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Icragues sut que les débats a
XIARiNE DU XV!!*" SitCLE. 3]
ivaienl eu un caractère de modération peu ordinaire, mais que le Muphti s'était fait remarquer par sa fnreur et sa persistance à demander que la Turquie vengeât d'une manière éclatante l'atTront qui lui avait été fait à Scio. Cette opinion du Muphli trouva contre elle Car» Mustupba, plus politique et par conséquent moins emporté, qui dit au chef de la religion : a Tu <i veux que nous fassions la guerre aux Français, soit; mais la seule n guerre que nous puissions leur faire est la guerre maritime ; je 1 prierai donc Sa Hautcsse de te donner le commandement de ses ' galères. " Le Muphli rabattit alors un peu de sa prétention. Le conseil rejeta la solution qui était la guerre; mais aucune résolution dé6nilive ne fut prise. Cara Mustapha ne voulait pas céder à la France et se retirer devant une menace -, il voulait une satisfaction pour l'insulte de Scio et demandait pour cela sept cents bourses. (Lettre du Roi à Du Qucsne, ^ijain l<>82. Du Quesne était alors à Toulon , depuis les premiers jours de juin.) Mais devant la demande du Sppha qui était impérieuse, le Vizir ne savait à quoi se décider. Il prit le parti de gagner du temps, et laissa M. de Guilleragues incertain de l'époque où l'affaire aurait un dénoilment, mais bien persuadé que la Porte ne résisterait pus toujours.
Cependant Du Qucsne , étonné et blessé du silence à son égard de Cara Mustapha, qui n'avait pas daigné lui accuser réception de sa lettre, leva l'ancre, le vendredi saint, et, d'Ourlac, Gt voile pour les Dardanelles, où il mouilla le lundi après l'àques, ^ l'entrée de l'ilellespont, u en vue de la côle Oïl l'on croit que sont les ruines de l'an- " tique Troie m (dit M. An t. Galland). Une barque expédiée de Toulon lui apporta deu:i lettres du Itoi , l'une pour l'Ambassadeur de France, l'autre pour lui-même. Il donna à M. de Sainl-.lmant , capitaine du vaisseau ÏHeureux, la lellre adressée à M. de Guilleragues, et un billet par lequel il faisait connaître à celui-ci le contenu de la dépêche qui était particulière au commandant de l'escadre. M. de Saint-Amunt ne fut pus moins de sept jours, avec un caïque à cinq paires de rames , à refouler le courant , si rapide dans le détroit , bien que le vent ne lui fût pas contraire ; mais la mer était grosse , et la barque, peu stable et légère , s'agitait beaucoup et n'avançait guère. M. de Guilleragues fit demander par son drogman au Grand Vizir une audience pour M. de Saint-Amant qui devait communiquera ce Ministre ce que Du Quesne voulait lui faire connaître des ordres qu'il avait reçus. L'Ambassadeur priait, au cas où le Grand Vizir
li ABRAHAM DU QUES\K. l6TI-(ICg!)
trop occupé ne pourrail recevoir le capitaine de VHeureux, de déléguer son kiaîa pour l'entendre. Cara Mustapha refusa l'une el l'aulrc audience. M. Guilleragues lui adressa alors une requête pour lui demander un passe-port qui lui assurdl le libre passaije aux châteaux des Dardanelles, suivant la coutume et le privilège accordé aux Ambassadeurs. Par là il obéissait à sa Cour.
M. de Guitleragues ajoutait que, comme il croyait devoir olTrir au Grand Vizir un présent de choses rares et curieuses pour lafraire de Scio, il était prâl à y satisfaire avant que de partir el qu'il serait en état de l'exécuter dans trois jours. 11 envoya en même temps la liste des choses qu'il avait à présenter; mais, " pour marquer au Grand Vizir ce qu'il pouvait faire dans une conjoncture si pressante pour terminer les choses à l'amiable, sans risques de son honneur qui était dans un grand compromis , il fil dire au ministre que s'il voulait lui donner l'audience honorable qu'il attendait depuis si longtemps, il ferait en sorte que les vaisseaux français qui étaient aux Dardanelles se retirassent, sans pouvoir répondre après cela do ce qui arriverait s'il ne tenait point sa promesse » . Une copie de l'ordre du Roi de France de quitter Constanlinoplc sous douze jours, si le Grand Vizir ne donnait point satisfaction sur le fait de l'audience, accompagna l'offre des présents. Cara Mustapha • s'attacha aux présents " , selon l'expression de M. Antoine Guliand ; il les trouva u insuffisants t pour la grandeurde son mattrc et la réparation de l'offense. 11 envoya un de s^s officiers avec Mavrocordalo, son drogman, pour «en marquer son mécontentement à M. de Guilleragucs» . Mavrocordalo prononça des paroles menaçantes qui n'étonnèrent point l'Ambassadeur, lequel répondit qu'il i ovoitpromisunpréscntdcgcntilhomme qu'il était , pour empêcher que deux grands Empires trèspuissants, et depuis longtemps amis, ne devinssent ennemis. IlVétoit épuisé pour y satisfaire et ne pouvoit rien ajouter. > Le présent était en effet fort convenable; il était estimé à la valeur de ' cent mille livres ou quarante mille écus " , et Louis \1V trouvait que son Ambassadeur s'était trop avancé en promettant un tel présq a mais puisque vous avez été jusque-là. vous devez bien preBI garde de passer oulre. >• (Lettre du Roi à M. de Guilleragues, 341 1682. Archives de la Marine.) Le Vizir n'accepta pas, sans t cependant tout à fait. La négociation traina en longueur, . Saint-Amant retourna à l'escadre pour rendre compte à Dfl C de sa mission. M. de Guilleragues faisait dire au Lieutenllil g^ï
U ABRAHAM DU QUESMi. lGTl-(lfl81)
était humilié de céder aux volontés d'uu souverain à qui tout cède. Alger a été bombardé , mais ne s'est pas encore rendu. Le chevalier de Toui-ville, malgré les mauvais temps, croise devant le port cl son escadre en défend tous les accès. Al^er cido cnTin; te 24 avril 1684, le Dey amène son pavillon. 11 a rendu bien des esclaves ù Du Quesne, il rendra tout ce qui en reste à M. de Tourville. qui lui Impose un traité que ralIGcra bientôt Louis \IV. Du (Quesne et M. de Tourville, libres, peuvent prendre contre Constantinople un parti décisif. Il ne faut pas attendre cette extrémité; il faut ménager de loin un raccommodement avec le Roi qu'on a irrité. Que va-t-on faire pour arriver à ce résultat? Le Grand Vizir fait appeler, le 13 octobre 1684, M. de Guillera^uGs à son audience. L'Ambassadeur se rend au sérail d'Ibrahim, voisin du palais du Grand Seigneur, et fait déclarer par M. Fontaine , son drogman , qu'il' prétend être reçu sur un sié<]e placé sur le Sopha. Le Cliiaoux~bachi lui dit que l'affaire dont le Vizir veul rentrctcnir élant de conséquence pour la paix des deux Empires , il ne doit pas faire de diflicullés sur le cérémonial, i qui sera réylé 1 dons les suites À sa satisfaction n . M. de Guilleragucs renouvelle sa déclaration et dit qu'il parlera et écoulera debout ; un siège au bas du Sopha peut convenir aux résidents des princes qui se reconnaissent très-inférieurs à l'Empereur de France , il ne lui convient point. Ibrahim vient alors dans la salle où l'on a introduit l'Ambassadeur, salue M. de Guillcragues, qui s'obstine à ne pas s'asseoir sur un pliant qu'on lui indique. L'Ambassadeur gravit les quelques marches du Sopha et présenlc au Grand Vizir la lettre qu'il a reçue du Roi Louis XIV. Le Ministre dit qu'il ne manquera pas de la lire. Alors l'affaire de Scio est mise sur le tapis. Le Sultan est dans un grand courroux, et Ibrahim ne comprend pas comment l'Ambassadeur n'a pas proposé de donner de grosses sommes pour éviter d'irréparables malheurs. Le conseil des grands de l'Empire a décidé que M. de Guilleragues promettrait " sept cent cinquante bourses de cinq cents écus chacune, ou qu'il serait mis aux Sept-Tours pour réparer en quelque façon le sang de deux cent cinquante Musulmans et les dommages faits aux maisons, au château et aux lieux sacrés de la prière » . A cela, M. de Guilleragues répond que la forteresse de Scio a tiré sur les vaisseaux français avecintention ; que les boulets français n'avaient été dirigés sur la ville que par représailles ; que le Grand Seignei devait pas abriter les Tripolilains ; qu'enfin il avait offert, eo tùi-4
présents, tout ce que lui, genlilbomcoefraDçais, pouvait offrir; que le Roi ne donnerait rien '; qu'on pouvait bien l'envoyer auiSept-Tours. mais qu'on devuil rélléehir avant d'en venir i cette extrémité envers l'euvoyé d'un si puissant monarque. La couvcrsation tourne dans ce cercle sans en sortir, les mfmes demandes amenant les mêmes réponses. Cependant on eDj)agc M. de Guilleragues à réfléchir, et, au lieu de l'envoyer h la forteresse, on le <{arde dans la maison du Vizir, oît il est traité avec les plus «grands égards. Celte demî-captivilé dure trois jours. Ibrahim s'est montré très-modéré dans ses purolcs; tous les ofGciers ont pris aussi le ton de la douceur; ils en reviennent toujours aux sept cent cinquante bourses, que refuse toujours M. de Guilleragues , qui , pour dernier mol , dit que l'accommodement de raffairc de Scio fut-il réglé , rien ne sera fuit si la Porte ne contraint pas Tripoli h se soumettre aux conditions de paix dictées pur M. Du Quesne, et si, pour couronner loul, il n'a pas le Sopba. Il y attache son honneur, cl rien ne l'en fera démordre. Les Sept-Tours ou le Sopba, il s'en tient à cctic alternative, donl il laisse le choix à la sagesse du Grand Vizir. KnCn, M. de Guilleragucs peut retourner au palais de France. Il n'a pas cédé un pouce de terrain. Plaçons ici quelques lignes d'un témoin des faits : >! Je vous dirai, Monsieur, que J'ai Irouvd id à mon arrivée loul plii« tslme qu'oD ne (xoyoit. Il est bien vrai que la didScullii pour raison du Sopha n'esl poini encore terminée, le (ïrand Viiir, qui a un caractère d'espril fort superbe et emporlo, ne voulant pas l'accorder à noire Anibaasudeur, qui ne veut pas, de son côlé, aller à l'audience sans cet honnenr. I,a grande fermeté que H. de Guilleragucs a l^niolgoée dans l' accommode went de l'arTaire de Chio, où l'on peut dire que ce Hinisirc s eu besoin de tuule sa prudence el de toute sa vigueur pour sortir comme il a fait avec bonneur d'une alTairc ansei diilicale, a animé extrêmement les Turcs contre Irs Français. Il est vrai qu'ils ont re;u un grand affronl par M. Du Que«ne ; cela leur a âlé d'autant plus sensible qu'ils ne voyenl que des Chrétiens ramper devant eux, ainsi que la pluspart de leurs voisins font lâchemenl et sans sajel. la puissance otlomane n'étant pas ce que plusieurs croienl.
' Le prfii'ut du gealilhoiniiiD cliil bien un prêtent du Hoï. U. de Guillcrsgu» d'miII pu loula engager Lonia X1U dans ceUc tSUire d'argent d'une manirre nslentïlil« qnï eùl rendu le Gra»<l Viiir encore plna eiigcanl; il avait promit icpl cents avant ordonné. c
Je passerois fort mal mon temps (à Constaotinople) sans le secours de M. i* Ambassadeur, chez qni on trouve une bonne table et une belle conversation, M. et Madame de Guilleragues étant des personnes fort spirituelles, aussi bien que Mademoiselle leur fille. » (Bibl. Nat., Ms., Collection Dangeau, Lettres non datées, p. 75. Cette lettre, sans signature, est d* une écriture que nous n'avons pas reconnue en la comparant à celle des correspondants ordinaires de M. Cabart de Villermont et de l'abbé de Dangeau.)
Le jour de Taudience solennelle, attendu depuis près de quatorze ans, est enfin fiié, en septembre 1684. L'Ambassadeur, ses drogmans et quelques-uns des marchands français qui devront assister à la cérémonie partent pour Andrinople, le 3 octobre. Le Vizir est dans cette ville avec le Padischah , celui-ci tout occupé de la chasse et des charmes de la Sultane favorite, la jeune et belle Gulmish,, Tautre tout aux affaires de TEmpire, dont le Sultan a peu de soucis. Ibrahim-Pacha fait savoir à M. de Guilleragues qu il ne pourra le recevoir avant le 26 octobre. Une chose inquiète TAmbassadeur ; il craint que le Vizir ne le reçoive dans une chambre étroite , si remplie par Festrade où s'assoit le Ministre, qu'il n'y reste « qu'un petit » espace pour poser les babouches de ceux qui vont y monter » . On lui objecte que cette salle et cette estrade sont celles <( où le Grand r Vizir reçoit le Muphti et le favori du Grand Seigneur, qui sont les » deux personnes pour qui il doit avoir le plus de considération s . M. de Guilleragues réplique « que la forme du Sopha et la manière T) d'y être reçu étant des points qui ont fait naître un différend dont r l'Europe est fatiguée depuis quelques années, il est nécessaire que ^ la conclusion de cette dispute se fasse d'une façon si éclatante et ^1 si bien circonstanciée qu'on ne puisse rien alléguer contre la répan ration du tort qu'on a prétendu faire à l'honneur qui est si juster ment dû aux Ambassadeurs de l'Empereur de France » .
On promit à M. de Guilleragues d'arranger toutes choses à son gré, et TAoïbassadeur fut conduit au sérail du Grand Vizir. La marche fut véritablement belle. M. de Guilleragues, magnifiquement vêtu , procédé de ses trompettes et suivi de soixante-dix personnes , parmi lesquelles étaient les marchands français accourus de Constantinople pour assister au triomphe de la France , arriva à cheval au palais d'ibrahim-Pacha. Il fut introduit a dans la chambre où alloit )) être donnée Vaudionce, et qui étoit celle où le Grand Seigneur » étoit reçu lorsqu'il faisoit au Grand Vizir Thonneur d'aller le voir y- . M. l'Ambassadeur remarqua que a le Sopha étoit de la manière qu'il r le pouvoiUsouhaiter, que les tabourets étaient sur une même ligne,
ieS4 MAHINK DU Wll-- SifcCLB. ST
B tous deux surin nalte, sans que celui du Vizir fût suric minder (?), <• comme il a èlé pruliqué queli|uefois, et qu'ils étaient égniemcnt 'I enrichis de broderie relevée d'or sur un fond de v^tlours rouge " ; alors il ne fit pas difGcullé de monter sur le Soplia et de s'asseoir sur le lubourel qui était du câté de la porte par où il était entré. Le firand Vizir urriva fort peu de temps après par une porte qui était du cùté du tabouret qui l'alliiudait. M. de Guillera(|ues se leva simplelueul pendant que le Grand Vizir montait sur le Sopba; les deux persoanages échangèrent des saluts courtois et se rassirent en même [eoipg. L'Ambassadeur fit un compliment tout bienveillant et amical que traduisit son dro>jman. Ibrahim répondit par un compliment de bienvenue, ayant sotu de parler toujours à M. de Guilleragues » à la • troisième personne, qui est la manière la plus honorable de parler K parmi les Turcs ' ■ L'Ambassadeur fut alors revêtu d'une superbe robe ou vesie lon(;ue, et vingt et une autres vestes furent distribuées aux assistants, et une cnire autres à un marchand anglais et k un marcband hollandais que M. de Guiliera<|ues avait été bien aise de rendre témoins de la réception qui lui était faite. Tout se passa \h le plus galamment du monde; Ibrahim-Pacha fil les choses avec une bonne grdce apparente; il se confondit en politesses, en assurances d'amitié, en protestations de dévouement pour l'avenir.
M. de tiuillcrajjues eut audience du Sultan, le 28 novembre. Mohamct IV se montra sans hauteur dans son discours, et tout à fait royal dans le présent de robes qu'il lit a l'Ambassadeur et à sa suite. On remarqua que le nombre de robes données dans les deux audiences fut plus considérable qu'il ne l'était ordinairement dans les réceptions des Ambassadeurs, d'où l'on conclut à Andrinople et ensuite dans tout l'Kmpirc , où le récit de l'événement parvint bientôt , que la France et la Turquie étaient au mieux.
Par sa tenue Gère , sans outrecuidance , et sa patience qui ne se lassa point, AI. de Guillcra<;ues rétablît les bons rapports entre les deux pays el les deux Cours. C'était un grand succès. On ne parla plus de l'all'aire de Scio; Ibrahim-Pacha accepta pour le Sultan les présents qu'il avait d'abord refusés, et M. de Guilleragues revint d'Andrinople au palais de franco, à Péra. Il revit sa famille le 22 février i()85. Le monde ofSciel lui fit un accueil qui le consola de ses lon^s ennuis; d'équivoque qu'elle était, surtout vis-A-vis des membres du corps diplomatique, sa position devint nette el brillante. Il eut un moment de vrai boiilieur- i., ,,.... ,i ..l>, ,'
SS ABRAHAM Di; QUBSNB. l6TK(tltl
Mais rien ne dure eij ce monde! Frappé d'apoplexie, ic 27 février, il mourut le 6 mars, pleuré des siens et vivcnicni regretté de tout ce qui l'avait connu pendant les quatre ans de son séjour, u Le Caunakan, frère du feu Grand Vizir Ahmel Kuperli, ressentit beaucoup de douleur de la perte que faisait la France, n Ainsi parle l'auteur de la Relation Je l'audience donnée sur le Sofa par le Gra)id Vizir à M. de Guillerogues, relation qui se lit au lome 1*' des Curiosilé» historiques (Amsterdam, 1759, in-lâ). Celle pièce, à laquelle nous avons emprunté quelques-uns des Irails de notre récit, est d'une plume inconnue. On pourrait l'atlribner à M. Ant. Galland ; il semble cependant que le style en est meilleur que celui de la lettre du 30 avril 1683 signée par le célèbre orientaliste. Quoiqu'il en soit, elle est d'un témoin oculaire qui n'a rien négligé pour rendre sa narration intéressante.
Nous avons cru devoir parler assez longuement de l'affaire du Supha, qui nous a semblé peu connue en général ou mal connue. La marine y eut un rôle que nous ne devions point passer sous silence. Son activité dans la Méditerranée , ses entreprises contre les nids de pirates qui bravaient les puissances chrétiennes, appuyèrent certainement l'Ambassadeur de France. L'attaque de Scio elle-même, d'abord un embarras pour M. de Guilleragues, ne fut pas sans être utile à son active diplomatie. Le Roi , satisfait de Du Qucsne , lui écrivit pour lui témoigner son conlenlemenl à ce sujet, mais il lui dit : u 11 eût ■< été à souhaiter que vous n'eussiez point été obligé de tirer sur les ' forteresses du Grand Seigneur, et vous devez l'éviter autant que ■ vous le pourrez dans toutes les occasions possibles. ■■■' ( Lettre du 31 août 1681 , Arch. de la Marine.) Les occasions ne se présentèrent pas, fort heureusemenl ; car il est il croire que Du Quesne n'aurait guère tenu compte des recommandations du Roi. L'affaire du Sopha ne fut point une vaine question d'éliquelte; In France, placée au plus haut rang parmi tes États en relations avec la Porte, avait des privilèges qu'elle devait défendre. Klle ne voulait pas déchoir. Son honneur et son intérêt y étaient engagés comme au respect de son pavillon sur les mers; il fallait qu'elle obtint ce qu'euGn on lui rendit, ce qu'elle eiigeait, ou qu'elle fît la guerre i la Turquie. Avec une marine faible ou peu résolue, elle eût été forcée de souffrir les mépris de la politique turque; Du Quesne lui rendit un grand sen'ice , et nous tenions à le dire.
Voltaire, chapitre Xlll de sou Siècle de Louis Xli ', dit à propos du
respect des nations pour le Roi : « Td était ce respect universel V qu*on accordait de nouveaux honneurs à son Ambassadeur à la I) Porte Ottomane, tels que celui du Sopha. » On a vu que le Sopha n'était pas un honneur nouveau,, que la France ne l'obtint qu'après une longue revendication, et que, pendant quatorze ans, la Turquie, sans être en état de guerre contre la France, qui avait oublié ses anciennes «traditions , s'était tenue en dehors de ce a respect universel n dont parle l'historien.
Revenons en France, ^par un grand pas en arrière. Disons tout d^abord que le budget de la marine, fixé à la fin de l'année 1670 pour les dépenses des flottes à voiles et à rames pendant l'année 1671 , fut dépassé de 1,731,409 livres. Les galères avaient été dotées, par les prévisions de H. Golbert, de 1,700,000 livres; elle» dépensèrent, soit en constructions nouvelles, soit en radoubs, soit en rechanges de gréement et de rames, soit encore en entretien du personnel, 1,875,155 livres. La marine des vaisseaux dépensa 10,556,154 livres, quand on avait jugé qu'elle ne coûterait au Trésor que 9 millions. Les constructions poussées vivement, des armements considérables, un personnel d'autant plus nombreux que le nombre des navires armés était plus grand, justifient cette augmentation de 1,556,154 livres dans les dépenses. 11 y eut plus de mouvement que d'action, et en somme de médiocres résultats. Voyons cependant.
M. le comte d'Estrées était à la mer au commencement de 1671 ; il cherchait les Salétins, les Tripolitains, les Algériens, qu'il ne pouvait pas rejoindre. Dans les premiers jours de mars, son escadre revint dans les mers du Ponant. Du Quesne désarma son vaisseau, le Français, et quatre autres à Rrest ; M. d'Estrées désarma le Prince, qu'il avait monté, et le reste de ses vaisseaux, à la Rochelle. En arrivant au port, il trouva une lettre du Roi, datée du 1*' février 1671; elle l'avertissait que Sa Majesté, voulant continuer la guerre contre les corsaires d'Afrique, avait décidé qu'une escadre serait armée à Rochefort, et que le commandement lui en était donné dès ce moment. Il avait donc à préparer tout de suite le Henri — un grand vaisseau neuf. — (Arch. de la Marine, Ordres du Roi.) Les navires devant composer Tescadre de M. d'Estrées étaient au nombre de dix : le Henri, capitaine, M. de Cou (Sur ce vaisseau était comme premier
sbruham du quksnk.
1 ses ordres particuliers », alléguant d'ailleurs '
'> tcuient esl indi<ine d'un ofQcier et l'abaisse à celui qu'on Tait d'or- X dinaire aux matelots et soldats ^. M. d'Ëstrécs ajouta qu'il blimerait davantage M. Du Quesue .s'il ne croyait pas que c'clail seulement la qualité de père qui l'avait fait agir avec plus de passion qu'il n'aurait dâ. Quant au capitaine du Franfah et à ses orGciers, le Vice-Amiral déclara qu'ils méritaient tous d'élro inlcrdils « pour n'avoir averti ni lui ni Du Quesnc des scènes successives dont iU avaient eu connaissance ; mais que, comme le service du vaisseau en souffrirnil, il se contentait de leur dire que leur conduite en cette occasion avait été très-réprébensible " . Knsuitcil fit ■ mettre p ri son- " nier M. de Toulemont sur le Louvre, et Henri Du Quesne sur le " Vallon, mais avec plus de liberté ^ . L'enquéle fut fuite et adressée à M. Colbert, qui Gt écrire par le Roi à M. d'Rstrées d'exécuter les édils sur le duel, c'est-à-dire, en ce cas, " d'interdire aux deux " adversaires de se battre après la levée de leurs arrêts m . (Archives do la Marine, Ordre du Roi à M. d'Ëstrées, 1" mars 1671.) Le Roi et ses édits furent obéis. MM. Du Quesne lils et de Toulemont ne se rencontrèrent point l'épée à la main ; on les réconcilia.
L'ordre donné à M. d'Ëstrées d'aller avec une escadre nouvelle le long des côtes septentrionales de l'Afrique était encore loin de pouvoir t'tre eiécuté. Le Roi écrivit au Vice-Amiral , encore à la mer, mais qui était en retour de sa eampa>{ne dans la Méditerranée :
u H. d'EstrJPB, étant bien aise de faciliter et d'assurer le [lassage de ma cousine , la dacheasH de Caraval , vu Portugal ,
pour vous dire que mon inlenlion est que vciaa la receviez sur un de mes vaisBeaiii du j^iicrre de l'escadre que Je fais armer à Rocbeforl , sous voire CODimandcmeDl , pour la porter à Lisbooue avec sou train cl suite. » (Ue J Dunkerque. 4 mars 1671.)
Madame la duchesse de Caraval était une fille du comte d'Har-l court, frère du duc d'Elbeuf ; on venait de la marier par procurationl au plus grand seigneur de Portugal. Elle était parente de M. d'Es-f trées; aussi le Roi rccommanda-t'ïl que M. le Vice-Amiral prît Ifl jeune dame sur le Henri, qu'il allait monl^. Il n'y manqua p M. d'Ëstrées était arrivé de Paris à la UochcUe, le 10 ou le 12 mai 11)71, précédant sa noble passagère, qui n'arriva que dans l| premiers jours de juin avec un train princier. L'escadre mil voile le ï!5 juin et lit route pour Lisbonne, oîi elle arriva sans i dents de quelque importance. A la prière de M. le duc de Carafl
ABRAHAM DU QUBSNIl. ISTI
du 19 avril, qui parlai! ù M. d'Esln^cs le sci^ond ordre de la Reine, r disait : • Je viens de suérir, ce semble , toutes les » froyeurs que l'ou pouvait avoir, ayant fait connoStre les droites " intentions du Itoi. » Les frayeurs avaient été si grandes que le (îrand Amiral d'Espa.^ne, duc de Vcrragas, nonimé moiivcmcur de tous les ports (l'.lndalousie, partit à l'instant pour Cadix , visitant ea roule les ports et les places pour les mettre à couvert des insultes des vaisseaux franruis. Par une lettre du 20 mai, M, de Bonzi engageait M. d'ËsIrées à rester quelque temps ù Cadix, ' M. le duc de " Verragas ayant toujours témoigné que' le meilleur moyen d'iiter X toute sorte d'ombrage était que l'escadre donnât fond (mouillât) 1 dans le port " . (Archives de la Marine.)
:= Pendant les fêtes de Pâques, AI. Colliert fit un voyage à Rocheuil visité, au mois d'août 1670, son fils, M. de Seignelay, envoyé par le Ministre à la Rochelle pour y prendre connaissance de -certaines choses que nécessairement devait savoir un jeune houinie qui, le 29 aoât 1668, au collège des Jésuites, avait soutenu avec éclat devant le plus grand monde de Paris des thèses sur » toute la • philosophie >• , mois u'avait pas encore acquis les premiers éléments de la science qui ne pouvait rester étrangère au survivancier da Secrétaire d'État de la Marine. A propos de cette visite de M. CoU bert à Rochefort, M. Olivier d'Ormcsson écrivit dans son journal ces lignes où perce sa passion contre le personnage puissant qu'il faisait profession de ne pas aimer :
u M. Colbert Ri durant les fêtes di! Pâques le voyage de Rocbefoii, qui cal nn port de mer que l'on construit , et l'on dit que c'est une Irès-granile dcpeuso mol euiployi-e pour un dessein qui ne peut jamais réussir et où le Roy est fort trompé. C'est ime entreprise de M. Colliert conduite par le sieur Terron , son parent. L'on uvoit sur cela donné des mémoires au Roj pour marquer le* roleriei de Terron; mais, au retour de SI. Colbert, on parla bien de celte entreprise , et le Roy témoigna être content de Terron. Nésnlmuins le voyage du Roy, qui avoit résolu d'y aller, fut roiupu e pas été tnil, et selon que j'en ai ouï parler grande folie, n
On sait aujourd'hui ce que valent les critiques des geus donlJ M, d'Ormesson s'autorisait pour blâmer M. Colbert et déclarer qua l'établissement de Rocbeforl était un dessein qui ne pouvait jsniaifl réuss.r. Le u dessein de Rochefort " réussit, et son arsenal et son por inférieurs à ceux de Uresl et de Toulon, eurent cependant uDeimpc tance très-féolle et rendirent de grands
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tan^e du navire de 30 canons fureni poursuivis dans les grands arsenaux ayec une activité prodigieuse ; maintes répctilions du mon^ tage des pièces grandes et peliles , de la quille aux dernières planche! des pouls, furent faîtes devant les Intendants et les capitaines des ports, et l'on arriva à ce point d'habileté, qu'en effet, le hàliment fut monté h Kochefort , comme à Toulon et à Brest en vmgt-qualrs lieurei. (Arch. de la Marine. Ordres du Roi, vol. 44, p. 371, et vol. 47 en vingt endroits différents.)
Lorsqu'il fut décidé que le Itoi ne visiterait pas leB ports , M. Col> bert, pour que les ouvriers de l'un des ports au moins n'eusseirf point regret à leurs forces inutilement dépensées, envoya W. de Seîgnelay à Toulon (1679), et la construction rapide de la frégate de 30 canons eut lieu devant Son Ëiccllence ; elle réussit fort bien, cl le jeune Ministre put, à son retour, faire au Itot le récit de celte merveilleuse opération, qui avait quelque chose des miracles des fées. Tout le temps passé aux répétitions ne fut point perdu pour les ouvriers ;, ils y apprirent à se hâter sans se gêner muluelloraent , à se bien disposer pour que chaque groupe agit avec ensemble ; enfin , à se servir X des apparaux propres à manier la membrure, les baux, les grosses courbes et le reste ; les matelots y apprirent à gréer rapidement uu navire , sans que Ja rapidité nuîstl au bon établissement de toutes les manœuvres dormantes cl courantes ; pour tout le monde ce fut un témoignage de ce que peut la volonté servie par l'inlelligence.
Si Louis \1V ne put se donner le plaisir d'aller dans un port assister à la construction d'un navire et visiter les chantiers sur lesquell s'élevaient, par les soins et d'après les plans des charpenliers habiW qui se nommaient Hubac, Rodolphe, Coulomb, et Biaise Pangalo, les vaisseaux desliués à porter son pavillon, il se donna celte récréation à Versailles, nous l'avons dit'. Le canal vil flotter des navires, miniatures des grands bâtiments que recevaient les rades de Brest et de Toulon, et le Roi put suivre, en étudiant ces modèles, les pi grés sérieux faits par les constructions navales. Le Havre prépori les pièces qu'on apportait à Versailles , et les charpentiers du gn canal les assemblaient, au grand plaisir de Sa Majesté et de sa Co La marine de Versailles eut son budget ; comme l'autre , elle eut officiers, son Amiral (M. de Langeron), ses charpentiers, ses lots, ses canonniers; elle eut comme Marseille, non xi ^^ mais la galère, construite parle fameux Chabert, I Tomo I.f, paje 559.
libres ceut-là e( i
UARINK DU XVlK SIÈCLE.
a Turcs esclaves ou Fraorais condanmés à ramer loule leur vie. Elle eul même ses dcui gondoles avec quatre gondoliers vénitiens qui collaient 1 ,200 livres par an chacun. Quand M. Colbert réunissait dans la nouvelle demeure royale tout ce que les aris anciens avaient produit de plus beau , tout ce que l'art moderne pro(luisalt de plus parfait dans tous les genres, pouvait-it oublier la marine? Après cette parenthèse, dont on voudra bien nous pardonner la longueur, parce qu'elle n'est pas inutile, croyons-nous, revenons à l'anuée 1671.
M. d*Estrèe3 s'apprêtait dans la Cbarcntc i\ partir pourallerconire les Salèlins et les pirates d'Alger, et M. d'Alméras faisait voile pour Tripoli , devant chercher sur sa route les corsaires de ce pays dont l'audace ne pouvait se réprimer, habiles qu'ils étalent à fuir, A se cacher, à tromper avec des vaisseaui lèj^ers la vigilance des chrétiens. L'escadre de M. d'Alméras était de dii vaisseaux, deux frégates, trois Ailles servant de magasins pour les vivres, cl dcu:i brûlots. Ces navires étaient bien commandes, et l'on attendait beaucoup de leur campagne; cètaientic Moaorgue, Vaisseau Amîralmonlé par M. d'Alméras, Chef d'escadre, ayant pour capitaine de pavillon M. Klîenne Genlet de Ménine ; VEcareuil, capitaine , M. Gombaul ; le Bourbon, capitaine, M. de Château-Kennult; le Comte, capitaine, H. le iiinrqnis de Grancey ; le Diamant, capitaine , M. le marquis de Prcuilly ■ d'Humières; le Dauphin, capitaine, M. le chevalier de Vallelle; la F fwle, capitaine, AI. deCogohn; l'Etoile, capitaine, M. François de I Crevant, baron de Contayd'Humières; \eLi/i, capitaine, M. lecheva- [• lier de La Fayette ; le Duc, capitaine, M. le chevalier de Tourville ; la [ Trompeuse, capitaine, M. de la Brctéche; la Bouffonne, capitaine, I H. le chevalier de Beaujeu ; le Saint-Augustin , fa Vierge et le Sainl- Joteph, flûtes; enfin les brûlots Concorde et Justice. — M. d'Alméras \ partit de Toulon, le 26 mai 1671; il était mouillé à Tunis le 22 juin. I Ce [onr-là, le commissaire de l'escadre passait la revue des navires. i (Arch. de ta Marini
L'armement de M. d'Alméras n'eut pas les bons résultats qu'on t promis, malgré l'habileté du Chef de l'escadre et le zélo £ capitaines. Un seul fait saillant marqua la campagne. M. le r de Tourville, étant seul dans le golfe de la Mabomete mr-f ' rh-n^^" ■|^:t-( hàliments qui te menèrent jusque devant I iiii'indre. Il lut contraint par le calme de
m I lit le port, où il vil une douzaine de navires
ABRAHAU DU QUESNE. lOfig
nochefori avait nn seul vaisseau du 1" ran<{ , le Henri, de 1,550 tonneaux et de 74 canons, qui prit le nom de Souverain; onze vaisseanx du 2* rang; onze vaisseaux du 3* rang, dont le prrmierde 1000 tonneaux et de 56 canons ; neuf vaisseaux du -4' rang , dont le premier de 700 tonDeaui cl de 36 canons; trois vaisseaux du 5' rang, dont le premier était de 550 tonneaux et de 34 canons; dix fré<;ales légères ; douze (lûtes ou autres bâtiments de charge; enfin lix brâlols armés généralement de tï canons.
A Brest il y avait quatre vaisseaux du 1" rang, quatre du 2', neuf du 3', trois du -i', cinq du »•. quatre frégates légères, deux brûlots cl sept OAtes parmi lesquelles était comptée la Sfine, flibot qui se nommait auparavant le Sainl-Jeaa.
Toulon avait six vaisseaux du 1" rang, dont le premier, le Iloi/ol /.OBM (qui gordaitgùu nom), était de 2,400 tonneaux et portait 120 canons. C'était le plus grand vaisseau de l'armée navale française et le plusmagniQque. Toulon avait encore huit vaisseaux du 2' rang, douze du 3', neuf du 4", sept du 5', deux frégates légères , sept flûtes , une
iote à voiles et quatre brûlots.
Le Havre avait pour sa pari deux vaisseaux du 3' rang , deux du 4", un du 5* et sept frégates légères.
Dunkerque avait deux vaisseaux du 4' rang , un du 5', deux frégates légères cl deux brûlots.
A Marseille étaient un vaisseau du 1" rang, un du 2' et deux du 5'.
Lb Franco possédait donc alors douze vaisseaux du 1" rang, vingt-cinq du 2°. trente-quatre du 3*, vingt-cinq du 4', vingt-quatre du 5', vingt-cinq frégates légères, vingt-six (lûtes et quatorze brûlots, c'est-à-dire cent vingt vaisseaux de guerre de 12t>à 24 canons, plus vingl-einq frégates armées de 10 à 12 canons et quatorze brûlots généralement armés de 6 canons. Ajoutons à cela que le travail des constructions ne s'arrêtait point et qu'un assez grand nombre de vaisseaux était sur les chantiers il divers degrés d'avancement. Voltaire , sons les années l(î80-1682 {Sîèclf de Lotiis XIV, chap. 13), dit : " Le Roi avait plus de cent (/ros vaisseaux de ligne, dont plo- ■ sieurs portaient tOO canons et quelques-uns davantage. " Il y a là un peu d'exagération; les cent vaisseaux n'étaient pas tous gros, et peu d'entre eux portaient lOOcanoas, mais plusieurs portaient de 70 à 76 bouches à feu. C'était une force imposante qui justtGe celte phrase de l'historicii de Louis XIV : " 11 (le Roi) portait sa morine
Mfl
ilËCLE.
an deU des espérances des Français et des crainlcs de l'Europe. » — En parlant, piiia haut, d'un voyage que devait Taire le Hol à RochcforI, et qui n'eut pas lieu, nous n'avons pas dit quels préparatifs maritimes furent faits à cctic occasion ; nous devons revenir sur ce point. Le Itoi écrivit à Du Quesnc, le âl mars 1671, — à peine avait-il désarmé le François — :
u M. Du Qiiesne, faisant préparer an porl de Brrst mon laisseau , le Si^eil Royal, el trois antres iiranils vaissrsiix neufs pour les voir arm^s dans les rades de Cbari'Dle, lorsque j'arriierai à Rocherorl. je vous fais celle lettre pour voas dire que je vous donnp le comiuandemeol dudil vaisseau. J'aurai la satisraclion de les voir à la tin du mois d'août prochain, n
Tout naturellemeni, le commandement de l'escadre des quatre vaisseaux était dévolu au Lieutenant général , qui devait avoir pour capitaine en second M. de Banville , sur le Soleil Royal, et sous set' ordres M, MalhurinGabarel, commandant le Roi/al-Diir, lequel avait pour capitaine en second M. d'Amblimont; M, des Ardents, capitaitie du Tattnanl, dont le capitaine en second fut M. Uanda, et M. de Quenren, capitaine de VOriJlamme. M. Malhurin Cabaret, chef d'oscadre, étant tombé malade pendant l'armement, le commandement du Royal-Duc fut donné il M. des Ardents, que remplaça sur le Tonnonf M. de Kerjean-Lesmoual. M. Banda passa sur \c Soleil Royal à la place deM. de Banville, qui devenait premier capitaine du VaiHsean Amiral. (Archives de la Marine, Ordres du Itoi, 1671, folio 08.) Du Quesne avait proposé que son escadre ne quittât Brest que le 1" août, ol M. Colbert y avait consenti, recommandant bien que tes vaisseaux fussent arrivés à Rochefort avant la (in du mois, époque où Louis \1V devait quitter Chambord- On se ravisa, le Roi reve~ nant plus tôt à Paris, et, ic 14 juillel, M. Colbert donna ordre à M. de Seuil de faire partir les quatre vaisseaux, le 20 juillet. Le 1" juillet, le Roi étant à Alb, d'où son intention était d'aller à Chambord, répondait à une demande de Du Quesne réclamant un supplément d'officiers pour son vaisseau, qu'^ ayant donné deux
> capitaines, deux lieutenants el trois enseignes pour sen'ir sur le
> Soleil Royal, il n'estimoil pas nécessaire d'y en ajouter d'autres '> Cinq officiers inférieurs sur un vaisseau de 100 canons , c'était peu : ■nais le service n'était pas distribué pour les quarts comme il l'a été depuis. Tous les vaisseaux de la (lotte n'étaient pas aussi bien dotés qae celui sur lequel le Roi devait monter; nul d'entre eux n'avait plus de deux enseignes. Les vaisseaux de médiocre ijrandeor, comme
52 ADRaHAlI DU QUESNE. 1671
les petits, n'avaient ordinaire oient qu'un lieutenant et un enseigne ; souvent ils n'avaient qu'un capitaine en premier, et point de secood capitaine. Le 4 juillet, une lettre de cachot fut envoyée à Du Qo^^ne pour lui permettre de porter \o pavillon de Vice-Amiral. Le 17 juillet, une dépêche de Sa Majesté à Du Quesne l'avertissait que le Roi ^ ayant remis à un autre temps le voyage " qu'il avait dessein de faire à Itochefort, << il était inutile qu'il menât les quatre vaisseaux •> dans les rades de la Charente " ; Elle lui ordonnait en même temps d'aller avec cette escadre « naviguer depuis le Conquet jusqu'au t cap Finisière, pendant tout le temps que dureraient les vivres fl embarqués ■ .
= Le 25 août, le Ilot avait adressé à M. d'Estrées une lettre — où le trouva-t-clle? — pour lui dire de ramener en France, après it consommé leurs six mois de vivres, le Souverain, qui était parti sous le nonl de Henri; le Foudroyant, qui s'était appelé le Fort; le Fier, dont l'ancien nom était V Alsace; le Belliqueux, qu'on nommait auparavant la Charente; VEcueil, connu longtemps sous le nom de Vln/ante; le Capricieux, qui avait fijjuré jusque-là sur les états sous le nom de VHermine; les frégates Mutine, Friponne et Maliijne; les brûlots X'fncoitnu, nommé d'abord le Nègre, et le Voilé, dont le nom untcricur était le Sauvage. V Aimable, autrefois le Saint- Louis, que montait M. de Château-Renault, le f/igilant, qui avait é(é le Lion d'or, le Tigre et les Jeux, devaient rester à la mer jusqu'au mois d'avril l<)72.
= Le IG octobre 1671, M. Colbert mandait à M, de Terron que l'intention du Roi était de déclarer ta guerre aux Hollandais la campagne prochaine, et pour cela de joindre sçs forces maritimes à celles du Roi d'Angleterre, avec qui Sa Majesté avait uu traité ponr cela. M. de Terron ne dut pas être bien surpris de cette nouvelle.; le mystère du voyage de Maiiauk à Londres n'avait plus , en effet , tien de caché pour personne ; en Angleterre comme en France, en Hollande comme dans ces deu^t royaumes, on savait que la guerre éclaterait bientôt , et partout on s'y préparait , plus secrètement à la vérité en France qu'ailleurs. 11 était nécessaire que les chefs des armées navales de France et d'Angleterre s'entendissent sur la conduite de la guerre ; aussi M. Colhert disait-il à M. de Terron : « Sa Majesté désire que n M. le Vice-Amiral amène avec lui (à Paris) les sieurs de Rabcs- " nières et Michau ; et Elle fera venir le sieur Du Quesne de Brest, o et sa pensée seroit d'envoyer ensuite Du Quesne ou Rabcsnières en
» Aogleterre, pour concerter avec M. le duc d'York et les autres n principaux officiers de Farmée angloise tout ce qui sera à faire pour n la jonction des armées et dans toutes les suites de la guerre. » Le 30 octobre, le Ministre écrivit à Tlntendant de Rochefort : » Sa Ma- » jesté veut que les sieurs Rabesnières et Cabaret (Jean) viennent ici n avec le sieur Vice-Amiral pour conférer en présence de Sa Majesté » sur tout ce qui sera à faire pendant la campagne prochaine ; mais n ce voyage n'est pas pressé. » (Archives de la Marine , Ordres du Roi, 1671.) Mathurin Cabaret était mort, et, le 12 octobre, le Roi kvait donné à M. de Rabesnières-Treslebois la commission de Chef d'escadre de Poitou et de Xaintonge à la place du défunt.
Le projet de guerre contre les Hollandais et les préparatifs considérables qu^on allait être obligé de faire contrastaient assez singulièrement avec ce que M. Colbert avait écrit, le 9 octobre 1671, à M. Matharel, Intendant de Toulon :
tt Sa Majesté a été surprise de voir le projet des dépenses de l'année 1672, que vous avez fait monter à 1,335,544 livres, va Tordre qu' Elle vous avoit donné de retrancher les dépenses autant qn'il seroit possible, et de n*y employer que celles qui y seroient absolument nécessaires et dont il seroit impossible de se dispenser, à came des grandes et extraordinaires dépenses que Sa Majesté fst obligée de faire pour ses armées de terre, qui ne lui permettent point de continuer celles qtCElle a faites Tannée dernière pour sa marine. »
P^ar là, M. Matharel était mis en demeure de faire sur la dépense générale des économies compatibles avec le bien du service. On ne pouvait guère économiser sur la flotte dont l'armement était en projet ; on pouvait seulement retarder les constructions les moins urgentes et ajourner les travaux du port et de l'arsenal. C'est sans doute ce qui eut lieu.
= OnT avait appris que M. de Villepars, commandant de l'escadre de l'Amérique , était tombé malade ;* il ne pouvait faire un plus long séjour aux îles, et avait demandé à être remplacé dans sa station. Ce fut M. Ritaut de Rléor que le Roi désigna pour successeur à cet officier. 11 eut ordre de s'embarquer sur la flûte la Justice, et d'aller relever M. de Villepars dans le commandement du vaisseau le Bon (l'ancien Mazarin, qui était parti sous ce nom, que M. Colbert effaçait de la liste, comme il effaçait celui du Jules, remplacé par \ Indien. 11 devait lui en coûter de paraître oublier son maître et son bienfaiteur, mais le Roi avait peut-être exigé ce sacrifice). Outre le Bon, M. de Rléor trouverait aux Antilles le Faucon (l'ancien Saint--
ABHAHA» DU QUes\E.
Sibaslieti), la Légère, qui Élail l'ancienne Pelile Infante; la Fée, coït DUC d'abord sous le nooi de la Belle-Ile, et la SihijUe, qui avait étfr:J VAurore. L'ordre en vofé à M. de Bléor élail du 5 décembre 1671. ' (Vol. Ordres du Roi.)
= MM. (les Ardents et de la Belle-Grange venaient de demander à se retirer, ce dernier n'ayant pu obtenir le grade de Chef d' escadre au([UËl il croyait avoir des droits par ses longs et bons scrvice8< I M. Colbcrt écrivait à ce sujet à M. de Seuil : |
u M. des Ardents veut se retirer; il peut le faire (11 ne le fît pas.). Quant au sieur de la Belle-Grange . eomme c'est un homnic de qualre-vingls ans. Sa Moje.stê désire sanoir s'il est encore en état de comniaflder un vaisseau. Le Roi veut qu'à tout officier qui demandera son congé, il soil a sur-le-chanip. »
= Du Quesne , les 20 et 26 octobre et 4 décembre 1671, ajaaK J réitéré la demande qu'il avait déjà faite de fermer le port de Bretf ] par une chaîne portée sur des bateaux faits exprès, le 1 1 décembre, H, Colbcrt écrivit à M. de Seuil de faire travailler promplonient à la chaîne et aux bateaux. Du Quesne voulait " mettre le port à couvert i Tt d'une insulte comme celle que les Hollandois Orent à Cbatham , j^ J " l'embouchure de la Tamise , lors de la dernière guerre » . ( Lettre 1 du 26 novembre.)
Il insistait sur la nécessité de tendre lu chaîne entre Brest et Recoo^ \ vrance , exposait au Ministre ({uc le Soleil Royal et la Reine { autre- J fois Royal-Duc, vaisseau de 1900 tonneaux) étaient forcément ■ les l ' plus près de l'entrée du port, à cause qu'ailleurs il n'y a pas de 1 » profondeur, à laquelle on fait travailler une des machines , et qoQ 1 " peut-être de trois ou quatre mois la place où l'on veut mettre le plui " j]rand(leSo'n/ /toya/)nescra prête». (Lettredu4décembreI671.) ) Dans sa Icllre du 26 novembre, Du Quesne s'étendait longuement ] sur la garde à établir autour du' port; puis, arrivant à un grief qull 1 avait contre M. d'Estrécs, il disait :
lire. Monseigneur, que de tout temps,
lU service , j'ay eu un accord de trom-
mer, et qu'au voyage de Guinée avec
même. A son retour, il donna ordre i
à Brest de débaucher le principal dés
I, me l'dlcr, ce qu'il ne pul faire pour
JuRoix {celle année 1671),
de la mer avec son escodre n (en
encore le:idi(s trompettes et que
u Je suis encore oblige de v( avec dépense, pour faire honni peltes des meilleurs qu'il y ail M. le comlc d'Ealrées je l'aval:
son secrétaire. Chapelain, d'écrire :
miens et, à quelque prix que ce fikl lors. I^lanl à Belle-hie avec les quatre " lorsque M. le comte d'Estrces y ar rcveiiaiii de Salé), u voyant que j's
UAllINR Dtl XV1I< SIÈCLE.
■voit que trois nifchanls , dont les Davires étrangers ijdï éloienl "idix ï'ctoLont moquas, eux tous ayant d'excellents accorda, léte de m'ûler les luiens, el, à cet efTel, il a Tait offrir au idâ pour l'avoir, et je suis averti qu'il l'a quitter. En sorte, MoDsciignenr, que si vous pièce avirageuse de M, le comte d'Eatr^s commande m eut de ne pas me débaucher mon trompette domestiques, et qu'au cas qu'il l' allât ti
premier tout ce qu'il a d ébranlé et fait promettre d n'avez la bonté i'arr/ier en lui faisant fi ni autres officie
gens à la Rochelle, 'de nie le renvoyer en sûreté, je serai eiposé aux continuelles pièces de sou esprit, insupportables aux gens d'honneur. C'étoit mon dessein d'établir à Brest uue école de trompettes pour en peupler les :t M. de Seuil y avoit c
mode.
l'obli<gerez de qnil- B vous n'aurei pas )Us , Monseigneur, non pas devant les moncdté. » (Areh.
vaisseaux du Roi qui
dessein a échoue, si M. le comte d'Estrées a droit i ce que j'espère que vous oe souffrirez pas, rt que vous ter le dessein de me faire iusulle de cette nature, et qii désa^éable la liberté que je prends de m' adresser k v pour avoir votre continuelle protection en justice (iic), tribunani, mais dans une affaire où le bon droit est de de la Marine.)
Aa dos de cette lettre, qui embrasse plusieurs sujeb, la garde du port, la chaîne, l'état deg vaisseaux et ce IrompcllG au moment d'èlre infidèle, M. Colbert écrivit : « A monjlU, à examineravec soin. >'
Du Quesne était à ce moment en fort mauvais lermes avec M. le Vice- Ami rai. Noua ne sauous si l'affaire des trompettes s'arrangea à la satisfaction du Lieutenant général irrité, mais ce que nous voyons, c'est que ce ne fut point lui qu'on choisit pour aller en Angleterre s'entendre avec le duc d'Vork. On lui préféra M. de Rabeanières- Treslebois, el probablement sur l'avis de M, d'Estrées. Il est vrai qu'avec son caractère , Du Quesne aurait bien pu empêcher certains Brrannements délicats que M. de Rabcsnières, plus conciliant el plus propre à remplir une telle mission, parvint à régler avec les Anglais.
^ Les galères n'cureiil point de rôle pendant l'année llîTl. Neuf d'entre elles, sous le commandement de M. de Vivonne , firent une promenade dans les eaux de l'Italie. Le 23 juillet, elles aiTÎvèrent à Livourne. Où allèrent-elles de liï? C'est ce que la Correspondance gardée aux Archives de la Marine n'a pu nous apprendre, non plus que celle que gardent les Vieilles Archives de la Guerre. Une lettre de .M. Dumonceau, Commissaire envoyé par M. de Lou vois pour rulcr en Italie des soldats pour le régiment italien que l'on formait el que le Itoi voulait employer dans sa guerre contre la Hollande, est le seul document qui mentionne les gali^res. Elle est à la
S€ ABRAHAM DU QUKSNK. \$1l
date da 24 joîHet 1671 et datée de Ligoume (sic). (Arcb. de la Guerre, vol. 263, p. 14.)
= M.^CoIbert poussait les travaux de Rocbefort autant qu*il le pouvait; une lettre écrite par lui à Farchitecte qu'il avait cbar^gé du soin de mettre à exécution le plan primitif de François Blondel» agrandi par Louis Le Vau» premier architecte du Roi» et par François, le frère de celui-ci , témoigne du désir que le Ministre avait de voir bientAC achevé Farsenal à la création duquel il portait un intérêt tout paternel. Dans cette lettre , qui nous aj^rend que Le Vau était arrivé à Rochefort le 4 ou 5 août 1671 pour continuer son œuvre, M. Colbert recommande à Tarchitecte de s'arranger de façon que tous les ouvriers, pour les différents ouvrages qu'ik ont à faire simultanément , ne se gênent point les uns les autres. « Vous savez que c'est » une des principales parties d'un bon architecte, et ainsi vous devez > vous y appliquer. » Il ajoute : « Travaillez à perfectionner le plan « que vous avez fait, en sorte qu^il soit conforme à la grandeur, à la 9 magnificence que je me suis proposées et que toutes les commodités « s'y trouvent. Le travail que vous ferez en cela sera d^autant plus » utile qu'il pourra nous servir pour tous nos autres arsenaux. » (Ardi. de la Marine, Dépêches, 1671 , t. 2.) Celui iqui M. Colbert écrivait ainsi de Fontaindbleau , le 21 novembre, était François Le' Vau , frère de Louis, conune nous venons de le dire. Élevé par Louis Le V^au et travaillant ordinairement sous ses ordres, François fut effiicé complètement par celui-ci; aussi les biogra|dies ne l'ont point connu. L'auteur de VHisioire de Rochefort, le capucin T. de Blois , parait avoir ignoré que les Le Vau contribuèrent à l'édification de la ville et du port. M. Colbert employa beaucoup François Le Vau, soit comme architecte, soit comme ingénieur des ponts et chaussées. François mourut à Paris en sa maison, quai d'Oriéans, le i juillet 1676, et fut inhumé le lendemain dans l'élise de Saint- Louis. Son fr^ était moti le samedi 11 octobre 1670, âgé de cinquante-sept ans environ, à Tancien bèlel de Longueville, et avait été enterré à Saint-Germain TAuxerrois ^
Comme M. Colbert lavait annoncé à M. Matharel, le Roi, forcé
* XottS «\tkBt écMoi tmt Ws <l(«i Lt V«« ^'asmi jt»»^ dHaik dans Dotre ZHc^ K»wnii t irkifm àê kiêfttfim <f d'kùsmrt, |mi^ TS^^ : ik«s j pcmoyoas \e lecteur.
167S MARINE DU XVII* SliCLE. 57
de dépenser des sommes considérables pour Tannée de terre , voulait que le fonds de la marine fût diminué en 1672. On le porta seulement à 8,500,000 livres, c'est-4-dire à dix- sept millions et rplus de la monnaie actuelle, la farine à voiles n'étant dotée que de 7,000,000 de livres, et celle des galères de 1,500,000 livres. Selon les prévisions, c'était sur la dépense de Tannée 1671, qui s'était élevée à onze millions quatre cent quatre mille trois cent neuf livres , environ vingt-trois millions de francs , une diminution de six millions. Les prévisions furent trompées, et, malgré Técononfie portée au dernier point sur toutes les parties du service, la marine des vaisseaux ronds dépensa 8,787,770 livres et celle des galères 1,856,473 livres ; le budget fut donc dépassé de trois millions cent quarantequatre mille deux cent quarante-trois livres ou plus de six millions de francs. (Bibl. Nat., Ms., Carnets de Louis XIV.)
Le fait devant lequel tous les autres s'effacent, pour ainsi dire/ est, en 1672, la rencontre entre les flottes combinées anglaise et française et la flotte des États généraux des provinces unies des Pays- Bas. Elle eut des préliminaires que nous ne devons point oublier. Fidèle à son système de commencer la guerre avant qu'elle soit déclarée et de se donner des avantages par surprise, ce qui n'^pas très-chevaleresque, TAngleterre envoya une escadre, aux ordres du chevalier Holihes, se mettre sur la route que devait suivre pour regagner Ibs ports de Hollande la flotte marchande hollandais^, qui revenait du Levant et qu'on supposait devoir être partie de Smyme. Le 23 mars , suivant quelques auteurs , le 30 , suivant Lediart ( Histoire navale d'Angleterre) y M. le chevalier Holmes aperçut près de Tile de Wight, où il était posté comme un chasseur à~ l'affût, des voiles qu'il reconnut pour hollandaises ; il se couvrit de toile et alla aux vaisseaux, qui étaient bien ceux qu'il guettait. Lorsqu'il fut assez près d'eux, il tira un coup de canon, signal par lequel il demandait aux Hollandais de saluer le pavillon d'Angleterre , en amenant leurs perroquets et le pavillon des Ëtats. Sans tenir compte de cette injonction , qui n'était qu'un vain prétexte pour commencer le combat, les Hollandais refusèrent le salut et se préparèrent à soutenir le choc auquel ils se voyaient exposés. Ils n'avaient que six vaisseaux de guerre , convoyeurs de la flotte marchande , composée d'une soixantaine de navires plus ou moins armés. Pour sauver le convoi en lui donnant le temps de gagner les côtes de Hollande, il fallait accepter le combat; Tamiral hollandais n'hésita pas.
M. Robert Holmes a sept vaisseaux, gros, suivant la version hollandaise, frégates seulement, selon Lediart, qui espère par li amoindrir Tacie déloyal de ses compatriotes. M. Adrien de Haès range ses vaisseaux de manière à couvrir autant que possible ceux* de ses b&timents que leur poids retient près de lui quand les autres peuvent gagner au lai^ge. La lutte, entamée par les premiers coups des canons anglais, est bien soutenue des deux parts; elle dure deux heures, ardente, acharnée, avec des chances égales. La nuit y mit un terme. Les Hollandais ont à déplorer la perte de leur commandant; ils ne 8*éloignent cependant point du champ de bataille, et le lendemain matin se retrouvent en présence de Fennemi, qui pendant la nuit a reçu du renfort. Le combat recommence, et le résultat de cette seconde journée n*est j>oint décisif. M. Holmes est blessé; lord Ossery, qui a combattu le capitaine Dubois, a un bras cassé; des vaisseaux anglais fort endommagés sont obligés de retourner en Angleterre pour se réparer.
M. Holmes n*a plus alors que six vaisseaux. H fait une nouvelle attaque, va droit à M. Jean Van Nés, qui monte un vaisseau de 54 canons , le combat de près , Taborde , et le prend malgré une déftanse héroïque. M. Van Nés ayant été tué dans les premiers moments^, son équipage perd un peu de sa confiance dans le succès , il se dAtod bien , mais succombe à la fin et périt en grande partie dans le naufrage du vaisseau, qui, ouvert à la flottaison, s^ablme.
L*avanf âge de cette triple action resta aux Anglais, qui priratit trois navires richement chargés; elle fut cependant honorable pour les Hollandais, plus faibles, mais qui se montrèrent vigoureux et dignes de la réputation que s^était acquise la marine des États. Hollandais et Anglais rentrèrent dans leurs ports, et le Roi d^Angleterre fit arrêter tous les navires des Provinces-Unies qui se trouvaient pour le commerce dans ses havres.
Le marquis de Seignelay et M. de Rabesnières-Treslebois étaient allés à Londres afin d'assister M. Colbert de Croissy ', Ambassadeur
^ M. Qniiei ColbeK, marq^b àt Croisrf, éCail frère da Ministre , qn l«i anit procare celte ambeteade, oà il sacqiùt àe» droits à FesliMe da Roi. Le marquis ■KMinil M 1S9S. . Le hmdi 30* juillet 169S, Vttùiv Charles Colbert, cberalier, ■nrqmis da CrQks][, saiyww de Torry, etc., Iliaistre 1 Secrétaire d'état et des coo- ■ttndeoMBli de Sa Majesté, conaMsdev et $nnà tréaoricr de ses erdres, â^ de soîxante-aept an, dccèdè à Versailles le fa»cdi i8« dodit bkms^ ncms a été apporté et ptèseaté par M. le vicaire de la paroîsae de ladite lille. et a été inlnaM en notre éflîae, an cnvtnn da la c^apaUe da la fiunille de Mcssienrs ColWrt. Le aerncc a été
Urt MARINE Dl XVn- StbCLE. S
de France, dans les coDféreDces où allaient se décider les queslioo de détail relatives à la jonction des flolles du France et d'Anglelcrrt lisse réunirent, le 7 janvier 1672, aux commissaires an;;lais, d arrêtèrent avec eus c|DclquGs articles dont les plus intéressants éluiert rpiatifs au nombre des vaisseaux que fuurnirail chacun des dcii; États et au commandement de l'armée anglo-française- Sur ce dernier point, le duc d'Vork, frère du Roi Charles, devant faire li campagne, il fut accordé que Son Altesse Royale aurait, de la par de Sa Majesté Louis XIV , le pouvoir de commander la (lotte unie Mais le duc pouvait être malade ou , pour d'autres causes , empêcha d'exercer le commandement ; qui le remplacerait ? Là était une question grave. L'Anigleterrc, avec sa lierlé ordinaire, demandait pour le prince Rupert le droit de suppléer le prince royal. Qui la Franct pouvait-elle opposer à cet officier? M. le comte d'Estrées! Mais son expérience du maniement de grandes armées navales n'était pas suffisamment établie pour que les Anglais s'y conliassent. Les commissaires français insislèrenl seulement pour la forme , et il fut décidé que le prince Rupert serait, le cas échéant, l'Amiral auquel Anglais et Français obéiraient pondant lu campagne.
Tout se préparait du côté des alliés , et l'on apprenait que les Hollandais ne restaient point oisifs. Du Quesne était à Paris aussi . bien que M. d'Eslrées, à qui le Roi donna ses insiruclions dés les premiers jours de janvier. Du Quesne reçut l'ordre de partir pour Brest, et obéit. Il éluil arrivé au port lorsque, le 12 février 1672, M. Colbert lui écrivit, lui disant de ne pas perdre de temps pour mettre en étal le vaisseau qu'il devait monter, M. le Vice-Amiral se rendant i Brest sous peu de jours dans l'intention de veillera l'armement du navire sur lequel il allait arborer son pavillon. Dans sa lettre, le ministre annonçait à Du Quesne — et cela le louchait fort , — que le Roi , au sujet de « ses appointements, pensions et table de Lieutenant général " , avoit réglé qu'il aurait désormais, par chaque année, trois mille livres (3,000 1.) de pension , deux mille livres d'appointements Tues (2,0001.), plus cinq cents livres (500 1.)
fui Ib Jeudi luivBDl. S* août 1696. (Signé :} Culbert da Tarcf , Ch. Juoch. Colbert (te CniiMj. P"" Douaareli. ■ (Reg. ilc Sai ni- Ëui tache de Parii.) Si U. ie Croi»!
combien tonvenl innl dauei en déclanliuoi — luiiinle-scpl uii bu momenl de M mort, il éliil né en 1699, plus jeune de dit tn> que ton hin Jeao-Baptiile, né la 30 inât BSI9. Il ivoit quaruule-ileui ans quand Lours XIV lut confia l'AuibuHde <lï Undra.
ABRAHAU DU QIRSN'B. 1672
denIrclicD . par mois pendaal le temps qu'il resterait dans le port , niUe livres (1,000 I.} d'appoiolemenls et huit cents livres (800 I.) pur sa table pendant le temps qu'il serait à la mer; a de telle sorte , «disait M. Colbert, que je ne doute point que vous ne sojez con- •tcnt du sort qui vous est faîl... ■> (Arch. de la Marine; Dép4^ches , . 1". r. 66.) Du Quesne, le 25 février, remercia M. Colborl en le priant •* de ti faire pajer lesdiles pensions par avance, à compter du commenement de cette année " , et de pounoir - à ce qui lui " était u dii de lannée dernière, tant d'appointements étant k la mer, que des mois •à il ' était " resté à terre, suivant le règlement qu'il a plu au Milistre de faire. » Du Quesne, le 3 avril 1672, donna quittance, à Jresl . de la somme de 3,500 livres pour sept mots de sa table , à ^sou de 500 li\Tes par mois, comme capitaine d'an vaisseau du Roi. |Extrait du Catalogue d'une venle d'autographes faite le â2 janvier l850.âParis.)
— Le 29 février ISH, la marine perdit un homme que l'âge et la maladie empêchaient de naviguer. • M. Jean d'Espiocba. chevalier, >■ marquis de Ternes , Lieutenant général des armées navales et 0 galères de France, demeurant me de Richelieu ?. Il fut inhumé
B réglise de Saint-Eusiache , le samedi 20 février, par un convoi de soixante-deux prêtres , sans compter le curé et les quatre prèlres porteurs du cercueil. (Registre de Saint-Eustachc , de Paris.)
— Le 31 tusTS, le Roi écrivit au comte d'Estrées, qui était i Rochefort, pour lui dire qu'il était convenu avec le Roi d'.lngleterre que le Vice-.Aniiral de France saluerait le pavillon .amiral (celui du duc d'Vork ; il était rouge) eu amenant son propre pavillon et ses voiler hautes dans toutes les jonctions des escadres alliées , i- confonué- ■ ment à l'usage et pratique de l'Anglelerre ' , ainsi que le disait Charles II dans sa lettre, dont on communiquait une copie à M. d'Estrées. (Arch. de la Uarine, Ordres du Rot, 161*.) Le 4 avril, Louis \IV mandait à Du Quesne :
— Ayant résolu de déclarrr U ^erre aui Hollandois dans trois jonn , j« vous tais cette lettre |H>ur Vdiis en domier avis et tous diri' en même luii|is ^ae mon ÎDlenlioa es) qui- vous inHIiei promplemeDl eo rade avec twn mat «aiMMU que j'ai fait armer à Brr*t. pow ; attendre ceni de Koctefcrt aar IciyHlj le sieur comtr d'EitrcM daél t'embuipier cl vous ietiidrt daM pcK de j«ar«. afin d'entrer ims la lliarbi el tous joindre k li dotle anjlliw pow faire la guerre aat lliJlaadiBi. mxms. - ((Mre9 do Roi)
IITI MARIVE DU XVII* SIÈCLE. t%
La déclaration de guerre, annoncée par M. Colbert comme devnl avoir lieu le 7 avril , fui en effet connue ce jour-là. Voici ce qie M. de Louvois écrivit de Versailles, le 6 avril, à M. Colbcrl Jc Croissf, à Londres :
<i Je reçue hier corn mande ment dn Roi if expédier la dëclaration de .^rre contre les Hollandois ; je la lui livre ce malin , et l'envoiroi en srluit dn conseil cheï l'imprimeur, avec ordre au Lieiitenant de police d< la fiire alBclier demain matin, à Paris, el publier a son de trompe, et jen envoirai demain malin une expédition au Résident de Hollande, par unde mes commis, sGn qu'il puisse l'envoyer à ses maîtres par l'ordinaire rui partira de Paris vendredi prochain. " (Vieilles Archives de la Guère, vol. 272'.)
Le II avril, M. de Louvois écrivil à M. de Croissy pour l'avelir qu'en exécution de la promesse fuite au Rot d'Angleterre, d<ux raille hommes d'Infanterie des vieilles troupes composant lu ^rnison de Duukcrque seraient mis à la disposition de M. le lue d'Vork , après le 10 du mois de juin, ce temps étant nécessaire ptur que les troupes qui devaient former la nouvelle garnison de la slle y fussent arrivées. M. de Croissy était chargé cependant de fiire «bservcr au duc d'York que « si, contre toute apparence, les E^ia- « gnols se déclaroieni pour les HoUandois et fuisoient quelque u:lc ^ d'hostilité en Flandres, il ne seroit pas praticable de donnv à "< M. le duc d'Vork Icsdîls deux mille hommes que Sa Mu^sté " croyait nécessaires pour la conservation de Dunkerque et de ler- ' - gués , qu'Rlle ne voudra pas laisser exposées avec les nouvdies ■ troupes QUI HoUandois et aux Espagnols ensemble. "
L'officier désigné pour commander les troupes françaises cnbarquées sur les vaisseaux anglais élaît un brigadier d'infatteric nommé Desbonnais. Il avait ordre du Roi « de ne rien tant rctom- « mander aux capitaines et aux autres officiers que d'avoir toite la • soumission possible pour les ofHciefs anglois qui commanifcront :- sur tes vaisseaux, et d'éviter toutes sortes de disputes et de diffé- " rends, quand même Us Aaglois auraient lort et feraient tout a qu'il 'faudrait pour se les attirer » . Il avait encore ordre, ■• lors de la ' descente, de céder le pas d'honneur aux Anglois , et sî les François -1 sont dans quelque détachement môles avec les Anglois, de faire
' U. di La Ra|aio, Licutenint de police, oHonni tu • jnra crieitr onlniirB du Roi ta U litli de Parii ■ . Cbartn Cialo, de publier et faire afficher fa dtclvalioa du Roi. ce que Et, le jeudi 7 icril I6T9 , ce héraul accampigné de cinq Irompella, dont letdeiu •jaiii Irompcllei du Roi, Hicronit Trousion cl Kllenne du Bsi ■ .
,m ABRAHAM DU QUBSNB. 1672
» {u un capitaine françois obéisse à tout capitaine anglois et ne pré- » ende de commandement que sur les officiers anglais qui iart seront » nfirimn, comme far exemple les Ueuienants et les enseignes. « Si M le Aie dTork réussissait à s*emparer de quelques points de U de de Hollande , il était entendu que la garnison qu*il y laisserait seait tout anglaise, et qu'il renverrait à Dunkerque les troupes firan* çtses K embarquées sous la charge de M. Desbonnais » . Néanmoins, X ii le général en chef trouvoît nécessaire d'employer les soldats D Vançois dans ces garnisons , le Roi ordonnoit au brigadier de les y n aisser, sous le commandement des officiers anglois. n (Vieilles Ach. de la Guerre, vol. 272, à la date du 11 avril, et vol. 275» pice 188.)
On ne pouvait être plus acconmiodant ; mais il fallait être logique, et le duc d^York et , après lui , le prince Rupert étant déclarés les ckfs de rentreprise^ l'Angleterre devait commander partout. La Fnnce semblait donc n'être qu'un auxiliaire quand , en effet , le Roi Claries , qui , n'ayant aucun sujet de plainte , et à peine un prétexte , aviit armé pour faire réussir les desseins de Louis XIV , était en redite notre auxiliaire. L'ambassade de Madaiib avait préparé le terain sur lequel on sema l'or que les folles dépenses du Roi d'Aikgleerre avaient rendu nécessaire à ce prince , et le monarque, acheté à bÉmx deniers comptants , fournit à l'armée navale^ qu'on mettait à la oer un nombre de vaisseaux à peu près double de celui que hasardait la France; dans l'action il devait donc avoir la supériorité du conmandement.
y. de Croissy lut au Roi d'Angleterre, au duc dTork, aux llykrds Lauderdale et d'Arlington, la lettre de M. de Louvois, et 'teuiK'i c témoignèrent beaucoup de satisfaction et de Tordre de » Sa Majesté « relatif aux troupes « et de la manière obligeante aTec » laqielle Elle ^ avait < bien voulu prévenir tout ce qui pouvait faire ? naîire quelque contestation.* ^ (Croissy à M. de Louvois , 25 avril 1672 Vieilles Arch. de la Guerre, vol. 275 , pièce 243.)
Le duc d*Vork demanda que M. d*E5trées, arec toute son escadre» se poitàt dans la baie de Bertheaume et qu*il attendit là les ordres du Roi d'.tlgleterre , pour se mettre en mer et entrer dans la Manche aussit4|qu*il aurait su que la flotte anglaise était sous voile ou du moins mrs de ses ports. ^Colbert à M. de Croissy, Arch. de la Marine, Dépêches concernant le commerce, 1672, fol. 107; 12 avril.) Charles II fit prier M. d^Estrées de se rendre à la rade de Sainte-Hé^
r MARINE DV XVIf SIÈCLE. «3
Une. (Vol.cilé.p. 14-i.) Il yétait arrivé le 13 mai. Le 16, le Ministre écrivait au Vice-Amiral :
■ Je reçois à l'instant même voire Mémoire, daté de la rade de Siinleff^l^De devant Porlsmonth , le 13* de ce mois, qui m'apprend votre arrivée ea ce lieu-là , l'accident arrivé aux vaisseaux le Superbt et le Sanê-Partit; que Y Arrogant et un brûlot sont restes à la rade de Berlheaume el qne les vaisseaux dn Havre ne vous ont pas encore rejoint... Je ne doute point que les deux vaisseaux qui se soqI abordes i (le Sant-Pareit et le Superbe) ' n'aient été promplemrnt raccommodés... Les quatre Irompetles que le Roi a nommés pour servir sur le vaisseau portant son pavillon sont sur le vaisseau da sieur Panetié n {l'Heurrar, un des deux vaisseaux dn Havre qui u'avaient pas encore rejoint l'année. VAIeyon élail l'autre), u et je donne ordre par ce même courrier an sieur Brodartde vous envoyer leurs babils, casaques el bandoulières qui ne sont arrivés au Havre qu'^réa leur départ. " (Arcb. de la Mariue, Ordres du Roi.)
La Oolle anglaise avait mis à la voile, le 13 mai, paurae rendre aux Doncs. Le Roi d'An;{lelerre irait à Portsmoulh aussildl qu'il apprendrait que la flotte française paraîtrait h l'horizon. La jonction des deux parties de l'armée navale se Ferait à Portsmouth , A moins que ie veiiln'obligci\t àlaTaire aux Dunes. M. de Croissy, qui annonçait ces choses, ajoutait :
> J'espêrc que dans deux jours nous serons Ions joints , à la réB(!rve de rinq on six vaisseaux anijlois qui ne seront pas encore préis. Mais m allendanl vous pouvez toujours faire élal de quatre-vîngtt vaisseaux de guerre enacmble . les plus beaux el les mieux éqtiipéi qu'il y ait jamais eu sur ces œrS'Ci , h ce que disent tous ceux qui ont vu les derniers armemrnli, et, pour moi, je n'ai rien vu de si terrible que les vaisseaux de près; car de loin leuri poupei hauct et aan» galeries ne les font pas paraître ce qu'ils sont, quoiqu'ils soient beaucoup meilkurs pour le combat. <> (Arcb. de In Marine, vol. Campagnes 1673.)
Charles II avait témoigné à M. de Croisay le désir de visiter quelques-uns des vaisseaux français; l'Ambassadeur tint un grand compte de ce déïir et en écrivit i sa Cour. M. Colbert lui répondit lu 17 mars: > Ce sera une grande confiance, si ce prince monle sur les vaisseaux de Sa Majesté. « Nous avouons ne pas comprendre ce mot de M. Colbert. Que pouvait craindre le Kui d'Angleterre ii bord des vaisseaux français? Que pouvait-il redouter en se conGant à M. d'Ëstréos? C'était une politesse de bon •[oùl, et fort naturelle d'ailleurs, i^uc Cbarles II se proposait de faire, et il n'y avait pas à se récrier si fort cli s'étonner. ... ,■... '■■■■'
•1^ ABRAHAM DU QUBSNB. 1672
L'escadre française ayant mooillé, le 13 mai, sur la rade de Portsmoath, M. de Groissy s*y rendit le lendemain pour la visiter. 11 apprit à M. le comte d'Estrées Tintention du Roi Charles , qui , à ce moment même , arrivait à Portsmouth. M. d^Estrées alla tout de suite prendre les ordres de Sa Majesté Britannique. Le gouverneur de la ville reçut notre Vice-Amiral avec beaucoup de courtoisie et le conduisit au château , où le Roi lui dit : « Monsieur, demain , sans n plus tarder, j*irai voir Tescadre que vous commandez. » De retour i son hord , M. d*Estrées appela à Tordre MM. Du Quesne et de Rabesnières et leur donna , pour la visite attendue , Tinstruction suivante : a Les conmiandants des trois divisions de Fescadre réuniront , chan cun à bord de son vaisseau , les capitaines de sa division ; de cette » façon le Roi, qui ira sur le Samt-Pkilippe , sur le Terriik et sur le 9 Sceptre, sera salué par tous les capitaines, t) Le Roi sortit du port, le 15 mai, à huit heures du matin ; il était accompagné de Milord d*Arlington, du duc de Buckingham, du comte d*Oxford, de Milord Saint-Alban et d'autres courtisans portés dans cinq ou six embarcations» marchant à la suite de celle de Charles II, à la proue de laquelle flottait le pavillon royal d'AAgleteire. « Le Roi témoigna ry être fort satisfait du SmU^PkiUppe , de l'ordre , du peu d'embarras « et de la propreté qui s'y rencontroit. » Il passa ensuite au vaisseau de Du Quesne, qu'il trouva également beau, puis au^a^pfrif ^ où M. de Rabesnières fut présenté par M. d'Estrées , comme l'avait été Du QuesncLe Roi se promena ensuite autour de quelques vaisseau, mais le vent ayant fraîchi , toute la Cour monta sur un yacht et rentra au port. M. le comte d'Estrées dtna dhez M. d^Arlington. (Arch. de la Marine.)
L'ordre de bataille arrêté par les généraux des deux nations plaçait les vaisseaux de Tannée alliée ainsi qu'il suit :
AvAxiHUiDB. 1** division : Yitttisire, de 64 canons : capitaine, le marquis de Grancey; le Téméraire, 52 canons^ capitaine, M. de Larson; VAd$mirMe, 64 canons : capitaine, M. de Beaulieu; le TjotBiBLB, 70 canons, monté par Du Quesne, et qui avait pour capitaine M. de Rosmad^ ; le Comquérmnt, 66 canons : capitaine, M. de Thivas ; le Hasentkmx, S4 canons : capitaine, de La Vigerie-Treslebois (frère de M. de Rabesnières?); le Bomrbom, 48 canons : capitaine, M. de Querven ; TAlqfom, 36 canon; : capitaine, M. Bitaut de Bléor; le Primet, 50 canons : capitaine, le marquis d'AmfreviUe; le ImUami, 52 canons : capitaine, le chevalier de \esmond. — 2* divi-
UJIRINE DV XVW SIÈCLE.
sàoa ou division du ceulrc : le Foudroyant, 70 canons : capitaine. M. Jean Gabarit; le Brave, 48 canons : capitaine, M. de Vaibcllc; \ Aquilon, 48 canons : capitaine, M. d'HaiUyi leTonnoRt, Ricanons . capitaine, M. des Ardents; capitaine en second, le chevalier de Bétbune-, le Saint-Philiffe, IG canons, monté par le comte d'Es- Irées, et dont M. de Cou élail le capitaine ; le Grand, 64 canons : capitaine, M. Gombaud ; le Duc, 48 canons : cupitaine, le chevalier de Sébcxille; ÏEole, 36 canons : capîloine, le chevalier Cogolin de Cuers ; XOriJlamvie, 50 canons : capitaine, M. de Kerjuan-Lesmoûal ; VExcelUnt, 60 canons ; capitaine, M. du Magnou; X Arrogant, 38 canons : capitaine, M. de V il le n cuve-Kern ères. — 3' division : le Fort, 60 canons : capitaine, M. de Bléoac ; te Rubis, 48 canons : capitaine, M. Saint-Aubin d'infrevillc ; le Galant, 44 canons : capitaine, le chevalier de Flacourl; le Sans-Pareil, 64 canons : capitaine, M. de La Clochclerie; le Supkrbb, 70 canons, monté par M. de Rabesnières-Treslebois, Chef d'escadre, (|ui portera la cornette blanche à son màt d'arlimon : capitaine, M. de Tbéinine ; le Sage, 50 canons : capilitine, le chevalier de TouniUe ; le Hardi, 32 canons : capitaine, M. de La Itoque; V Heureux, 48 canons ; capitaine, U. Panetié; V Invincible, 64 canons: capitaine, le chevalier de Verdille. Trois brûlots et deux frégates légères furent adjoints à la première division, trois brûlots à la seconde division, deux brûlols cl deux petites frégates à la troisième. L'avaut-garde, toute française, composait l'escadre blanche et portail le pavillon blanc du Vice- Amiral.
Coups DE bïTjIiu.e. Escadre rouge. l"division, compoée des vaisseaux : York, Greenwich, Anne, Charles, monté par le chevalier Armand, Conlre-Amira! ; Rainhow, Forester, Dover, Newcaslle. — 2' diYision : Varmoulk, Dreadnought, Cambridge, Fairfax, Victory, Boyal-Prince, Amiral, monté par le duc d'Vork, qui a pour capitaine U. John Cox ; Saint-Mic/iel, MotUmoutb, Advenlure, RoijaUCutherine. Phénix. — 3* division : Resolution, Bristol, London, Vrce-Amirul, monté par sir Edouard Spragge ; Old James, Sweepetakes, Dunkerk, Diamond, Monk, Dart/imoulk.
Abhiùbk-caroe. Escadre hleuc. 1" division, composée des vaisseaux ; Mary, Ruby, Triomph, Sovereign, Vicc-Amirul, monté par Iv chevalier Krainpton; Unicom, Ti/ger, Phjmoulh. — 2' division : Moutilain, Léopard, Rupert, Royal-James, Amiral de la bleue, monté par lord Edouard Monlagu, comte do Sandwich; Henry.
Crown, Edgar, Revenge, Success, Princess, Saint-David. — 3^ division : Ghcester, Bonaventure, Saint-George , Saint-Andrew, Contre- Amiral de la bleue, monté par le chevalier Jordan ; Warspite, Anie^ lope, French-Ruhy (le Rubis pris sur les Français en 1666).
Huit brûlots sont attachés au corps de bataille, avec cinq frégates légères ; huit brûlots appartiennent à Fescadre bleue , avec quatre frégates légères.
La France avait donc en ligne vingt-neuf vaisseaux, et derrière sa ligne quatre frégates et huit brûlots; T Angleterre avait cinquantedeux vaisseaux, seize brûlots et neuf frégates légères. La force de Tarmée combinée était de quatre-vingt-un vaisseaux , vingt-quatre brûlots et treize frégates légères, très-inférieures en armement et en grandeur aux petits vaisseaux qu*en France on rangeait dans la cinquième classe. Le 22 mai, une personne qui ne lignait pas sa lettre écrivait à M. de Louvois, du cap Bévéziers, que Tannée navale n*avait pu s'élever de la côte d'Angleterre , le vent contraire et les marées Tayant obligée de mouiller deux fois chaque jour, et que cependant elle se trouvait , le 23 , à vingt lieues de Douvres. L'officier auteur de la lettre — un volontaire peut-être , — ajoutait ;
tt Nous venons d'apprendre que les Hollandois ayant envoyé une manière de pécheur à la rade de Portsmoath pour savoir si nous étions joints avec les Anglois et poar noas compter, ce bàtiment-là a été pris hier an soir, et nous avons sa par loi qne les Hollandois, an nombre de soixante-dix vaisseaux mal armés, avoient monillé quatre jours entre la Rye et Douvres, et qu'aussitôt qu'ils avoient appris la jonction de la flotte de France avec celle d'Angleterre, ils avoient appareillé et repassé Douvres, et mouillé au delà en se couvrant d'un banc de sable; nous allons cependant toujours notre route. — Les Anglois paroissent extrêmement satisfaits de notre ordre. Nous sommes présentement quatre-vingt-quatre gros narires, sans compter les brûlots et les frégates légères ; nous espérons avoir bientôt vingt autres navires qui sont dans la rivière de Londres. » (Abeilles Arch. de la Guerre, vol. 275, pièce 373.)'
Laissons parler maintenant M. d'Estrées, qui, le l^'juin 1672, écrit à M. Colbert, de South wood-Bay :
tt Le 29 du mois passé, les ennemis furent découverts à Pancre par les frégates françoises et angloises détachées à la tête de Farmée. Congolin {ne) , le capitaine de VÉoie, les aperçut le premier et en vint faire le rapport k M. le duc d*York... L'armée, qui avoit déjà levé l'ancre lorsqu'il arriva, alla à eux à petites voiles pour rallier tous les vaisseaux. » (Lediart, Hist, de la Marine a$^laise, dit que M. de Ruyter était à huit lieues de Gunfleet, à l'E.-S.-E.) • Hais les ennemis, qui étoient à cinq lieues sous le vent et
HUItllïE DU XVW SIÈCLE.
a qnelqnt
09 lare d'alleodre
hnitdes bancs ie Zëlande, Brrivéreul " (laiMèreot arrirer) ■ d'abord, el, sork. linrenl le vent el se mirent [)avillons n (Vaisseaui Ainiraui) .
distance raisonnable, on forma Je notre cdli^ l'ordre JBaeani du Roy, qui avoit l'avant-çiarde, el d'approcher de l'cDDenii. Il eal vrai (H. d'Eïlrée») u el celle du Chcrd'ea- I ^loieut un pi'U plus près que celle du qui avoil tenu le vent davantage. »
B Comme on
de bataille , di
conunenta de ae mettre en ligni
que les diriEions du Vice-Amiral
cidre ■ (M. de Rabesniéres) " e
Contre-Amiral >^ (Du Quesnc). ^
T. M. le duc d'York, qui jnijca de l'ordre el de la bonne volonté des François, aiiroit volontiers engagé le combat par l'sîle droite n (l'eacadre blanche française). " s'il avoil eu plus de temps i (il n'y avait plus que deux heures de jour), u II envoya M. de Blancfort n (ti>/ M. de Blnnquefort de Duras, comme il signait lui-mdioe) ■> au Vii:e-Amiral pour lui faire uvoir qu'il trouvoil à propos de ne combattre que le lendemain et de tenir cependant le vent davantage...
" Le lendemain matin , 30* du mois, il s'éleva une brume si forte que l'armëe se trotitu séparée el l'on ne vil plus les ennemis " (qui avaient changé de bord), si ce n'est ([u'â neuf heures, la brume s'élaul dissipée, on commença à se voir et l'on prît la roule de Sols-fiay (lU). ainsi qu'il avoil clé résolu, Mais, presqui; en même lemps, on dceonvrit l'armée ennemie à Irois lieues de nous, qui avoîl le vent sur une partie de la nAIre. On fil le signal de se mettre en bataille, et l'eseadre dea vaisseaux an Roi, qni , malgré les différents mouvemenU qu'on evolt été obligé de faire la nuit, malgré la brume et le mauvais temps, étoit demeurée ensemble el BU vent des ennemis, s'avança pour le conserver el rallier treize vaisseaux de l'escadre bleire, sur lesquels l'ennemi auroil pu entreprendre li la blaodie n' avoil été en étal de la défendre. Les vents s'élant ensuite augmentés (lie), on tint toujours au plus près avec les basses voiles. Le soir, on mouilla pour rassembler les vaisseaux, et M. le duc d'York crut qu'il étoil à propos de conlluner sa roule ù Sols-Bay pour s'y pourvoir d'eau et -se mettre ta élut de tenir la mer sur le Doggers-Baae, où, si l'armée navale de HollâDdc veut venir pour assurer le passage de ses flottes iv (de l'Inde), ■ elle n'aura pas l'avantage Je ces botics el d'avoir des pnrts assez près pour se retirer; que, s'ils abandonnent les flottes, il est impossible qu'ils n'en reçoivent beaucoup d'incommodité. .
B Cependant on peut dire que Ruyier, qui esl un Gn et rusé capitaine , B fait nne bravoure à peu de frais qui peut donner seulement de la représenlatiou A ses armes auprès des peuples de Hollande el de ceui qui ne connoisseut pas la mer. D'un autre cûté, il a fait qu'il leur esl inférieur en nimbre et en grandeur beaucoup augmmté la confiance des nôtres, el peat-élre diminué celle de tes équipages, n'ayant compté du tout que ceui voilea, compris les galiotes et lea hrdloU. Il no peut y avoir que aoixaale-dîx vaisseaux tic guerre, doDt il y en a beaucoup qui ont paru médiocres.
Wi
il est Bi «ur leurs bancs mouclic, ni renipécfacr de d'York de faire le
le Dog^er assemble uour
BRAHAU nu QliBSNE.
lis brûlots je
tles
juger que le dessein de pourroil l'engager
dessein d'alli
conseil qu'il
droit t4 lier i
»c monlrer k la e6\e di
Dolles " (marcliandes) . i Je m
l'armée navale de Hollande ; ni
de l'armée du Sa Majestô cl les
du trouble cl de la confusion dans l' esprit
tlollunde. . (Signé :} u La C01.TB Dbstrïes (j
r l'clat des
s quel parti .1 esi impos:
Ruyter esl de nous attirer qu'à quelque légère esctre raison a obligé M. le due large , suivant le premier ajouté ce malin , dans le ivres et de l'eau, qu'il fansia jours; que l'on pourroil et garder le passage des
1 prendre là- dessus le les grands efloiis i à la mer ne jelleol qui gouvernenl lu
luvalc des États, composée, selon Basoage, dont Lcdiart acccplu les chilTrcs, de çuafre~vii>^l-on:e vaiueaux de loalei granileurs et de force diffcrenle . de quaranU-qualre hnilols et de ringt- Irou yachts, avail, au centre . M. Michel de Ituyter, à l'avant-garde, M. Bankert, i j'arrière-garde , M. Van Genl. M. de Ituyter, qui n'avait d'abord que soiïante-diï vaisseaui, le 30 mai , avait reçu un renforl d'une quinzaine de vaisseaux; il ju<}ea alors qu'il pouvait attaquer la flotte anglo-française. Pensant qu'il surprendrait le due d'York, doDt les fjcns en très-grand nombre étuicnt à lerre, il profita de la nuit pour s'avancer vers Soulhnood-Bay, et, aux premières heures du jour, il était en vne de l'armée combinée, que M. deCogolin avertit celte fois encore de f approche de l'ennemi. On se hâlu d'appareiller; plusieurs vaisseaux, pour ne pas perdre do temps, coupèrent leurs câbles; d'autres laissèreut au rivage les chaloupes qui ne pouvaient point les suivre et les matelots qui n'avaient pu regagner leurs bords
Dans la baie de Soulhwood, dont le rivage court Nord cl Sud ou à peu près, l'armée combinée était mouillée près de terre, à l'exception de l'escadre blanche , qui s'était portée un peu plus au large en jetant l'ancre. La position des trois escadres était celle-ci : le plus an Xord . l'escadre bleue ; au-dessous d'elle , l'escadre rouge ou corps de bataille; plus au .Sud mais un peu dans l'Est, l'escadre française. Vers sept heures du matin , par un petit vent de N'.-E. qui permettait de porter les voiles hautes, mais qui mollissait sensiblement, la flotte de Kl. Michel de ituyter donna dans la baie, vent arriére, et bientôt se mil sur une seule ligne, faisant le Sud. mais de tellu
ISTS MAiUNK DU XV1I< SIÈCI.F..
Taçoq que le corps de Ikl. de Ituyter ne dépassdl pas le corps du duc d'York et celui de M. Van Genl, l'escadre bleue, au milieu de laquelle était le comte de Sundwicb. Quaut h l'escadre du Lieutenant Amiral Bankert , elle coutinua sa route au Sud pour attaquer M. d'Estr^es , (|ui , malgré l'ordre qu'on lui avait envoyé de tenir le veut , en cherchant à monter au \ord , — manœuvre qu'exécutait tout le reste de l'armée et qu'imitaient deux des escadres hollandaises, l'iirrièregardc et le corps de bataille, — prolon<{cait sa bordée dans le Sud. M. d'Estréeset M. Bankert avaient les amures à bâbord, quand tout le rcsle des combattants , uu commencement de J'iictiim , les avaient à tribord, c'est-à-dire remontaient du calé d'Varmonlh.
Pourquoi M. d'Estré(?s au lieu de changer d'aniurt^s, continua-1-il à faire roule au Sud? Il a expliqué cela dans son Mémoire du 7 juin : » !.' aile qui étoit opposée à l'escadre française tint lèvent
> davanta.^e et courut un bord diFTércnt du reste de son armée « , et M. le Vice-Amiral de France -^ jugeant qu'il ne pouvoil tenir le vent
• avantageusement que du bord de l'escadre de Zélande, différent de » celui de son armée , prit le parti de la combattre , et la percer a ' son escadre pour aller joindre M. le duc d'York et le dégager " . Ceci est assez obscur et la raison semble un peu tirée. M. d'Eslrécs ditphis'Ioin : " Pour les François... les /élandois qui leur élotenl ' opposés, commencèrent à les canonner; mais soit qu'ils n'eussent ' pas résolu do les enfoncer, ou qu'ils eussent ordre d'en user ainsi, " ils tinrent le vent le plus possible à une dislance raisonnable pour ' canonner. Il y cul un grand feu pendant tout le jour, que ifouxe ' ou quinze vaisseaux de Sa Majesté soulinrenl avec beaucoup d'ordre
• et de vigueur n ( quaranle-troii vaisseaux de guerre environ et cinq ou de brûloU, dit ailleurs M. d'EsIrées), <• mais il ne fut pas possible ■ d'exéculer le dessein qtf'on avoît pris de percer » (couper) » celle " escadre et de lui gagner du vent; car outre que l'ennemi n'en don- " noit pas le moyen , les vaisseaux de l'avanl-garde « (ceux de l)n Quesne] u ne Icnoient pas assez le venl pour y réussir, quoique le X Vice-Amiral ■< (le comte d'EsIrées) » le tint te plus qu'il fût gios-
> sible et qu'on le vit toul le jour entre ses vaisseaux et la ligne de 1 l'enneiui « (c'esl-à-dire plus prés des Hollandais et plus dans le N.-E. que le reste de l'escadre de France). <• L'Amiral Zélandois - (M. Bankert) - tenla deux fois d'arriver sur le Vice-Amiral ' (M. d'Ëstrécs) u avec trois brûlots et trois ou quatre des plus grands ^ vaisseaux de son escadre; mais soit qu'il ne voulut faire qu'une
1 teiitalire, od bien qu'il crût (ju'on n'en 6toil pas éiouaé la deri nièrc fois , il changea de bord el se retira vers son Amiral » (VI. de Ruyter). u On fit de notre pari ce qu'il fut possible pour regagner au " vent ri rejoindre M. le duc d'York , ce qu'on ne put faire qu'hier n au matin , que tout le monde se rallia à lui , vingt vaisseaux anglois • s'élant joints à nous pour le rejoindre, n
Voilà, selon M. dEstrées, ce qui se passa du fait des Français, 7 juin, où la mêlée furieuse entre les Hollandais et les Anglais fut également honorable pour les marins de ces doui nations, sans qu'un avantage décisif secondât les efforts de l'un ou de l'autre parti. De belles actions eurent lieu du côté des Anglais comme de celui des Hollandais. Le duc d'Vork, à qui s'attacha ^I. de Ruyter, fut obligé de passer successivement du PriiKe, hors d'état de plus manœuvrer, sur le Sninl-Miehel, que menait Sir Robert Holmes , el de celui-ci snr le London, où Sir Edouard Spragge avait sou pavillon et qui luimême était fort endommagé. M. de Ruyter, pressé vivement h son tour, fut heureux , vers le soir, de pouvoir tirer d'affaire les Sepl-Profj fort maltraitées et de les mener au large pour se réparer pendant la nuit.
Un des brillants épisodes de cette journée fut l'attaque audacieuse du vaisseau la Grande-Hollande, que montait le brave M. Jean Van Braahel, dont nous avons parlé dans notre premier volume. Ce vaisseau était de petite taJIIc, et son capitaine choisît, |H>ur se mesureravec lui, un vaisseau de 100 canons, le Jioyol-Jaeques, sur lequel était un Anglais non moins vigoureux. Milord Montagu, comte de Sandwich. La Grande-Hollande alla s'accrocher au Royal-Jamei et resta attachée h son flanc, échangeant avec lui des bordées formidables. Cette lutte dura une heure et demie; lord Montagu parvint enfin à couper les chaînes des grappins qui retenaient le fier -Hollandais , et la Grande- Hollande, trouée de toutes parts, son grécment haché, ses mâts coupés, ses voiles déchirées, s'en alla en dérive, comme un ponton, recevant encore des boulets, et son pavillon haut toujours, jusqu'au moment où une frégate put lui donner la remorque, pour le tirer de la foule et le mener en Zélande, où on le rétablit. Quant au Hat/ai- Jarquei, autour duquel d'autres vaisseaux étaient venus faire un cercle de feu , la Paix , un brûlot lancé contre lui , s'y amarra avec ses chaînes el l'incendia, Une partie de l'équipage fut bnllée; Milord Montagu descendit dans une chaloupe avec son fils, mais l'embarcation s'enfonça, et le noble et valeureux comte de Sandwich ^
ABRAHAM DU QUKSNE. 1671
cii'élnilpoinl de s'épargner. Il ncpouvailpoinl aborder M. Baa-
kert, qui, le pouvanl, lut, do t'nborda pas. Le Vicc-Amirol de France
nnmniit la fau le énorme de désobéir aux ordres de M. le dncd'Vork,
i lui avail fait dire de tenir le icnt, c'esl-à-dire de virer aa Nord; ela il n'obéit pas à un ordre secret de la Cour de France. Son iDsIrucItoii lui rccomninndait de prendre tous les moyens pouj- • sùuUnir dignement la gloire des armes et du règne de Sa Mnjeili. » Elle ajoutait : " Comme "àa Majesté s'assure qu'en une occasion aussi " importante que celle-ci pour la jjloire de ses armes et la grandear I » de son règne, ledit sieur conilc il'EsIrées rfonHera (/m marques àgna- ■ " Uesde sa valeur, de ion expérience et de sa bonne conduite, Elle désire " aussi qu'il se serve de tous les moi/ens qu'il pourra pratiquer pow " exciter datu les etprils de tous les officiers de l'armée l'envie de donner ^ '• lei mimes marques de leur courage, et une forte résolution de monlref n aux Anglais qu'ils ne leur cèdent point, et m/me qu'ils les surpassent ■> en Pâleur et fermeté, et en connaissance de tout ce qui concerne la s guerre maritime. ■
Qui trouverait là un témoignage du désir qu'aurait en le Roi de France de voir son escadre fléchir devant les Hollandais et se couvrir de honte aui yeui des Anglais? Si, comme on t'a prétendu, Louis XIV donna l'ordre secret à M. d'Ëstrées de se tenir loin de l'ennemi, que l'on montre cet ordre. On l'a cherché sans pouvoir le trouver. L'instruction donnée à M. le Vice-Amiral était pourlui seul ; il ne la devait communiquer à personne ; elle était donc l'expressim sincère de la volonté du Roi , cela est hors de doute. Pourquoi M. d'Ëstrées ne se mit-il pas en mesure de satisfaire à ses prcscrij)tions ? Pourquoi , au lieu de se conformer k l'ordre donné par l'Amiral, Gt-il à son opinion personnelle une conceasioR, fâcheuse poui l'armée française cl qui pèse sur sa mémoire? C'est ce qu'il est difficile de dire. Tout ce que nous pouvons induire du fait que nous connaissons, c'est que M. d'Ëstrées, se Gant plus à ses conna qu'à celles du duc d'Vork et faisant ce que nous pourrions appeli la guerre de sentiment, compromit les résnltals d'une journée qi aurait pu être décisive. 11 s'aveugla sur son propre mérite sentit ; car, revenant lui-iuéme au vent avec le Saint-Philippe, il s't posa h un danger sérieux, comprit enfin son tort, et, pour l'excust accusa Du Quesne , qu'il n'aimait guère et qui ne l'aimait pas du tagc.
Rapin-Thoyras répéta ce que Brandt avait dit de la réscnii
MflnrNE DU XVW RlkCLK.
Franrtis sur le chnmp de bataille île Soulhwood-Bay. Ln suppogition d'un tnauque de foi de la part de Louis XIV plaisait trop h M, Eug, Sue pour qu'il ne s'etTorrâl pas de cherelier à en démontrer la réalité. Sa critique est beiireu sèment sans valeur; elle s'autorise dn passage suivant de l'instruction donnée au comlc d'Ëstrées :
■ Elle 7> (Sa Majesté] ■ veut que ledit sieur Vice-Amiral évite autant
■ qu'il lui sera possible Ifs délaehemenU , et qu'il fasse en sorte que D Ions les vaisseaux de sa flotte demeurent toujours ensemble ; mais 1 en cas que la nécessité du service oblige à faire des détachements , " Elle désire qu'il fasse en sorte , s'il est possible , que les vaisseaux « des lieux nations ne soient point mêlés , afin d'éviter le commande- •V ment des An,i;lois, Mais en cas qu'il ne le puisse éviter, l'îlle veut
■ qu'il observe que le vaisseau anglois soit toujours supérieur en • ran<) anx vaisseaux françois qu'il détachera. i M. Suc dit, à propos de ces phrases, dont il se fail un argument : « On verra toute l'importance de celte clause de l'instruction , lors des combats de 72 et 73. Sur trois combats , les vaisseaux français ne se battirent qu'une fois, ,el ce fut ntori qu'ilt étaient milis aux vaiœaux anglais . Dans les deux autres combats, l'escadre française étant séparée de la flotte anglaise et postée, une fois à l'svanl-garde, cl l'autre fois à l'arrière-gardc , ne prit pas de part à l'action, n [Hiii. de la Marine, 1.2, p. 201.)
De la part d'un homme aussi intelligent que l'était M. Siie, ceci est étonnant. 11 parait ne pas avoir su ce que c'est qu'un d/l/ichement , ou plutôt il voulut l'oublier. 11 n'y cul point de détachement pcodanl la campagne de 1672, et l'escadre française se ballit, quoi qu'il en ait dit; elle se battit pendant une journée contre les escadres de Zétandc et de Frise, de trop loin, peut-être, mais on verra qn'elle rie chercha point à éviter le feu cl qu'elle recul de sérieuses blessures.
Si l'escadre de M. d'Estrées fut une escadre à part , elle ne fut point un détachement de la flotte combinée, mais un membre de cette flotte , qu'une fausse manœuvre sépara du corps ; il n'y a donc aucun rapport enlre sa position et celle des vaisseaux qu'on aurait détachés , ou pour faire une diversion , ou pour aller aux cotes de Zélande pendant que le gros de l'armée navale aurait été iiux prises avec les Hollandais.' Ce que voulait Louis XIV se comprend h. mcrsâlle. li souhaitait que M. d'EsIrécs ne délachâl pas de sa (lotie quelques laisseaux. dans un but particulier, cl qu'il se prélat le
76 ABRAHAM DU QUeSMi. 1673
excuse pour M. le comlc d'Eslrées. Au reste, le dncjugea loDglemps après révéaemciit connue il avait jugé lout de suite; nous allons le voir bientôt.
Voltaire s'est contenté de dire : " Les trente vaisseaux françois « prirent peu de part à l'aL-tion. " A l'action qui se passait au Nord . oui ; mais leur tenue persistante contre un ennemi deux fois plus Tort qu'eux leur constitue une part honorable dans la fatigue de lu journée.
M. Henri Martin, après avoir montré l'escadre Trançaise allant au Sud, « ce qui Gl croire, non sam quehjm vraisemblance, que d'Es- 11 tréea avoit ordre de se ménager le plus possible i (On sait ce que nous pensons de cette vraisemblance, empruntée par l'iiisloneu à Brandt et à M. Sue.), ajoute : " Eu Tait cependant, comme l'escan dfê de Zélande suivit les François dans leur mouvement , chacun » eut, pour ainsi djre, sa part proportionnelle dans la lutte. Les ■ François et les Zélandois se canonnèrent violemment toute lu I journée, mais sans en venir à l'abordage, n Répétons que les Français souvenlés n'étaient pas libres de venir à l'abordage et qu'il ne tint qu'à M. Bankert, qui avait le veut, de se ruer sur eux pour les combattre corps à corps. Plût à Dieu qu'il edt pris cette résolution , les Français auraient racheté par de glorieuses actions particulières la faule de leur général. Les Hollandais n'ont point expliqué la conduite réservée de M. Bunkcrl, et nous n'avons aucun moyen de l'exphquer. Nous verrons tout à l'heure une phrase singulière de M. Colbert sur cet élran;)c mystère.
Les résultats de la journée où deux ennemis également braves, également ardents à soutenir l'honneur de leur pavillon firent des prodiges de valeur, furent jugés — et cela est très-naturel — de façons très-diverses en Hollande, en Fronce et en Angleterre. Les Hollandais s'attribuèrent la victoire; les Anglais dirent que les Hollandais a furent loin d'obtenir la victoire sur les Anglois, puisqu'au " contraire ils furent les premiers à quitter la mer et à se retirer dans n leurs ports n ; les Français affirmèrent que le champ de bataille était resté à l'armée alliée. La vérité est qu'il y eut de part cl d'autre des pertes d'bommes assez considérables, des vaisseaux fracassés, quelques-uns brûlés ou coulés , et un égal besoin de se réparer, de se regréer, de se pourvoir de poudre et de boulets , l'incroyable quantité de fer qui avait été dépensée ayant vidé toutes les soutes. Le 9 juin 1672, les armées adverses se séparèrent et regagnèrent
1672 MARINE DU XVn« SIÈCLE. 77
Fone, les ports d'Angleterre , Fautre , les ports de Hollande , après s'être observées deux jours sans s'approcher.
Quelles furent les premières impressions produites sur les Anglais de la flotte et sur le public de Londres par Tévénemént? Lisons ce qne M. de Croissy écrivait, le 9 juin , à M. Golbert : « Je viens de a quitter le Roi d'Angleterfie, qui m'a montré une lettre de M. le duc « d'York, datée d'hier à midi, où il confirme tout ce que j'ai écrit • au Roi du commencement du combat et de la perte du Royalif James, qu'il dit être le seul qu'il ait perdu. lise loue fort des vais- > seaux françois. » Le Roi d'Angleterre, toute la Cour et toute la ville ne cessent de dire du bien de notre escadre. Le 12 juin, M. Golbert, répondant à la dépêche de M. de Croissy, lui disait :
tt Je reçus hier une relation ample de M. le comte d^Estrées, contenant ioat ce qoi s'est passe jusqu'au 9*, et, aujourd'hui, j'ai reçu votre lettre du même jour 9*... Il est très-nécessaire que vous remerciiez le Roi d'Angleterre et M. le duc d'York de toutes les satisfactions qu'ils ont témoi' pUiê de l'escadre de France. C'est un grand avantage pour le Roi notre maître, et la satisfaction qu'il en aura sera assurément très-grande. Je vous dirai cependant qu'il ne me paroft pas, par les lettres et la relation de M. le Vice-Amiral , qu'il soit également satisfait de tons les capitaines , et, au contraire; il parott qu'un bon nombre n'a pas trop approché des ennemis. »
M. d*Estrées, le 9 juin, disait à M. Colbert :
tt J^ aurai l'honneur, à la première occasion, de vous informer de toutes choses; cependant, Monsieur, quoiqu'on n* ait pas fait tout ce que Von a voulu, il ne s'est rien passé dans cette action qui soit honteux et indigne des armes du Roi , ayant soutenu quarante-trois {sic) vaisseaux de guerre, tout un jour, sous le vent, sans plier ni faire la moindre foiblesse. n
Le Vice-Amiral , dans sa relation au Roi , avait dit :
Il Quoique l'on ne puisse rien reprocher au gros de l'escadre de Sa Majesté, cependant on peut l'assurer que si tous les vaisseaux s'étoient tenus dans leur rang et avoient observé exactement la manœuvre du Vice-Amiral » (On ne l'avait que trop suivie en gouvernant au Sud avec lui!), « on auroit pu faire une action très-glorieuse et digne de ses armes. Il est certain que les ennemis ne nous en ont pas toute/ois donné le moyen, n
Ce n'est donc pas tout à fait aux vaisseaux en question qu'il faut attribuer le malheur de n'avoir pas fait « une actioU très-glorieuse d .
L'ennemi y est pour une grande part; il na voulu approcher ni des Français qui ne tenaient pas leur rang ni de ceux qui le tenaient bieà, les uns et les autres ne pouvant les aller joindre, puisque le vent était contre eux. M. d*Estrées accuse pour se disculper; sa responsabilité est gravement engagée , il le sent et cherche à la dégager ; et, tout en dénonçant ceux qui Font mal secondé, il dit, à leur décharge, que les ennemis les ont mis dans Timpossibilité de mieux faire, contradiction singulière qui ne dut pas échapper à M. Colbert. Le Ministre, continuant sa lettre du 12 juin, ajoutait :
^ Gomme il fanl tonjonrt travailler à dëconvrir la vëritë et démêler ce qui peut provenir des pauion$ des hommes , je vous prie de vont informer avec soin et avec beaacoap de discrétion de tout ce qui s* est passé , et sortent , il faat que voos observiez de ne point faire connoître aux Anglois que l'on ait aocon donte. »
A ce moment, il n'y avait aucun doute du côté des Anglais; mais bientôt de malveillantes rumeurs coururent dans la flotte du Roi Charles et soulevèrent l'opinion en Angleterre. Le 19 juin, M. Colbert écrivait à M. de Croissy :
a Je ne dente pas que le Roi d'Angleterre et M. le doc d'York ne rendent jnstice à Tescadre de France et qu'ils ne dissipent par lenr témoignage et par leur apphetAon Icmm )«» ùkêm bnûto que les mafintendomiés et les ennemis du gouvernement peuvent avoir fait coorir, en qooy ils aoronl d'autant pins de facilité que, par les avis que tons les marchands de Paris ont reçus de tontes les villes de Zélande et Hollande , il ue se peut parUr plus ataniageusement d'une nation que ce que Ruiter et tous les officiers de leur (sic) Jlotte ont dit de Vetcadrt de France.,. Je vous avoue que j'ai une grande impatience de voir la relation qu'ils feront en Angleterre du combat, et ce que vons apprendrez de M. le comte d'Estrées. Il faut que vous Tezcitiez à parler un peu plus avantageusement qu'il ne fait dans ses relations , et sortont qu'il ne s'attache pas trop à relever les défauts des ' officiers. U suffit que, par des mémoires particuliers, il rende compte an Roi du détail de ce qui regarde chacun officier en particufier; mais, en public , il doit toujours soutenir la gloire du corps de la nation , en relevant les actions faites par les particuliers et cacber leors défauts. > (Arch. de la Marine, Dépêches concernant le couunerce, 1673, fol. 184 v*.)
M. d'Estrées, dans une seconde lettre du 9 juin 1672, commençant à accentuer son accusation, vague d'abord, avait dit à M. Colbert :
u Gonune je n'ai pas voulu me plaindre dans le mémoire que j'ai fait pour Sa Majesté de qudqnes capitaines qui ne font pas voir tonte la chaleur qui seroît nécessaire, j'ai cm aussi de son service de vous en informer
lers
MARINE DV XVll' SltCLE.
ta particulier, ayatil chargé If porlenr de le faire ; mais comme il cilcd'f apporter remède, il faudra altendre le retour de !a campa le iitDoi!per, aGu de ne pas nous décrier nous-mêmes, n II avai le 10 JDÎn : u Le fhamp de bataille noue ett pleinement demairf, 'oil nn 'irès-grand d'i
ajouté.
t quand
en combaltanl, " (Ceci est une
'aaroit pas d'aulres avanlaget (tu ennemis le moyen de proGicr de celui qi te pcnt rien ajonler à l'ordre dan» lequel ila mtii leur vigueur n'est pas si grande que je 1' itttqne directe au Lieu tenant- A mirai Bankerl, ( >Dr l'escadre française pour l'aborder.) u De notre pari , nous manquons beaucoup du premier « (De l'ordre; on n'avait guiire combaltii en lijjne jnsque-IA). " et n'ai pas tromé en tous nos capitaines l'ardeur qu'ils témoignoienl avant l'occasion... Je vous dirai seulement qu'il semble qu'on ne doit plus désormais rcj^arder l'ancienneté des capilaincs dans les armeneats, d'autant plus que celte campagne noua fait connoîlre que les plus anciens n'en savent pas plus qoc les autres pour les occasions de guerre cl de combats, n
II n'y a là qu'uue accusation générale, mais on scdI qu'au risque ix n'être pas juste pour M. de Itabesnières-Treslcbois , un des plus neui capitaines , il Frappe sur Du Quesne , le plus ancien de tous , taos oser encore le nommer.
A celte époque, ordre fut envoyé à M. de Château-Renault de rejoindre avec les quatre vaisseaux qu'il commandait, sur la croinère entre les caps Saint-Vincent et du Finistère, l'escadre française qu'on voulait fortifier; preuve à l'appui de notre sentiment contre l'opinion de ceux qui ont imaginé que la France voulut ne point s'exposer aux dangers de la guerre. Si le Roi avait eu le désir qu'on lui a prêté si élourdimenl , si méchamment aussi , il s'en serait tenu à la lettre du traité qui lui imposait le devoir de fournir trente vaisseaux à la flotte combinée. Cela est clair cl hors de contestation. L'escadre de M. d'Estrées n'avait pu faire ce que Louis \IV aurait désiré " pour l'honneur de ses armes ji . On l'augmentait afin qu'elle se présentât à l'ennemi dans de meilleures conditions de force. N'est-ce pas ce qu'il avait de mieui à faire?
Ne nous lassons pas d'interroger l'intéressante correspondance que nous fournit la collection des lettres écrites à M. Colhert et les registres gardés aux Archives de la Marine ; ils contiennent des détails précieux que nous ne devons point omettre. Le 13 juin 1GT2, M. de Croissy écrivit au Ministre :
" Comme les bons rapports que l'on avoit faits de notre escadre ont irrité etux qui voient atec regret la bonne union de la France avec FAh-
80 ABRAHAU DU QUESKE. BG7i
glettrre, ils commentèreat hier à débiter dons In Bourse des nouvelles laules contraires aux premiers avis, disant que les François n'avoîenl point norobaltu , et qu'ils litoienl cause de tout le mal que In flotte angloîse a sonlTert. el quoique le Roi conliaue à s'en louer, DësntmuiQa ceux de sa Cour tiennent le mime discours qu'à la Bourse. i Et plus bas ; ■' Les rapports qne te sieur Schmit, capitaine anglais, a faits à son retour, el quelqueKji:ltres qui sont venues de la flotte, sont U^r^ désavantag mises k l'escadre de Sa Majesté 1 et prësenlcnienl toute la Cour el toute la ville soot persuadées que la plupart de nos vaisseaux n'ont point coiulJBtlu et que les autres ii'odI fait qu'escarmouchcr contre quelques vaisseaux zclandois détachés pour les amuser. Ou dit min\e qu'ils n'oul fait que ce à quoi on devoit s'attendre, et cent autres soltisrs qui vont Jtre des semences de division auxquelles il sera 1res- difficile de remédier, quoique le Roi et Ujlord d'Arlington y fassent fout leur possible... » En poit-irriplum, M. de Croissy ajouta ; d M. de BlanqueforI vient d'arriver, qui a appuric au Roi des lettres de M. le dnc. qui est entré avec toute la flotte dans la Tamise, et m'a dit que le vaisseau de M. de Rabesnières » (le Svptrbe, qui avait été mutdë dans le combat) " est à présent à Sheeruess en toute sârelë. Le Roi a fort appuyé ce qu'a dit M. de Blanquefort, ce qui s bien morliGo un mylord qui ctoil railleur delà calomnie; el il a aussi approuvé la proposition qne j'ai faite que ceux qui nous blâment veuillent bien aller sur nos vaisseaux pour observer de quelle manière on s'y gouvernera daJis le premier (procbain) combat, qu'on leur y fera bonne chère, et qu'ils pourront parler plus pertinemment il leur retour... Je m'en vau demain avec le Roi d'Angleterre pour voir la flotte et visiter nos|hle3sés, entre autres MM. de Rabesnières et des Ardents, qui sont fort blessés el que j'assisterai autant qu'il me sera possible. i
La blessure du brave Chef d'escadre , Contre- A mi rai de l'escadre blanche, était Irès-grave, en effet ; un boulet l'avait atteint uu jarret. Il se Gt porter à terre, oît il mourut peu de jours après. Un boulet emporta une jambe de M. îles Ardents, le capitaine du Tonnant. M. du Magnou, capitaine de l'^xce^/en', fut blessé au gras de jauihci la blessure n'eut pas une suite mortelle, toute dangereuse qu'elle fill. Il n'en arriva pas de même de celle de M. des Ardents, qui ne put continuer de servir pendant la campagne. Le chevalier île Cbàteaumoranl fut blessé d'un éclat de bois ; mais ce ue fut rien. Sans le bufDc qu'il porloil sous son justaucorps, le duc d'York aurait été tué dcui fois, car deux éclats de bois " lui donnèrent d.ins T- l'estomac " . M. de Cou, capitaine du Saint-Phiitppe, rci éclat qui ne lui " Gt pas d'ouverture, mais qui lui Gl beaucoup d ' mal 1. (Lettre d'un officier du Saint-Philippe, 9 juin.) Cet officier, qui ne signa point sa lettre, écrivit une phrase dont nous ne comJ
prenons pas bien le sens : a M. le comte d^Estrées faillit à changer j) de vaisseau, et il auroit bien fait ; car, s*il avoit pris ce parti-là, il n auroit brûlé ou pris la moitié des vaisseaux qui nous combattirent 1) toute la journée ; nous aurions par ce moyen-là regagné le vent, 7) et nous aurions eu sur Tennemi l'avantage qu*il avoit sur nous , et n aurions fait combattre toute Tavant-garde commandée par M. Du » Quesne, qui n'avait quasi rien fait jnsques à six heures du «ofV^.pour V s'être mis trop sous le vent. »
H. d'Estrées eut-il un moment l'intention de changer de vaisseau et ne le fit-il pas ; ou bien Fauteur de la lettre exprime-t-il sou regret de ce que l'idée ne vint point à M. le Vice-Amiral de changer de vaisseau? Il est probable que c'est dans ce dernier sens qu'il faut entendre le passage qui nous occupe. Sur quel vaisseau, quand le sien n'était pas hors de combat, M. d'Estrées aurait-il mis son pavillon? Sur un des vaisseaux de la division de Du Quesne, pour forcer cette division à monter dans le vent? Mais Du Quesne avait fait tous ses eflbrts pour s'élever au vent et n'avait pu y réussir, ce qu'il affirma et ce qu'attestèrent tous les officiers qui le défendirent contre les partisans de M. d'Estrées, lesquels l'accusaient avec une telle passion que les choses dégénérèrent entre les deux partis en querelles véritables, au milieu desquelles fût obligé d'intervenir M. de Croissy. Il semble que M. le comte d'Estrées ne tenait pas à voir son avant-garde plus au feu qu'elle n'y était ; car, dans la conversation .que Du Quesne eut avec M. de Croissy, le 22 juin, le Lieutenant général, u extrêmement aigri n , et que, le matin même, M. le Vice- Amiral était venu voir à bord du Terrible pour le calmer et a rétablir » entre eux la bonne intelligence » , fit voir à l'Ambassadeur de France u les ordres qu*il avoit de retenir l'ardeur des capitaines de son » escadre » . (M. de Croissy à M. Colbert, 23 juin 1672.) Comment, après un pareil ordre, qu'il ne pouvait ignorer puisqu'il venait du duc d'York (on va le voir), M. d'Estrées se perdait-il en récriminations contre celui qui ne l'avait que trop bien , et sans doute malgré lai, suivi à la lettre? D'où venait ce grand courroux du Vice-Amiral contre Du Quesne? Comment démêler, au milieu de ces dits et contredits, les raisons qui portèrent M. d'Estrées à manœuvrer comme il le fit, à retenir l'ardeur des caj^itaines de sa première division, et à se plaindre ensuite à tout le monde d'avoir été abandonne par Du Quesne?
Quanta celui-ci, il en revenait toujours à dire que, ^ attaqué par II. . 6
AnnAHaii nu quesse.
ISTl^^
les HoUandois, quiTuisoicnt le SuJ, les amures à bâbord, il n'avoit
pu que les conibatlre de loin cl sous les mêmes amur(;s, qui èloicnl
aussi celles de M. d'KsIrées ; qu'il D'aioit pu ^a^ncr au vent ; qu'il
avoit combattu lorsqu'il le falloit, et qu'il avoit fait tout ce qui liû^
étoit possible i-n cette occasion aussi bien qu'en celle do lendft>|
(M. de Croissy à M. Colbert.) ha reste , ai tous les Fran-I
çais ne combattirent pas, il y eut ^^ pour le moins autant de
1 seaux anjglois » qui ne prirent point part à la lutte. C'est ce qnal
M. de Croissy et M. d'Kstrées dirent nettement au duc de Buddn^.
bam, qui leur reprochait l'inertie d'une partie de l'escadre blanche.
(Lettre de M. de Croissy à H. Colbert.)
\l. Colbert désirait connaître ceux des capitaines qui s'étaient signalés dans l'alTaire du 7 juin ; M. de Croissy lui nomma M. d'Eff* Irées, puis MM. de Rabesnitïres , des Ardents et du Magnou ; paia MM. Jean Gabarel, de Verdille, de Valbello, deTourville, de Sébeviile, de Cogolin, de Thivas, d'Haîlly, de Blénac et de Graneey. Ce dernier appartenait à l'escadre de Du Quesnc et occupait la première place dans la ligue de bataille, c'est-à-dire qu'il marchait le premier. Sur ce qui lo touche, voici le passage de la dépêche de M. de Croissy à M. Colbert (23 juin 1672}. Remarquons que l'Ambassadeur écrivait de Chatbam, après avoir " pris, de nos vaisseaux, de longs '' éclaircissements sur ce qui ■ s'était u passé au dernier combat
li que chaci
u Pour ce qui est de l' escadre de M. Du Oucsne, dit qu'elle n'a pas conibaltii le malin pour les raiso bien remarquées ; mais à une heure aprèi-midi, M. le Vice-Aininil loi ayl envoyé dire de faire force de voiles avec toute son escadre, il exécuta ' bien cet ordre ol combaltil dcni heures entières, jusqu'à ce que les ■nia revirérent le bord. Pour ce qui regarde le marquis de GriDcey, comme ou ne lui avoit rien tant recommandé que de ne pas i avancer plus que Sun parillon i (le Terrible) , a dans la crainte que H. le duc atoit qu'il n engageât trop chaudement le combat, dans la vue de faire quelque belle aellon , il n'a pas cru pouvoir se départir de la poaduellp observaliou de cet ordre, quelque envie qu'il eÙI de se signaler; mais lorsque M. Du Quesne a pu s'approcher des ennemis, ledit ûeur de Graneey a bien fait aussi son devoir. On m'a dît la même chose de M. de Blénac, •• ajoulsi H. de Croissy. u On accuse quatre ou cinq espilaînes d'être toujours ilemeuré» hors de la portée du canon, et même d'avoir lire les leur» pardeisus et dedans les ruisseaux de France; niais personne ne les a voulu nommer que M. de Graneey, qui m'a dît que r'eloit La Clocheterie, Bléor et Gonibaut, quoique M. le Vice-Amiral m'ait dit que ce dernier avoit asscK bien fait son devoir au commencement du combat. Quelques-uns des
Toloniaires blâment ces trois-ci dans le rapport qa'ils ont fait de cette journée. »
Des informations que prit M. de Croissy auprès de tout le monde, il résulte donc que M. le duc d^York craignait que Favant-garde ne s'engageât trop chaudement, et qu'il avait recommandé à M. d'Ëstrées de dire à ses capitaines de ne pas s'avancer de manière à précéder leurs pavillons. Ceci paraît fort extraordinaire; cependant comment douter de la vérité de cette assertion , quand elle est produite par un Ambassadeur et qu'elle s'accorde d'ailleurs avec la déclaration qu'a faite Du Quesne à M. de Croissy? Mais Tordre du duc d'York fut-il bien interprété ? Le duc ne voulut-il pas dire que les capitaines ne devaient point rompre la ligne de bataille par zèle, par emportement de chaleur, et laisser derrière eux leur général, seul directeur de l'action? Du Quesne ne montant point au vent, ses capitaines durent donc se garder de changer la direction au Sud que suivait le Lieutenant général. Cela dura trop longtemps, six heures environ, et après-midi, sur un nouvel ordre de l'Amiral anglais, on força de voiles et l'on combattit pendant deux heures. Ce fut alors que VlUustre, sous M. de Grancey, se signala et mérita d'être cité par M. d'Estrées. Remarquons que parmi les officiers loués pour leur conduite figure M. de Thivas, capitaine du Conquérant, de la division de Du Quesne ; il avait donc trouvé le moyen de s'avancer vers l'ennemi. Ici revient encore le souvenir de la contenance du Lieuteoant-Amiral Bankert devant l'escadre blanche de la flotte combinée. H. Colbert, qui souffrait de voir les Français hautement accusés par leurs alliés et qui voulait tirer Du Quesne du mauvais pas où il le voyait embourbé, envoyait à M. de Croissy un argument dont il rengageait à se servir dans ses conversations avec les courtisans du Roi Charles, qui ne lui épargnaient pas les mauvais compliments; le voici. Mais disons d'abord que Du Quesne, dans sa défense, produisait cet argument à l'Ambassadeur au moment même où le Ministre le trouvait et le suggérait à son frère :
tf L* armée des Rois étoit en bataille à Soosbaye, en sorte qu'étant sur une ligne le long de la côte , l'escadre de France avoit la droite et F escadre bleue la gauche du pavillon rouge. La flotte de Hollande est venue les attaquer vent arrière qui étoit le N.-E., serrant la côte pour empêcher que les vaisseaux de la flotte des Rois pussent s* élever pour contester et même pour emporter le dessus du vent. En cet état , si vous examinez bien la carte et qae vous fassiez raisonner les principaux ofBciers de marine , tant
François qu'Anglois , vous trouverez peut-être que les vaiueaux de l'escadre de France étant les dei^niers de toute l'armée sous le vent et ceux de la division du sieur Du Quesne les derniers de cette escadre, il doit loi avoir été difficile, peut-être même impossible, de s'élever ni même de faire autre chose que d'attendre l'attaque des vaisseaux ennemis , sans pouvoir aller à eux ; et je vous dirai davantage que nous avons avis certain que
RUITER AVOIT DONNÉ ORDRE AUX ESCADRES DE SA FLOTTE QUI SE TROUVEROIMT OPPOSÉS A L*ESCADRB DE FrANCE DE NE LA POUVOIR ENFONCER. VoUS ne dcvei
pas mentionner cette dernière circonstance, qui est trop secrète pour étri DIVULGUÉE ; mais elle doit vous servir seulement pour vous faire connottre que vous y trouverez peut-être la justification même de Dn Quesne, en vous éclaircissant de tout ce qui s'est passé. » (Archives de la Marine, Dépêches Commerce, 25 juin 1672, fol. 196.)
L'étrange révélation! M. Colbert est un homme grave, réfléchi; il a des agents sûrs et qui ne voudraient pas le tromper ; s'il se fie à leurs informations , c*est qu'il les sait fidèles , sincères et intelligents ; s'il confie à M. de Groissy cet important secret, c'est qu'il a pesé avec le Roi , qui ne peut point ne pas les avoir connus , les termes de la confidence venus de la Haye ou d'Amsterdam. Nous devons donc croire avec lui que M. de Ruyter n'a pas voulu que M. Bankcrt enfonçât la ligne de l'escadre blanche , et même qu'il la pressât trop , se contentant de la tenir loin de lui à la portée du canon , sans laisser arriver sur elle. Mais pourquoi? Dans cette guerre leur ennemi véritable c'est la France ; ils peuvent avoir à se plaindre d'une insolence de l'Angleterre , mais ils ont bien d'autres motifs de mécontentement et de haine contre le Roi, dont l'armée conquérante est au milieu des Provinces- Unies et marche sans s'arrêter. Humiliés parterre, ils ont une revanche à prendre sur mer ; l'occasion est belle ; l'escadre française semble s'être livrée elle-même par la manœuvre de M. d'Estrées , et cette occasion , ils n'en proGtent pas ! Cela est incompréhensible. Le Lieu tenant- Amiral a donc reçu l'ordre d'agir comme il l'a fait, de combattre à distance, de ne point aborder et ne pas tirer du vent qu'il a pour lui le parti qu'il lui est facile d'en tirer. Il faut que cela soit vrai, car on ne voit pas que M. Bankert ait été réprimandé par M. Cornélis de Witt, le député des États, qui est resté pendant toute la bataille sur les Sepl-Provinces à côté de M. de Ruyter; on ne voit pas que MM. les États l'aient puni de n'avoir point profité de ses avantages. L'auteur de la Vie de Ruiter trouve toute simple l'attitude de M. Bankert et blâme celle de M. d'Ëstrées en cherchant à l'expliquer. Le duc d'York n'a pas cette indulgence, il reprend
fortement TofScier hollandais de n*avoir pas pressé vivement Tescadre blanche. Brandt, longtemps après Tannée 1672, quand il écrivit son histoire, fut-il mis au courant des causes qui avaient retenu H. Bankert, et tint-il compte, dans le jugement qu'il avait à porter sur cet officier, de circonstances qu'il ne se crut pas le droit de divulguer? On pourrait le croire.
Au reste, sur le fait des non combattants, qui divisait les Français et les Anglais, M. de Croissy rapportant à M. Colbert les termes d*uAe conférence qui eut lieu entre MM. d'Estrées, le duc de Buckingham et lui , celle où ce duc reprochait au comte d'Ëstrées de n'avoir eu de toute son escadre que dix ou douze vaisseaux qui avaient combattu , et où celui-ci et l'Ambassadeur lui répondaient que les Anglais n'avaient combattu qu'au nombre de vingt vaisseaux, ce qui, de leur aveu, était la vérité, — M. de Croissy dit au ministre :
« J'ajoutai à tout cela que je voyois bien par les récits qui m'étoient iaits que tous ceux qui n'avoient pas combatta , tant François qa'Anglois, n'avoient pas manqué de bonne volonté ni de courage, et que, s'ils ne Favoient pas témoigné, ils ponvoient avoir été retardés par les gens qu'ils aïoient à terre, par le calme, et parce que leurs vaisseaux ne sont pas si bons voiliers que les autres , et qn'il ne falloit pas douter qu*à la première occasion, ils ne donnassent des preuves de la passion qu'ils ont d'imiter l'ilhistre exemple que leur donne le frère unique du Roi. Sa Majesté et le dac d'York, qui ont les mêmes sentiments là-dessus, les ont fort approuvés, et m'ont dit qu'il n'étoit pas question de faire le procès aux deux tiers de l'armée qui n'ont pas combattu , et qu'il falloit louer an contraire tons ceux ^ ont bien fait , et animer les autres à faire encore mieux dans la première occasion. » (Bibl. Nationale, Ms., Lettres à Colbert.)
Les deux tiers de la flotte combinée n'avaient pas donné , ou du moins n'avaient été que peu engagés ; ils étaient restés sous le vent , ou avaient été inunobilisés par le calme ; vingt-six vaisseaux avaient donc pris part au combat contre l'armée de M. de Ruyter, dont toutes les divisions avaient attaqué l'ennemi. Le Terrible y vaisseau de Du Quesne, était compté, par les officiers anglais et par les officiers français des escadres de M. d'Ëstrées et de M. de Rabesnières, au nombre de ceux qui n'avaient point approché du feu , M. de Croissy Favait cm; sa visite à bord du Terrible le détrompa. Nous avons de cette visite un témoignage de visu; il a trop d'importance pour que noua ne le produisions pas dans l'intérêt d'un honune bien malmené par M. d'Ëstrées. M. Simon de Pas, chevalier de Feuquières, fils du
\jk ->.i. Jb.
marquis isaac de Fcuquièrcs ', faisait avec son fri^re Henri- la campa<[nc , Lous deux volontaires sur le vaisseau de Du Quesoe ; il écrivait à son pare, le 9 (î) juin 1672 :
uJe lui donnai » (au courrier de M. de Pomponne) - nue lettre pour H. de Pomponne où je lui mandois an net la manière dont non» avions combaltn , qu'on disoit n'être pas à l'honneur de l'escadre de M. Du Qucsne, pour laquelle je prends un peu d'intcrât, étant dans «on vaisspan , et y ^lant avec aillant d'a<p-énienl que j'y sua. On ne peut pas au monde traiter les yens plus bonnâlemenl qu'il nous traite. i> (l'oicî une bonne note pour le caractère et la libéralité de Du Quesne.) u EnGn, si j'avois à ir sur mer, j'aimcrois mien» être sous lui qne dans un autre vaisseau. Je ne souhaite ponrtant pas de servir sur mer, y étant lonjonrs malade.
n Je mandois donc à M. de Pomponne que c'éluil avec injustice qu'on disoit que M. Du Quesne n'avait pas fait son devoir, ayant aussi bien fait qu'on pouvait faire, et ayant i^té aussi prés des ennemis que les autres. ~ ~ j étions dei eoquim<fai n'avions pas eu un coup dans noire bord;
cependant il s'est Irouvd que nous en avions av moins cinquante ou soiranlf. Il n'a tenu qu'à M. d'Eslriies que nous en eussions davantage, ayant abandonné les An^lois aussi vilainement que oons fîmes. (Le chevalier est manireatement ici l'écho des plaintc^s de Du Quesne et des olBciers du Terrible contre le commandant do l'escadre blanche.) Cependant ils (les .anglais) sonlconlentsdenous, parce que, par un bonheur extrême , nous lew * retiré de diuui les bras l'eicadre de Xélande, qu'ils appréhendaient plus que le» autres*.
K M. l'Ambassadeur a élé longtemps ici. L'on n'a jamais vu nn homme si outre contre nous autres prétendue coquins ; il s'en est pourtant retourné fort satiefait de noua , après avoir entendu nos rai.sons. Cela a fait de grandes divisions dans l'armée et de <|rands ennemis au comte d'Estrées, qui pourtant est venu dans noire bord dire qu'il n'aroit jamais parlt de cela, et qu'il était tout prtt à olltr dans tous les autres vaisseaux dire la même eboie.Jiéanliuo'uie, il soulTre que. devant lui, certains voloufaires cl officiers parlent, ce qui est fort vilain à lui... Pourvu que nous nous bat-
■ Iiaïc de Pu Diquil pTDlulant, lo 10 mii IGltl, de Hinsusès de Pu, licur de Fcuquièrei, cl d'Anne Arnisnde, u remme. Il fol baplisri lo 13 mii, bu lempla de Chareolon. Henri cl Simon de Feuqniirca éraicnt bcïui-rrârva du la belle Calhcriae, fille du peinlre Pierre Mignard'pl femEnc de JdIoi de Pas de Feuquièrei. (Voir noir» Diaioimairc critijiie ài biographii ri iThitrûIrt, ptge 575.)
S DiDi une ticonde lellri! (13 lepLembre), le cbecilier dil : • M. Du Qneine ■ corpmeacé d'écrire à la Coqr pour n juitificilioo. L'on devruil pnnir Iris-Hgnurcuaernenl ceai qui odI vobIb déchirer la répalaliox, el je auii penuadé que, quauJ on aaura rsITiire comme elle l'eil paiiée, on lui lers oblige de n Dinnieuire. Uaîa, par bonheur, il n'j a que lea Ignonnla qui Irempenl 11-dedini ; c'eti ce que j'ai Furl bien dit cbea U. la Vice-Aninl. Il > (Du Quaine] > m'a montra quelqnea-nnei de au hUrM..., • .,
tions encore une bonne fois, je n'aurai pas regret de n'avoir pas servi sur terre , car c'est la plus belle chose du monde que de voir l'ordre d'un combat naval... Le chevalier de FEUQUiàRBS. » (Lettres inédites des Fcuquières ; Paris, in-8s 1845, t. 2, p. 56. Édition de M. Etienne Galois.)
Des documeiits que nous avons connus et desquels nous avons extrait les parties les plus intéressantes quant à ce qui touche Tescadre française, que conclure? 1^ Que M. d^Ëstrées au lieu de faire le Nord comme il en avait Tordre du duc d'York , prit la bordée du Sud, aussitôt qu'il vit venir à lui Tescadre de Zélande que lui amenait le vent de N.-E. ; 2" que le Lieutenant-Amiral Bankert ne le pressa pas beaucoup , le canonna à distance , ne voulut pas Taborder et le maintint toujours sous le vent, Tempéchant de s'y élever ; 3* que Du Quesne , longtemps afiTalé près de la côte , ne put faire effort pour revirer au Nord ; 4^ que , plus tard , il parvint à se rapprocher et combattit d'assez près pour que son vaisseau reçût plus de cinquante boulets; 5^ que personnellement, M. d'Ëstrées, porté plus au vent , eut une belle' conduite dont tout le monde témoigna , Anglais et Français , dans l'enquête faite par M. de Croissy; 6"" et enfin que si l'escadre française eut un rôle qui donna matière à de sévères critiques, ce fut à la manœuvre faite par son général qu'elle le dut et non à un ordre émané de Louis XIV , et encore moins à un accord entre M. Michel de Ruyter et la Cour de Saint-Germain.
« Je commence à craindre qu'on ait eu raison de me dire que le » sieur Du Quesne, — qui n'a pas voulu aller voir M. le Vice-Ami- D rai , — ne cherche des sujets de plaintes contre M. le comte d'Ës- » trées , pour rendre suspect le rapport véritable qu'il aura pu faire » de ce qui s'est passé. Enfin, le premier » (M. le Vice-Amiral) « a 1) les louanges de toute l'armée et l'autre le blâme, en sorte que, lors- » qu'il auroit fait ce qu'il doit il a toujours le malheur d'être décrié. i)
M. de Croissy écrivait ceci à M. Colbert, deux jours avant d'être allé à bord du Terrible, avant d'avoir vu les choses de près et de s'être entretenu longuement avec Du Quesne, qui l'étonna fort en lui montrant l'ordre de « retenir les capitaines de son escadre » , ordre qui suffisait à la justification du pauvre Lieutenant général et n'imposa pas silence aux partisans de M. le comte d'Ëstrées, acharnés contre le
commandant de la première division de lescadre blanche. 11 semble qne la démarche de M. le Vice-Amiral , sa visite au Terrible^ où il affirma n'avoir rien dit qui pût faire croire que Du Quesne avait faibli» aurait dû apaiser les esprits et imposer silence aux cabaleurs; il n'en fut rien. Du Quesne resta sous le coup des malveillants propos de ses ennemis. Il se sentait profondément atteint et chercha da reconfort auprès du Ministre qui lui voulait du bien. 11 désirait voir M. Colbert et le Roi lui-même pour présenter sa défense. Il écrivit dans ce sens , le 20 septembre , au premier, qui lui répondit le 19 ée^ tobre 1672 :
u Vous devez être persuadé que nous avons affaire à un inattre trop clairvoyant pour ne pas connoître la vérité de tout ce qui s* est passé peu* dant cette campagne et à démêler le vrai du faux*. Cependant Sa Majesté m'a ordonné de vous faire savoir qu'il est du bien de son service que vous demeuriez à présent à Brest pour faire désarmer tous les vaisseaux en votre présence».. A l'égard du congé que vous demandez pour venir ici, la raison des mauvais offices cessant ainsi que je tiens de vous le dire, le service de Sa Majesté veut que vous demeuriez à Brest. » (Loais XIV von* lait certainement entendre M. d'Estrées avant de recevoir Du Quesne.) a Mais , si vous persistez , Sa Majesté pourra vous l'accorder, anssitdt qu'Elle estimera que son service pourra souffrir votre absence. Cependant Sa Majesté m'ordonne de vous dire qu'Elle veut qne vous continuyez de contribuer de tout ce qui pourra dépendre de vous pour maintenir une bonne intelligence entre les chefs et tous les officiers qui composent sa Marine, » (Arch. de la Marine, Dépêches, 1672, t. 2, fol. 610.)
Le 15 octobre, Du Quesne écrivit à M. de Seignelay pour le supplier de lui tt procurer son congé pour aller en Cour et... être dégagé » des faux bruits conçus par les relations dont M. le comte d'Estrées " s'est servi pour attaquer sa réputation... Monseigneur, croyez que » je ne puis prendre de repos que la chose ne soit faite. »
Quinze jours après, il dit à M. Colbert : ^
a Vous sçavez pourquoi j'ai demandé avec tant d'instance congé d'aller en Cour; procurez-m'en, s'il vous plaît, la décision et ne m'abandonnez pas, Monseigneur, dans ce bourbier oiê l'artifice de V ennemi de mon honneur m'a jeté pour avoir mieux servi que lui, qui , par l'autorité de son rang, a diffamé ma conduite par ses relations en abusant de l'insolence avec laquelle j'ai agi avec lui » (en n'allant pas lui rendre la visite qu'il lui devait)
^ Il est asseï curieux de trouver bous la plume de M. Colbert comme une réminiscence des fameux vers de Molière :
Nou vÎTODS sous on prince ennemi de la fraude.... (Le Tartuffe.)
.^...ftAMMBMn^iM...
« jasqnes à ce qu'il ait donné des marques publiques de la continuation de sa perâdie. » (Arch. de la Marine.)
Ceci est violent; mais on conçoit la douleur et la rage de rhorame qui se sent déshonoré, croit avoir agi pour le mieux, ne se reproche rien et qu'on accable. On ne lui répond pas de la Cour. Il est évident qn*on ne veut pas le voir à Paris. On veut lui laisser le temps de se calmer, et à lenquéte que fait le Roi celui de se compléter.
M. d'E«trées prépare en novembre un Mémoire pour le Roi ; il se plamdra de Du Quesne; il avertit M. Golbert de Fenvoi de cette pièce. — Nous ne Tavons pas découverte. — Le Ministre , dans un billet, répond au Vice-Amiral : u Aussitôt que vous m*aurez envoyé T) les méiïioires des plaintes que vous faites contre M. Du Quesne, Ti je ne manqueray pas d*en faire le rapport au Roi , ainsi que je le n dois. » C*est sec, et M. d'Ëstrées aurait dû comprendre que, par sa persistance dans ses accusations contre Du Quesne, il faisait mal sa cour à M. Colbert. Les mémoires arrivent à Saint-Germain, et le Ministre, dans sa justice trouve qu'il est loyal d'appeler le Lieutenant général pour l'entendre dans sa défense. M. Colbert peut s^attendre à quelque emportement , mais il sait qu'il parviendra à calmer Du Quesne, qui , devant le Roi , saura se contenir et n'éclatera que dans le cabinet du Secrétaire d'Etat. Le Roi écrit donc à Du Quesne, qui est à Brest , remi^ à peine d'une indisposition qu'il a eue dès les premiers jours de janvier 1673 : .
n Monsieur D(l Quesne , sor la demande que vous m'avez ci-devant faite de vous donner congé pour vacqaer à vos affaires particulières, je vous fais cette lettre pour vous dire que vous pouvez partir de Brest sans diflficalté, priant Dieu, etc. Écrit à Saint-Germain en Laye, le 20« janvier 1G73. » (Arch. de la Marine, Ordres du Roi, 1673, fol. 15.)
Que fit à Paris et à Saint-Germain le Lieutenant général en congé? Nous n'avons aucune information sur le fait de ses affaires particulières, et quant à ses relations avec M. Colbert ou avec Louis XIV, aucun document officiel ne nous permet d'en parler. La seule chose que nous sachions, c'est que M. le comte d'Estrées l'emporta sur Du Quesne dans cette lutte que les événements avaient engagée entre eux. Pour S2i défense, Du Quesne n'avait que son droit et la conscience d'avoir fait tout ce qu'humainement il avait pu faire ; mais contre lui était ce décri public dont avait parlé M. de Croissy et qui avait fait une impression assez vive sur l'esprit de M. Colbert pour que le Ministre, tout en le défendant peut-être, en conservât contre
90 ABRAHAlf DU QUESNE. 1678
lui une prévention fâcheuse. On verra cette prévention se montrer, en 1676, dans une lettre fort curieuse que nous rapporterons. '
Qui était l'adversaire de Du Quesne? Un homme avec lequel il était en froid depuis deux années; un général qui avait à se reprocher une grande faute , dont il s'excusait fort mal d'ailleurs ' et dont il faisait peser les conséquences sur le commandant de son avantgarde ; un grand seigneur qui avait pour lui son nom , ses relations avec le, plus beau monde , une charge considérable, et, il faut ajouter, la réputation de bravoure qu'il s'était acquise dans le combal du 7 juin. Les choses en étaient venues à ce point que Du Quesne ne devait plus servir sous M. d'Ëstrées, ou que M. d'Estrées devait quitter le commandement de l'armée navale. Ne plus commander, était-ce possible? M. le Vice- Amiral ne descendrait de son vaisseau qu'après s'être démis de sa charge, et quelle apparence qu'il 8*en démît? M. Colbert, pas plus que le Roi, ne l'aurait voulu. Il fallait donc sacrifier Du Quesne; on le sacrifia. 11 fut résolu que Du Quesne n'aurait pas de commandement dans la prochaine campagne sous
^ M. le comte d'Estrées trouva des défenseurs ; il eut un parti contre Du Quesne, qui, de son côté, ne fut point sans partisans, nous Tavons dit. M. Philippe iM Valois (et non ht Valois , ainsi que l'a nommé M. Ilonmerqué , d'après d'Horier, dans les Méwwiret du nuirquië di VilUue, qu'il publia en 1844), M. Philippe de Valois, marquis de Villette, entré dans la marine le 12 mars 1672, avec une commission de capitaine de vaisseau, était, au combat du 7 juin 1672, capitaine en second du vaisseau le Fort, commandé par M. de Blénac. Dans ses Mémoires, il raconte le combat et dit : • Quelques Anglois, et même quelques François mal intentionnés, accusèrent le comte d'Estrées d'avoir fait une faute en se donnant la liberté de ne pas suivre l'Amiral et de prendre ses amures à l'autre bord; mais, supposé que ce fût wu/omU heureuse, il n'est pas besoin de prendre sa défense, puisque le Roy d'Angleterre, qui nous vint voir deux jours après dans la Tamise, luy donna des louanges, en publiant que le parti judicieux que le comte d'Estrées avoit pris avoit partagé l'armée hoUandoise et donné moyen aux Anglois de s'élever de la côte où ils étoient affalés... > Plus loin, à propos de la campagne de 1673, M. de Villette écrit : • Il (Golbert) dit en particulier à MM. de Grancey et de Blénac que le Roi attendoil d'eux quelque chose d'audacieux et de téméraire. C'étoit une faute à ce Ministre que d'engager par là ces deux hommes à entreprendre de leur chef quelque chose qui pût renverser le bon ordre, d'où dépend uniquement le gain des batailles. • Ici M. de Villette a raison et condamne M. d'Estrées, qui • renverse le bon ordre • en entreprenant de faire une chose contraire aux instructions du dnc d'York. M. de Villette, sorti de larmée de terre comme M. d'Estrées, lui était dévoué; en le défendant, il acquittait d'ailleurs une dette; le comte d'Estrées l'avait choisi, à la 6n de la campagne, pour en aller rendre compte au Roi. (Mémoires, p. 11.) C'était une faveur Irès-ambilionnée; elle mettait en lumière l'officier qui la remplissait, en lui assurant une longue audience du souverain , tout naturellement porté à regarder comme un homme distingué par ses services le messager porteur d'une grande nouvelle.
M. le comte d'Estrées. On songea à le remplacer par le marquis de Martel, qu'on appela de la Méditerranée où il commandait une escadre contre les Barbaresques. Mais il se pouvait que le marquis n'arrivât pas à temps, et en effet, il n'arriva que pour le second combat; on pourvut donc à son défaut par deux promotions. Du Quesne ne put point s'illusionner sur ce qui lui était réservé, sachant qu'on avait envoyé Tordre de revenir à M. de Martel et ayant vu faire deux officiers généraux depuis le joux du combat. Devait-il croire qu'on les eût nommés pour les laisser inactifs? M. des Ardents, dans la campagne de Guinée , avait partagé les résistances de Du Quesne et par là mécontenté M. d'Estrées; mais vieil officier, plein d'expérience, il s'était acquis l'estime des Anglais et des Français dans le combat du 7 juin, où il avait perdu une jambe; le Roi avait créé pour lui une quatrième place de Chef d'escadre, et, le 12 septembre 1672, avait signé sa commission de Chef d'escadre de Guyenne *. Il était naturellement destiné à remplacer dans l'armée Du Quesne qu'on en éloignait. M. de Rabesnières-Treslebois, mort de sa blessure, laissant vacante la charge de Chef d'escadre de Poitou et de Saintonge; on lui avait donné, le 12 septembre, pour successeur le marquis de Grancey. Celui-ci n'avait que dix mois de services , mais il avait de l'entrain , de l'ambition , une bonne note pour sa conduite dans l'affaire du 7, pour protecteurs une famille puissante et M. Colbert, qui, l'ayant retenu au service de la marine, lui voulait donner une compensation à la perte de la commission de Brigadier des armées du Roi qu'il allait avoir en 1669. M. de Grancey était destiné à tenir dans la flotte du Roi, pour la campagne de 1673, la place du Chef d'escadre qu'il remplaçait sur le cadre des officiers généraux de la marine.
Faisons quelques pas en arrière.
Après le combat du 7 juin, plusieurs des vaisseaux français étaient entrés dans les ports d'Angleterre pour se réparer, ou du moins pour procéder aux réparations les plus urgentes. Le Roi d'Angleterre désirait que toute l'escadre de M. d'Estrées passât l'hiver en Angleterre; M. de Croissy s'y opposa vivement, prétextant que les réparations à faire à tous les navires fatigués par la campagne ou mutilés par la bataille seraient beaucoup plus chèrement payées en Angleterre qu'en France. La vérité est qu'il y avait dans son refus une
1 II n'y avait en ce moment que trois commiffions de Chef d'escadre : Provence, Poitou et Saintonge, et Normandie.
92 ABRAHAM DU QUESNE. 167t
certaine défiance contre les Anglais. Louis XIV donna, le l"* septembre , ordre aux vaisseaux de revenir et d*aller désarmer chacun dans son port. Le départ n'eut lieu que le 28 septembre. Le Roi Charles II ne laissa point partir M. le comte d'Estrées sans lui témoigner de nouveau « la satisfaction qu'il n avait « de sa bonne con- » duite, qui a contenté tous les Anglois au delà de tout ce que je puis n vous en écrire n , disait M. de Croissy'à M. Colbert, dans une lettre du 26 septembre 1672, oit il annonçait que le Roi d'Angleterre tt avoit envoyé, ce jour même, par le maître des cérémonies, un Ti présent magnifique n à M. le Vice- Amiral. Si Charles II et tous tes Anglais avaiei^t été mécontents de la conduite tenue par Tescadre française, le Roi aurait-il fait un magnifique présent à M. d'Estrées? Qui l'obligeait à une telle politesse? Si un certain nombre de vaisseaux français avaient peu donné, vingt vaisseaux anglais étaient dans le même cas , et l'on n'avait rien à se reprocher ; c'était au moins ce que croyait le Roi d'Angleterre , cela ne nous parait pas douteux. Pour nous, M. d'Estrées fut coupable de n'avoir pas obéi à M. le dac d'York , mais le duc ne lui en fit pas un reproche , et il reconnut que la désobéissance ne tourna pas au détriment de la journée , qu'elle fut même heureuse , puisqu'elle fut cause que l'escadre de Zélande n'aborda pas le gros de l'armée alliée. Si le duc d'York avait supposé une mollesse volontaire, il l'aurait certainement déclaré; il constata une mauvaise manœuvre, et l'excusa chez un général qui n'avait aucune expérience des grandes batailles navales et avait cru pouvoir agir . d'après ses propres inspirations , officier présomptueux mais loyal auxiliaire.
Quelques jours après la rentrée dans la Tamise de la flotte combinée, madame Catherine de Bragance, l'intéressante Reine d'Angleterre, avait exprimé le désir de visiter les vaisseaux des nations alliées pour porter ses félicitations aux généraux des deux pays et remercier leurs équipages; ce fut le mardi 28 juin qu'elle mit son dessein à exécution. Sa Majesté, accompagnée du Roi et suivie d'une Cour de grandes dames et de nobles seigneurs , se rendit au Vaisseau Amiral où la reçut le duc d'York. Au moment où elle montait à bord, le pavillon de l'Amiral fut amené, et au grand mât fut hissé l'étendard royal. Tous les vaisseaux pavillons halèrent bas les marques de leur commandement, et au même moment le duc d'York fit arborer à la tête du mât de misaine du Prince son pavillon descendu des hauteurs du grand mât. Ce pavillon était rouge et portait.^
centre une ancre blanche. Du Prince, la Reine alla au Londres, qui avait porté le pavillon de Vice-Amiral de Tescadre rouge ; sir Edouard Spragge lui fît les honneurs de son navire , que quitta la princesse pour se rendre au Souverain, Vaisseau Amiral de Tescadre bleue, monté par le chevalier John Jordan. Quand elle eut examiné tout dans ce grand navire , elle se rembarqua et se fit conduire au Saint- Philippe. M. d'Ëstrées lui avait ménagé une brillante réception. Le Roi Charles ayant prié le Général français de ne point saluer du canon, Téquipage salua de la voix, et « les trompettes, les haut- » bois et les violons du Vice-Amiral de France » jouèrent pour fêter la bienvenue de la Souveraine. Une collation était prête. On servit deux tables. A celle de Leurs Majestés prirent place le duc d'York, M. d'Estrées à côté de la Reine, la duchesse de Buckingham, la duchesse de Richemont , la comtesse de Suffolk et sa fille , madame d*Arlington et madame de Falmouth; à Tautre table s'assirent les filles d'honneur de la Reine et les personnes distinguées que Leurs Majestés avaient désignées pour les accompagner, et parmi elles — ce qui était tout naturel — M. l'Ambassadeur de Portugal. M. de Croissy ne fut point du repas; il était retourné à Londres, accompagnant madame Colbert , sa fenune , que la mer assez grosse et le vent très-fort avaient incommodée. Pendant tout le repas, les violons, les hautbois et les trompettes firent leur jeu, ainsi qu'au moment où toute la Cour quitta le vaisseau français, dont les saints à la voix recommencèrent de plus belle. Du Saint-Philippe Leurs Majestés se rendirent à leur yacht, qui les conduisit à Sheemess. La Reine avait désiré visiter la Royale-Catherine, vaisseau qui portait son nom , et qui, pris par les Hollandais pendant l'action du 7, avait été repris par son équipage. Le commandement de ce navire avait été u donné n depuis quelques jours à un jeune homme de grande qualité et fort » riche nommé le mylord Mogrof (sic). » (D'après la Relation envoyée à la Cour par M. d'Estrées, dans une lettre du 3 juillet 1672; Arch. de la Marine.)
Dès le 20 juin , on savait que le duc d'York s'était démis du commandement de la flotte, le parti contraire à l'alliance de l'Angleterre avec la France ayant triomphé dans les conseils du Roi Charles. M. de Croissy annonçait cette nouvelle à son frère :
« M. Je prince Rupert est à présent Vice-Amiral d'Angleterre, et M. Spragge sera le reste de la campagne Amiral de l'escadre bleue, ce qui aaridbiitë do service M. Holmes, qui a demandé et obtenu son congé;
ASR.4H.1M UU QUKSNI!. Il
le Roi son niallre lui a parle nvec tant de témoignagea
mais, ilepi
bienveillance qu'il paroit résolu h achi
Viai , ou ne peul assez louer sa valeur.
i'ainpa<|ne ; el , (âOjuiu 16'72.)
Le duc d'Vork ne quitta cependant pas tout de suile son commandemenl; peut-être seulemcot voulut-il nssister au dépnrl de l'escadre friinraise; quoi qu'il en soit, il Était sur le Vaisseau Amiral le S8 septembre, et, ce jour-là, u il quitta l'armée (gui étoit sous n voile; on le salua comme on auroit salué l'Amiral de France, " selon les conventions faites , et la séparation des flottes eut lieu n . [Arcb. de la ï^irine. Campagnes.)
Sir Edouard Spraggc eut ordre d'aller avec vingt vaisseaux du cûté d'Vormouth pour assurer aux Français et ans Anglais la pèche du hareng et en exclure les Hollandais. V.n même temps, M. Panelié, sur l'Heureux, et M. Bitant de Bléor, sur X'Akijon, armaient pour aller assurer la même pèche aux Français.
Le Roi , pour ajouter à la récompense qu'il avait donnée à M. des Ardents — une commission de Chef d'escadre, — lui accordait une gratilication de quatre mille écus. Il faisait remettre en Angleterre sii mille écus pour être donnés à M. du Magnou (14 septembre 1G72).
En septembre, on armait à Brest le Bon, le Tourbillon et le Dragon, dont on donnait le commandement à M. de Valbelle, qui avait quitté le Brave, vieux vaisseau fatigue qu'on radoubait. Cette petite escadre était destinée à une croisière du cap Finistère au Détroit. M. de Château-Renault, qui était, avec sis vaisseanx, dans la Tamise, le I" septembre, et dont l'éloigncmcnt de Cadix avait alarmé trèsfort les intérêts dos négociants de Saint-Malo, eut du Roi d'Angleterre la permission de retourner au Détroit. (Croissy, 15 septembre.)
M. le marquis d'Amfreville , commandant le Prince, eut ordre, le 14 octobre, de se rendre avec le Sage, capitaine, Jean Gabarel, et VAij/uihn, capitaine, M. d'Hailly, à Cadix, pour aider les marchands en attendant l'arrivée de M. de ChSteau-RcDaaU , sous les ordres de qui il se rangerait.
Le 26 juillet I()72, ou avait désigné pour les îles d'Amérique VEcueil, commandé par M. Danda, et le Belliqueux, que monterait M. du Mé d'Aplemont. M. de Tcrron pas.^a la revue de ces deux vaisseaux; il fut mal satisfait duffW/if u«ux, et, à propos de M. d'Aplemont, écrivit le 24 août à M. Colbert : ^> Si cet homme-là avoit de " l'esprit, ii serotl bon procureur; mais pour homme de guerre, il " ne t'est point assurément. -' Du Quesnc l'estimait cependant; mais
il était ergoteur apparemment, et M. de Terron aimait peu les gens qui avaient ce défaut. C^est ce qui lui rendait Du Quesne si désagréable.
= Avant d'entreprendre le récit de la campagne de 1673 et de discuter les opinions des historiens défavorables à Louis XIV, qui ont renouvelé, à propos du combat du 21 août, Faccusation de déloyauté portée contre le Roi au sujet de la bataille du 7 juin 1672, disons quels fonds furent faits pour la marine et les galères dans le projet des dépenses de FEtat pour cette année 1673. Les Carnets de Louis XIV (Bibl. Nat., Ms.) portent que la marine à voiles fut dotée de 7,500,000 livres, ou plus de 15 millions de nos francs, et qu'on accorda aux galères 1,500,000 livres, ou plus de 3 millions de francs. La dépense dépassa les prévisions de trois millions quatre cent soixante-deux mille cent trente livres , ou plus de sept millions de francs.
Le 1 1 janvier 1 673 , le Roi faisait savoir à son Ambassadeur en Angleterre qu'on se hâtait dans les ports u pour mettre en mer ses » vaisseaux dès la fin de mars , aGn de les faire passer à Portsmouth 1) du 1"' au 15 avril » . Sa Majesté désirait » que, pour éviter ce qui n avait pensé arriver, la campagne précédente , par la diligence de ^) M. de Ruyter, qui ne manqua que de six heures pour trouver partie •n Tannée d'Angleterre aux Dunes , le Roi de la Grande-Bretagne n permit qu^on prît des mesures pour assembler le plus grand nombre « de ses vaisseaux à Portsmouth dans le cours du mois d'avril au Ti plus tard. Elle voulait qu'on pressât son allié de tenir à la mer un » plus grand nombre de frégates qu'il n'avoit fait en 1 672, et d'en don- ^ ner le commandement à des capitaines plus soigneux de bien recon- » naître l'ennemi et d'en donner des nouvelles. Il fautn , disait-elle à M. de Croissy, u fixer les rendez-vous à l'île de Wight, sans entrer » dans Portsmouth qu'en cas de nécessité. Il faut aussi insister pour V que l'armée angloise soit pourvue de vivres pour plus de temps -n qu'elle n'en avoit l'année dernière , afin qu'elle ne soit pas obligée r) de s'approcher des terres, i? (Archives de la Marine, Campagnes.) Il fut changé peu de chose aux dispositions qu'on avait cru devoir recommander aux Anglais. Dans une conférence qui eut lieu à Paris, le 27 février, entre M. Colbert, M. de Seignelay, le comte Robert Spencer de Sunderland , Ambassadeur d'Angleterre en France , et sir Edouard Spragge, Commissaire du Roi Charles II, il fut convenu que les vaisseaux des deux souverains alliés se mettraient en mer
le 5 juin 1673. Le lieu de leur rendez-vous fut la rade de Sainte- Hélène (île de Wight). La France devait assemblera Gamaret son escadre, composée de u trente vaisseaux de tous rangs, dix brûlots et » un certain nombre de frégates légères, caiches et navires de charge.» L'armée anglaise, forte de cinquante vaisseaux, vingt- quatre brûlots, et de frégates et autres bâtiments légers, devait partir de la rade des Dunes le 5 juin pour aller au rendez-vous assigné. Quant aux vivrez dont on devait s^approvisionner et à la garde à faire par les petites frégates anglaises pour éviter les surprises , ce que proposaient les commissaires français fut accepté par les deux nobles Anglais. Le 13 mars 1673, le Roi faisait écrire à MM. de Seuil et de Terron :
u ... Ayant pris résolution d'augmenter le nombre des Chefs d'escadre de mes armées navales et de conserver les deux n (charges) « qui restent à remplir, pour en pourvoir ceux de tous les capitaines commandant mes vaisseaux pendant la campagne prochaine ^t feront les plus belles aeiUms, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous fassiez savoir à ceux qui arment à Brest » (et à Rochefort) « que dans toute la distribution des charges de la marine et des grâces que je ferai à ceux qui y serviront, je ne considérerai que les plus belles actions qui seront faites pour le bien de m9n service et la gloire de mes armes..., » (Arcfa. de la Marine, Ordres du Roy, 1673, folio 73.)
C'était un grand encouragement pour tous ceux qui aspiraient à la cornette. 11 est bien évident que le Roi voulait non point ménager son escadre, ainsi qu'on Ta prétendu, mais au contraire en pousser les capitaines à faire, des merveilles et à acquérir des grâces en se montrait intrépides et audacieux jusqu'à la témérité. Nous avons vu (p. 90) ce que pensait de cela M. de Villette.
M. d'Estrées, avec vingt-sept vaisseaux seulement, M. le marquis de Martel n'étant point encore arrivé en France, fit voile de Camaret le 12 mai 1673. Contrariée par les vents, l'escadre mouilla cependant le 16 à Dartmouth, ayant passé devant Plymouth, qui avait salué du canon le pavillon de France. Le gouverneur de Plymouth avait envoyé prévenir M. le Vice-Amiral que la flotte hollandaise avait déjà paru sur les côtes d'Angleterre au nombre de soixante-dix voiles. (Lettre de M. d'Ëstrées à M. Colbert, devant Dartmouth, 17 mai 1673.) Le 25 mai, le comte d'Ëstrées annonça à M. Colbert que le prince Rupert lui avait fait savoir qu'il avait changé l'ordre de bataille adopté en 1672 ; qu'il prendrait avec une de ses escadres le poste de l'avant-garde , et qu'il destinait à l'escadre française
le poste occupé la campagne précédente par M. le duc d*York; qu ainsi elle serait corps de bataille. M. d'Estrées répondit à la communication du Prince qu'il tiendrait a exactement le poste qu il lui « donneroit, pourvu que ce fût le second ^ , c'est-à-dire pourvu que H. le comte d*Ossery, nommé Contre-Amiral de Tescadre bleue, ne le primât point dans le conseil. L'escadre française, que les vents avaient retardée , se joignit à Farmée anglaise le 26 mai au matin . Le lendemain, samedi 27, le Roi d'Angleterre passa toute la journée à bord du vaisseau la Reine ^ sur lequel M. d'Estrées avait son pavillon. Charles II n'avait point annoncé sa visite; il surprit donc le Vice- Amiral de France, qui le pria de dîner à son bord, ainsi que M. le doc d'York , dont Sa Majesté s'était fait accompagner. Les augustes visiteurs virent en détail notre Vaisseau Amiral, en louèrent a la n propreté et le bon ordre n , le trouvèrent magnifique, et firent compliment à M. d'Estrées de la beauté de son escadre. Le Roi ne voulut aucun salut du canon « et l'on se contenta d'arborer au grand mât l'étendard royal, qu'on salua de la voix. Le prince Rupert, qui fut un des convives de M. d'Estrées, décida avec le Roi, le duc ^*York et le commandant du futur corps de bataille, qu'on attendrait le vent favorable pour aller chercher l'ennemi, une navigation bord ■sar bord ne pouvant être que défavorable par le nombre des abordages qui ne manqueraient guère d'avoir lieu dans un espace aussi étroit que l'était celui qui séparait la côte d'Angleterre des bancs, gardiens avancés des côtes de la Zélande. (HM. de Croissy et d'Estrées à M. Colbert, 28 mai.)
Pourquoi le prince Rupert avait-il attribué aux Français le poste 4>rdinairement occupé par le chef d'une armée navale? On a voulu voir là une preuve de défiance de la part des Anglais , unie sorte de I^ession exercée sur l'escadre de France pour la contraindre à prendre une large part aux futurs combats, ou une concession faite à certains membres du Parlement britannique, qui avaient reproché aux Ministres de permettre aux Français de « s'amuser à regarder les Anglais y* s'exterminer à leur profit n . Nous ne savons quelles considéralions déterminèrent l'Amiral anglais; mais tout ce que nous voyons, c'est qu'il donnait la place d'honneur à ceux qui , Tannée dernière , n'avaient pas été heureux à l'avant-garde ; place d'honneur, disonsnous ; car, ainsi que le pressentait M. de Croissy, postée là, a appan remment l'escadre aura à soutenir le plus rude choc des ennemis » .
(Lettre datée de Londres, !•' juin 1673.)