II
Voici quel était Tordre de bataille adopté par les généraux de Tarmée alliée :
Arri&rb-oardb. l'* division : Diamond, Unicorn, Ruby, Monk, SaintrAndrew (Vaisseau Vice-Amiral), Plymouth, Faulco», Mary, Bonaventure. — 2* division : Dreadnought, Saint^ George, Antilap, Henrietta, Prince (Vaisseau Amiral de Tescadre bleue, monté par Sir Edouard Spragge), Cambridge, Advice, Savereign, Dunkerke. — 3* division : Hampshire, York, Swepslakes, SwiJUure, Samt^Michel (Vaisseau Contre-Amiral de la bleue, monté par le comte d^Ossery), Greenwich, Forester, Rainbow, Sinaltoro,
Corps de bataille. 3* division : Le Bon, 52 canons : capitaine, M. de Cou; le Bourbon, 50 canons : capitaine, M. de La Vigerie- Treslebois; le Maure, 50 canons : capitaine, le marquis d'Amfireville ; le Fortuné, 60 canons : capitaine, le comte de Blénac ; YOrgueûleux (Vaisseau Vice- Amiral de Tescadre blanche, monté par le marquis de Grancey, Chef d'escadre); capitaine en second, M. de Belle-Ile-Ërard ; ï Illustre, 70 canons;: capitaine, H. deBeaulieu; le Duc, 50 canons : capitaine, M. de Flacourt ; le Grand, 70 canons : capitaine, M. Forant ; second, le chevalier de Verdilles. — 2* division : V Excellent, 60 canons : capitaine, M. du Magnou, guéri de sa blessure ; V Apollon, 50 canons : capitaine , le marquis de Langeron ; Y Invincible, 70 canons : capitaine, M. d'Estivallc ; le Tonnant, 64 canons : capitaine, le marquis de Preuilly-d'Humières ; la Reime (Vaisseau Amiral de la blanche, monté par M. d'Ëstrées, ayant pour premier capitaine Tancien capitaine de YEole, M. de Cogolin); le Foudroyant, 70 canons : capitaine,. M. Jean' Cabaret ; le Glorieux, 64 canons ; capitaine, le chevalier de Valbelle ; le Fier, 58 canons : capitaine, le chevalier d'Hailly; le Vaillant, 52 canons : capitaine, le comte de Sourdis. — 1'* division : le Précieux, 50 canons : capitaine, M. Panetié; le Sans^Pareil, 64 canons : capitaine, le chevalier de Tourville ; le Conquérant, 56 canons : capitaine, M. de Thivas; Y Aquilon, 50 canons : capitaine,. M. Louis Cabaret (le cadet); le Terrible, 70 canons (Vaisseau Contre-Amiral, monté par M. des Ardents, Chef d*escadre) ; le Prince, 50 canons : capitaine, M. de Villeneuve-Fcrrières ; le Téméraire, 52 canons : capitaine, M. Saint- Aubin dlnfreville; le Sage, 50 canons : capitaine, M. de La Barre; YOriJlamme, 50 canons : capitaine, le chevalier de Bélhune.
Avant-garde. 3* division : Mary-Rose, Victory, Assurance, Fairfax, Charles, Monmouth, Xewcastle, Reoenge, Varmouth. — 2* division :
Royal^Catherine, Glocesier^ Henry, Croum, Edgar, Royal-Charles (Amiral de Tescadre rouge et de Tarmée alliée , monté par le prince Rupert); Rupert, Princess, Lion, — l'* division : Constant, IVarivick, Amut, French'Ruby, Résolution, London, Wanpite, Happy-Retum, Trimt^h, Stavem.
Le 3 juin, par un vent fort, et défavorable aux projets du prince Rupert y la flotte combinée mouilla en dehors (à TOuest) des bancs d'Oàtende et découvrit , à Tancre , Tarmée hollandaise aux ordres de M. Michel de Ruyter. On ne pouvait pas Taller attaquer , les bancs la défendaient trop bien ; d'ailleurs elle avait l'avantage du vent. On était contraint d'attendre > on attendit. Le conseil de guerre décida qu'un détachement de trente-cinq vaisseaux et treize brûlots serait composé de navires pris dans les trois grandes escadres de la flotte , rouge , blanche et bleue , et formant trois divisions « dans » chacune desquelles conamanderait le plus vieux capitaine » . L'ordre donné aux chefs de ces divisions détachées était d'insulter les Hollandais , que le. prince Rupert croyait tout disposés à se retirer dans leurs ports, si l'on allait les chercher. D'oii lui venait cette opinion? H était convenu cependant que l'armée serait sous voile quand le détachement partirait, prête à. le soutenir, si M. de Ruyter faisait niine de vouloir combattre.
Cette idée d'un détachement ne fut pas heureuse. Le 7 juin, le marquis d'Amfreville , sur le Maure, s'avança et commença le combat tn^tôt. Toute la division française (comniandée par M. Job Forant, qui montait le Grandlj, et qu'on avait composée. du Afaur^, de ï Aquilon, du Vaillant, de ïlUustre, de ï Invincible, de^ ï(hiflamme, du Conquérant et de Y Apollon, suivit le mouvement du Maure et s'engagea fortement , avant que la flotte du prince Rupert eût pris son ordre de bataille. M. de Ruyter avait appareillé bien vite et son armée était dans le meilleur ordre , peu de temps après le premier coup de canon tiré; mais la flotte alliée avait grand'peine à se ranger pour se présenter à l'ennemi, les vaisseaux détachés la gênant fort. A la fin l'ordre se fit, mais bientôt ce ne fut plus qu'ujpe mêlée confuse. L'escadre commandée par M. de Ruyter u tomba en partage au comte d'Estrées et à l'escadre de France » , comme l'a dit 1^ prince Rupert dans une lettre à lord d'Arlington. La lutte fut vive, ardente, soutenue ; une noble émulation animait tous nos capitaines , et l'Amiral anglais leur rendit cette justice de dire , que l'escadre blanche
s'était a comporfée fort courageusement )> .
100 ABRAHAM DU Q.UESNE. U7t
Gomment dire tous les épisodes glorieux qui signalèrent cette journée? Quelques-uns cependant se détachent du tableau. M. 4e Tbivas» sur le Conquérant, s*était présenté hardiment au Lieutenaiitr* Amiral, Comelis Tromp, conmiandantde l'avant-garde hollandais, et lavait combattu recevant non-seulement son feu mais aussi cdài de plusieurs des vaisseaux de son escadre. Le Conquérant fut criUé, haché ; M. de Thivas fut tué et son vaisseau invalide fut obligé de se retirer dans la Tamise pour se réparer ' . M. d'Estivalle, avee i7ii«MH cible, seconda M. de Thivas; et combattit près de lui à la tête de Tes» cadre rouge , où le prince Rupert le vit se signaler par une ardeur très-grande. Le chevalier de Béthune sur YOriflamnœ et M. Louis Gabaret surTiljrM/oii^ ne furent pas moins remarqués par les Anglais. Si bien que le détachement français , s'il gêna T Amiral Rupert par sa manœuvre, après son engagement contre Favant-garde hollandaise, s*acquit par sa bravoure Testime de tous, amis et ennemis.
Le marquis de Grancey lutta contre Teseadre de Zélande et la fit plier, aidé de toute sa division. On eut un beau reproche à lui faire, celui d'avoir « laissé arriver avec trop de chaleur sur tamemi » . Dans ce reproche qui se lit au rapport de M. d'Estrées , un historien n cm voir une preuve à Tappui du système qu'il a soutenu , à saYoir que M. le comte d*Estrées avait des ordres secrets qui Tengageaimit 1 ménager les vaisseaux du Roi. Ce qu'il j fan^¥oir, c'est le regret, manifesté d'ailleurs par le chevalier de Valbelle , que, dans tonte raffaire , chacun eût agi plus de son propre mouvement que conformément aux ordres des généraux. M. de Valbdle lui-même se laissa emporter ; il fit merveille , et pourtant finit par avouer son tort dans cette phrase de sa lettre du 8 juin :
« Sans II. le comte d'Estréeâ, qui demenra toujours ao veut et qui le * conserra, n* ayant que II. de Preoillyavrc lui, bobs aBiioiis eu biea de la peine à nous tirer d*a(foire : la maattovre qa*ii fit sanva Us krMs f»'«« sèlê imdisertt mtmit èfarécs dm irmupmm. ùt mm vie €e muJkemr me mi'mrri" 9erm;jem smis canrifè pour tmmfomrt, >
\ propos de ce mouvement du marquis de Grancey , bUmé doucement par II. d'KsIrées, M. de Valbelle dit, dans cette lettre du 8>jnin> que II. Eug. Sue a repiroduite tout entière, et qui, en effet, est
I triait, 5«i fAÎI Mil Françjùt U j(rk>f é^ àkt ^lU • fimt pMcaUeiDent bien • kur 3ctmir éxm et ctmliftt > , pfvln»^! ^«^iU v«iT«t <l««i ratsMaoi rcwlês à fond. RiT(«r« f)Ml^««s «tnrti 4t rtwèii «MiffirirMit bMBC«i|> eu tir éa HoUândaif, mii$ ««eau »« f«t mù mi Cmi^. L^iact «il «MvtMt «i»! iaCoraM ; pl«s SMirat encore îl ««t maireîUMit fo«r W« FkBH>ii ■
')Ht MARINK DU \VI1° SltCLK. 101
curieuse par )a forme piquante ordinaire aui écrits de tel homme d'esprit : ■ J'arcusai d'abord notre Chef d'escadre d'imprudence et de n Uménié, et néanmoins je ne fus pas assez stigc pour me retirer, et T me laissant aller i nyii penchant , j'arrivai sur lui pour l'aider à • se défendre... " Voilà M. d'EsIrées justitSé du reproche que lui adresse M. Suc. Mais ce n'est pas tout. Le chevalier de Valbelle ajoute : 1- MM. les chevaliers de Sébeviile et d'Hailly et le sieur du « Magnon ne furent pas plus retenus que moi ; ils voulurent prendre n part à ce combat, et j'ose vous dire qu'il me semble que nous
I aimons mieux être accusés d'imprudence que de Umidilé, en ne r secourant pus un de nos pavillons, t Ainsi le marquis de Granceji quitta lali^nede bataille, laissa arriver sur l'escadre de M. Bankert, gvGC toute sa division , entraîna par son exemple M. de Valbelle , qui lui-même attira MM. de Sébeviile, d'Hailly et du Magjnou. L'oubli de l'ordre qu'ils avaient du prince de Ituperl, de bien ."jarder leur poste dans la li^^ue. fut heureux, puisque les ennemis plièrent devant leur impétueuse attaque; mais elle pouvait titre malheureuse, et c'est ce que reconnut très-bien M. de Valbelle : i De ma vie ce > malheur — notez ce mot : malheur — ne m'urrivera; j'en suis i corrigé pour toujours. ' H. d'Kstrées n'avait pas besoin d'être justifié 1 mais puisqu'il l'est par un homme de la valeur et de la compélence de M. te chevalier de Valbelle, nous n'ajouterons plus rien 4 ce que la justice nous dictait à son sujet.
M. Cabaret l'aine était le matelot d'arrière de ta Reine, comme le marquis de l'reutllf d'Humières était sou matelot d'avant ; il vil le Tonnant (de Preuilly) àé^rkê par les vaisseaux que M. de Ruyter amenait contre M. d'Kstrées , et ta Beine vivement canonnée par le général hollandais, h qui d'ailleurs elle ne ménageait pas les ripostes.
II se trouvait uu peu séparé du vaisseau Vice-Amiral cl sous le venl ; il était trop faible pour essayer, en venant au vent , d'arrêter le vaisseau de M. de Ruyter et ceux de qui était suivi ce<;raud navire, il laissa donc arriver sur un des seconds de M. de Ituj^ler, non pour l'aborder, mais seulement pour le canounerpins facilement. Le Hollandais (le Devenler, capitaine Callenburg') voulait aussi éviter l'abordage, mais, " malgré eux, ils s'approchèrent n , raconte le chevalier de Valhelle. Quand ils fureut accrochés, le chevalier de Lhéry ' sauta t'épée à la main à bord du navire abordé , M. de Cfaa-
' Hciui CiiichoD do Lhérj>~ Glard (Li<lc (Ici ufficicn du la mi
in-fuliu; .Vch. di
dil M. L*r-
In Uarine.J,
101 ABRAHAM DU QUK6NK. t§7S
boifsièrc le suivit de près, suivi lui-même de M. du Rivau. Ces trois officiers, les deux premiers, lieutenants de M. Gabaret, Tantre, simple volontaire , firent le diable sur le pont du vaisseau ; M. de Lhéry perça le ventre du lieutenant hoIlan<^s , et tout blessé qu'il était , tt ce vilain » — le mot est joli , — » le saisit au corps et le jota sur le tillac » , ce que voyant, M. du Rivau accourut au secours de M. de Lhéry et brûla la cervelle du « vilain » . Des matelots français qui avaient sauté à bord après leurs chefs, « assommèrent» le capitaine. M. de Chaboissière reçut là trois coups de pistolet; il repassa sur le Foudroyant pour se faire panser, et avertit H. Gabaret que les Hollandais, abandonnant les hauts du navire, s'étaient réfiigiés dans les ponts, et que sHl voulait prendre le vaisseau, il fallait y mener bien vite une poignée de braves gens. M. Gabaret ne fut pas de cet avis. MM. de Lhéry et du Rivau repassèrent sur le Foudrojfomi, ainsi que les hommes qui les avaient assistés , et le Hollandais, qui était au vent du Français, se dégagea, au grand étonnement de Féqui* page de M. Gabaret. M. de Valbelle n'accuse pas tout à fait son camarade : « U fallait, dit-il, y faire monter des gens, ce qui ne » s'exécuta point ; je n en sais point les raisons ; M. Gabaret les dira. » M. Gabaret les dit et elles parurent bonnes, car il obtint des éloges de M. de Seignelay, qui ne les lui accorda sans doute que sur le rapport do M. d'Estrées. •
M. de Valbelle , sur le Ghrieux , partagea avec le vaisseau le Gstm-
— fat reçu cbeftlîer i Halle, le SI mai 1665, mnu le nom de Henri CandiOB d*AviM de LMrj, Sa mère te nommait ConHagnon. Après atoir frit tes caraTanes tor les galères de la Religion, saitant les règles de rordfe, il ent en France nne commisnoo de lieulenant de vaisseaa, le S8 dêcembra 1671. Le Roi lai donna on brevet de capitaine de vaisseaa le S7 jnin 1673. II fat fait Chef d'escadre le 4 janvier 1683, et moar«t en 1684. Voici Tacte de son inhnmation : • Aajoard*bai second jonr dn moi« de join 1 684« noos avons accompagné le corps de M. le chevalier de Lérj {tk) , CMd*escadre des armées navales de Sn V^eelé, ^ni a été tné aa fankmig de (à San Fier d'Arena) le mois de mai demisr, ajant vécn avec nne grande piété et verta eitraordinaire. II a élé enseveli à Téglise des Pères Capncins de cette viOe, oè nons l'avons renùs le mime joar qne dessns. (Signé :) Biin, Ferre, Raymond, R. ¥crw SMÎa. vicaire. » (RsgMlres de félat ctvîl de Tonlea.)
Henri CandMm de Ubêrj ent nn firèie : Ckarlss Cancbon d'Avisé de Lkérj, q«i fiOl re^ k Halte W il décemWe 1662. Il ent, le 7 ievrîer 1678. nne commission d'en- MÎgne, fat fait lienlenant de vatsssan W 1*** janvier 1683 et capitaine le l*' janvier 168». Il fnt tné an «oetbat de k Hesqpele t9 mai 16»i. ~ Hevi de Lbérj sigm, W U mon 1683. mse ^nillance : • Hsmri Cancben, chevalier «ir Lbnj. ; Cknries $ig«a dse ^nittanre». Ws 11 dscemWe 1681 et 11 avril 1691 : « le chevalier de l>Wry> • H. Minmini\ ésns Isa MàniA^si é» M^ et IVeito. nomme to«jo«rs Lévy It cfcifailm èe LWe^. ^ Lm IMk% stmsnl dTnne maison de dnmpagne.
IdTS MARINE DU XVII* SIÈCLE. 103
bridge, le feu que le Lieutenant-Amiral Tromp dirigeait d'abord contre le seul Anglais. Il vint loyalement au secours de ce navire, qui se trouvait seul et qu^aucun ne venait aider. Un coup de canon heureux du Victorieux ayant démâté Cornelis Tromp de son grand mAt, son vaisseau fut obligé de se retirer, et le Cambridge, délivré, reçut de la chaloupe de M. de Valbelle une remorque que le capitaine Herbert garda jusqu'à une heure du matin. La bataille avait cessé vers dix heures du soir. Le prince Rupert remercia cordialement M. de Valbelle de son assistance.
Les Hollandais souffrirent beaucoup dans cette rencontre, u Nous r, leur avons fait de grands dommages , dit le chevalier de Valbelle , » et sans mentir, ils en auroient reçu qui auroient fait du bruit » dans le monde , sans ce détachement et sans la mauvaise conduite n des capitaines des brûlots. Ces capitaines manœuvrèrent mal , » mais ils payèrent cher leur inhabileté. Six d entre eux périrent et » trois furent blessés. » Les Anglais eurent deux vaisseaux hors de combat, le Résolution et le Cambridge; plusieurs de leurs autres ntvûnes furent fortement avariés. Les vaisseaux français ne furent p^nt épargnés: aucun cependant, à part le Conquérant, n'eut à exiger de grandes réparations. Les voies d'eau ouvertes par les boulets, à la flottaison , furent aveuglées au mouillage que prit l'armée, le 8 au matin. Le nombre des blessés français ne fut pas très-considérable, dix ofGciers reçurent des blessures plus ou moins graves. Parmi les morts, le rapport de M. d'Estrées nomme M. de Thivas, capitaine, MM. Scotias et Potier, enseignes. Les Anglais eurent à déplorer la mort de quatre ou cinq capitaines. Le colonel Hamilton, embarqué sur le RoyaUCharles^ perdit une jambe, coupée par un boulet.
Ite chevalier de Valbelle avait bien agi dans le combat ; mais sa vanité le conseilla mal après l'action. Dans des lettres, dans des conversations, il ménagea peu M. Jean Cabaret, et le blâma fort de n'avoir point pris le Deventer.
M. Gabaret trouva le procédé injuste et offensant. L'affaire Ot du bruit et M. d'Estrées l'évoqua à son tribunal. Il réunit neuf capitaines de son escadre devant lesquels M. de Valbelle fut appelé, aussi bien que l'officier qui se disait calomnié. M. Gabaret expliqua sa manœuvre , et , sur le point qui le touchait le plus , l'accusation de n'avoir pas sauté lui-même à bord du Deventer, répondit , et tous les capitaines présents approuvèrent son dire, k qu'un capitaine ne doit
104 ABRAHAM DU QUESNK. H7t
» jamais quitter son vaisseau. » Ses explicatious satisfirent les juges du point d^honneur devant lesquek il avait voulu se justifier, et un. procès-verbal fut dressé, le 10 juillet 1673, à bord de la Reine, M. de Valbelle ayant reconnu loyalement que M. Cabaret avait trèsbien fait son devoir. Cette attestation fut signée par MM. le comte d*Ëstrées , des Ardents , le marquis de Crancey , Forant , le cheva-> lier de Buous, Preuilly d^Humières, Panetié, Du Magnou et LeC^ bure de la Barre. » (La pièce est aux Archives de la Marine, vol. Campagne 1673.)
Peu de jours après cet incident, M. de Seignelay rédigea un rapport dont la minute autographe est sous nos yeux; il est intitulé : B Relation des actions particulières dé chaque capitaine dans la dernière bataille qui s^est donnée entre les flottes de France et d'Angleterre jointes ensemble, et la flotte des États Généraux, le 7 juin 1673. » Le jeune Ministre nomme le vaisseau et ensuite le capitaine dont il fait Téloge * . Voici la pièce en son entier :
tt La Reine, Vice- Amiral Le comte d'Etirées a fait en cette occasion
tout ce qu'un brave homme et un capilaine expérimenté poavoit fiûre; les Anglois lui donnent de grandes louanges, et avouent même qu'il a ûit une très-belle manœuvre lorsque Ruiter, ayant reviré le bord pour gagner le vent sur F escadre de France, en coupant la ligne entre la division do prince Robert et celle dudit comte d'Estrées, il tint le vent et canônna longtemps le vaisseau de Ruiter, qnifut obligé d'arriver, et qui, par ce moyen, ne put venir à bout d'enfermer Fescadre du prince Robert entre Tromp et lui, ce qui Fauroit fort incommodé , et peut-être causé la perte de la bataille.
9 Le Terrible. — Des Ardents, Ce capitaine est extrêmement estimé des Anglois et des François. 11 a fait tout ce qu'il pouvoit faire en cette occa-
^ Le Roi était au camp devant Maëstricht, où Favait suivi M. de Seignelay, lorsque les nouvelles du combat du 7 juin arrivèrent à Sa Majesté par M. de Saint-Amam, porteur de lettres de M. d'Estrées. Louis XIV ordonna alors i M. de Seignela]*d« s'entendre avec M. de Saint-Amans pour faire une relation de la bataille; mais comme les nouvelles venues de Hollande au camp prétendaient qu'il n'y avait • que lot François qui se fussent bien battus , et que les Anglois avoient tenu le vent toute la journée * , le Roi défendit bien qu'on ne parl&t qu'avec louange des Anglois », et pria M. de Seignelay • d'écrire à M. d'Estrées d'observer dans les relations qu'il fera de donner toute la louange qui est due aux capitaines des vaisseaux de l'escadre de Sa Majesté, et de donner, en passant, des louanges aux Anglois. > Les relations furent donc faites en conséquence pour être publiées. Il n'est pas sans intérêt d'assister à la confection de cette cuisine de la gloire et de la politique. Louis XIV ne voulait pas se brouiller avec l'Angleterre, et ordonnait qu'on louât «en passant* l'escadre du prince Rnpert. Les détails qu'on vient de lire sont contenus dans deux lettres de M. de StjBignelay i M. Golbert, devant Maéstricbt, 13 et 15 juin 1673. (Archives de la Marine, Antogri^bej de Seignelay.)
sion , a fort bien garde son poste et s'est mélë fort avant avec sa division parmi les ennemis. Il se battit presque toujours contre F avant-garde de î* escadre de Raiter. Votre Majesté lui a accordé sa demande pour le cordon de Saint-Lazare. Je crois que si Elle lui faisoit donner espérance de quelque grftce dans cet ordre , il s'estimeroit fort bien récompensé.
• L'Orgveillbux. — Grancé (sic). Il faisoit 1* arrière-garde de T escadre de France et combattit contre Bankert et l'escadre de Zélande, et se mêla fort avec les ennemis ; et tont le monde convient qu'il fit extrêmement bien, ayant fait plier Tescadre qui Faltaqua.
n Le FouoaovANT. — Cabaret (Jean). Il a fait tout ce qu'on pou voit attendre de lui, et c'est le seul qui ait abordé un vaisseau ennemi. Il a remporté par là une grande réputation parmi les Anglois , et je crois qu'il mérite quelque récompense. >»
Dans une rencontre qu il eut peu de jours après , il se distingua encore ; aussi le Roi , pour le récompenser, lui donna des lettres de noblesUy qui furent datées du camp de Nays, 10 juillet 1673. (Arch. de la Marine.)
•c Le Grand. — Forant. C'est lui qui commandoit le détachement françois; il se mêla fort avant parmi les ennemis; mais il est assez récompensé {avoir rétabli sa réputation qui é toit fort mauvaise, »
Ce trait est dur, mais il ne devait pas avoir le cruel effet de déconsidérer Job Forant , ces notes confidentielles n'étant écrites que pour le Roi et M. Colbert. Nous ne savons pas dans quelles circonstances M. Forant compromit sa réputation ; nous n avons pas trouvé trace d^une action où il se soit montré faible. Mais enfin , M. de Seignelay en devait savoir plus que nous. Il réhabilitait le capitaine du Grand dans le présent, tout en Taccusant dans le passé.
u L'Illustre. — - Beaulieu. Il étoit des détachés , se mêla fort avant et fit fort bien son devoir. // a une affaire contre Du Quesne qu'il n'a point po terminer à cause des lettres d'État que ledit sieur Du Quesne a toujours obtenus. Cependant il » (Du Quesne) u possède son bien (de M. de Beaulieu) et le ruine par ce moyen, n
11 est assez singulier de voir intervenir dans ce détail des faits honorables pour le commandant de V Illustre, la conduite particulière de Du Quesne à l'égard de M. de Beaulieu. U est peu généreux de la part du Ministre d'attaquer Du Quesne , qui a bien assez de sa disgrâce pour être abattu. La dette du Lieutenant général, son procès toujours suspendu par des lettres d'État, n'avaient rien à faire, ce semble , dans ce rapport intime sur les faits glorieux de la journée du 7 juin. Du Quesne n'aimait pas à payer; il aimait assez à plaider;
106 ABRAHAM DU QUESNK. 1673
mais était-ce bien le cas de le dire ici? Pauvre Du Quesne, tout loi venait'à la fois ; la disgrâce du maître, malgré ses justiGcations , et les coups d*épiDgle du Secrétaire d'État !... Il se relèvera.
tt Le GoNQuiRANT. — Thivas. Le capitaine de ce vaisseau esta remjj^a* cer. M. le comte d'Ëstrées propose le comte de Soardis, qui g bien lait son devoir. Le chevalier de Nesmond, qui ëtoit capitaine en second sous Thivas , ayant fort bien fait son devoir et ayant continué le combat après la mort du sieur Thivas , il semble juste de lui donner le commandement du Vaillant , que le sieur de Sourdis montoit. »
Les propositions de M. d*£strées, soumises au Roi par H. de Seîgnelay, furent approuvées par Louis XIV pour le reste de* la campagne.
« L'Invdtciblb. — Eitivalle, Il suivit Thivas avec les détachements et fit extrêmement bien son devoir. Il passe pour on des plus sûrs pour le courage ; il canonna longtemps le vaissean de Tromp et essuya tout son feo.
a Le Tonnant. — Preuilly, Il a très-bien fait dans cette occasion et s'est acquis beaucoap de réputation. »
On lui écrivit une lettre de félicitation. (Archives de la Marune, Ordres du Roi.)
tt Le Glorieux. — Valbelle. G'est on de ceux qui s* est le plus distingué (sic) . Il se mék fort avant avec les ennemis. » Le Bon. — De Cou. Id, »
Il eut des lettres de noblesse le 10 juillet 1673.
tt Le PRiciEVx. — Panetié, Il a fort bien fait son devoir, et c'est un bon officier.
» L'Apollon. — Langeron. Sa Majesté sait qu'il prêta le côté à Ruyter. G' est un garçon qui a envie de faire et qui a beaucoup de valeur.
» Le Maure. — D'Am/revilU, Il fit bien son devoir avec les détachés.
» Le Duc. — Flaeouri, Il a été blessé au menton et eut une partie des dents cassées. Votre Majesté accorda quelque gratification, Tannée passée» à ceux qui furent blessés.
n L'Oriflamme. — Le chevalier de Béthune. Il a fort bien fait son devoir.
T> Le Bourbon. — La Vigerie, Id,
n Le chevalier de Lhéry a fait une action qui mériteroit une récompense.
n Du Rivau, Id. n
Pourquoi Chaboissière n'est-il pas nommé dans cette liste qui sollicite les faveurs du Roi en s^adressant à sa justice ? Il partagea cependant les périls de MM. de Lhéry et du Rivau ; il reçut trois coups de pistolet au travers du corps et un coup de sabre. M. de Lhéry fut fait capitaine de vaisseau le 27 juin.
tt Savoir si Votre Majesté accordera quelque gratification aux officiers sobaltemes qui ont ëtë blesses. » (Arch. de la Marine, Campagnes.)
Le 15 juin 1673, M. de Seignelay écrivait du camp devant Haêstricbt, où il était à la suite du Roi, une lettre à M. d*Estrécs^ où il lui disait :
« Tai rendu compte au Roi du contenu en votre lettre du 9 de ce mois, et le sieur Saint- Amans a entretenu Sa Majesté des détails de ce quiy est passé dans le dernier combat donné contre les Hollaodois ; vous voulez bien que je vous témoigne la joie extrême que j*ai de la gloire que vous venez d'acquérir en cette dernière occasion... Sa Majesté a été très-aise d'apprendre avec combien de valeur les capitaines qui conunandent ses vaisseaux se sont comportés... » (Arch. de la Marine, Expéditions de M. de Seignelay, 1673.)
La flotte unie, qni avait momllé, le 8 juin 1673 au matin, sur le champ de bataille de la veille , après la retraite des Hollandais deiv rière leurs bancs, resta à ce mouillage, les vents ayant toujours été contraires au mouvement qu'elle aurait voulu faire en avant. Le 14, M. Bflchel de Ruyter se décida à proGter de la faveur du veni pour appareiller sous toutes voiles, dans Tespérance de surprendre le prince Rupert. On veillait et Ton fut averti à temps. Mais le chevalier Spragge, qui devait faire Tavant-garde, n'était point à son bord lorsque les frégates d'avis signalèrent Tcnnenii. Il était dans son canot , allant voir le prince Rupert ; il aperçût les signaux , et , au lieu de retourner à son vaisseau , continua sa route u avec la même » et fausse confiance avec laquelle il étoit parti, que les HoUandois » n'auroient pas la hardiesse -de venir combattre » Farmée combinée. (Mémoire de M. d'Estrées, 18 juin.) D'où lui venait cette confiance? De ce qu'on avait appris qu'au combat du 7 les Hollandais avaient été extrêmement mtiltraités. (Lettre de M. d^Estrées, 15 juin.) L'Amiral anglais, très-étonné de voir venir à lui M. Spragge, quand tout lui disait de retourner à son escadre et de l'appareiller, le renvoya promptement. Mais il y avait déjà là une perte de temps considérable. Les Hollandais approchaient, et si l'escadre rouge et l'escadre blanche étaient sous voiles, l'escadre bleue était loin encore d'y être.
Le prince Rupert se hâta alors, fit autant de toile qu'il en pouvait porter, et suivi des deux escadres , qui imitaient sa manœuvre ,
AliniHjîH DU QUKSNB.
chercha à firendre la It^lc de la ligoe , pour empêcher M. de Ruyter de tomber sur l'avanl-garde , qui n'avait pas encore levé l'ancre et bissé ses voiles. Par là, il changeait l'ordre de bataille. Cependant M. Spragge se hâtait, et les premiers de ses vaisseaux qui furent prêts allèrent avec lui prendre leur poste en avant de l'escadre rouge, dont il géiia fort le mouvement, si bien que l'escadre rouge , coupée par une porlion de l'escadre bleue qui n'avait pu suivre son chef, se trouva en partie au corps de bataille et à l' arrière-garde, mêlée avec les Français de l'escadre blanche. Si les Hollandais avaient profité de cet imbroglio, ils en auraient tiré un grand avantage-, ils ne le firent point et se contentèrent, en canonnant de loin le corps de bataille et l'arrière-gardo, d'arriver un peu plus sur l'avant-garde et et de la combattre plus sérieusement. Cette conduite, qui parut étonnante à l'armée combinée, donna à penser que M. de Ruyter avait voulu seulement, par une longue escarmouche, faire consommer aux Anglais cl aui Français la plus grande partie de leurs munitions de guerre, et incommoder un certain nombre de vaisseaux , pour forcer le prince Ituperl à rentrer dans ta Tamise. Le bénéfice que les Hollandais pouvaient tirer de cette tactique était grand pour eux ; elle leur permettait de respirer, de redonner à leur flotte une force nouvelle, de radouber leurs vaisseaux et de pouvoir se présenter de nouveau eu uq état meilleur devant les alliés. Si le dessein des Lieutenants-Amiraux de la Qotle des Étals était celui qu'on leur prêtait, suivant toute vraisemblance, il eut un plein succès. La longue canonnade à dislance — elle dura jusqu'à dis heures du soir — eut pour effet de vider les soutes aux poudres et aux boulets des alliés et d'avarier un assez grand nombre de leurs navires. Les plus incommodés des vaisseaux français furent l'Apollon, qui eut plusieurs boulets à la flottaison et fil beaucoup d'eau -, VExcellent, dont une partie du gréement fut coupée, — ces deux bâtiments étaient de la division de M . d'Estrées ; — le Terrible, le Prince, le Sage, le Téméraire, de la division de M. des Ardents , aussi bien que le Sans-Pareil, qui fut moins blessé que les autres, bien qu'il fût aussi près de l'ennemi qu'eux, avec le Prédeux. La division de M. le marquis de Grance; ne fut pas mieujL traitée. L'Orgueilleux, le Grand, l'Illustre, le Fortuné et le Bon curent tous des coups, à l'eau dans leur coque, et dans leur mâture.
M. d'Estrées expliqua comment il était arriva que sa division avait moins souffert que les deux autres, « c'est que ^ , dit-îl ( 18 juin),
ttles ennemis n*ont pas voulu trop arriver sur elle, soit pour tenir « Tordre qu*ils avoient résolu , ou parce qu'ils voyoient beaucoup de n gros vaisseaux que la fortune avoit raOiés en cet endroit ; car le » Vice-Amiral rouge , avec quelques-uns des plus grands vaisseaux n anglois , se trouvoient mêlés avec les Français et fort près du n pavillon de Sa Majesté. »
Un lieutenant de V Aquilon, M. Matassière, fut tué; un enseigne du Prince, M. de Marsilly, eut le même sort. M. de Beaulieu, capitaine de Y Illustre, et M. de Villeneuve, capitaine du Prince, furent blessés d*éclats de bois. Dans les combats des 7 et 15 juin, Tescadre de France eut 157 morts et 209 blessés. (Arch. de la Marine, Campagnes.)
Le lendemain de la seconde rencontre , le comte d*£8trées écrivait au Ministre :
« Je suis pcrsaadé que M. le P. R. ne peut se deffendre d'entrer daos la Tamise platôt que d'attendre à la baye de South, où Ton ne peut demearer asseï de jours pour se raccommoder, sans donner le temps aux ennemis de prendre encore une fois leur avantage , et nous engager encore à une pareilie esearmouche qui nous mettroit au même état qae nous sommes présentement, et feroit passer le temps de la campagne sans rien entre* prenne de considérable; et je n'ai pu m'empêcher de témoigner à M. le Pr. R., qui veut bien que j'en use avec liberté, que la réputation se sou» tiendroit mieux par de grands et considérables succès n (actions) u que par
ék vainet apparences qui ne servent à rien, » (15 juin.)
Assurément ceci n*est point d'un homme qui aurait reçu secrètement Tordre précis de ménager les vaisseaux de France. Muni de cet ordre , il eût été trop heureux qu'on s'en tint aux vaines u appan rences », et n'eût point excité TAmiral Anglais à chercher « les » grands et considérables succès n . Cela tombe sous le sens. Le Prince Rupert se décida à faire rentrer l'armée dans la rivière de Londres , pour qu elle se réparât et se munit de poudre et de boulets, tt la plupart des vaisseaux de Tescadre blanche n'ayant pins que » 400 coups à tirer, et il y en avoit bien quelques-uns qui en avoient » moins. »
L'affaire entre M. de Valbelle et M. Cabaret Talné, bien que le premier eût reconnu ses torts, avait eu des suites; les officiers s^étaient ()artagés en deux camps , comme dans le différend de Tannée 1672 entre Du Quesne et M. d*Estrées. M. de Croissy, dont les préoccupations étaient grandes et qui avait à résoudre des difficultés d'une nature plus sérieuse , ne laissa pas d'intervenir dans ces que-
ABRAHAM DU QUKSNR.
relies cl parvint à les apaiser. M. Colbert lui écrivit
26 juillel : " Je suis bien aise (juc tous les déaiéli^s et les jalousies
> des principaux officiers de la marine soient finis; comme le Roi ne
■ leur accordera jamais aucune ({rdce par ce moyen , je ne doule pas » que vous ne détruisiez une fois cet esprit de cabale auquel ils se
■ sont un peu trop appliqués jusqufS à présent. " Vain espoir; le calme ù peine rétabli fut bientôt troublé. Ce fut M. le marquis de Martel qui joua te râle qu'avait joué M. de Valbelle, mais d'une manière bien plus fdcbeuse.
U. de Martel, commandant une escadre de six grands vaisseaux *^ d'un bnilol, était parti de )a rade de Toulon, le mercredi 18 janvier 1673, et des lies d'Hyères, où il avait attendu les marchands qu'il devait convo^^er, le dimanche 29; il arriva, le 7 février, à [ Gibraltar. Le 25, il alla h Cadix, où il reçut l'ordre de repasâer en Ponant quand il aurait croisé pendant un certain temps pour donner la chasse aux Hollandais en même temps qu'aux Barbaresques. Il partit de Cadix où il était revenu, et fît voile pour Brest, le 16 aiTil. Le 31 mai, il mouilla dans ce port , arcompagnanl huit vaisseaux malouins. Le marquis débarqua le samedi 3 juin ; il était fort souffrant de lagrauelle, ou pour mieux dire des suites de l'opération qu'on lui avait faite dés son arrivée. On lui avait ôlé cinq pierres et fept gros grains de sable. {Arch. de la Marîito , Journal de la navigation de l'escadre du Détroit, par M. de Serancourl.) Trois des vaisseaux revenus avec le Lieutenant général marquis de Martel, la Royale Thérèse, le Diamant et le Pompeux, — le premier portant le pavillon du marquis, le second commandé par le chevalier de Beaumont, le dernier par le chevalier de Buous, — étaient désignés pour faire partie de la flotte de M. d'EsIrées. Ils restèrent dix-huit jours à Brest use réparer; puis, le 18 juin, appareillèrent pour aller rejoindre la flotte combinée. Des conlrariélég de vent retardèrent leur marche, et ils ne virent la côte d' .Angleterre que le dimanche 25. C'est là que M. de Martel apprit qu'un combat avait eu lieu depuis celui du 7 juin. Les trois vaisseaux allèrent à Douvres, où un coup de vent et de mer n souleva la Roi/ale-Thirèie - et la démâta. Que bien que mi le grand vaisseau, à peu près maté , gagna avec ses deux le lieu où était la flotte dans la Tamise. (Même relation.)
M. de Martel alla saluer M. d'Estrées et se mettre à ses ordres. Il parait que la réceplîon fut très-froide de la pnrl de M. le Vice-Amiral de France. Les rapports de service prirent alon un certain s^i
eut et de quemaUB
IflTS «.1R1\K DU XVII" SIÈCLE. III
* anDODÇaiit de pari et d'aulre une roideur qui ne pouvait uvoir que de tristes conséquesccs. M. de Martel cnlra alors dans la voie des récriminât ioDS ; il se plaignit qu'i\ son orrivéc, lorsqu'il alla à bord de la Reine, M. le comte d'Estrées ne l'avait pas fail saluer du canon et de la voix, honneur qui lui était dû, disait-il, comme Lieutenant ||énêrnl ; que, bien plus, M. le Vice-Amiral , dans toutes les visites que M. de Martel avait faites à M. d'ËsIrccs, ne lui avait pat donné lamaiit à la porte du vaisteou' , alors qu'il la francbîssait, politesse due à son rang; qu'enfin les ordres écrits qui lui étaient envoyés étaient de ce stjle : n II est enjoint au sieur marquis de " Martel, Lieutenant f[énéral des armées navales, > etc., quand il prétendait qu'on devait lui écrire avec plus de considération : » M. le f marquis, j'ai l'bonneur de vous prévenir, » etc. Ces plaintes, arrivées à M. de Seignetay et communiquées au Roi pur M. Colberl, donnèrent lieu à une correspondance qui blessa Fort M. de Martel. H. de Sei{|nelay écrivit k M. d'EsIrécs pour lui dire que Sa Majesté avait ordonné au Ministre d'avertir M. de Martel qu'il devait obéir à y. le Vice-Amiral de France <' comme un simple capitaine » , et que quant aux plaintes formulées par le Lieutenant général, » elles parois- B soient si mal fondées que Sa Majesté n'avoit pas voulu croire 1 qu'elles vinssent de luin. A H. de Muriel, M. deSei^nelay écrivit : • Sa Majesté m'a ordonné de vous dire bien précisément qu'Ellc '* veat que vous vous défassiez de cet esprit de difSctillés si contraire n à son service, et que vous soyez persuadé qu'il est impossible que p lous n'ayez le tort toutes tes fois que vous n'aurez pas toutes les ' déférenires que vous devez avoir pour un homme à qui Sa Majesté » a bien voulu conlier le commundnmcnt de son armée et que vous I devez regarder comme votre supérieur, n (Archives de la Marine, Vol. Campagne 1673.)
Celte mésintelligence entre le Chef de l'escadre blanche et son inférieur devait porter de mauvais fruits, on ne tarda pas à le voir. II. de Martel avait contre M. d'Estrées le même grief qu'avait Du Qnesne, grief originel pour ainsi dire. Vieil officier de mer, recommandé par de bons services cl se tenant pour praticien hahile dans nn métier qui veut une longue expérience du commandement, il souffrait avec peine de se trouver sous les ordres d'un général à qui il D6 refusait pas la bravoure, mais qui, descendu Irés-récemmeut de 1 L> druile, à rAlé du ViFe-Amiral . ijuiiiil M. d'Eilrêei el U. Je Marlcl illaicol
l« 1> poris I
-e i la cliinibri de pau|i
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ADRAHAU DU QUBSNE.
1 pour nionlcr sur un navire , n'avait aucun des mérilcs d'un
capitaine marin et, A plus forte raison, d'un Amiral. Il était bien, lui Mortel, dans la MéditeiTanée, où il montrait le pavillon de Vice- Amiral que le Itoi lui avait permis de porli'r; il se senlail comme humilié d'être obligé d'amener ce pavillon du màt de misaine poor hisser, moins iarge et moins haut, le pavillon de Contre- Amiral an mAt d'artimon. Un poste honorable lui était dévolu, sans doute, celui de cher de ta première section de l'escadre de France, mail occuper ce poste sous un marin d'hier, était-ce contentement?
Le 20 juillet i<i7-{, l'escadre française était en état de reprendra 1(1 mer ; les troupes françaises que devait commander M. de SchCnberg, si une descente avait lieu sur les côtes de Hollande, n'étaient pas encore embarquées, mais on les embarquait. (M. de Croissy à M. Colbert.) L'ordre de bataille des 1 et 15 juin fulcbangé. M. d'Kslrées eut l'avant-narde. On a dit : u Louis XIV exigea net- ^ Icmcnl que l'escadre française fût placée à l'avanl-garde. Ausâï > va-t-on voir que, selon ses ordres secrets, M. d'Kstrées se coo- " duisit comme en 1672 , c'est-à-dire qu'il empêcha son escadre de » donner, à la réserve du marquis de Martel, qui, ne pouvant retenir " ton houiUant courage, se précipita an fort du combat. ■• (M. Eugèot Sue.)
Encore les « ordres secrets ■ . Mais oii sont-ils donc cachés ces ordres, qu'on ne les trouve pas, qu'on ne voit aucune conSdence écrite de M. Colbert à M. d'Estrées ou à M. do Croissy y faisant allusion ?Kt puis, voilà que Louis XIV exigea nettement qu'on donnât l'avanl-garde à son escadre! Oii a-t-on vu cela? On a oublié de le dire; ou plutôt, on ne pouvait pas le dire parce qu'on n'en a trouvé aucune preuve ni dans les ordres du prince Itupert, ni dans les lettres adressées à M. d'Estrées, lettres qui sont en sii volumes aux Archives de la Marine. Lediart ne parle point do ce prétendu désir du Itoi de France qui , dans la pensée de M. Siie , cache t. volonté d'isoler l'escadre de M. le Vice-Amiral afin de lu soustraire aux chances du combat, comme si, placée à t'arriére-garde par exemple, elle n'edt pas pu se soustraire aux attaques de l'ennemi Le poste qui revenait de droit à l'escadre de France était l'avai ■larde, M. d'Estrées ayant, suivant les conditions du traité, le secO pavillon, et faisant l'orilce de Vice-Aïuinil de la Hotte unie, quan< le chevalier Spragge faisait celui de Contre- A mirai à l'arrière-gar Au combat du 7 juin , M. d'Estrées avait eu le poste d'honneur
corps de bataille , que lai avait donné le duc d'York ; mais à Tavance cela await été dit par le dac d'York, et annoncé par M. de Croissy au Roi, qui trouva bon que les choses se passassent ainsi. M. le prince Rupert reprenait Tordre de bataille ordinaire, et c'était si naturel que personne ne s'avisa de le trouver étrange. D'ailleurs M. d'Ëstrées dit, dans sa dépêche du 22 août, au lendemain du combat : u Par les différents changements que l'on avoit été obligé « de faire n (pendant la nuit), u l'escadre de Sa Majesté se rencontra « au poste de V avant-garde , ainsi qu'elle doit l'avoir. »
Le Roi Charles 11 fit appareiller la flotte combinée , et dans son yacht où il s'était fait accompagner de Don Remardo , envoyé d'Espagne , à qui il avait voulu faire voir ce magnifique spectacle , il s'établit à l'ancre , près de la bouée de Middlcground , pour assister au défilé tt de la plus belle armée qui fût sortie d'Angleterre n . Un incident troubla pour un moment ce spectacle imposant. M. de Schdnberg « ayant cru qu'il devait porter quelque marque, soit pour se distinguer, soit pour faire connaître aux officiers d'infanterie le vaisseau où il étoit embarqué , fit hisser au grand mât » (de sa frégate nommée Greon) u le pavillon du régiment colonel. Quand U vint à passer devant le vaisseau du prince Rupert , le prince lui fit tirer un coup de canon à balle et envoya quérir le capitaine du Greon, qu'il^/ tenir aux fers pendant deux heuress M. de Schônberg s'excusa auprès du prince, sur ce qu'il ne savait pas les coutumes de la mer et qu'il n'avait pas eu dessein de choquer son autorité. . . Plusieurs personnes blâment le prince Rupert de sa promptitude. » (Lettre de M. Girardin de Vauvré, commissaire général, datée : â bord de V Apollon, \e 2 août 1673; Arch. de la Marine. (M. de Vauvré fut un fonctionnaire de l'administration de la Marine qui eut une grande ioiportance; nous lui consacrerons quelques lignes à propos de son élévation au rang d'Intendant de la marine du Levant en
I)es circonstances de temps empêchèrent les armées d'en venir au
^^ de la bataille avant le 21 août. Commencée à huit heures et
wnde du matin , la lutte dura jusqu*au soleil couché , les Hollan-
dAÛ dans leurs bancs faisant vent arrière et suivis plus que pour-
9UÎWÎ8 par la flotte combinée. M. d'Ëstrées envoya, le 22 août, à la
r^^t omc relation peu détaillée des événements de la journée,
XKiodeste que M. Colbert trouva très-sèche. Le prince Rupert,
'4tMMW^ très-mauvais vouloir contre les Français, dont l'alliance
Il «îfeiK. 8
:i ABRAHAM DU QUKSXK. 1673
:i^ !. r aîtaqucrdôs ce jour-là ; mais d'dutant quo les vaisseaux hol-
:.ip : ■> liront moins d'eau , cl que Rujter et les autres chefs con-
:i!s-'-ri! leurs côles , leurs vaisseaux étoient si proches de leurs
«..ûiïï L't il étoitsi tard, que M. le prince Rohert résolut d'attendre
du lentiemain pour les attaquer, et pour cela il revira et donna
- orJa* .1 l'escadre de France, qui avoit ravant-garde, de soutenir» IoIlt -et de garder toujours Tavantage du vent. Pendant la nuit,
le vent changea, et, de N.-O. qu*il étoit et favorable aux flottes royales, il devint E.-S.-E., favorable aux lloUandois. - iUiyter, profitant de cet avantage, mit toutes ses voiles et vint ' liorciuent au combat dès la pointe du jour. L'escadre de Zélande ,
- i-iuimiandée par Bankert, se trouvant opposée à Tescadre de France a M. d'K»trivs eut toujours le même adversaire), « Huyter avec son
osi'adre au prince Robert, et Tromp au chevalier Spraggc. L'cs-
iMiire de France ayant ordre de soutenir le vent et de le gagner,
le stour de Martel , qui commandait la droite du Vice-Amiral de
France ■> (c'est-à-dire qui commandait la première division , on
.luuii-garde de l'escadre blanche), « et par conséquent qui avait la
U'ie de l'armée, gagna le vent de la longueur de trois ou quatre
lals^eaux. Dans ce moment, Bankert qui n'avoit que dix ou
dou/o vaisseaux de l'escadre de Zélande, voyant qu'il alloit être
l'iileruit* entre deux feux , prit la résolution de percer les vaisseaux
Je l'esi-udre du Vice-Amiral de France qui lui étoit opposée »
^ i'ïii-à-diro de couper la ligne française et de passer entre deux
vai.vM'au\), ^ et comme il l'exécuta » (les Français se tenant trop loin
t->> un» iivs autres et ne s'étantpas mis beaupré sur poupe), « ce fut
ia vu ■' iqu'il) * il y eut un combat fort opiniâtre. Les vaisseaux se
. ..iuciuèiviit de fort près, le Vice-Amiral évita deux brûlots; il
. t'.Miiiaudu le capitaine Guillotin , commandant l'un de ses brûlots,
■ i.i .^ .iller attacher à Bankert. II y alla, évita la rencontre de
..u\ .luttvs vaisseaux, n'en voulut qu'au pavillon » (vaisseau
. ..luni! •' de Bankert; il essuya l'artillerie et la mousqueterio de
«'... vai.MMMUx, aborda ce vaisseau, s'y attacha par ses grappins,
..1 lo li'u à sou brûlot, et l'on vit tout l'équipage du vaisseau se
.V». i ta uicr. Guillotin voyant que sa mèche ne faisait pas
.iii, iUuuiia et y mit le feu une seconde fois. Mais comme vingt
t i.iiiuv. i*iiiicut restés de l'équipage sur ce vaisseau , ils eurent le
s.|.^ i eu M'parer le brûlot, ils le sauvèrent. Cette action ayant
. ..>> ^ilu» hardies qui aient jamais été faites par un capitaine
t> de brûlot, Ton estime nécessaire de la rapporter ici. » (Sans doute^ on fait bien ; mais il est remarquable que le Ministre qui signale au Roi cette action n*ait'rien fait pour M. Guillotin. En 1674, il commanda un nouveau brûlot, et ce fut tout.) a Bankert, après ce com- Ti bat , s'en alla avec le vent , à toutes voiles , pour joindre Ruyter.
r) Le Vice-Amiral (de France) ayant perdu dans ce combat un « mât y une vergue et beaucoup de ses manoeuvres , et les autres vaisn seaux de son escadre ayant été fort incommodés , il employa queU T. que temps pour se raccommoder, et aussitôt revirà et mit toutes n voiles pour aller joindre Tescadre de Ruyter, qui étoit aux mains » avec le prince Robert.
n Le chevalier Spragge, qui avoit été attaqué par Tromp, prit la » résolution de se mettre en panne pour Tattendre , et Vautre venant » fièrement sur lui avec le vent, le combat fut chaud et fort opi- » niâtre. Spragge, ayant mis en panne, dériva beaucoup pendant le » combat et s'éloigna fort du prince Robert. Son vaisseau fut désem- » paré et celui de Tromp aussi. Us changèrent tous deux, deux fois n de suite, et au troisième, Spragge passant d*un vaisseau à l'autre, « sa chaloupe reçut deux coups de canon dont elle fut renversée (coulée, disent d'autres relations), et il se noya. » (Le chevalier Spragge était fort gros; on eut beaucoup de peine à le retirer de Peau. 11 mourut suffoqué.)
xM. le prince Robert, attaqué par Ruyter, voyant qu'en pliant » il éloignoit Ruyter des côtes de Hollande, et que le vent pouvant n changer le jour comme il avoit changé la nuit, si cet avantage lui V arrivoit , il scroit en état de défaire entièrement Ruyter, plia et " s'éloigna beaucoup , en combattant toujours contre Ruyter, qui » avoit le vent sur lui à pleines voiles. Cet éloignèn(ient fatal fit " q«e le Vice-Amiral de France, qui avoit itiis cependant toutes » ses voiles pour venir enfermer Ruyter entre deux feux , ne put T) jamais le joindre qu'à sept heures du soir^ et comme Ruyter vit « le risque où il étoit, il prit la résolution de finir le combat, et » comme il n'y avoit presque* plus de jour, M. le prince Robert^/ » signal au Vice-Amiral de France de venir mouiller dans ses eaux * ^
^ « Toutes le» parties • consultées par M. Colbert • conviennent • l <)'an tait conteste par Jes Anglais et interprété par plusieurs des capitaines français autrement que par les personnes qu'entendit le Ministre. Le prince Rupert, à un certain nioment, pour hâter la venue de M. d'Estrées, hissa à la corne d'artimon do Royal-Charles un pavillon bleu dont la signification était : •Venir dtns les eaai4e l'Aoï^ral. » 11. d'Es-
118 ABRAHAU DU QUESNB. 167S
9 Ruyter se retira la nuit, et ainsi le combat fut entièrement fini.
n M. le prince Robert se plaint de Spragge et dit qu il s*étoit entiè- 1) rement séparé de lui, et, qu*au lieu de venir en ligne, ainsi qu'il « le lui avoit ordonné , il avoit dérivé et s*étoit laissé aller sous le » vent.
B 11 se plaint du Vice-Amiral de France, et que n*ayant que dix D ou douze vaisseaux contre lui et ayant gagné le vent, il devoit les B emporter avec vigueur et diligence et le venir rejoindre , et qu'en » ce faisant, Tannée des ennemis était entièrement défaite, parce s qu*elle se seroit trouvée entre deux feux.
» M. le Vice-Amiral dit qu*il a fait ce que le prince Robert avoit » ordonné ; qu'il a gagné le vent , enfoncé et percé Tescadre qui lui • étoit opposée, et qu'aussitôt qu'il s'est pu raccommoder, ce qui n'a » duré que fort peu de temps, il a mis toutes ses voiles pour « rejoindre M. le prince Robert , mais qu il n'a pu le rejoindre qu'à » sept heures du soir, etquil (le prince Robert) n'a point voulu com- « battre, encore qu*il y eût encore asseï de temps pour bien incom- » moder les ennemis.
» M. le Vice-Amiral en particulier se plaint de M. de Martel et dit » qu'il devoit enfoncer les ennemis dès lors qu*il avoit gagné le vent 9 de la longueur d'un ou de deux vaisseaux.
V Martel dit qu'il a eu ordre de gagner le vent , qu'il l'a fait, et ^ qu'en ce faisant il a obligé Bankert à prendre la résolution de per- ^ cer Tescadre de France qui étoit dans ce passage , qu'il devoit
Irm mainUat q«t c« signal n aimit pat d'aatre ngnificatioa dans la liste des sâgnaai arré(ê« entre les gêttêjranx alliés, et le prince Rnpert soatint ce qn'il ai ait dit dans sa reiatioD, • qu'il n'y avait pas d'instrection phu claire et pins facile à concctoir colre tons les signani, ponr combattre, qne celni-lâ * . De cette dimgeyce dans rintcrftê* tation da • parîllMi bien • naquit une inlenninable contcstalion. I cur dans les cnax de l'Amiral quand on combattait encore, êlait-ce pour j mouiller ? 3i'éUit-<e pas, an contraire, pour participer an combat? An reste, U. d'Estrées n'alla point mouiller dans les «aux du it«y«/-CAnrlrt. il était an rtnt et j resta, pour ne pas penkc cette position, dit-il, si le lendemain le prince ftupcft foulait reprendre la latte. Cdle ptêcantîon lui fui tiiemenl reprocbée; on la trouta « tout an moins pins pradcaleque bnvt • • Obéir est toujours le oùenx; en agissant ainsi, on tt'«*st pas exposé à accepter des responsabilités compromettantes pour son booneur. Quand on désobéit, il faut racbeler sa faute par an trait de génie, par un succès éclatant . par ane actioa glorieuse qui profite à Taction générale, ou par une mort béroiqne absolvant le coapable. M. dlSstms déaobéU en l<7i à M. le due d'York : en K73. il n'obéit pas à U. le prince ftupert; en 1<73 comme en l<7â. il tint le vent à contretemps; cela est triste et reste comme une manfaise note dans rkistoire de ses services : Louis \JV et 11. GoAcrt vuuhnni bîea oulfitr ; la marine se sourint.
IITS MABtXK DU XVtl' SIECLE. lit
• périr, vu qu'il rcstoit encore vingt cl i^n vaisseaux nu Vice-Amiral, t et même que, pour faire ce qui se dewoil, dès lors que M. le Vicc-
• Amiral avoit vu que l'escadre de '/Mande, contre luqui^lle il ilevoîl 11 combattre, u'étoil composée que de neuf vaisseaux, il devoit le i laisser (lui Martel) avec sa division pour le combattre, et s'en
> aller avec sa division et celle du Chef d'escadre à toutes voiles
> ponr joindre M. le prince Robert.
■> Voilà le fait et les raisons de toutes les parties. Il parolt dans " tous ces combats de mer que Rui/ter n'a jamais voulu i'allacker à ■■ l'escadre de France, et qu'en celle dernière action, il avoit détaché Un - dix vaisseaux de l'escadre de Hilande pour l'amuser. »
C'est la seconde fois que M. Colberl accueille ce bruit sinijulier. Vous l'avons vu. en 1G72, conlier à M. de Croissy qu'on avait toutes les raisons de croire que M. de Rujter voulait rnéna,<{er les Français, et nous avons dit le molif de notre incrédulité à ce sujet : les Hollandais n'avaient aucun motif de bienveillance pour la France, dont le Roi s'emparait de la Hollande. Dans le cas de ce dernier combat, nous demanderons comment M. Colberl put croire — et il le crut, puisqu'il le dit à Louis \1V, — que M. de Ruytcr détacba de l'escadre de Zélandc dii vaisseaux pour " amuser n celle de France. Ce sont là des jeux que ne jouent pas les boumies sensés ; car euGn, si toutes les divisions de la flotte de M. d'Kstrées avaient manœuvré avec une meilleure entente, que seraient devenus les dix vaisseaux commandés par le Lieutenant Amiral Bankert? Nous ne croyons pas plus a lu réalité du bruit auquel fit deux fois l'honneur de le reproduire un homme commo M. Colbert, qu'à cet autre que nous trouvons mentionné dans les Mémoires du marquis de Villetlc :
u On prêlend que lo prince Robert, qui commandoil l'ami^c^, cl qu'on sccDBOtl d'avoir toute sa vie eahalê contre le gouvernemenl cl entretenu des ialeltigoDccs avec les ennemis du Roy, son cousin germain, ménagea les Rollandoie. et perdit par dessein les occasions de ruiner une partie de leurs forces navales, n (Mémoires, p. 12.)
• On prétend, il paroU, <j sous la plume de M. de Villette et sous celle de M. Colberl, semblent fort élranges. Encore le "on prétend" du Marquis peut s'excuser. Vieux , Lieutenant Général, cherchant à se rappeler les faits dont il a été témoin ou qu'il a connus par ses amis, il se souvient d'un bruil qui courait dans sa Jeunesse nu port de Brest parmi les ofGciers , qui ne savaient pus trop comment dupliquer la niancbuvrc de l'Amiral Anglais pliant toute une journée au
ItO ABHAH.AJI DU (jUKSNK, 1673
lien de foire loto a M. de ilujter; il rapporte celte rumeur dans des Mémoires écrits pour liii-mëinc et un peu pour M. le comte de Toulouse, Amiral de France, qu'ils peuvent intéresser el instruire. Il n'y a pas grand mal à cela. Il rccuoillora bien d'autres propos , d'autres commérages qui défrayèrent jadis les conversations des cabartsis fréquentés par les officiers des ports! Mais M. Culbert, faisant pour le Itoi une enquête minutieuse et qui a éconlé des hommes dignes de sa contîance, déclare que l'escadre Française s'est battue de maoiËrc à " enfoncer et percer l'escadre qui lui étoil opposée •> , puiï parle sériensemenl des avaties faites à nos vaisseaux par les Hollandais, et Gnit par avancer que l'actiou de M. [lankcrt contre M. d'Es- Irées ne fui, <• piiroJt-îl » , qu'une comédie ; cela ne se comprend pas. Louis XIV ne dut pas le comprendre et dut se le faire expliquer. L'citplication nous manque, et nous le regrettons vivement.
Des faits connus par les rapports de H. d'EsIrées, du prince Bupert, de M. de Martel, el résumés par M. Colbcrt dans le Mémoire que nous venons de transcrire, et qui jusqu'ici n'avait pas été publié, que ressorlil-il? 1° Que M. Spragge mautBuvra mal, gardant la panne et dérivant quand il devait se trouver au plus près et combattre sous celle allui'e; 3' que le prince Rupcrt, pliant toujours au lieu de tenir ïe vent, fit vue manœuvre déplorable; 3° que M. de Martel, virant de bord plus IfH qu'il ne fallait, obéit mal à M. d'Es- Irées; 4° et enfin, que M, d'Ëslrées, qui combattit pendant un certain temps les vaisseaux de l'escadre de Zélande venus pour l'attaquer, fut un peu long h se réparer et ne put arriver que trop tard vers le groupe où H. de Ruyter était aux prises avec le prince Rupert. Mais dans ceci y a-t-il matière à cftle accusation portée avec unt.obslintflion passionnée contre Louis XIV, que le Koî, par des ordres secrets au corale d'Estrécs, l'empêcha, comme en 1672, défaire donner son escadre? (Eug. Sue, Hiitotre de in Marine, t. 2, p. 32.) M. d'Estrécs donna moins heureusement qu'il n'aurait fallu , purce que sa manœuvre ne fut pas bonne. L'/imnntle, commandé par M. d'Estivalle, ie Maure, par le marquis d'Amfreville, le Foudroyanl, par M. Gabarct. l'Apollon, par M. de Lanijeron. le Terrible, par M. des Ardents . le Grand, par M. Forant . l'iUmtre, par M- de Beaulieu , le Sans-Pareil, par le cbcvalicr de Tourville , mérilérent qu'on les cilâl. M. d'Eslivulle fut tué. (Gazelle de Frame, 1" septembre 1673.) Le chevalier Scolias. enseigne du vaisseau le Fier, que montait le chevalier d'Hailly, fut emporté d'un coup de canon. Le che —
3 IIAIIIME DU XVII* SIKCLE. lit
valicrdeMontbroti et uncapitained'Oleron, nomni^ Jacob, perdirent chacun un bras dans cet engagement, et M. fiirardin de Vanvré fui frappé à la cuisse d'un boulet ricocbani, qui, par fortune, lui fj( seulement une grave contusion. {Gazetlede France, It septembre, lettre de Londres, 31 août I(î73.) " Les François, qu'on rcnduil n suspects aux Angiois, montrèrent que la m^Oancc qu'on aïoit d'eux.
> et qui éloit fomcnlce par les soins du prince ttobcri, éloit très-mal
> fondée. Il y en eut pourtant qui démentirent un peu ce qu'on alten- " doit d'eux... Buous et Beaumonl se perdirent de réputation; Har- H te) manœnirra mat ; tàrancey et Blénac ne se tirent remarquer par >■ aucune action particulière... D'ËstivalIc se fît tuer an milieu des
> ennemis. •< Voilà ce que dit le marquis de Villetle, qui ne flatte pas, on le voit, et qu'on peut croire.
Lu .5 septembre 1673, M. de Scignclay éeriiait ^ M. de Croissy :
■ monsieur moD odcIi' , Sa Mnjcsld est fort satisfaite du soin que vous tvn pris de justifier M, \e comte d'Eslrécs et toute l'escadre française contre les talomnies du prince Roherl; Elle approuve la conduite que vous ireii tenue dans celte affaire, et Elle veut que vous observiez dans h suite de le menacer au l'ss qu'il paroisse se di^dire el se repentir de ce qu'il a dit an désavantage de Sa Majesté. Mais en cas qu'il cofitimre dans ses maUFaises inlenlions et qu'il vous paroisse qu'il prenne des mesures avec la faclloa contraire à l'alliance avec ta France, Sa Majesté veut que vous le poussiez ouvertement, et qui' voua donniei loiile votre application àbien ffure connoilre ou Roi d'Analcterri' la mautaiir conduite que leJil prince a tenue pendant la campagne, n
De Nancy, le 17 septembre I|j73, M. de Scignclay. revenant aua isiis qui le préoccupaient aussi bien que sou père , écrivit à M. de Croissy :
o Sa Majesté a été fort surprise de la relation de M. de Martel qUo je lui ai lue, el pour eiupéciier les suites de tous les discours qu'il a tenus, si contraires à la gloire de ses armes el si préjudiciables au bien de son servicr, Elle lui donne ordre de venir en France rendre compte de ses actions, et aussilAI qu'il sera orrivd à Paris, ElU h fera mettre, à la BailUle.
- ... Il n'y a rien de plus important que de faire voir clair au Roi d'.^ngleterre dans celle affaire el de désabuser les A nglois de la mauvaise opinion qu'ils ont de l'action de la llolle de Sa Majesté dans la dernière iiccasion , en leur faisant connohrc que si le succès n'a pas été aussi heiireui qu'on l'auroit pu souhuiler, il doit être imputé au prince Robert et non k l'esrndre de France, t (Arcli. de la Marine.)
Le marquis de Martel fut curermé h la Basiille jiour l'exemple.
lU ADRAHAM DU QUKSNE. 1673
, Le coin mande méat de la Thércsa Roifale, qu'il avait montée, fut
donué au chevalier de Valbelle , dont le vaisseau { le Glorieux) eut
pour capitaine M. de Belle-lle-)£rard. Le Roi voulut que M. d'Ks-
[ Irées demandât au Ko! d'An<{lctcrre des commissaires {lour le ju^er,
I et à ce sujet Ht écrire par M. de Seignelay à M. de Croissy de s'ef-
I forcer d'ubtenir que ces commissaires ne fussent pas suspects et fus-
1 sent, s'il était possible, u dans les inlérËls de \l. le duc d'Vork n ,
I c'est-à-dire aussi partisans de l'alliance française que l'était peu le
[ Prince Rupcrt. On n'en vint pas là. M. de Croissy lit connaître les
L intentions de Louis XtV, et le Hoi Charles ne crut pas devoir établir
I celte enquête par commissaires , les faits lui paraissant assez connus
[ et lui-même ayant bien Jugé la conduite du prince Rupcrt, puisqu'il
I lui avait retiré le commandement de la flotte. Qu'il le lui ail rendu
ensuite, obsédé par le parti anli-fran^ais du Parlemeul, qu'importe?
Le coup était porté, le prince était jugé.
M. Colbert, bien qu'il cill écrit sa relation du 10 septembre, vou- . lut encore connaître, par d'autres rapports, ce qui s'était passé dans l'escadre du Roi pendant toute la campagne; il s'adressa pour cela, le 14 octobre, ù M. de Seuil, lui ordonnant de s'informer - soi- ' <[ncusement et adroilemenl... > et " de découvrir autant qu'il sera > possible la vérité de tout... n el de donner « ainsi, par l'informa- - lion qu'il en " prendrait, u moyen au Roi de bien connoîlre tous les " officiers el capitaines qui ont l'bonnour de servir dans la marine, n soit pour les actions de bravoure , soit pour les manœuvres , pour " la conservation des équipages, la propreté dans les vaisseaux " . Le Commissaire général do Brest procéda à son enquête et envoya le résultat de ses conversations avec les ofUciers au Ministre qui l'atlendait avec quelque impatience. Lu pièce est datée : llrcsl . 23* novembre J(i73; une seconde, sans date, complète celle-ci. Tirons de l'une et de l'autre les points les plus importants. Dans la première nous lisons ;
:e- Amiral de Zélande , lui troifiièmc, pour
I début à ne pouvoir manquer n s'y fùl allaclië. n
Ceci accuse également M. d'Estrées et M. de Martel, mois prouve assez clairement que les Hollandais , qui s'euposaient à ce point, ne s'étaient pas fuit un thème d'épargner les Français. Pour tes épargner, ils se ser.iient tenus à dislance, el, par complaisance, n'auraient pas exposé trois de leurs vaisseaux , dont un pavillon , à toi ber au pouvoir de leurs adversaires.
vu aBRAHAU DU QUBSME.
i d'aulrCB mptlaincs que ron ne nomme poinl? M. de Bclle-Ilc- Érard « el tous les officiers ■■ qui repliaient le propos tenu , disaientils , par M. de Granccy, élaient-îls bien certains que ce propos aiait été tenu? Pourquoi M. d'Eslrécs, au lien de donner à entendre^ n'svait-il pas déclaré et nellenient affirmé tout haut et pour ju si i fier ses manœuvres qu'on bldmait , que " le Roi no vouloit pas que l'o» I) hasardât ses vaisseaux dans le péril? » C'est qu'il était diUicilc de le faire croire, après le combat du 7 juin 11)73, où l'escadre française avait fait loyalement son devoir, et mfme après le combat du 21 août, où. S) les vaisseaux de M. d'Eslrées n'avaient eu qu'un court engagement , t'affaire avait été assez vive pour qu'il y eût des bâtimculs endommagés, un capitaine lue et des ofliciers grièvement blessés.
Non; le Roi avait voulu que ses vaisseaux prissenl leur bonne part de toute action guerrière. N'avait-il pas, dans son instruclion, dit h M. le Vice-Amiral qu'il comptait sur sa bravoure et sur son zèle pour faire quelque grande action? N'avail-il pas fait promettre les charges et les récompenses aux capitaines qui se signaleraient parliculibrcmcnt, promesse que reprochèrent au Roi le marquis de Villetle et les officiers entendus dans l'cnquéle? Louis XIV anraît-îl stimulé le courage des capîlaines, s'il avait voulu que ses vaisseaux fussent ménagés? 11 est bien évident que M. d'Estrées ne tint pas le propos qu'on lui prêtait. Kt, qui élaienl ceux qui prétcndaicnl que ■ M. le Vice-Amiral avait donné à entendre "..?M. de Belle-lle- Erard , .que M. d'Estrées n'avait pas nommé dans ses relations , « et Ions les officiers » qui , étant dans le même cas , étaient portés contre M. d'Estrées d'un sérieux mauvais vouloir. I) est A ri'marquer que, parmi les déposants dans l'enquélc secrète fittte par M. de Seuil, aucun des hommes dont les noms figurent dans les rapports du Vice- Amiral ne fut entendu. M. de Uelle-Ue alia fort loin, déclarant que, dans le combat du 21 août, la Reine, montée par M. d'Estrées, serait restée conslumment il l'abri d'un vaisseau anglais, allégation qui ne fut articulée par aucun autre capitaine. M, d'Estrées ne dit pas ce que lui fit dire une malveillance évidente , cela nous semble positif- Une considération sérieuse vient d'ailleurs étayer notre opinion. Lorsque le Vice-Ainiral écrivit à M. Colbert pour lui témoigner la crainte d'être remplacé par M. de Mariol , lui dit-il ; u Comment le 1 Roi me destilucrait-il de ma charge? \e lui ai-je pas obéi en n'ex- 1 posant son escadre que le moins possible? " 11 n'y a ni dans ses
ItlAtlIM! DU XVII
ilbCLK.
4ettres, dî dam celles thi Roi , de M. Cnibcrr, de M. de Scl^elay , (le U. de Croissy cl du Vice-Amiral, ni une pliruse, ii! un mot qui autorise l'opiniou à laquelle od s'est atlacbé et que démcnlenl les combats des 7 juin, 17 juillet et 21 août 1673, les paroles adressées par M. 4'EElrécs au priuce Itupert, le 18 juillet {voir ci-dessus, p. 109), et cette phrase sî cinire , si positive, si couvain ean te de lu tlépécbe de M. de Croissy à son frère (7 septembre], lui rappelant qne Sa Majesté avait expressément u commandé à M. le Vice-Amiral " et A tous les officiers de la flotte de n'épnr.^Dcr ni ses vaisseaux ni ■ leur vie, lorsqu'il s'agira de servir le Roi d'Anifleterre. "
M. d'EsIrces laissa arriver tardivement, après rengagement de son escadre avec le Lieu louant- Amiral Bankert; pat-il le faire plus tôt? L'enquéle faite ù Sceaux, par M. Colbert semble établir que non; un capitaine de brillol, M. de Hor,i|UËlin , dit que les Anglais faisant le S,-0., le Vice-Amiral courut à l'Est pendant cinq horloges, n'ayant qui que ce fût qui lui " disputait rien ^ . Il y a donc doute. M. d'Ëstrées obéît mal au signal qui lui enjoignait de venir dans les eaui du prince ItupcrI; il resta au vent pour le conserver, au cas, qui semblait probable, que le combat recommençât le 22 août. En tomme, il nous semble qu'il manœuvro, non pour satisfaire à un prétendu ordre secret du Itoi , mais par pure vanité, et pour n'avoir TOttlu, suivant son usage, conâullcr personne ou entendre à aucun avis. Voici à cet égard ce que contient l'information faite par M. de Seuil (23 novembre 1673) :
u M. le cooile (l'EsIrécs ne manque point Je ^eas qui c en surent sa conilnite. Il lui pst imputé d'Jtre «i prétenu de *a tapacUé qu'il dc prend conseil de ceux qui lui en peuvent ilonner, d'où il arrive que. tomme il n'a pat loulei les rxpiriencfs et loulea tes vues, il en lonilie dans iIpb fautes qii font souffrir ceux qui unt à le suivre. Il e»i loië de jalouser toul jusqaes auipcliles chosea . te faisant l'honinio de tout;, et, n'y pouvant suf- Gre , une partie des affaires demeurent ou se fuiit imparfaitement; à quoi esiii ajouter que les offii'Jsrs généraux ou particuliers auxquels il diminue ce qu'ils pourroient oii dévoient faire en ont des morlifications qui les éloignent de lui , et qui les tirent de la coosidi' ration dans laquelle ils se liendroient.
i Ses manièrea avec les ofBciers , toujours tendues sur la hauteur et sur la supériorité , ne sont pas encore de leur goAl , et on leur attribue les premières causes de son divorce avec les Lieutenants généraux (Martel et Dntjoesne).
n Les of&ciers on capitaines les pins sensés sont pcrsuailés de la nécessité de mettre une personne forte à servir auprès de M. le Vice-Amiral;
.Ht ABRAIIA)] DU QUKS^E. 1673
ils parltDt d'un Lieiilcnsnl général ou d'un Cbef d'escadre, ou au moms ua homme de lu façon de M. Cabaret l'aîné. (Avec un homme du caraclire de M, Jean d'Eslrées, à quoi cela aurail-il servi? Qui anrail eu de l'inDuence Bar cel homme si sûr de lui?)
» I^es lapitaines qui ont sprvi sur la Ittint disent que pendant la cam- ' pagne, ils n'ont été appelés on consul lés sur a itcn ne rencontre imporlanle. •>
Tout le bruil qu'avaient fait les événements niarUimes de 16T3, 1 et qui occupa le public malgré le soin que prit SI. Colbert de faire insérer dans la Gazelle une relation trés-favorable à l'escadre française , finit par s'évanouir, non pas tout à fait cependant dans les porls cl sur les vaisseaux. L'Angleterre cria dans son Parlement; le parti de M. le duc d'Vork fut vaincu par celui auquel s'était voué le prince Rupcrl; les Hollandais se vantèrent d'avoir remporté une grande victoire ; ce que leur conlestèfcnl les Anglais, qui taxèrent de mensonges leurs relations. — C'est toujours ainsi que les choses se [ passent! — M. Colbert écrivit de Sceaux, le 30 novembre, H M, le "Vice-Amiral : o. Le Roi a été informé, par mon frère, de tout ce qui a a été fait el dit par M. le prince Robert, après le dernier combat, » et je vous puis assurer que Sa Majesté sera n (pourquoi : sera , au n lieu de : est?) fort satisfaite de la conduite que vous avez tenue. <> M. d'Estrées ne pouvait rien vouloir de mieux. Un homme payait un peu cher la faute qu'il avait faite de se mettre mal avec le Vice-Amiral ; en se plaignant d'impolitesses de ce général qui ne loi avait pas donné la droite h la porte du Vaisseau Amiral et une autre fnïs ne l'avait pas aceompajjné jusqu'à l'écbellc de commandement, et lui avait écrit : n II est ordonnéau sieur marquis de Martel défaire, etc., " au lieu de » M. de Martel fera, s'il lui plaît... « , il eut la prison, comme l'année précédente Du Qilesnc avait eu la dis<|ràcc.
Cependant , Da Quesne revint sur l'eau dans les derniers mois de l'année 1673. On ne pouvait pas plus le rapprocher de M. d'Estrées que, pour un temps du moins, on n'en rapprocberail M. de Martel. Il trouva dans M. de Vivonne un supérieur bienveillant avec qui il lui fut donné de pouvoir vivre en assez bonne intelligence.
A la fin de la campagne de 1G73 , presque tous les vaisseaux de la flotte française quillèrenl les eaux anglaises pour retourner dans les ports où elle devait désarmer. Pendant leur navigation, ils furent
UAHINK DU XVM* S[JiCLE. IST
accueillis par une furieuse tempËte qui lit souffrir un grand nombre d'entre eus dans leur millurc et leur grèemenl. Aucun navire ne péril cependant, mais plusieurs furent an risque de sombrer.
Le Bourbon , commandé par M. de La Vigerie-Trealebois , s'échoua aux Dunes. On le releva, et, pour le réparer, on le conduisit dans un des ports d'Angleterre. L'ambassadeur de France demanda pour ce vaisseau , lorsqu'il fut en état de reprendre la mer, une escorte anglaise pour le ^garantir contre une attaque possible des Hollandais ; cette escorte fut promise , mais on n'y eut point recours. Le vaisseau le Gfilanl prit le Bourbon sous sa protection , cl M. de Bcaujeu le Gt entrer à Brest , le IG avril 1(!74. (Gazelle de France.)
La France avait inf islé pour que l'Angleterre maintint une escadre dans le canal , alln de défendre te commerce des deux nations contre les corsaires zélandais el hollaudais; rlte-in<?nie avait promis de tenir six vaisseaux dans les parafes le plus ordinairement fréquentés parées corsaires. L'Angleterre détacha de sa Dolle quelques navires; quant à la France, les six vaisseaux d'abord destinés u â garder la Hanche et assurer la pêche du hareng surjes côtes " (M. Colberl à M. d'Ëstrées, 30 septembre) furent réduits ù quatre et mis sous le commandement de M. Jean Gabarel {7 octobre].
A ce moment, le Parlement anglais protestait avec violence contre Talliance française; Charles II résistait encore, mais la lutte contre le sentiment public devenait dcjouren jour plus dilticilc. Il lui rallail céder; il céda, el moyenna une paix particulière avec la Hollande. L'Angleterre perdit un auxiliaire qui ne lui avait pas été inutile, quoi qu'on en ait dit; la France au lieu d'un ennemi en eut deux : la Hollande et l'Kspagne. Depuis plus d'un an déjà la guerre, sans Être déclarée entre l'Espagne et la France, existait de fait. Les escadres que Louis MV entretenait le long des cistes de France et de la Péninsule, aussi bien qu'au détroit de Gibraltar, avaient ordre do se garder contre les Espagnols en même temps que contre tes Hollandais, EnGn parut la déclaration suivante :
« Sa Majesté ayant clé iafornirfe que Ik gouverneur des Paya-Bas cspagaols 1 (M. Monlvrey) " a fait commellrc des actes d'huslililë par loulu la frontière sur les sujets de Sa Majesté, le 16 de ce mois, Elle a ordonné el ordonne par la présente signée de sa main, à tous ses sujets, vassaux et serviteurs de coarre sas aux Espagnols , tant par terre que par mer, et leur a dérendii et défend d'avoir ry-après avec eux aucune commuDÎcation, inlclligence, à peine de la vie. Et pour celle tin, Sa Majesté
ABRAHAM DU QUESNK.
ISTS
a dèfl à présent révoqué el révoque tous les commissions , passe-parts, sauvegariles on sauf- conduits qui pouiroicnt avoir clé accordi^s par elle ou par st?8 LieiilenanU gcnéraiii al antres orTiders, contraires à lu présenlt , elles a déclare» nuls cl de nulle valeur, délcndanl à qui que ce soit d'y avoir aucun égard. Mande el ordonne Sa Majesté à M. le comte de Vermandois, Amiral de France, aux Maréchaui de France... que le contenu en la présente ils fasscnl exécuter chacun à son égard , dans l'élendne de leurs poDVoirE et JDrisdiction. Car telle est la volonté de Sa Majesté . laquelle entend que la présente suit publiée et afOcbée en tontes ses villes tant maritimes qu'autres, et en tous les ports, havres et autres lieux ' nvaume qne besoin sera hi ce qu'aucun n'eu puisse prétendre caose Innce. Fait à Versailles, le 19* octubre 1673. (Signé:) Louis, el pli I U Tblliib. " (Vieilles Arch. de la Guerre, vol. 357. pièce 28'.)
La marine était averlic. Si ellt: n'avait point à agirimméHiatcmeDl, [ il lui fallait se melire en mesure, armer de nouveau, après avoir [ mtdoubé, recréé, réparé ses Aavires lassés par la navigation, déchirés L^U' la guerre, désemparés par l'ouragan. M. Coibert pourvut àloul. ] j£ Roi accorda dix millions délivres — plus de vingl millions de nos firance — aux iteui marines : huit à la marine à voiles , deux k celle des galères. Cette somme ne devait guère élre dépassée en 1674. Kien n'annonçait, du côté de la Hollande , l'intention de recommencer immédiatement une guerre active , et quant à l'Espagne , si quelques signes, encore peu mauiTcslés, faisaieni prévoir à la Cour que l'aclion sur mer s'engagerait avec elle dons un lenips qui ne serait pas Irés-éloigné , rien n'annonçait qu'une Torle escadre fut nécessaire pour le présent. Aucune action imporlante ne fut tentée, et l'avenir fut grevé seulement d'un million cinq cent cinquante-sept mille trois cent quatre-vingt douze livres — plus de trois millions de notre monnaie. — (Carnets de Louis XIV.)
Le Roi élail content de sa marine ; il voulut lui en donner d'éclatantes marques. Au milieu du mois de décembre 1673, il Gt Lieutenant général des armées navales M, d'Alméras, pour qui il créait une troisième charge de Lieutenant général. Jusqu'alors il n'y en avait eu que deux ; mais la marine grandissait , son rôle acquérait une importance proportionnée aux événements politiques auxquels elle était de plus en plus associée. L'élévation de M. d'Alméras laissait vacante la charge de Chef d'escadre de Provence. Un homme ardent, ambitieux, capable d'ailleurs, la désirait avec passion-, mais le Roi, qui venait de faire trois Chefs d'escadre , l'avait oublié ! Que lit-ilt blcoutons là-dessus te marquis de Villctle : » La promotion
» ne surprit personne que par la part qii*y eut Valbelle. C'étoit un r homme très-artificieux ' et qui savoit plus d*un métier. Il avoit fait » celui de corsaire avec quelque bonheur. Le Roi Tavoit omis en » nommant les trois antres. Cet homme, hardi jusqu'à rerfronterie, 9 leva sa perruque et fit voir à Sa Majesté sa tête pelée et des che- 9 veux gris clair-semés. Cette impertinence eut un succès favorable 1) et fit un sixième Chef d'escadre , car le marquis de Grancey et des » Ardents Tétoient de Tannée dernière. » Il faut ajouter que M. de Valbelle, homme d'esprit, causeur agréable, avait plu au Roi, qui lui pardonna une inconvenance par laquelle tout autre se fut perdu. Il entra assez avant dans la faveur de Louis XIV pour que , cette même année 1674, on le préférât à ses cinq camarades, ses anciens, lorsqu'il s'agit du commandement d'une escadre dont nous parlerons tout à l'heure.
M. Jean Cabaret, M. de Château-Renault et le marquis de Preuilly furent les trois capitaines que le Roi honora du brevet de Chef d'escadre, que M. de Valbelle emportait par une pantalonadè, si M. de Villette a dit vrai. Le 16 décembre 1673, fA. Colbert annonçait sa promotion à M. de Château-Renault. Cette faveur fit un peu crier les capitaines qui avaient assisté aux combats en ligne de 1672 et 1673; ils s'étonnaient et se plaignaient de se voir préférer un officier qui, dans ces deux années, n'avait fait que la garde-côte et le convoi des marchands. Mais ce service avait beaucoup d'importance ; et d'ailleurs , ainsi que le dit le marquis de Villette , « tout le monde sait ^ que M. de Château-Renault est un homme de courage et de nais- 9 tance « . Le marquis n'appuyait peut-être un peu sur celte dernière qualité que parce que a la naissance n n'était pas un des titres à la faveur que pouvait opposer à tant d'hommes de qualité et de noblesse ancienne le chevalier de Valbelle , dont on disait que son bisaïeul , Honoré Valbelle, était un simple apothicaire de Marseille. Mais u son T9 père, Côme de Valbelle , était mort capitaine d'une galère de son
^ Il ne faut pas prendre à la leUre les opinions de M. de Villette sur les hommes
qai forent ses supérieurs ou ses égaux dans un service où il ne fut pas mal traité, en
définitive, puisqu'il s'y éleva jusqu'au grade de Lieutenant général. Il avait des anti-
paihiesdont le temps et l'Age ne le firent point revenir. Malheur à qui n'était pas de
tes amis! Nous le trouvons presque toujours injuste pour Du Quesne, à qui peut-être
le earaetère de M. de Villette ne plaisait guère. Mais il a vu les choses dont il parle,
et il faut l'écouter comme un témoin important, en se défiant pourtant de sa passion,
qui, au reste, ne se dissimule guère. C'était un galant homme, assurément, mais que
It haute opinion qu'il avait conçue de lui aveuglait quelquefois sur le mérite d'autrui .
ir. 9
130 ABRAHAM DU QUKSNE. 1674
n nom, au combat de 1638, donné par les galères de France à celles Ti d'Espagne, et son grand-père avait commandé, en 1579, mie V galère française » ; ce qu*allégua Robert de Briançon dans sa Noblesse de Provence, pour justifier une généalogie fausse, que rejeta d'Hozier, affirmant que ce Robert avait dressé la généalogie k de la 1* famille de Valbelle comme elle vouloit , moyennant le payement y> de mille pistoles qu'elle donna n. (Bibl. Nat., Ms. Cabinet des Titres.) Bien d'autres généalogies sont dans ce cas*.
M. de Villette n'avait rien à dire sur la naissance de M. de Preuilly. tt Tout ce qui doit avancer un bomme se rencontroit en M. de PreuiDy, yy hors peut-être qu'il n'étoit pas assez ambitieux » , — cbarmant reprocbe , et que peu de gens ont mérité ! — a et qu'il faisoit trop " de cas de ses amis de débauche. ^ Ceci est plus grave. Quant i M. Jean Cabaret, il n'avait point d'ancêtres connus aux croisades, et sa noblesse était d'hier ; mais u il étoit fils d'un Chef d'escadre » qui avoit acquis la noblesse par sa valeur ; et il étoit lui-même » distingué comme ancien capitaine et bon manœuvrier, n (Mémoires de Villette, page 18.)
Le Roi ne s'en tint pas à la nomination de cinq officiers généraux qui remplissaient le cadre, élargi jMmr les besoins du service; le 3 janvier 1674, il accorda des pensions de 2,000 livres à MM. J. Cabaret, de Preuilly, de Château-Renault et de Valbelle, que le document qui est sous nos yeux nomme selon leur rang d'ancienneté. 11 voulut être juste pour tout le monde, et donna au chevalier d'Hailly une pension de 1,500 livres, une de 1,000 livres à M. de Beaulieu, une de la même somme à M. Louis Cabaret. Le 15 janvier, il compléta la liste de ses faveurs en accordant 1,500 livres de pension au chevalier de Sourdis, et à MM. Forant et de Cou une pension de 1,000 livres chacun. (Archives de la Marine, Ordres du Roi, 1674.)
u Sa Majesté ayant donne le commandement de ses vaisseaux et galères qu'Ella fait armer poar servir dans la Méditerranée , pendant la campagne prochaine, au sieur comte de Vivonne, Général des galères de France, et étant informée qae toutes les fois que les Généraux des galères ont com-
^ Le chevalier oo commandenr de Valbelle, railleor, caostique avec goût et metniie, écrivain spiritoel et agréable, eut le tort très-grand d'écrire sor les événements auxquels il avait en part, de ne pas ménager dans ses lettres ses chefs et ses caoMndes, et de faire courir ses relations dans le monde, où elles plaisaient, mais où elles ébranlaient des réputations heureusement établies par de bons services. Noos bientôt que ce besoin de critiquer lui fut vivement reproché dans vne importante, où la personne de Du Qnesne était en jeo; ni-'tii
U74 MARINE DU XVII« SifcCLE. 131
mandé ses vaisseaux, ils ont fait arborer le Pavillon Amiral, à quoi ayant égard. Sa Majesté vent et entend que le vaisseau que ledit comte de Vivonne commandera porte le pavillon Amiral, le vaisseau commandé par le sieur Du Quesne, Lieutenant général, le pavillon de Vice^ Amiral , et le vaisseau commandé par le sieur de Freuilly d'Humières, Chef d'escadre, le pavillon dé Contre^Amiral , bien que ladite escadre ne soit composée que de huit vaisseaux de guerre, deux frégates et .quatre brûlots, et que, par le règlenent du 12 juillet 1670, Sa Majesté ait ordonné que lesdits pavillons ne pourroient être arborés que lorsqu'ils seroient accompagnés , T Amiral de mag/t vaisseaux, le Vice-Amiral et le Contre- Amiral de douze chacun, n {Ofedres du Roi , Archives de la Marine.)
L'escadre de M. de Vivonne devait être bientôt une armée; les prescriptions du règlement de 1670 seraient alors obéies.
A la fin de Tannée 1673, M. d' Aimeras avait demandé un congé ; il commandait alors Tescadre du détroit. En lui annonçant sa promotion, le 15 décembre, M. de Seignelay lui avait dit : « Puisque » ¥0S affaires particulières ne vous permettent pas de retourner à « présent à la mer, il est nécessaire que vous vous appliquiez à faire 9 partir promptement les quatre vaisseaux que le sieur de Gorris doit y> commander pour aller occuper le détroit, où il n'y a point de 9 vaisseaux du Roi. n L*escadre du détroit fut bientôt augmentée de quatre vaisseaux : le Ferme, du 3* rang : capitaine, M. de Ghàteau- Beuf; le Prudent, capitaine, le chevalier de La Fayette; V Incommode, du 5' rang : capitaine, M. de Cogolin , qui avait son fils pour enseigne ; le Dangereux, capitaine, M. de Gravançon.
On avait pensé , la flotte étant revenue de la Tamise , à composer
une escadre de trente vaisseaux pour la Méditerranée ; elle fut réduite
à dix vaisseaux, et M. de Valbelle eut le crédit de se la faire donner.
Ces vaisseaux étaient : le Pompeux, du 2* rang; M. de Valbelle
allait y arborer son pavillon ou pour mieux dire sa cornette au mât
d'artimon, marque des Chefs d'escadre quand le Roi ne leur donnait
pas Tautorisation de porter le pavillon carré de Vice-Amiral ou de
Contre- Amiral. Les capitaines du Pompeux étaient MM. de Rosma-
dek et de la Chênelaye; le Bourbon, du 3* rang : capitaine, M. de
Relingue; YOriflamme, du même rang : capitaine, le chevalier Tam-
bonneau ; V Aimable , du même rang : capitaine , le marquis d' Am-
fireville, capitaine en second, M. de Bellefontaine ; le Fortuné, capi-
iiûtte, le chevalier de Sébeville, avec le chevalier de Lhéry, capitaine
en seeand; V Excellent, le chevalier de Tourville, capitaine, et M. de
lanSy capitaine en second; le Fier, capitaine, M. d'Hailly,
AttltAlUM DU QUBS^e. I67J
et CQpitilinG on srnmd, M. lin Rochcfort; le Maure, capitaine, M. de La Barre , cl capilnine en second , le marquis de La Porle ; ic Sage, capiluiac, M. de Longeron, et M. de Maehnull, capitaine en second ; V Apollon, capitaine, M. le marquis de Villette, el capitaine en second, M. de Vaudricourt. (Ordres du Roi, 3 mars 1674.)
Le G février, Louis XIV ccrivil à M. de Besmaus, gouverneur de la Bastille, d'ouvrir les portes de son château à M. de Marlel. Le , marquis recouvrait donc sa liberté, mais il ne fut pas employé.
Luc escadre de quatorze vaisseaux pour le Ponant fui composée de vaisseaux armés à Brest et à Rochcfort; AI. d'Estrées fut désigné pour la commander. M. d'Alméras, nouveau Lieutenant général, te seul qui pilt s'accommoder pcut-éire avec M. le Vice-Amiral, et MM. des Ardents, Cabaret, marquis de Grancey et de Château-Renault, Chefs d'escadre, lui furent donnés pour lieutenants. Celte force navale, que les lenteurs ordinaires aux ports, encore inconipléleni eut organisés pour la rapidité désarmements, retinrent longtemps, partie à la Rochelle, partie à Rochcfort, partie à Brest, u'eul point A agir en un seul corps. \1. d'Estrées ne prit pas la mer. Comme on craignait, d'après des avis venus de Hollande, que \l. de Ruyter ou M. Cornelis Tromp ne fit une tentative sérieuse pour forcer le goulet de Brest et brûler les vaisseaux dans le port , M. le Vice-Amiral eut ordre de s'entendre avec M. de Gada^ne et M. le duc de Chaulnes, gouverneur de la province , pour mettre Brest à l'abri des insultes de l'ennemi, tant du cAté de la terre que du côté de la mer, M. d'Ks- Irées n'eut pas d'autre devoir pendant celte année. M- Jean Cabaret eut les mêmes soins pour la défense de Itocheforl; mais il mit à In mer lorsque les Hollandais furent éloignés de nos côtes. M. d'Estrées arriva à Brest, le 16 avril, pour travailler h la sûreté du port.
M. Cornelis Tromp , sachant Brest bien défendu , n'essaya pas de pénétrer dans sa large rade; il s'approcha de Belle-Ile avec plus d'espoir de succès , débarqua quelques troupes , mais trouva une garnison solide dans le château, et, hors des murs de la petite cité, un corps de noblesse et de paysans garde-côtes qui le contraignit â se rembarquer. Repoussé de Belle-Ile, il fit voile pour Noirmouliers; là, il réussit mieux. L'Ile était dépourvue de troupes; il put s'y établir et y demeura une vingtaine de jours. Il s'informa alors et apprit que la côte était hérissée de milices, résolues à ne pas laisser envahir le Poitou, la Saintonge et la Guyenne. Il quitta Noirraoutien, lai.>sa deux de ses lieutenants avec une escadre pour courir SUBAK
U74 UARINK nu Xl[f> SlifCLI^. 133
marcbandii français, cl passa dans la Méditerranée pour obéir aui vœux deUarie-Anne d'Aulricbe, Reiac régenle d'Espagn/;, qui réclajrïait son secours contre l'armement français qu'on avait signalé dans les eaux voisines de l'Andalousie. Il resta peu au Levant; rappelé par les Étals dans l'Océan , il parut de nouveau sur les càtes de Bretagne et de Normandie, et, à la lîn de l'année, rentra avec son année dans les ports de Hollande. (Juin-décembre 1674.)
L'escadre commandée par M. de Valbelle comptait, comme nous l'avons dit, VExcelhnt parmi ses vaisseaui. M. de Tourvillo l'avait armé à RocbeforI; son pilote, en le sortant de la Charente, le jeta sur un rocher, d'oili on le tira plus tard. Il fallut le remplacer: ce fut VBeureux, conduit par M- de la Bretècbe, qui lui fut substitué. On pent croire que l'incident causa un vif chagrin au chevalier de Tourville , pour le moment éloigné du service actif.
Les huit vaisseaux de Toulon étaient prêts. M. de Vivonne avait reçu l'ordre de se porter au détroit avec eux et de faire en sorte d'y arriver en même temps que M. de Valbelle, qui allait partir de Brest. La navigation de l'une et de l'autre escadre fut précise et heureuse i ce point que M. de Valbelle trouva M. de Vivonne venant à lui, après vingt-neuf jours de traversée, quand lui-même avait mil trente jours à venir de Bretagne à l'entrée de la Méditerranée. M. le doc de Vivonne avait proposé au Roi une entr>^prise dont la hardiesse ne déplut point à Louis XIV ; il s'agissait d'entrer dans le port de Cadix et d'y brdler tout ce qui s'y trouverait de vaisseaui espagnols. Ce projet était-il sérieux? La flatte, après avoir mouillé au cap Spartel,-dont la tenue est mauvaise, se rendit à Tanger, où elle jeta l'ancre. Le duc de Vivonne assembla alors son conseil pour exposer «us officiers généraux et aux capitaines ce qu'il se proposait de faire. ■ MM. Du Quesne et de Valbelle, quoique naturellement opposés » entre eux n, dit M. de Villettc, tombèrent d'accord qu'il était d'une imprudence extrême de chercher à pénétrer » en chenalant n (c'està-dire en remontant le chenal la sonde à la main) entre. les fortereaws pour incendier les galères, et qu'il était téméraire de le tenter; mail tous les capitaines furent d'avis que lé projet de M. de Vivonne était réalisable. L'Amiral s'en dédit alors , sous le prétexte que le Kcret était éventé. 11 se dirigea vers la baie de Roses, et là reçut des émissaires de iMgssjuc venus pour lui demander des secours contre te* Espagnols qui assiégeaient la ville, dont les habitants avaient Pl^l^ Vic&'Roi, leur tyran au nom de l'Espagne. M. de Vivonne
AuiiAHAir nu OUtSNK. ifi-*
ne pouvaîl riea prendre sur lui; mais apprenaut que Messine avail (léputi^i\ Rome auprès de M. le duc d'Estrées, Ambassadeur de Praoce, pour le supplier doblenir rinlervenlion de Louis XIV en leurfateur, il cmt devoir reg.igncr Toulon pour prendre les ordres du Roi.
M. Armand- Frédéric de SchCnberg, qui commandait une armée dans le Roussillon, craignait que les Espagnols ne vinssent attaquer Collioures, el demandait qu'on envoyât quelques vaisseaux el galères devant celle place, qu'il couvrirait par terre ; M. de Vivonne partit de Toulon le f 1 août avec six vaisseaux el onze <)alèrcs, et, le 15, mouilla devant Collioures. Le lendemain, neuf vaisseaux espagnols parurent à l'horizon ; un d'eun s'approcha de l'escadre française, soit pour la reconnaître, soit qu'une mauvaise manœuvre l'eût poussa de ce côté; MM. de La Fayette el de Langeron lui furent détachés el le prirent après un combal de peu de durée. C'étuil le San Pedro, Contre-Amiral de l'escadre espagnole. A la Hu du mois d'août, M. de Vivonne rentra à Toulon.
C'est à M. de Valbclle que fut confiée la mission de donner pour premiers secours aux Mossinais du hlé el la présence d'une escadre capable d'empêcher les assiégeants de tenter aucune entreprise contre la ville, que, du reste, ils se cnntentaieut d'affamer. On donna au chevalier six vaisseaux et trois brûlots escortant une barque chargée' de vivres. Le 27 septembre, le Chef d'escadre parut à l'cnlrée du Phare, et aussitôt des felouques sortant du port par douzaines volèrent vers loi, l'entourèrent, folles de joie, el raccompagnèrent jusqu'au mouillage, les pâles spectres qui les gouvernaient riant, agitant des drapeaux blancs et criant, autant que le leur permettait la faiblesse de leur voix , ' Vive le Roi de France, notre sauveur et ^ notre maître ! Que le Seigneur le bénisse , que la Madone le pro- 1 tége! « Le Sénat, aussildt que les vaisseaux furent à l'ancre, se rendit h bord du Pompeux, au nidt duquel flottait la marque du commandement de M. de Valhetlc. Il venait déclarer à l'envoyé du Roi que Messine se donnait à Sa Majesté Louis XIV. Le Chef d'escadre , circonspect , et qui ne voulait point engager la France dans une affaire d'une importance telle, répondit aux juruts que le Itoî voulait être le protecteur de Messine, mais ne prétendait pas à un autre litre. Le Sénat lit les plus vives instances, qu'il renouvela plusieurs fois pendant le séjour de l'cseadrc. Ce séjour fui de peu de durée, parce que M. de Valbclle, jugeant que la France ayant un pied en Sicile pourrait s'y établir tout à fait et dominer de \à l'italie, résol^H
'ABRAHAU DU QUESNE. I6T«
s'afGrmaU contre le Souverain ; M. de Ruvign; , proleslant, fut chargé de faire « instance au Roi d'Angielerre à ce qu'il " donnât a. de»
• ordres i tous les gouverneurs de ses ports et havres, nun-seule-
• ment de recevoir tous les vaisseaux Irançois qui s'y " présenteraient, H mais même de leur faire donner toutes les assistances dont n Ua " pourraient " avoir besoin » . (Arch. de la Marine, Dépêches 1674, folio 51.) Le Roi d'Anijleterre lit droit à la demande du Roi de France. (Lettre du 14 mars.) Vers le même temps, un petit évènement monlro à la Cour de Versailles que son influence en Angleterre avait grandement baissé. M. Miiscrani, commandant une petite frégate française, fui rencontré par un vaisseau anglais dont le capitaine, M. Monde, lit piller la frégate, surprise par une sorte d'abordage inattendu, les deuK nations étant en pain. M. Mascrani protesta contre cette violence de l'équipage anglais ; M. Monde, " avec force X compliments et assurance d'amitié », répondit à la demande de restitution faite par le capitaine français, qu'il était hien fâché, mais qu'il ne pouvait rendre ce qu'il avait pris. M. Mascrani rendit compte à M. Colbcrl, et M. de Seîgnelay écrivit à M. de lluvigny : >• Le Roi,
• quoique ce trailenicnl soit fort extraordinaire, néantmoins compa- " tistanl au peu d'autorité qu'a le Roi d'Angleterre, veut bien se >i remettre à la prudence de son Ambassadeur pour en faire des > remontrances telles qu'il estimera à propos. » '
— M. des Ardents écrivit, dans les premiers jours de mai, à M. de Seignclay pour se plaindre de certains procédés de M. d'Eslrées qui lui faisaient désirer ardemment de quitter le service. Le 10 mai, M. do Seignclay lui répondit : u A l'égard des dégoûts que vous ■< prétendez qu'on veut vous donner, vous n'avcx qu'à coutinuer de K servir ainsi que vous avez fait et ne point craindre les mauvais n ofGces. Nous avons un maître qui connoit toutes choses par lui- 1 même, et vous devez setilemenl apporter un peu plus de facilité dans
• le service. •< C'est ce que, dans des circonstances analogues, M. Colbcrt avait écrit à Du Quesne. M. des Ardents demanda alors
n lui accordât une pension
bénéfice. M. de Seîgnelay
répondit du camp devant DôIe, le 30 mai, qu'il rendrait c au Roi de sa proposition '. Le vieux Chef d'escadre insista pluf
' A propni lie ce Cbcf d'escadre qoi tolticilP une peniron lar qnelcjne MniEci eccléiiaatiquD. diaoïii , pour ceui qui l'ignorenl . ce qnï ic psiuiil d*ni 11 nlUt. dfli Iiéac6c». Ud béuéGcB D'éliil génénJeineDl pu douai par le Roi lai le jilua ordiiuirciiical, le Iwacficiaire tojuil «on raisaa grevé d'un certain nombre «
pour se retirer ; le Ministre lui dit qu*il le pouvait faire , mais que probablement on aurait besoin de lui et qu*il rengageait à ne pas persister dans cette résolution. Il était malade, en effet, et le fut tout le reste de Tannée. 11 se remit cependant et put être employé en 1675.
= M. de La Bretèche, commandant V Heureux, ayant passé de rOcéan dans la Méditerranée avec M. de Valbelle, et, par nous ne savons quelle cause , étant arrivé à Toulon seul , ne salua pas en arrivant rétendard de la Réale de France, qui était sur la rade, aussi bien que le vaisseau portant le pavillon de M. de Vivonne, Général des galères^t en même temps commandant des vaisseaux. En cela il suivait le sentiment de Du Quesne, qui avait blâmé vertement M. de Gorris d*avoir salué la Réale en présence de TAmiral. M. de Vivonne ordonna à M. de La Bretëche de saluer Fétendard comme il avait salué le pavillon. (Mémoire de M. de Viviers, capitaine de galère, sur les saints des galères, 1685, p. 98. Arch. de la Marine.) H. de Vivonne rendit compte à la Cour de cette contestation arrivée le 10 juillet 1674, et, le 12 août suivant, une ordonnance du Roi décida qu a au cas où le pavillon Amiral et Fétendard Real des galères » seroient dans un même port ou une même rade , le premier vaisi> seau n (d*une escadre arrivant) u salueroit seul et d^abord le n Pavillon Amiral, et ensuite FÉtendard Real » . (Arcb. de la Marine, Ordres du Roi.)
= MM. Gabaret (Jean) et de Château-Renault ayant chacun une escadre qui devait agir séparément, M. de Château-Renault crut que la lettre du Ministre lui annonçant son commandement le dispen-
peniioos qui en réduisaient singulièrement Timportance. Citons un exemple. A la fin d'une lettre de Tévéque de Mende à M. Colbert (9 mars 166S), Monseigneur Hfacinthe donne le « Rosle des pensionnaires de l'évéché de Mende • ; le voici ; • M. révoque de Saint-Flonr, 1000 livres; M. le commandeur de La MoUe, ion frire, 1,500 livres; M. Tabbé Tallemant, 1,500 livres; le Père Goth, de TOratoire, •nmdnier de la Reine d'Angleterre, 1000 livres; M. Benserade (le poète dramatique), 2,000 livres; M. Mérisot, secréUire de M. le duc de Nevers, 1500 Ifvres; M. de La Potterie, bibliothécaire de feu M. le Cardinal, 1300 livres; M. Sellorj, garde det menblea de Monseigneur le Cardinal, 1800 livres. • Ainsi le Prélat devait 10,900 livres on plus de 21,000 livres de notre monnaie de pensions, à un évéque fort paarre; â un bel esprit auteur de tragédies; à deux • domestiques • du Cardinal ^■'^nn, dont la succession fort riche aurait bien pu récompenser les services; à un ■Bcrétaire du duc de Nevers, que ce duc ne payait pas très-bien, apparemment, etc. U. de Mende disait du ton le plus piteux au Ministre qu'ayant perdu la charge qu'il avait aoprèi de Ja feue Reine mère, et ses charges étant grandes, il lui était impossible àe pmjw i h fois ses dettes et ses pensions. (Biblioth. Nat., Lettres à Colbert.)
140 ABUAHAM DV QUESNK. 1075
çui»-Au;;uslc , marquis de Vallavoirc cl de VouU, emmène avec lui quelques gentilshommes disséminés sur les six vaisseaux de l'escadre. Quant à lui, il a pris passage sur le Pompeux ([ue monte M. de Valbelte. La traversée ne lui semblera pas longue; la .gaieté tout agréable de son hôle lui en abrégera les instants. C'est une bonne fortune de trouver un si bon compagnon , qui, à beaucoup de belles qualités, joint d'aimables défauts. Le 18 décembre 1674, l'escadre de M. de Valbelle met enfin à la voite; le mauvais tomps l'a retenue lonijlemps li Toulon. {Gazeltede France, 22 décembre.)
Los vaisseaux conduits par le Chef d'escadre sont ; le Pompeux; le Pnideni, commandé par le chevalier de La Fayette; le Téméraire, capitaine, le chevalier de Lbéry; le Fortuné, capitaine, M. Gravier; le Sage, capitaine, M. de Langeron; XAgréabU, capitaine, M. d'Hailly; la Gracieiiu, frégate montée par M. le chevalier de Goussonville ; eoGu trois brAlots. Le vent est du Sud , il ne favorise point M. de Valbellc, et il ne faut pas moins de douze jours aux vaisseaux pour arriver au Phare. Le l" janvier 1675 , l'escadre fait pou de voile el le commandant envoie une felouque messinoise, qu'il ramène de France, prendre langue et porter au Sénat une lettre qui annonce aux jurais la venue du secours promis à la ville '.
Avant de suivre M. de Valbellc dans sa route vers Messine, sachons ce que, dans leur prévoyance, décident Louis XIV el M. Colbert , au chapitre de la dépense à faire pour la marine pendant l'année 1675. Ils allribuent à la marine lanl à voiles qu'a rames 6,000,000 de livres , ou plus de douze millions de nos francs ; c'est peu, l'affaire de Sicile commençanl à peine et le Roi ne voulant pas marchander ses secours à ceux qui s'offrent à lui. M, Colbert sait bien que le budget de la marine sera insuffisant ; il pourvoira à ses
DU frnre du niarqnit, icriîrenl dam I« Mirine: M. de Vallivoirc ^
frère un bniïBt d'enieigno de tiriieiu (30 nril 1B78), qu'il n'rul q>ie le H juillet J 1679. Ccl iirficier loi aojé daui le atuinge dn Sa«t-Parcil; quuil à l'iulre t'illi voire, que nom conniiisoni moiui, il fut lai lor la Àtnri. i la luIitiMe de 11 Hoagnc lc3P msi IGUi. {Voyei Dolte Dklie^Hairt aiH'/iir. art. V.ll.ïow». )
' Pour ne rien oublier de ce qui louche l'année 1074, diiout quu Gl Inlendint de 11 Marine i Bml M. rie Senil. le 15 roon 1674, el I Bocheforl M. de Uuin, le 30 idiII de 11 même muit.
MAniXE DU XVII° SIÈCLE.
besoins , k mesure qu'ils se feront coaoailre. La dcpensc totale fut de 10,l(>0, 116 livres au lien de 6,000,000; mah la marine eut un succès, elle prit un rauDdansleinoadc et préluda h de plus <{rundeB choses; elle ne paya donc pas trop cher ses glorieux avanlayca.
La preoiière avealure heureuse eut lieu à la hauteur du cap Lézard, à sept lieues environ de celte pointe du comlé de Cornouailles. M. de Château-Renault , ayant avec lui M. de N'esmoad , capitaine de ï Actif, — le reste de l'escadre garde^ôlcs était sur les côtes de la Sainlon^c, — traversa la Manche, poussé par un .^rand vent , et peul-^lre aussi par le désir de rencontrer des navires hollandais, dont la prise dédommagerait les équipages français des ennuis et des peines d'une longue croisière. Au jour naissant, le I" février 1675, il apert;ut une Hotte considérable qu'il reconnut bientôt pour un convoi de navires zélandais , dont le plus ifrand portail un pavillon de Contre- Ami rai. Le Prince, vaisseau de M. de Chàleau-RenauU, porte 50 canons; i' Actif n'en a que 30; ces deux, navires vont-ils affronter une escadre de guerre quatre Fois plus forte qu'eux cl une multitude de bâtiments marchands plus ou moins armés? Ilsn'liésilentpas. M. de Chàteau-Itenault fait un signal à son camarade, ouvre la chasse sur le convoi, au milieu duquel il entre par un grand feu d'artillerie, repoussant les marchands à ' droite ol à gauche et se frayant un chemin jusqu'au Contre-Amiral, âqui il vient résolument présenter son travers. 11 a le venl pour lui, et a soin de le garder. La lutte commence , s'échauffe , s'acharne ; le Hollandais se défend bien , mais il ne résistera pas longtemps. Deux vaisseaux accourent à son aide; ils gênent le Prince, qui les a bientôt fait plier. Alors M. de Chûleau-Rcnault reprend le combat contre son premier adversaire; son canon est heureux, il mutile la mâture, déchire les voiles, hache les manœuvres du Hollandais, réduit à la fin à se souvenler. Trois heures d'émotion, d'activité, de fatigue inouïe n'ont pas abattu le courage des trois cent cinquante hommes, matelots et soldats, auxquels \\. de Château-Renault a communiqué le feu que , chez lui , tempère le sang-froid. Le Contre-Amiral s'est réfugié derrière un groupe des vaisseaux qui lui étaient conGés. Il va se réparer tant bien que mal , cl le Prince et VAclif, qui justifie son nom, continuent fratcmellemenl , non loin l'un de l'autre, leur œnvre opiniâtre. Cependant tant d'audace, tant de bonheur finissent par émouvoir les sujets de messieurs les Ktals ; le lendemain , une le de vaisseaux travaillent à monter au vent , pour envelopper
Ui ABEIAIIA^t DU OltESNE. 1673
les deux l'Vançais el les réduire. M. de Chàleûu-ltcnault voit leur manœuvre cl devine leur inlenlion; il ne se laisse pas surprendre, s'éloigne non sans envoyer de nouvelles canonnades enfin se replie et va s'abriler à Ptymouth. Le jour même, le Chef d'escadre apprend à qui il a eu alTaire. C'est i un capitaine eslimc, le fils du plus illustre capitaine de la Hollande, M. Engil de Ituyicr. Les Hollandais ont reru bien des dommages, les deux vaisseaux de France ont été épargnés; par un incroyable miracle, le Prince el VAcUfoitl eu s peine quelques blesses.
Cette vaillante attaque, glorieuse action de deux navires relativemont Faibles et qui, combattant au vent par une Torle brise, n'ont pu faire que peu d'usage de leur batterie basse, fait un grand honneur à M. de Chdteau-Renault et h M. de Nesmond. Dans les ports, à la Cour, les noms de ces braves ofllciers sont prononcés avec éloge ; mais Rcnaudot ne leur consacre qu'une page dans sa Gazelle. Pourquoi? C'est que Messine est le point vers lequel sont tournés tous les regards ; c'est que la marine est là tout entière pour le public, qui sait que M. de Valbeiie est arrivé, le 1" janvier, à l'entrée du Phare, et que M. te duc de Vivonnc est au moment de quitter Toulon avec une escadre bien armée. Qu'a fait M. de Valbeiie? que fera M. de Vivonne? Voilà ce que tout le monde se demande. Les nouvelles sont attendues avec impatience ; les gens bien informés savent que le Roi a reçu du Chef d'escadre parti avec M. de Vallavoire une lettre écrite de Messine; mais ce que contient celte lettre, si on l'u su en gros, on n'en sait point le détail.
Bientôt pourtant ou apprit que le chevalier de Valbellc avait réussi à ravitailler Messine. En arrivant au Nord de l'entrée du Phare, il avait vu une escadre de galères espagnoles qui l'attendaient apparemment pour lui barrer le passage, et une escadre de vaisseaux de guerre, décidés sans doute à le combattre s'il forçait les galères. Il avait hésité jusqu'au 3 janvier, attendant la faveur du vent et le mouvement de la marée montante, qui, combinés avec le courant rapide de ce détroit, pouvaient le porter en peu de temps à l'entrée do port. Donc, le 3, le conseil des capitaines entendue! l'a quis de Vallavoire agréé, l'escadre entra dans le Phure, M. de Lu Fayette marchant le premier, et son Priidenl saluant la tour de la Lanterne {Faro) d'une gréle de boulets. Le Téméraire, du chevalier de Lhéry, suivait le Pmdent et envoyait aussi sa foudroyante salve, imité en cela par le Pompeux et le Fortuné. M. firavic
au ABRAHAM DU QUESNE. 1675
» de dire qae nous sommes heureux ; don Melcbior de la Cucva, qui <■ est soldai et qui n'est pas hubile ea fait de mer, ne se peut conson 1er « ( du secours porté à Messine en leur présence), ■' et loue X incessamment l'action que nous avons faite. Elle a charmé les Mes- » sinois; ils en rendent grâce tous les jours à la Madone... » (Signé :)
(Archives de la Marine, Campagnes.)
Par le courrier qui portail a Louis XIV sa dépêche, H. de Valhellc envoyait à M. le marquis de Sei^nelay une épltre non moins longue «ù il parlait en ces termes de la prise fuite par l'enneoii d'un navire chargé de blé : u On a donné lu cale au maître pour lui faire dire
* combien l'on armoit de vaisseaux à Toulon. Ils ont mis tout l'équi- « page h la chaîne; il est vrai qu'on ne l'a pas rasé. " Comme on
krasait ordinairement les esclaves qu'on enchoinait aux bancs des galères, et que cette fois on n'avait pas fait subir cet affront aux matelots prisonniers, M. de Valhellc put croire qu'on les réservait pour un échange après la guerre.
L'ennemi établissait à l'entrée du Phare, sur la terre de Sicile, au nord, une batterie dont les feux devaient se croiser avec ceux d'une autre batterie établie sur la cdie de Cnlabrc. Cela devait rendre difficile, surtout aux bâtiments marchands, l'entrée de la passe quand le vent et le courant ne seraient pas d'accord pour les pousser soit à leur arrivée à Messine, soit h. leur départ pour la France. Ceci inquiétait un peu M. de Valbelle, qui disait à M. de Seignelay : ■■ Je
• rêve incessamment, je ne dors plus. M. de Vallavoire se remue et n il ne sauroit ^trc trop alerte. » Lu chevalier, qui aimait à se rendre justice, et qui, dans une autre occasion, avait dit eu parlant de luimême ; « Jamais le chevalier de Valbelle ne fera une si bonne ma- 1 na?uvre, ni si à propos, et bien nous en prit. Je suis trop dans ses ■ intérêts pour vims faire valoir davantage ce qu'il lit en cette renn contre; vous l'apprendrez, s'il vous plaît, d'ailleurs. " (7 octobre 1674), le chevalier disait au jeune Ministre : <> S'il •> (le chevalier Colberl de Sei<jnclay '] u vous écrit les nouvelles de ce pays,
■ Antuine-Uirtiii Culberl de Seigncla; . né te S c 17 féiricr IGfiO (Regisircs de Sainl-Eti<Uche}. Il «lu
" "" Il fui reçu i Mille le 1" «oui
Ua ADRAHAU DU QUKSNK. UTS
quantité de canon de leurs vaiiseaoi, de leurs galères et du fare. Eiumte, ils odI fait BvaDcer à la faveur dn feot deux brûloti et quelque) cbalonpea, et les ont fait poursuivre par leurs galères comme si c'eût été des vaisseaux François qui eussent passé malgré leur feu. Celle ruse n'a point trompé nos vaisseaux qui faisoienC bonne garde. M. de la Fayette et M. de LasgeroD , qui étoient les plut avancés , ont ëlé aii-devaut d'eux avec quelques chaloupes, et leur ont demandé -^i vire? Ils ont d'abord répondu ; Vice Pnmtt! mais aassitAt qu'on leur a dit d'aborder et qu'ils ont vu qa'its étoient découverts . ils ont mis le feu à leurs brAlota et te sont retiré* «tns avoir pu approcher, n (l'ieilles Arch. de la Guerre, vol. 463, p. 21.)
Quand les ofGciers de l'escadre de M. de Valbelle b&taient de leun l'CBOx, cammc les Messloois, l'arrivée d'un secours plus puissant et d'uD convoi de vivres plus considérable que cbacun de ceux qui avaient été dirigés de France vers la Sicile, M. le duc de Vivonne, pourvu depuis le 1" janvier des provisions de Vice-Roi de Sicile, se préparait à quitter Toulon , et, le 16 janvier, adressai! une lettre k H. le marquis de Louvois, où il Ini disait :
« ...Je pars en loule diligence pour Messine, et le jour de ma « partance est fixé à dimanche prochain 20' du courant, afin de poni voir mener avec moi quelque blé. Ce temps passé >■ (le temps qui sépare le 1 6 du 20), » je ferai voile assurément si les vents ne me u contrarient , sans rien attendre , puisque mes ordres sont d'aller n cbercher les ennemis. " (On n'a pas avancé celte fois que Louis XIV dit à l'oreille du commandant de ses vaisseaux de ménager son escadre ! )
u Je vous supplie très-bumblement , Monsieur, après une aussi « célèbre bataille que celle que le Roy vient de gagner sur le Rhin, 1 de vouloir bien le porter à être un peu plut libéral envers nottêpottr -) des troupes... « (Vieilles Arcb. de la Guerre, vol. 463, p. 20.)
Le duc de Vivonne partit de Toulon, le 29 janvier 1675, A neat heures du matin , avec un venl frais d'O.-N.-O. Il alla mouiller aax Iles d'Hyères. Du Quesne le suivit bientôt; il avait été retardé par de certains détails de son armement, et venait rejoindre le eooK, mandant de l'escadre, qui n'avait que neuf vaisseaux de guerre, grandeurs différentes, une frégate légère, Irois brillols et huit, i navires de charge. Les neuf vaisseaux, divisés en trois groupa itJ force égale, étaient : le Sceptre, monté par M. de Vivonne, el 4 ponr matelots d'avant et d'arrière YHeureux, commandé par M. d^ la Bretèche , el le Parfait, commandé par H. de CliâteauDevT. C division, quand la ligne de bataille serait formée , dcviiL
IM AilKAlIAU DU QDliS^E.
qui donnera l'exemple aux aulrcs. Il n'a jamais commandé eu chef une grande escadre, mais il a le coup d'œil, le saii<]-rroid , avec l'aulorilé qui se fait obéir; qnc lui manquc-l-il donc? La conliuncc en lui-même? Oh ! celle qualité ne lui manque pas , et sans s'esagérer sa valeur, il sait que) il est. Pendant le culme qui refieitl les bdtimcnU à ({uelques Ucues de leur point de cfépart , Du Quesne a pu examiner cl ju<|er sa situation. Le Roi a voulu, après M. Colbert, que celte situation lui fût faite , il faut qu'il se montre dij;nc de la conlïance de M. Colbert et de l'estime du Koi. Le vent s'élève et l'escadre se dégage de la glu qui la retenait. Vienne l'Espagnol, le Hollandais avec lui , et la rencontre sera sérieuse, elle sera glorieuse
Le 10 janvier, sur les dixheures du malin, on (!-lait dans le petit archipel des iles d'Éole, entre Slroniboli el Lipari) àqualre heures on était il quelques lieues de Melaxzo, d'oii sortit une galiole qui alla reconnaître l'escadre et rentra ensuile au porl. La nuit du 10 nu 1 1 janvier se passa à louvoyer ; M. de Vivonne lira quelques coups (le canon pour annoncer chacun de ses virements de bord ; les vent» étant E. et E.-N.-Ë. A lu pointe du jour, le phare de Messine était . par rapport aux Français, au S. 1/4 S.-E. Le soleil éclairant l'horison, on vit des voiles que l'on crut d'abord celles des vaisseaux de M. (l'Alméras. Bientôt, ou fut mieux renseigné, on reconnut les navires pour espagnols et l'on put compter, du haut des mais oij étaient les vigies , vingt-neuf vaisseaux de guerre etqualorze galères, qui venaient vent arrière sur l'escadre de M, de Vivonne. A dix. heures, on était assez près pour engager le combat. Les Français avaient promptement formé leur ligne de bataille, qui ne se composoil que de six vaisseaux , avec la frégate et deui brûlots. La division de M. de Preuilly était resiée sous le vent, chargée de couvrir le convoi du blé. La partie semblait très-inégale et l'était en cITel; il fallait de la témérité pour attendre l'ennemi, et de l'énergie pour lui faire lélc. Les Espagnols ne s'étaient pas rangés sur une seule ligne , ils s'étaient groupés, lis arrivèrent tous à la fois sur l'avanlgarde française pour l'écraser; M. de Vivonne forra de voiles ainsi * que SCS deux matelots aGn de venir aider Du Quesnc, dont les trois vaisseaux se batlaient bravement. Le Superbe eut sa vergue du groutV hunier cassée d'un coup de canon, el , pour changer celle vergue, i^ fut obligé de virer âc bord. Du Quesnc continua sa canonnade pc| dunl quelque temps, puis vira ù son tour, étant 1
ItTS UARINK DU XVII* SIÈCLE,
pour conlinuer sa bordée. Les Espagnols virèrent aussi. Le i ment des vaisseaux de MM. de Vivonne et Du Qucxne les avait rapprochés de M. de Prcuiliy, qui , ne voyant point de dauber pour les navires qu'il avait couverts jusque-là , manœuvra afin de rejoindre le pavillon Amiral. Du Oucsn<^ ^vait alors l'arrière-garde ; les Espagnols arrivèrent encore sut lui , el il eut de nouveau à endurer un ^and feu.
Pendant ce second engagement, dix voiles sortent du détroit de Messine et arrivent vent en poupe sur la flotte espagnole. C'est M. de Valbelle qui vient avec son escadre. H attendait depuis plusieurs jours le troisième secours qu'espérait Messine , el profita du vent et Jle la marée ' pour sortir du phare et tâcher de le découvrir. Il a été bien inspiré. L'affaire va changer de face. L'Espagnol est mis entre deux feux, M. de Valbelle le prenant au vent, M. de Vivonne l'ai^ rétastEous le venl. Les neuf vaisseaux qui viennent de France se doublent des six qui sortent de Messine; cela ne fait que quinze navires contre quaranic-irois; mais l'audace, le désir et le besoin de vaincre suppléent au nombre ; ils ont rendu forts les six premiers , qne sera-ce maintenant? M. de Lbéry, qui a doublé le premier la pointe du phare, s'attaque aux galères et les déconcerte si bien qu'on les voit prendre les rames' et nager debout au vent pour se garer de ce terrible adversaire. Qnand le capitaine du T^m^oire a fait envoler cette bande de goëlands, qui ne tient pas devant lui, il court k ■ l'Amiral d'Espagne , le canonno , le presse et le contraint de se retirer tontes voiles dehors. MU. de La Pajrette , de Valbelle el d'Hailly , qui ont couru après les galères, se retournent contre les vaisseaux, 4]ui plient et laissent derrière eux un des leurs , que chasse Du Qaesne et auquel il envoie les chaloupes armées des trois vaisseaux de sa division. Ces embarcalions l'abordent et le prennent. C'est un navire de quarante pièces de canon nommé la Madona del Pt^Ut. Un peu avant cela, les divisions de MM. de Vivonne el de Preuilly étaient venues vigoureusement sur les ennemis et les avaient jetés dans une confusion telle, qu'ils ne pouvaient plus se rallier comme ils l'aiaient fait un peu auparavant. Le seul parti qui leur restait et qu'ils -pïreat en effet , fut de s'éloigner le plus vile possible , tirant de leurs pif'ces de rrlruitc , pendant que les Français les suivaient , tirant de leurs seules pii-ces (te chasse. Les Espagnols , toutes leurs voiles au
pH g:raiidc; miii capaDdinl elle marque met dai» ion monte-
150 ABRAHAM DU Qt'ESNE. 1675
vent, et jusqu^à la civadière, — cette voile que les vaisseaux portaient sous leur beaupré et leur guibre , comme les mules leur sac à avoine (cebadera)y — quittèrent le champ de bataille. Au coucher du soleil, ils avaient disparu à Thorizon.
Rien n^empéchait les navires chargés de provisions d*entrer dans Messine; on les y conduisit. Si Tescadre française y fut bien reçue, avons-nous besoin de le dire? On sut, le lendemain, que la flotte espagnole était commandée par le marquis del Viso , capitaine général des galères et Amirante de la flotte. Pendant Taction, il était sur la Réale d'Espagne, à côté du Vaisseau Amiral , que montait Don Melchior de La Gueva. La perte de cette armée fut de quatre vaisseaux. Les vaisseaux français n'eurent pas beaucoup à se plaindre ; ils reçurent quelques blessures, mais rien de bien grave. La perte en hommes fut de deux cents matelots ou soldats tués ou blessés. Le duc de Vivonne eut de fortes contusions de deux éclats de bois que lui détacha un boulet. Il s'en tirait à bon marché, son corps, d'un développement considérable qui, dans son monde, — le beau monde cependant , — lui avaii valu le surnom que nous hésitons A écrire, de gros crevé, présentant à la mitraille une large surface. Trois hommes qui lui appartenaient furent tués près de lui ; le maréchal des logis de ses gardes, Fleury son écuyer, et un de ses valets de chambre. Que venait faire là ce serviteur dont le poste était en bas, parmi les non-combattants? Probablement il était sur le chà* teau d'arrière pour porter d'un bord à l'autre la chaise dont se servait le duc, son maître, que la position verticale aurait trop fatigué. Le valet de chambre eut une cuisse emportée et mourut le 13 janvier. M. de Saint-Mesmes , capitaine en second du Vaisseau Amiral , eut tout le gras d'une jambe déchiré par un boulet. M. Dauphin, premier capitaine , « fut blessé à la cuisse gauche. Le coup était grand, mais, heureusement pour lui, il ne toucha que les chairs. » (Lettre de M. de Valbelle, qui attribua peut-être à M. Dauphin ce qui est donné à M. de Saint-Mesmes par d'autres lettres.) Sur le Prudent, M. de Lhéry eut cinq hommes tués et onze blessés. M. de Valbelle perdit son maître d'équipage et, avec lui, cinq matelots ; il eut une dizaine de blessés. (Relation anonyme , — mais d'un officier de l'escadre, — conservée aux Archives générales, section historique. Carton K , 1480.) La Gazette de France publia un récit doat^ les principaux détails se retrouvent dans la relation que nous avoxx^ eue sous les yeux , ainsi que la relation de M. de Vivonne (20 févrie^V
qui, sur rengagement du 1 1 janvier, ne donne rien de plus particulier. Le récit de la Gazette se termine par cette phrase honnêtement sèche : « Le sieur Du Quesne , depuis le commencement jusqu à la n fin de Faction , témoigna une extrême fermeté et une capacité con- » sommée. Le sieur de Vaudricourt, capitaine de son vaisseau, le » seconda, n M. de Renaudot ne gâtait pas Du Quesne; était-ce par ordre de M. Colbert, qui avait encore sur le cœur FafTaire de 1672?
M. de Vivonne, lui , ne marchanda pas Téloge à son Lieutenant : a M. Du Quesne, qui a fait des merveilles en ce rencontre , prit , sur le soir, un vaisseau de 44 pièces de canon. » Cette phrase justiGe ce que dit M. de Valbelle, dans une lettre du 20 février : « M. Du Quesne est le mieux du monde avec M. le général, v
La bataille du 11 janvier 1675 prit le nom de combat de Stromboli. II. le marquis de Villette, résumant en quelques mots les événements de la campagne de 1675, à laquelle il n'eut aucune part, car il ne fut pas employé cette année-là , dit : u 11 y eut de légers » combats à la mer, où les Espagnols montrèrent beaucoup d'igno- Q rance et peu de valeur. » Les documents espagnols relatifs aux événements de 1675 ne nous ont point été communiqués; nous ne pouvons donc pas présenter la défense de farmée du seigneur del Viso. Nous le regrettons, notre devoir, d'accord avec notre vocation, étant d'être juste envers tous, amis et ennemis.
Arrêtons-nous un moment pour signaler un événement de famille arrivé dans la maison de M. Colbert, le mariage *de M. de Seignelay. M. de Seignelay appartient à l'histoire de la marine française par son influence , son zèle , son dévouement à l'œuvre de la grandeur de cette partie de la puissance publique; ce qui le touche ne nous est pas plus indifférent que ce qui touche son illustre père. Voici l'acte que nous avons trouvé au Registre de Saint-Eustache :
tt Le 9 février 1675, Monneigneur l'évéqae d'.^uxerre » (Xicolas Colbert, frère du ministre) « maria, dans la chapelle de l'hôtel Colbert, rue Neuve des Petits-Champs, Messire Jean-Baptiste Colbert, fils de M. Jean- Baptiste Colbert et de dame Marie Charron , avec demoiselle Marie-Mar» gaerite Dalègre («tV), fille de deffnnt Messire Claude- Yves Dalègre, vivant marqnis dodit lieu, et de dame Gilberte de Roquefenille... (Signe :) Colbert de Seignelay, Marie- Marguerite d'Alegre, Colbert n (c'est le Ministre), B M. Charron, Jacques-Xicolas Colbert » (Abbé de T abbaye du Bec) , a Colbert de Maulevrier, Colbert n (c'est Charles Colbert de Croissy, ci-devant Ambassadeur en Angleterre), u Charles-Honoré d'Albert n (duc deChevreuse, qui avait épousé Jeanne-Mari c-Thérèse Colbert, sœur du marié), etc.