailles, l'œuvre fut jugée médiocre; la léle du Roi était surtout mauvaise et sans ressemblance avec le beau modèle qu'avait eu le statuaire. Louis XIV condamna la statue à être brisée; il se ravisa ensuite et permit que M. François (îirardon, sculpteur habile, tirât parti de ce marbre. L'artiste corrigea le cheval, changea lei traits du visage, coiffa d'un casque le héros, à qui il donna pour sa^ port un tourbillon de flammes et en lit un Marcus Curtias se précipitant dans le gouffre ouvert sur le Forum. Le Curtius fui placé auprès de la pièce d'eau des Suisses , où il fait une assez trislB figure. Il est moins connu du public sous son nom romain que sot celui de : u Cavalier Bemin. n
Oii est notre Du Quesne en ce moment? Sur la côte de Catalogne^ Aucun document ne nous fait connaître quelle nature de service il ^ rend, quelle aide il prèle an Maréchal de Bellcfunds. Sa santé eal bonne; on l'écrit à Toulon, et M. de Saiut-Genies se hâte d'etf' envoyer la nouvelle à Paris , pour qu'elle arrive à madame Dit Quesne. (Lettre du liaoùl IGS4. )
Le itoi a été informé par ses agents en Espagne qu'à Cadix on arme huit ou dix vaisseaux sous le commandement de Papachin ; on eu a prévenu M. de Tourvillc, on en avertit Du Quesne ( 14 août, Lettre du Roi). Ou lui ordonne de resler sur la côte espagnole avec six des vaisseaux qu'il a sous son pavillon ; quatre que l'on arme en toute bâte à Toulon lui jeroot envoyés ; ce sont le Fougueux, com^,
mandé par le marquis d'Amfreville ; le Prudent, par le comte de Sébeville; V Agréable, par M. du Chalard, et le Vaillant, par M. d'Aligre. (Ordres du Roi, folio 313). 11 aura ainsi sous ses ordres V Ardent, \q Fougueux, V Aimable, le Bon, \e Parfait, X Agréable, le Vaillant, le Prudent, V Assuré, capitaine , le chevalier de Villars ; Y Hirondelle, la Vipère et la Fée, Ces deux dernières frégates , mises sous le commandement de M. de Pallières, navigueront le long des rivages de la Catalogne et du Languedoc , pour « y assurer le comn merce français y> , M. de Tourville a reçu Tordre d*aller de Gènes an détroit, et, s*il apprend là que Papachin se dispose à entrer dans la Méditerranée, il ira à toutes voiles rejoindre Du Qucsne. (Lettre du Roi, 14 août ; lettre de M. de Saint-Génies, 22 août.) Le 27 août 1684, on écrivait de la Cour au comte de Tourville que les Espagnols avaient consenti à la trêve qui leur avait été proposée :
u Cependant, » ajoute le Roi ou celai dont Sa Majesté signera la lettre, « comme la ratification n'en est pas encore arrivée , vous devez toujours » vous tenir sur vos gardes , et si vous pouviez rencontrer en mer Tes- » cadre de Papachin, je ne doute point que vous ne profitiez de cette occa- » sion de le comhattre , à moins que vous ne fassiez bien certainement » informé de la publication de la paix, auquel cas il faudra que vous Vobli" n giez à saluer le premier; et vous devez observer qae mon intention est » que vous désarboriez toute sorte de marque de commandement, afin » de les faire saluer en cet état ou de les combattre en cas de refus. »
Ainsi, la trêve ratifiée n*empécherapas le représentant de Louis XIV sur la mer d'exiger le salut, non celui que, par politesse, on fait à un officier général, mais celui qu*impose le simple pavillon de capitaine, qui est le pavillon de France. L*Espagne doit subir une humiliation pour sa longue opposition à la politique du Roi Louis ! Cependant Papachin ne sort point de Cadix. M. de Tourville l'attend vainement. Du Quesne, qui apparemment a de bons avis, revient à Toulon avec ordre d'aller promptement se montrer sur les côtes d'Italie. (Lettre du Roi, 2 septembre 1684.) Il ne perd point de temps. Vaisseaux et galères courent à Gènes u pour obliger les Génois à accorder » au Roi ce qu'il leur a demandé» . (M. de Saint-Génies, 7 septembre). Un coup de vent tempétueux accueille Tannée devant Savone ; quelques vaisseaux sont obligés de fuir devant le vent ; les autres luttent, et les galères se réfugient à Villefranche. Ce mauvais temps dure et fatigue beaucoup Du Quesne, qui est de nouveau malade. Cependant tout se calme. On apprend que Do Quesne est revenu à la
santé et qu'il doit rentrer à Toulon ; on croit que ce sera dans quinze ou vingt jours. (Lettre de M. de Saint-Génies, 30 septembre.)
Le 26 septembre, le Roi a écrit de Chambord à Du Quesne que réchange des ratiflcations de la trêve conclue à Ratisbonne avec le Roi d'Espagne étant fait, il ait à désarmer sa flotte, à Texception de cinq vaisseaux , deux qui iront chercher la flûte qui porte la statue équestre, œuvre du Bernin [nous savons que ce fut M. de Relingue qui eut ce devoir), et trois autres qui, sous le commandement de M. le marquis d'Amfrevillc , se rendront à Alger, où ils porteront le» Ambassadeurs du Dey et les esclaves algériens que rend la France à son ancien ennemi. M. d'Amfreville ramènera les Français qui sont encore retenus à Alger. M. de Tourville a le même avis et le même ordre que son général en chef. Les galères qui précèdent les vaisseaux de Du Quesne arrivent le 7 octobre à Marseille ; elles ont passé sous le canon de Gênes, qui est resté silencieux. Du Quesne arrive à Toulon le 9 octobre, avec MM. d'Amfreville , de Saint-Aubin et des Gouttes. Le chevalier de Saint-Génies écrit, le 17 octobre, à M. de Villermont : « M. Du Quesne m'a demandé toujours.de vosnou- » velles ; il se porte bien. Il doit partir bientôt pour aller à Cabrières n et de là à Paris, n Et le 23 octobre : « M. Du Quesne m'a fort n recommandé de vous faire ses compliments et en même temps ses » excuses de ce qu'il ne vous écrivoit pas. Il écrit peu depuis sa der- ^) nière maladie , rarement à M. de Seignelay, à ce qu'il m'a dit. Il r> s'est trouvé mal n (souffrant) u depuis hier au soir. A la fin, il n pourra succomber ; cependant il a bonne envie de vivre, et se pré- » paroit pour aller se rétablir cet hiver. Je ne crois pas que son mal « dure. » Le 26 octobre, après avoir annoncé à M. de Villermont l'arrivée de l'escadre de M. de Tourville le 25, le chevalier de Saint- Génies dit : u M. Du Quesne ne se porte pas bien ; son mal continue ; » on ne le voit pas. » M. de Vauvré, à propos de la santé de Du Quesne, écrivait le 29 octobre à M. de Seignelay : u M. Du Quesne n est extrêmement incommodé depuis trois ou quatre jours d'un gros » rhume qui lui a donné la fièvre ; je l'ai cependant vu et consulté, yy comme vous me l'avez ordonné, sur les armements que vous pro- » posez de faire pour interdire le commerce des Génois. »
Le 29 novembre 1684, M. de Seignelay écrivit à Du Quesne, — et c'est la dernière lettre de ce Ministre au général de l'armée navale que nous avons trouvée dans les registres des Ordres du Roi et dans ceux des Dépêches — : «f. Sa Majesté a été informée qu'il y a tous
D les jours trente gardes dans le port de Toulon « (pour la garde du port), tt suivant les ordres que vous avez donnés; et, comme cela » les détourne des écoles auxquelles ils doivent assister assidûment , v et que , d'ailleurs , il y a un assez grand nombre de soldats entren tenus dans le port, Sa Majesté veut que vous déchargiez lesdits n gardes et que vous vous serviez pour cela desdits soldats. » \*est-il pas singulier que la dernière lettre reçue par Du Quesne contienne un reproche, reproche léger sans doute, mais en6n blâme. Du Quesne fait à la fin comme il a fait toute sa vie. Il ne peut recevoir un ordre sans le critiquer, et Texécuter sans y changer quelque chose. On Ten reprend de la Cour; alors il revient à Tobéissance; mais c'est pour en sortir bientôt encore. Il ne peut faire bon marché de son jugement et sacrifier son opinion, fondée sur une expérience qu'il croit infaillible: c'est le trait saillant de son caractère.
Au reste. Du Quesne ne reçut point la lettre du 29 novembre ; il était parti de Toulon dans les premiers jours de décembre , lorsque le courrier de M. de Seignelay la lui apportait. Quel jour quitta-t-il le port? Alla-t-il à Cabrières en remontant le Rhône, ainsi qu'il l'avait projeté? Kous l'ignorons. Le chevalier de Saint-Génies, en congé depuis la fin d'octobre, n'est pas là pour nous renseigner ; mais deux documents peuvent nous aider à fixer très-approximativement le moment où le général reçut les adieux de tous les officiers de son escJdre et ceux de M. de Vauvré. Les Revues du port de Toulon, qui nous montrent Du Quesne au port, pendant les mois de janvier, février et mars 1684, sur V Ardent en avril, mai, juin, juillet, août et septembre ; à Toulon de nouveau en octobre et en novembre, le disent en congé en décembre. Le registre des dépenses de la marine faites au port de Toulon en 1684, font voir que Du Quesne, après avoir reçu mille livres pour chacun des mois de janvier, février, mars et avril, sept cents livres pour les vingt derniers jours du mois d'octobre, et mille livres pour le mois de novembre, n'est point payé en décembre. Après la fin de novembre, il ne figure plus sur aucun état de payement ; il partit donc au commencement de décembre. 11 ne fut accompagné par aucun des membres de sa famille. M. Henri Du Quesne ne servit point sur la flotte en 1684, et les Revues le disent en congé; M. Du Quesne-Moros , deuxième fils de Du Quesne, MM. Du Quesne-Guîton et Du Quesne-Monnier, ses neveux, restaient ^Toulon, où ils continuaient leurs services.
= Le marquis d'Amfreville sur le Courageux, avec M. du Chalard II. 33
514 ABRAHAM DU QUKSNE. 1684
sur Y Agréable, et M. de Saint-Aubin sur Y Aimable, suivis de deux flûtes, avaient emmené les ambassadeurs d*Alger, deux cents esclaves musulmans valides et cent quatre-vingt-seize invalides. M. d*Amfreville était porteur d*une lettre du Roi aux « magnifiques seigneurs le )} Dey, le Bâcha, le Divan et la Milice d*Alger d; elle leur disait :
tt Nous avons bien voulu recevoir les excuses que votre Ambassadeur nous est venu faire de tout ce qui s* est passe à Alger depuis Finfiraction de la paix que notre clémence vous avoit accordée, et nous lui aconsfait la grâce de l'admettre en la présence de notre trône impérial pour recevoir par lui-même les supplications que vous nous avez faites de vouloir ratifier le traite de paix qui vous a ëté accorde en notre nom par le cbevalier de Tourville... Vous pouvez donc être assurés, à présent que nous avons reçu vos respects, que nous avons agréé ledit traité et que nous avons donné ordre à nos sujets de traiter avec vous comme avec les amis de notre Couronne Impériale... Écrit àChambord, le 27 septembre 1684. n (Arch. de la Marine.)
Les Ambassadeurs emportaient, présents du Roi, u treize fusils, ^ dont trois enrichis de plusieurs ornements ; trois paires de i^\sio\eis\ » un sabre enrichi de pierreries; vingt-cinq aunes de brocart fond ') d'or et d*argent ; cinquante- deux aunes et demie Sécarlate de 9 diverses couleurs * ; soixante* aunes de drap de diverses couleurs; n une pendule enrichie de six colonnes et de plusieurs ornements de 7) cuivre vermeil dbré ; huit montres de diverses façons v douze méyi dailles d*or ; une pendule enrichie de plusieurs ornements de cuivre » doré ; une tenture de tapisserie en six pièces ; enfin un chandelier yi de cristal à huit branches. » ( Arch. de la Marine, Ordres du Roi, 27 septembre 1684.) M. le marquis d'Amfreville revint à Toulon le 19 décembre; il ramenait a un officier que nous avions esclave à r^ Alger » (le comte de Choiseul- Beaupré, dont il a été question ci-dessus, à propos du siège d*A1ger en 1683; voyez p. 458), avec quatre cents et quelques matelots. Il avait sur son vaisseau un nouvel envoyé algérien qui venait u supplier le Roi de leur rendre plus de ^ cent Turcs qu'ils prétendent qu'on leur a cachés. Cet ambassadeur » fera présent au Roi de douze chevaux que j'entends déjà nonmier » mazettes ^ . (Lettre de M. de Sébe ville à M. de Villermont, 20 dé-
^ Fnretière dit qa'on appelait atttre/oti, — et encore asêarément de ton temps, le docament qne noas copions en est la preuve, — qn*on appelait anlrefois Écarlate noire ou blanche nn drap d*an très-beau noir ou d'une extrême blancheur. Froissard représente le Roi de Portugal vêtu de blanche écarlate. Marbt a dit quelque part : • Mancherons d'escarlale verte. • Aujourd'hui l*écarlate est ronge.
cembre 1684.) Au moment où M. de Sébeville écrivait sa lettre, on armait à Toulon trois vaisseaux et une frégate contre les Tripolitains : le Prudent, capitaine, M. de Beaulieu; le Cheval Marin, capitaine, M. Bidaut; Y Aventurier, capitaine, M. d'Aligre ; et la Vipère, capitaine, M. Ferrand. Ces navires devaient être commandés par M. d^Amfre ville et joints à une escadre considérable donnée au Maréchal d*Estrées pour aller contraindre Tripoli à faire la paix. N*oubiions pas de dire qu*après un bombardement où les galiotes continuèrent le rôle terrible qu'elles jouaient depuis trois ans, Tripoli, puni d'avoir rompu la paix faite le 27 novembre 1680, accepta les propositions imposées par le Maréchal, et, le 29 juin 1685, conclut avec la France un nouveau traitée (Corps diplomatique de Du Mont, t. 7, p. 105.)
M. le marquis de Villette avait eu , pendant Tannée 1684 , la gardecôtes. Il montait le Faucon, ayant sous ses ordres huit petites frégates ; plus tard il échangea le Faucon contre VArc-en-<iel, vaisseau plus grand auquel on donna une augmentation d'équipage. (Mémoires du marquis de Villette, p. 72.) Cette faveur, qui nous parait bien petite, vue à la distance où nous sommes des faits, fit des jaloux. Le 13 août, M. de Machault-Rougemont écrivait de Rochefort à M. de Villermont : u M. de Villette part bientôt, après avoir obtenu 1) de la Cour de changer son vaisseau contre un meilleur et bien plus V grand que celui qu'il avet (sic)... J'avoue qu'il sert bien agréable- 1) ment et que l'on est bien henrem quand on a desparens en fortune 1) et qui veulent se donner la peine de parler. )> Les a parents en fortune » c'était madame de Maintenon , qui aida le marquis de Villette à monter. Voltaire dit de madame de Maintenon : u Elle ne pro- » fita pas de sa place pour faire tomber toutes les dignités et tous les r> grands emplois dans sa famille. » (Siècle de Louis XIV, Anecdotes, chap. 27.) M. Philippe de Valois, marquis de Villette-Marsay , protestant , qui résista longtemps aux pressantes sollicitations de sa cousine, se convertit à Niort, en 1685, quand il lui fut bien démontré que la carrière serait fermée à ceux qui persisteraient dans leur tt hérésie » ; et, le 1*' janvier 1686, il fut promu au grade de Chef
^ Les Tripolitains ne cessèrent gaère leurs hostilités. Lasse i la fin , la France, pour les ponir de leurs déprédations , dont avait beaucoup i souffrir le commerce , arma en 1728 treiie vaisseaçx, qui, sous les ordres de H. de Grandpré, Chef d'escadre, bombarda de nouveau Tripoli et le réduisit i un tel état qu'il implora la clémence de l'assiégeant (6 juillet). Les Tripolitains envoyèrent, en 1729, une dépatalion au Roi Louis XV pour lui demander pardon.
516 ABRAHAM DU QUESNR. 1684
d*escadre. M. de Villette, nouveau converti, montra un zèle si grand pour la conversion de ses anciens coreligionnaires que madame de Maintenon crut devoir l'avertir, le 4 septembre 1687, de mettre moins de chaleur à Tœuvre qu'il poursuivait. Le 1** novembre 1689, il fut élevé au rang de Lieutenant général; tout lui venait, grâce au bon aviron quil avait sous le vent, ainsi que disent les marins par une métaphore charmante, que comprendra le lecteur s'il se figure un canot voulant gagner au vent et fortement appuyé et poussé par une rame agissant sous le vent : le canot c^est rhomme , le vent c'est la faveur , la rame ou aviron c'est le protecteur. Tout lui venait , disons-nous : il est vrai qu'il y mit beaucoup du sien, officier habile et brave. M. de Villette mourut à Paris, en son hôtel, rue de Bourbon , le 25 décembre 1707, et fut inhumé le 27 par le clergé de Saint-Su Ipice. L'acte que nous avons lu dans le registre mortuaire de cette paroisse le dit : Commandeur de Saint- Louis. M. Monmerqué, Téditcurdes Mémoires de M. de Villette, dit, page 25 , que le marquis devint a grand'croix d : c'est une légère erreur. 11 était âgé d'environ soixante et quinze ans ; u c'étoit un des )) meilleurs hommes que j'aye jamais connus n , écrivait mademoiselle de Scudéry à madame de Maintenon ' .
Avec l'année 1684 finit la carrière active de Du Quesne. Pendant l'année 1 685 il resta en congé à Paris ; il parut cependant à Toulon un instant , au mois de mai , pour y régler sans doute quelques affaires particulières ; il revint ensuite auprès de la marquise, qui avait quitté la rue du Sépulcre et s'était logée a au quartier Saint-Germain-des-Prés , rue de Grenelle , paroisse Saint- Sulpice*. «
M. Eugène Sue a dit, — on s*en souvient, — à propos de la présence du marquis de Seignelay sur un des bâtiments de la flotte , dans la campagne contre Gènes, que Du Quesne ayant signifié qu' a il •n commanderait en chef et selon ses vues , ou qu'il ne mettrait pas le n pied hors de sa chambre, M . de Seignelay ne tint compte de ces
1 Snr M. de Villette, voir ses Mémoires et notre Dictionnaire critique, p. 1372.
2 Ce détail noas est connu par an acte que passa madame Du Quesne, Je 38 septembre 1684, comme procuratrice de son mari, chei Lemaltre, prédécciieer de M. Defresne.
'iflii
su ABRARAIf DU QUK9NE. ISU
Du Quesne , selon les autres , Du Queine lui-même fournil le sujet, n'a pas été négligée par M . Eugène Sâe, dont la critique, encore cette fois, est singulièrement en défaut, — H. Henri Martin ne loi a pas fait l'honneur de la ramasser. — Voici en quels termes elle est contée par l'écrivain spirituel, mais un peu téméraire, qui afait leromaa de la Vie de Jean Bart et celui de l'Histoire de la Marine :
0 Du Qneme vint k Veriainea (après reipéditivn de Gines) rendre compte BU Roi de sa conduite , «e plamdre ente énergi» dtt gmpiittmunti de M. de Seignttay tt notifier qu'il quittait la moriM , p*itq»'m a'ffeott igmrd nt à ton andtnneii ■ — l'ancienneU n'était \k poar rien — «ma •M anîécidenti. Louis XIV le reçut d'un air mperb* ti froid et lui dit senlemenl : Monsieur Du Quesne , j'aurais voula que vont ne m'empjcliasnn pas de récompenser vos services comme ils méritent de i'étre; mais ro«4 Oet proteitani tt w»u tavtx mm intention* là-detiut. Ds Qnesne riponiit meee la r*dtut habitvtlU : Sirt.jt tui» protntant c'en vrai, aui* fav»* tOfijourÈ ptnté que mti lerxicit étaient eathoUquet. i
Que Du Quesne soit allé i Versailles vwr le Roi, lui rendre compte de la conduite de l'armée navale pendant la campée qui finit par une démonstration devant la cAte d'Espagne, nous le croyoïu, bien que le journal de Dangeau ne mentionne pas l'audience donnée par Louis XIV à son Lieutenant général. Mais que Du Qnesne soit allé se plaindre avec énergie des ■ empiétements de M. de Seignelay " , nous ne le croyons point, parce que cela n'est pas possible. De d«ni cboscs l'une : ou le Roi avait donné à M. de Seignelay le pouvoir de commander la flotte , — ce qui eût été singulièrement absurde , — ou il lui avait permis d'aller en diplomate assister au siège de Géoes. Dana le premier cas , l'ordre de recevoir, de reconnaître et de faire reconnaître M. de Seignelay comme cbef de l'expédition, eût été adressé à Du Quesne et, ainsi que tous les autres M-drea, il eût été inscrit au Registre des Ordres du Roi de 1684; or, il n'y est pas. Bien plus — et ceci juge la question, quanta la volonté de Louis XIV — le Roi fit expédier par H. de Seignelay à Du Qnesne , le 14 avril , le « pouvoirde commander les galères * en même tempi que les vaisseaux , u étant nécessaire, dit- Sa Majesté , pour le «ttda ■ des enireprises », et par là il entend les préliminaires do siège, le bombardement , les descentes u auxquelles nnns avons résolu d'cmi> ployer nos forces navales , dans la nier Médilcrrauce, pendant la g campagne procbaine, de les unir sous le commandement ifuM tmimechef.-i C'est à M. de Seignelay, non à Du Queane , que le Si
I«9 UâBlNK DU XVII" 8[kCLE. 519
edt donné ce pouToir, si le MiniRlre avait dA commander la flolle. Dans le second cas , le marquis de Seignela; aurait usurpé vu pouvoir qui eût mis l'armée navale en danger, et non-seulemeDl Du Quesne aurait protesté , mais les autres généraux se seraient éievéa contre une prétention qui dépossédait l'homme d'eipérience pour lui substituer un homme qui ne savait rien des choses d'un métier qu'on ne connaît bien que par une longue pratique intelligente. Et cette usurpation, de quel mil le ftoi l'aurait-it vueî On ne se hasardait point à de telles choses avec Louis XIV? En aucun temps, sous aucun Roi , dans aucnn gouvernement une tentative seibblable ne fut possible. Si avant qu'on veuille supposer que fut M.deSeignelay dans la hienveillanle complaisance de Louis XIV , le Ministre ne se serait pas permis d'entreprendre sur l'autorité d'un général nommé par te Roi k un grand commandement. M. de Seignelay, porte-paroles du Roi , comme nous l'avons dit. Ministre qui voulait s'instruire et qui pouvait avoir k conminniquer des ordres de Sa Majesté, dat avoir un siège au conseil de guerre : cela n'est pas douleui ; mais la preuve qu'il n'avait aucune prétention sur le commandement de la flolle , c'est qu'au lien de se mettre tout de suite à bord de l'Ardent, sous le pavillon de Du Quesne , il s'embarqua sur la SJale de H. de Mortemart. M. de Seignelay était chargé des propositions du Roi aux Génois ponr la paix. Louis XIV , pour le familiariser avec les choses de la marine, lui avait permis de faire la campagne de Gènes, et afin de lui ménager un caractère offlcieL, lui avait donné ses pouvoirs pour traiter avec Gènes ; là se bornait son rAle, cela est évident pour tous ceux que n'aveugle pas une opinion préconçue , e( qui savent un peu comment se gouvernaient les choses à la Cour et dans les armées du Roi de France.
Du Quesne n'alla point à Versailles se plaindre de M. de Seignelay, parce qu'il n'avait point à s'en plaindre. 11 avait été toujours en bons termes avec lui, l'écoulant, mais gardant, avec mesure, sa position sans avoir & la défendre; d'ailleurs, précepteur obligeant et empressé d'un élève reconnaissant et courtois. Du Quesne avait plus i remercier M. de Seignela; qu'il n'avait i lui reprocher ses empiétements ; il était arrivé à Toulon , nous l'avons dit , lui apportant la ■Otnelle que le Roi par une décision récente , prise sur sa proposition , avait donne ses ordres pour l'accomplissement, tant souhaité
^pn Quesne, d'une promesse faite par M. Colberl. Si Du Quesne ■ encore reçu lea cent mille livres que Lonis XIV lui avait
522 ABRAHAM DU QUKSNK. 1685
Quelles farent les occapations de Da Quesne pendant les trois dernières années de sa vie? 11 tenait encore an monde maritime pendant Tannée 1685 ; il touchait à Paris son traitement et sa pension, consulté sans doute par M. de Seignelay; il veillait à ses affaires domestiques, cherchait à rétablir sa fortune que ses longues absences avaient pu compromettre , malgré le zèle intelligent de madame Du Quesne ; ne perdait pas de vue les intérêts de ses enfants et ceux de ses neveux; allait au Quesne, qu*il avait vu si peu, et n'allait pins à Dieppe, où tout lui était comme étranger. Qu'étaient devenus ses amis d*enfance? Dieppe l'admirait, mais rien ne-Ty appelait. Le trouble qui agitait le monde protestant devait le préoccuper : il lui fallait de la prudence pour ne pas compromettre sa position ; il ne voulait pas se brouiller avec la Cour qui le ménageait. U ne doutait point que ses démarches ne fussent surveillées. Il était, du parti , un des honmnes importants auxquels on croyait assez d'influence pour obtenir du Roi quelques adoucissements aux rigueurs que l'on voyait prendre contre les Calvinistes. Le conmiissaire La Marre écrivait à H. de la Reynie, le 28 mars 1685 : a Les prétendus réformés mettent au ». nombre de leurs principaux protecteurs M. Du Quesne et H. le a comte de Roye » (de la Rochefoucault). u Ik témoignèrent hier i> plus de joie et de conGance qu'ils n'avoient accoutumé. i) (Bibl. Nat., S. Fr., 791 f. Révocation de l'Édit de Nantes.)
Le Gis de M. de Roye s'était converti en 1684 {Gazette de France). M. de Roye persista. Louis XIV ne voulut point qu'on cherchât à le contraindre ; il souhaitait qu'on pût le persuader. Son désir était qu'on en agît de même avec Du Quesne et le Maréchal de Schônberg. Quant à ce dernier, Armand-Frédéric de Schônberg, que le Roi estimait fort , Louis XIV le pria d'avoir un entretien avec M. de Paris (Harlay de Champvalon) ; le Maréchal ne refusa pas. Le Roi l'engagea à se faire accompagner chez l'Archevêque par a tel D ministre de la Religion qu'il Jui plairoit ». M. de Schônberg nomma alors comme son avocat a Rosimond, ministre de Gien, qui étoit » des plus habiles ; mais le Roi tira , dit-on , une lettre de sa poche » qui portoit que ce ministre étoit converti. » (Lettres kùtoriquet et
sor les protestants de la marine n'était pas encore très-forte, et ce ne fot qoe plos tard qne Bossnet ent avec Du Qoesne la conférence dont celui-ci parla à M. Colbert en 1680, ainsi que nous l'avons dit, page 362. Quand le vieux Du Quesne venait d*ajonter un dernier fleuron à sa couronne, il était naturel que le Roi lui exprimât le regret de ne pouvoir, selon sa conscience, lui conférer la plot haute dignité de la marine.
aneedotiques, Ms., Bibl. Nat., Suppl. Fr., 1643. Lettre du 7 novembre 1685.) Le Maréchal de Schônberg résista aax prières réitérées du Roi. Il s'exila lai-méme par ses refus, et prit congé' de Sa Ma* jesté, qui le fit entrer deux fois dans son cabinet pour lui dire adieu ; il vit ensuite Mokssigneur, qui Tembrassa, et Madame la Dauphine, qui loi dit les choses les plus obligeantes. 11 partit avec la Maréchale , sa femme, pour la Rochelle. (Lettre du 23 mars 1686.) VArc-enciel (vaisseau de 44 canons, construit, en 1676, à Rochefort) Fattendait. M. Colbert de Saint-Marc, capitaine de ce bâtiment, avait ordre de porter M. de Schônberg à Lisbonne, où le Maréchal était fort connu , — il avait la grandesse en Portugal , — et où il pouvait être utile à la France , dont il avait représenté les intérêts pendant Fambassade qu'il y avait remplie. (Mémoires de M. de Villetie, p. 79».)
Une chose analogue arriva à M. de Ruvigny, que le Roi aimait et avait employé beaucoup. — Nous Pavons fait voir commandant Tescadre qui portait à Lisbonne mademoiselle d'Aumale, qui allait devenir Reine de Portugal (1666). — H. de Ruvigny, ci-devant agent général de la Religion, eut du Roi la permission de sortir du royaume et d'aller, avec sa femme, deux de ses enfants et trois domestiques, en Angleterre , u où il ne laissera pas de rendre de bons services au Roi n . (Lettre du 2 février 1686.)
M. Frédéric-Charles de Roye de la Rochefoucault se retira en Danemark. Sa femme, madame Isabelle de Durfort, ayant voulu Faller rejoindre, pria ses frères, MM. les Maréchaux de Lorge et de Duras, d*en demander la permission au Roi ; ceux-ci s'en excusèrent , et la
^ Une lettre do S6 juin 1686 contient le renseignement suivant : • ^e llaréchal de Schônberg est fort embarrassé ; le Roy de Portugal loy ayant dit qne le Roy de France ne prenant pins sons sa protection ceux de la Religion , il ne serôfit pas i son possible de le garantir des recherches de F Inquisition; qu'il en avoit bien de la doolenr, et qu'il auroit été ravy de le ?oir à la Cour; mais qu'il ne pouvoit faire autrement, quelques services qu'il eût rendus i sa couronne, et quelque estime qu'il eût pour Iny, et qu'ainsy c'est à lui i voir quel parti il vouloît prendre. • (Bibl. Nat., Us. Supp. fr., n** 1643.) On sait qu'Armand- Frédéric de Schônberg, forcé de quitter le Portugal , se réfugia en iUlemagne, puis l'attacha au service de Guillaume III , et 'mourut en 1690, i la bataille de la Boyne. — Les pauvres protestants n'étaient pas plus heureux en Portugal qu'en France ; l'Inquisition les poursuivait. Quelques-uns d'entre eux s'étant embarqués dans pn navire portugais et se rendant vers le détroit, — où allaient-ils de ce cAté-lè ? sur la cûte de Barbarie probablement, — furent capturés par un bâtiment français qui les conduisit en France. Parmi ces fugitifs était un réformé qui avait fait une banqueroute considérable au Maréchal de Schônberg. • (Lflttra du 13 juillet 1686.)
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comtesse fut obUgée d'en parler elle-même à Sa Majesté, qui la satisfit sur ce chapitre, à la condition qu'elle partirait dans quinze jours, laissant deux de ses filles qui avaient plus de seize ans et que le Roi retenait, conformément à une déclaration nouvelle. (Letires kisionqttes ei anecdotiques , 16 janvier 1686) Nous ne savons si M. Roye de la Rochefoucault se convertit à la fin ; sa famille abjura. 11 était mort avant le 28 février 1697, date du mariage de sa fille, Éléonore-Christine , avec M. Jérôme Phélipeaux, comte de Pontchartrain , Secrétaire d'État , Ministre de la marine , dont le rude duc de Saint-Simon a laissé un portrait horriblement chargé. Mademoiselle de la Rochefoucault avait dix-huit ans au moment où elle devint comtesse de Pontchartrain , épousant celui que Saint-Simon a peint comme un monstre a pervers , noir, traître et s'en applaudis- » sant n , avec cela « fort lippu , dégoûtant , gravé de petite vérole s qui lui avait crevé un œil ^n , mais appliqué et sachant bien la marine, daigne ajouter le duc. La dame ne fut pas longtemps compagne de cette espèce de Polyphéme dont le peintre , dans un de ses accès de mauvaise humeur aigiie , se plut à exagérer toutes les laideurs; elle mourut le 23 juin 1708, laissant un fils, né le 9 juillet 1701, Jean-Frédéric-Philippe, qui fut célèbre sous le nom de Maurepas.
Cependant qu'arriva-t-il à la famille de Du Quesne? Le chef de cotte maison jugeait bien, par tout ce qui se passait autour de lui, que quelque grand coup serait frappé par Louis XIV sur le parti protestant. Mais quel serait ce coup? Tous les Réformés qui étaient au service de TEtat étaient avertis qu'ils eussent à choisir entre leurs ^aces, leurs grades, leurs offices et l'abjuration. Les conversions se [^rsuivaient avec une activité d'autant plus grande de la part du Itoique les résistances étaient plus obstinées. Abraham 11 Du Quesne 9tvait que M. de Scignelay écrivait à M. de Vauvré : u Travaillez H autant que vous pourrez à la conversion du sieur Du Quesne-Mo- H ro» et à celle du sieur de Bellc-lle-Ërard, qui a envoyé un placet à % S* Majesté pour obtenir la permission de sortir du royaume ; mais % ^oos devez lui faire entendre que cette demande est tout à fait « iiN^ticablc {sic) , et qu'il faut qu'il prenne sans différer sa réso- «^ hlftiMl» n étant pas possible de luy accorder non plus la permission ^4t Mvt^ la campagne avec un jésuite. » (Arch. de la Marine, fin Roi, 1685, fol. 460.) Déjà auparavant, le Ministre avait .4 tlnlendant : u Assurez au sieur Du Quesne-Moros de la part
» du Roi toute sorte de protection, s*il prend le parti de faire abjura- T) tion , et quil tâche de vaincre la crainte qu'il a de son père à cet D égard 9 , (Ordres du Roi, fol. 442.) La même recommandation était faite pour M. de Belle-Ilc-Érard , qui, désigné pour un commandement et pressé d'abjurer, avait demandé qu on lui laissât le temps de s'instruire et qu'on embarquât avec lui un jésuite chargé de ce soin. M. Jean de Belle-Ile-Erard était un des officiers auxquels M. de Seignelay voulait le plus de bien, un des bons serviteurs qu'il espérait retenir dans la marine et auxquels un bel avenir était promis. On a pu voir par la composition des escadres que nous avons donnée ci-dessus combien il fut employé. Lieutenant de vaisseau du 20 juillet 1665, il était devenu capitaine le l'^mars 1673. Il fit sa réunion en février 1686. Il abjura a entre les mains de M. Sau- » vagc , dans Téglise d'Aubagne , et il auroit demandé à communier » alors dans le même lieu , s'il ne luy étoit pas resté encore un désir » ardent de communier sous les deux espèces, ce qu'il espéroit que le 1) Roi obtiendroit de l'Église ». (Lettre de M. de Belle-Ile-Érard,.à Marseille, le 17 février 1686.) L'Église ne permit certainement pas cette infraction à ses règles, et M. de Belle-Ile n'insista plus. 11 poursuivit sa carrière, devint Chef d'escadre le 1*' janvier 1703, et fut tué sur le Magnifique, le 24 août 1704, au combat de Malaga. M. Abraham Du Quesne-Moros , dans la crainte assurément fort légitime de déplaire à son père, ne céda pas tout de suite aux sollicitationâ de la Cour. Son cousin germain, M. Louis-Abraham Du Quesne- Monnier, s'était rendu au mois de mai 1685; le Roi, pour payer son obéissance, lui avait donné une commission de capitaine de vaisseau et une pension de mille livres. Cette désertion dut affliger beaucoup le vieux Général, qu'un autre chagrin du même genre affecta peu de temps après. M. Du Quesne-Guiton, que M. de Vauvré poussait à la conversion, avait fini par se laisser persuader, et l'Intendant avait instruit M. de Seignelay de sa victoire. Le Ministre lui écrivit, de Fontainebleau, le 24 octobre 1685 :
u Sa Majesté a ëtë bien aise d'apprendre que vous soyez enfin parvenu à faire résoudre le sieur Du Quesne-Guiton de se convertir ; vous devez le presser^e finir cette entreprise en l'obligeant de faire promptement abjuration, et vous pouvez Tassurer par avance que Sa Majesté lui accordera une entière protection et qu'EIle lui en fera ressentir l'effet par la distribution de ses grâces. » (Arch. de la Marine, Ordres du Roi, 1685, fol. 382.)
M. Du Quesne-Guiton finit par céder ; d'ailleurs ce qui se passait au
586 ABRAHAM DU QUBSNE. 1685
moment où il recevait de nouvelles instances de M. de Vanvré était de nature à le convaincre que Tintérét de la juste ambition qu^il pouvait avoir comme officier lui conseillait de ne pas s*obstiner plus longtemps. Le 29 novembre, M. de Seignelay lui écrivit pour le féliciter d*avoir a embrassé la véritable Religion » et pour lui annoncer que le Roi lui accordait mille livres de pension, (ilrch. de la Marine, Dépêches.)
Si ses deux neveux échappaient à Du Quesne , son fils Horos lui resterait-il au moins? Il n'était plus sous sa coulevrine et tout était possible contre son espoir de père. L*air était chargé de menaces et en même temps de promesses pour les protestants ; Abraham Du Quesne-Moros aurait-il peur des premières , serait-il attiré par les secondes? Quant à Henri, le général connaissait ses projets, son inébranlable résolution; de ce côté il avait Tesprit en repos.
Le 28 octobre 1685, Torage éclata; le Roi révoquait TÉdit donné par Henri l\f à Nantes, en 1598, en faveur des protestants. On a tout dit sur cet acte de Louis XIV, qu*on n*a pas manqué d'attribuer à madame de Maintenon, à M. de Louvois et aux Jésuites, que représentait auprès du Roi le Père François d*Aix de la Chaise. Feu H. Sainte-Beuve, le plus instruit des choses du dix-septième siècle et le plus fin des critiques de notre temps, dans un article remarqué sur Rulhière (23 septembre 1851), n'adoptant pas l'opinion commune, écrivait ceci :
« n » (Ralhière) « s'appliqua à Taide de rapprochements uns et peotétre forces à rapporter ce grand acte , qui fui l'erreur de tout un siècle, à des causes secondaires accidentelles , et à en diminuer le dessin primitif... Dans Fétat d'ëtodes plus avancées où Ton est aojonrd'hui sur le dix» septième siècle , on est amené à reconnaître que cette fatale révocation , dont la dévotion finale de Loois XIV fat le moyen et Toccasion, préexistait depnis longtemps ou du moins flottait dans T esprit de ce prince à F état de projet politique , et qu'il ne fit que réaliser un vœu ancien dans lequel il fut insensiblement incité et comme encouragé par une complicité presque universelle, »
Avec quelle rage et quelle douleur Du Quesne reçut la nouvelle de la déclaration du 28 octobre 1685, nous laissons aux lecteurs le soin de le dire. On se hâta de le rassurer, en ce qui touchait personnellement lui et sa femme , et quand on fut parvenu à lui persuader qu'on le laisserait vivre et mourir huguenot, à Paris ou au Quesne à condition de ne faire aucun acte qui rappelât au public son attachement à un culte proscrit, il déclara à M. de Seignelay qu'il quit-
tait le service. Le Ministre fit accepter an Roi Fexcase qa'il présentait pour appuyer sa demande de congé définitif, ses soixante-quinze ans qui , aggravés par les fatigues acquises dans d'incessantes navigations , ne lui laissaient plus la force qu il faut pour commander une armée navale. H resta tout à ses affaires privées, qui lui donnaient assez de peine.
Son souci le plus grand, en dehors de ses préoccupations relatives à sa fortune, était la conduite de son fils Moros. Il savait de Toulon qu'il était hésitant , et , aux bureaux du Ministre , on ne lui cachait point qu*on multipliait les lettres engageant Abraham III à quitter Calvin. Sans doute on se garda bien de lui montrer une lettre écrite de Toulon, le 12 février 1686, par M. Du Quesne-Moros, qui disait avoir reconnu a déjà depuis longtemps la fausseté de sa Religion, et » qu'il en auroit donné des marques extérieures s'il n'avoit apprén hendé de causer la mort de son père par ces manifestations » ; il priait qu'on lui permit a de ne point se déclarer jusqu'à ce que son >> père pût aussi reconnoitre son hérésie n . — C'était un moyen de gagner du temps. — « Cependant, d ajoutait-il, a si le Roy veut que » je fasse dès à présent mon abjuration, je suis prêt à obéir. » En ce cas , il suppliait qu'on lui obtint de Sa Majesté a la frégate le Marri quis, avec 40 canons et , du reste , équipée à proportion , comme }) on a fait pour les autres navires accordés pour la course en Le- » vant n . Il voulait donc faire le corsaire avec un navire prêté on loué par le Roi , mais a où Sa Majesté mettrait une somme, ne fût-elle » que de mille pistoles » . Cela lui donnerait lieu de s'éloigner de sa famille, ce qu'il souhaiterait fort après avoir abjuré, quoiqu'en prenant ce parti il abandonnât tous ses intérêts , « n'ayant encore rien y> de réglé dans sa famille... 11 attendait sur cela une réponse avant » de se déclarer » .
La réponse ne pouvait être douteuse. Le Roi ne voulait point de ces transactions, il ne voulait point de catholiques timides. Il jugea par cette lettre que. M. Du Quesne-Moros était près de se rendre; il le tint pour rendu, et M. de Seignelay écrivit an capitaine : « J'ai rendu 1» compte au Roi de la lettre que vous m'avez écrite, le 12 du mois » passé ; Sa Majesté ne doute point que vous n'ayez à présent fait n abjuration et Elle vous accorde mille livres de pension, n M. l'abbé Sauvage, à qui l'on avait recommandé Abraham 111, acheva ce que la menace d'abord i(20 février. Lettre à M. Hayet.), puis la pension avaient préparé.
5S8 ABHAHAll DU QUK3N8. 168S
Une pension de mille livres était la récompense ordinaire accordée aux Réformés qui se soumettaient au désir du Roi. Nous voyons que M. de la Clocheterie Fobtint, non-seulement pour s'être converti lui-même , mais encore « pour Inapplication qu il a eue à convertir » toute sa famille et tous ses domestiques ». (Dépêches, 1685^ Archives de la Marine.) Son ardeur, on le voit, ne fut pas moindre que celle que montrait le marquis de Villette. M. de Lestrîlle eut aussi les mille livres; il remercia, le 17 février 1686, disant qu'il espérait a obtenir les mêmes avantages qu'ont obtenus d'au— » très officiers nouveaux convertis et moins anciens que lui dans le » service ». .
M. Job Forant, capitaine de vaisseau depuis trente-trois ans, boir officier et calviniste obstiné , qui à la Tremblade , son pays , avait fait des rages protestantes , finit par céder aux instantes exhortations^ de Bossuet, qui avait entrepris là une cure difficile; le Roi lot donna une récompense qu'il avait d'ailleurs bien méritée depuis longtemps. Le comte de Sourdis étant mort à Brest le 23 janvier 1686,. Sa Majesté accorda à M. Forant le brevet de Chef d'escadre qui restait vacante. C'était le cinquième; les quatre autres étaient aux mains de MM. Jean Gabaret , Louis-François Rousselet de Château- Renault, marquis d'Amfreville et comte de Béthune. Chef d'escadre du 12 février 1686, M. Forant reçut l'ordre d'aller sur les côtes delà Saintonge et du pays d'Aunis empêcher l'émigration des matelots religionnaires. 11 s'acquitta consciencieusement de sa mission, et le Roi,, pour reconnaître son obéissance, le gratifia d'une pension, en 1687. Habitué depuis longtemps à des relations intimes avec une fille de la Rochelle, nommée Taton Burtel, M. Job Forant fut averti, le 17 février 1687, par M. de Seignelay, que son commerce public avec une créature scandaleuse ne convenait ni à son âge ni « à la )) dignité dont Sa Majesté l'avait honoré » ; il lui enjoignit d'avoir a une » conduite exempte de tout reproche et faite pour édifier les anciens » catholiques et les nouveaux convertis. » Sans doute, il se le tint pour dit ; mais pour qu'il ne retombât pas dans son péché , on arrêta la fille Burtel et on Tenferma dans un couvent. (Arch. de la Marine, Dépêches, Ponant, 1686, t. 1«% fol. 116; et Ordres du Roi, folio 21.) Marguerite Richer, femme de M. Forant, ne se convertit pas en même temps que son mari; mais elle se rendit plus tard. On sut à Versailles qu'elle ne faisait « aucun acte catholique », et le 17 septembre 1688, on écrivit à M. Forant de veiller
1087 mARINE du XVII« SIÈCLE. 589
sur elle', et que si elle contînaait on renfermerait dans un couvent. Elle se contint; mais le Chef d'escadre étant mort à Brest, le 28 août 1692, la veuve jeta le masque qu'elle avait pris de force. Sa belle-sœur, mademoiselle Forant, la dénonça, zèle peu charitable, et la dame fut mise dans une des maisons des nouvelles catholiques ; ses deux jeunes enfants furent remis à mademoiselle Forant , leur tante, pour être élevés dans la religion catholique. (Bibl. Nat., Ms. Clairambanlt , 500, p. 234.) Marguerite Richcr prit son parti d'être sage ou au moins habilement trompeuse ; la mère Garnier, sous la direction de laquelle elle était placée , répondit de ce la sincérité de sa conversion » et elle fut rendue à la liberté. M. de Pontchartrain lui écrivit alors (1693) que le Roi se ferait a un plaisir de lui don- » ner des marques de sa protection , et du souvenir qu*il avoit des )) services de M. Forant». (Ms. Clairambanlt, 560, p. 747.) Le Roi tint parole , quand on se fut assuré que madame Forant , au moins par les dehors, était catholique. Le 27 février 1697, il lui donna six cents livres de pension viagère, réversibles sur ses enfants, Isaac-Louis et Marguerite. (Arch. de la Marine, Dépêches, 1697, t. 1*', fol. 240, et Ordres du Roi , fol. 12.) Isaac-Louis Forant entra dans la marine en 1703, devint enseigne le 1*' novembre 1705, lieutenant le 25 novembre 1712, capitaine le 1*' octobre 1731. Le l*' avril 1739, il fut nommé gouverneur de File Royale, oi!L il mourut le 10 mai 1740.
M. Henri Du Quesne n'avait servi ni à la mer, ni à Toulon pendant Tannée 1684; il était resté en congé chez son père. Il nourrissait la pensée de quitter la France , d'acheter un bien en Suisse et de s'y retirer pour y vivre libre et adonné à des pratiques religieuses qu^on lui interdisait dans son pays. Avec l'assentiment de son père , et sans le congé du Roi, il Gt un voyage à Genève, en janvier 1685. 11 y était le 21 ou 22 de ce mois , ce qu'ayant appris messieurs du conseil de la ville , ils décidèrent que deux d'entre eux , « nobles ,
' Le mémo avertissement avait été adressé, le 17 septembre 1688, à M. Jean Gabàret, dont la femme, nouvelle convertie , ne faisait • aacnn acte de catholique • . ■ Sa Majesté, disait M. de Seignelay, en est d'autant plus mal satisfaite qu*nne pareille conduite de la part d'un officier général qui est à la tête du corps de la marine dans le département de Rochcfort, ne peut être que d'un très-mauvais exemple et d'une dangereuse conséquence... Je suis bien aise de fous dire que, si vous négligies d*y donner ordre, Sa Majesté y pourvoiroit en la faisant mettre dans un couvent. • Par ces mesures , on dut faire bien des hypocrites. Les a?ertissements d'un Ministre valaient mieux cependant que les menaces des dragons,
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Le Fort, ancien syndic , et Lnllin le jeune » iraient cimipliinenter tt M. Du Quesne le fils. « La visite fut faite : « M. Du Quesne agréa fort cette civilité et offrit ses services à la Seigneurie. » (Arch. de Genève, Reg. du Conseil, 23 et 24 janvier 1685. Communication de M. Théophile Heyer, archiviste de Genève, juin 1851. Nous sommes redevable de nombreux renseignements relatifs à H. Henri Du Quesne, à M. Heyer, dont notre curiosité mit la patience infatigable à une rude épreuve. Nous les mettrons à profit, autant que nous le permettra notre cadre, qui se resserre de plus en plus.)
Pour s*établir, il fallait à M. Henri Du Quesne une habitation convenable ; ce fut dans le canton de Vaud qu*il la trouva. Le 17 février 1685, il acheta des u hoirs de Jean-Baptiste Tavemier », — le célèbre voyageur, — la terre seigneuriale d*Aubonne, au prix de cent trente-huit mille livres tournois. F^ourTaider à payer à la veuve et aux héritiers de Tavemier cette somme, M. Henri Du Quesne , qui n'avait pu réaliser u les sommes qui lui étaient dues en France • , fit un voyage à Paris. 11 emprunta à M. Théodore Colladon, docteur en médecine, demeurant à Londres, par Fentremise de M. de Marteray, vingt-six mille deux cent cinquante livres , somme qui lui fut comptée et dont il donna quittance le 30 août 1685, s*engageant à rendre les vingt-*six mille deux cent cinquante livres « dans un an prochain, à peine de tous dépens, etc. » (Cette quittance faite par M. Aroiiet, notaire — le père de Voltaire comme on sait — est chez M. Galin, notaire à Paris, où nous Tavons 4'ue, en 1852.) M. Henri Du Quesne et sa femme donnèrent hypothèque à ML. Colladon sur leur seigneurie, avec la permission de Leurs Excellences de rÉtat souverain de Berne (11 décembre). 1686. M. Colladon céda sa créance à une dame de Chandieu. M. Henri Du Quesne et sa femme étaient à Amsterdam en 1689; ils donnèrent (9 septembre) à un ancien avocat de Montpellier, qui s'était retiré dans cette rille, procuration pour emprunter à Leurs Excellences de Berne la somme de quatre-vingt mille livres, hypothéquée sur la seigneurie d'Aubonne qu'on rachetait sans doute de madame de Chandieu (5 décembre 1689.) La propriété d*Aubonne, entourée de procès anciens et nouveaux , finit par être à charge aux Du Quesne , qui étaient loin d*y avoir trouvé le repos qu'ils avaient cherché ; ils se décidèrent à la vendre. Ils en demandèrent la permission à messieurs de Berne ( 15 juillet 1 700) ; ceux-ci en traitèrent pour TÉtat au prix de soixantedix mille écus blancs. (L'acte d'acquisition , daté du 1*' février 1701 ,
16S7 MâRINK DU XVn« SliCLE. 53]
est aux Ardiives iu canton de Vaiid , Tiroir, 3A] , A ; pièce n* 21 8 ; c*est ce qae nous fit l*faonneur de nous écrire de Lausanne, le 11 juin 1851 , le très-obligeant M. A. Baron, archiviste d*État du canton de Vaud , qui ajoutait que la seigneurie d'Aubonne était une des plus considérables du pays de Vaud; car, outre la ville d'Aubonne , elle comprenait un grand nombre de villages et d'habitations isolées et dispersées depuis les rives du lac Léman jusque sur le penchant du mont Jura.)
Un pas en arrière. M. Henri Du Qaesne, pourvu de sa grande terre, demanda au Roi la permission d*aller s'y établir. Sa Majesté, qui ne voulait rien refuser à Du Quesne le père , accorda cette permission et fit délivrer à Témigrant un passe-port pour lui, sa femme, deux domestiques mâles et une femme de chambre (30 juin 1686). Quelques jours après, un des fils de M. Jean-Baptiste Tavemier ayant à traiter des affaires qu'il avait avec H. Du Quesne fik , demanda au Roi la permission d'aller à Aubonne pour trois ou quatre mois ; le Roi ne la refusa pas; mais M. Tavemier fut tenu de donner caution de cinquante mille livres pour son retour. Celui-ci consentit» versa la somme en présence de M. de La Reynie, et reçut en échange un passe-port, le 7 août 1686. (Arch. Nationale», Secrétariat, an 1686, fol. 243.) Évidemment ce M. Tavemier était protestant et riche , et Louis XIV ne voulait pas que, sous un prétexte quelconque, il allât porter sa fortune à l'étranger. — Noos reverron» bientôt M. Henri Du Quesne.
Que faisait-on chez Abraham II Du Quesne , à peu près au moment où M. Tavemier allait à Genève? Le Général réglait certaines choses qui regardaient a la communauté de biens d'entre sa femme et lui ». Le 21 août 1686 , il faisait venir en sa maison, me de Bourbon, le notaire Lemaîlre et autorisait par un acte dame Gabrielle de Bernières à renoncer à la succession de sa couaine, Elisabeth de Hollot, veuve de Pierre de Pessard, écoyer, sieur de BaaUèvefl. (Minutes de Lemaitre, chez M. Defresne, notaire à Paris.)
M. Desgrez, le principal agent de M. de La Reynie, écrivait au lieutenant général de police, le 29 septembre 1686 ;
u Je parlai hier à un jeune garçon qui a fait sa réanion et a quitte le service de M. et madame Du Qiicsne. Il dit qu'un jour madame Dn Qaetne lui demanda s'il vonloît demenrer avec elle. . . Le garçon dit : « Madame . j'ai fait ma réunion , et je veux exercer la religion romaine. » Elle Ini répondit : a Ta as iiait une union avec le diable. » — Il y a an Qaesne un
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nomme MichoQ avec deox enfants an dit Ifichon , un fils et une fiHe , qui ne font an Ire profession que de la religion P. R. et les servent comme domestiques. — Le cocher ne fait non pins aucuns exercices de la Religion romaine, et Ton ne sait s'il a fait sa réunion. — Le nomme Chabanne, valet de chambre, est aussi de la R. P. R. et demeure toujours à Paris. — Un garde-chasse, nommé Champagne, que ladite dame Du Quesne garde, quoiqu'il ait fait sa réunion , dit qu'il s'est fait catholique, mais que ce n'est pas pour aller à la messe. Ladite dame ne le garde qu'à cause de sa fermeté dans la religion protestante. »
Tout cela est misérable, et M. de La Reynie en jugea bien ainsi, car, avant d'envoyer à M. de Seignelay la lettre de M. Desgrez, il écrivit à la marge : « M. Du Quesne. Il ne convient pas, ce semble, n au service du Roy de relever ces sortes de choses , à Tégard d'un n tel homme de service. » Cette note honore celui qui récrivit. Le Ministre ne fit aucun cas de ces dénonciations, et Du Quesne ne fut point troublé dans sa tranquillité.
M. Dangeau écrivait à la date du 12 février 1686, dans son journal : tt On sut que Du Quesne , Lieutenant général de la marine , se » retiroit en Suisse , à cause de sa religion , et Ton croit que le Roy r> remplira la place de Vice-Amiral qui n'a point été remplie n . Ce bruit , qui courait depuis qu'on avait su que le vieil Abraham avait renoncé au service le 15 janvier, était sans fondement. Il se rapportait à la résolution prise par M. Henri Du Quesne et qui n'était pas restée tout à fait secrète. Partie des antichambres du Roi , rendeivous des nouvellistes de la Cour, la rumeur arriva bientôt dans les ports. A Toulon, elle émut tout naturellement les Du Quesne, qui voulurent s'assurer de son exactitude. M. Du Quesnc-Guiton en écrivit au Ministre, qui, le 11 mars 1686 , lui répondit :
a Pour réponse à votre lettre du 24' du mois passé, le bruit que M. Du Quesne, votre oncle, doit sortir du royaume, n'est pas véritable; ainsi, le Roi ne peut pas entrer dans vos prétentions ; mais si elles sont bien fondées , vous pouvez vous adresser à la justice , et il vous sera accordé toute sorte de protection, h
Quelles étaient les prétentions de M. Du Quesnc-Guiton auxquelles faisait allusion M. de Seignelay et sur lesquelles pouvait avoir influence la sortie du royaume du marquis Du Quesne ? Xous l'ignorons. Tout ce que nous pouvons dire, c'est quun procès, à notre connaissance , intervint entre Toncle et le neveu .
Le Roi donnait d'ordinaire aux catholiques anciens ou aux nouveaux convertis les biens confisqués sur les protestants fugitifs, sur
1688' MARINE DU XVII* SliCLK. 533
les récalcitrants que Ton retenait en France. Nous ne savons dans laquelle de ces deux catégories se trouvait madame Susanne Le lAonnicr, veuve de M. Etienne Du Quesne; mais nous voyons que, le 24 octobre 1686, M. Louis-Abraham Du Quesne-Monnier demanda au Roi le bien confisqué sur sa mère ; et que, le 6 novembre, M. de Seignelay lui annonça que Sa Majesté le lui accordait : u J'en ferai i> expédier le brevet aussitôt que vous m'aurez envoyé un mémoire du » bien et où il est situé, d (Arch. de la Marine, Dépêches, 1686.) L'année 1687 se passa sans que rien d'important pour la famille Du Quesne en marquât le cours. M. Du Quesne-Moros , qui , en août 1686, était allé chercher le pardon de son père , — quelle scène et comme elle serait un beau sujet pour un romancier déclamatenr ou pour un faiseur de drames ! — M. Du Quesne-Moros était à Paris, où il resta jusqu'à la fin de juin 1687. 11 parut à Toulon , pendant les mois de juillet et d'août, et retourna en septembre à Paris, où il demeura le reste de l'année. M. Du Quesnc-Monnier passa aussi toute l'année 1687 a à la Cour » , suivant l'expression consacrée. Quant à M. Du Quesne-Guiton, qui commandait le vaisseau Y Oiseau, il fit la campagne de Siam avec M. de Vaudricourt, capitaine du vaisseau le GaiUard, reportant à Bankok les Ambassadeurs siamois venus en France l'année précédente, et portant MM. Simon de La Loubère et Claude Céberet, Ambassadeurs extraordinaires auprès des Rois de Siam ^ Partie de Brest le 1" mars 1687 , l'escadre de M. de Vaudricourt mouilla sur la rade de Siam le 27 septembre. V Oiseau arriva à Brest le 17 juillet 1688. M. Du Quesne-Guilon apprit en débarquant la fatale nouvelle qui, six mois auparavant, avait occupé la Cour, la ville , la marine et le monde protestant.
Du Quesne, en parfaite santé, du moins apparemment, s'apprêtait se coucher, le soir du 1*' février 1688; il donnait à ses domestiqués des ordres pour les chcîses à faire le lendemain ,' et allait monter à son lit, lorsqu'il fut subitement frappé d'une apopleiie
' 1 Voyei, dans notre Dictionnairt critique, psges 34-4i , Thistoira que noos avons donnée des Ambassades de Siam; ambassades bien réelles, dont Voltaire connut ma] les détails, pour avoir In trop légèrement le livre de II. de La Loubère sur le royaume de Siam , le Journal du voyage de Siam par Tabbé de Choisy, et les Relations dn Père Tacbard et du chevalier de Cbanmont.
534 ABUAHAM DU QlIK81il« t«ê«
dont il mourut pendnat la nuit. Le Mercure, qui donne ce renseignement (février, p. 285), n*entre pas dans des détails plus drconstaiiciés sur cet événement, qui eut certainement pour témoins, à son moment extrême, madame Du Quesne, Alnrakam III, Isaac et Jacob Du Quesne, qui demeuraient chez leur père, me de Bourbon. La version donnée par Dangean diffère nn peu de odle da Mercure : a Lundi 2 février 1688, à Versailles... Le fils de I>n Quesne vint D ici dire au Rof que son père était mort à Paris subitement... Il est 1) mort sans parier. » On doit conelare de ces derniers mots que Tapoplexie fut à peu près foudroyante. Le fils de Du Quesne qui alla annoncer au Roi la fin subite de son Lieutenant général , était M. Du Quesne-Moros, qui, nouveau converti, et d'ailleurs Tainé des fils présents à Paris , était naturellement désigné pour cette triste mission. Isaac et Jacob, encore mineurs, étaient encore protestante. Le Mercure dit que a le marquis Du Quesne mourut dans sa quatren vingt^qnatrième année » ; c'est une erreur ; il allait accomplir sa soixante-^rx-buTtième année, ou il venait de Faccomplir '.
La mort, en frappant Du Quesne, apportait à sa veuve les embarras, les tracas, les chagrins en foule. L'enterrement de Tilluslre protestant était une première difficulté. Il ne fallait pas songer à lui faire de pompeuses funérailles. Le Roi, qui, par une tolérance excep» tionneHe, avait voulu que son vieux serviteur ne fût point inquiélii depuis la révocation de Fédit de 1598, ne voulait pas autoriser des obsèques dtmt il n'aurait pu refuser ensuite Téclat à d'autres religionnaires. Si Du Quesne n^avait pas eu un Heu de sépulture qu'on ne pouvait lui interdire , le cimetière des Saints-Pères aurait reçu ses restes , et son convoi se serait composé d'un petit nombre de parents et d'amis , escortés de deux ou de quatre exempts de la police, suivant l'usage. Mais madame Du Quesne, propriétaire du Quesne, avait le droit qu'on ne déniait à aucun propriétaire de faire inhumer son époux dans l'enclos du jardin attouint à son château.
i En 1851, aiu ArchÏTet de TÉtat, à la Haye, nous lûmes dans la « Liu : Franee a 1688-1689 • cette note signée W. V. Wabsbnabr : « D'en hère dm Quetne, lieutenant generatl ter zee it woorleien maendagh von een apoplexie, in teer koogen ouderitfm, alier overleden, • (Monsieur du Quesne , lieutenant général de mer, est mort id, lundi, d'une apoplexie, dans un âge très-avancé.) La mort de Du Quesne fit une vite sensation en Hollande, où le rival heureux de Micfaei Adrinis de Rnyl«r jvvûsal d*une grande considération, comme marin et comme bomme qui avait subordonaé ki désirs ardents d*nne fatnte et suprême ambition i ses coovictioos religieasw. 8a mémoire j est encore trit-honorée; nous avons pu le consCater ea 1851.
SIA ABRAUAU DU QtlESNE. lUS
lui et aussi de son père, au moyen d'un petit monument. 11 fit tailler une tablette de marbre blanc, baule de 1 m. 77 c. , dont la partie supérieure (0,52 c.) fat occupée par un trophée dans lequel figu-rait le lion des armes des Du Quesne au milieu d'un cartel derrière lequel se croisaient deux ancres, des drapeaux, des canons, une hoche, une vergue avec sa voile, une proue de navire, etc. Le cartel était surmonté d'une couronne de marquis, surmoolée elle-même d'un casque vu de face. La largeur du trophée était de 0 m. S3 c. Celle de la plaque devant recevoir l'inscription était d'une largeur égale. La chose faite, le monument fut appliqué au mur à gauche, dans l'église d'AuboDUe. (Il y était encore lorsque, le 20 avril 1851, M. C. Nicati, docteur-médecin à Aubonne, voulut bien prendre le soin d'en dessiner le trophée et d'en copier l'inscription, que nous reproduisons , non pas dans les trente-cinq lignes qui la composent en se déployant en hauteur, — les longs développements nous sont interdits, — mais les mots se suivant, séparés seulement par un — ) :
« SiSTB GRADVM VUTO*. BIC COMOfrUt COI - — nmcTi —
HKKOiB — iroB-' — âc — itLOST"' — Abmbaw Do Odxsir — Marcho^ — BuoN* — DOMono Dd Qdishr — n WsLOiura — di Uonos — db QuiiicaaiD — d'Ihdrbttb &c. — classiuii — gallicabuh — paxrBcn — coras — junMâ — w cmlis — cobpus — hobikiii — vutiai — sbpultdm — ne uMQUAH — sipiinimni — fkaclibb — gistï — si — t — t« — loui
— QuiAirr — TMiTi — val — ucoirdfta — lacâ — princfpbm — non
IHPEBTBBRITUS IM PBjBLIIS âNUIUS SMGULABIS W CONSILUS
SAPIlNTtS GBmiBOSDIl BT BXCBLStlM PBCTD3 ARDBNS PBO VBBl
— aiLIGIOHB IBLDt — DmUOOl tULAM IMBCITUll BCCLBSUM
MO — ËuRorAM — AsuM — Afsicim — vtbdmqdb — pblagus — tbbdm
SI QURRA9 CUH FOBTiainiO RuiTBBO -
MADSOl-Iini RUITEBCS VICTOBI ROUDll USPOiniERI -
- HRViBuma — Hoc — Bni ldctos — «c put
PATBÏM TUSn MOMUUNTDK HWITV» BT LlCaUlNS PaSDIT
HlNBlCUS (JUS PBIMOGIHITUS BIUUSCB TOPUCBU DIMSTA
— Bi — iccLESis — PATBonis — Amko 1700. >■
Avons-nous besoin de traduire cette inscription ? Non, saotdoale; mais il faut y signaler quelques faufcs échappées au graveur : I^'^fl^ grand pour Vaîgrand, Monrot pour Moros; il est vrai quo l'erreur peut être du fait de U. Henri, les Du Quesne, et presque toal le monde avec eui, ayant par une mauvaise habitude altéré le ii petilGef breton voisin de Concameau : Qaerichard -pour (^er iqidienlurfouT tepeUetur. Ici une observation. U. i
538 ABRAHAM DU QUKSIiK. Iê9$
» samment saisir tons les biens qui sont dans retendue de votre V département » (rile-de-France) « qui se trouveront avoir appartenu » à M. Du Quesne. « (Ms. Clairamb., 556, p. 143.)
La saisie fut exécutée, et garnison fut mise chez madame Dv Quesne, reléguée dans un coin de sa triste maison. Cette rigueur ne rébranla pas d^abord, peut-être malgré les instances d'Abraham- Horos , qui put lui faire entrevoir les dangers d'une résistance plus longue, et qui lui-même, fort mal converti, put lui foire comprendre qu une conversion apparente sauverait la situation. La marquise ne se rendit point alors. Ancienne catholique , elle se trouvait embarrassée de sa position. Revenir à la religion qu'elle avait quittée par amour pour Du Quesne, lui semblait une action que, du fond du tombeau, lui reprocherait toujours son mari. Le 26 février elle n'avait encore point cédé aux ordres du Roi , aux conseils affectueux de M. de Seignelay et à ceux de ses amis, a La garnison est encore • chez la veuve de M. Du Quesne, que Ton espère devoir se faire r> catholique d'aukmt plmtoi qu'elle téloit de nenaance juifu'eUe époun mi son mari. Son fils puîné l'est (Abraham-Moros). » (Gaiette manuscrite, 26 février 1688, p. 12, vol. 1** des Lettres à l'abbé de Dangeau, 1676-1707. Bibl. Nat., Ms. ) Cependant madame Du Quesne ayant mûrement réfléchi , pour tout préserver, résolut de se conformer au désir de Louis XIV. £lle déclua qu'elle se faisait catholique, et , le 12 mus, H. de Seignelay écrivit à M. de Ménarsde « donner sur-le-champ mainlevée d^s saisies qu'il avoit fait faire sur » les biens de madame Du Quesne et de lui témoigner en cette cir^ 9 constance toute V honnêteté possible » . (Bis. Clairamb., 556, p. 233.) iacob Du Quesne, quatrième fils de madame Gabrielie de Bemières, suivit plus tard l'exemple de sa mère. Isaac, son frère, avait cédé plus tôt.
En même temps que le marquis de Seignelay avait écrit à M. de Ménars, le 8 février 1688, il avait adressé à M. d'Aguesseau une lettre pour le prier de se transporter u en la maison où logeait le » sieur Du Quesne, de se faire ouvrir les coffres, armoires et autres 9 choses où seroient les mémoires, instructions et autres papiers n concernant le service du Roi , dont Sa Majesté vouloit avoir une » entière connoissance ». M. d'Aguesseau avait ordre de faire un inventaire de ces papiers et de les remettre aux lieux où il les aurait trouvés, mais sous les scellés. (Minute de la main de M. de Seignelay; Ms. Clairamb., 556, p. 137.) Le procureur général remplit
1688 MABiNK DU XVII* SlfeCLE. 539
sans doute sa mission ; mais que trouva-Ml? Nous n'avons pu le savoir. Les pièces que réclamait le Roi ne sont point dans les Archives de la Marine. Ce que Louis XIV fit faire pour Du Quesne se faisait pour tous les fonctionnaires et s'est pratiqué depuis, sinon toujours, du moins le plus souvent. C'est un usage encore suivi aujourd'hui, surtout après la mort d'hoomies qui, ayant été ministres , ambassadeurs, etc., ont pu garder des documents qu'il importe de tenir secrets.
Dégagée des premiers soins qu'elle avait eu à prendre après l'enterrement de son mari, madame Du Quesne dut songer à la position de ses deux fik Isaac et Jacob. Le 24 mars 1688, elle demanda un avis de parents sur le choix à faire d'un tuteur et d'un subrogé-tuteur pour les mineurs Isaac et Isaac-Jacob. — Ce dernier est soik vent nommé de ces deux noms dans les actes ; mais dans la vie il était toujours désigné par le seul nom de Jacob, pour éviter la confusion possible avec Isaac. C'est lui qui fut connu sous le nom du comte Jacob Du Quesne. — L'assemblée nomma tutrice madame Gabrielle de Bemières, et M. Barbot, bourgeois de Paris, subrogé-tuteur. Les parents qui prirent part à la délibération par procureur furent « Henry , chevalier, marquis Du Quesne , baron d'Aubonnè ; n Abraham Du Quesne-Moros , messire Antoine Le Vasseur, prêtre^ ]} chanoine de l'église collégiale de Saint-Régnier, cousin issu de ger-* » main maternel; messire Anthoine de Vandeoil, sieur 4u Terfaye, » écuyer du Roi, cousin issu de germain; messire Louis de Foissy, D seigneur de Jossard et de Moteux, secrétaire des finances de Mon^ n sieur, allié paternel, et messire Joachim de Foissy, escuyer, sei- » gneur de Perchoir, cousin ayant le germain sur ks mineurs » • Maître Paul Favarel, procureur au Cbâtelet de Paris, avait les procurations des six personnes que nous venons de nommer et les repr6« senta dans une délibération qui ne dut pas être longue et à laquelle présida M. Jean le Camus. (Arch. Nat., Section judiciaire Y. 4012.) — Nous avons nommé les deux cousins de madame Du Quesne qui figurent dans l'Avis de parents du 24 mars , Antoine Le Vasseur et Antoine de Vandeuil , dans l'espoir que quelcfn'iui plus heureux que nous, à l'aide de ce renseignement, parviendra à découvrir la famille de Bernières qui nous reste tout à fait cachée. Ce chercheur pUui heureux pourra se rappeler que nous avons montré au commencement de cette étude un a maître Antoine Levasseur, avocat au Par^ » lement, mari de dame Diane de Bernières , constituant au profit
540 ABRAHAM DU QUESIIE. )68S
n d* Abraham II Du Quesne une rente de deux cents livres » . Cet avocat était à n'en pas douter frère du chanoine de Saint- Régnier. Quant aux Foissy , alliés du marquis Du Quesne , nous ne les con* naissons pas ; mais peu importe , ils ne nous intéressent en aucune façon.
Le jeudi 1'' avril 1688, en présence de madame Du Quesne, de son fils M. Abraham Du Quesne-Moros, de M. Paul Faverel, porteur de la procuration de M. Henri Du Quesne, de M. Barbot, sieur de Romagnier, demeurant rue du Sépulcre, — un ancien voisin de Du Quesne , — de Marthe Emault , gardienne des scellés , d*Ëtienne- Michel Boucher et Louis Boisseau, notaires au Chàtelet, furent levés les scellés de la maison, rue de Bourbon, et fut commencé Tinventaire par u Pierre Brimon, sergent à verge, jureur-priseur-vendeur n de biens meubles » à Paris , des biens et meubles du défunt marquis Du Quesne. Cet inventaire est fort long; tous les articles n*en sont pas intéressants, nous devons nous contenter de mentionner ceux qui pourront nous donner une idée de la fortune , de la vie intérieure et de quelques-unes des habitudes du grand marin.
tt Cave, Deux muids de vin blanc du cru du territoire du Quesne, prisés ensemble 20 livres. — Si nous ne savions que dans un inventaire tout est prisé au plus bas prix , nous serions porté à croire que le vin fait par le marquis, de ses vignes du Quesne, était médiocrement bon. Nous sommes bien loin du vin vieux, meilleur que celui du fameux Louis Boussingault dont parle Boileau, et dont M. Simon Le Brelon, marquis de Viilandry, aurait prisé « la sève et la n verdeur » che2 le commandeur de Souvré. Dans la cave de Du Quesne pas d'autre vin que ce vin blanc du cru ; notre Général n'était donc ni gourmet ni grand buveur. Sa table était modeste, et s'il recevait des amis il ajoutait peut-être au vin de sa récolte quelques bouteilles prises chez un des Boussingault ou chez quelque antre cabaretier bien famé.
« Sous la remise. Un carrosse de deuil à un fond , monté sur son train, avec son strapontin , prisé 200 livres. — Madame Du Quesne avait-elle mis en deuil son carrosse depuis la mort de son époux? G*<est probable, d = u Dans l'écurie. Six chevaux de carrosse , dont quatre chevaux hongres et deux cavales, de poil isabelle, avec leurs harnois; et deux chevaux de selle, dont l'un brun bay et l'autre gris blanc, prisés le tout ensemble 600 livres, n Les chevaux de selle servaient aux fils de la maison ; quant aux six bétes sous poii
isabelle , elles servaient à la voiture deux à deux ou quatre à quatre ; mais probablement Du Quesne n'allait jamais à six chevaux par la ville. Quand il allait à Versailles affichait-il ce luxe des six chevaux? Il n'était pas assez grand seigneur pour cela , et n'était pas homme à s'exposer aux brocards des riches courtisans. . = « Dans une petite chambre au premier étage : une couche à hauts piliers, garnie de son enfonçure (le fond du lit), paillasse, deux matelas de laine, un traversin de coutil rempli de plumes, une courte-pointe piquée de taffetas jaune , doublée d'un autre taffetas vert , une couverture de laine blanche , un rideau , une bonne grâce et dossier de toile indienne, prisés la somme de 15 livres. »
= « Au second étage , dans la chambre de madame Du Quesne : une paire de chenets de fer poli , pelle , pincette et une bassinoire de cuivre roifge, prisées ensemble 40 sous. » = « Item : une couche de hauts piliers garnie de son enfonçure, paillasse (matelas, oubliés), lit et traversin de coutil remplis de plumes, deux courtespointes piquées, la housse dudit lit de tapis à la turque, doublé de toile indienne en quatre pièces , 30 livres. » — Ce lit était-il commun aux deux époux? Nous serions tenté de le croire, et de regarder celui de la petite chambre, au premier étage comme étant la couche des deux fils mineors. Mais où couchait M. Du Quesne-Moros à cette époque à Paris? Faut-il croire que le lit du premier étage était ^sez large pour recevoir trois personnes, ou. qu'il était assez long jpour qu'une des trois, couchât au pied quand les autres couchaient à la tête? Non, car il n'y avait qu'un traversin. = u Item : une porte de tapisserie, 3 livres. » = a Item : un petit lit de repos, de bois, façon de la Chine , gamy de deux matelas de bourre lanisse , l'un couvert de satin de Bruges et l'autre couvert de toile rayée bleue , avec un traversin coutil, couvert de satin de Bruges, 6 livres. » = Item : deux fauteuils de bois de noyer tourné , couverts de toile rouge ; une petite table couverte de serge verte , garnie d'un tiroir, prisés 6 livres, yy — Tout cela est fort modeste. Il n'est pas une petite boiirgeoise qui se contenterait de ce mobilier qui suffisait à un officier général, marquis et propriétaire de plusieurs fiefs qui, à la vérité, ne lui rapportaient guère , à ce qu'il semble. Continuons.
= to Item : neuf à dix aulnes de cuir doré faisant le tour de ladite chambre, prisées 50 livres. » — La chambre n'était pas bien grande. =: u Iiem : deux rideaux de fenêtre de toile damassée, un petit miroir de toilette et un petit tabouret , prisés 30 sous. »
= a Dans une chambre attenant :■ un tableau peÎDt sar toile à bordure dorée représentant Benedech. » = n Dan$ la garde-robe : im justaucorps et culotte de drap de Hollande noir, a?ec un baudrier de même étoffe garni de ses boucles noires ; une veste de soie nohre ; un autre justaucorps aussi de drap noir, le tout prisé 36 livres. « s= tt Item : deux culottes de drap gris et deux justaucorps de même étoffe, garnis de boutons et galons d*or, et une veste de soie et on « — Voilà des habits convenables, <^eux avec lesquels le Lieutenant général allait saluer le Ministre et faire la révérence à M. FAmiral. Il avait encore : a une culotte de serge grise, le justaucorps de pa^ i> reille serge , doublé de taffetas de la même couleur, garni de bon- D tons dW, et un baudrier gris , garni d*or dselé. Un autre justau- » corps de drap gris rayé avec la veste de brocart d*or, doublé de tafi> fêtas blanc ; ledit justaucorps garni de boutons , boutonnières et » passepoil d'or ; une veste neuve de damas blanc à fleurs , broché » d'or, prisés le tout ensemble 300 livres. ^ — La couleur grise est éridemment celle qu'affeetionnaît Du Quesne, couleur sans éclat qui n'appelait pas le regard. Ce n'était point par son extérieur que notre Dieppois voulait se faire, remarquer. 11 n'avait point de justaucorps aux couleurs éclatantes, tout couverts de dentelles, d'or et d'argent, tout chargés de rubans ; il était simple et n'avait pas les élégances des habitués de l'CNSil-de-bœuf ; il était grave et voulait que son vêtement eût une certaine grarité. Cependant il avait « une Brande- » bourg de camelot de Flandres , doublée de serge rouge et garnie » de broderies or et argent. » Cette Brandebourg qu'était-ce? Ce n'était pas un habit ajusté à la taille comme un justaucorps ; C'était un vêtement large, une sorte de pardessus à manches, dont le collet admettait des broderies. Ce qui nous porte à en jager ainsi, c'est qu'avec la Brandebourg figure dans l'article de l'inventaire « on vieil manteau aussi de camelot gris » (aussi nous apprend que le camelot de Flandres dont était faite la Brandebourg était gris, ia couleur adoptée, au moins dans sa vieillesse, par Du Quesne), tf un vieil manteau de camelot gris à galon d'or et d'ai^ent, prisé r le tout ensemble, avec une petite épée et son ceinturon garni d'or n ciselé , la somme de cent livres. «
= a Item, Quatre chapeaux dont un de Caudebec noir, bordé d'or, et les trois autres de castor ; trois perruques de cheveux hhmds et blancs dont une neuve , le tout ensemble la somme de 100 livres. « ( Du Quesne ne portait pas des perruques de cheveux blonds pour
1M8 MAftINI DU XVII* SlICLK. 543
que les petits marquis rendissent justice a as mérite éclatant de ses perruques blondes « ; il était blond ; un portrait certainement courtemporain et probablement fait d*après nature, qui appartient à M. le général d'Hugues, et que nous avons mentionné tome I", page 29, nous montre Du Quesne avec sa chevelure, sa moustache et ses sourcils blonds. Ses perrvques de cheveux blonds et blancs attestent qu'il ne s'en faisait pas accroire sur son âge et ne voulait tromper personne.) Voyons le linge.
=: a Item, Une douzaine de draps fins, une douzaine d'autres draps de toile de chanvre, quatre douzaines de serviettes de toile ouvrée , deux autres draps fins , quatre nappes de toile ouvrée , deux totres paires de draps de toile fine , avec trois douzaines de chemises à l'usage dudit défont seigneur marquis Do Quesne, prisés ensemble 300 livres. >
= « Ensuite la vaisselle d'argent : quatre-vingt-quinze marcs quatre onces, en on grand bassin à laver, un plat à potage » (on sait que le potage n'était point ce qu'il est aujoiord'hui. Boîleau en a décrit un qui fait très-bien comprendre qu'un plat crenx et non une soupière devait le contenir.), « deux autres moyens plats, un autre plat creux , trois assiettes volintes , onze assiettes , une écuelle couverte, une aiguière, une petite salière, sept cuillères, trois fourchettes , quatre couteaux , quatre flambeaux carrés , une cafetière ; une autre cuillère , une fourchette et un couteau étant dans un étui » (instruments pour découper), « le tout .d'argent, poinçon de Paris, prisé le marc à raison de vingt-huit livres dix sous à sa juste valeur » (ce détail serait précieux si l'on connaissait la valeur en monnaie actuelle de la livre et du sou de cette époque du dix -septième siècle), tt revenant le tout au dit prix, à la somme de 2,7âl livres 15 sous. D = a Ilem, Une pomme de canne d'or, prisée 66 livres. » = tt Item. Une bourse de velours vert dans laquelle se sont trouvés cent jetons d'argent , prisés , avec soixante-neuf boutons tant argent que vermeil doré, à 425 livres. »
= a Ensuite les deniers comptants : s'est trouvé «quatorze cent vingt-six louis d'or et pistolles d'Espagne à onze livres cinq sous la pièce , revenant ensemble à la somme de 16,042 livres 10 sous.
= « Item. Une montre à boîte d'or, prisée 60 livres.
=t u Item, Une paire de pistolets d'arçon double, prisée 48 liv. (Notons que quelques épées et ces pistolets sont les seules armes qu'on trouva chez Du Quesne. On ne voit point de cuirasse; la cui-
544 ABRAHAM DU QUESNI. 1M8
rasse n*était plus portée par les oiBciers généraux. Dans leurs portraits peints ou gravés , faits vers la dernière moitié du dix-septième siècle, elle n'est plus, comme le bâton de commandement , qu'un détail de convention pour annoncer que le per^nnage représenté est un militaire d'un rang supérieur.)
= tt Ensuite les papiers. » (Le nombre en est peu considérable et pour nous d'un intérêt médiocre. La pièce qui nous eût intéressé surtout , le contrat de mariage de Du Quesne , n'était point au logis du général et sans doute il était déposé chez un notaire. Mais chez lequel et où? Nous l'avons cherché beaucoup; il n'est pas dans l'étude de M. Defresne, successeur de Lemaitre , notaire des Du Quesne. Le seul des papiers qui nous touche parmi ceux qui furent inventoriés est tt un écrit signé : Du Metz , garde du trésor*royal , par lequel 1) ledit sieur Du Metz reconnaît que la dame marquise Du Quesne, » épouse et procuratrice du dit seigneur son époux, lui a mis es mains » une ordonnance du Roi de la somme de cent mille livres dont Sa Mayi jesté a fait don au dit sieur marquis Du Quesne outre et par-dessus 17 la somme de deux cetit mille livres dont elle lui avoit aussi fait don n pour employer au payement de la terre et baronie du Bouchet, et ^) que sur ladite somme il n'en a payé que la somme de cinquante n mille livres; ledit écrit daté du 14 avril 1684. » Ainsi, des cent mille livres que le Roi lui avait données , Du Quesne n'avait touché alors que cinquante mille livres. Sa fortune était mince. Quatre fils à élever avaient .nécessité de certaines dépenses ; mais ils avaient été élevés simplement, comme les enfants d'un petit bourgeois, et les sommes qui leur avaient pu être consacrées n'avaient pas dû être bien fortes. Du Quesne, on le voit icif n'avait pas de luxe; il avait exercé de nombreux commandements sur lesquels il avait pu faire des économies; il avait des terres en Bretagne qui n'étaient pas sans produits ; il avait retiré quelques proflts de la course faite par des navires où il avait des intérêts... Que lui était-il donc arrivé? Ses lettres nous l'ont fait voir se plaignant toujours de sa gêne et presque de sa misère ; mais dans ses confidences les plus intimes avec M. Colbert — par écrit du moins, — nous ne voyons jamais l'allégation des causes de ce grand malaise. — Après l'inventaire des papiers , on revient aux objets de valeur et Ton cite :
= tt Item, Cent cinquante-huit perles , tant rondes que barroquçs, la plupart non percées, estimées entre les parties la somme de
500 livres. » Remarquons que dans le mobilier ne flgurent ni un portrait du Roi , ni un portrait de Du Quesne ou de sa femme. Pas un livre non plus ; pas une Bible chez ces deux protestants si attachés à leur cuite, et dont les fils sont élevés dans le respect des doctrines de Calvin.
Ce fut le lundi 26 avril 1688 que commença Tinventaîre des meubles et effets gardés au château du Quesne, a lesdits biens mobi- » tiers représentés par ladite dame Du Quesne et par le sieur Etienne 9 Gasquin, concierge dudit château, v Rien d'intéressant dans la cuisine , Toffice , la salle , le vestibule , la chambre ayant vue sur le parterre , la galerie , une chambre attenante â cette galerie , la chambre à coucher du valet de chambre attenante â Fescalier. = u Dans la chambre où couchait le défunt sieur Du Quesne , une tenaille de fer. n = tt Item, Une couche à hauts piliers de bois de noyer, garnie de son enfonçure , paillasse , deux matelas de laine , Tun couvert de futaine , et l'autre de toile rayée , lit et traversin de coutil remplis de plumes , deux couvertures de laine blanche , la housse du lit de serge jaune contenant deux grands rideaux , deux bonnes-grâces et dossier, le tout doublé de pareils rideaux , bonnes-grâces et dossier de taffetas changeant, prisés ensemble 200 livres. » = u Iiem. Un fauteuil de bois de noyer tourné , garni de paille fine , deux oreillers de satin jaune; quatre chaises et deux autres fauteuils de bois de noyer tourné, couverts de tapisserie d'Angleterre; un siège ployant couvert aussi de tapisserie , et un carreau de maroquin rouge ; une table de bois de hêtre couverte d'un méchant tapis de laine ; trois grands rideaux de toile damassée servant à l'alcôve dudit lit; le tout prisé 60 livres, n
Dans dix chambres désignées ensuite, parmi lesquelles celles de madame Du Quesne, de M. de Moros, de la demoiselle La Croisière (?), de M. de Quervichard, — un des parents de Du Quesne, — et de M. de Moraine, — ( Claude ie Moraine, grand-père de madame Galnrielle de Dernières, dame Du Quesne,) — rien d'intéressant.
= a Dans l'écurie de la basse-cour du château : quatre chevaux
servant au labour, garnis de leurs gros et menus hamois , savoir un
de poil rouge et les trois autres sous poil noir , avec leurs queues et
oreilles, prisés ensemble 400 livres, n = « Item. Seize vacbes et
deux taureaux, 300 livres. » = « Item. Trois milliers de foin,
300 livres. Dans la grange au blé : un'tas de blé et gerbes évalués i
trois muids, 200 livres. = Dans la cave, vingt-deux queues de vin II. 95
nouveau du cru du Quesue. i? = Dans un cabinet à côté de la chambre de madame du Quesnc, « une grande écharpe de satin blanc , garnie de frange d'or et argent fin , 60 livres. »
= a Item. Un juste-au-corps bleu garni de galons, boutons et boutonnières d'or filé et la culotte de drap rouge garnie de passements d'or, prisés 60 livres. » (Voilà l'habit de l'officier général , qui ressemblait fort à un justaucorps à brevet )
= Le linge inventorié consistait en a neuf paires de draps de toile fine à deux lez et sept douzaines de serviettes ouvrées, damassées ou unies ^ . = L'argenterie se composait de a quatre moyens plats, deux douzaines d'assiettes, deux chandeliers, une aiguière, un sucrier, deux salières , neuf cuillères , cinq fourchettes , un huilier, un vinaigrier, deux manches de couteaux, une grande cuillère potagère, une chocolatière, une grande mazarine (?), une tasse 4e vermeil doré , le tout au poinçon de Paris , pesant ensemble cent dix marcs, prisés à raison de vingt-huit livres dix sous , revenant au prix de 3,135 livres à .
= u Dans la chambre des papiers , appelée le trésor n , quelques pièces d'un intérêt médiocre , parmi beaucoup d'autres qui ne nous apprennent rien touchant la fortune de Du Quesne. Citons cependant « un écrit signé : Jean Conrard Sollicoffre , daté du 27 juin 1664, par lequel celui-ci déclare avoir reçu du sieur Du Quesne la somme de 13,260 livres qu'il a promis de faire valoir sur la place de Marseille, et de lui rendre avec les intérêts qu'ils auront profites' •. Après cette reconnaissance , citons l'expédition du contrat de vente faite par la maréchale de Clérembault, de la baronnie du Bouchet , le 3 août 1681 ; un bail fait par madame Du Quesne, le 18 novembre 1681 ^ à Jean Boucquin , de la ferme de La Croix, situé au Val-Petit ; bail ce pour six ans et six dépouilles (six récoltes des fruits de l'année), » au prix de six cents livres de fermage par chaque année; enfin la grosse en parchemin d'un autre bail à loyer fait par madame Du Quesne, de la ferme de Montaubert, « à Jean Corneille, pour rÉknl ans et neuf dépouilles, moyennant 1,200 livres par année, n (29 janvier 1684.)
L'inventaire étant fini , la marquise Du Quesne déclara qu'il était dû encore à madame la maréchale de Clérembault, pour reste de la ven!e du Bouchet, u la somme de 60,400 et tant de livres de principal et environ 12,000 livres* d'intérêts ». (Nous dirons bientôt par
^ Nous avons mentionné ceUe pièce tome I*', page 312.
qui fut désintéressée madame de Clérembault.) Madame Du Quesne donna ensuite la liste des petites dettes qu il fallait acquitter : u A Noarry, receveur des droits du marquisat Du Quesne, six mois d'appointements ; au concierge Gasqnin , trois mois d'appointements et à sa femme six mois; au pécheur, six mois , ou sept écus et demi ; à Claude , la servante , ses gages depuis la Saint-Jean , à raison de seize écus par an ; à la gardeuse de vaches , ses gages depuis le même temps , à raison de huit écus par an ; au charretier, ses gages depuis le même temps , à raison de quarante écus par an ; au gardechasse et à sa femme , huit mois de leurs gages , à raison de cinquante-cinq écus par an , au cocher, deux années de ses gages , à raison de cent livres par an ; à Picard , laquais , deux années ou environ , à raison de vingt-cinq écus par an ; à La Rose , neuf mois sur ie même pied ; à la femme de charge , seize mois à rafson de quatre-vingt-dix livres par mois ; à Babet , sous-cuisinière , environ neuf mois à raison de cinquante livres; au portier, trois mois de ses gages ; à La Forêt, palefrenier, dix-huit mois, à raison de vingt-cinq écus par an ; au jardinier, deux cents livres pour un quartier de ses gages; à Lafrène, laquais , vingt et une livres. » Madame Du Quesne déclara avoir payé depuis l'ouverture de l'inventaire, sur les deniers inventoriés, trois termes de la maison de Paris à raison de onze cents livres par an. Il était dû au charron huit cents livres , sur quoi on devait rabattre deux pièces de vin blanc qu'on lui avait fournies depuis huit jours ; au boucher, trois cents livres ; au maréchal , cent vingt-huit livres , » outre dix écus de vieux » (décidément, on n'aimait pas à payer à peu près comptant chez madame Du Quesne) ; « au perruquier, quatre-vingt-huit livres ; au marchand de boutons , de galons d'or et d'argent et de passements , quatre-vingttreize livres...; au sieur Pasbond, agent des affaires Du Quesne, deux cents livres; au sieur Renaud, aussi agent des affaires des époux Du Quesne, trois cents livres ; au procureur, deux cents livres , u enfin tt au sieur marquis Du Quesne (Henri , le fils aîné), la somme de deux mille livres , restée es mains du deffunt sieur Du Quesne et de ladite dame , des deniers qu'il a reçus du mariage de madame son épouse et dont il a billet de ladite dame Du Quesne , payable à volonté. » L'inventaire fut tenu pour clos le 19 mai 1688. » (Minutes de Boisseau , chez M* Defresne.) Ce que nous apprend ce document de la vie intérieure du château et de la maison qu'habitait à Paris la famille Du Quesne est bien peu de chose. Une foule de détails furent négli-
348 AilllAKAlkl OV QlESfiK.
^és par le notaire Boisseau , à l'aide desquels nous aurions pu faire un tableau assez Odèlc de cette vie qui nous parait avoir été plus sévère qu'attrayante. Les habitudes de madame Du Quegne , doDt . par parenthèse , les vêtements ne furent point inventoriés, ce qui nous interdit de porter un ju<|ement sur son luxe particulier, semblent avoir été celles d'une femme simple, occupée de son ménage, de ses enfants, des affaires pour lesquelles Du Quesne lui donnait ses procurations, et, pendant les dernières années de la vie de son mari et de la sienne, de l'aduiinislralion de la terre seigneuriale, qui avait des produits en vin, blé, fruits, et probablement permettait à la marquise — c'était bien peu marquis ! — de faire un petit commerce de lait et de fromage ; car â quoi auraient seni les seize vaches entretenues dans l'étable?
Le domestique de la maison était assez considérable; mais en nombre il ne dépassait point celui qui convenait à une maison bourgeoise où la fortune n'était peut-être pas, mais où régnait une honnête aisance. Du Quesne avait trois laquais , c'était le nombre des valets que le Roi entretenait quand le général était embarqué. A la porte de l'euclos était un portier indispensable, au château un concierge, gardien chargé de l'entretien en l'absence des maîtres. La Juiue courait autour du parc , un pécheur y prenait le poisson pour la table du seigneur et pour celle du commun des gens : pour ces dcuï tables une cuisinière , la servante Claude et Babet la u souscuisinière 1 ; ce n'était pas trop. Du Quesne n'avait qu'un carrosse, comme un conseiller au Chdtetct ou un notaire , mais il avait six chevaus pour cette voiture; c'était beaucoup , et le seul paletreoicr et le cocher unique devaient avoir beaucoup à faire , d'autant qa'aui six chevaux de carrosse se joignaient deux chevaux de selle. Quant aux chevaux de labour, ils étaient aux soins du charretier, qui paridt avoir été aussi le laboureur, car le jardinier, unique aussi , ne devait avoir cure que des légumes , des fruits , dos fleurs et des arbres (aillés à la Le K6tre.
Madame Du Quesne avait une femme de charge , la dame Poisson, qui avait soin du linge et aussi de l'argenterie, qu'elle devait bien <]ouvemer, veuve qu'elle était d'un orfèvre. Le linge était en quantité fort respectable. Quand il allait à la mer, il fallait à Du Quesne plusieurs douzaines de chemises et quelques paires de draps. II Ini fallait aussi des mouchoirs , des cravates de fine toile de Hollande el de dentelle, et puis des bas-de-cbausscs; — a-t-on remarqué Je nom:
ISSS MARINE DU XVII° SifeCLK. 519
cuhlte, employé par le notaire , au lieu de celui : liaut-de-chausses, qui apparcmnienl était passé de mode depuis lu mort du bonhomme Chrj'sale? — bas, cravates et mouchoirs sont restés au bec de lu plucne de l'oflicier du Chàlclel, avec l'encrier et les livres de Du Quesne. Qu'il n'y eût pas une bibliothèque uu Quesue ou à la maison de la rue de Bourbon , cela se comprend ; mais qu'il n'y eût pas quelques volumes au moins, cela ne se conçoit guère. Normand, Du Quesne n'aurait pas eu la Coutume de Normandie! protestant , il n'aurait pas eu une Bible! Il lisait rarement, sans doute, et nous comprenons que, peu fnît ans coutumes du beau monde, il n'eût pas l'Honnite homme de Faret, ce livre, guide de l'homme bien élevé , du courlisan raffiné , du parfait gentilhomme ; nfats qu'avec son caractère il n'eût pas les Satiret de M. Detpréaux, nous ne le comprendrions pas.
L'argenterie était fort dépareillée : ce ne devait pas être la faute de la femme de charge ; eJU voyageait avec le maître et se déeoniplétait. Le mobilier était suffisant , mais c'est tout ; celui de la c pa<]ne était le plus considérable , parce que le Quesne était devenu l'habitation ordinaire . la maison de la ville n'étant qu'une sorte de picd-à-lerre. Madame Du Quesne fut simple en ses atours comme elle l'était dans l'ameublement de sa chambre, nous le croyons; la simplicité de Di| Quesne dans son vêtement nous porte à le croire. Il n'était pas de ces maris faciles qui souffrent des fantaisies à leurs femmes coquettes.
Sévère, rigide, d'ailleurs pointilleux, comme nous le connaissons. Du Quesne était-il chez lui d'un commerce facile , aimable ? Il nous semble qu'il imposait le respect à tout ce qui l'entourait , qu'il n'admettait guère lu contradiction , que son front se déridait pou, et qne le rire ne s'épanouissait sur ses lèvres qu'à de rares occasions.
.Vous disons qu'il nous semble, parce que de l'homme privé nous ne savons rien , rien du père et de l'époux. Quelque effort que nous ayons fait, nous n'avons pu trouver aucune lettre écrite par Du Quesne à sa femme ou à un de ses fils. \'ous ne connaissons de lui que l'homme public , à nous révélé par la correspondance officielle ; l'adolescent brave , qui obtint un brevet de capitaine à l'âge où l'on est encore mousse; te jeune capitaine, qui servit en France et en Suède avec un égal succès; le marin que l'espériencc a mûri de bonne heure; celui à qui l'on a recours pour décider ou préparer les réformes en ee qui est de la construction navale ; celui qui commenle
.iJU ABItâHAU DU QUESN'K.
UD urdre et se le fuit répéter avant de l'exécuter, esprit résistant, cuirassé de difficultés, et qui se reud quelquefois sans avoir été couvaincu ; le général qui se mesura avec le Taïueux Michel-Adrianlz de ituyier el l^'éjjala dans la bataille ; l'ofGcier plein d'initiative , qui canonna Scio et forta les Tripolitaios à subir la paix; le vieuv général qui bombarda Alger et Gênes ; le \ormaud qui ne fut pas sans aimer fort l'argent; le père et l'oncle à qui la fortuue et l'avenir des siens tenaient au cœuf, comme l'avenir et la fortune de ses HIs tenaient au cœur de M. Colbort ' ; le serviteur qui avait conscience de sa valeur cl réclama sans cesse le prix de ses services ; le réformé qui espéra que Louis XIV ferait en sa Faveur une exception et lui accorderait une hante dignité que le itoi ne voulait accorder qu'au nouveau converti; le protestant qui démanda au prince, en termes liers mais respectueux, la permission de rendre comme 111' entendait à Dieu ce qui revient h Dieu, quand tous les jours il rendait au souverain ce qu'il lui devait ; le religionnaire qui eut la douleur de vnir des Du Qucsne aposlasier, enfin le calviniste mort sans avoir renié Calvin. Mais ce n'est là qu'un côté de la figure de notre héros. L'autre profil nous reste inconau, et nous en sommes réduit à ne pas dessiner son portrait de face. Que Du Quesne ait été un bon père , nous n'en doutons pas ; qn'il ait eu , au moins à l'âge de quarante ans , des dehors bienveillants et quelque chose qui attirât, nous le croyous, puisqu'une jeune fille renonça à la religion catholique dans laquelle elle avait été élevée, et passa au camp des reformés, pour l'épouser. A cette époque. Du (jucsnc était déjà distingué, mais il n'avait pas encore une de ces renommées éclatantes qui parlent tant & l'imagination des femmes. Kn lui, ce fut donc lui qu'aima mademoiselle Gabrielle de Berniércs. Pour elle , aplanit-il les aspérités de son caractère, et, de rude qu'il était naturellement, se fit-Il liant et facilet
' Puiiqae la ddid du gnad Uiniilre de Luuis \IV se Iroaco encorB aae foif looi noire plntne, que l'on hodi peraiella d'ajouter i ce qne noDB ivona dit, pigM 479-79. Bue demii-rc rcaiarc|ue. MademoiicUe de UoBtpBiuicr. don) iti Mimoïm, parlant de l'écéneaient qui a ilnuiii; liuu à d'élrangei déclanialioi». dil cctÎ : • Li noDtelle de la mart do M. Cotberl vint le S de teplembre. Je (at trft'Hxhie ; je di* «u Hol, qui tUoil i la tneite : • Votre Majeité vent bien que je prenne pvl i l« perte qu'Klle a • faite. • Rien de plui- Si quelque crainte i propoi du
nifeslée i quelque ineiure de |
regrei
Uémoim, au lea détail» a
i la Cour; tî quelque émolion pupalaîre
ir tout ce qui inljreaaail
L'nDiour peut toul; mais combien rie lemps cela dtira-t-il^ Ce que nous savons, c'est quo Du Ouesiie fut, de son temps, le marin le plus fort par la volonté, le savoir, l'intelligence du métier; il fut un des hommes remarquables d'une époque qui eut beaucoup d'hommes remarquables; nous ne savons s'il faut dire qu'il fut un grand homme dans toute l'acception du mol , mais ce qui est démontré , c'est qu'il fut un grand homme de mer. Il ne commanda pas de ces flottes immenses qu'après lui commanda M. de Tourville : l'occasion lui qua de prouver peut-être qu'il était capable de faire agir ces nnmbreux vaisseaus que le comte de Tourville maniait avec uue habileté qui ne fut pas trompée. Il manqua, non pas à la gloire, mats nu bonheur de Du (Juesnc, le litre de Vice-Amiral qu'eut M. de Tourville, à qui le Itoi donna déplus le bâton de Maréchal de France apri^s le malheur de la Hougue, pour bien marquer que le général ne devait point porter la responsabilité de ce malheur.
M. le marquis de Dangeau écrivit ù la date du ti février 1688, quatre jours après la mort d'Abraham Du Qucsnc : u On n'a point encore donné la Vice-Amirauté du Levant. " Le chroniqueur s'étonne que Louis XIV n'ait pas donné, le lendemain de la mort de celui qui la convoitait, la charge qui l'aurait fait plus riche et plus glorieux; le Itoi voulut attendre. Par respect pour la mémoire du serviteur illustre qu'il avait aimé, il tarda de signer les provisions qui attribuèrent au comte de Tourville cette charge, restée suspendue pendant quelques années devant Du Quesne, comme le fruit désiré devant la bouche de Tantale ; ce fut seulement en octobre 1689 que M. de Tourville eut le brevet de Vice-Amiral de Levant. M. le comte Jean d'Ëstrées avait eu à bon marché, le 12 novembre IGGO, l.i Vice-Amirauté de Ponant; mais il était de sang royal.
Le 25 mars 1C88, après lu conversion de madame Du Quesne, le Roi avait donné à </■ Abraham Un Quesne-Moros et i Isaac son frère, X faisant profession de la K. C, A. et R., tous et chacun les biens " de la succession du feu sieur Du Quesne, leur père, lesquels « auroienldù appartenir et échoir à Henri et Jacoh Du Quesne, » leurs frères, faisant profession de la Religion P. R., lesquels sont ^ sortis du Royaume. " (Archives Mal., .Secrétariat, vol. K, 3371, fol. 84.) Le don fuit par le Roi. aux nouveaux convertis, des biens de
3J3 ARRAHAU DU QUKSNE.
leurs parenis fugitifs ou obstloés dans leur résolution de rester prole»lanls en France, éluJt chose ordinaire, nous l'avons dit ; les eicniples en sont nonilircnx. Ainsi, le ^0 décembre 1688, Louis \IV donna au marquis de Dangeau, chevalier d'honneur de madame la Dau"] phinc. Ira biens des demoiselles Courcillon de Dan^eau , ses sœur^, sorties du royaume. (Arch. Xat. , Secrétariat, vol. E, 33T4, fol. :)i2.) Et pour citer un exemple qui intéresse un oFûcier de marine, nous soyons, folio -iOG du volume cité, une u conOrmation v du don tait, le i octobre I6S7, ù M. du Rivnu-Huct. capitaine de vaisseau (nouveau converti), à M. Béraudis , lieutenant général de la Rochelle, et à H. de Bois.sondas, de tous les biens meubles et tnimeubles qui avaient appartenu à lit dame de Farcy, leur belle-sœur, sortie du royaume, La mesure était humaine et en adoucissement aux rigueurs des ordonnances. Les parents qui recevaient le don, libres de venir en aide à leurs parents dépouillés, étaient, pour ainsi dire, invité* par cette libéralité à les aider et à conserver leurs biens, pour leur restituer s'ils rentraient en France, car alors le Koi ordonnât la restitution. Les détenteurs des biens des proscrits n*en éUîeat| donc, eii réalité, que les conservateurs, curateurs des absents. n'a pas assez remorqué cela.
M. Abraham Du Qucsne-Moros, qui s'était converti, revint hientôl sur son abjuration. Il passa en Hollande, quand son jeune frère Jacob alla, dit-on, servir en Angleterre (Archives de la Marine, Alphabet LafGlard), double émigration que n'empêcha point leur mère, protestante qui portait un masque catholique ne trompant guère le monde, au Quesne surtout. L'apparence sufDsait : elle faisait des actes catholiques, allait h la. messe ; mais le diable n'y perdait rien. Le comte de Moros passa donc en Hollande. H semblerait que son retour à Calvin fut le témoignage d'un regret sérieusement éprouvé pour la faiblesse dont il avait fait preuve en se convertissant au catholicisme ; il allait donc se montrer prolestant religieux dans »t nouvelle patrie. Cuneu\ de savoir ce qu'il y avait de sincère di celle évolution, à la Haye, puis à Amsterdam, en juillet 1851, avec le secours très-obligeant de deux ministres de l'Église wallonne, MM. Ségrelan et Monnîer, descendants de réfugiés français, nous cherchâmes le nom d'Abraham Du Quesne-Moros sur les re|}tstre> où sont inscrits avec le plus grand soin tous les actes religieux faits par les paroissiens : assislancc aux oflices, présence au prêche, commuuions; à notre grand élonnement et à l'élonnement plus grand
înir
1689 MARINE DU XVn« SIÈCLE. 553
encore des deax respectables ministres , nous ne trouvâmes jamais ce nom dans la liste des fidèles « de la vraie religion » , où d*ailleur8 nous ne remarquâmes qu*un très-petit nombre de noms français.
M. Du Quesne-Moros avait bien autre chose à faire qu à chercher à édifier les Hollandais ! M. Michel Bégon, Intendant de Rochefort, avait appris que les fils de Du Quesne ne voulaient point revenir en France, bien que leurs amis, et M. Cabart de Villermont en particulier, les exhortassent à rentrer; il écrivait, le 3 avril 1689, à M. de Villermont : u Je suis fâché que les enfants de M. Du Quesne pren- » nent un aussi mauvais parti que celui qu'ils prennent, n Les Du Quesne n'en étaient plus là ; ils avaient en tète une entreprise qu'ils espéraient mener à fin. Leur dessein était de fonder une colonie de protestants à*rîle Bourbon. M. Henri Du Quesne, que ses loisirs fatiguaient , était allé de Suisse à la Haye et avait , avec son frère Moros , conçu le plan , â l'exécution duquel ils procédaient par des publications dont le but était d'attirer des émigrants, colons futurs de l'île à laquelle ils donnaient le nom attractif d'^éfe/i. Descriptions flatteuses de cette île des délices, véritable paradis terrestre, prospectus pompeux furent répandus en Hollande , appelant les Français de la Religion à prendre parti dans une affaire qui ne pouvait manquer d'avoir les résultats les plus heureux'. Il est vrai que TÉden, île de Mascarenhas ou de Bourbon , appartenait à la France depuis quarante-six ans, et qu'il était difficile de croire que Louis XIV permettrait qu'on y fondât une petite république calviniste ; mais on comptait sur l'appui des États de Hollande, et l'on allait de Tavant. u Le n marquis Du Quesne et ses frères, et autres, leurs amis r> (ende sijne broeders ande andere haare vrienden), a s'étant enfuis de la France » pour cause de la Religion ^^ , présentèrent requête aux Etats de Hollande, « disant qu'ils avoîent l'intention d'armer â leurs frais T) quelques vaisseaux et de se rendre maUres d'une petite île près de V Madagascar, appelée l'île Bourbon, et occupée par les François » depuis quelques années, et demandant de faire cet armement dans » les ports de ce pays-ci, et sous la protection de Leurs Hautes Puisn sauces « . On voit qu'il s'agissait d'une conquête. La Hollande regarda-t-elle ce projet comme une chose toute simple? Leurs Hautes
' Il eiitte nn Recueil de mémoirei itnant d'inOruetion pour ViUthHiêement de tilt dÉden. A Amsterdam, cbes Henry De«l>ordet, dam le Kalver-straat , près le Dam. In- 12 de 72 pages. (Bibl. de TArsenal, \h\AA H.) Les pelits écrits contennt dans ce voinmc sont probablement de M. Henri Du Qnesne, Técrirain de la famille.
Puissances renvoyèrect la requèlc au directeur Je la Compagnie générale des Indes orientales, pour avoir son avis, t) juin I(>89. [Secreete Resolution von liaar Hoeg mogende de Slaten gmeral, anno 1689. Manuscrit in-folio, relié en parchemin, page 2C1.- — Archives des Ëlals, à la Haye. — M. de '/.vinn mil entre nos mains ce manuscrit en 1851.) La Compagnie des Indes répondit qu'elle avait vu la requête (<3 juillet), et les États renvoyèrent le marquis Henri Du Quesnc k la Commission des aiTaires de la mer (page 320 du Manuscril). Le l.i juillet, les Étals, " oui les rapports di^ la Com- « missiou des Indes et de celle des afraires de lu tuer ■< , accorda k Du Quesne l'objet de sa requéle (page 330 v°). Le 30 décembre, M. Henri demanda aux Élals-Généraux la permission de prendre avec lui un ingénieur " pour faire une forlilicalion nécessaire à Eden ■. Cet ingénieur se nommait « Etienne de Trégodière, capitaine a« \ » service de l'Etat dans le régiment wallon •> . La permission fut accordée. — \ous avons vu dons le livre des mariages, 1632-1726, de l'église wallonne de la Haye, que, le 1" avril 1691, Élienne de Trujodière(AFc).capîlaine au service de l'Elal, épousa Hélène Ghysen. Ce mariage, cootraclé seize mois après que les Du Quesne eurent traité avec la Compagnie des Indes, représentée par P. van Dam, nous paraît démontrer au moins une chose, c'est que l'ingénieur de Trégodière ne lit pas le voyage projeté. Au reste, voici ce qui arriva de toute celte aH'aire. François Léguai, dans le récit des voyages et des séjours qu'il lit avec quelques protestants aux Indes orientales, et qu'il publia sous ce litre : Voyage* et avenlures de Fran^oii Léguât et de ses compagnons en deux lies désertes des Inde» orienlalet, etc. ', nous apprend que le marquis Du Quesne (Henri) fit armer h Amslei^
1 II eiiile plusi«an édilioD) Je h relation publiée par Fr. Lc^dbI, qui H dit quelque pari naliT de la Dmie. M. H. J. Kœaen. dam ton Hiilolrt (en Iwliiiula») dt niabliêttmrnl il ih twfiuenrt dit téfa^UtJraitfait data Ut Pai/tBat (Liideo, iii-8°), outrage qaonoui Bl ponnallre en 1851, i li Haye, noire Irèi-nlill géant ami M. Cêmp- IkII. M.Knaen, diauua-noui, cite une édilioo 10-1° dan née à tlrtclil an J708. Koa* l'atoi» cherchi^ uni la Irouvirr. non ping que l'édilion anglaïio laite i Loodiai m ITOS, ia-8°. A I.ondra parut en Trinçaii la relation de Léguai (ITOS. 3 lolumei in-lS); ncns ne coanaiiiont relte édi lion qne par la menlian qu'en ariJtcU. BobcIkt de La Rieharderie , Biilielhijiu mtietrtiUt da Voyaftt, tome 3. page 9t. Calle qse noD< aïoni eue boui le] jeui. duon^e d Londrei ohei David ^lorlicr, comme l'MJliaa de ITOS. e<i dallée de IT!I. (Bibl. Iirilléc du Louire. E. P4IÎ.) I.ei doni pariiet lonl )ous la même cDUieriure. La dédicace du premier vulome au comte de Kent, liguée Vmtçaii LeguIt, eat datée : - Le 7 orlobro , Londrei . I TOT ; ■ la leconde partie Mt dédiée par le continuateur de Leguit i nn penonnage liallandaii.
dam deux vaisseaux, dont le plus grand eut pour capitaine François Léguât. Ce grand navire était nouiiné l'Adroilt. L'armement s'achevait, lorsqu'on apprit que la France envoyait dans les mers de l'Inde une escadre de sept vaisseaux. Qu'allait faire cette escadre? On l'tjinoruit ; mais la crainte qu'elle inspirait fit renoncer au voyage des deux vaisseaux d'Amsterdam. M. Du Qucsnc voulut cependant s'iuforiner des desseins de l'escadre royale, et pour cela il fit a petite frégate pour l'envoyer à la découverte. Le commandement de ce bâtiment léger fut conGé à un certain Antoine Valleau, de l'ile de Ré. Le marquis lui donna un pavillon blanc & huit larges rayons bleus partant du centre, où figurait l'écu des armes des Du Quesne : d'argent au lion de sable himpassé et armé de gueules.. Ce qu'il y a de curieux, c'est qu'au revers de l'écu le marquis fil .coudre la devise « du sage pape Adrien VI : Libertas sitte licencia n . Un protestant empruntant sa devise  un i'ape , c'est merveilleux ! Avouons pourtant qu'il ne pouvait pas mieux choisir; il recommandait uux républicains d'Éden de ne point abuser de la liberté, recommandation qui de tous temps fut faîte aux amants de la liberté et ne fut Jamois obéie. L'Hirondelle — c'est le nom de lu petite frégate ou corvette que menait Antoine Valleau et qui portait Le<juat — partit d'Amsterdam le 10 juillet 1690. Arrivée au cap de flonne-F.spérance, cllo eut des nouvelles très- in certain es de l'escadre royale et se décida à ne point approcher de l'Ue Bourbon. Valleau la conduisit à l'Ile Rodrigo de Ituiz, une des Mascareignes. Le capitaine laissa là un certain nombre de ses passagers, qui, au bout de deux ans, construisirent une chétive barque de 23 pieds (1 m. 14) de quille, 6 pieds (t m. 35) de largeur, et 4 pieds (1 m. IlO) de hauteur, se confièrent à ce navire peu solide et fait sans art, et abordèrent heureusement <i l'île Maurice.
Ce que devint l'Hirondelle, Fr. Léguât a oublié de le dire. Un vaisseau du Roi la rencontra, la prit et l'amena à la Rochelle. M. Michel Bégon écrivait de cette ville, à M. de Villermont, le 24 mai 1692, qu'il expédiait à Paris ^ le coffre qui s'est trouvé dans >■ la corvette de M. le marquis Du Quesne prise par le vaisseau n YAdroit ■> , les interrogatoires subis par Truie — le capitaine qui apparemment avait succédé à Valleau, mort — et un nègre de l'ile Bourbon, — oit l' avaient-ils trouvé? — u par lesquels vous saurez le " détail de ce voyage et les projets du sieur Du Oucsnc. !- { Lettre à nous communiquée.) 11 est regrettable que ces interrogatoires n'aient
JE
iî6 ABKAHAM DU QUESNK.
point élé conservés auiL Archives de la Marine. Quant aux projets âel
M. Henri Du Quesne, nous venons de dire à quoi ils aboutirent.
Une singulière confusion s'est établie entre le voyage que le ma quis Du Quesne ne devait pas faire et qui n'eut pas lieu, et cel«{j que fit un autre Du Quesne. On lit dans la Biographie de Feller (1832), article Di; Qursnr : » Abrabam Du Quesne, deuxième £!•■ " du précédent, Gt un voyage dans les Indes en IG60; Cballes l'ftl " écrit. » IlitiO est une faute d'impression; c'est 1690 qui est lal bonne date. Quant au navigateur, ce n'est point Abraham Du Quesae-I Moros, mais Abraham Du Quesnc-Guitou , son cousin germain, comme nous l'avons dit. Le 2i octobre 110-i, M. de Beaujcu, i taine de vaisseau , écrivait à M. de Villermonl : ^ Bien d'autres qiuJ n Gouneville ont abordé aux terres australes depuis Gama, et Dvl 1 Quesne-Guiton les a vues dans son dernier voya^ije des Grandet! i> Indes; mais votre ami M. de la Loubère empêcha qu'il ne lesreroa»! 1) mît et ne les abordât, n (Bibl. N'at., Ms. Dangeau.)On a de lanavi-1 galion de M. Du Quesne-Guiton deux relations. M. Du Quesne montait 1 le Gaillard, Amiral d'une escadre de six vaisseaux, dont trois appar> J tenaient ù la Compagnie des Indes orientales. Il alla de Port-Louis I I Balacor, prés de l'ondicbéry, et, parti le Si février IG90, il revint &I son point de départ le 20 août Ki'JI. Nous n'avons pointa écrire TfaiS'l toire de cette campagne, dont le récit intéressant a été fait par un detM compagnons de M. Du Qucsue-Guilon, dans un livre devenu rare'. I
il. Abraham Du Quesne-Moros, qui persistait dans sa volonti I de rester éloigné de la France, fut rayé de l'Étal de la marine , le f 1" décembre 1689.
' Le r^cit auquel noui Tmions ntlniion ot ioliluli ; ■ Hcliliun da vofigs drel (les Indes oriealiln. pendsnl Ici antiéia 1S90 el 1691, pir un garde de la mw KTvaal lur le bord de tlomiear Du Quetne, commandant de l'eKadre; 1 iblnmein de 333 ptgta; Tarii, chei Juan-Bapliile Cogniard, imprimeur dn Roi, IG>a. • D le priiilégo, dilc du 39 acril 1093 , on til : ■ Il ett permri aa lieur Clinde-U[cU J PoDchot de Ctianlaisin, <|>rdi:-ii]ariiiE, du Taire imprimer, tendre el dcbilcr aae (d^ I litre inlilulé : Relalion du voyage el rclour det Indei orienlalei, pendanl le lempa A haidnnéee. • — M. do ChantoMin, noutean garde de la marine du l'^jaDiitr 1692, 1 fut Tiil enieigne la l" janiicr 1S93. Il lo relira aiec ait ceuli litrei de peoiion. U J 33 juin 1737, et mourut i Tonlan le 13 odobre 1740. — La tecoade âa relalioiil | de la navigation de M. Du Qnanc-Gnilon eat inli{ulée : -VDiige raitani Indea oi Ulea par une encadre Je lîi taj»cani eommandée par M. Du Qaeine. depDÎ* U îi réirivrlSBO jniqa'anSO aodl 1691, par ordre de la Compagnie dea lodatarieulales. • LaHajc, I7il. 3 tolumet in-13. L'Aierliiumenl eiL date du IS mari 1731. Cet ouirage, non moini rare que le preccdcnl, éloil ■ la Blblîoliicque du Louvre, hhu la roirK. 016; l'autre y élail auEii, inui la cote E. 917.
]eS9-9J UAItI\E Dl' XVII' SIÈCLE.
— Depuis lu mort de son mari, la situation de madame Dti Quesne
était changée. Sa furiune était amoindrie ; les appointements et les pensions dit Ueulenant général lui manquaient. Elle avait plus d'une dette à acquitter, et pour y faire face ses ressources étaient minimes. Une reforme était nécessaire ; elle la fit , quitta la rue de Bourbon et alla s'établir dans un appartemenl, sur le quai des Théatins. Sans doule 1 écurie fut vendue , ou elle se réduisit à une seule paire de chevaux pour traîner le carrosse unique. Ce n'élnil pas la misère, mais la génc. Le Quesne lui pesait sans doule, mais il était cruel de penser à se défaire de celte terre où Du Quesne avait passé ses dorniËres années. On songeait à le -vendre, mais on hésitait. Eu attendant, le 25 septembre 1689, madame Du Quesne faisait, en c pagnie de son fils Isaac , u l'un des mousquetaires du I déclaration d'aveu, de foi et hommage pour son fief de Monlaubcrl à M. Hugues de Racine, seigneur de Brazeux. (Minutes de Uoiss chez M. Defrcsne.)
Le 25 septembre 1680, le Roi donna à M. Isaac Du Quesne, un de SCS mousquetaires , qui avait pris parti depuis peu de temps dans le corps dont Louis XIV était te capitaine, u tout ce qui revcnoit à n Henri , Abraham et lsaac~Jacob des biens de leur père n . Cela ne devait guère l'enrichir, s'il réservait pour les absents les fruits qu'il tirerait de ces biens. On surveillait toujours madame Du Quesne, soupçonnée d'élre peu catholique. M. de Pontcharlrain ayant été averti qu'un nommé Du Toit, « un homme de M. Du Quesne qui est " en Hollande • (Abraham Moros), était parti porteur de lettres pour madame Du Quesne. écrivit, le 30 avril li>92, à M. Desgrés, lieutenant de la compagnie du chevalier du guet, de le faire arrêter et ■ de saisir tous les papiers dont il se trouverait chargé • . Nous ne savons pas si ces papiers compromirent la malheureuse marquise; il nous semble que le reste de l'année se passa assez doucement pour elle et pour son fils.
Les nouveaux convertis étaient toujours suspects; ou ne les traitait pas bien, el, en exigeant trop d'eux, on les repoussait. Ainsi M. Du Quesne-Guilon voulait épouser mademoiselle Marguerite Nicolarl de Voulron , » huguenote mal convertie " , disait M. Bégon , le 1 1 mars 16!)2 ; l'évéque de la Rochelle élevait des difficultés sur ce que manifestement mademoiselle de Voulron était encore en dehors de l'Eglise catholique, bien qu'elle eût fait sa réunion. Le curé de Rocheforl se refusait, quant alors, à bénir son mariage. Cela mécontenta beau-
AliRAHlM DU QtESXK.
. Du Onosne-Gnilon. Voici sur cetlc affai
lettre que M. de Villermont; elle est
coup II
M. Béflon écrivit, le 1" avril 1692, i
curieuse :
1 J'ai souvent enlrelenu H. il« la Rochnlle sur ce que vous m'ccrivez; il ee fonde sur les ranons des Conciles et sur l'avis de la plupart des évéques de France, entre lesquels sont M. l'Ari^hevéque de Paris et H. de Meani, qui lui ontmaudë qu'ils en usoicnl de mime dans leurs dioeèees. J'en ai rendu compte sut Ministres du Ro; , qui n'ont pas jugé à propos d'interposer l'autorité de Sa Majesté, quoiqu'ils soient tous persnsJdêi qu'il seroit du bien de l'Etal de trouver des tempéramens pour faeililer les mariages des nouveaux convertis. M. de la Docbelle convient que la eo. l'enioH n'est pas nécessaire pour la validité du saeremenl de mariage , ce n'est pas l'état de la question qui se réduit à savoirs! les cures peuvent 'tre' | appelés les propres curés des ^ens qni ne font point profession de la ReligioBO C. A. et R. » (Bibl. \at., Lettre à Cabart de Villermont, Ms. Daogeau.) J
M. Abraham Du Quesne-Monnier, a Gis de feu M. Etienne Do-'' !■ Quesnc et de madame Susanne LcMonnier, demeurant et servant le " Roi à Toulon depuis vin^t ans « , épousn, le 2 août 1693, sansdilB^ cuilÉs , " mademoiselle Ursule-Thérèse Possel , fille de feu maître n Louis Possel , avocat en la Cour. i Le mariage fut fait dans la chapelle de Saint-Sébastien , en présence de témoins , parmi lesquels nous remarquons Jacques (îantheaumc, notaire et greffier de la sénéchaussée , et Alexandre Ganihcaume , ai'eux de l'oflScicr qui , sous 1« ' premier Empire , devînt Vice-Amiral et Sénateur. Par une sîngulsrilé assez gronde , le eonlrot de mariage ne fui rédigé que le 10 octobre 1693; les témoins qui assistèrent les deux parties furent ; •L Ange-Rodolphe llidaud, seigneur de Halnovc, capitaine de vai»- ■ n seau du Roy en la marine; dame Anne Possel, son épouse, -< sœur " d'Ursule, ^ cl le heau-frère de ladite dame, Jean Possel, 1, écrivain principal, frère " de la mariée, " seigneur Victor-Marie, " comte d'EsIrées, Viee-Amirnl de Fronce; Louis (îirardin de Vau- » vré, Intendant de la marine ; Fr.inçois-Roger Robert, commissaire '. général ; François Régon , trésorier de la marine. » (Commanicalion de M. le général de division d'Hugues.)
M. Abraham Du Qucsne-Guiton .ivalt trouvé, dans un diocèse autre que celui de M. de la Rochelle, un prêtre plus facile que celui de Rochefort, et son mariage avait été béni. Il était allé à Toulon avec sa femme et sa belle-sœur ; mais mesdemoiselles de Voulron s'obstinant à se conduire en hugnenotes, on mit madame Du Qucsne-Gnilon au couvent de la Providence (ooflt IG9i), et on ne la rendît à
la liberté " que le 1" janvier 1()95 i. , sur la promesse qu'elle (it de i< tenir une aulre conduite qu'elle a fait, sur la Ilcli<{ion " . (Arch. de la Marine, Ordres du Roi. 1695, fol. 1".) M. Du QucsDe-Guilon, aussiEôl après sa conversion, avait obtenu du Itoi le don des biens de sa toute Elisabeth Guiton, femme de M. tiuibcrl, ministre de la Religion P. It. à la Rocbclle. L'u édit du mois de di^cembre lt>8t> avait révoqué de pareils dons, cependant il avait continué- ^ jouir de la faveur que le Roi lui avait fuite. Comme il craignait qu'on ne lui appliquât les prescriptions de l'édit de 1689, il présenta requête pour qu'on ne le dépossédât pas. Le 7 mars 1604, Louis \IV, <■ approuvant lu régie qu'il » avait h faite desdils biens jusqucs à ce " jour, ' le commit <• pour ré^ir et administrer lesdits biens et en " recevoir les revenus, à lu charge par lui d'eu rendre compte cjn après, ainsi qu'il» serait n ordonné par Sa Majesté. ' (Ribl. Nat., Ms. Clairambault, 562, pièce 181, parcbeniin.)
Le 11 mai 161)4, madame Du Quesno, veuve du général, lit un acte de foi et hommage au Roi pour le marquisat du Quesne. (Archives Nationales,) Quelque temps après, elle put apprendre que son fils Moros était à Auboane, et que, le 25 août, il avait présenté au baptême •'■ Marc-Antoine-Jacob " , deuïième fils de son frère Henri. M. Abraham Du Quesne-Moros retourna h la Haye, oii il mourut, le 22 février i6t>5. 11 fut enterré dans le Nienkerke. (Attestation donnée h la Haye, le 5 juillet 1697, par-devant notaire, et certifiée véritable par M. Isaac Du Quesne; pièce classée à sa date parmi les minutes de M. Lefer, notaire à Paris.)
M. Isaac-Jacob Du Quesne, qui se qualifiait comte du Quesne et de Moraine, était revenu on France vers la lin de l'année 1694, s'était converti et avait demandé à entrer dans lu marine. Le Roi lui avait donné, le 35 juillet 1605, un brevet d'enseigne de vaisseau. Le H septembre 1696, il était au manoir du Grand-Moros avec son frère Isaac, et, au nom du leur mère, tous deux faisaient un acte relatif à la propriété du petit Moros. (Acte appartenante M. le baron de Penguilly L'haridon, propriétaire du Moros.)
Madame Gabrielle de Remières et ses fils résolurent à la fin de vendre le Quesne, qui leur était onéreux. M. Marc-Antoine Rose, maître des requêtes, — un parent de la femme de M. Henri Du Quesne, — consentit à l'acheter aux conditions suivantes, que nous voyons écrites àe sa main :
u Le priï , deux cent soixante miiU lirrr*. — Pour les payemcDls, ledit
ABRAHAM DU QUKSNE. )0(I
^bargi! <le la délie de madame de CIcrambaull île êoixanit-dix
- Il paiera au sieur de Lt Rilardière la somme qui lui est
de vingt mille lirrei. — Il payera à la dame de FuÎKsy
! de sept mille lirres. — Il dontiera à madai
onte mille livres, argent romptaol, le jour (
ranlc mille livra de la miuiière convenue. — Il payer»
su sieur comlc Du Quesne , après le décret i-uloni
harun la somme de cinq mille Hvrei, a leur volonlc.
ledit sieur Bosc entrera en payement la cinquièni
m autre ijuart; la septième pour
r le dernier quart ; et cependant
)icd de l'ordaDuance. — Li
quise Du Ques
— Il payera j
qu'il stipule, h
Pour le Eurptu
pour un quart; la siiiènie poi
aiime quart, et la huitième p
du jour de la jouissance sur I
commencer du jour de Saint-Harlin procliain de la
— A condition que messieurs le moriguis Du Qucsne et comte Du Qi enverront leur procuration en bonne et duc forme , justifieront de leur majorité et que l'aiïaire sera agréée par le Roy. — Fait doubli fi> juin 1696. Le présent pour madame la marquise Du Quesne. (Signé) BoEC. (Minute chez M. Lefer, notaire.)
11 semblait que (oui devait aller (Ig suite après celle convfu lion n'en fui ri(!ii. M. Bosc ne se pressa pas d'exécuter le marché. Il cntrs^ au cbâicau du Quesne que vida lu marquise, et l'on fui obligé de procéder. Sur ces enlrefailcs mourut madame Du Quesne sur le quai des Théalins, mais rue des Fossés de M. le Pr elle changeait souvent de logement! — On lit dans le Conteur (in-I2, Londres et Paris. 17811, 2' parlie, liv. t, p. 351), comme extrait d'un Mémoire du temps — quel Mémoire? probablement une gazette à la main — : l. (ïjibriclle de Bernières, veuve du marquis ^ Du Quesne, Lieutenant •jénéral des armées navales, mourut à « Paris, le 6 mai 1697. Le curé de la paraisse Sainl-Cômc ne voa- " loit pas permettre que son corps y fût enterré " (c'est-à-dire Wl enterré dans l'église) » parce qu'elle avoit refusé de se confesser et K de curaiiiunicr dans sa dernière maladie. Mais M. d'Argenson " (il nous semble que M. Voyer d'Argcnson n'eut la licntenance de police que le 29 juin 1697; M. de La Iteynie l'avait encore âu mois de mai) 1 lui ayant ordonné de le faire, il a été contraint décéder. Oit i> ne doute pas que cet ordre ne vienne de la Cour et que ce ne soit " un effet des égards qu'on a toujours eus pour M. Du Quesne. " Que le fait soit vrai ou non, madame Du Quesne fut inhumée, le 7 mai, dans l'église des Sainls Cilme et Damien , au pied de t'aulel de la Croix, vis-à-vis la chapelle de la Vierge, en présence de ses fils Isaac et Jacob, cl de MM. André Snmbucy, avocat au parlement et
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conseil da Roi, et Guillaume de la Champagne , avocat au parlement. (Arch. de la ville de Paris, Reg. de Saint-Côme.)
M. Henri Du Quesnc se trouvant dans le cas des religionnaircs dont les biens devaient être régis par ordre de Sa Majesté , aux termes de rÉdit du mois de décembre 1689, que nous avons cité il n'y a qu'un instant, ses frères demandèrent à en avoir la régie, et le Roi la leur accorda le 17 mars 1698. (Bibl. Nat., Ms. Clairambault, 564, p. 253.) Des contestations entre M. Bosc et ses vendeurs, contestations qui nous sont connues par un acte du 13 août 1697 , un acte du 4 octobre 1698 (Minutes de Monnerat, cbez M. Viefville) et un acte judiciaire du 14 mai 1698 (Arch. Nationales, Reg. du Parlement: Conseil, X-3,100,p. 470), cessèrent un moment, et, le 3 décembre 1699, MM. Du Quesne donnèrent chez Monnerat, quittance à M. Marc-Antoine Bosc pour la somme de 35,000 livres reçues a en ^ louis d'or, d'argent et monnaie , le tout bon et ayant cours , à n compte de 242,000 livres, prix de la terre et seigneurie du n Quesne. » (Minutes de Monnerat, chez M. Viefville , notaire , quai Voltaire, n* 23.)
M. Isaac-Jacob, comte Du Quesne, enseigne de vaisseau, obtint du Roi, en 1697 , un brevet de pension de mille livres. (Arch. de la Marine, Ordres du Roi , 1697 , fol. 379.)
Au commencement de l'année 1699 , u se sentant indisposé de 7) corps et toutefois ne laissant pas d'aller et venir par la ville pour ^ ses affaires, sain d'esprit, de mémoire et d'entendement, comme il » est apparu aux notaires soussignés par les paroles, gestes et main- » tien 7) , M. Isaac-Jacob Du Quesne se transporta le 19 février chez M* Lcvasseur, et lui dicta un testament par lequel il déclara donner et léguer à damoisclle Léonore Richard , Clle native de Morlaix , la somme de trois mille livres payables immédiatement après la mort du testateur, et en outre sa garde-robe et tout son linge , u en reconnaissance des bons et agréables services qu'il a reçus d'elle pendant trois années ou environ qu'elle a demeuré , comme elle demeure actuellement avec lui , prenant soin de sa maison p . Le testateur ajouta qu'il donnait à demoiselle Angélique de Ville, Olle, quatre cents livres de pension viagère , la vie durant de ladite demoiselle, u de laquelle M . le comte Du Quesne a connoissance ; c'est pourquoi il le prie de prendre soin de son éducation n ; à l'égard de tout le reste de ses biens ^ il le laisse à son naturel héritier, son frère , messire Jacob Du
Quesne. « D'une main tremblante, il signa : Isaac Du Quksnb. » II. 36
562 ABRAHAM DU QUKSNK. 1703-1715
(Minutes de Fétude de M. Lcfer.) Noas avons vu, sous la date du 18 avril 1703, un acte passé chez Lemercicr, par lequel M. Isaac Du Qucsne demeurant rue Saint-Thomas du Louvre , constituait à damoiselle Ëléonore Richard, fille majeure jouissant de ses droits, demeurant à Paris , susdite rue , cinq cents livres de rentes et pension viagère , pour Taffection que ledit seigneur donateur porte à ladite damoiselle et pour la récompenser des bons et agréables services qu*elle lui a rendus et à feu madame la marquise , sa mère , depuis plus de sept années, tant dans leur terre de Bretagne qu en cette ville de Paris. Cette rente ne devait s'éteindre qu'avec la vie d'isaac Du Quesne. L'acte est signé seulement : Du Qubsxe. (Etude de M. Lefer.)
Le 14 août 1702, le Roi donna à MM. Isaac et Jacob Du Quesne la régie des biens de leur frère , le marquis Henri Du Quesne , « en con" sidéraiton de leur bonne conduite, et de la sincérité de leur conversion t^ ; et à M. Bosc celle des biens a laissés en France par sa sœur, la marquise Du Quesne, qui a suivi son mari en pays étranger. ^ (Arch. Nat. , Secrétariat, 1702, fol. 115.) Vingt-trois ansaprèsque les brevets de dons eurent été expédiés aux Du Quesne et à M. Bosc, les trois frères Du Quesne songèrent à régler d'une manière définitive leurs situations respectives en ce qui était de l'héritage de leurs auteurs. M. Henri Du Quesne demanda au Roi la permission d'aller de Genève , où il était établi depuis la vente de la baronnie d'Aubonne , à Paris , pour mettre ordre à des affaires importantes ; le Roi lui fit donner cette permission le 23 octobre 1715. 11 vint donc à Paris , chez un des Bégon , et , conjointement avec ses frères , se rendit, le 14 décembre, chez Dona, notaire, qui, sous leur dictée, rédigea un acte de partage des biens laissés par leurs père et mère. M. Isaac Du Quesne, qui n'était plus mousquetaire depuis longtemps et ne prenait aucune qualité, déclara demeurer ordinairement au château de Moros , province de Bretagne ; M. Jacob Du Quesne déclara à son tour être capitaine de frégate, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis , demeurant pour l'ordinaire en son département de Rochefort. Les trois frères déclarèrent ensemble vouloir partager à l'amiable les biens provenant de leurs parents. 11 fut convenu entre eux que le marquis Du Quesne aurait cinquante mille livres u en principaux de rentes sur les aides et gabelles au denier vingt-cinq, et dix mille livres n , pro venues de tous les deniers, meubles et effets qu'il avait recueillis de la succession de son père. M. Isaac
Du Quesnc devait avoir en toute propriété u les terres et seigneuries du grand Moros , Quervichard et petit Moros , comme aussi la terre de Moraine, située près de Blois \ Quant à M. Jacob Du Quesne, qui avoit renoncé à la succession de sa mère et n pouvait faire valoir u la donation qui lui avoit été faite , par son contrat de mariage , de la somme de soixante-quinze mille livres par la dame sa mère , etde dix années de nourriture pour lui , sa femme , ses enfants , ses chevaux et cinq domestiques , n'ayant joui que de deux années de nourriture pour lui, attendu le décès de la dame sa mère n, quant à M. Jacob Du Quesne, disons-nous, « il devoit avoir vingt-six mille livres de rentes sur les aides et gabelles et tout ce qui restoit des biens et effets provenant des successions de ses père et mère » . (Minutes de Dona, chez M. Lefer.) Ces conventions sont signées :
^(^Leco'^^i^^-^Ui^Zieu
L'acte que nous venons d'analyser, aOn de faire connaître l'état de la fortune des époux Du Quesne, qui n'était pas médiocre au point que pouvaient le faire croire les plaintes incessantes du Lieutenant général, cet acte nous apprend que la terre du Bouchet était passée des mains de M. Marc- Antoine Bosc en celles d'un M. Châtelain , secrétaire du Roi, le 3 janvier 1714; il nous apprend encore que M. Jacob Du Quesne s'était marié en 1694 ou 1695.
^ Cette situation de It terre de Moraine paratt être faativement donnée. M. de- Fleary, archiviste de Loir-et-Cher, nous a fait Thonneor de noos écrire, le 15 juillet 1870, qu'on ne connaissait point, dans le département dont Bloii est le chef-lieo, de lien habité du nom de Moraine.
56i ABRAHAM DU QUKSNE. 1703-1741
M. Jacob II , comte Du Quesne , avait épousé à son retour de rémigration , étant alors seulement enseigne de vaisseau » Madeleine- Françoise de SouccUe. Il Ct vérifier leurs armoiries, à Paris, le 1" juin 1698 , et le commissaire écrivit sur son registre : a Portent d'azur à un lion d'or rampant sur un chicot écoté de quatre pièces de même posé en bande , écartelé d^argent parti de gueules et une bordure de même , parti d'argent et chargée de six coquilles et de Tun en l'autre posées trois en chef, deux en fasce et une en pointe, et sur le tout d'argent à un lion de sable lampassé et armé de gueules accolé d'argent à trois chevrons de gueules, n (Armoriai général de Parts, t. !•', p. 1253. Bibl. Nat. Ms.)
Disons ce que nous savons de M. Jacob II Du Quesne, tout de suite et en peu de mots. 11 fut fait lieutenant de vaisseau le 1*' janvier 1703, capitaine de frégate le 29 novembre 1712 , chevalier de Saint-Louis en 1714, après dix-neuf ans de service, et capitaine de vaisseau le 1*' octobre 17^1. Le 20 septembre 1730, il eut, sur Tordre de Saint-Louis, une pension de mille livres, vacante par la promotion du comte Gaspard de Gousse de La Rochalart, Chef d'escadre , à la dignité de cordon rouge, avec pension de trois mille livres. (Arch. de la Marine, Ordre de Saint-Louis.) En 1734, le comte Du Quesne commanda à Brest le Saint-Philippe; en 1741 , il montait à Toulon le Ferme; il mourut sur ce vaisseau, au commencement du mois de mai de cette année. Son frère Isaac envoya, en qualité d'héritier unique u du feu comte Du Quesne n , une procuration à u messire Louis-Marie Du Quesne , capitaine de vaisseau » , pour l'autoriser à toucher ce qui pouvait revenir au défunt ' . (Arch. du port de Toulon; Contrôle, 1740-1741.) — Nous dirons bientôt qui était ce Louis- Marie Du Quesne, capitaine de vaisseau. — Nous croyons, sans pouvoir l'affirmer, les registres des Archives de la Marine n'ayant pu nous éclairer à ce sujet, qu'un Du Quesne de Longhrun, inscrit dans V Alphabet de M. Laffilard, était fils du comte Du Quesne. Sa carrière maritime fut courte ; reçu parmi les nouveaux gardes le 30 octobre 1713, il fut fait enseigne à la Martinique, le 1*' août 1714,
1 Noas n'e savons pourquoi Lafillard, dans son Alphabet des officiers de la mariBe, a nommé Abraham* Hnbert le comte Dn Qnesne; tons les documents que nous avons allégués dans cette Étude, et plusieurs actes de constitution de rentes que nous n'avons pas cru devoir mentionner et qui sont parmi les minutes de Dona, ches M. Lefer, le nomment toujours Isaac-Jacob, ou seulement Htoh, Il signa JacoB Tacte de partage dn 14 décembre 1715; on l'a va, page 563.
et eut aax colonies son congé absolu, le 18 juillet 1715. Il ne fut rayé des contrôles que le 19 mars 1716. Nous ne mentionnons cet officier que pour satisfaire à rengagement que nous avons pris avec nous-méme de ne négliger aucune des personnes qui appartiennent à la famille intéressante des Du Quesne.
La procuration fut envoyée par M. Isaac Du Quesne à M. Louis- Marie, dit Isaac, héritier unique du feu comte Jacob; en effet, en 1741, après la mort de son frère, Tancien mousquetaire était le dernier survivant des quatre fils d'Abraham II Du Quesne. M. Henri Du Quesne était mort, à Genève, le 11 novembre 1722, à u neuf heures du soir, d'une fièvre continue avec pleurésie » . Il était âgé de soixante-dix ans. (Registres mortuaires de la ville de Genève; communication de M. Théophile Heyer.) Après avoir quitté Anbonne, il était venu à Genève, nous Favons dit. En 1702, il avait demandé la permission d'acheter une maison , ce qui lui avait été accordé le 29 septembre de la même année, et le même jour il avait acquis « divers bâtiments situés sur la cour de Saint-Pierre, au prix de sept mille livres argent et de cinq cents livres d'épingles. Sur remplacement de ces bâtiments, il avait fait construire une grande maison, et l'avait gardée jusqu'au 18 octobre 1713, qu'il l'avait vendue , au prix de onze mille écus blancs ou trente-trois mille livres argent au cours de la ville , à un banquier de Lyon , Jean-Jacques Hogguer. En 1718, il donna des « Réflexions anciennes et nouvelles sur t Eucharistie. ^ (Genève, B. Fabri et Barillet; Amsterdam, H. Dusauzet, in-12.) 11 avait été admis dans la bourgeoisie de Genève, ainsi que ses deux fils, le 19 avril 1704. Ces fils se nommaient Gabriel et Marc-Antoine-Jacob. Gabriel Du Quesne, né à Paris vers 1684, figure sur la liste des étudiants de l'Université de Genève, comme élève de philosophie , admis le 14 août 1699; Marc- Antoine- Jacob Du Quesne Genevensis figure parmi les : Promoti ad lectiones publicas, sous la date du 14 mai 1708. Outre ces deux fils, M. Henri Du Quesne eut une fille , Henriette-Françoise , qui , le 29 décembre 1713, épousa, à l'église de Saint-Pierre, « noble et généreux seigneur Georges-Louis du Plessis , seigneur de Corcelles dans le pays de Vaud, fils de noble et généreux seigneur d (on voit que le style des républicains de Genève n'était ni moins courtois ni moins pompeux que celui de la France monarchique) « Charles-Frédéric du Plessis, bourgeois de la ville de Berne, n M. Henri Du Quesne, dans le contrat , se réservait de doter sa fille a lorsqu'il viendrait à
566 ABRAHAM DU QUESNB. 1714-25
jouir de ses biens qui sont restés dans le royaume de France oa de loi laisser sa portion dans lesdits biens, par testament. » Ce qui était plus heureux, madame Du Quesne donnait à sa fille u dix mille écus blancs , valant trente mille livres tournoi» argent courant dans la ville. » (Mous avons tiré tous les détails qu'on vient de lire de nombreuses notes que voulut bien nous communiquer M. Heyer, le 7 juin 1851 .) Nous n*avons pu apprendre ce que devinrent les fils de Henri Du Quesne , s'ils furent mariés et s'ils firent souche. Ce qui paraît certain , c'est que les Du Quesne quittèrent Genève peu de temps après la mort de Henri. Les rigueurs ecclésiastiques protestantes , qui atteignirent Marc-Antoine-Jacob , en 1720 , pour a avoir commis paillardise avec une demoiselle italienne » , avaient affligé le marquis pendant les dernières années de sa vie , et disposé ses fils à quitter une ville où la renommée de l'un d'eux avait subi une atteinte, le consistoire ayant inscrit dans son registre l'acte fâcheux dont s'était rendu coupable Marc-Antoine-Jacob.
L'auteur des Mémoires pour servir à thistoire des réfugiés français -dans les États du /?at (Berlin, 1799), M. Ecman, a dit, tome 9 : a Les descendants du célèbre amiral Du Quesne ont existé dans y> les margraviats de Brandebourg en Franconie. M. d'Obem, pas- ^ teur de l'Église française de Halle , est , par sa mère » arrière- ^ petit-fils de l'Amiral. » Si le fait est exact, M. d'Obem était fils de M. du Plessis, époux d'Henriette-Françoise , fille de M. Henri Du Quesne. M. Ecman dit qu'il est fait mention, dans les registres de l'Eglise de Berlin, de u Jean- Auguste Du Quesne, mort à Berlin en » 1 708^ et fils de Walerius Du Quesne , ci-devant capitaine-Ueutei> nant n . Quant à ceux-là, ils sont certainement étrangers à Abraham II Du Quesne. M. Abraham Du Quesne-Moros était mort célihataire à la Haye; M. Isaac n'avait point été marié ', et d'ailleurs il
^ 11 eat cependant deax enfants d'une dame dont nons ne savons rien antre chose que son nom. Le vendredi 21 décembre 1714, on baptisa sur les fonts de la Sainte- Chapelle iMMse, k Paris, Jeanne-Françoise, née le même jour, ches madame Soif, demeurant rue Saint-Louis en la Cité, fille de messire Isaac Du Quéne («iV), marquis dudit lieu du Quéne, et de • dame Jeanne Révérend • , selon ce qui fut déclaré par Jeanne Boucher, veuve de Pierre Révérend, greffier en chef du bureau des finances des trésoriers de France. (Arch. de la ville de Paris, Registres brûlés de la Sainte-Chapelle basse.) Bn 1715, naquit d*lsaac Du Quesne et de Jeanne Révérend, an fils qu'on •nomma Claude-Jean. Ce • fils naturel > mourut le 29 mars 1725, rue des Quatre- Vents, • chez M. Heldin, et fut enterré le lendemain, • âgé de dix ans • . (Registres brûlés de Saint-Sulpice.) L*acte dont on vient de lire l'extrait nous autorise à dire qulsaac Du «Quesne, dont l'époque du décès nous est inconnue, vivait encore à la fin de mare 1725.
s'était converti en 1684 ; M. Jacob, converti et marié en 1695, n'avait pas d'enfants qui eussent pu se faire protestants avant 1708. Quant aux fils de M. Henri Du Quesne, nous les savons nés, Tainé en 1694, et l'autre après cette époque ; ils ne peuvent donc avoir rien de commun avec Valérius et Jean-Auguste Du Quesne. \ous avons vu, en 1850, à Dieppe et à Blangy, des Du Quesne en foule se disant descendants de l'illustre Dieppois : nous leur avons démontré leur erreur ; nous avons aussi montré par lettres à une honorable personne du nom de Du Quesne, qui habite près d'Amheim sur les bords du. Rhin, que, descendant d'un Du Quesne établi en Hollande avant 1610, date de la naissance du petit-fils de Lardin Du Quesne, il ne pouvait pas descendre du grand marin. (Voyez notre tome 1'% p. 8.) MM. Etienne et Jacob Du Quesne, frères d'Abraham II, n'eurent point de fils émigrés avant ou après l'édit de Nantes ; Valérius et son fils n'étaient donc point de leur famille. 11 n'y a aujourd'hui qu'une descendance certaine, non pas d'Abraham II Du Quesne, mais d'Etienne Du Quesne ; nous en parlerons bientôt.
Les deux frères d'Abraham II Du Quesne, Etienne et Jacob, «urent des fils ; nous avons plus d'une fois nommé deux d'entre eux : Abraham Du Quesne , qui ajouta à son nom , pour se distinguer de ses cousins , le nom de sa mère : Le Monnier, dont oa fit Monnier et Mosnier, et un autreTAbraham qui aussi , et pour la même raison, ajouta au nom de Du Quesne celui de Guiton.
= Les services de M. Du Quesnc-Monnier furent longs et considérables. Entré dans la marine à l'âge d'environ vingt-quatre ans, — il était né vers 1653, — il y resta quarante-huit ans. Enseigne de vaisseau le 7 février 1678, il fut fait capitaine de galiote le 17 janvier 1684, après avoir conunandé . aux deux sièges d'Alger (1682 et 1683) une galiote à bombes que nous avons nommée dans la courte histoire que^nous avons faite de ces sièges. Le 2 juin 1685, il eut une commission de capitaine de vaisseau. Au combat de la baie de Bantry (1 1 mai 1689), où vingt-quatre vaisseaux français, sous les ordres de M. de Château-Renault, Lieutenant général (depuis le 6 février 1688), se mesurèrent contre une flotte un pe« plus forte, menée par M. Herbert, u le plus capable et le plus brave » dos amiraux anglais » , selon le Lieutenant général français^ et
5G8 ABRAHAU DU QUKSNE. ]tf9O.07
contraignirent cette armée à se retirer, M. Du Qaesne-Monnier commandait la frégate la Tempête, qui fut « fort utile pour la diligence n du débarquement » des troupes qu on portait en Irlande. (Relation de M. de Château-Renault, 15 mai 1689; Archives de la Marine.) — En 1690, M. Du Quesne-Monnier, commandant une division de trois frégates en croisière sur les côtes d*lrlande, rencontra cinq Anglais sous le cap Lézard : il courut au plus gros, Taborda dehout au corps, son beaupré entrant dans les haubans d'artimon de Tennemi, et le combattit pendant plus d'une heure. Le capitaine ayant été tué, réquipage anglais amena le pavillon britannique, et M. Du QuesQc- Monnier conduisit à Rrest deux frégates anglaises et deux bàëments de charge, profit d'une partie où il avait été brillamment assisté par ses deux conserves françaises. 11 commanda à Brest le Ferme, du mois de mai au mois de novembre , époque où il passa à Toulon avec son vaisseau, qu'il conduisit à Marseille en juin 1693. 11 y resta trois mois et revint en septembre à Toulon. En septembre 1694, le Sérieux, le Content et le B(m allèrent relever MM. de Pallais, des Francs et Du Quesne-Monnier, qui croisaient vers le canal de Malte. (Lettre de M. BrodeauàM. de Villermont, 11 septembre.) Le 19 septembre, MM. de Pallais et Du Quesne-Monnier étaient de retour à Toulon » sans avoir rien fait » . (Lettre de M. Guilloirc à M. de Villermont.) M. de Fricambault écrivait à M. de Villermont, le 21 septembre 1694 : « Paie (sic) et Du Quesne sont ici de retour t de leur croisière... Le premier a ordre de caréner, et l'autre de » désarmer. » (Lettre à M. Cabart de Villermont, année 1694.) En 1696, il commanda à Toulon le Henri, qu'il garda jusqu'au mois de septembre, après l'avoir conduit à Brest au mois de juillet. En octobre, il changea de vaisseau et monta le Trident, qui, avec le Content et le Volontaire, alla croiser devant le détroit de Gibraltar au commencement de l'année 1697. M. de Champignj commandait le Content; il était Tancien de M. Du Quesne-Monnier, ayant été fait capitaine de vaisseau le 31 janvier 1680'. Le 7 avril, on signala, à la vue de Gibraltar, trois navires ; M. de Champigny ordonna de
1 M. Botchard, mtrqais de Champigny, entré dans la marine comme garde, le S5 janvier 1670, eat nne beiirease et belle carrièrp. Il fat fait enseigne le 26 février H7S, lieutenant le 29 janvier 1675, capitaine — noas veDoni de le dire — le 31 janvier 1680, Chef d'escadre le 27 septembre 1707; enfin. Lieutenant général, à la place du bailli de Bellefontaine. le 23 janvier 1720. M. le comte de Tooloose, qui rhononit de son estime, Tappela an Conseil de marine en 1715. Il monmt k Pans, teplnfénaire, le 23 octobre 1720.
1698-1700 IIARINK DU XVU« SIÈCLE. 569
chasser; le Volontaire s'attacha à poursuivre ud bâtiiDent qui se couvrait de voiles , qu'il atteignit pourtant , et qui se fit reconnaître pour génois. Le VoUmlaire le laissa donc libre de continuer sa route. Pendant ce temps, le Content et le Trident poursuivaient les deux autres vaisseaux, dont Tun était gros et paraissait bien armé ; Tautre était bien moindre. M. Du Quesne-Monnier suivit et atteignit le plus fort et engagea avec lui une lutte pendant laquelle son adversaire ne se laissa point aborder, manœuvrant avec habileté et rendant coup pour coup au Trident, Le combat fut long , vif, bien soutenu des deux côtés ; à la fin pourtant , le hollandais, — c'était un vaisseau de Flessingue nommé Neptune, — le hollandais fut contraint de se rendre. M. Du Quesne-Monnier l'envoya amariner, pendant que le chirurgien du Trident coupait le bras droit de son capitaine, qu'avait brisé un boulet. Le Neptune était commandé par un protestant, émigré français, nommé Valentin, qui se battit avec une énergie prodigieuse, comme s'il avait deviné qu'il avait affaire à un calviniste déserteur de l'Église de Genève. M. de Champigny vint aisément à bout de la Concorde, le. second vaisseau flessinguais; après les premiers coups de canon, celui-ci amena son pavillon. Les deux vaisseaux furent amenés en France. Le combat du Trident fit un grand bruit* à la Cour, et M. Jérôme de Pontchartrain , Ministre de la marine, écrivit, le 8 mai 1697, à M. Du Quesne la lettre suivante, qui a cela de remarquable qu'elle ne mentionne pas la perte d'un bras qu'avait faite le vaillant officier :
• u Monsieur, le Roi ayant été informé par les relations que M. de Champigny a envoyées de sa navigation, du combat que vous avez rendu contre un vaisseau hoilandois que vous avez rencontré à Touvert du détroit, Sa Majesté m'a ordonné de vous écrire qu'EUe est satisfaite de votre conduite, et, pour vous en donner des marques, elle vous a fait sur-le-champ chevalier de Saint-Louis ; vous en trouverez le brevet ci-joint, et vous pouvez compter qu'Elle se souviendra de vos services dans les occasions qui se présenteront, n (Archives de la Marine, Ordres du Roi, 1697.)
M. Du Quesne-Monnier resta à Toulon, pour se guérir, de mai a la fin d'octobre. En novembre il eut un congé. Il reprit son vaisseau en avril 1698. En 1700 il eut le commandement du SaintnLouis, qui devait faire partie d'une escadre oii figuraient le Content, commandé par le Bailli de Lorraine; le Prudent, par M. des Francs; le Trident, par le chevalier de Beaujeu, et X Adélaïde, par M. du Mont La Caussade. Quatre autres vaisseaux complétaient cet armement.
570 ABRAHAM DU QUBSNK. 1701
qui, le 28 juin 1700, fit voile pour Cadix, d*où il revînt a la fin de Tannée. Au commencement de Tannée 1701, cette escadre, affaiblie du Trident, du Content et de V Adélaïde, qu'on avait désarmés, porta sur la côte dltalie dix-sept bataillons et quatre escadrons de guerre. (Lettre de M. Guilloire à M. d^ Villermont, des 24, 27, 29 juin et 5 septembre 1700, et 9 janvier 1701.) Le Saml^Louis 6i partie, en 1701, d*une escadre de six vaisseaux qui mit à la voile de Toulon le 3 mai, sous les ordres de M. Victor-Marie, comte d'Estrées ' , dont le marquis de Villette; dans ses Mémoires , a dit : « C'est un )} homme si rempli de lui-même qu'à peine écoutoit-il, peur la ma- » nœuvre de son vaisseau, les bons officiers dont il étoit plein... » C'est un homme méfiant et mystérieux ; je ne lui envie point son -n caractère. ^ Les cinq vaisseaux qui partirent avec le SaùU-Lmns étaient : le Saint-Philippe, monté par M. d'Estrées et commandé par M. de Riberac; le Conquérant, monté par M. de Langeron, ayant pour capitaine M. deBagneux; le Lis, capitaine, M. deChampigny; le Prudent, capitaine, M. de Chamillard; et le Content, capitaine, le Bailli de Lorraine. Le 16 novembre, le comte d'Estrées, de retour à Toulon, reçut ordre de désarmer non-seulement ces six vaisseaux, mais quelques navires que M. de Villette lui avait amenés de Brest, et qu'il joignit à ceux de Toulon pour aller à Naples sauver le Vice- Roi, duc de Medina-Celi, d'une conspiration ourdie contre son autorité. M. de Villette fut très-mécontent de M. d'Estrées (qu'il nomma par avance le Maréchal de Cœuvres. M. d'Estrées était alors Vice- Amiral de France; il eut le bâton de Maréchal en 1703.) Ce qu'il en a écrit est peu à la gloire de M. d'Estrées. Il est vrai que le marquis de Villette eut à se plaindre en particulier de ce grand seigneur à double face, qui le daubait dans sa correspondance avec la Cour et lui faisait mille tendresses dans le téte-à-téte.
^ Voici ce que nous avons trouvé dans les registres de Sainl-Enstache : • Le 5 octobre 1675, furent suppléées les cérémonies du baptême de Vietoire-(s{c) Marie, né le 30 novembre 1660, fils de... Hessire Jean, comte d'Estrées, premier baron du Boullenois et Vice-Admiral de France es mers du Ponant..., et de Uai^erite Morin, sa femme, demeurant rue Notre-Dame des Victoires. Le parrain... Victoire(stc)- Amédée, duc de Sauoie, prince de Piedmont, Roi de Chypre... représenté par... Thomas, comte Ferrère («>), marquis de Barianne... La marraine... Françoise- Elisabeth de Savoye, Royne de Portugal..., représentée par... DonaJt (sic) Ribero de Ifassedo, envoyé de la susdite Royne vers Sa Majesté Très-Chrétienne. (Signé :) Le conte (tic) d'EsméES ; T. Fbirbro, Ambassadeur de Sanoye, Duabto Ribbyro db Mâa- 8AD0, enuoyé de Portugal. • (Sur la maison d'Estrées, voir notre DictiomMairc critijme de biographie et ihietoire, page 547.)
1702 MARINK DU XVlIo SIÈCLE. 571
Au commeiicemcnt de Tannée 1702 , M. Du Quesne-Mon nier eut un grand chagrin. Nommé pour commander une faible escadre, composée des vaisseaux le Courtisan qu'il devait monter, le Brillant donné à M. d'Arbouvillc * et f Arrogant à M. dePerrinet*, il se préparait à armer ses navires au bas de la Charente , lorsque , entre Rochefort et Soubise, le Courtisan, amarré au rivage, la marée montante le retenant là, prit soudainemant feu et fut consumé tout entier, malgré les efforts de Téquipagc et des gens du pays accourus pour porter secours au malheureux capitaine. Une chaloupe dans laquelle on chauffait du brai , derrière le vaisseau , s'était enflammée et avait communiqué Tincendie au Courtisan. (Lettre du comte Jacob DuQuesne [témoin oculaire] àM. deVillermont, 31 mai 1702.) Lorsque la nouvelle de la perte du vaisseau arriva à M. de Pontchartraiii, celui-ci , sans attendre des informations précises , prompt à juger, et sévère , suivant un système qu il avait adopté pour établir la discipline , suspendit Du Quesne et le fit enfermer au château Trompette. Avant que Ton connût à Rochefort les ordres du Ministre , tout le monde plaignait le capitaine , innocent du malheur qui laccablait ; ce fut bien autre chose quand on le vit partir sous la conduite d'un exempt de la prévôté, a Ce n'étoit pas là ce que nous n devions attendre , écrivit alors le comte Du Quesne , des services *) de nos pères et des nôtres. Si votre ancien ami, mon père (Abra- » ham II) , revenoit au monde , il vous feroit part de sa mortification ; n en vérité , Monsieur, la nôtre est bien grande , et je crois que peu yi de gens croient que nous méritons Tétat fâcheux où nous sommes n et les mortifications que nous recevons » . (Lettre à M. de Villermont, 1702, p. 203.) La disgrâce de M. Du Quesne-Monnier ne dura pas. Les renseignements qui parvinrent à la Cour donnèrent à M. de Pontchartrain occasion de réfléchir sur l'inconvénient de la précipitation et de l'emportement. M. Du Quesne-Monnier fut rétabli , et , pour le consoler, on lui donna le commandement du Fortuné, qui était à Toulon. C'était un vaisseau de 60 canons; il devait aller dans l'Adriatique relever M. Des Chiens quand une petite frégate irait relever le chevalier de Forbîn '.Le 30 novembre,
1 If. Alexandre-Adrien de Cambon d*Arboaville, reçu i Malte le 13 février 1667 (Vertot), lieatenant de vaisseaa du 4 mars 1673, fat fait capitaine de vaisseau le 5 1679.
2 M. le chevalier de Perrinet était capitaine depuis 1682.
^ Le chevalier pais comte Claude de Forbin-Gardanne, Provençal un peu GticoD,
57â ABRAHAM DU QUKSNE. 1703
M. de Forbin était de retour du golfe de Venise, oii il avait fait une campagne de laquelle il espérait tirer un grand avantage pour son avancement. Son vaisseau se trouvait dans un fort mauvais état. Comme il revenait à Toulon , il rencontra la galère de M. de Forville', qui portait le Roi d'Espagne. De retour de Milan, d*où il s'était rendu à Gènes , Philippe V était contraint par le vent d*aller chercher le port d'Antibes ; pendant sa route , M. de Forbin , voyant le , pavillon royal d'Espagne flotter à Farbre de maître (le grand mât) de la galère française , salua de son artillerie et de son pavillon. Pendant le salut , un de ses canons creva , lui tua quatre ou cinq hommes et le blessa de quelques éclats de bois à Festomac et au visage , ce qui , heureusement, n*eut pas de suites bien graves. (Lettre de M. Gillebert et de M. Guilloire à M. Cabart de Villermont.) Le 1" février 1703, le Fortuné partit, suivi de quelques barques armées, et se rendit d'abord à Naples. Le vaisseau portait Févéque de Rosalie (?), qui passait en Italie. (Lettre de M. Guilloire, 4 février 1703.) Quand il eut débarqué FEminence, M. Du Quesne-Monnier entra dans le golfe de Venise , et après quelques courses à droite et à gauche , mît le cap sur Aquilée, ayant le projet de brûler cette ville qui était à FEmpereur d'Allemagne. Avec ses chaloupes et ses canots, il remonta la Pescara, petite rivière sur laquelle est Aquilée, fit descendre à terre son monde sous les ordres de M. de Beaucaire, attaqua la ville et la brilla, ainsi que tons les magasins pleins de munitions de guerre et de bouche qu'elle contenait , et , après cette expédition , qui lui coûta seulement quelques hommes , il revint à Toulon le 16 octobre, u Son. arrivée fit un vingt-cinquième vaisseau de ligne sous les » ordres de M. le comte de Toulouse, dont il y en avoit dix à trois " ponts, n (M. Guilloire à M. de Villermont, 18 octobre 1703.)
entra dans la marine , comme enseigne , le 13 janvier 1677, fat fait lieolenant de vaisseau le !«'' janvier 1684, et capiUine le 20 juin 1689. lient, le 17 mai 1607, un brevet de Chef d'escadre, qu'il estimait avoir mérité depuis longtemps. Il se relira le 8 janvier 1715, avec quatre mille livres de pension , et mourut à Toulon, le 4 mars 1733, âgé d'environ soixante-dix-sept ans. On a des Mémoires du comte de Forbin qui ne sont pas de la main de cet illustre officier, et auxquels on ne peut guère sç fier plus qu'à ceux de M. de Tourville. On sait quel homme ridicule et grossier les écrivains qui mirent en œuvre les notes de M. de Forbin ont fait de Jean Bart, pauvre grand homme, dont le portrait est venu jusqu'à nous grimé de la façon la plus grotesque et la plus mensongère.
1 M. Forville de Pilles, capiUine de galère depuis le 22 avril 1669, fut fait Chef d'escadre des galères le l^^ anvier 1696. Il mourut, dit-on, le 22 mai 1711.
1704-1707 MARINE DU XVI!« SlfeCLK. 573
En 1704, M. Du Qucsnc-Monnier eut le commandement de six vaisseaux armés à Toulon : le Toulouse, le Content, le Saint- Louis , ÏÉok, le Complet et V Entreprenant. 11 avait ordre de se joindre à Tescadre formée à Brest pour M. le comte de Toulouse , et qui fut augmentée des vaisseaux amenés de Rochefort à TAmiral de France par le marquis de Villctte. M. Du Quesne-Monnier alla d'abord à la côte de Barbarie (Lettre de M. Guilloire, 5 juin 1704), puis il gagna Cadix, où M. le comte de Toulouse était arrivé le 25 mai. Ce fut le 29 mai que M. Du Quesne-Monnier fit sa jonction avec le gros de Tannée, qui alors se trouva composée de quarante-neuf navires plus ou moins forts , vingt galères françaises et espagnoles et sept brûlots. L* Amiral avait sur son vaisseau le comte d'Ëstrées, Vice-Amiral de Ponant, plus marin que ne Tétait alors le comte de Toulouse, mais qui Tétait trop peu, à en croire le marquis de Villette. Le 24 août 1704, devant Velez-Malaga , la flotte française rencontra Tarmée anglo-batave , forte de cinquante-cinq vaisseaux et de galiotes à bombes, — qui cette fois n allaient pas fonctionner de pied ferme , pour ainsi dire, mais allaient sous voiles lancer leurs foudroyants projectiles, -^ de plusieurs brûlots et d'autres navires de moindre grandeur. L'Amiral Rooke commandait en chef la flotte, qu'attaqua sans hésiter TAmiral de France. M. Du Quesne-Monnier combattit à Tarrière-garde, séparé de son cousin M. Du Quesne-Guiton par un seul vaisseau, celui de M. de la Hartcloire. La bataille fut longue, animée , sanglante , et les flottes se séparèrent , la victoire restant indécise. M. le comte de Toulouse rentra à Toulon , donnant de vifs regrets au marquis de Relingue, au Bailli de Lorraine et à M. de Belle-Ue-Érard , tués pendant l'action du 24 août. M. du Casse, blessé , guérit et continua ses excellents services.
Bien qu'il ne fût que capitaine de vaisseau , M. Du Quesne-Monnier eut en 1 707 une escadre de seize bâtiments de guerre avec laquelle il sortit de Brest au commencement du mois de mars. Il rencontra un convoi anglais , composé de quinze bâtiments qu'escortaient deux vaisseaux de guerre. Ceux-ci jugèrent que le combat ne leur offrirait que de mauvaises chances , et prirent le parti très-prudent de s'éloigner, laissant à la merci des Français tous les navires-transports, qui se défendirent autant qu'ils purent , mais finirent par se laisser amariner. Un d'eux fut coulé à fond ; quatorze furent ramenés, à Brest par ordre de M. Du Quesne. C'étaient des bâtiments qui portaient à Lisbonne des troupes, des munitions de guerre, des objets
d'éqaipcment et d*habillement , enfin u tout ce qa il falloit pour rac- » commoder les troupes angloises qui étoienten Espagne. » (Gazette manuscrite, dans les lettres à Tabbé de Dangeau, 1707, p. 254; Bibl. Nat., Ms. —Journal de Dangeau, 1707, p. 160; BU)l. Nationale, Ms.)
M. Du Quesne-Monnier fut fait Chef d'escadre le 5 août 1 715 ; il était capitaine de vaisseau depuis trente ans : il avait cependant beaucoup navigué , beaucoup commandé , assisté à plusieurs combats et perdu un bras ! Il a commandé encore souvent, mais sans que ses vaisseaux aient eu d'heureuses rencontres. En 1725, il maria sa fille Ursule à M. Guillaume d'Icard, qui avait été garde de la marine du 4 novembre 1705 au 15 mars 1715, et avait ensuite quitté le service. Le contrat de mariage de M. Guillaume d'IcardditM. Abraham Du Quesne-Monnier u commandeur de Tordre royal et militaire 7) de Saint-Louis , Chef d'escadre des armées navales de Sa Majesté » et commandant au port de Toulon, v Au contrat figurent M. et madame Du Quesne, père et mère de Tépouse, Ange Du Quesne, sieur de Menneville, frère d'Ursule, et Jean Possel, conmiissaire de marine, son oncle * . — M. Du Quesne-Monnier mourut à Toulon, a âgé d'enr) viron soixante -treize ans, muni des sacrements de pénitence et i> d'extréme-onction , le 1 7 novembre 1 726 , et fut enterré le len- ?) demain, dans l'église paroissiale, v (Registre des notes de la paroisse Saint-Louis, à Toulon.) A la marge de l'acte dont nous venons de donner un extrait , on lit : u En conséquence de l'ordonnance de Tî cejourd'hui , rendue par Monseigneur l'évêque , le mot de Louis n mis par erreur et subreption » (avant celui d'Abraham) « a été » rayé et supprimé dans l'acte mortuaire ci-contre par nous greffier... A Toulon, le 1" mai 1728. w M. Abraham Du Quesne-Monnier, nous croyons l'avoir déjà dit, avait probablement pris le nom de Louis , — sa marraine se nommait peut-être Louise , — pour
1 Du mariage dont il vient d'être question naquit Thérèse d'Icard, qui, le 39 août 1765, épousa M. Pierre-Joseph d'Hugues, écuyer, capitaine des milices de ProFence, résidant à Sérignan, comtat Venaissin. M. Pierre-Joseph d'Hugues était le grand-père de M. Louis-Joseph-Frédéric d'Hugues, aujourd'hui général de division, qui, le 18 mai 1857, voulut bien nous communiquer tout ce qu'il possède des papiers de M. Du Quesne-Monnier, grand service qu'il a rendu i cette Etude, dont la seule prétention est d'être aussi complète et aussi exacte que possible. Nous avons dit plus haut que M. le général d'Hugues garde un fort bon portrait du plus grand des Du Quesne. ouvrage que nous croyons original, et qui servit peut-être i Edelinck pour le portrait gravé d'Abraham II. (Voir tome !«•, p. 29.)
1709-1778. yJIftUili ...^
se distin(]uer des nombren HirjiiM.
Au moment de sa mort , 11. in '>i*^«^^;^ le premier entra dans la maruM «.mim^ ^^ péril sur le Vaillant le 22 déceuav» w ir .^..^
Le second , Louis-Marie , gard* u u ,.^ enseigne de vaisseau le 25 novembre f 7 j^ « 1727, fui fait capitaine de vaisseau k ï'^ «^. de Saint-Louis le 13 mai de la même ajMt^ i ^^^ 8 novembre 1747. L'acte de son inhumat*'^i i^,, ., actes delà cathédrale de Toulon, fol. 13H, i* Ui ^ « quante-quatre ans. Il serait donc né en lOîli . t* ,.4,.^ à servir à Tàge de treize ans.
Le troisième des Gis de M. Du Quesne-Monoîity «r ^ -^ . sel fut Ange Du Quesne , sieur de Menneville , qui , ^u u rine en 1714, enseigne de vaisseau le 17 mars 1727 . jUm^ 1" juillet 1735, et major le 1" janvier 1746, quitta U 25 août 1749, aimant mieux servir comme capitaine. Il f«| ^^^^^ gouverneur du Canada le 1*' janvier 1752 et devint CUi4 â ^>^ ^^ en 1755. 11 fît dix-huit campagnes; en 1744 il assista au M^mi^i rendu par M. de Court (La Bruyère), Lieutenant général, en U!%fj^ 1744, devant Toulon, conire une grosse escadre anglaise, (pu ^, battit bien , mais la fortune ne fut point du parti de M. de Court , tuu: Ton punit de n*avoir pas été heureux. M. Du Quesne-Mennevilbr commandait , en avril 1 759 , le vaisseau le Foudroyant; il soutîot contre trois vaisseaux anglais un combat qui ne dura pas moins de sept heures. Il fut, à la fin, contraint de se rendre. (Gazette 4e France du 13 avril 1759.) Sa conduite fut vivement critiquée; le Ministre, M. de Choiseul-Stainville , se montra très-dur; mais sans doute le Chef d escadre ptirvint à se justifier complètement, car en janvier 1763 il fut fait commandeur de Saint-Louis avec la pension de trois mille livres. 11 mourut à Antony (Seine), le 17 septembre 1778, et fut enterré le lendemain dans le cimetière du village. (Registre de Saint-Saturnin d'Antony.) Il 8*était retiré du service le 8 avril 1776 avec les provisions de Lieutenant général et six mille livres d'appointements conservés sur le fonds de la marine.
Le quatrième des fils de M. Abraham Du Quesne-Monnier fut connu sous le nom de Du Quesne-Cannocier ; il entra dans la marine des galères comme garde de VÉtendard, le 16 novembre 1722 ; le 5 avril 1728 , il fut fait enseigne de galères ; il se retira avec deux
576 ABUAHAM DU QUESNK. 1763
mille livres de pension en 1733, et alla mourir à Pondichéry en
Trois frères des quatre marins que nous venons de nommer entrèrent dans l'Église ; nous ignorons ce qu ils devinrent. Tout ce que nous apprend un placet, adressé au Roi par leur mère, le 21 novembre 1726, c*est qu'à cette époque ils n avaient ni l*un ni Tautre de bénéOces. Ursule Possel dit que son mari avait seize mille livres de pension et quelle restait sans fortune, le peu d'argent qu'avait eu M. Du Quesne-Monnier ayant été échangé contre des billets de la banque de Law. Le Roi accorda mille livres de pension à Ursule Possel, deux mille à Louis-Marie, deux cents livres à Ange Du Quesne-Menneville , deux cents livres aussi à Ursule Du Quesne. Nous n'avons pu savoir ce qu'on fit pour Du Quesne-Cannocier et pour les trois pauvres prêtres. Ursule Possel mourut à Toulon, âgée de quatre-vingt-treize ans accomplis, le 6 juillet 1763. Elle était née vers 1670 *.
= Venons à M. Du Quesne-Guiton , fils de Jacob I" Du Quesne, et gendre, comme on sait, du célèbre maire de la Rochelle, Jean Guiton. Sa carrière ne fut pas moins bien remplie que celle de son cousin Du Quesne-Le Monnier. Nous avons dit que, en 1692, il épousa Margueritc-Xicolart de Vautrdn. Lorsque, en 1698, il fit vérifier ses armoiries , il se fit inscrire sous les noms et qualités de : u Abraham Du Quesne, chevalier, seigneur de Bellebat, capitaine de » vaisseau du Roi. o II montra ses armoiries, que l'on reconnut être : » Écartelé aii P' et 4* d'argent à un lion de sable lampassé iî et armé de gueules ; au 2* et 3* partie d'argent et de gueules, à une n bordure aussi mi-partie de gueules et d'argent, chargée de dix
1 Dans nos longues recherches, nous avons trouvé celte indication qui nous fait connaître un homme que nous croyons être un frère de Susanne Le Monnier, femme de M., Du Qucsne-Monnier : • 21 février 1696. Brevet et ordonnance de mille livres de pension pour Isaac Le Monnier-Du Quesne. « (Bibl. Nat., Ms. Clairambanlt, 563, p. 127, et folio 33, vol. E, 3382, Archives Nationales.) Cet Isaac Le Monnier élail évidemment un nouveau converti. Allié à Du Quesne Le Monnier, il avait, pour se distinguer d'autres Le Monnier (nom fort commun partout), ajouté à son nom celui de Du Quesne, que noys croyons son beau-frère. Isaac Du Quesne-Le Monnier épousa Marguerite -Gervaise, et il en eut au moins un enfant, • Anne Le Monnier Du Quesne • , qui mourut le 12 août 1725 et fut enterrée i Saint-Sulpice, • âgée d'environ quarante-cinq ans , fille d'Isaac Le Monnier-Duquesne, secrétaire du Roi , et de Marguerite Gervaise, sa femme • . Anne décéda • rue de Seine, à l'hôtel de Nîmes. ■ (Arch. de la ville de Paris; Registres de Saint-Sulpice.) On voit que nous avons fouillé partout. Ce n'est pas de négligence qu'on pourra nous accuser.
1688-1703 \IflKI\E DU XVIl' SIÈCLE. 5TT
n coquilles, trois en chef et une à chaque flanc, et une en pointe <lc n l'un en l'aulre, accolé d'azur à un chevron d'or, accompagné de » trois étoiles de même, deux eu cbef et une eu pointe. <> Ces dernières armoiries étaient celles de niudume Du Quesne-Guilou. — Disons en passant que ni M. Du Qucsne qu'on appelait Du Quesne- Guiton, ni son cousin nommé ordinairement Du Quesuc-Munnicr, ac signèrent Jamais que Du Ques\b, sons addition de prénom et de surnom. Souvent les documents les désignent par le seul nom de Du Quesue, et il faut beaucoup de soin pour éviter des conrusions que n'éclaire irait pas, au reste, l'addilion de leurs prénoms, tous deux se nommant Ahraliam.
M. Du QuesnC'Guiton, qui, eu juillet 1688, avait ramené à Brest le vaisseau VOiscau, revenant de Siam (vnir ci-dessus, page 533), était, le 20 novembre de la même année, k la Rochelle, où il donnait nnc quittance chez Bayard, notaire, '■■ au nom cl comme ayant la n confiscation des biens de Jean Guibcrt, ci-devant ministre de la R. 11 P. Réformée à la Rochelle, etde dame Klisabelh Guîlon, sa femme, " tante dudil Du Quesne » . En 168!), le 1 1 mai , il se trouva au combat de la baie de Bantry, sous les ordres de M, de Château- Renault. En 16U0, il fut, sur le vaisseau le Gaillard, commandant une escadre dans une campagne aux Indes orientales. Sur la Sirène, il combattit dans la flotte de M. de Tourville à la Hougue ; il put sauver son vaisseau et le ramener à la Rochelle. . La Sirène, » commandée par M. Du Quesne, arriva hier de Saint-Malo » (où elle s'était réfugiée) •^ à Irès-bon port. < (Lettre de M. Bégon à M. de Villcrmont; la Rochelle, 23 octobre 1692.) La Sirène lit. en 1693, partie d'un armement fait à la Rochelle, et M. Du Quesne-Guilou la garda. Dans l'armée navale de I69i, il commanda VEnlenda, quand son cousin Le Monnicr commandait le Hardi. Nous voyons M. Du Quesne-Guiton sur le Bourbon, Toulon en IGOG. Sur le Courlitan, qu'il arma en 1700 à la Rochelle, il alla à Carthagène avec M. de Bclle-Ile-Érard , qui mon tait \' Aimable. (M. Bégon, 28 octobre 1700 et 7 août 1701.) En octobre 1702, et encore plus tard, il était à Paris, où sans doute il ne manqua pas de plaider la cause de M. Du Ouesnc-Monnier, le capitaine du Coartiian, brûlé à Rocbeforl, comme nous l'avons dit (p, 571). Il était à Rochefort en août 1703, et, dans les premiers jours d'octobre, il allait à l'île d'Ail avec le Saint-Esprit, qu'avaient précédé à ce mouillage le Sfige, commandé par H. de Monthant. et
578 ABRAHAM DU QUESNK. 1703
V Arrogant, par M. des Herbiers. Le 20 octobre, M. Collinet écrivait à M. de ViUermont, à propos de V Intrépide :
tt Vous savez peat-étre que les Anglois , ne pouvant pas aisément prononcer ce nom, ne Fappeloient que la Frégate Rouge, parce qu'en efliet, bien qu'il soit à trois ponts, il paroît à la mer comme une frégate élongée n (longae et fine), u II étoit rouge lorsque M. Cabaret » (Jean) ^ le comn mandoit Tannée précédant Taffaire de la Hougue » (c* est-à-dire en 1691), tt et, sur ce qu'il leur crachoit bien des boulets de 36, ils n (les Anglais) a ne pouvoient se taire sur son chapitre, qui leur fit bien de la peine. »
Le vaisseau V Intrépide, de 82 canons, ne pouvant être prêt aussitôt qu'on Taurait voulu , il fallut le remplacer par le Saint-Esprit, qui n'avait que 74 canons et que deux ponts et demi armés, » ce qui rt chagrina beaucoup M. Du Quesne, lequel avoit écrit qu'il lui seroit ?) fort désagréable de rencontrer de ses cadets dans le corps de Tarn mée qui commandent des vaisseaux de trois ponts. On croit que ce » capitaine n'auroit pas plus mal fait, en Tétat où sont les choses à n son égard, d'avoir laissé les boulets courir sans avoir fait cette r difficulté. » Nous n*avons pu savoir quel était cet état des choses auquel fait allusion M. Collinet. Quant à la difficulté que faisait M. Du Quesne-Guiton, cet officier, qui avait navigué avec son oncle, avait pris à côté de lui un peu de ce caractère difficile qu'on avait tant reproché au grand Lieutenant général. M. Du Quesne-Guiton se résigna pourtant, monta sur le Saint-Esprit, et, le 1" décembre 1703, il était mouillé avec les deux autres vaisseaux de son escadre sur la rade de l'île d'Aix.
tt II est à bord , qu'il ne quitte pas, non plus que madame son épouse, qui y couche avec lui, et une belle-sceur qui leur tient compagnie. » (Il était bien défendu par les ordonnances aux fenunes de coucher à bord ; mais qui obéissait aux ordonnances, qui leur a jamais obéi à la lettre ?) u Plasieiirs croient que l'escadre ne sortira pas cette année, faute d'argent, qui manque au trésor. . . Il est certain que l'on ne paye personne dans la marine, faute de fonds au trésor, ce qai contrarie furieusement notre magistrat illustre, n (L'Intendant de Rochefort, M. Michel Bégon.) Lettre de M. Collinet à M. de ViUermont, l*' décembre 1703.
L'armement fut rompu ; les officiers en furent pour leurs approvisionnements de Campagne, et le trésor pour environ vingt-cinq mille écus dépensés en pure perte. Le désarmement des trois vaisseaux laissait aux capitaines leur liberté ; M. Du Quesne-Guiton alla s'établir à sa maison de campagne, à Bellebat, pr^ de Rochefort. M. Collinet, 20 décembre 1703.) Cependant on se ravisa à la Cour.
580 ABRAHAM DU QUKSNE. 1705-1732
M. de Bruneville. = La Zélande, M. de Ferville; le Gaillard, M. d*OsiDond; le Diamant, M. d'Osoigne; ï Heureux, H. de Saint- Marc; Cornette*, le Triomphant: M. de La Harteloire, Chef d'escadre ; V Ardent, M. d*Aligre. »
Le 22 mai, le comte de Toulouse était à la hauteur de la Hogue, à rentrée du Tagc. 11 fut joint, le 29 mai, par M. Du Quesne-Monnier, qui lui amenait six vaisseaux de QQ canons. Le 24 août 1704, il combattit, devant Velez-Malaga, TAmiral Rooke, commandant une flotte anglo-batave.
En n05, M. Du Quesne-Guiton commandait seize vaisseaux; il devait aller à Cadix, mais, suivant Texpression d*un M. Louis Remuzat de Marseille (9 décembre), « il fut arrêté t> . V! Heureux, qu'il montait, désarma. M. Du •Quesne-Guiton fut envoyé comme gouverneur aux Antilles. Nommé le P' janvier 1714, il revint en France à la fin de 1715 , et reprit sa pbsition de Chef d'escadre le 1*' mars 1716. Le 10 décembre 1720, il se retira du service avec le brevet de Lieutenant général ad honores et une pension de neuf mille livres. 11 alla s'installer à Bellebat, où était son ménage, et il y mourut le 12 mai 1724.
M. Du Quesne-Guiton eut dans la marine un fils dont le prénom, suivant Y Alphabet de Laffilard (Arch. de la Marine) était Hubert. Il entra au service comme garde de la marine le 1" mai 1705, fut fait enseigne de vaisseau le 25 novembre 1712, lieutenant de vaisseau le 17 mars 1727, et mourut sur le Profond le 25 septembre 1732. Ce lieutenant eut une sœur, Gabrielle, que nous voyons marraine, à Saint - Ëustache , le 18 novembre 1706, d'un fils de M' Edouard Remy Coûet, avocat au Parlement et au conseil .du Roi. Elle signait : « Gabrielle Du Quesne » , d'une petite écriture. M. Hubert^ si , en effet , c'était là son prénom (nous n'avons rien vu qui nous autorise a l'affirmer), M. Hubert Du Quesne eut un fils, qui fut connu sous le nom de Du Quesne de Saint-Hilaire. M. Laffilard , premier commis , garde des Archives de la Marine , qui connut les promotions de ce Saint-Hilaire, dit dans son précieux Alphabet, qu' tt originaire delà Saintonge, il était fils d'un lieutenant de vaisseau » mort au service, et petit-neveu de Du Quesne-Guiton, Chef d'es- 9 cadre, n Aucun Du Quesne , si ce n'est Hubert , ne mourut au ser-
1 La cornette n'est plus, comme an temps de Du Quesne , le signe do commandement supérieur; c'est la marque du Chef d*escadre.
582 ABRAHAM DU QUKSNE. 1692-1707
mandait le chevalier de La Guiche. Ce vaisseau fit côte près de Ceuta, le 19 avril 1692, pendant une tempête par laquelle fut très-maltraitée Tescadre du comte Victor-Marie d^Estrées. Le Vice-Amiral Tavait mouillée à Feutrée du déftoit , surpris par un coup de vent que les vaisseaux uq pouvaient affronter i la voile. V Assuré, monté par M. de Château-Renault fils, et le Sage, ne purent tenir sur leurs ancres, et le courant les porta sur les récifs de la côte africaine. Trois cents hommes des deux équipages périrent dans ce naufrage, et M. Du Quesne y fut noyé ainsi que son capitaine. = Le dernier des Du Quesne que nous avons entrevus , sans pouvoir les connaître , est un chevalier Du Quesne , fait enseigne de vaisseau le 1" janvier 1692, et qui , embarqué sur le TViomphani en avril 1704, mourut sur ce vaisseau le 1 1 mars 1 705 , devant Gibraltar.
Abraham II Du Quesne mort , quels honunes restaient à la tête de la flotte française? De la famille de Du Quesne , trois officiers , avec 4es mérites et des fortunes différents, se soutenaient honorableinent dans un rang qui les recommande i Thistoire. Le comte Jacob, haa officier, ne s*acquit pas une renommée bien grande , soit que les circonstances ne lui aient pas été favorables, soit qu*il ait manqué de cet élan, de cette volonté, de cette intelUgence dont firent preuve ses deux cousins MM. Du Quesne-Monnier et Du Quesne-Guiton, de qui nous avons dit en bref les brillants services.
Le vieux Maréchal Jean d'Estrées finissait, non qu il mourût bientôt après 1688 *, mais il cédait la mer à son jeune fils, celui qui, né le 30 novembre 1660, fut baptisé, nous Ti^vons dit page 570, le 3 octobre 1675, sous le nom de « Victoire-(nc) Marie, fils de messire Jean comte d'Estrées ; il signait :
La carrièrer de M. Victor-Marie comte d'Estrées fut heureuse ; sa naissance Tavait rendue facile, son courage, sa capacité, son appli-
* U âécéàk en 1707, dans on âge trèt-ATtncé.
1737-1689 UARI\K DU WII'^ SIÈCLE. 3K3
cation aux choses du rnélier lioirent par justifier les faveurs dont il fut l'objet. Nous avous dit qu'il fut Vice-Amiral de France comme sou père, et comme son père oussi Maréchal de France ; il fui Vicc- Koi d'Amérique, et, chose à laquelle on ne s'attendrait guère, si l'an ne savait que l'Académie fronçaise fut d'abord et toujours une compagnie de ijens du monde autant que de geuR de lettres , il fut de l'Académie française. Il mourut âgé d'un peu plus de soivante-di\scpt ans, le 28 décembre 1737. Il avait épousé mademoiselle Lucie- Félicité de N'oaillcs.
A côté de M. Jean d'Estrées, plaçons M. Jean Gaharet, très-bon officier, qui devint Lieutenant général. ::3^ Le marquis d'Amfreville, qui, blessé à la Hougue {29 mai 1692), sur le Merveilleux, uiourul des suites de ses blessures , à Brest , le 2 novembre de la même année. = M. André, marquis de Ncsmond, qui, reçu à Malle dans la Langue de Provence , en 1 659 , devint Lieutenant général , le 1 "janvier 1693 '. ^ Le comte Ferdinand de Relingue, qui eut une commission de Chef d'escadre, le 1" novembre 1689, et en celle qualité , à la Hougue , sur le Foudroyant, commanda la division Contre-Amirale de l'escadre bleue et blanche , avant-garde de l'armée française. Il fut élevé au rang des Lieutenants généraux, le 1" avril 1697 et, le 25 août 1704, au combat de Velei-Ualaga , montant le Terrible, eutunejamhe emportée, blessure dont il mourut le 6 septembre suivant '. ^ Le marquis de Ville-Mu i-say , ambitieux , homme d'action , irrité contre le sort qut ne le portait pas assez vite an premier rang et qui fut cependant fait Lieutenant ^néral le 1" novembre 1689, après dix-sept années seulement de service dans la marine. Il servit vaillamment toujours. Après avoir combattu à la Hougue , sur V Ambitieux , il se trouva à l'affaire de Velcz-Malaga sur le Fier, qui combattit successivement cinq viû»seaux hollandais et ne se retira de la mêlée qu'après avoir eu sa poope emportée par une bombe qui fit des ravages terribles dans le navire. Le marquis deVillette mourut à Paris en décembre 1707. = M. Job Forant, qui, après trente-trois ans de grade de capitaine de vaisseau, se convertit ainsi que nous l'avons dit {sous l'année 1688), devint Chef d'escadre, le 12 février 1689, et mourut le 28 aoâl
' André de NeiniODd porte d'or i Iroît coroad de ubie. vïrD[é> el liés d'mur. ilcni enchifet an en puinle. . (Armoriai giniral, 1697; Bibl. \al.. Ma.)
^ Le iS jiDvier I60S. tt dnana un n^a ijn'il ligna : • Ferdiiun de R<lrngiie< . (Archive! de U Marine.)
ABRflUaiI DU QUESNE.
lfl9î-I7Wll
1692. =^ M. Jeun de Ildlc-lle-Érard , uncica ofGcier, qui devint Chef dV'scadrc le 1" janvier 1703, et \ténl h Velez-Malaga. ^ M. MarC'Hyacinliie, marquis de KoEinadec, fait Chef d'escadre le 1"" avril 1697, cl qui mourut à la Havane, sur le Forl, le 14 msi 1702, gouveraeiir des lies depuis le {"janvier de celle aiéme année. =: M. l'aneli^;, brave homme, bon manœuvrier, qui le uioolrs bien au combat de Béveziers où il commaDdail à l'avant-^arde , Chef d'escadre depuis le 1" novembre 1689. = M. Barin , marquis de La Gullissonntère de Saint-Aubin, entré au service en 1667 comme enseigne, devenu lieulenaol le 38 décembre 1671, puis capitaine le ISjanvier 1677, parvint au grade de Chef d'escadre, le 1" janvier 1703, officier distingué, qui Gl honorablement son devoir partout comme à la Hougue, mais dont le nom aurait péri s'il n'avait été relevé glorieusement par son fds , Rolland-Michel Barin , maiw quis de La Gallissnnnière , hommechélif et contrefait, qui était grand et beau au jour de combat. Le premier marquis de La (iallissoaui^^e se retira à la Hn de l'année 1 720 , Lieutenant général ad honores, et mourul k Poitiers, le 7 mars 1737, dix-neuf ans avant son tîls. celui-ci sunivanl quelques mois seuiemenl à sa victoire devant Mabon- (21 mai 175G '.) =i: M. Jacques-Augusle-Léonard, bailli de Belle-
1 Lei Barin élaieal dsni Isi eniploîi pubtici depuis uiei longltimpt; nani layoni que, le 1 ouAt 1615, • JgcqDO Ibrin , lelgnenr do La GillioanaièrB et aulrat liiiDi, coouilfer da Rot ca lei cunteili el directeur de lei fiiuDcei • . moural i Pari*, et qae ■on corpi fui mis en dcpAl â Sainl-Eoi lâcha , ea illvndanl qu'on le porlil dini II propriété où il devait être inhiioif. (Deg, de Siinl-Eaal.) — Le p^du premier dea Gai liaion niera marina écrivit à SI. Cnlberl. \b 9 ai ril 1609, one Idlft à propoa d'un engagement qn'il avait pria, an peu enmme toolea 1m penonnetquid^p'''^'^'''^'' 3""' Terneinent, pour 1* création d'une grande compagnie. Il t'iicuiait de ne poovair p4fw lateconde partie de la lomme ponr laquelle il s'était engagé. • ... Je laii rorcÔ deiou-.B représenter qne tout mon bien étant en Foudi de terre, el a[inl suurTerl l'année der- J niire par tes gelées une perte Iris-considérable, et étant d'aillenn obligé de faumv à la subsistance d'Hi de mes enfanta qui est en Candie , d'un utomi qui eat (ur lea vaisieaai qui lanl allés i Conitantinople (c'est celui qui fui fait capilaîoc an 1677J, d'un autre qui etLi Matlhe, fan faalriitu qui est i Oudenarde. lieuleuanl àsta le régiment de Navarre, el ifiin ehqHÏ'mt qui eil à Antibes dans une semblable clurge. Onlre Valni, anqnel j'ai fait de grands avantagea ; hi> qui est lubslitnl an pirqaet an Parlement de Paris, et le ircond de loua , qui n'attend que le mois de décembre poiu remplir la cbarge de conieiller aui requêtes du Parlement de Rennes, dont l'alné ait présenleoienl reiétu. je melronve dans l'impuiKance de faire loul ce qne je vondniii pour satisfaire lui intentions de Sa Uajesté... J'eus l'honneur de vous écrire, il ) a quelques jnnn , qu'aijint plu • Diea d'augmealer ma famille de Jeux enlknli depni* mou nouveau mariage, outre les AhK dont je viens de faire mention , j'ospérois da ta bonté de Sa Uajeitc relie même grâce qu'elle a accordée a antres qui sont dans cella , ondilion... (Signé :) B«i.v. . (Bibl. Nat., Ms., Lettres à Colhert.)
1T03-1691 MARINE DU XVII-^ Slfc;CI.K. 5SS
l'ontaÎDc de l.a Malinaîson , qui, (renie ans capitaine de vaisseau, devînt Chef d'escadre le 1" janvier 1703 et Lieutenant général le 6 octobre 1712. Il mourut fort à^é , au mois de janvier 17â0. ^ M. le chevalier Pierre Le Urel de Flacourt , qui servant depuis vingtsept ans fut fait Chef d'escadre le 1" juillet IG9S et mourut le 19 août IGUi. = Le brave marquis Emmanuel de Coëllogon, que nous avons vu plus d'une fois à côté de M. de Tourville et qui. Chef d'escadre le 1" novembre 1(189, devint Lieutenant général le l"juin 1701, eut la charcge de Vice-Amiral du Levant le 18 novembre 1716, fut élevé à la dignité de Maréchal le l"juin 1730, et mourut six jours après. ::= M. de Combes, qu'il ne faut pas confondre avec celui qui fut ingénieur, M. de Combes, que nous avons montré ci-dessus, page 392, juge sévère du marquis de Langeron , et, à propos du siège d'Alger, en 1682, capitaine d'une galiole h bombes ; alors nous avons dit que , capitaine de vaisseau du ("janvier 1689, il devint commissaire général de l'artillerie et mourut en 1717.
^ M. de Langeron doit être compté parmi les hommes d'élite dont nous donnons une liste qui restera nécessairement incomplète. Mous lui avons consacré une notice assez longue, page 393. = M. le chevalier Bernard de Saint-Jean-Pointis ne saurait être oublié ici; nous avons dit (p. 425) que, commandant, en 1682, la Cruelle, galiote i bombes, en 1(399 il devint Chef d'escadre, et qu'il mourut en 1707. ^ Xous avons dit ailleurs quelle fut la carrière du chevalier d'Amblimonl (pages 308, 366, 477, 479). =^ M. Pierre Gucrusson du Magnou mérite aussi qu'on le mette au nombre des ofiiciers distingués qui , ayant bien servi pendant In vie du grand Du Qucsne, continuèrent longtemps après leur service. Il fut fait Chef d'escadre le t" janvier 1693, après la Hougue, où il commandait le Conquérant , matelot d'arrière du chevalier de Chàtcaumorant , et matelot d'avant du Sofeil-Boyal. Il moumt le 10 mai 1706. ^ Le chevalier de La Rnchatart fut aussi un de ces grands comhultanls de la Hougue ; il s'y distingua à la tète do la division du marquis d'Anifreville, sur le Henry, k côté du chevalier de La Rongère, qui menait le Fort. M. de Villclle, qui l'aimait et l'avait pour capitaine de son Pavillon, en 1694, eut la douleur de le perdre, cominaudant une des chaloupes qui allaient bnUer des vaisseaux espagnols à l'embouchure derÈhrc.
Nous venons de nommer des ofiiciers, capitaines depuis long-
386 ABRAHAU DU QUKSXE. I6fil-iri«
temps, et dont la réputation était aoUdement établie dans la mariae; nous devons citer des capitaines qui commençaieut eu KiSHet qui, eu peu d'anuées, allaient se faire des nomB illustres : Jean Bart, — lin soit ce qu'il fut, et qu'il eut un fils (li<|n('(le lui; — René du Guay- Troiiin, le chevalier de Forbin, Ducasse elCassarl. Nous avons jjardé pour les derniers deux homnieB que nnus aurions pu nommer les premiers , MM. de Cbilteau-RenauK et de Tourville. Bien souvent nous avons mentionné les services de l'un et de l'autre. Louis-François Rousseict de C hâte an-Renan II cul une activité de plus de cinquante années; lieutenant de vaisseau en 1661, capitaine le ït mars 1666. Chef d'escadre le 18 décembre 1073. il resta quinze ans avec la commission de ce grade, ne s'épargnant pas , commandant presque toujours; enfin, le 5 février 16S8, quatre jours après la mort de Du Quesne, il fut fait Lieutenant général. Il eut, le l"juin 1101, la charge de Vice-Amiral de Levant, que laissait vacanle le comte de Tourville, mort le 28 mal précédent. Il ne s'arrêta pas là : le 14 jaii" vier 1703, il fut fait Maréchal de France. Il mourut i Paris le 13 novembre 1716. Le duc de Saint-Simon a fait de lui un portrait étrange, que nous ne voulons point abréger; c'est un des morceaux les plus singuliers, les plus piquants échappés à la verve maligne dn satirique auteur des Mémoires :
< Chilcaiirenauld (tie), du nom de Roiisselet . inconnu entièrement avant le mariage de son bJMÏeul avec une sœur du CiirdinBl bI du Mirérhal de Hett, à l'iirrivce obseare des Gondi en France, fut le plus heareax homme de mer de boq temps, oii il gagna des combats el dei batailles, cl oit il ciccula force entreprises difBiil«a, el fil beaacoup de belle» actions... C'cloit un petit homme guussaul " (c'est-à-dire court, gros, ayant de larges épaules), u blondasse, qui paroissoil bébetc, et qui ne trompoit goére. On ne comprenoil pas à le voir qu'il eût pu jamais itn Iran a rien. Il n'y avoit pas moyen de lui parler, encore moins de l'écouter, hors quelques récits d'actions de mer. D'ailleurs bonhomme el boBOéle homme. Depuis qu'il fui fail Maréchal de France, il alloil asseï souvent k Harly, où, quand il s'approcboit de quelque compagnie, chacun loiirnoit adroite et à gauche » (il allait k Marly cliei M. de Cavoye). > Le Uaréchal de Chileaurenauld mourut a plus de quatre-vingts ans. C'élotl an fort homme d'honneur, très-hrave, trés-bonbomme , et lrès-<grand et heureux homme de mer, où il a eu de belles actions, qnr le malhenr lotme de Vigo r (où, après un beau conihal, il fut obligé de brûler ses vaisieaDi; 1702) a ne piil lerair. Avec tout cela, il se peut dire qu'il n'avoil pas le seul commun. '
Ce dernier trait ne saurait être pris à la lettre; il n'avait pas
i0«-168n llflilINK DU XVII' SIÈCLE. 3S7
(l'espril, parlait mal, ne savail pas causer, avait tout de i'hoimête homme de Cour, excepté les belles façons et le beau lan<;[age; maie il avait ccrlarneiiienl le sens commun. Se fi^ure-t-on uo général de mer qui a gagné des batailles, préparé ses victoires, dounéles ordres nécessaires à tout ce qui agit sous lui, pour arriver i un grand résultat, et ce général dépourvu de sens commun ! M. de Château- Renault signai! :
M. de Tourville n'avuil, au physique, aucun rapport avec M. de Cbâicau-Renault ; il clail grand et beau ; il savait parler et se faire écouter ; il ne fut pas moins heureux que son camarade , comme homme de mer; il gagna des batailles, et le malheur qu'il éprouva à la Hougue — Irahison du venl el de la mer — ne ternit point ses belles actions. Après avoir loyalement, el à deux reprises, fait connaître son opinion sur l'ordre qu'il avait du Roi de » combattri! fort ou faible " , il obéit, fit de son mieux et perdit quelques vaisseaus après la bataille, mais non pas en lel nombre que la marine française ne pût point se relever de ce désastre, comme l'ont dit ceux qui n'ont pas connu l'état de la ilolte après IG92 (page 400, nous avoua montré la fnusselé de cette opinion) ; et Louis XIV, qui pouvait s'imputer le malheur de la journée de la Hougue, Gt Maréchal de France M. de Tourville, autant pour le consoler que pour le récompenser de sou obéissance et de son sacrilice.
Lcchevaher de Tourville, qui jusqu'à l'âge de quarante-sept ans' avait peu songé au mariage, fut pris, en 1680, du désir de renoncer au célibat. Une veuve belle ou jolie, et riche, lui inspira cette résolution. Il se mit en règle avec Malte, qu'il quittait, le Pape le rele-
■ On BB rappellera que noua ivotit dit, tome i", pigti 1S9, que M. de ToQnille Mquil, le ai nacenibre I61i, iidd pm a Tounille, en Normindie. comme l'a prélendu l'abbé de MagroD . BUleur dci Mimoira en Maréekal it Tmrriltt, oucraga rom«neaque, uiei mal reuieigné eu général el laut i fait indigne du grand hamnM doni il a la préleolion de raoïnter la lie militaire. N'ooi (ions canucré un long article an chevalier de Tourville dani noire Dklimnaire criliqui dt bîograpkit tt ifk'iloirt; ce que noaa en aToni dit dani cette Élude compicle l'ciquiue d'une biognpbie que nou> inrioni uni doute e«sty^ d'écrire, ai 1» cvénemenli ne nont avaient paa éloigné de Pirtt, où lont toulei lei tource* di> bonnci infoniialiona.
38g AURAHAXf DU QUESXË.
vanl de ses obi i^n lion s envers l'Ordre; it pressa son uiiiringc. L'ôefl nrméc navale t'altcndiiil, et M. de Seignelay Ini inlerdisail les longnéi douceurs d'une lune de miel. Pour abroger le Icmps, il nchela des di»^ I penses k rarchcvéclié. Votci , en elTet , ce que nons avons trouvé an | Registre des dispenses accordées par l'ofGcial de Paris , en 1680 :
a Anna-Htlarîone de Coslanl'm, comité de TourtUlf, Saneli Strphant Je I iloale, et Liidoriea- Francisco Laugeois, Saneii Rorhi , tue non super I drftutu\(fi\c) domicilii cum diclocomile de Toureille. ' (Archives de la ville ( de Paris.)
Le duc de Sainl-Simon , parlant dans ses Mémoires du mariage' 1 de M. deTourvilIe, à propos de la morl de la comtesse, dit âé i cellc-ici :
<• Elle n'êloit rien, veuve de La Popelini^re, homme iI'uITuirFS et ri Quoiqu'elle en cûl des enfants, elle éloit asseï riche pour que TnuniUJ eût CDvie de l'épuiser. Langcois', honime d'aiTaîres, fort riche, donnt^ beaucoup à sa Glle pour ce mariage, et les logea. Cela oc dura guère mariage ne fat pas heureux. Il en resta un fiU, tué dis sa première n |ia<|ne, et une lille furl helle, qui a épousé M. de Brassae, et que la peliU ] vérole, sans la déGgurer, a rendue méconnaissable. Elle ■ élc dame da | tundame la duchesse de Berry.
registre de Saint-Roch :
Voici maintenant ce que nous avons lu a
'• Du 16' janvier 1690. haut et puissant seigneur MessireAnne-HilaHon de €oslanlin, elievolier, comte de Tourville, Vice-Amiral de France, commandant les armées navales du Roi. lils de feu haut et puissant seiiineur Messirc Ccesar de Ooslanlin, manl, chevalier l'omle de Tourville, et de dame Lucie de La Kochefoucaiill, ses père et mère, demeurant me Sainl-
1 LiDjjeaia o'tliit paa le nom du père do lu ciimlDSie do ToortilU; il W Bominail Liu^faii; nout en nom pour garanli qoclquci sclei qn'on >a lire, al Im deux premieniDlumFadeJ'.lrinariiildsFar». Ifi97 {fiihl. Nal.. Ui.), auiqneli noD*clPpntntona l« nisalïoDS lailantri : • Jacques LaugeDÎ). écDjer. leïgaaar d'ImbercoDrl (ne) el de Laoïiay, porle d'aïur à oae leur Jargenl et un chtf hermîni. ■ — • Jean- Bapliile-Lonii Laugeoia d'HjnibcrconrI, conieîller en la Cour de ParlemcDl de Pirit et premier conieirier de Son Allesw Hofiilc ilopicigncur frire du Ros, due d'Ort^iu. porte d'ainr i une lour criacUe d'argenl et maçonnée de uble, el an chef d'boiv niinei. ■ — • Élieniie dt Laugeoia de la Vannerie, contaîller El preaiiar garde-ndw 1 do Ho;, porle d'aïur i une tour d'argenl el un cfacf d'heriuinei. • — C'eal 1 JacqnM ! I.Bugeoïi, Gli d'un limple receteur des coofiicationa dn Cbàlelet, qui, n'ajaiil poùil de uoblesae, ae raiiailappiler quelqaeroi^ II. de Laugeoia au U. d'H|BibercanTl, qne La Bruyère a Till. diUon, alluaioa dana ion chapitre Dt gutlquet aiaja ; • D'aalni ont ua aom diai(llahiquc qu'ila anohliiaent par dei particulei dè> que leur furtane devient uoilleure... Plusieurs supprioient lonra nami, qu'ili puori oient porter Mm hi>nle, pour en adopter ilv plu< lieaui. ■
i«go
Jean de Besuvais, paroisse Sainl-lilicnDc du Monl, d'une pari; et... i Louise -Françoise Laugeois. veurve de feu... M, Jatqucs-Claiide Darrol, marquis de La Poupe tin iére, premier cornctie des chnaa-légers de la garde du Roi, dcinetiranle (jiV) rue N'euïe des Petits -Champs, aiec dispense et permission de fîaiirer et marier dn grand malin.... en présence de Jacques Laugeois, ccuyer, seigneur d'Mymberconrt et de Launay, et Jean- Bap liste- Louis Laugeoii, aussi écuyer, son fils, demeurant rue de l'Unlversilé, paroisse Sain l- Su I pi ce, Vaa père et l'autre frère de l'cponse ; Messiei Louis Mesnard, seigneur de TiKaiiueg, prêtre, ducteiir en théologii rant sur li' qnay <le la Tonracllc, parent de l'ëpousc; Pierre Boiilev, ccuyer, sieur de ItJarcy, demeurant rue Saint-Jean ilc Beauvais ; dame Lacii: de Costanirn de Tourville, épouse de lUessire Michrl d'Argonge (iir), marquis de Gouville, demeurant rue du Bac, sœnr de l'époui; dame Magdcleine- Françoise Gosseau , épouse dudit sieur Lan^eois et mère de l'épouse, qui ont si<|né : Anne-Uilarion os Cotentin dk Tol-ri-u.le, Lonise- Krançoise Lxugiois, Lnuciois D'HraBBRCOLUT, M. F. GossBiiii,
Lu marquiae Louise-Frunçuisc Lau<|eois, qui devenait comtesse de Tourville, avait épousé en premières doccs ù Suint-Sulplce, le mardi 21 mai 1680, étunl âgée de dix-neuf ans et demi, «Jacques- " Claude Darrot, chevalier, marquis de La Poupelinière et d'Kr- X vaux, etc., dgé de vingt et un ans environ, Gis de feu Mcsaire n René-Élisée Darrot, chevalier, seigneur marquis desdils lieux, et K de dame Thérèse Charron, marquise d'Krvaiix, demeurant rue de » Richelieu ° . Parmi les témoins de ce mariage , nous remarquons J. \icoias Colbert, M. de Saumery, M. K. de Besmaus, Louis, évëque du Mans, et Charron de Menars (Jean-Jacques), * Surinleiit dant des finances, domaines et aTTaircs de lu Heine « . M. le marquis de Saumery ( Jean-Bnplisle de Joanne) était cornette des ehevau-légers, comme le marquis de La Poupelinière, qui, par sa mère, était Deveu de madame Colbert ( Marie Charron ), femme du grand Ministre. Le Dictionnaire de Chaudon et DelandJite dit que mademoiselle Laugeuis était Gllc d'un fermier général; nous n'avons pu vérifier cette assertion, qui a peut-être pour elle la vérité. Quant à celle de Saint-Simon, en ce qui louche le premier mariage de Louise- Françoise Langeais, les documents que nous venons de produire lui donnent tort. Saint-Simon a confondu le marquis Darrol avec Le Riche, qui parlaient l'un et l'autre le nom de Popeltnîére ou Poupelinière. Jacques-Claude Darrot de La PoupcLnicre était un des chevau-légers de la garde du Roi, et non pas >' un homme d'affatrcs • ; l'homme d'affaires riche, du nom de Lu Poupelinière, se nommait Le Riche ; il était père d'Alexandre-Jeim-Jo.ceph Le Riche , qui , né,
590 ABRAHAM Dl^ QUKSNK. 1691
dit-on, en 1690 ou 1691, devint fermier général en 1718, et pendant quelques années éblouit le monde par son luxe et ses profusions, y fit bonne figure par Taisance polie de ses manières et par quelque chose de Thomme de goût et d^esprit , et attira à loi , par la délicatesse de sa table et son empressement à les protéger, certains gens de lettres qui s'attachaient volontiers aux gens de finance. Que M. deTourville eût envie, n'ayant que peu de bien, d*épouser une veuve de trente ans , séduisante et largement dotée par son père, cela se conçoit ; mais ce qui se conçoit aussi bien, c*est quune femme pourvue d*attraits et d'argent ait été bien aise d'épouser un honune déjà illustre, Vice-Amiral du Levant, et, par-dessus le marché, beau, d'un grand air, et bien à la Cour, où il pouvait pousser son épouse. Si la marquise de La Poupelinière était pour le Vice- Amiral i|n bon parti, à son tour M. de Tourville était, pour la fille d'un Laugeois d'Hymbercourt , un parti aussi convenable qu'honorable.
M. de Seignelay ne dut pas être étranger au mariage du Vice- Amiral , qui était de ses amis , avec la veuve d'un de ses parents. Tout semble donc fort naturel dans cette affaire, où d'un côté étaient la gloire , une des grandes charges de la marine , peu de fortune , mais des agréments personnels , et de l'autre la richesse et la beauté.
On aura remarqué , sans doute , que la bénédiction nuptiale fut donnée aux époux u du grand matin » ; on avait voulu éviter la foule des amis et des curieux, qui aurait fait de la cérémonie une chose de grand apparat et de grand ennui pour la jeune veuve, mise ainsi en représentation devant la Cour et la ville ; car qui n'aurait-on pas dû inviter? Les mariages bénis summo mane, conmie on disait, étaient célébrés à la pointe du jour ou peu de temps après, pour deux raisons : ou parce qu'on voulait cacher quelque faute , — et dans ce cas on s'adressait aux petites paroisses borgnes de la Cité , Saint-Pierre aux Bœufs , Saint-Pierre des Arcis , — ou parce que , ainsi que dans le cas qui nous occupe , on voulait ne donner aucun appareil de vanité à la cérémonie religieuse.
Le comte de Tourville eut deux enfants de son mariage, un fils et une fille : le premier en 1691, l'autre en 1693. Louis-Alexandre de Tourville, né le 7 septembre 1691, ne fut baptisé que le 22 décembre 1693, ayant pour parrain a S. A. R. Monseigneur Louis-Alexandre ri de Bourbon , comte de Toulouse, Amiral de France » , et pour marraine « Madame Louise-Bénédicte de Bourbon, duchesse du
" Maine » . (Registre de Saint-Sulpice.) Quant à Luce- Françoise de Tourville, elle naquit le IS juiu I6!)3 et fut baptisée à Saial-Sulpice le lendemain, tenue sur les fonts par son ^and-père maternel, u Jacques Laugeois, écuyer, seigneur d'Hymbercourt n, et par » dame Françoise de Cotentin de Tourville, épouse d'Annct de La n Bastide, comte de Châteaumorant s. M. de Tourville n'assista à aucun de ces deux baptêmes ; il était à la mer, à la léle d'une flotte partie avec l'intention de prendre une revancbe de la journée de mai 1692. — Luce-Françoise de Tourville épousa, le 20 juillet 1T14, Guillaume-Alexandre de Galord de Béani, marquis de Brassac el de La Roche-Beau court, (ils mineur de feu Alexandre de Galard de Béarn et de Marthe-Madeleine Foullé de Fninevaui. A ce mariage assistèrent Madame Anne Palatine de Bavière, princesse douairière de Coudé, Madame Marie-Anne de Bourbon, duchesse douairière de Vendôme, princesse du sang, etc. (Reg. de Saint-Snipice.] — Le comte de Tourville n'assista point au mariage de sa Glle, non plus que la comtesse; il était mort au faubourg Montmartre, âgé de cinquante-huit ans, le 28 mai 1701, el avait été inhumé dans l'église Saint-Eustache deux jours après, ». en présence de son fils Louisn Alexandre et de Nicolas-Charles, marquis de Colentin, capitaine " de cavalerie " . La comtesse de Tourville mourut, le 1 1 oclobrc ] 707, dans son hôtel, rue de l'L'niversilé , — la maison de son père, — et le 12 fut inhumée dans l'église des Capucines, ^ en présence de 1 SCS deux Gis, Jean-Baptiste Darrol, marquis de La Poupelinière, et " Louis-Alexandre de Cotentin, comie de Tourville '." (Reg. deSainl- Sulpice.) Le Maréchal de Tourville décéiia au faubourg Moniraartre, non point par un pur effet du hasard, mais parce qu'il demeurait là, el non rue de l'iniversilé, qu'avait abandonnée le Maréchal, Us témoignaient par leur trépas de la cérilé des bruits répandus dans le public relativement à leur séparation, amenée par des torts réciproques, galanterie des deux côlés, a-t-on dît. Il parait que madame la maréchale ne ménagea pas beaucoup plus sa réputJition que sa belle-sœur, madame d'Argouge de Gouville, dont Jean, comIe de Coli(|ny, dans ses Mémoires, a dit qu'elle était beaucoup plus coquette que la princesse de Condé. Il parait, si Colîgny a dit vrai, qu'elle l'était au superlatif.
Saint-Simon proclame que M. de Toilrville fut. u de l'aveu des
I L. A., comte de Taurrille, colonel d'un réginiDDl d'inranlerie , Toi ttii duxrla jonm^e de Daniia, en ITIS. tl iiail an pea plai de vingt «ni.
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592 ABRAHAM DU QUESNX. 1676
» Anglois et des HoUandois , le plus grand homme de mer de son » siècle Ti ; quant à nous , si grande que soit notre admiration pour Abraham Du Quesne , qui nous a inspiré le désir de faire connaître sa vie mieux qu*on ne Ta connue, nous ne rabattrons rien de cet éloge. Brave comme les plus braves, capitaine toujours prêt aux entreprises difficiles et périlleuses, officier général qui mania avec une merveilleuse habileté des flottes de quatre-vingts à cent navires de guerre , — bonne fortune qui manqua a Du Quesne , — prudent autant que courageux, Tourville eut au plus haut degré les qualités éminentes qui font le grand homme de mer.
Disons en quelques pages quels hommages publics furent rendus à. notre Abraham Du Quesne de son vivant , et après sa mort.
Girard Édelinck grava le portrait si connu du Lieutenant général des armées navales du Roi. Ce portrait est sans date, et le graveur n'a pas fait savoir s*il travailla d*après une peinture ou si lui-même, avec la permission de Du Quesne, fit un dessin sur lequel il exécuta son travail. Cette dernière supposition nous semble la bonne, bien que les mots sacramentels ad vivum ne se lisent pas à la suite du nom d'Ëdelinck. Du Quesne, la campagne de Sicile finie, campagne glorieuse , où il avait eu Thonneur de se mesurer avec Michel-Adrien de Ruyter, et la gloire de remporter sur cet éminent officier, était un homme considérable ; Tindustrie privée pouvait donc se hasarder à mettre au jour son portrait. Peut-être faut-il reporter à Tannée 1676 Tapparition du morceau gravé par M. Édelinck; cependant le Du Quesne d'Ëdelinck paraît être plutôt un septuagénaire marqué qu un homme de soixante-six ans. Aussi croyons-nous que ce fut seulement après les sièges d'Alger et de Gènes que le graveur fit son estampe. M. Michel Bégon, Intendant deRochefort, un des curieux de son temps de qui la bibliothèque et les portefeuilles furent le mieux garnis^ lorsqu'il eut la pensée de réunir les portraits des hommes illustres du dix-septième siècle et d'y joindre un court éloge de chacun d'eux , n'eut garde d'oublier Du Quesne qu'il connaissait particulièrement et qu'il devait naturellement mettre au rang des illustres. M. Cabartde Villermont, ami de Du Quesne et de M. Bégon, ayant écrit à celui-ci pour lui proposer le portrait du Lieutenant général, gravé par Édelinck, M. Bégon lui répondit, le
MARINE DU XVIT* SitiCLE.
12 avril 1689 : ^ J'ay le porirail de M. Du Quesne, quiestfort V blanl. n Ce l6moignac|De de M. BcgoD est précieui: ' ; il est corroboré ponr nous pur les rupporls frappants que nous avons remarqués entre l'œuvre de G. Girard Kdelincli et la peinture d'un artiste que possède M. le général de diiision d'Huijues, et dont nous avons souvent parlé dans cette Élude. Cette peinture montre Du Quesne &gé d'environ quarante-cinq ou cinquante ans; sa mouslache, ses sourcils, sa perruque sont blonds, et nous savons que telle était la couleur de ces détails dans la personne de Du Quesne. Chez G. Édelînck, la moustache du Lieutenant général est blancbe et donne à la physionomie, plus souriante que sévère, un certain air narquois et de mauvais garçon, qui ne déplaît pas et qui a un caractère tout original. Que te portrait peint dont nous venons de parler ait été fait sur le vif, nous n'en doutons point ; Il a le cachet de la vérité sent la convention ni la recherche ; il n'a pas le piquant et la vivacité de celui de G. Édelinck, la main qui le traça n'étant ni \i\f.n énergique ni bien habile; c'est cependant un morceau estimable et digne d'être conservé. Il vient de la maison de M. Du Quesne-Monnier, ce qui nous semble ^i^arantir son authenticité. — C'est le portrait d'Édelinck que M. Gide a bien voulu reproduire pour nous, et qui figure en télé de notre premier volume.
Nous ne pouvons rien dire d'un autre portrait peint que nous n'avons point vu, bien que nous soyons allé dans la maison oii il est gardé. Celle maison est celle de M. Du Quesne de Brocbein, de qui nous avons parlé dans notre premier chapitre; elle est au Itrink, sxu la rive droite du Rhin , à quelques pas d'Arnheim. En 1851 , étant descendu d'Amsterdam dans la Gueidre, pour voir M. Du Quesne de Bruchi'in, que nous croyions appartenir à la famille des Du Queuie de Dieppe, nous ciîmes le regret de ne pas le rencontrer. Une per- Boanc qui nous reçut nous dit que le maitre de la charmante babitatioD où nous étions possédait un portrait du grand Du Quesne ; mais
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il de celui d'Édelinct,
II Hubert . qui ,
et parti CD litTBœeiil relui qu'a ligi
acheter n dêlciUbte image, écriiït iprèi ion nom : Ad rirm. Son Du Qurine Ml UD véritable gralesigue; ÏJ B II face large al etirie, le) yeni laiii tie, la t^le roDicrtc d'nue cheielure bliDche non peignée, qui n'a riea de Ja perruque bloade qu'ÉdcIinek d'b pai minqui' de reproduire, eu alliuuaDl un peu la lui nie par la préience de elleteui blaa». Kt quel deiiiu, quel traiail de burin 1 C'eit au dea matiDait ouiragci da Kicolai Hubert, donl on en coanati peu de boni. — Il ; « un joli porirail jw Fiquel; c'eit Édelinck afTadj.