‹ Abraham Lincoln;Chapitre 23 sur 24 · AU NOM DC PEUPLE FRAWÇAIS · texte numérisé non relu

AU NOM DC PEUPLE FRAWÇAIS

« Le Président de la République décrète :

« Ani. 1<". L'Assemblée nationale est dissoute.

« AiiT. 2. Le suffrage universel est rétabli. — La loi du 31 mai est abrogée.

« ART. 3. Le peuple français est convoqué dans ses comices à partir du 14 décembre jusqu'au 21.

(1 AiiT. 4. L'état de siège est décrété dans l'étendue de la première division militaire.

« AiiT. 5. Le conseil d'Etat est dissous.

« AHT. 6. Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret.

« Fait au palais de l'Elysée, le 2 décembre 1831. « Signe Louis-Napoléon Bûnapaiite, (( Contresigné : Le ininislre de 1 intérieur, « De MoiiFiï. »

Cette pièce faisait connaître tout à la fois la dissolu-

lion de l'Assciiililéc législaiive, le rélablissemenl du suffrage universel, la mise en élat de siège de Paris et des ouzo déparlcmcnls circonvoisins; enfin, un chang(MnciU lie niinislèic, ou du moins un successeur à M. de Thorigny, ministre de l'inlérieur. puisque ce n'élaii pas lui qui conlrc-signait les actes de ce jour.

La deuxicuie pièce éiail une proclamation du Président de la Répubrupie au peuple français.

« I.a situation acluclle, disait le prince, ne peut durer plus louglem|is. Cliaipic jour qui s'écoule aggrave les dangers du pays. L'Assemliléc, qui devrait être le plus ferme appui de l'ordre, est devenue un foyer de complots... Au lieu de faire des lois dans l'iiilérèt général, elle forge des armes pour la guerre civile... Elle encourage toutes les mauvaises passions... Je l'ai dissolue, et je rends le peLq)Ie entier juge entre elle et moi .

« Aujourd'hui que le pacte fondamental n'est

plus respecté de ceux-là mêmes qui l'invoquent sans cesse, et que les hommes qui ont déjà perdu deux monarchies veulent me lier les mains, afin de renverser la Itépublique, mon devoir est de déjouer leurs perfides (irojets, de mainienir la né|)ublique et de sauver le pays en invoquant le jugement solennel du seul souverain que je reconnaisse en France, le peuple...

« Persuadé que l'inslabililé du pouvoir, que la prépondérance d'une SI nie Assemblée sont des causes permanenlcs de trouble et de désordre, je soumets à vos suffrages les bases fondamentales suivantes d'une constitution que les Assemblées développeront plus t.ird.

(( 1" Un chef responsable nommé pour dix ans:

« 2° Des ministres dépnidant du pouvoir e.réeutif seul:

n 5° Un conseil d'Etat formé des hommes les plus distingues, préparant les lois et en soutenant la discussion devant le Corps législatif:

i( 4" Un Corps législatif discutant et votant les lois, nommé par le suffrage universel, sans scrutin de liste, qui fausse l'élection:

« 5" Une seconde Assemblée, formée do toutes les illustrations du pays, pouvoir pondérateur, gardiendu pacte fondamental et des libertés publiques.

« Ce système, créé par le premier consul, au commencement de ce siècle, a déjà donné à la France le repos et la prospérité ; il les lui garantirait encore...

« Sijen'obti(ns pas la majorité de ros suffrages, alors je proroquerai la réunion d'une nouvelle Assemblée, et je lui remettrai h mandat que j'ai refu de vous.

« M.iis, si vous croyez que la cause dont mon nom est le symbole, c'est-à-dire la France régénérée par la Révolution de 89, et organi?ée par l'Empereur, est toujours la vôtre, proclame/ le en consacrant les pouvoirs que je demande.

« Alors la France cl l'Kurope seront préservées de Fanarchie, les obstacles s'aplaniront, les rivalités auront disparu, car tous respecteront dans l'arrêt du peuple le décret de la Providence. »

Une troisième pièce accompagnait les deux précédentes; c'était une prodamalion du Président de la République à l'armée, dont le concours serait probablemcni nécessaire.

Lorsqu'une mesure politiipie est impérieusement commandée par la situation, par le salut du pays, au moment où elle se manifeste, elle peut causer de l'émotion, mais elle n'étonne pas, car elle ne surprend pcrsomie. Tel fut l'acte du 2 décembre, acte considérable, exorbiianl, on ne saurait le contester, mais acte nécessaire.

qu'on pressentait depuis longtemps, et qu'on voyait, pour ainsi dire, planer au-dessus de la Iclc de l'Assemblée nationale.

Après la première journée, donnée au\ appréciations diverses et aux jugements que chacun formulait suivant son point de vue, le calme se fit dans les esprits raisonnables, et l'on commença à s'enquérir des détails de l'événement. Voici ce qu'on apprit.

C'est immédiatement après l'acte d'hostilité des questeurs (pie le Président avait arrêté la résolution d'eu finir avec les factieux. Les trois hommes qu'il fil, comme nous l'avons vu, les confidents de sa pensée, lui promirent leur concours le plus énergique : M. de Morny pour toute la responsabilité à encourir connue ministre de l'intérieur; Jl. de Saiul-Arnand pour les opérations militaires: M. de Maupas pour l'action de la police. Pendant plus de quinze jours, ces trois personnages combinèrent, avec le Présidcuidc la Répubrupic, tous les détails de cet acie immense, les moindres circonstances furent prévues, concertées, préparées avec un secret si profond, qu'à l'eNcepiiou de deux ou trois amis, confidenls intimes du prince, et agents nécessaires de ses desseins, personne n'en eut même un soupçon, avant l'heure précise de la mise en scène.

L'argent était indispensable à l'exécution. Dès le samedi 29 novembre, le ministre des finances, M. de Casablanca, emprunta à la Ranque S."! millions, et le luiuli suivant il en informa M. Passy, président de la commission du budget. Cette communication causa bien quelque surprise aux commissaires, et ouvrit le champ aux conjectures ; le lendemain, sans doute, mie telle mesure financière anrait donné lien à des interpellations dans le sein de PAssemblée, mais le lendemain l'Assemblée n'existait plus.

Pendant les trois journées qui précédèrent le 2 décembre, la police fit surveiller activement la nuit aussi bien que le jour les hommes réputés dangereux, dont l'arrostalion avait été décidée. La gendarmerie et la garde républicaine avaient reçu l'ordre de se tenir prêtes à la première réquisition. L'armée était nombreuse, sûre, et l'clat-major ne se composait que de généraux parfaitement dévoués et résolus, s'il le fallait, à vaincre on à mourir.

Le lundi, le Président tint le soir sa réception accoulumée. L;i foule s'y pressa comme toujours, et Louis- .'Napoléon y montra sa bonne humeur et sa bienveillance habituelles. Le préfel de police, le ministre de la guerre, le général Magiian et M. de Pcrsigny, qui élaicut dans le secret, ne quittèrent pas les salons. .M. de Morny, lui, était allé au speciacle de l'Opéra-Conri(pie. Dans la soirée, le prince ayant appelé le colonel Vieyra, nommé la veille chef d'élat-major de la garde nationale parisienne : — « (l'est pour cette nuil, lui dit-il à demi-voix ; enlendez-votis avec le ministre de la guerre pour que demain le rappel ne soit battu nulle part, et qu'aucune convocation de garde nationale n'ait lieu. »

.\ minuit cl demi, la réccplion étant finie et les salons déserts, M. de Morny, revenu de l'Opéra-Comique, entra dans le cabinet du Président, où se trouvaient déjà réimis le prince et les trois confidents, qui n'élaient pas sortis de l'Elysée. La séance fut solciuielle. On n'avait rien à s'apprendre ; il s'agissait de s'affermir dans la suprême résolution. « Avant de se séparer de ses héroïques complices, dit l'auteur de Y Histoire du Deux Décembre, le maître futur ouv'rit avec une petite clef, suspendue à la chaîne de sa montre, le tiroir d'un

LOUIS-NAPOLÉON

meiible, el remli à chacun d'eux le psquet cacheté qui leur élait destiné. Puis les mains s'éticignirent, cl d'une voix aussi calme que dans les plus insigniliantes circonslances : — « Messieurs, dit-il, alliins prendre un (( peu de repos, et que Dieu sauve la France ! »

« Deux heures sonnaient; il entra dans sa chambre, et s'endormit. Quarante-six ans auparavant, à la même date, à la même heure, l'Empereur, après avoir réglé la vicloire du lendemain, s'élait endormi de la sorte au bivac d'AustcrIilz. »

yiiclques heures après, le coup d'Etat s'accomplissait.

Le moment n'est pas venu, suivant nous, d'écrire l'histoire de cet événement et des actes qui l'ont suivi. Quelques uns lont entrepris; mais leurs ouvrages lémoigncnt plus d'exagération que de justice; on sent qu'ils ont écrit sous la dictée îles passions. Pour apprécier impartialement des faits de cette nature, il faut se trouver placé à une certaine distance. Aujourd'hui l'éloge paraîtrait intéressé, et la critique ne semblerait pas assez libre. Nous avons démontré la nécessité du 2 décembre. Avant d'en étudier les résultats et les conséquences, attendons, du moins, que ces résultats se soient définitivement produits. Nous nous bornerons, quant à présent, à noter dans l'ordre chronologique, et sans conmientaires, les principaux actes qui ont suivi cette grande journée.

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