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Revenons au 1 1 janvier.
Les uouvcllcg du combal urrivèrcnt bientàt ù Madrid , et la Cour, bumiliée de son résultat, vouiut sévir eonlrc les généraux qui, devant) J des forées très-inférieures aux leurs, avaieut plie à ce point que leur retraite reascmblail h un'e fuite. Le Roi lit enfcrnier dans un château fort Don MelcUior de la Cueva et son Lieutenant Don José Sontini. La fierlé espagnole ne put pas souffrir la pensée que la faiblesse tivait amené la perle de la bataille -, elle aima mieux supposer Mclchior de La Cueva corrompu par l'argent que làclie, et répandit le bruit que M. de Valbelle lui avait envoyé trente mille pistoles de la part de Louis \IV , pour jouer dans la journée du 1 1 janvier le rôle fdcbeux qu'il avait tenu jusqu'au bout. Cela était absurde; mais l'ubsurdc a toutes les chances coutrc le bon sens. On crut a cette sottise en Kspagnc ; elle ne trouva aucun crédit en France , où d'ailleurs elle fut peu connue. M. de Valbelle la fil connaître à M. de Seignelay, dans une lettre du 30 mars 1(375 : uOu publie :> (ici), dit-il en finissanl, «que j'ai envoyé de l'ar-jent il Don Mclchior par l'officier qui " fut de ma part lui demander un pusse-porl pour Monsieur votre frère, 11 pour aller à Malle. Bon Dieu , quelle imposture et quelle calomn m'e! 1 M. de Sctgnclay souligna cette phrase, pour que, de la dépêche du Chef d'escadre qu'il allait communiquer au Roi, ectto J partie seule allirùt les regards de Louis XIV; et dans ce fait si , simple, M. Eujgéne Sue a voulu voir la preuve qu'en effet la France avait gagné les Amiraux espagnols. La passion est aveugle; chez M. Site, elle gâte de belles qualités d'esprit'.
Il était temps que M. de Vivonnc arrivât avec le convoi des vivres;: Messine allait se rendre ; la faim avait vaincu les courages, qui s'é- ,
ae > dii» le plure de Uciiine > ^«% 3 ■siBit tillmn- et crîliqui irilaelJEiDenl bfperlialiqDe
< C'est à propoi de l'cnlréa de 11. de Viir Boileii], qui »ï4il louer et lUlter, romme paar s'imutor. au Jdc trionipliaiil celle leitré
pounl que Guèi de Haine el Vioceot Voilarc — ou rie Voilure, romaie il lui pUiuil de H dire ou clo l'cnleudra nomincr, — oui dcril des Champi-Êlfiéos au commeD' dani de l'eicadre rraiijaiie. Il fiiil pirlar einii Baliac : • Lr bruil de lot BCtiooi raMousite lei morli; il réveille lei gem endormis depuii (renie niinéei... (Btinc éllit morl eu réirior I63i.) .... Vitui mei rendu l'Eupognol bumble. Aprte cela, que De peu(-oa pm dire de loui? • Fuii, puunt U plume  Vailuro, — celui^â ëlail mort le S3 nui 16*8, — it le ïoil écrire ; ■ Séricusemenl , «olre dernier combat fait dp bruil de diable aux enren... Il eil rrnu ici bon nombre d'EipagnoIs qui Y éloieat ni qui nous en onl apprit le détail. Je ne laii pas pourquoi on lent Ure puscr Ici gcni de leur nition pour rantiron*. Ce août, je vou> auorn, de ffirt bonoet gcni; cl le Roi , depuis quelque lonipi, nous ïei cacnie iri Torl bnnUei c
•ftaient longtemps soutenus. Le régime de la chair de cheval et de JTQulet avait rebuté, dit-on , les appétits les plus opiniâtres, et on était «u moment d'en venir à la ration du cuir ^ L'entrée des flûtes chargées de blé fut donc une véritable fètc. Tout le monde fut content, •excepté M. de Vallavoire. Si Ton en croit M. de Valbelle , a sa mala- 4lie vient du déplaisir qu'il a eu quand il a su que M. de Vivonne «avançait, d (Ces mots sont en chiffres , mais déchiffrés dans la lettre de M. de ValboUe, 20 février 1G75, Arch. de la Marine.) 11 est certain que Tautorité de M. de Vallavoire allait être diminuée et que la gloire de ce qu'il pourrait faire reviendrait a M. de Vivonne, qui, avec la Vice-Royauté , devenait un personnage hors de pair. On allait le recevoir, le fêter, lui décerner les honneurs de la royauté et ceux du triomphe, et M. de Vallavoire assisterait à la cérémonie, assez près du Vice-Roi , sans doute , mais moins que Du Quesne , Lieutenant général depuis longtemps quand lui , marquis de Vallavoire , n'avait encore qu'une commission provisoire de Lieutenant général , commission qui n'avait guère qu'un mois de date. M. de Vallavoire se Gt sage; il sut prendre sa place et la bien tenir. M. de Vivonne ii*était pas d'ailleurs un homme difCcile ; il remettait volontiers au lendemain les affaires sérieuses , ou les laissait , le jour même , au) Mînsdu général qui commandait la ville et les troupes. M. de Vallavoire vécut un temps fort bien avec le Vice-Roi , mais l'accord ne fut pas aussi durable qu'il aurait fallu. M. de Vallavoire était actif, résolu, clairvoyant, et plus militaire que M. de Vivonne ; il devait donc «oofTrir des habitudes de son chef, a qui la hâte était inconnue. 11 se plaignit, et l'on a des lettres de lui h\l, de Louvois qui témoignent ^e sa mauvaise humeur, peut-être assez bien justiflée par les faits.
Sort honnétet... Noos avons ici les César, les Pompée, les Aleundre; ils trouvent
Ions que vous aves asses aUrapé leur air dans votre manière de combattre. Surtout
César vous trouve très-César... Je vois le bien que vous aves fait n Messine; j*estimc,
yovr moi, que vous tenex plus de l'ange que du diable , hors que les anges ont la
UUe un peu plus légère que vous et n'ont point le bras en écharpe. • (Allusion i la
corpulence de U. de Vivonne et à la blessure qu'il avait reçue en 1673, au passage
^o Rhin, et qui le forçait k porter son bras en écharpe.) • .... On ne trouve qu'une
€\iOÊê k redire à votre conduite, c'est le peu de soin que vous prenes quelquefois do
*ot«vie..., etc. (2 juin 1675.)
t Pendant lo' siège do Paris, en 1870, nous mangeâmes du cheval, qui ne rebuta 4pe les délicats, détournés par une prévention ridicule de l'usage d'une chair saine, doùtk goût n*a rien qui la rende répugnante et qui, en somme, est fort bonne à Um kl points de vue. Quant au mulet et à l'âné, et surtout i l'inon, nous les trouiveellents, et n'en eut pas qui voulut.
Le comte de Vivonne , dont le portrait nous est venu fait par ses* contemporains, qui en grossirent sans doute un peu les traits saillants, a trouvé, dans ces derniers temps, un défenseur dont ropinion a beaucoup de poids et que nous voulons écouter. Dans un livre excellent, M. Camille Rousset, prenant contre la tradition la défense de M. de Vivonne, qu'il rapproche de Lucullus, u sans tomber dans n Texcès du parallèle, » ainsi qu'il le dit, le représente comme un grand praticien, brave, intelligent, probe, attentif à ses soldats, bon et compatissant pour les populations étratigères , négligé par les gouvernants , jalousé par ses égaux , trahi par ses subalternes , mal soutenu d'en haut, mal servi d'en bas...
tt Le premier malheur du doc de Vivonne, c'est d'avoir été frère de madame de Montespan, c'est d'avoir été Général des galères... On peut affirmer que le duc de Vivonne avait pins d'esprit, d'intelligence et de bon sens qne ses contradicteurs; mais peut-être parce qu'il raisonnait davantage, il se décidait moins. \ul ne pouvait douter de son courage... Mais il n'avait pas an même point , sans donte , l'andace dans le commandement, l'énergie de vouloir, d'ordonner et d'être obéi ; comme Louis XIV, il craignait de trop donner an hasard. C'est l'excès d'une qualité militaire, la prudence, que certains historiens ont imaginé de transformer en insouciance et en paresse; c'est ainsi qu'il leur a plu de représenter, disons mieux, de défigurer le duc de Vivonne sous les traits d'un satrape et é*wn pacha, n (Histoire de Louvois, t. 2, p. 367-88; 3" édit., 1864.)
Nous croyons que M. de Vivonne eut plusieurs des qualités qae lui reconnaît son panégjfriste , son avocat devant l'histoire; mais il manquait de décision , et parce qu'il était lent a se décider, il était peu propre au commandement en chef, qui veut la promptitude dans l'action, comme la rapidité et la sûreté du coup d'œil. S'il n'était ni insouciant, ni paresseux, d'où vient qu'il laissa trois mois le Roi sans nouvelles, ce que Louis XIV fut obligé de lui reprocher? Nous n'avons pas le goût de l'exagération, mais il nous semble que M. Rousset est bien indulgent. 11 se tait d'ailleurs sur l'épicurien, amoureux de ses plaisirs et de son repos , non pas le goinfre qne l'on a dit , mais le gourmand délicat qui aimait à tenir table en homme d'esprit et qui savait manger.
M. Rousset dit que le premier malheur du duc de Vivonne « c'est » d'avoir été frère de madame de Montespan » . Assurément ce qu'il dut pour sa fortune à sa parenté avec la belle maîtresse du Roi est pour quelque chose dans les injustices qu'on peut reprocher aux liistoricns en ce qui le touche ; mais ses habitudes n'y furent-elles pour
rien? Et quant à dire que, dans son malheur, il faut compter la charge qu'il eut de Général des galères, nous croyons qu'on se trompe. L'antagonisme entre le corps des vaisseaux et celui des galères fut assez marqué au dix-septième siècle , bien que les souvenirs des grandes luttes des galères au seizième siècle fussent encore très-vivants; mais, selon nous, il ne fut pour rien dans ce qu'on appelle le malheur de M. de Vivonne devant l'histoire ^ 11 avait commencé par les vaisseaux , et quand il eut l'ambition d'une charge brillante , le Roi lui donna une commission pour commander les galères pendant la campagne de 1665, M. le duc de Gréqui, qui possédait la charge de Général, étant tombé en disgrâce , nous l'avons dit. Cette commission fut renouvelée pour la campagne de 1666;
1 Le Général des galères, du fait de sa charge, était un personnage considérable. Il était on des grands officiers de la couronne, et dans la hiérarchie maritime, s'il cédait le pas à rAnriral de France, il marchait avant les Vice-Amiraux. Jamais, à notre connaîtiaiice, Vice-Amiral de France n*a commandé une flotte de vaisseaux et de galères réunif , le Général des galères étant présent à bord de la Réale ou de la Patronne. Le contraire eut lieu plus d'une fois. Aussi, quand M. de Vivonne souhaitait la Vice- Amirauté , il craignait de ne pouvoir acquérir de M. de Gréqui le Généralat des galères ; quand il en eut fait Templette, il ne songea plus et ne pouvait plus songer à la charge de Vice- Amiral. — Quant au corps des galères, il souffrit beaucoup dans sa dignité de la préséance qu'avait sur lui le corps des vaisseaux. Nous trouvons à ce sujet, dans le Mémoire de H. Viviers, capitaine de galère, sur les saints des galères (1685), un passage, p. 98, qui va d'autant mieux i notre]sujet qu'il y est question de Du Quesne : • If. Du Quesne n'était pas mieux fondé, en 1676, pour demander à la Cour la préséance des officiers des vaisseaux sur ceux detf galères ; mais il ne laissa pas de l'obtenir sur un faux exposé et sur de faux raisonnements contraires aux anciens règlements à l'usage de tous les Princes de la Méditerranée et au service sur lequel ledit usage est fondé, comme il sera aisé de faire voir à Sa Majesté, si elle permet qu'on lui en donne un mémoire raisonné et qu'on lui prouue que les officiers de vaisseaux, n'ayant aucune connoissance de la navigation des galères, sont incapables de les commander, et que M. Du Quesne, avec toute l'expérience qu'il a de la navi* gation des vaisseaux , ne les a jamais commandées en homme du métier. • (Archives de la Marine.) — Il est certain que la navigation des galères était chose asses difficile; la manœuvre- en était délicate. Navire long, dont les virements de bord demandaient de vingt à vingt-cinq minutes, la galère évoluait beaucoup moins bien que le vaisseau rond; elle avait peu de pied dans l'eau, et la longueur de ses rames la rendait peu stable ; elle avait cependant un passé honorable, glorieux , de plus de deux mille ans, qui témoignait de sa valeur comme navire combattant. Elle finit avec le dix-huitième siècle, pour renaître au commencement du dix-neuvième, sous le déguisement du navire à vapeur. Détrônée autrefois par le vaisseau rond , elle l'emporte aujourd'hui sur le navire à voiles dans sa forme nouvelle, où la va peur* esclave remplace l'esclave rameur. — Au dix-huitième siècle , les officiers des vaisseaux et ceux des galères marchèrent cèle à côte, suivant la date de leurs commissions, et puis les deux corps furent fondus en un seul, les galères ayant été supprimées.
enfin, le 11 mars 1669, M. de Montemart acheta pour son fils le Généralat des galères que lui cédait le Maréchal de Créqui. Mais en 1667 et 1668 , il était revenu aux vaisseaux et nous avons montré Du Quesne s'intéressant à M. de Vivonne et le pressant de naviguer pour mériter la faveur du Roi, alors qu*il s'agissait de Tachât de cette charge de M. de Créqui. 11 neut rien contre lui, du fait de son Généralat , et nous n'avons vu aucune lettre de capitaine ou de Chef d'escadre exprimant l'idée d'une répugnance à obéir au duc de Vivonne, commandant d'une escadre ou d'une flotte de vaisseaux, et cela parce qu'il était Général des galères. 11 eut contre lui « le caustique chevalier de Valbelle ! » Mais qui épargnait ce chevalier, assez bonne plume, et fort mauvaise langue? M. de Valbelle daubait M. de Vivonne, mécontent qu'il était, peut-être, d'avoir perdu le commandement de la marine dans l'affaire de Sicile. M. de Valbelle croyait beaucoup en lui; il était même porté à outrer son importance , mais il était homme de sens et ne pouvait pas penser que Louis XIV , lorsqu'il se déciderait à envoyer une flotte à Messine, en donnerait le commandement à un simple Chef d'escadre, et à celui qui, dans la dernière promotion, avait tenu le dernier rang. II avait eu la bonne fortune de commander la première escadre envoyée en Sicile, mais pouvait-il penser qu'on le préférerait toujours aux Lientenants généraux ou au Général des galères? Assurément non.
M. de Vivonne ne fut pas, dans toutes les circonstances, à la hauteur de la mission très-difficile dont on l'avait chargé ; la critique s'attacha naturellement à ses actes. On ne le vit pas assez résolu en certains cas; — non par actions personnelles dans le combat; — on ne vit pas en lui l'administrateur ferme qu'il aurait fallu ; on ne le trouva pas marin assez habile pour mener une grande flotte , et sur ce dernier point il ressembla à M. le comte d'Estrées , à qui les vieux officiers , les hommes d'expérience n'obéissaient qu'à regret. Après tout, sa carrière fut heureuse et honorable. L'homme qu'on a représenté comme un libertin , — il l'était bien un peu — comme un fin buveur, — il était gourmet comme le Commandeur de Souvré , il n'y a pas grand mal à cela , — comme un beau mangeur, — il avait l'estomac vaste et le palais d'un gourmand de qualité; ce n*est pas un grand défaut ! — quoi encore? — cet homme a fait quelque tort au 'général. Ses ennemis — dans sa position , qui n'en ol. pas, surtout quand, avec beaucoup d'esprit , on a la langue longues et pointue qui blesse? — ses ennemis ont exagéré ses défauts ^
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amoindri ses qualités, mais, en somme, il est resté quelqu'un. Qoe l'on nous permette ce mot.
Faisons uo retour vêts les premiers jours de 1676. — M. de Visonne écrivit à M. de Louvois, le 2â février : " Monsieur, je ' prends la liberté de dire à Sa Majesté que si elle envoyé moins que • je ne demande, ce sera faire une dépense dont clic ne retirera ni " profit ni honneur, et qu'il vaut mieux abandonner l'entreprise et g m'cDvoyer incessamment des ordres de me retirer d'ici ' . » Comment ce vœu de M. de Vivonne ne fut-il pas eiaucé? On a prétendu que U. de Louvois eut sur la résolution du Roi plus d'iniluence que madame de Montespan. Elle put faire un Maréchal de France de son frère , malgré le ministre , et ne put faire donner au Général les forces nécessaires pour mener à bonne fin l'affaire de Sicile, où étaient .engagés l'honneur de la France, celui du Roi et celui de M. de Vivonne! Mais ne devançons point les événements*.
n parant k la premiire :
1 u. de viiD
il deu»
L'anlra qu'on
1 pourrai
il dire <
Ii3.«l«qpe,
Nous avoni la pcrile ligoalare ta lui d'une lelln du 30 mai ISflS, la ^ruuile plui •oQTeat et à divtraet dal«a.
S Tnnnne avait été lue te aamcdi 27 joillel, et Louii XIV a»iljngé Ikid de rempUcer l'illattre Uaréchal par nn certain nombre d« Uaréchani. U. Uatoii en Bt 1* lûla, qui portait ca nombre à iept : MU. Franf oit-Henri de Uontmarencj-Bonleiiille, doc de Luiembourg; tiqotrroT. comte d'EalradEi; Philippe de Uontault de Bénie, duc de Nataillei; Jacques-Henri de Durforl, duc de Durai; Franfoia d'Aabnaaon, vicomte de La PeuilUde; Heari-Lonii d'Alaignf, marqnii de AocliBrort; et Frédérje- Araund, comte de Scbùaberg. Uidime de Moutetpin prit, dil-on, celle liati dana la poclie dn Roi, ■ elanoa on piolot l'irrila de o'j point lire le nom de iod frère, M. de Vitonne. et eiigea que le Bai j ajontlt ce DOm ; à qaoi le Pf ince conarntit, bien qu'il eût fail uiei pour U. de Viionne, Général de» galtrea et Vico-Roi de Sicile. Loaii XIV ■M retuuil rien i ion allière maltreue, qui. luiianl l'abbé de Chaiij, ent dam colla occaiion . une colère digne d'elle . . Madame de Scvigné dil, à propoi do calle pit^ anolion, qui mécontenta loui ctui qui le crojaient dei dreili i j figurer, et donna analîète à quclquei épigrammoi, que «epl do» maréchaux nouvel lemeiit nomma dénient u mnercinunt à It. dt Borlufert. Va éditeur de) LtUra expliqua celU
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Louis \IV coDsentil à eavoyer tout de suite à Messine 3,400 hommes de pied, desmeiUeun régiments, disait Sa Majesté i H. de Vivonne (16 mars 1675), 350 chevaux pour les cavaliers déjà arrivés eu Sicile , et 400 dragons , qui devaient être montés dans le paya, et qui , dans tous les cas, serviraient à pied , ■ ces gcns-Ià étant à la n fois cavaliers et fantassins. ■ Ce n'était pastout ce qu'avait demandé le Vice-Roi , qui croyait que 6,000 hommes d'infanterie et une brigade de cavalerie étaient le moins qu'on pût lui donner ponr bien asseoir son pouvoir dans son gouvernement. M. de Louvois était
ptrole de !■ mmrquita tn diitnt qnc U. de Rocberarl iUnl, comme LienleiUDt g^nfcd, le udet do ta lepl nmuvdea, Je Roi, paar le taire Uirjchal, mil dû iiemr wt ancieiu 1 II même digniU. Haii poorquoi Looia XIV leniit-îl i donner le blloo lu mcrqnii de Rocheforl f Let geui qui chereiKDl milice i lout oui Imagina que U. Loniai> demiDdt no liai le Uir^chalal pour U. de Rocherorl, pirce qne madime de Rachefort éUil m msttrene. Un hiiloriea moderne npporUal cette IndilioD, dit ; • Uedime de Séiigné luinM qae Lonvoïi ne provoqua lu promotion gae poar paaioir ■ donner le blton i Rocbeforl. • llidsnie de Sévigné n'iniinne rien. • Le nmerciamenl i 11. de Rocherort > n'ait point groi de méchanceté. Uadims de SétignJ ne K gfne pu avec la pcraoune à qai elle écrit, cl noui ne voyoni pat pourquoi elle n'uinjl pu été plui IraatpareDte dini ce puuge de sa lettre. Noua n'aione aucune nùon poar défendre madame Uadeteîne de Laval, femme de U. de Rachefort, mail nou n'atona aBcnne prenve pour l'acciuer.
LeRoiécrifitde Vertaillei, le 2 aodl 1675, 1 M. de Vivonne (ta billet, da la main do Roi, eiti U Bibliothèque Nalioaale, — ïli. fnn;aii 8031;— il e>( àMli par inadtertance : 2 jnillel; il a conaerré cette date dini VHiiloire de la Mariât, de U. Bngène Siie, qai ne l'etl paa rappelé la date de la mort ds Tarennc) : • Ilot lanEcei ne m'ont pat permît de faire une nonielle création de Har^haui de France aaoa loui y comprendre. Je auii bien atie qn'ila aient mérité cet honnenr. qne l'amitié qna'i'ai loojoun eue poar votre pertonne me loUïciloit de loni accorder. Jo m'aaeare qae voiu continnerei de répondre comme voui devei en tou[e occuion. • H. de Vivonne ne rsmarria le Roi que le 3 septembre de lui avoir donné • si libéralement le bilan da Uarécbat de Pnuce > ; il la El en des lerm» d'une mndeltia alTaeléa qai mtemble cependant «uei i la vérité, quand il di( qu'il connaît é le pea da mérite da tea lenicei > . Si aiiar avait dA lui écrire pour lui annoncer la favenr royale et IdI dire commani les chotea a'élaîent passées entre elle et ton augutle ami ; cala rend eaiei piqoanle celle pbrate du noncean Maréchal ; ■ Cependant, Sire, m'en voyant > gratifié de ti bonne heure, et d'une manière qui combleroil le lujel le pins accompli,
■ je tnilreaté daoa on élannemant ti profond que je ne m'en ti pu tirer. ■ On pourrait eroir* que ceci ail une plaitenleria, ti l'on ne savait que M. de Vivonne, qui plaisantait avec tont le monde, ne >e permallait pu da plaitanler avec le Roi aana la congé de Sa Uajeité. Le 3 août 1673, H. Colbert écrivit i M. de Vivonne pour la fUiciler tnr *a nonvelle dignité, en ton nom et an nom de U. de Seignelay, ■ malade d'une
■ fièvre tierce usai forte, dont il a eu êàji quatre accès.. ].p :il juHli>I. M. flm '" de Pompone atail envoyé tas complimtnli au Uaréchal. Tout )e moi et loi Tirilea n'avaieol pu manqua sans doole i madame do Montoipan ponr It fëli' citer de la • joitice • qae le Roi avait rendna au Vice-Roi do Sicile.
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chargé de choisir les Iroupes , et l'on a avancé que son choix tomba sur de mauvais régimeals. Aurait-il voulu Iromper ainsi le Roi? C'est in moins fort douteux. Le Roi ordonna l'achat de six mille charges de blé que deux frégates devaient escorter. A l'escadre de M. de Vivonnc on ajouta trois vaisseaux : le Magnifique, de 72 canons, commandé par le chevalier de Montbron , la Sirène, èc 44 canons , montée par le chevalier de Tourville , et le Comte, de 44 canons, dont le capitaine était M. d'Infreville Saint-Aubin. Cette petite escadre fut mise , pour son voyage , sons les ordres de M. d'AIméras. Lieutenant général. Dans la Hotte, il devait porter le pavillon de Contre-Amiral , et le Roi lui donnait le pouvoir de commander les forces navales de Sa Majesté, vaisseaux et galères , en l'absence de MM. de Vivonne et Du Quesne (10 mars 1675 , Bibl. Nationale , Hs., Sup. fr. 887.) A ces dispositions, prises dans l'intérêt de la conservation de Messine , qui était dès lors aux mains du Roi , et de l'eitensioD du pouvoir de la France snr toute la Sicile, Louis XIV ajouta la nomination d'un Intendant chargé » de tout ce qui regardait les troupes de terre et les vaisseaux > . Sur la proposition de M. Colbert, le choix de Sa Majesté s'arrêta sur M. Colbert de Terron qu'on retirait de Rochcfort , sa création , que devait perfectionner un jour uo homme habile, M. Michel Bégon.
Le Roi annonçait, le 16 mars 1675, A M. le duc de Vivonne la nomination de M. de Terron au poste d' » Intendant de la justice, ■ police et finances du royaume de Sicile et dans les armées de terre » audit pays ti . Le 30 mars , l'Intendance de M. de Terron s'étendit m ' port de Messine et aux armées de vaisseaux et de galères qui seraient envoyées dans les mers de Sicile » . (Arch. générales. Seclion historique, carton K, 1480.) Le pouvoir de l'Intendant était très-large et AI. de Terron allait être un bien utile auxiliaire pour H. de Vivonne, si rien ne le contrariait dans l'exercice de ses fonctions multiples. Dons sa lettre au Vice-Roi de Sicile, Louis XIV, ou platAt M. Colbert , second signataire de cette pièce , dit au duc :
* Il doit être informé qoe plasienrs particuliers de Heiune ont offert, nnqu'ils ëloient en France, de donner des Tarée, dont il y a iin grand ■onbre k Mesune, pour fortifier la cbionrme des galères de Sa Majesté ; 4, comme Elle envoie à prëseot sis mille charges de blé, i ses dépens, et qa Elle a dessein d'en envoyer encore cinq ou six mille charges dans on s qu'il goit nécessaire. Sa Majesté veut que le sieur de Vivonne lauz sénatears da pays ce blé, en donnant en échange un bon
164 ABRAHAM DU QUKSNE. 1675
nait Timpulsion et devait être , en même temps , le plus adroit et le plus vigoureux. Les autres, ses voisins, étaient appliqués au manche ou giron de la rame , selon ie degré de leur énergie musculaire. L*instruction des cinq rameurs d'une seule rame n'était pas tout ; il fallait faire agir ensemble cinquante rames , vingt-cinq de chaqoe bord. Cet ensemble s'acquérait lentement, les rameurs se lassant bien vite et mettant d'ailleurs peu de zèle et de bonne volonté à remplir leur ofGce. La longueur du temps indispensable à l'apprentissage des rameurs rendait donc nécessaires les condamnations des galériens à longs termes. Ce n'était point, ainsi que la philanthropie l'a prétendu, un odieux abus; c'était un fait obligé, contre lequel ou s'est élevé , faute d'en bien avoir connu les causes. Trop de gens ont parlé de la marine sans en avoir eu les premières notions pratiques ; les philanthropes ont été de ce nombre , hommes très-respectables sans doute , qui ont amélioré le sort des condamnés — et ils ont eu raison — mais qui , emportés par leur zèle et poussant u la raison jusqu'au délire » , suivant une énergique et heureuse expression de Casimir Delavigne, ont fait aux malfaiteurs de la pire espèce une existence que peuvent leur envier d'honnêtes et bons ouvriers libres.
Si malgré l'institution des classes, encore incomplète à la vérité, on avait bien de la peine à composer les équipages des vaisseaux ronds , dont le service était incomparablement plus doux que celai des galères , comment pouvait-on trouver un nombre suffisant de rameurs volontaires pour une escadre de douze à vingt-six galères? On ne le trouvait pas, quelque soin qu'on apportât à ce recrutement.
En Italie, on avait établi une classe de ces hommes de bonne volonté qu*on nommait boni-vogUe (de buana-voglia) \ ils composaient une troisième catégorie de rameurs. Sur les galères italiennes, il y avait : V les esclaves , prisonniers faits sur les Barbaresques et les Turcs pendant la guerre; 2*" lessfarsaU (forçats), criminels condamnés à la rame par la justice du pays; 3*" les bonnevoglies , hommes qui, pour un temps et à prix débattu, s'engageaient à ramer sur les galères. Certains des bonnevoglies étaient des hommes , débiteurs de leurs souverains pour des amendes plus ou moins fortes, qui s'acquittaient en se donnant pour un certain nombre de mois ou d'années au service de la rame. Ceux-là étaient d'un faible secours, s'ih n'étaient point engagés pour on temps un peu long. Tous les Immmmk
vogiics étaient enchaînés comme les Turcs et les forçats; mais, par une exception honorable , lès jours de combat , ils pouvaient être dégagés de leurs fers , armés et appelés comme soldats à défendre leurs navires. Ils étaient habillés comme tous leurs compagnons de chaîne , mais n*étaient pas coiffés de la même façon ; leur bonnet était d^une autre couleur que celui des forçats et des esclaves musulmans ; ceux-ci avaient la tête rasée , eux portaient leurs cheveux , mais courts ; ils avaient droit de porter la moustache et la mouche sous la lèvre.
En France on essaya des bonnevoglies ; mais Fessai ne fut pas heu«^ reux, malgré les efforts de M. de Vivonne , de M. Amoul , et le désir ardent que montra M. Colbert pour introduire sur les galères cette classe de rameurs, aGrt de tarir les deux sources de recrutement auxquelles on était obligé de puiser, les condamnations par la justice, la captivité, résultat de la guerre faite aux pirates des Régences et de la Turquie. Venise , depuis un siècle environ , avait renoncé à remploi des bonnevoglies, et ce n^était pas un motif d'encouragement pour la France. Voici ce que nous lisons à ce sujet : u Les galères 9 armées de bonne veulie (sic) ne sont jamais si bonnes que celles » qui sont armées de force ; de quoy s'estant aduisez iceulx Vénitiens » depuis peu de temps en ça, hont (sic) commencé d*armer leurs 9 galères par force » (uniquement). (Stolonomie , Ms. du seizième siècle; Bibl. Nat. Fr. 7972-8, p. 67.) Malgré cet exemple, on persista à tenter Tessai — succès fort douteux — du système qui présentait bien des difGcultés et n'avait pas de grands avantages. Les bonnevoglies français se louaient à un prix modéré ; ils prétendaient ne point subir la contrainte de la chaîne ; ils n'avaient pas tort assurément ; mais la quasi-liberté dont ils jouissaient rendait fort jaloux les forçats , ce qui causait des rixes contraires au bon ordre , si nécessaire à bord de bâtiments où la plus grande partie de l'équipage était composée de criminels et d'ennemis déclarés, qu'on pouvait assujettir à la discipline seulement par des moyens d'une extrême rigueur.
En 1669 , quelques galères furent armées en partie par des bonnevoglies libres et un certain nombre d'autres bonnevoglies qui consentaient, moyennant quelques petits avantages, à rester liés à leurs bancs conune les Turcs et les forçats. Le service que rendirent les uns et les antres ne fut point satisfaisant , cependant on n'y renonça pas tpit de suite. On pensa à payer d'avance les bonnevoglies pour se
les attacher^ mais M. Colbert, à qui M. Amoul proposa C6 mode d*eDceurageme]it, se hâta de le rejeter :
« Je trouve bien des inconvénients dans 1* exécution de la proposition que vous faites d'avancer aux bonnevoglies des galères que voos avei engagés leur solde pour hait mois de campagne; car, outre que le Roî s'obhgeroit de faire une dépense considérable pour cette avance, j'appréhende que cela ne produise un effet contraire à celui que vous en attendez, et que, bien loin d'engager plus fortement ces bonnevoglies an service, cette avance ne lenr donnAt matière de le quitter entièrement poor aller dans d'autres royaumes et profiter de l'argent qu'on leur anra donné, parce que, comme nous n'avons point de lois en France, comme damé les autres États , pour pouvoir obliger un homme à demeurer toute sa vie em galère, et que l'on ne peut mettre à la chaîne ces bonnevoglies, il est cer* tain que la grande facilité qu'ils ont de se sauver et l'envie de gagner en feroient déserter plusieurs, et il arriveroit que le Roi, perdant un bonne- TOglie, non-seulement perdroit un homme propre à la rame , mais ménoie un bon sujet, n (Arch. de la Marine, Dépêches : Galères, 1670, 28 février.)
Cette lettre et la suivante jugent rétablissement des galères à bonnevoglies et la difficulté de le maintenir. A Gènes et ailleurs, les bonnevoglies, étant enchaînés , étaient de véritables rameurs contraints, et n'avaient pas la situation, relativement bonne, à laquelle avaient droit les bonnevoglies en France. M. Colbert ne se faisait pas illusion à cet égard ; aussi écrivait-il à M. Amoul :
tt Je vous dirai que je souhaite fort que cet établissement , en la forme que M. le Général et vous l'avez projeté, réussisse ; mais je suis obligé de TOUS dire que tous les gens habiles en galères, et l'expérience même de tous les États qui en ont, peuvent raisonnablement faire donter de ce succès, tous généralement soutenant qu'il n'y a que le bâton et la chaine qui puisse servir à une aussi dure manœuvre que celle-là, et que voos courez risque, après avoir entretenu ces bonnevoglies pendant l'hyver, de trouver une grande diminution lorsque vous aurez à mettre les galères en mer, et de plus, à l'égard de ceux qui se résoudront an service » (on voit que l'empressement n'était pas grand), « les comités n'auront pas la même liberté de les faire agir ni le même pouvoir qu'ils ont sur les esclaves et les forçats, n
Le Roi avait engagé M. de Vivonne à faire en sorte de pourvoir l'escadre des galères de bonnevoglies de chaine, Tcspoirqu'on avait fondé sur le recrutement des autres ayant été déçu. (Arch. de la Marine, Ordres du Roi, Galères, 1672. — Voy. notre Glouaire nautique, art. Bonnevoglies,) Le Ministre disait à M. de Vivcoiiei le 16 août 1670:
a Je vous ai fait connottre que l'intention du Roi éloil ti
chaque galère quatre-vingts mariniers de rame ou bonnevoglies n (c'était le tiers de la chiourme d'aoe galère de vingt-cinq bancs de chaque bord.) tt Je TOQsai écrit en même temps qa*il falloit engager par préférence ceux qui se soumettent à la chaîne , et comme Sa Majesté désire les distinguer des autres , elle veut que vous continuiez à leur donner la solde entière; mais il ne faut payer que la demi-solde à ceux qui ne se soumettent point à la chaîne pendant que les galères sont dans le port. (Arch. do la Marine, Ordres du Roi : Galères, 1670, fol. 3 v«.)
On voit que Souverain et Ministre faisaient tout le possible pour substituer les rameurs volontaires aux forçats et aux Turcs ; ils luttaient contre l'impossible et le savaient. L'abandon des bonnevoglies fut complet ou à peu près en 1677, car le Règlement sur la police des galères, publié le 12 décembre 1676, nomme partout les Turcs elles forçats, et nulle part les bonnevoglies et les mariniers de rame ou de rang comme on disait quelquefois. (Voyez notre Glossaire naub'que, art. Marinier.) Le Règlement du 13 décembre 1676 dont nous parlons, et dont la minute, de la main de M. Colbert, est au Ministère de la Marine (Bibliothèque, Cartons des lois et ordonnances), a des sévérités — des cruautés plutôt — qui répugnent à notre époque de douce civilisation , où la torture et les mutilations ne sont plus quun souvenir inspirant Thorreur. Voici quelques-unes de ses prescriptions — ce sont celles qui étaient de nature à inspirer par la terreur le désir d'obéir à la règle établie pour la discipline — : « Défenses aux argousins de laisser aux Turcs et forçats aucunes » armes ou couteaux ; et , en cas qu'aucun d'eux s'en trouve saisi , il Tf sera puni de coups de bâton sur le coursier, en la manière accou- » tumce. Ti (Les hommes condamnés à recevoir la bastonnade étaient amarrés sur le coursier ou canon de coursie , le plus gros des cinq canons qui armaient la galère à l'avant , et un sous-argousin leur administrait le nombre de coups de bâton auquel ils étaient disciplinairement condamnés. Ainsi, sur les vaisseaux , encore dans les premières années de ce siècle, étaient amarrés au cabestan du gaillard d'avant les délinquants , qu'un officier marinier frappait d'une dure garcette. Nous entendons encore les cris des malheureux à qui les coups étaient appliqués par un bras vigoureux qui n'avait pas le droit de mollir. C'était affreux et cela n'émouvait guère que nos jeunes cœurs, à nous qui entrions dans la marine. La philosophie et là^olution avaient cependant fait leur œuvre pour l'amélioration des hommes, elles s'en vantaient au moins ; mais elles avaient «a code criininel écrit pour les vaisseaux, code où
«fe Solution SLV
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figuraient la bouline, les coups de corde et la cale. Quant à la défense faite aux forçats et aux Turcs d'avoir des armes et des coo^ tcaux, elle avait pour but d'empêcher les combats de galérien à galérien , les tentatives de meurtre sur les comités et les argousins , et surtout les mutilations et blessures qu'auraient pu se faire — cela s'était vu souvent — les condamnés ou les esclaves pour se voir ranger parmi les invalides.)
— a Tout forçat qui sera repris, s'étant voulu sauver, aura le nez D el les oreilles coupés; et, en cas qu'il soit condamné aux galères T) pour un temps, il y demeurera toute sa vie. n (Les désertions avaient été fréquentes, soit pour défaut de surveillance, soit par connivence des argousins. Il fallait effrayer la cfaiourme par la menace de peines horribles.)
— i( Tout forçat dont les chaînes seront limées ou commencées n de limer, ou qui se sera servi de quelque autre moyen pour se n sauver, sera puni des galères perpétuelles s'il est condamné à » temps, et s'il est condamné à perpétuité, il aura les oreilles coo* » pées. n (Ëssoriller ou couper les oreilles était un des devoirs du bourreau, en France, au moment où M. Colbert rédigeait son Règlement, qui empruntait ce supplice à la justice criminelle et aux Turcs , qui , dans certains cas , coupaient les oreilles et le nez aux chrétiens, leurs esclaves sur les galères. Les Turcs avaient conservé l'habitude de couper les oreilles aux vaincus. Dans la guerre de l'affranchissement de la Grèce, ils infligèrent cette mutilation i quelques-uns de leurs prisonniers; nous avons connu à Athènes, en 1841, un de ces mutilés, le brave colonel Kal..., que Paris a vu plus tard Ambassadeur du Roi des Grecs. Les spadassins et bretteurs de profession , ainsi que quelques militaires qui se faisaient gloire d'effrayer les bourgeois, — les Pékins, comme ils disaient, — se servaient encore, il y a cinquante ou soixante ans, de cette locution : tt J'irai lui couper les oreilles, n Madame Pernellc se contentait de menacer Flipotte de lui u frotter les oreilles » :
Jour de Dieu! je saurai vous frotter les oreilles.^..
(Molière, Le Tartuffe, acte 1^, scène 1".)
— tt Tout forçat qui aura favorisé l'évasion d'un autre, ou qui » l'aura sue sans le déclarer, sera puni de coups de bâton en la » manière accoutumée. — Toute la brancade d'un forçat qui se sera )i sauvé sera punie de même. » (Cela est d'une rigueur extrême; on voulait empêcher la désertion des galériens , et
170 ABRAHAU DU QIISSNK. lt7S
en plas ou moins grand nombre? Qui voudrait soutenir que, dans rétat où était sa marine au dix-septième siècle , la France devait se priver de la galère , instrument d*attaque et de défense, soldat bon pour le combat et qui longtemps fut le seul combattant sur mer, remorqueur utile pendant les calmes et au milieu des batailles , et sous ce rapport ses preuves n*étaient pas à faire. 11 était nécessaire de conserver les galères, cela n^est pas douteux, et, pour en tirer un bon service, il fallait y entretenir une discipline sévère, en adoucissant autant qu*il était possible le sort des honmies contraints à manier la rame. On s*y appliquait. Leur intérêt même le recommandait aux capitaines des galères. Chacun d*eux voulait avoir pont Toccasion une cbiourme solide et obéissante, comme aujourd'hui dans le navire à vapeur, qui est une restitution perfectionnée de la galère, on veut avoir une solide et obéissante machine. Or, on savait la ménager tout en la tenant en haleine. Les capitaines veillaient au bien-être — bien-être relatif, hélas! et qu*on n*oserait pas aujourd'hui imposer aux coupables condamnés aux travaux forcés* — au bien-être de ses rameurs, imposant une réserve à la brutalité des grossiers argousins et recommandant la modération aux comités, conducteurs de la chiourme. u II faut » , écrivait au commencement du dix-septième siècle un capitaine de la marine italienne, « il faat » que le comité soit sévère et se fasse obéir ; mais hors du service il doit avoir pour la chiourme tout le soin possible, se rappelant qu'en définitive elle est came humana, e cki si trova nelcdmo deUe mùerie. « (Pautero-Pautera, L'Armata navale.)
Un grand homme de bien , un homme connu pour sa vertu , sa piété sincère et Fardeur de son amour pour l'humanité , un honune dont le nom n'est jamais prononcé sans respect , saint Vincent de Paul , Aumônier général des galères ; contribua par son exemple et son dévouement aux pauvres galériens à modifier les habitudes impitoyables des agents qui veillaient sur la chiourme , à convertir les officiers à des idées de bienveillance pour cette classe de gens de mer toujours si durement traitée depuis Tantiquité ; mais c'est tout ce qu*il put faire. Véritable philanthrope, celui-là, il prouva sa charité à tous les instants de sa mission sur les galères; il souffrit des souffrances de ses protégés ; mais , reconnaissant Tim-possibilité de remplacer la chiourme forcée par une chiourme libre^ il subit la dure loi de la nécessité. M. Colbert et Louis \1V, et ave« eux tous ceux qui eurent pouvoir sur les galères , généraux et cap^
taines, firent comme lui. S*ils faillirent i « rhumanité et à la » morale « , c'est qu*il leur fut impossible de faire autrement. Sans doute il y eut des fautes commises, de criantes injustices renouvelées ; mais tout était exceptionnel dans le service des bâtiments à rames , et le recrutement de la chiourme ne pouvait se faire par les moyens ordinaires. Le génie de M. Coibert et celiiî de saint Vincent de Paul ne purent rien contre rétablissement des galères tel qu*il existait partout traditionnellement, parce qu*il ne pouvait exister d*one autre manière ; ils se soumirent , ainsi que furent obligés de le faire tous les hommes bienveillants qui auraient bien voulu changer un ordre de choses si terrible. Accuser M. Coibert, le vouloir homme du dix-neuvième siècle et non pas homme du dix-septième, c'est ne pas tenir compte de la différence des temps ; imputer à son caractère et à son cœur ce qui le révoltait peut-être, mais lui était imposé par la nécessité, c'est être injuste. Quant à nous, nous le plaignons plus qne nous ne le blâmons. 11 ne lui fut pas donné de Caire tout ce qu'il aurait voulu ; il chercha à introduire le rameur libre et ne put y réussir. La répugnance des Français pour un service qui ruinait la santé, abrégeait la vie et condamnait à des privations de toutes sortes, fit échouer l'épreuve tentée, qui, au reste, ne réussissait que médiocrement ailleurs , car les bonnevoglies étaient toujours en petit nombre sur les galères étrangères. Que faire contre cette répulsion très-compréhensible? Qu'auraient fait nos déclamateors philanthropes avec l'obligation de conserver les galères?
Un mot encore. Les verriers abrègent leur vie dans l'atmosphère farAlante de leurs usines ; les chaufTeurs et les mécaniciens , enfermés dans l'entre-pont d'un navire à vapeur, souffrent d'une chaleur horrible qu'il leur faut braver pendant un long quart , et nous ne voyons pas que la philanthropie demande la suppression des bouteilles et celle des bâtiments à vapeur. C'est qu'elle veut aller vite sur l'eau et encaver son vin autrement que dans des tonneaux.
Mais assez sur ce sujet, que nous ne pouvions point ne pas traiter. Retournons à Messine.
Les vaisseaux ne restaient pas oisifs. M. de Preuilly avait été etivoyé à Tunis pour y acheter des moutons ; M. de Forbin et M. Mclchior Thomas de Châteauneuf croisaient devant le cap Spartivento,
17i ABRAHAM DU QUESNIi. ISTS
eilr^milé niùridioDulc de l'ilalie, et surveillaienl les navires de Naples et de Lîvounic qui portaient des marchandises aux Kspajinois. Pendant ce lemps-là on carénait le l/aillaitl, de M. de ScplJrine, qui devait aller rejoindre à la croisière de Sparlivento ÏApollon et le Parfait. Du Qiie.ine partit de Messine avec le cbevalier de Lhéry; leurs vaisseaux le Saint~Eipril vi le Téméraire étaient accompagnés de deux des flûtes qui avaient porté du blé en Sicile. Du Quesue, qui mouilla aux îles d'HyÈres, débarqua à Hyéres et par terre se rendit à Toulon, où il arriva le 31 mars. Le 7 de ce mois, il avait quitté la rade de celte ville en compagnie du marquis de Langeron, emmenant avec lui un brûlot et les deux flûtes. I.a traversée n'avait pas été facile; trois coups de vent avaient surpris en route les navires et leur avaient emporté une (grande partie de leur voilure. — Le Roi, satisfait des services de Du Quesne dans cette campagne, lui donna une pension de 3,000 livres. (Daugeau, Dictionnaire det bienfaiîi du Roi; Ribl. Nat., Ms. fr. 579-18.) Louis \IV ne s'en tint pas là ; il donna à Henri Du Quesne, Gis aine, comme on sait, du Lieutenant igénéral, une commission de capitaine de vaisseau. Cet officier avait environ vingt-quatre ans ; l'avenir était beau pour lui; son application et le nom de son père lui assuraient un accès facile au plus haut yradc. Cependant sa carrière fut bornée ; nous dirons en son temps pour quelle cause il ne devint pas Chef d'escadre. Il n'avait pas assisté au combat de Stromboli, et nous ignorons pourquoi Du Quesne ne l'avait pas sur le Saial-Etprit pendant celte campagne. — Les vaisseaux conduits par Du Quesne passèrent le détroit de Messine le 26 mai 1675 , ce que nous apprend la lettre suivante, gardée aux Archives de la tjnerrc, volume AG'd, pièce 16; elle est d'un ofGcicr supérieur et adressée à M. de Louvois :
u Voii'i, Monseignenr, la prcmi^rn occnsion qu'on nous a donnée d'écrire depuis qiia noue sommes ù Messine, Mous y arrivAmes avec les vaisseaux que conduisait U. Ou Qoesne, le 26 de mai. \ous fîmes déborquiT nos troupes le 27; nous niarch&aies, le 3S, au camp de San Slephano, h deux licites de Messine, du cùlé de l'Escaietle... <' (Scaletla, au Sud de la vitle). j Les galères arrivèrent le 1" juur de ce mois (juin). Pour lors, un s'nssembla pour former un dessein. On résolut de tomber sur Mêlasse « (Melazzo), u qui est une des villes les plus voisines de Messine, où le port est admirable, le séjour et U retraite ordinaire de Sicile... n {Il paraît que ce port n'était pas sain, au moins en 1B75; car, -dans ■% letlrc du 30 mars îi M. de Seignelay, le clievalier de Valbelle disait : ■< L'aîi^ 1 est ti mauvais à Meloxzo que le Vice-Koi ea est sorti pour aller à CaïtTQ f
m AORAIIAM DU QUKSNE. 1675
pour informer ensuite la Cour, avaient su que les Hollandais s'étaient eii<|U<|63 ù fournir à l'Espagne une escadre dont les seniccs ne devaient durer que six mois, et que celte escadre, forte d'une vingtaine de vaisseaux, devait entrer dans la Médilcrranàe sous les ordres de M. Michel de Ituyler. Louis \IV et M. Colbert n'avaient pu douter que les choses n'en vinssent à ce point entre la couronne d'Espagne et les Étals généraux. Le Roi, s'il pensait que la présence de M. (le Ruyter h la télé de l'année navale combinée hispano-hollandaise fortiGait singulièrement l'Espai^ne, comptait sur l'énergie et l'hahilelé des ofllciers de sa flotte ; M. Colbert, lui, ne s'assurait pas autant sur l'avenir. La compagne qui s'ouvrirait vers la fin de l'année l'inquiétait; il était effrayé de lu responsabilité qu'il avait acceptée en choisissant un des généraux de l'armée française ; celte pensée le tourmentait, et un jour il se décida à la conGcr  son Gis dans une note qui dut surprendre un peu M. de Seignelay:
n 11 juillet 1675, à cinr] henre» du malin. — En pensant ce matin inx alTaires île marine, je voua avoiie, nJon fils, que j'ai fail réHection (tte) à , une cliose qui me fsil de In peine. Vnns sçavcï que Ruyter s'en va dans U Hédilerranëe ; il aura Tin<jl-deux vaisseaux holiandoi» et quatorze espa-> guola, el dix-neuf galères soubs son commandemenl. Si M. le duc Vivonne est obligé de demeurer à terre ponr y commander l'armée, alnsf qu'il y a beaucoup d'apparence, l'armi^e naualle du Roy, vaisseaux et galleres, sera commandite par le sieur Du Quesne, et c'est et gui me met en peine, nk trocv«nt dans uon esprit oucung COMPARAISON EXTRE LA TESTE ET LE COEUR DE DU QUESKE ET CELLES {tic] DE RUITER (lie). Il est nécessaire que vous fassiez faire celle observation au Roy, fané rien exagérer. Cela fera eonnoislre à Sa Majesté que vous pensez k ce qui peut être du bien de son seraice el de sa gloire, et il faut que cela vous seroe aussy à vous exciter à faire ces rcllcclions eu loutes occasions.
" Je sçais bien que les trenle vaisseaux du Roy sont mieux équipes, mieux armés et mieux commandés que ceux de Hollande ; que les équipages îles vaisseaux du Roy sont plus foris et composez de meilleurs hommes el pins braves ; que les vaisseaux espagnols sont mat menei , mal i^quipez, el, en un mot, que les trente vaisseaux, dix brûlots et vingt-quatre gallères du Roy doibueni naturcllemml ballre tout ce qui se peut présenter dans la Méditerranée; mais je roui auoâe que la teste el le cteur du commandant me donnent de l'inquiétude, a (Arcb. de la Marine, volume dei Lettres autographes, notes el maximes de MM. Colbert el de Seignelay.)
Ceci i/est-il pas extraordinaire? Qui aurait pu s'attendre à one pareille chose? 1673 revient en mémoire au Ministre. Du Quesne est resté sous le vent des Hollandais dans un combat où M. d'Eslrées
commandait Favant-garde de Farmée anglo-française, et ce souvenir jette M. Colbeii dans une perplexité cruelle. Mais Du Quesne vient 4e montrer qu'il a de la tête et du cœur. Le combat de Stromboli rhonorc infiniment. Il est vrai que M. de La Cueva n*cst pas un de Ruyter. M. de Ruyter a manié de grandes flottes , Du Quesne n*a pas encore commandé de fortes escadres ; il peut être moins habile que le puissant adversaire que lui ménage la fortune ; mais aura-t-il moins de cœur? Ce doute est terrible ; il obsède M. Colbert, qui ne veut cependant point en faire part lui-même au Roi. Mais pourquoi inquiéter le Roi? Si Louis XIV est effrayé^ que fera-t-il? Que pourra-t-il faire? Quel officier général pourra-t-il mettre à la place de Du Quesne ? M. de Martel sortira-t-il de sa disgrâce pour prendre un commandement important? Ce serait une faveur inouïe. M. d* Aimeras, Lieutenant général depuis peu , et qui a d'ailleurs une commission pour commander Tannée navale si MM. de Vivonne et Du Quesne quittent, meurent ou sont blessés, remplacera-t^il Du Qoeme, que son rang, son grade, son expérience si souvent proclamée par M. Colbert, ont désigné au Roi pour le conunandement en second de la flotte? Sous quel prétexte, d'ailleurs, éloigner Du Quesne du champ de bataille où deux grandes armées vont se mesurer? Va-t-on lui imposer la retraite au moment d'un combat? Mais la retraite c*est le déshonneur. Pourquoi M. Colbert, qui connaît Du Quesne de longue date , l'a-t-il donc choisi pour seconder et au besoin se mettre à la place de M. de Vivonne? Ce qu'il s'est dit, le 11 juillet à cinq heures du matin, il a dû se le dire lorsqu'en 1674, i la fin de l'année, il l'a rendu à l'activité. Le doute est maintenant inexplicable. M. de Seignelay aura beau prendre toutes les précauibns oratoires pour avertir le Prince , qui est plein de confiance, il le pourra empêcher celui-ci de se sentir frappé d'un coup terrible...
M. de Seignelay obéit-il à son père ? Ne fit-il aucune observation i H. Colbert? M. Colbert ne revint-il pas sur le conseil qu'il donnait i son fils ? Nous ne le savons pas ; mais nous sommes porté à croire que Louis XIV ne connut qu'après la campagne de 1676 les appréhensions de son Ministre. Du Quesne ne pouvait être déplacé; M. Colbert le sentit très-bien , et probablement le mauvais rêve du Ministre resta un secret entre le père et le fils.
M. de Tourville n'avait pas sur la valeur de Du Quesne les jmêmes sentiments que M. Colbert; le 2 septembre 1675, il écrivait d M. de Seignelay, faisant allusion à la conduite de M. de Vivonne :
tt Je crois qae ce ne sera pas un mal pour les affaires du Roi que » ce soit M. Du Quesne qui nous mène chercher les ennemis; il me 9 paroit aussi bien intentionné qu*il est habile et capable. » Du Quesne venait, en effet, à la prise d'Agosta (17 août), de montrer une vigueur qui, du reste, ne manqua à personne. Quand la flotte que menait M. de Vivonne à la conquête de cette ville dont on voulait se rendre maître , aGn de posséder un port de refuge dans le Sud de Messine, fut mouillée autour de la baie, au nombre de vingtneuf vaisseaux, et prêta le flanc aux forteresses qui défendaient Taccès du port. Du Quesne, dont la division se trouvait en face du fort de la Victoire et d'un fort plus petit (Piccoh), les canonnasî bien , secondé d'ailleurs par les galères , et les attaqua de plus près avec ses chaloupes si énergiquement, que le fort ViUoria se rendit par composition au commandant de La Bretèche, capitaine d'une galère, et le Ptccolo au lieutenant de Du Quesne, « nommé Pallas, qui est n un trè»-bon sujet* ». (Lettre de M. de Vivonne, 2 septembre 1675.) M. de Tourville était entré dans le havre, le premier d*im détachement de six vaisseaux qu'avait fait le Maréchal de Vivonne ; il connaissait Agosta mieux que les autres capitaines, et avait pris la tète du détachement, bien que M. Jean Gabaret le commandât. Sa part dans la journée fut un combat contre la tour d'Avalos , qu*il força à capituler, aidé dans cette attaque par un détachement des troupes des vaisseaux.
Peu de temps avant l'action du 17 août 1675 , le chevalier avait, avec M. de Lhéry , fait une petite campagne particulière , si noua pouvons parler ainsi , très-honorable pour l'un et pour l'autre àé ces deux capitaines. On avait appris à Messine que des troupes allemandes devaient passer de Trieste en Italie pour aller joindre les Espagnols en Sicile; M. de Vivonne ordonna à MM. de Tourville et
1 M. de PalIas était liealenant de vaisseau depuis le mois d'avril 1666; il fat fait capitaine le 13 janvier 1677, et mourut à la Havane, sur YOriflamnu, le 9 juillet
Un bon peintre de marine, dont le musée du Louvre ne possède aucun ouvrage, et qui fit cependant pour Louis XIV un asses grand nombre de tableaux , Jean-» Charles-Dominique Van Beecq, Hollandais né à Amsterdam, mais habitué à Paris, fit une vue peinte de la flotte devant Agosta. Ce morceau ne nous est connu que par I& gravure finement exécutée par Moyses Fouard , le graveur ordinaire des œuvres de ce Van Beecq, que nous pourrions nommer le Van der Aleulen de Tannée navale, et à qui nous avons consacré un article asses développé dans notre Dietiomnaire cri^ tiqvê de biographie et dtkiitoire. Nous en reparlerons À propos du siège de Génes«> en 1684.
178 ABRAHAM DU. QUKSNE. 1«75
c'est ce que Ton crut possible. MM. de Tourville et de Lhéry , qui étaient de toutes les bonnes fêtes , partirent quand le vent se fut fait propice , et la mer descendant; c'était le samedi 27 juillet. lis emmenèrent avec eux un brûlot commandé par M. Serpaut. Le chevalier de Tourville se posta le premier devant Reggio , sous voile , en panne et à une faible portée de canon. M. de Lhéry et le brûlot vinrent le joindre et imitèrent sa manœuvre. Le capitaine Serpaut se lança alors , au milieu du feu de tous les bastions et de la forteresse» alla droit à la frégate, et y attacha son brûlot, qu*il incendia. Il itait été suivi par MM^ de Coôtlogon, des Gouttes et de Sillery , résolus à remplacer avec leurs chaloupes M. Serpaut s*il manquait son abordage. La frégate brûlait, quand la Sirène et le Téméraire combattaient toujours la terre ; alors le vent porta Tincendie à une qaingaine de navires , puis à une poudrière , laquelle , en sautant, démolit une portion du bastion qui lui était voisin. Des maisons , en grand nombre, furent aussi brûlées, et quand les deux vaisseaux se retirèrent, ils laissèrent en flammes une portion de la ville, vaste eHK brasement , qui , aperçu de Messine , réjouit les Siciliens et les htiH çais autant qu*il affligea les Espagnols et les Calabrais, dont Reggio était la ville principale. Il y eut peu de morts et de blessés ; un caiK» creva à bord du Téméraire, et tua quatre hommes à M. de Lhéry. A Barletta, un canon avait crevé sur la Sirène, mais il n*avait pas causé un grand dommage. (Lettre^ de M. de Vallavoire et da chevalier de Tourville.) Le chevalier finit en disant : « Serpaut mérite que vous vous souveniez de lui. n (Ces pauvres brûlotiers, on ne faisait pas grand'chose pour eux!) « Pour le chevalier des Gouttes^ il n mérite d*étre capitaine ; c'est un garçon de cœur qui a une applica- » tion extraordinaire au métier. Lhéry vous auroit, Monsieur, les « dernières obligations de songer à lui pour le distinguer des autres » capitaines , et de le mettre à 200 francs (sic, deux cents francs » d'état-major) avec la pension de mille livres : personne, dans le n corps ne le mérite comme lui , c'est de ce que je vous réponds. » Signé
ÂoLrOi
Z. 'XjiW'^i^'/éiJ
(Arch. de la Marine.)
Tourville sentait qu'il méritait aussi qu^on songeât à [lui, et, bien
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bonne volonté, et il n*y a pas jiisqa*ati petit Villette qui eût voulu que la canonnade eût duré plus longtemps. Je vous le cite parce que c'est tiae chose extraordinaire à un enfant de dix ans que d'avoir souhaité d^étre blessé pour être mis dans la Gazette '. »
Le chevalier de Tourville , qai n'a pas encore de liaison intime avec le Maréchal de Vivonne et qu'aucun motif de convenance sociale ne peut retenir, traite moins bien le Vice-Roi de Sicile que ne le fit Boileau. Dans sa lettre à M. de Seignelay, datée d'Agosta, 2 septembre 1675, le chevalier dit au fils de M. Colbert : « Ainsi, vmu serez averti tôt ou tard de la manière dont les choses se passent, étant persuadé que je ne cours aucun risque à vous parler à cœur ouvert, comme j'ai toujours fait, et que vous aurez la bonté de brUer ma lettre. Il recommanda souvent cette précaution, que ne prit point M. de Seignelay ; les lettres de M. de Tourville sont sous nos yeux. A propos de l'affaire de Melazzo , il dit :
tt II seroit fftcheax à tonte la marine que les officiers génëranx ne fassent en droit de rejeter snr M. de Vivonne le ridicule de sa retraite de MdûMM»,
1 Le petit Villette dont il est question était Philippe de Valois, qni fat comte de Mnrsay, mestre de camp da régiment de cavalerie de Monseigneur le Dauphin et brigadier des armées du Roi. Il était fils de Philippe de Valois, marquis de Villette et de Mnrsay, et de Marie-Anne Hippolf te de Chiteanneuf, qu'avait épousée le marquis le 31 juillet 1662. Le second Philippe de Valois — le petit Villette de 1675 — épousa, le 5 avril 1695, Marie-Louise Le Moine, fiUe d'un conseiller du Roi, chevalier de Saint^Michel. (Reg. de Saint-Louis en Tlle.) Philippe II de Valois moomt,. le 9 novembre 1706, prisonnier de guerre. (Vojei notre Dictionnaire critiqiu de hiographit et tt histoire, p. 1273.) — Le jeune Villette était k bord de VAssuré, non pas en qualité de volontaire, comme l'a pensé M. Monmerqué, le Roi ne donnaut qu'à des hommes faits des lettres de volontaire : mais son père l'avait embarqué pour lui faire prendre de bonne heure le goût des nobles et grands spectacles. La contanance qu'il eut pendant le combat le rendit très-intéressant A la Cour. !«e Roi apprit k madame Scarron ce qu'on lui avait mandé de son cousin, et celle-ci se hAta d'écrire à ce sujet une lettre de félicitation k la mère du petit héros (24 février 1676). Le désir manifesté par le • petit Villette • de voir son nom imprimé dans la Gasette ne fut point satisfait. Madame Scarron était alors assez avancée dans la faveur du Roi pour que le rédacteur du journal donnât cette satisfaction au brave enfant qni Tintéressait. Pourquoi le journaliste ne mentionna-t-il point Philippe II de Valois danf son récit de la bataille? Probablement M. Colbert ne crut pas que cette mention pouvait être agréable à la grande dame dont il connaissait la position à la Cour, et sa dispensa-t-il de faire comprendre dans la relation envoyée à la Gazette un détail qui n'ajoutait rien k l'intérêt du tableau d'une action navale importante , et qni touchait seulement une famille. Évidemment madame de Maintenon ne demanda rien k M. Colbert et crut que la ville n'avait point à apprendre ce que toute la Cour savait, ce qui avait été le sujet de tous les entretiens pendant un jour, et déjà était à peu près oublié.
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et il ëtoit de notre honneur à tous qn'on ne tint pas plus longtemps les vaisseaux dans le port. C'est pour cela qu*on me détacha du côte du golfe » (de Venise), « et qu'ensuite M. d' Aimeras étant arrivé avec ses gros navires, Ton forma l'entreprise d* aller hrûler les vaisseaux espagnols jusque dans le port de Naples. M. de Vivonne alla à ce grand dessein avec une confiance adniirable, et les dilBcultés'ne lui parurent considérahles que sur le point de l'exécotion. »
Voilà, dans ce trait piquant, rhomme qui a fait voir que Texécation de pareils projets ne rembarrassait point , et qui a le droit de railler le Général qui s'arrêta au moment d'exécuter. Il ajoute :
« Le Maréchal exclut tous les capitaines du conseil où l'on prit la résolution de retourner à Messine comme on était venu. Je crois qu'il vods aura fait savoir le bonheur qu'il eut de trouver, pendant un calme, plasiears barques chargées de blé, sans quoi les murmures des Messinois anroient été grands. »
Ce fut après ce scandaleux retour du golfe de Naples , où Ton jnomlla à peine les proues des vaisseaux , que le conseil décida de «tenter le pillage d'Agosta ». La flotte quitta cette ville soumise, laiâsant quatre vaisseaux dans son port, j)our la défendre contre une surprise des Espagnols, et M. de Mornas, Maréchal de camp, pour la commander et en réparer les fortifications, que le canon n'avait pas ^argnées.
La question des vivres pour Messine , toujours instante et grave , celle aussi des victuailles pour les vaisseaux, dont les soutes se vidaient, préoccupaient M. Colbert à Paris et M. de Terron en ^le. Celui-ci ne doutait pas que le Ministre ne pourvût i tout et que le Roi n'eût donné des ordres pour que des flûtes apportassent à la ville et à la flotte , sinon l'abondance , au moins le nécessaire. M. de Vivonne ne partageait pas cette quiétude de Tlntendant ; aussi prit-il la résolution, probablement contre Tavis des officiers généraux et des capitaines les plus expérimentés, d'envoyer Du Quesne avec le gros de l'armée navale, les. brûlots et les bâtiments de diarge qui étaient sur leur lest , à Toulon « reprendre des vivres et » recevoir les ordres du Roi » . La route qui était tracée par le Maréchal, général de la flotte, menait d'abord Du Quesne à Cagliari « pour tâcher d'y prendre langue des ennemis et savoir s'ils ^ avaient « établi là leurs rendez-vous. » Il devait de là, si le temps le loi per-
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mettait , u faire un bord jnsques à Tunis , pour voir en quel état » étaient u les bâtiments envoyés à cette côte pour charger des blés» et savoir quel fondement on » pourrait u faire à Tavenir pour y établir des rendez-vous et pour en tirer les besoins soit de Tarmée, soit de Messine y^ . Trois navires de guerre devaient accompagner Du Quesne jusqu'à Tunis, chargés de ramener à Messine les bâtiments porteblé, les frumentariœ naves, comme disaient les Latins. Du Quesne» s'il capturait en route , du Phare à Cagliari et à la côte d'Afrique , quelque vaisseau chargé de provisions de bouche , le devait remettre au commandant des trois navires qui le suivraient , et celui-ci remmènerait à Messine. (Ordre donné à M. Du Quesne » le 16 de septembre 1675, s'en allant en France. Arch. de la Marine, Campagnes.)
M. de Vivonne, qui ne s'inquiétait guère de donner de ses nouvelles à la Cour, voulait que Du Quesne lui donnât fréquemment des siennes, et qu'un va et vient de tartanes légères fût établi entre Toulon et la Sicile , pour lui faire connaître les ordres des Ministres et l'état des choses au port , où allait se caréner l'escadre de Du Quesne et se charger pour retourner promptement à Messine. Le premier bâtiment qui devait revenir à M. de Vivonne était une frégate légère commandée par M. de Cohom, qui était à la suite du Lieutenant général. Cette frégate n'avait besoin que d'un suif, et son espalmage ne devait pas être long. Le Maréchal enjoignait à Du Quesne de s'aboucher avec M. Arnoul, dès son arrivée à Toulon, d'écrire ensuite à la Cour et d'y dépêcher le chevalier de Chaumont , major de la flotte, pour porter ses lettres et celles de M. de Vivonne, « et D non plus tôt » . Le Vice-Roi ne voulait pas que les lettres écrites de Messine au Roi , à M. Colbert, à M. de Seignelay ou à M. de Pomponne, arrivassent à Versailles avant ses mémoires et donnassent des informations contraires aux siennes et établissant des préjugés contre lui.
La résolution du Vice-Roi avait plus d'un inconvénient , dont le plus grand était d'exposer les vingt vaisseaux de Du Quesne à rencontrer, en revenant de Provence , une armée Hispano-Batave beau*coup plus forte qu'eux, et à trouver une défaite quand Messine avait besoin d'une victoire. Et. puis, pourquoi promener vingt-trois vaisseaux et de lourdes flûtes , du Phare en Sardaigne , de Sardaigne à Tunis , et ensuite de Tunis â Toulon , cette flotte diminuée de trois vaisseaux? Si l'on avait besoin de vivres à Messine , pourquoi ne pas
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les aller chercher par le chemin le plus coart? Pourquoi cette perte de temps? N*avaît-on pas des bâtiments légers pouvant aller à la découverte des ennemis et s'informer à Tunis? Ces observations furent sans doute faites à M. de Vivonne, qui passa outre. Le Roi fut loin d*approuver cette façon d'agir du Maréchal , et le lui fit savoir par une lettre du 17 octobre; cependant, après lui en avoir fait doucement le reproche, il lui dit, par la plume de M. Colbert :
m Mais comme vous avez estime qu'il ëtoit plus important au bien du service de les renvoyer » (les vingt vaisseaux), « j'approuve la résolution que vous avez prise, et j'envoie dés à présent mes ordres à Toulon pour travailler incessamment au radoub et caréner tous mes vaisseaux, et la préparation de six mois de vivres, mon intention étant de les remettre en mer précisément au premier jour de décembre prochain, sous le commandement de M. Du Quesne, pour vous aller joindre, ne doutant pas que vous n'ayez pris vos mesures et ne lui ayez donné tous les ordres et les rendez-vous nécessaires pour joindre les dix vaisseaux que vous avez con* serves, afin qu'ayant toutes mes forces rassemblées , elles puissent être en état de combattre la flotte d'Espagne et de remporter les mêmes avantages que mes armées de terre ont jusquà présent remportés sur terre, n (Bibl. Nat.,Ms. fr. 8031.)
Quel chemin reprendrait Du Quesne pour regagner Messine? Comment ferait-il sa jonction avec les dix vaisseaux qu'avait gardés M. de Vivonne et que comniandait M. d' Aimeras? Irait-il chercher le Phare par le Nord , ou ferait-il le tour de la Sicile , en doublant le cap Passaro , et en côtoyant le bord sur lequel s'élèvent Syracuse, Agosta et Catane? Louis XIV posa ces questions à M. Colbert, qui n'était pas en mesure Jy répondre et qui , pour en avoir la solution y écrivit , le 1 7 octobre , à Du Quesne , lui ordonnant de réunir à son bord les officiers généraux pour connaître leur sentiment sur le point qu'on ne pouvait suffisamment éclaircir à Versailles. Du Quesne appela à bord du Saint-Esprit MM. Cabaret, de Preuilly et de Valbelle, leur lut la lettre du 17 octobre, et recueillit les opinions de chacun d'eux. Du Quesne et MM. de Cabaret et de Preuillf lurent d'avis que Farmée devait prendre le chemin le plus court , c'est-à-dire aller droit au Phare, à l'entrée duquel, dans la saison avancée , il n'y avait pour les ennemis aucun mouillage « que trèsdangereux 9 ; qu'à la vérité cette entrée n'était pas facile pour la flotte française ; mais que, dans le cas où le vent ne lui permettrait pas de donner tout de suite dans la passe , lorsqu'elle serait à la vue de Stromboli , elle se tiendrait là en croisière , prête à combattre ;
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cariln'élait pas douteux que les dix vaisscuui de M. d'Alni^ras, ayant le ml^nie vent qui favoriserait les Espagnols , ne viussent rejoindre au pavillon Amiral cl rendre égales les chances de la lutte. MM- de Preuiliy et Cabaret, bien qu'ils fussent de l'avia de Du Qucsne, tinrent à mettre par écrit leur opinion cl à l'adresser au Ministre, en même temps que Du Quesne adressait sa Icllre, datée du 20 octobre 1()T5. La dépèche du Lieutenant général , fort longue et qui entre dans des détails de rendez-vous , etc., est aux Archives de la Marine. Ln duplicata en court le monde; il parut dans une vente fuite à Paris, au mois de mai 1843; il revint sur le marché, le 10 mars I8t7. Nous ne savons en quelles mains il est aujourd'hui. Quant à l'uvts de MM. Cabaret et de Preuiliy d'Humiéres, il est aux Archives de la Marine. M. de Valbclle, qui était rarement du sentiment de loul le monde et plus rarement encore de celui de Du (Juesne, plaida vivement dans un lon<| Mémoire (Arch. de la Marine) pour la navigation à l'ouest de la Sicile , le passage dans le détroit de Malte, et l'entrée de la passe du Sud en doublant le cap le plus méridional de l'Ile.
M. Colbcrt rc^ut les Irois lettres, et le R novembre , après les avoir lues au Roi, une bonne carte de la Méditerranée sous les yeui, il écrivit à Du Quesne que Sa Majesté approuvait son avis de >• Iï jonction par le Nord du passage du Phare ». Du Quesne accusa réception de sa lettre au Ministre, le 19 novembre, et lui dit que depuis les premiers jours du mois on a à Toulon » des avis de
■ Ligourne et de Gènes de l'arrivée de Rentre » (bonne prononciation du J\iiyttr hollandais) " à Cadis , cl , par un vaisseau anglois « qui a navigué avec lui de Cadis à AHcan , que ce Hollandois alloit a aux All'ages et ù Barcelone, côte de Catalogne. « Du Quesne ajoutait que «lu jonction des lispagnols aux Hollandais pourroit bien tar-
■ der si les Hollandois attendent en Catalogue les quatre vaisseaux
■ des leurs qui ont entré à Cadis avec un grand vaisseau espagnol
■ qu'ils étoient allé prendre en Hiscaye, ou même si Don Jouan • (Juan d'Autriche) " s'embarque , ce qui n'est pas une affaire si facile " par la grande suite qu'il mène avec lui. "
Cette considérotion du grand train qui suivait Don Juan d'Autriche ne fut point une des causes qui l'empêchèrent de prendre part h la campagne ; il ne voulut pas quitter le Itoi.
<i Monseigneur, dit encore Du Quesne . en cas que nous joi^gnions no»
■vaut que ceux dei ennemis le Boivnt « (avaDt la jonclioa de .
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ments et de la table. Quant à la lettre, elle contenait probablem^it une plainte adressée au Ministre en dehors des ofOciers généraux , ou un avis contraire à celui qu*avait donné Du Quesue sur la question du retour à Messine. Les choses allaient ainsi , à cette époque ; tout le monde écrivait à la Cour, chacun dans son intérêt ou selon sa passion. Beaucoup de lettres adressées à M. Colbert et à M. de Seignelay ont été conservées ; Thistorien n*a pas à s*en plaindre , mais assurément la discipline n*avait point à y gagner.
Le 23 novembre 1675 , Du Quesne écrivit à M. Colbert pour Tavertir que presque tous les vaisseaux étaient en grande rade , à Toulon , mais que le départ de sa flotte se trouvait retardé par ce que Ton embarquait encore et par l'argent , le trésorier ne payant que fort lentement les équipages , et se trouvant en retard à ce point que « les tables jusqu'à la fin de Tannée » n'étaient point payées ni ce celles des officiers du Saint-Esprit ni mon état-major et table , I) ajoutait Du Quesne , quoique je leur ai fait voir ce que vous »
V Monseigneur, avez eu la bonté de m'écrire sur cet article dès le 8*. » Tout cela ne fait rien à ces messieurs qui ont leur compte et bonne n table. En mon particulier, je suis contraint de ne leur plus rien n demander et d'engager plutôt ce que f ai de vaisselle, pour ce qui » me regarde. Il n'y a que celle du capitaine et des officiers du vais- 1^ seau à quoi je ne puis remédier, n'étant pas de mon fait , ayant » suffisamment de charge à ma table, savoir des majors, des corn- 7) missaires, trois ou quatre volontaires par brevet du Roi , outre les D autres officiers , capitaines et autres survenants , ainsi qu'il arrive
V journellement, à quoi l'honneur du service veut que l'on réponde, n -^îomme vous l'avez sans doute remarqué par ma lettre du 30* oe- » tobre dernier. De plus , vous savez , Monseigneur, que depuis que
V j'ai l'honneur d'être Lieutenant général , j'ai toujours eu un capi- I» taine qui a eu sa table pour ses officiers du vaisseau , différente de » l'état-major. Et , comment , Monseigneur, pourrait subsister l'ordre » qui est établi dans les armées du Roi , qu'un Lieutenant général , y) qui, dans toutes les occasions que le vaisseau sur lequel il est » monté se trcuve (sic) désemparé soit par la tempête ou dans un » combat , il quitte ce vaisseau et monte celui qui lui convient pour n continuer le service , autrement il n'auroit pas cette faculté ; il arri- » veroit que la personne du Lieutenant général seroit attachée à ce n vaisseau désemparé, ce qui seroit à mon avis contre le bon sens. » Ainsi , il est de l'ordre et de la nécessité du service qu'il y ait
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9 moins un capitaine et ses ofGciers qui soient attachés à ce vais- « seau 9 (le Vaisseau Amiral) « pour en répondre. C'est de la D manière que vous Tavcz ordonné par les états , lorsque j'ai monté » le Lys, que le sieur de Septème , capitaine , a eu la table pour ses y> officiers, et le sieur de Vaudricourt sur ce vaisseau le Saint-Esprit, -» jusques au jour qu'il a reçu vos ordres pour attendre à Toulon ; » en ce cas , Monseigneur, j'ai cru que mon fils , à qui Sa Majesté a n fait rhonneur de le créer capitaine , succéderoit à la place dudit » sieur de Vaudricourt , puisqu'il a servi et sert encore en cette qua- » lité sur ce même vaisseau , suivant vos ordres. Ainsi, Monseigneur, 9 qu'il vous plaise, de grâce, de prononcer et donner vos ordres auxdits » sieurs Arnoul et trésorier de n'apporter plus de difficultés aux 9 choses décidées. Je suis persuadé que vous ne voudriez pas que » ces messieurs de deçà qui manient la bourse me fassent devenir » d'évéque meunier. »
Ce passage n'est pas d'une très^grande clarté. Du Quesne écrivait vite et ne s'appliquait pas à chercher le bon enchaînement des phrases; il pensait que M. Colbert le comprendrait toujours assez. D'ailleurs eût-il voulu mieux faire, il est probable qu'il n'y serait point parvenu. Son éducation première avait été négligée, comme l'était celle de la plupart des enfants de la petite bourgeoisie, celle même des enfants de la noblesse. 11 n'avait lu probablement ni VAstrée, ni le Grand Cyrus; les lettres n'étaient pas de son goût, et il avait des devoirs qui le détournaient de l'étude du beau langage. Ce qui ressort de ce morceau que nous détachons de la lettre du Lieutenant général, c'est que les choses étaient encore assez mal réglées en 1675, en ce qui était du service de la trésorerie, dont avait la charge M. Pellissari, et que M. Colbert, qui aimait Tordre et cherchait a l'établir, n'était pas bien obéi. Sous un autre rapport, ce fragment n'est pas sans intérêt ; il nous fait connaître un détail qu'il est bon de noter. L'officier général avait sa table particulière oiii il traitait les passagers d'un certain rang et entre autres les volontaires à qui le Roi donnait brevet pour servir sur le vaisseau Amiral. Le capitaine du vaisseau pavillon avait aussi sa table et y recevait les officiers de ce vaisseau , capitaine en second , lieutenants et enseignes. Un autre détail nous intéresse dans ce paragraphe, il nous montre que Henri Du Quesne était alors devenu capitaine en second du Saint-Esprit, quand M. de Vaudricourt était le premier capitaine. Du Quesne espérait que le Roi ferait de son fils le succès-
IM ABRAHAIf DU QUESNB. 167»
searde M. de Vaudricourt, comme capitaine du pavillon Amiral. Noos avons vn que le nouveau capitaine n'était pas avec son pèreen juin 1675.
La décision que Du Quesne avait sollicitée par sa lettre du 19 ntvvembre <> pour les vaisseaux de MM. de La Fayette et de Langeron n, il la demandait encore , le 23 novembre. M. de Langeron commandait le Sage, que désirait commander M. de Béthune; M. de Langeron monta son vaisseau et M. de Béibnne eut la Sirène. Quant à M. de La Fayette, capitaine du Prudent, il était tombé malade depuir assez longtemps ; il voulait pourtant faire la campagne ; Du Quesnecraignait que ses forces ne le trahissent, et attendait que le Ministre se prononçât sur la question de savoir s'il devait laisser ce brave et zélé capitaine se rembarquer, ayant pour le suppléer un Lieutenant qui n'était u pas encore grand marinier « . M. de La Fayette garda le Prudent, sa santé s'é tant un peu rétablie.
Du Quesne finit sa lettre du 23 novembre par cet avis qu'il donnait à M. Colbert :
a J'ai oublia josqoes à prësenl de vons iaforiner qae j'ai fait mellre air garde-magasin de la marine deni groa canons du calibre de 36 et de fonte verte qai éloient dans les deai forts d'Augouile, que je pris avec ma diri- ■ioD, L'one de ces pièces estëvenlëe, l'antre crevde par la volée; il y ■ de quoi, iTonloD, fondre cinquante canona de >ii livres de balle, dont il manque ponr les batteries des moyens vaisseani. »
Les canons de 6 étaient canons de gaillard pour les vaisseau» de quatrième rang.
Le 27 novembre 1675, Du Quesne annonça au Ministre qu'il avait reçu de M. de Vivonne uue dépêche datée du 24 octobre ; le Maréchal Vice-Roi le priait u d'aller promptemeni le secourir n . Du Quesne assurait qu'il ferait servir Ions les vents pour aller à Messine en passant à l'Est on à l'Ouest de la Corse ou de la Sardaigne, et ponr entrer dans le Phare ou pour doubler la Sicile, ce que M. de Vivonne ne trouvait pas mauvais, il l'avait écrit k M. Amoul. Du Quesne écrivait le 27 novembre au Vice-Roi qu'il espérait partir bientôt , et lui demandait de faire tenir les dix vaisseaux et les brûlots prêta i sortir par le Phare au moment oii la flotte de Toulon serait en vne, afln de la Joindre , soit qu'elle fût u en combat ou autn-nicnl, altendir^ que le principal objet des ordres du Roi » est la jonclion de tous lei vaisseaux. Cependant les vivres n'étaient pas encore embarquéa, ■ quant au payement des équipages, ordonné par U. Col
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« avance , disait Du Qaesoe , comme il pldt au trésorier, puisque « quand il veut dire qu'il n'y a pas de fonds, t? n'y a pas un mot à -B répliquer. Pour ce qui me regarde en particulier et dont je vous ai K été importun , ajoute le Lieutenant général du ton de la résignait tion , il m*a déclaré que vous n'aviez pas encore prononcé , et que « jusques là je n'avais rien à espérer de lui. Ce n'est pas ce qui 9 retardera , pourvu que le sieur Arnoul satisface à ce qu'il a pro- » mis, de donner la subsistance au capitaine (du Saint-Esprit) et aux » officiers. » Ainsi, M. Colbert pressait le départ de Du Quesne et ne prenait pas sur une question qu'il savait très-bien intéresser au dernier point le commandant de la flotte retenue à Toulon , une décision qui forçât le commis de M. Pellissari à désintéresser Du Quesne! Fallait-il donc que celui-ci mît sa vaisselle en gage?
H. Colbert avait eu la pensée de faire un changement dans le €<Mnmandement de quelques vaisseaux, et il avait envoyé à Du Quesne et à M. Arnoul des lettres du Roi ayant pour objet de donner le Sceptre à Du Quesne , qui rendrait le Saint-Esprit à M. de Tourville. A cela Du Quesne répondit :
« Ceci s'exécnteroit dès ici si ce changement se pouvoit faire sans 1» retarder notre partance par ce remue-ménage, ri
En envoyant la lettre à M. de Seignelay, M. Colbert écrivit à la marge de cette phrase : a des termes de mépris qu'il ne faut pas M souflrir. » Remue-ménage, était un terme familier et non un terme ie mépris ; il convenait fort bien à la situation , car MM. Du Quesne et Tourviile faisant un chassé -croisé, — ah! si M. Colbert nous entendait ! — avaient , en effet , à remuer chacun son ménage d'un vaisseau à l'autre. M. Colbert était trop délicat.
u Les choses étant arrangées de manière qu'elles feroient tort à • l'estive » (éqùiUbre, stabilité, du latin stare) « de ces deux vais- » seaux, le Sceptre et le Saint-Esprit, j*ai cru, Monseigneur, que » Sa Majesté approuveroit que , pour avancer son service, l'on remit V le changement du Sceptre à quand on sera à Messine , lorsque » l'occasion se présentera , et que cependant le chevalier de Tour- » ville monte sur ledit vaisseau le Sceptre et le sieur Chabert sur le » Fier, et moi je demeurerai sur le Saint-Esprit avec cinquante « hommes de plus que je prendrai de l'équipage du Sceptre , qui en 1% âoroit encore cinq cent cinquante et moi cinq cents , jusqu'à ce ce 4:hangement se puisse faire , comme il est dit. Ajoutez à Ç{m €•» que M. le duc de Vivonne résolve de s'embarquer,
1) les choses se feront alors plus aisément , sans préjudice pour le » service. »
M. le chevalier de Valhelle arrivait de Marseille le jour où Du Quesne écrivait ; il rapportait qu*un Anglais avait vu M. de Ruyter croisant avec vingt-cinq vaisseaux devant TUe dlvice. On ignorait s*il aUait de là en Sicile, ou s*il attendait la flotte des Malouins pour Tattaquer.
Du Quesne revenait sur le point de son capitaine de pavillon et
demandait pour Henri, son flls, la lettre de service qu'il attendait,
tt puisque, dans Tordre, il devait monter sur le Saint-Eiprit à la place
» de M. de Vandricourt, qui attendait à Toulon de nouveaux ordres
n de la Cour » 4 Du Quesne remit sa dépêche pour M. Colbert à son
neveu Du Quesne-Guiton. De cet officier, fils de son frère Jacob et
d'une fille de Jean Guiton , — on se rappelle le mariage de Jacob
Du Quesne dont nous avons parlé tome 1", page 166, — Abraham
Du Quesne disait :
tt 11 est parti, en 1670, lieafenant sur les vaisseaux du Roi allant en Perse. Il a couru plusieurs aventures, entre antres de trois ans de prison à Batavia; il a repasse en Europe dans un vaisseau anglois, moyennant deux cents ëcus. Je puis vous assurer qu*il étoit déjà, avant ce voyage, très-bon ofBcier. Son père a ëtë tué, dans le service, d*un coup de canon; qu'il vous plaise de le considérer comme un bon sujet, et lui faire payer ce qti^il vous plaira de ses appointements dus, pour en quelque sorte réparer la misère qu'il a soufferte à son dernier voyage. Taurois beaucoup de joie que vous lui donniez de l'emploi sur mon bord dans l'occasion présente. Il est venu de loin en chercher, avec grand désir de se distinguer. J'espère que vous le renverrez aussitôt et que vous me ferez l'honneur de me croire, avec tout respect et obligation, etc. n
Du Quesne-Guiton, que recommandait son oncle à M. Colbert, fut un officier très-éminent ; le Lieutenant général l'estimait et l'aimait beaucoup , et Peut souvent à ses côtés dans des circonstances glorieuses.
Lorsque Du Quesne eut achevé sa dépêche du 27 novembre, il desceiidit de son vaisseau et alla chez M. Amoul, où il trouva tous les Chefs d'escadre et capitaines fort émus d'une déclaration qui venait de leur être faite. On leur avait annoncé qu'il n'y avait point de fonds fait pour leur table , et que ce qui aurait dû leur être payé du 15 octobre jusqu'au 27 novembre, ce qui devait aussi leur être compté pour le même objet, à titre d'avance ordinaire, du 27 novembre au 1" janvier 1676 , ne leur serait point donné , si une déci-
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non prompte de la Cour o*interveoait pas à ce sajct. C*était une véritable émeute. Ces officiers estimaient n'avoir pas démérité, ayant a bien employé leur temps par le redoublement de leur application et de leurs soins au service y» . Du Quesne avant de retournera bord dn Saini'Esprii, écrivit de chez Tlntendant , à dix heures du soir, «ne courte lettre à M. Colbert pour Tavertir de ce qui se passait :
« Je crois être obligé de voos dire que la dëfiance où les met cette nouvelle ponrroit produire de fâcheux effets à l'avenir par le peu de disposi- Ikms qu'ils anroient à faire les avances nécessaires pour la nourriture de leurs officiers , causée par leur impuissance et par la crainte de n'en être pas remboursés ; en sorte que je crois qu'il est nécessaire que vous ayez la bonté de les rassurer par une décision favorable, en leur faisant donner le fonds de leur table. Je suis , etc. — A Toulon , ce mercredi 27* novembre, à dix heures du soir. (Du Quesne à M. Colbert; Collection de feu M. Monmerqué. Cette lettre fut imprimée dans le premier volume de l'/jofnqfkiê des hommes eéUèru, in-4*; Paris, Alexis Mesnier, 1828-1^0.)
M. Colbert suivit-il le conseil donné par Du Quesne? C*est probable. Quoiqu'il en soit, le 16 décembre, le Lieutenant général appareilla de Toulon avec vingt vaisseaux et six brûlots qui firent voile pour Messine. (Gazette de France , Toulon, 17 décembre 1675.)
xni.
H. Michel-Adriantz de Ruyter reçut, le 27 ou 28 juillet 1675 , riDstruction qui lui était donnée par Guillaume de Nassau , prince d*Orange , stathouder de Hollande. Elle était datée du 26 juillet. 11 avait ordre d'aller trouver a l'armée navale d'Espagne, afin que celle-ci étant jointe à la flotte des États, elles » allassent « ensemble, avec la bénédiction de Dieu , faire rentrer Messine sous l'obéissance du Roi dïspagne» . M. de Ruyter s'était , depuis quelque temps déjà, préparé à partir; le 29 juillet, il se sépara de sa famille, de ses amis, triste, et préoccupé de pressentiments douloureux. 11 avait la conviction que la campagne qui allait s'ouvrir serait pour lui la dernière. « Cette expédition ne s'achèvera pas que je n'y demeure , je le sens « bien » ; telles furent les paroles qu'en l'embrassant il dit à Bernard Somers , son gendre , et que celui-ci recueillit et transmit plus tard à l'historien du Lieutenant -Amiral. Au reste, M. de Ruyter, pieux et se regardant comme un instrument dans la main de Dieu, était résigné ; les pensées douloureuses qui l'agitaient en quittant tout ce qu'il
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aimait à Amsterdam , ne le préoccapèrent pas longtemps. Il avait an grand devoir à remplir, et il donna à son accomplissement tout ce qu'il avait de force d'âme et de vigueur corporelle. Le 16 août, avec un bon vent , il Gt voile, se dirigeant vers Dunkerque. Il était à la hauteur de Douvres, le 7 septembre^ et, le 26, il jetta Tancre à Cadix. Il n'avait que dix-huit vaisseaux de guerre , deux brûlots et six senaus , petits navires gréés à peu près comme de nos jours le sont les cutters , c'est-à-dire ayant un mât debout , un beaupré , et portant pour voilure un foc, et , à l'arrière , une voile trapézoide enverguée sur une corne et bordée sur une baume.
Abrégeons. M. de Ruyter alla aux Alfages, espérant trouver six vaisseaux espagnols , qui devaient y venir d'Oran et qu'il ne vit point à ce rendez-vous; il attendit quelques jours Don Juan d'Autriche» qui ne vînt pas non plus, et se décida à partir pour Cagliari, le 29 novembre 1675. Son armée s'était diminuée de huit vaisseaux, M. de Haen , commandant de l'arrière-garde , s'étant séparé de lui , aux Baléares , le 3 novembre, dans un coup de vent de N.-E. Des navires qui lui restaient, M. de Ruyter fit dçux divisions, la première sous ses ordres immédiats , l'autre sous les ordres du commandeur Nicolas Verschoor. L'Amiral hollandais partit alors de Cagliari et mit le cap sur la Sicile. Il arriva à Melazzo le 20 décembre 1675. Là étaient seulement un vaisseau de guerre espagnol et une escadre de quatorze galères. Le 2 janvier 1676, le Vice-Amiral de Haen mouilla à Melazzo , ayant avec lui sept vaisseaux de guefre , deux senaus et deux bâtiments de charge. Il venait de Palerme où Tavait retenu Don André d'Avola, prince de Montesarchio , Amiral d'Espagne. M. de Ruyter avait ordre de la Gourde Madrid de s'entendre, sur tout ce qui était de l'entreprise contre les Français , avec le Vice- Roi de Sicile pour l'Espagne, Don Francisco de Toledo,- marquis de Villafranca. Les derniers avis qu'il avait reçus du Roi Charles le prévenaient que la flotte espagnole était mise sous le commandement du général des galères et , en son absence , sous celui du prince de Montesarchio.
Du Quesne était bien impatiemment attendu à Messine. Le duc de Vivonne écrivait à M. de Louvois, le 2 janvier 1676 :
u L'armée navale des eoncmis , composée de vaisseaux et de galères, est venue moniller la nuit passée an-dessoas de Tlbisso » (petite ville non loin de Melazzo) ; il ajoatait, que u y ayant débarqué de l'infanterie, elle a pris ce poste, que nous gardions depuis le mois de juin. Les ennemis n'ont point
immé de combat pour y entrer, parce qn'an capitaine messinois qnî gardoit on des postes, a introduit les ennemis dans la place. M. de Vintimille a été fait prisonnier, et quelques-uns de ses officiers. »
Dans une lettre du 9 janvier à MM. les États Généraux, M. de Rayter donna une version différente de cet événement; elle est plus i(MiorabIe pour la garnison d'Ibîsso et nous la devons croire plus ;artaiiie, M. de Ruyter ayant été témoin d^un fait que M. de Vivonne i*avait encore pu vériGer :
tt Le 2, à la pointe du jour, disait-il , les Espagnols , appuyés de notre lotie, attaquèrent une place noounée Ibiso (sic) où il y avoit quelques Mesmuriê et peu de François, Elle se défendit eourageusenunt pendant une forte ittaque qui dura trois heures; mais comme il y avoit peu de monde, elle îil obligëe de se rendre, n
H. de Vivonne ajoutait :
« Gel accident trouble fort les habitants de cette ville de Messine, et la iurëe de leurs maux les touche si fort, que si M. Du Quesne ne vient bientôt, il est à craindre qu*il n'arrive quelque chose de f&cheuï.
» Nous sommes si peu de monde que nos forces ne sont pas suffisantes pour mettre une si grosse ville à la raison , si elle vonloit se remettre entre es mains des ennemis. Il y a longtemps que je demande quelque secours de monde; si on ne m'en peut envoyer beaucoup, nous ferons la résistance que «ow pourrons. Dibu fbra le reste. »
Une petite intrigue, ourdie par trois personnes étrangères à la nlle , faillit mettre Messine aux mains espagnoles ; elle fut heureusement déjouée. Un des conspirateurs fut chassé, — c*ctait un mariais d*Ornano , Corse à la dévotion du gouvernement espagnol ; — les deux autres furent pendus par les pieds , — c^étaient un certain tbbé Lipari et son frère , Calabrais qui s'étaient insinués dans laconiance de M. de Vivonne. Deux complices des Lipari furent aussi mis L mort. (Lettre de M. de Vallavoire, 18 mars 1676.)
H. de Tcrron écrivait au Ministre de la guerre , le 6 janvier :
(Nous attendons à toute heure l'arrivée de M. Du Quesne, et il
viendroit maintenant fort à propos , étant certain que . Ruyter, qui
est à Melazzo » (il n'y était plus ; il en était parti le 1*' janvier se
lirigeant vers le Phare) » avec tous les pavillons de Hollande , attend
encore quelque renfort de vaisseaux espagnols... » Le 8 janvier,
'Intendant de Messine donnait cet avis à M. de Louvois :
« Nous apprîmes hier, par une felouque envoyée par M. Du Quesne, [u'il étoit proche des îles de Lipari et Stromboli , et Ruyter ne paroît plus ous Melazzo. » (Arch. de la Guerre, vol. 510.)