CHAPITRE II
Rentrée de Napoléon aux Tuileries. — Générosité de la reine Hortense. — Accueil que lui fait l'Empereur. — Comment il traite ses neveux. — La reine Hortense et les duchesses d'Orléans et de Bourbon. — Journée de Waterloo. — Les derniers adieux. — Le collier de la reine. — Projets de résistance armée. — Noble conduite de la reine Hortense. — Les princes chez la marchande de bas — Nouvelle cachette. — Déchaînement des royalistes. — Le départ. — Difficultés du voyage. — Pérégrinations forcées. — Séjour à Aiï. — Séparation des deux frères. — Arrivée à Constance. — Offre
de M. de Metlernich. — Louis-Napoléon et ses cousins
La mère institutrice. — Le gouverneur et le professeur. — Le cœur du prince. — Le château d'Arenemberg. — Les études à Augsbourg. — Grands chagrins. — Séjour à Rome
Louis-Napoléon en Suisse. — Le camp de Thûn. — La Révolution de juillet. — Espérances.
ependant les événements avaientmarché; Napoléon approchait, le peuple sedéclaraitpour lui, et l'oiulisaitque la reine Hortense avait mis ses diamants en gage afin de faire dos distributions d'argent. Bientôt le moment vint où le roi dut quitter les Tuileries. Alors Hortense, suivant l'impulsion de son bon cœur, plaignait hautement ce pauvre monarque. « Louis XVllI, vieux et infirme, disait-elle, forcé d'abandonner encore sa patrie, m'inspire une profonde douleur. Le malheur des Bourbons
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m'intéresse, je me mets à leur place et je les trouve bien à plaindre. Je ne me souviens que de la manière aimable dont le roi m'a reçue, j'espère qu'on ne leur fera aucun mal. » Elle fit même offrir au duc et à la duchesse d'Orléans, depuis roi et reine des Français, de prendre sous sa proleclion leurs enfants. « Je répondrai d'eux, assurait-elle, car je n'ai rien à redouter du peuple; je ne puis oublier la manière dont le duc d'Orléans a accueilli mon frère Eugène, en lui rappelant qu'il était l'ami de son père; c'est un devoir pour moi de lui être utile. » Leduc d'Orléans n'accepta point cette offre obligeante. Son agent répondit, au contraire, à celui d'Uortense par un mot qui aurait pu être blessant s'il n'eût pas été trop ridicule : « Eh ! c'est cette duchesse de Saint-Leu qui nous perd. )j
Le 20 mars, Ilortense se rendit aux Tuileries pour être uue des premières à féliciter l'Empereur sur son heureux retour, et elle risqua d'être étouffée par la foule qui se pressait autour de Napoléon. Comme elle devait s'y attendre, elle fut froidement reçue. Napoléon lui reprocha d'être restée à Paris au lieu de l'avoir suivi ou de s'être retirée auprès de sou mari. « Sire, dit-elle spirilucllement, je pressentais que vous reviendriez ici, et je vous attendais. » Napoléon sourit, puis reprenant sur un ton plus doux : « Vous avez, disait-il, placé mes neveux dans une mauvaise position en les tenant au milieu de mes ennemis. » Il la blâma également de s'être présentée à l'audience du roi et d'avoir accepté le duché de Saini-Leu.
Ilorlense s'excusa comme elle put, et réussit sans beaucoup de peine à calmer le ressentiment de son beau-père. Elle pensait sans doute reprendre bientôt celte existence brillante dont le souvenir l'enchaniail, et l'on ne saurait dire avec quel entraînement elle s'abandonnait au plaisir de faire les honneurs de la cour impériale en l'absence de l'impératrice Marie-Louise. « Les Bourbons, disait-elle à ses courtisans, ne savaient pas représenter, leur cour était d'un mesquin à faire piiié : pas uue femme un peu élégante, et la duchesse d'Angoulême, comme elle se mettait mal ! »
Le 21 mars, la reine Ilortense conduisit ses deux enfants à l'Empereur, qui les accueillit avec d'autant plus de joie et de bonheur que l'implacable diplomatie des puissances du Nord le privait de son (ils, retenu à Vienne avec Marie-Louise; ses neveux semblaient lui en tenir lieu. Il voulait qu'ils fussent le plus souvent possible auprès de lui, sous ses yeux. Il les aimait de tout l'amour qu'il ne pouvait témoigner au roi de Rome; il les comblait de caresses, et, dans ses transports de tendresse, il les montrait au peuple rassemblé sous ses fenêtres et lui manifestant sa satisfaction de le revoir par les plus vives acclamations. Dans la majestueuse cérémonie du Champ-de-Mai ils étaient encore à ses côtés, comme s'ils dussent lui servir de gage dans la nouvelle alliance de l'Empire avec la France; il les présenta de nouveau aux députationsde l'année et du peuple.
Napoléon avait chargé Ilortense d'écrire de sa part à l'impératrice Marie-Louise pour l'assurer du bonheur qu'il aurait à la revoir. Il ne [louvait espérer aucun résultat de cette démarche : il savait assez que sa femme n'avait passa liberté; mais il montra dans cette circonstance qu'il mettait les affections du cœur au-dessus des .sévérités de la diplomatie.
Ilortense avait aussi été chargée d'écrire au prince Eugène. Dès lors, plus de vie privée pour cette princesse ; c'étaient des audiences sans cesse renaissantes :
quiconque avait une faveur à demander s'adressait à elle comme à l'organe qui arrivait le plus sûrement à l'Empereur. Tous les jours, à sept heures du soir, elle se rendait aux Tuileries et y restait jusqu'à dix heures; puis elle rentrait chez elle pour y recevoir les personnes de sa société.
Redevenue puissante, florlenseusa de son crédit, suivant les exemples de sa mère, et comme elle avait toujours fait, pour rendre des services à tout le monde et empêcher des réactions. Sur son instante recommandation, l'Empereur permit à la duchesse douairière d'Orléans et à la duchesse de Bourbon de rester en France. Aussi, la duchesse d'Orléans, dans ses lettres, la qualiliail-elle de son titre le plus illustre. « Je suis vraiment affligée, lui écrivait un jour cette princesse, qnele mauvais état de ma santé me prive d'exprimer à Votre Majesté, comme je le voudrais, ma sensibilité à l'intérêt qu'elle a témoigné à ma position. Elle est encore bien pénible, ma jambe ne prenant aucune force. Mais je neveux pas différer d'exprimer à Votre Majesté et à S. M. l'Empereur, auprès duquel j'ose vous prier d'être mon bon interprète, les scnlimenls dont je fais profession. Madame, de Votre Majesté, la servante, Louise-Marie-Adétaide de Bourbon-Penthièvre, D. 1). (duchesse douairière) d'Orléans. « Les lettres de la duchesse de Bourbon, en exprimant les mêmes sentiments, ne donnaient pas le titre de Majesté à la duchesse de Saint- Leu, et se terminaient par une formule moins humble : « Agréez, madame, l'assurance des sentiments les plus distingués que je vous prie de recevoir. » Napoléon, qui ne faisait pas les choses à demi, fixa à la première de ces dames, une' rente de 400,000 francs, et une de 200,000 à la seconde.
Par ordre de l'Empereur, Ilortense fut obligée de recevoir les autorités et les corps militaires. Gilbert des Voisins, président de la cour impériale, lui dit dans sa harangue qu'au milieu des maux qui avaient aflligé la France, on avait vu avec bonheur qu'elle y était restée et que sa présence avait été pour tous les Parisiens une consolation, comme l'espoir qui reste aux caiurs déchirés qui souffrent... A un concert que donnait Carnot, ministre de l'intérieur, elle fut accueillie avec enthousiasme. Les députés qui se trouvaient là se pressèrent sur ses pas. « Nous soutiendrons à la vie à la mort, s'écrièrent -ils, la famille impériale, c'est la dynastie créée par le peuple. » A la fin du concert, on chanta une romance de sa composition finissant par ces mots : Il faut défendre sa patrie.
Hélas! ces joies ne furent pas de longue durée; bientôt l'horizon s'assombrit. A l'intérieur, deux oppositions, celle des royalistes et celle des libéraux, annoncèrent qu'il s'était opéré un grave changement dans les dispositions d'un grand nombre de Français, et présagèrent une résistance prochaine aux volontés absolues de Napoléon ; à l'extérieur, les puissances étrangères avaient publié leur manifeste et déclaré qu'elles ne feraient ni paix ni trêve avec cet homme qu'elles proclamaient l'ennemi du genre humain. En observant ces symptômes sinistres, ceux qui, dans les premiers jours, avaient assailli la reine de leurs sollicitations, ralentissaient leurs démarches ; beaucoup ne reparurent plus, et la foule s'éclaircit pour ne faire place qu'aux intimes.
Cependant, toujours occupée de ses enfants, Ilortense cherchait un gouverneur pour son aîné. Elle proposa cette place à M. Destutl de Tracy le jeune, qui refusa. Le 12 juin, elle mena les deux jeunes princes faire
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leurs adieux à l'Empereur, qui partait pour l'armée. Six jours après, le désastre de Waterloo avait ruiné toutes les espérances de l'Empire. Napoléon, de retour de l'armée, s'était retiré momentanément à la Malmaison llortense lui en fit les honneurs, et elle n'hésita pas à s'identifier à son sort. « Je remplis un devoir, disaitelle; l'Empereur m'a toujours traitée comme son enfant, je serai constamment pour lui une fille dévouée et reconnaissante. »
Napoléon fut bientôt forcé de prendre un parti : il songea à aller s'embarquer pour l'Amérique. Au moment de son départ, ses neveux lui furent amenés pour lui faire leurs derniers adieux. Ce fut une scène des plus déchirantes ; le plus jeune, Louis, ne voulait point le quitter, il fallut l'arracher de ses bras ; il criait en pleurant qu'il voulait aller tirer le canon.
L'Empereur partait presque sans argent ; Hortense parvint, à force d'instances, à lui faire accepter son beau collier, dont la valeur était de 800,000 francs ; on le cousit dans un ruban de soie noire qu'il portait autour de lui. Eu retour de ce collier, il donna à la reine une délégation qu'il avait réservée sur sa liste civile, et qui fut saisie par le gouverucment royal eu 1815. Napoléon n'eut pas besoin d'aliéner ce bijou ; à son lit de mort, il chargea M. de Montholon de le rapporter en Europe et de le rendre à la reine Hortense. Ce dévoué confident fut assez heureux pour s'acquitter de cette commission , et, dans un moment de pénurie, Hortense céda ce riche collier au roi de Lavière pour une pension viagère de 25,000 francs, qu'il n'eut à payer que deux ans. Ainsi, pour 46,000 francs, il devint propriétaire d'un collier que Napoléon avait payé 800,000 francs.
Cependant, le 29 juin, la reine Hortense était revenue à Paris : sou salon ne désemplissait pas ; on lui disait que l'armée et le peuple demandaient des armes pour combattre. « Il est trop tard, dit-elle, on a repoussé l'Empereur. Ceux qui l'ont éloigné auront de grands reproches à se faire ; maintenant, tout est fini. » Le lendemain l'ex-conventionuel Courtois vint la trouver au nom d'une réunion composée de colonels et d'une partie des généraux de l'armée, pour lui dire qu'ils avaient décidé de renverser le gouvernement provisoire et de remettre à la tête de l'armée l'Empereur, représentant et résultat de la Révolution. Napoléon était déjà sur la route de Rochefort : toute mesure semblable était impossible.
Le 1'^' juillet, il y eut, chez llortense, une nombreuse réunion d'officiers qui l'engagèrent à se retirer, avec ses enfiints, au milieu de l'armée ; elle refusa. « Je dois, dit-elle, subir mon sort tel que la destinée l'a fait. Je ne suis plus rien ; je ne puis faire croire que je rallie des troupes autour de moi. Si j'avais été souveraine de la France, j'aurais fait tout au monde pour que f on se défendit ; j'en avais donné le conseil à ma sœur l'impératrice Marie-Louise, en 1814; mais, aujourd'hui, il ne m'appartient pas de mêler mes destinées à d'aussi grands intérêts, et je dois me résigner. »
Quelques jours avant la capitulation de Paris, la réaction qui s'était manifestée avec tant de lâcheté contre l'Empereur inspira de nouvelles craintes à la reine Hortense pour ses chers enfants ; elle se crut encore dans la nécessité de leur chercher une retraite siire en attendant les événements. Elle refusa, à ce sujet, les offres des personnes qui auraient pu compromettre leur position par cette marque d'intérêt, et pensant, d'ailleurs, que l'obscurité les couvrirait mieux qu'un hôtel ,
elle les confia au dévouement d'une dame Tessier, sa marchande de bas, qui demeurait simplement sur le boulevard Montmartre. C'était une maison honorable, où l'aisance ne manquait pas ; les enfants y furent gardés sous le manteau d'uue impénétrable discrétion et parfaitement soignés. Ils y restèrent avec un valet de chambre et la nourrice du jeune Louis, qui n'avait jamais cessé de lui prodiguer ses soins.
Cei)endaut, au bout de quelques jours, la reine fit revenir ses fils à la Malmaison; elle voulait qu'ils reçussent les derniers adieux de leur oncle ; mais, après l'avoir embrassé pour la dernière fois, et avoir reçu sa bénédiction, ils furent reconduits dans une modeste cachette d'une maison delà rue Taitbout, où ils avaient, du moins, un petit jardin pour prendre l'exercice qui était nécessaire à leur âge.
Ils n'y restèrent pas longtemps. L'ordre de s'éloigner de Paris fut bientôt donné à la reine Uorieuse, dont le séjour dans la capitale inquiétait le gouvernement.
Les souverains alliés rentrèrent à Paris le 10 juillet. Cette fois ce fut le prince de Schwartzenberg qui vint loger dans l'hôtel de la rue Cerulti. Hortense, qui pensait trouver une sauvegarde dans cette disposition, fit préparer, pour le général autrichien, les appartements du rez-de-chaussée , et se réserva ceux du premier étage. Mais la situation de la malheureuse reine était bien différente de celle qu'elle avait conservée lors de la première invasion. Les royalistes l'accusaient de tous les maux de la France, et l'empereur Alexandre, ([u'elle avait peut-être un peu trop négligé, loin de la faire assurer de sa protection, comme l'année précédente, vint dans son hôtel visiter le prince do Schwartzenberg, et ne demanda pas même à la voir.
Ne pouvant plus se faire illusion, elle comprit qu'elle serait forcée de partir au premier jour. Comme l'argent lui manquait, car on ne lui payait plus sa pension, elle vendit plusieurs tableaux, un entre autres que Talleyrand paya 16,000 francs.
Le déchaînement de ses ennemis qui croissait à chaque instant, et l'inquiétude que sa présence à Paris causait à la cour de Louis XVIII, déierminèreut le gouvernement à prier le baron de Miiffling, commandant de Paris pour les alliés, de signifier à la duchesse de Saint-Leu d'avoir à s'éloigner. Elle reçut eu effet, le 19 juillet, l'ordre de quitter Paris au bout de deux heures. On voulut bien ensuite lui accorder un délai jusqu'au soir, et même Miiffling lui fit offrir une escorte de troupes alliées qu'elle refusa, n'acceptant qu'un oflicier autrichien pour l'accompagner : c'était le comte de Voyna, aide de camp du [irince de Schwartzenberg et chambellan de l'empereur, jeune seigneur de dix-neuf ans, qui, par ses égards et son dévouement, ne tarda pas à gagner les bonnes grâces de la duchesse.
Le prince Louis-Napoléon n'avait que sept ans lorsqu'il fut ainsi forcé de quitter la France en 1815; il comprenait déjà que son déjiart allait être un exil, cl il refusait absolument de partir, c Je veux n-sicr en France, s'écriait-il en pleurant, je ne veux [las m'en aller d'ici. » La reine, sa mère, eut beaucoup de peine à le consoler. Elle n'y réussit qu'en lui promcllaut qu'il reviendrait bientôt. On conçoit que les souvenirs que le prince Louis-Napoléon a emportés des splendeurs de son enfance, et surtout du jour cruel de la suprême séparation d'avec l'Empereur, aient laissé dans son âme une impression ineffaçable. La p;\tric de ses premiers ans devait être toujours présente à sa pensée, aussi bien que la noble figure de Napoléon son oncle.
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Partie avec ses enfants à neuf heures du soir, Horteiise alla coucher au château de Bercy. Son voyage se passa sans accidentjusqu'à Dôle. Dans celte petite ville, le peuple, croyant que M. de Voyna remmenait prisonnière, se disposait à lui faire un mauvais parti ; il fallut qu'ilortense elle-même parlât à la foule pour la calmer.
Ce n'était pas le tout de sorlir de France : le difficile était de trouver un asile. Elle désirait se retirer dans une propriété qu'elle possédait à Prégny, non loin de Genève; mais le comte de Talleyrand, ministre de France en Suisse, manda aussitôt au gouvernement genevois de lui donner l'ordre de s'éloigner, attendu que la France ne permettait pas qu'elle restât aussi près des froniièrcs. On conçoit l'embarras de la reine, qui s'écria : i( Je n'ai donc qu'à me jeter dans le lac, car il faut bien que je sois quelque part. » Le comte de Voyna, non moins embarrassé, voulait la ramener eu France, la laisser à Bourg-en-Brcsse, et pousser jusqu'à Paris pour y prendre de nouveaux ordres; mais elle préféra se rendre à Aix en Savoie, où l'attendaient de nouvelles contrariétés.
En effet, elle fut à peine arrivée à Aix , que son époux, le comte de Saint-Leu, s'appuyant sur le jugement qu'il avait obtenu au mois de mars, réclama son fils aîné, et envoya un exprès à la duchesse sa femme pour le lui ramener. Après d'assez longs délais, il fallut se résigner à une séparation qui coiltait bien au coeur de la pauvre mère. Une considération , cependant , adoucit un peu sou chagrin : la réaction royaliste était devenue de la terreur; tous les jours elle se manifestait par des assassinats. La proximité où la reine se trouvait des frontières de la France lui faisait craindre quelquefois que des fanatiques n'en |iro(itassent pour venir l'altaqner elle-même. Elle pensait donc qu'à Borne son (ils serait plus "en sûreté qu'en Suisse, et qu'il y vivrait plus tranquille que dans la vie errante et persécuiée qu'elle menait et dont elle ne prévoyait pas le toinie.
Le jour fixé pour le départ du prince Napoléon arriva. Il partit avec un précepteur du choix de sa mère et l'homme de confiance de son père. On ne saurait exprimer la douleur qu'éprouva ce prince quand il lui fallut s'arracher des bras de sa mère et de son frère, qu'il n'avait jamais quittés d'une minute. Le jeune Louis, de son c6lé, était inconsolable. Il allait se trouver dans un profond isolement. Son caractère doux, timide et un peu renfermé, s'accordait parfaitement avec celui de son frère; il n'était pas causeur, mais son esprit à la fois vif, réfléchi et pénétrant, s'exprimait par des mots heureux, pleins de raison et de finesse, qui semblaient jaillir comme des éclairs dans ses petites conversations avec sou cher Napoléon. Ce départ lui lit une telle impression, qu'il en tomba malade : il eut une jaunisse qui, heureusement, céda bientôt aux soins de son médecin.
Cependant, toujours inquiétée par la police française, qui ne voyait pas avec plaisir la prolongation de son séjour à Aix, où les autorités sardes lu surveillaient pourtant d'une manière assez, vexaloire, la duchesse quitta un pays (pii lui était devenu odieux et ((ui lui raiipclait, d'ailleurs, le |>lns triste souvenir.
En 181 5, au mois drmai, une jeune femme charmante, son amie la plus intime, mademoiselle Adèle Auguié, qu'elle avait mariée au général de Broc, se trouvant aux eaux d'Aix avec elle, eut l'imprudence, dans une promenade, de s'approcher trop près du bord d'un préci|iire, cl, son pied ayant glissé, elle roula, sons les yeux de la reine, jusqu'au fond de l'affreux abiiue.
Hortense pleura longtemps sur ce cruel événement, et elle fonda, en l'honneur de son amie, un hôpital pour les pauves malades qui auraient besoin de prendre les eaux à Aix. Plus lard, elle fit construire dans la même intention, à l'église de Saint-Leu, une chapelle pour son amie.
En quittant la Savoie, la duchesse de Saint-Leu voulait aller se fixer à Constance, dans les Etats du grandduc de Bade, dont la femme, Stéphanie de Bèauhàrnais, était la cousine d'Hortense; mais il fallait traverser la Suisse, et ce fut une affaire terrible. Le gouvernement helvétique refusait de lui accorder passage. Le duc de Richelieu, heureusement, intervint el lui lit obtenir un passe-port. Sa santé alors était dans un étal déplorable : n'ayant plus la force de marcher, et manquant d'air partout, elle se faisait porter dans des lieux élevés el solitaires, où elle demeurait pendant plusieurs heures, employant encore le peu de forces qui lui restaient à crayonner quelques esquisses de ces lieux pittoresques.
Enliu, elle partit d'Aix le 28 novembre, ayant avec elle son tils Louis-Napoléon, ainsi que l'abbé Bertrand, gouverneur du jeune prince, un écuyer et sa leclrice, mademoiselle Cochelet. La première nuit, elle voulut, par économie, s'arrêter dans sa maison de Prégny; mais elle y fut cernée par des gendarmes. Les autorités françaises et genevoises lui signifièrent de s'éloigner sans délai. A Moral, elle fut retenue prisonnière par la gendarmerie de Frihourg, et cela pendant deux jours, jusqu'à ce (jue les autorités du pays en eussent ordonne autrement. On voit que son passe-port ne lui épargnait guère de persécutions.
A son arrivée à Constance, où elle se croyait au terme de son pénible voyage, on lui notifia qu'elle ne pouvait résider dans celte ville. « Ma santé, réponditelle, et la saison, ne me permettent pas daUer plus loin en ce moment; mais je ne compte rester à Constance que jus(|u'au printemps. » Le grand-duc de Bade, dont les agents parlaient si durement à la pauvre reine, subissait lui-même la loi des grandes puissances. Ce prince, ayant journellement à soutenir sa femme, qu'il aimait lendrcinent et qu'on voulait lui faire répudier, ne trou\!ail qu'un embarras de plus dans l'arrivée d'Hortense, à lacpielle, cependant, il aurait désiré être agréable. La grande-duchesse disait pour sa cousine les choses les plus tendres, el, n'osant pas lui écrire directenieul, lui faisait parler. « Prenez patience, lui disaiton de sa |>art, tenez-vous bien tranquille ; peut-ède qu'au printemps tout s'arrangera. D'ici là les passions seront calmées el bien des choses oubliées. »
En attendant, Uortensc, confinée dans une auberge, menait, à Conslance, la vie la plus monotone, n'ayant ni piano ni musique, et les journaux qu'elle recevait ne lui apportant que des nouvelles tristes el alarmantes. Fatiguée d'être à l'anberge, où, malgré la simplicité de sa vie, on la faisait payer en reine, elle loua dans cette ville, sur les bords du lac, une maison dont elle prit possession dans les premiers jours de 1816. Elle put reprendre alors ses occupations chéries : la musi(pie, le dessin, remplirent ses journées solitaires. Le voisinage du beau lac lui inspira quelques romances que les habitants de Constanre ont longtenips clianlées.
Dans son isolement, elle reçut cependant la visite de quelques personnages allemands. Le prince Eugène vint aussi passer quelques jours avec elle. Mais cette visite, qui parut lui rendre la santé, mit toute la diplomatie en émoi, cl. an moment où elle devait le moins s'y attendre, elle reçut une lettre de .M. de Metternicb, qui
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lui marquait qu'ayant appris que les bords du l;ic de Couslance lui plaisaient, il s'empressait de mettre à sa disposition un passe-port pour Bregentz, où elle serait traitée, par les autoiités autrichiennes, avec tous les égards qui lui étaient dus. C'était poli : mais, comme ïïorteuse ne pouvait se méprendre sur les intentions du gouvernement autrichien , elle préféra rester à Constance.
Au retour du printemps, elle alla rendre à son frère Eugène sa visite à Bcrg, sur le lac Wurmséc, maison de plaisance du roi de Bavière, dont on sait qu'Eugène était le gendre.
Lors de cette visite, le prince Louis-Napoléon fut d'abord un peu intimidé en se trouvant au milieu de quatre cousines et d'un cousin, tous enfants de son oncle, mais qu'il n'avait jamais vus. Cependant, il ne tarda guère à se rassurer, et il eut bientôt fait connaissance avec ses petites parentes, admirables de beauté et de gentillesse.
Les médecins ayant conseillé à la duchesse de Sainl-Leu d'aller passer l'été à Geiss, dans les montagnes d'Appenzell, pour y prendredes bains de petit-lait, le laudaniniann de ce canton s'efforça de lui rendre ce séjour agréable. La persécution semblaits'êtreadoucie. Les magistrats du canton démocratique de Thurgovie lireiitdire à la duchesse que, si elle voulait s'éiablirdans leurpays, elle y serait soutenue par les autorités et par le peuple. Cette proposition était trop ilatteuse pour être dédaignée; cependant Hortense se contenta de la mettre en réserve. Elle se trouvait assez bien à Constance, où la diplomatie paraissait l'oublier et où elle recevait liabiluellenieul tout ce qui composait la société de la ville.
Elle vivait là, s'occupant de l'éducation de son Gis; car l'éducation du prince était pariout et toujours la première occupation de la reine, comme sa tendresse pour ce jeune enfant était son sentiment le plus vif; elle lui donnait elle-même les leçons d'agrément, el lui enseignait le dessin, la danse, dont les maîtres manquaient. Le soir, jusqu'à l'heure de son coucher, les lecuires étaient réglées sur ses éludes du moment : laniôt c'était un voyage en rapport avec ce qu'il apprenait en géographie , tantôt des traits particuliers, des anecdotes qui se rattachaient à l'histoire qu'il étudiait. Le samedi de chaque semaine, la reine lui consacrait sa journée entière ; elle lui faisait répéter devant elle ce qu'il avait appris les jours précédents ; et, quoique ce fût du latin ou d'autres matières parfaitement étrangères aux études qu'avait faites Hoitcnse, elle y prêtait une très-grande attention, afm de montrer à sou lils combien elle attachait de prix à ses progrès.
Le prince, suivant mademoiselle Cochelet, était devenu d'une telle pétulance, qu'il fallait vraiment toute la vivacité de son intelligence précoce pour qu'il apprît quelque chose, et il était encore plus difticile à surveiller qu'à instruire. Le bon abbé Bertrand, son gouverneur, avait beau y mettre tout son zèle, il lui échappait souvenl, et la reine sentait qu'il faudrait bientôt confier à des mains plus fermes la direction d'un caractère aussi indépendant. Ce qui rendait la lâche du vieux gouverneur plus difficile, c'était cette spontanéité d'esprit de son élève, qui trouvait réjionse à tout, et qui voulait toujours qu'on lui rendit raison de ce qu'on exigeait de lui.
Bieniol, en effet, l'abbé Bertrand, sans cesser de demeurer chez la duchesse de Saint-Leu, fut cependant remplacé près de son fils, principalement pour les soins de l'inslruclion, par M. Lebas, élève de l'Ecole
normale de Paris, jeune professeur d'un grand mérite.
Voici un trait que raconte mademoiselle Cochelet et qui peint admirablement le cœur du jeune prince :
« A Constance, de même qu'à Aix en Savoie, dit-elle, le prince jouait, pendant le temps de ses récréations, avec quelques enfants de notre voisinage, parmi lesquels était le fils du meunier du pont du Bhin, qui, plus âgé que lui , l'entrainait quelquefois hors de l'eiicciiiie du jardin. Un jour qu'il s'était échappé et que l'abbé aux abois s'efforçait de le rappeler, je fus la première à le voir revenir de sa petite excursion; il arrivait en manches de chemise, marchant pieds nus dans la boue et dans la neige. Il fut un peu embarrassé de me rencontrer sur son passage, lorsqu'il était dans un accoutrement si différent de ses habitudes, .le voulus à l'instant savoir pourquoi il se trouvait dans cet état; il me conta qu'en jouaut à l'outrée du jardin, il avait vu passer une pauvre famille si misérable, que cela faisait peine à voir; n'ayant pas d'argent à leur donner, il avait chausse l'un des enfants avec ses souliers, et habillé l'autre de sa redingolc. Que de traits semblables on aurait pu recueillir dans la suite comme une preuve de son bon cœur et de sa générosité ! »
Sa mère était heureuse quand elle apprenait des actes de cette nature ; mais elle ne voulait pas qu'on racontât devant son (ils ce qu'il avait fait de bien.
En grandissant, sa physionomie, sous le rapport du visage, perdit un peu de régularité, mais gagna en expression; on y trouva constamment ce charme de douceur, d'esprit et de sentiment, qui en faisait, dans sou bas âge, l'enfant le plus aimable. Cette expression, ipii prend sa source dans la sensibilité du cœur, se joignit plus lard au calme énergique qui est le fond do son caraclèie. Son éducation simple, grave et forie à la fois, devait avoir d'heureux résultats sur une n.ilure assez privilégiée pour que rien de bon ne pùi y être perdu.
La duchesse menait ainsi à Constance une vie assez tranquille, et, dans l'hive^r de 1816, elle s'occupa même de rédiger ses Mémoires, lorsque tout à coup, au coniniencement de 1817, pendant qu'elle était absorbée dans ses modestes travaux, la haine de ses eiiiieinis, qui l'avait presque oubliée durant une année, se réveilla plus ardente que jamais, et l'on signifia au grandduc de Bade de la faire sortir de ses Etats.
Elle se rappela alors l'offre généreuse que lui avaient faite des citoyens de Thurgovie de se fixer dans leur canton, promettant de la garantir contre toutes les intrigues de la diplomatie. Justement, parmi les campagnes qu'elle avait visitées près de Constance, elle avait remarqué dans ce canton un site qui l'avait particulièrement frappée : c'était un petit manoir d'inie apparence assez triste pourtant, mais dont l'exposition était délicieuse; bâti à mi-côte sur une espèce de promontoire, il dominait le petit lac et lile de Raickman. Du côté de l'oiiesl, la vue se reposait sur de jolies langues de terre, plantées d'arbres, et séparées entre elles par de petits golfes de l'aspect le plus riant et le plus varié. Le village de Mannuback, son église et sou presbytère, se dessinaient d'une manière pittoiesque lors du coucher du soleil. Plus haut que Mannuback, le vieux cliâicau de Salstein, de conslructioii gothiiiue, entouré d'arbres, ou, pour mieux dire, plongé dans un massif de verdure, dominait ce tableau, que la plume ne peut rendre qu'imparfaitement. A quehpie dislance de la m,ûson, vers l'autre extrémité de la propriété, la vue s'é-
LOUIS-NAPOLÉOiN.
Emportée par l'inquiétude, elle se leva silencieusement. — page 10.
teudail sur le village d'Ismalingen, si riant, si gracieusement baigne [lar le lac : sur le cours du Rhiu, et enfin sur la ville de Constance et sur cette plaine liquide du grand lac (|uc commandent les glaciers du Cinlis.
Telle était la propriété d'Arenemberg.
La ducbesse de Saint-Lcu, après l'avoir acquise le 10 février 1817, moyennant 50,000 florins (environ 65,000 francs), fit tracer des sentiers commodes dans le bois cbarmanl qui garnissait les flancs de la colline. Elle remplaça le poulailler et la basse-cour par une terrasse et un parterre pour la culture des fleurs; enfin, elle fit de ce petit domaine une babiiaiion délicieuse, où elle aimait à passer l'été et une partie de l'autonmc ; elle y tenait d'autant mieux, qu'elle était devenue, par cette acquisition, et de l'agrément des autorités du can-
ton, propriétaire eu Suisse, et que, en celle qualité, elle avait le droit d'y revenir (juand cela lui conviendrait.
La même année, elle alla passer l'biver à Augsbourg, et elle y acheta égaicmeut une maison. Là, du moins, elle fut toujours irauquilie; sou frère venait la voir fréquemment, et elle pouvait s'occuper mieux que jamais de l'éducation de sou fils, dont l'intclligeuce et les progrès exigeaient des soins et des professeurs qu'elle ne trouvait pas en Suisse, tandis qu'elle les avait sous la main à Augsbourg.
Klle eut aussi un bonheur bien grand en 1818. Une sorte de rapprochemeut s'étant opéré entre elle et son mari, elle obtint d'avoir auprès d'elle son fils aîné pendant plusieurs mois. On conqircnd la joie des deux frè-
LOUIS-NâPOLÉON.
En quelques heures, le brave jeune liomme fut aux portes de la tombe. — page 19.
rcs de se retrouver ensemble après une sépar;ilion de trois aimées.
Iloricnse avait enfin Irouvé le repos, lorsiin'ellc fut frappée successivement par l;i perte des personnes qui lui étaient le pins chères : Napoléon, en 1821; Eugène, en 1824; le roi de Bavière, M;i\imilieu, le dernier protecteur (pii lui fût resté, en 182S.
A cette dernière époque, Louis-Napoléon, âgé de dixsept ans, avait achevé complètement ses classes. Aucun intérêt ne pouvant plus retenir Ilorlcnse en Bavière, elle obtint, après de grandes diflicultés, rautorisiilion de demeurer, si elle le voulait, en Italie. En conséquence, elle passait, tous les ans, l'hiver ;'i Rome, et revenait l'été habiter sa maison d'Areuemberg.
Celle époque de sa vie eut encore des charmes pour
elle. Son salon, qui, sous l'Empire, avait résisté à l'étiquette, puisque l'on y causait (1), survivait égaleniont à l'exil. A Rome, elle voyait sans cesse se réimir autour d'elle des illustrations de tout genre. Là, les cœurs fidi'les à la dynastie impériale la traitaient de Majesté comme au temps de sa haute fortune. Elle habitait la villa Paolina, appartenant à sa belle-sœur, la princesse Borghèsc. La politirpie était bannie de la conversation dans les réunions mêlées; la musique venait alors au
(1] « Napoléon n'aimait pas les salons causeur», il en sortait toujours <|uelques bons mots sur les clioses et sur les gens qui étaient l'intérêt du moment, et ce babil importunait l'Empereur. »
(SoniiE Gat.)
LOUIS-NAPOLÉON
secours de la conlrainle générale. Le concert terminé, et la moitié des visiteurs partis, une seconde soirée commençait. C'est alors qu'llortense se livrait avec les plus intimes au plaisir de parler de la France.
A Areneniberg, elle vivait encore plus à son gré. Dans cette charmante retraite, ornée de maintes relifpies de l'Empire, et près d'une table couverte de tout ce qui avait appartenu à l'impératrice Joséphine, on voyait aussi l'image du roi de Rome ; c'était un portrait (pii avait reçu lu dernier soupir de Napoléon.
Louis- ÎS'apoléon avait coutume d'aceonipagncr sa mère soit à Rome, soit en Suisse. Il profilait du voisinage de Constance pour se l'ormer avec un zèle extrême aux exercices mililaircs au milieu d'un régiment badois qui était en garnison dans cette ville. 11 suivait en même temps des cours de physique et de chimie sous la direction d'un Français, M. Gicslard, homme fort instruit, qui se trouvait dans ce pays à la tête d'une manufacture.
Plus lard, le jeune prince fut admis au camp de Thiin, dans le canton de Uerne. C'était un camp de manœuvre que la Suisse formait tous les ans pour l'instruction des officiers du génie cl de l'artillerie, sous la direction du brave colonel Dufour, ancien colonel du génie d;ins la grande armée de Napoléon. Les exercices de toute nature, mauQMivrcs, instructions, courses dans les glaciers, étaient imposés chaque jour à ceux qui composaicnl le camp d(! Thim. Louis-Napoléon ne reculait devant aucune l'aligne ; il prenait part à tout, le sac sur le dos, m.\ngeant sou i)ain de soldai, la brouette ou le compas à la main. Comme l'Empereur dans sa jeunesse, il sentit hi( niot ([ue ses gmlis et ses instincts le poussaient à étudier profondément l'art de l'arlillerie. 11 s'y appliqua presque exclusivement, regardant celte élude comme la première dans les sciences de la guerre moderne.
Il était au can)p de Thiin, au milieu des canons de l'école, lors(pi'il apprit la Révolution de juillet. Cet événement excita en lui l'enihousiasme d'un ardent patriote. Il s'enqiressa de célébrer avec ses camarades la résurreclion du principe de la souverainelé du peuple el la réliabililalion de la nation française dans l'esprit de l'Europe 11 aimait à penser que la réapparition du drap( au lri( oUire, si brillamment ilhisiré par Napoléon, ser.iit le prélude de sa rentrée en France. Malheureuscmcnl la poliliipio a des nécessités qui arrêtent souvent l'essor des intentions généreuses, el, (piels (pie fussent les vœux du gouvernement de Juillet, la haine de la Sainte-Alliance contre le sang du grand honmie ne put cesser aussitôt, cl les odieux traités de 1815 furent encore maintenus aussi bien contre la famille de Napoléon que contre la France elle-même.
Le nouveau roi Louis-Philippe avait pourtant fait dire ;\ la duchesse de Saint-Leu des paroles gracieuses par la grande-duchesse de Uade, et les meilleurs amisd'llorlensc lui marquaient dans leurs lettres qu'elle pourrait probablement revenir à Paris sans ses enfanis. Mais elle n'aurait point consenti à se séparer d'eux; tanl que la proscription les frapperait, elle entendait partager leur sort.