PRISE DU FORT SUMPTER PAR LE GÉNÉRAL BEAVREGARD
Pendant un mois encore après l'installation de Lincoln à la présidence, le Nord resta dans son état de tranquillité, et, malgré cela, le bruit d'une prochaine attaque contre le fort Sumpter se propageait. Le danger paraissait imminent.
no LINCOLN.
Toutefois r;iH;i(|nc iiV'iit liru (]ue le 12 avril, à quatre heures et demie du iiiatiu.
Le 11, le général Beauregard intima Tordre au major Andersen d'abandonner la citadelle. Sur le relus de celui-ci, on commença le feu. La résistance se prolongea pendant trente-huit heures. -^ Los 70 hommes composant la garnison du tort firent des prodiges do valeur, mais les magasins ?i pondre ayant santé, le feu se communiqua à des constructions en ])ois, servant de casernes, et les hommes durent abandonner leurs pièces d'artillerie ])ou!' cdiubaltre liucendie (jui allait toujours grandissant.
Enfm., après une héroïque résistance, le major Anderson, convaincu de l'inutilité d'une plus longue défense, fit hisser le drapeau blanc et se rendit. 11 obtint les honneurs de la guerre et sortit avec armes et hagages. Comme il voulait remettre son épée, le général Beauregard lui réponcbt " qu'il xc saïa-dii (Ir.srirmer ini f/itssi brave officier. »
Chose étrange et digne de remarque, malgré la violence de l'attafpie et la vigueur de la défense, pas une goutte de sang n'avait coulé. Les suites démentiront le prélude de cette guerre de géants infatigahles, qui de^'ait ébranler la fortune de l'ancien monde et désoler le nouveau.
La facile conquête du fort Sumpter enthousiasma les États Confédérés, mais elle causa, dans les Etats du Nord, une profonde impression de colère. Les F(''déraux répondirent en proclamant le blocus des côtes du Sud et on appelant sous les armes la milice, soit: 75,000 bouimes. Une session du Congrèsfut cduxdquée pour le 4 juillet.
L'argent et les hommes abondent dans le Nord; on sent (pi'il faut, malgré la raison humanitaire, pousser la guerre avec énergie et promptitude. Le Sud fait en même temps un appel de 1.50,000 hommes, et annonce (ju'il délivrera des lettres d(^ marque. Quatre nouv(îaux Etats, l'Arkansas, la Caroline du Nord, le Tenessee et la Virginie se joignent au parti séparatiste. Le Kentucky garde la neutralité.
Le Sud arme un corps de 6,000 hommes qui se met en marche sur Washington. Cette démonstration était peu sérieuse, quoique la capitale se trouve dans une position qui ])eut être facilement compromise.
Les Etats du Nord envoient des défenseurs sur le point menacé. C'est du Massachussets que part le premier régiment de milice ; mais arrivé à Baltimore [Mari/land], il est assailli à coup de pierres par une vile populace. Il avait pensé entrer dans un pays ami et il se voyait au contraire forcé de l'aire le coup de pistolet. La mort de 12 hommes, tel fut le résultat de cette journée.
Cette triste nouvelle se répandit bientôt dans le Nord et une juste iudigualion remplaça les sentiments de conciliation dont il avait été animé jusque-là.
A cette époque, plusieurs Etats à esclaves avaient déclai'é ou déclarèrent leur séparation :
l'Arkansas, la Louisiane,
l'Alahama, le Mississipi,
la Caroline du Sud. le Texas.
la Floride, la Cai'oline du Nord,
la Géorgie, le Tenessee,
puis enfin la Virginie. Lo Nord s'émeut et rusit, rar cette dernière rupture était d'une gravité telle, que si déjà onze sur quinze États à esclaves s'étaient déclarés contre l'Union, il fallait s'attendre à ce que les quatre autres, hésitant depuis trois mois, ne tarderaient \)as, eux aussi, à faire cause commune avec la révolte.
Le Maryland refuse encore de se joindre au Sud. Cependant une certaine partie de la population prend une attitude plus que menaçante et deux régiments sont reçus à Baltimore comme l'avait été déjà le régiment duMassachufsets. Ils sont accueillis par une gi'èle de pierres, de coups de fusil et de pistolet.
BAT.vnj.E M. nrr,L s RIN. IN(IDKNT Sl.îltKI.L F,T NASO.N.
Lorsque le fort Sumpter fut au pouvoirVles confédérés, toute l'attention se porta sur le fort Pickens, le seul point de la Floride occupé par les troupes fédérales. Il fallait à tout prix conserver ce fort; aussi on donna l'ordre aux six navires de guerre : le Gowhatan, la Sabine, le Wi/andot, le Brnollin, le CrKmder cl le Water- HVc/?, de défendre le fort, si les séparatistes venaient à l'attaquer. Un steamer illinois réussit à renforcer la garnison du fort, qui était insuffisante, et à ravitailler la place; puis le steamer Mo/iairk débarqua cinquante pièces de canon pour les flatteries avancées défendant les apijroches de la citadelle', du côté de la terre ferme. Par suite de la position du fort, les assiégeants ne pouvaient livrer qu'un assaut, lequel présentait peu de chances de succès, ou se décider à faire un siège en règle, ce qni eût été une énorme dépense d'hommes et d'argent; aussi le général Bragg, commandant les forces du Sud, hésitait.
Bientùt, Saint-Louis fut le théâtre d'une lutte des plus sanglantes. Le général confédéré Frost, commandant environ huit cents séparatistes, se retirait au camp Jacksons ; mais à peine était-il arrivé, que le colonel fédéral Lyons cerna général et soldats, et les prit sans avoir tiré un seul coup de fusil.
Ils furent conduits à Saint-Louis par les volontaires , mais ceux-ci eurent à essuyer de la j)art de la population une grêle de coups de pierre et de coups de revolver. L'énergique capitaine Blankôwski, commandant la colonne , ordonna immédiatement de faire feu, et vingt-six émeutiers furent frappés morteUemenf.
Vers cette épocpie, les Virginiens tentèrent une sortie contre le fort Monroe; ils furent repoussés par les troupes fédérales ; puis deux combats eurent heu, l'un à l'est, l'autre à l'ouest: tous deux également malheureux pour les fédéraux.
Enfin, le 21 juillet I S<j 1 , on livra la grande bataille qui lira son nom d'un petit cours d'eau appelé Bull' s Run, bataille qui se termina par un désastre pour l'armée du Nord, commandée par le général Mac-Dowel. Les généraux Jonhston et Beauregard étaient à la tète des confédérés.
Le général Beauregard avait successivement abandonné Falr-Fux, Court-House et Centrevilh. mais ce n'était là qu'une ruse de guerre pour attirer le général
Types de volontaires.
Mac-Dowel dans un piège. Kn ellV't, depuis tidis nuiis (■clic ixisilidu, prise par l'armée cuniedérée, près de la rivière Bulis Hun. avait clé Inrtitiée [tar les Sudistes, et 66,000 hommes y étaient réunis.
Le général commandant les troupes du Nord avait di\ isi'' sou armée, forte seulement de 35,000 liouimes, en trois corps. 11 attaqua les confédérés de front et sur les deux flancs.
Les troupes du Sud foniiaioul mu triangle dont le sommet se trouvait au Bull's
ïJNtlÛLN. m
Hun et la base à Maimssas. Les ailes de l'année se déployaient en ligne continue, allant de l'une à l'autre de ces deux positions.
Malgré l'infériorité du nombre, le succès de la bataille, pendant les premières heures, semblait devoir appartenir au Nord. A deux heures, les confédérés battus sur tous les points envoyèrent au général Mac-Dowel un parlementaire, à qui il fut répondu que l'on ne pouvait accepter qu'une reddition sans condition.
En ce moment arrivait par le chemin de fer de Richmond le président du Sud,
M. Seward, secrétaire d'Ktut luix alfRircs «traiigèros des Etats-Uu
.lefferson Uavis, qui prit le commandement du centre. Presque au même instant, le général confédéré Johnson venait du côté opposé, amenant avec lui 23,000 hommes de troupes fraîches. La bataille commença avec plus d'acharnement que jamais. L'armée du Nord fit encore des prodiges de valeur. Fatiguée par les marches forcées des jours précédents, par les efforts inouïs qu'elle venait de faire pour conserver l'avantage sur un ennemi bien sujtérieur en nombre, démoralisée par les renfoi'ts arrivant aux confédérés, elle se vit dans la nécessité de })attre en retraite.
Malheureusement, une sorte de panique se répandit dans l'armée; elle hit causée par les fourgons de bagages qui se mirent à fuir précipitamment et
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eu désuiilre. Us l'ausèreiil uii tel bruit que les ti-uupes à purtée ileuleudir rompirent leurs rangs et coururent pèle nièlc! dans toutes les directions, entraînant avec elles l'armée entière.
A la suite de cette bataille, le commandement fut retiré au général Mac-Dowell et donné au général I\lac-Clelland, qui s'occupa activement de la réorganisation del'ai'mée pour laquelle Abraham Lincoln fit un appel de 500,000 hommes.
Dans d'autres endroits, les fédéraux éprouvaient de nouvelles défaites. J)aus le Missouri, les soldats, après la mort du général Lyon, prennent la fuite dans toutes les directions; à Ball's Bliif les unionistes sont culbutés, dans le Pdtomac, par l'armée placée sous le Cbmmandement de Jackson ; enfin, dans le Marylaud, la présence seule de nombreuses troupes nordistes réussit à comprimer les populations; mais l'attention est toujours et surtout p(jrtée sur la Virginie, où les deux armées sont en présence, et oti, pense-t-on, un engagement plus sérieux encore que ne l'a été la bdïâille de BuU's Run ne peut tarder à avoir lieu .
A l'embouchure du Mississipi, lihe flotte confédérée, composée du steamer le Manassès, armé d'un épëi'b'n, de nombreux brûlots et de six canonnières à \\\peur, profite des téuèlires pour attaquer l'escadre de blocus des Etats-Unis, comptant trois steamers^ R/r/mioiul , Hioitarilh', Walcr-Wirli. deux sloops de guerre, Vhtcennes] et Preble, et le transport \if//Ui//f/a/c.
L'éperon de fer du .V«/W4«'A' pénètre dans la coque du liirluNoïKl , pas assez profondément cependant pour lui causer de sérieuses avaries , aussi ciierclie-t-il, ainsi que le reste de l'escadre, à gagner la mer, mais il échoue sur la barre, en même temps que le Grehle et le Xlfjhtingale. Ce dernier reçoit un coup d'éperon qui le fait couler; un boulet se lose dans la coque du Riclimoml, le Vinconm est obHgé de jeter à la mer sou armement, ses chahies et ses ancres.
i\ous ne pouvons passer ici sous silence l'incident Mason elSlideil; aussi allons-nous donner quelques détails sur le iléparl de ces personnages, détails que nous prenons dans le Chaiieston-Mercurij :
« Les deux envoyés choisirent, pour quitter Cliarleston, le petit steamer Theodora. Tous les prép.u'at ifs faits, les passagers s'embarquèrent, le 12 octobre avant minuit. Ces passagers étaient : M. E. Mason et M. Mac-Farlane, son secrétaire; M. Slidell, sa femme, son liis, ses deux filles; 1\1. Eustis, son secrétaire; W" Eustis et diverses autres personnes.
<> La nuit était tout à fait noire, et, vers minuit, une pluie fine commença à tomber, ce qui ajoutait aux chances qu'avait la Theodora de ne pas être aperçue. A une heure du matin, la Theodora leva ses câbles et se dirigea silencieusement vers la sortie du port. En passant devant le fort Sumpter, toutes les lumières hirent éteintes à bord, et le navire passa an milieu de l'escadre de blocus pour gagner la mer.
« Le 16, la Theodora arrivait à Cardenas , l'un des [torts de File de Cuba, el mettait cà terre ses passagers qui se rendaient en chemin de fer à la Havane, l'no fois chaque mois, nu jietit bateau à vapeur, le Trenl, transporte de la Havane
à Saiut-Tliuiiius les voyageurs à destination (.le 1 Aiiglelerre. Les passagers de la Theodora s'embarquèrent le 7 novembre à bord du Trent, et le lendemain, vers huit heures du matin, ils se trouvaient vis-à-vis le phare du Paradon-Grande, au plus étroit de l'ancien canal de Bahama , lorsqu'ils firent la rencontre d'un grand navire de guerre tout noir, qu'ils apx)rirent plus tard être le Sau-Jacinto.
« Le San-Jacinlo tira, dans la direction du Trent, deux coups de canon, et, presque aussitôt , nue chaloupe portant deux ot'ticicrs et dix hommes, vint se ranger auprès du navire anglais. L'un des deux officiers, le lieutenant Fairtax, demanda alors au capitaine Moiv du 7)r/*/ de lui remettre MM. Slidell, Mason, Kustis et Mac-Fa rlane. vSur le refus du capitaijie , M. Fairtax fit de la main, vers le Siin-Jacinlo, un sigiie con\enu, et trois grandes chaloupes, montées par h'ente hommes (UMuarine et soixante nuitelots. vinrent aborder le Trent. Les honnnes laontèreut à Ijord, le fusil au port d'armes, et le lieutenant Fairtax leur donna Tordre de s'emparer des quatre [lassagers qui venaient de se réfugier dans leurs cabines. \JM. Mason, Slidell^ Eustis et Mac-Farlane huvut amenés sur le pouf. Lutin, les [uafre passagers durent descendre dans une des cfialoujjes du Sau- Jacinto, après avoir fait leurs adieux à leurs famUles et à leurs couipaguous de voyage. »
Le Sun-Jarinln se dirigea \ers fes Lfats-Luis ; il arri\a le 1(3 noveuiJjre au forl Monroe. belà^ les dépédies annonçant larrestation de MM. Masou et Slidell furent envoyées à Washingfou , iiuis le Sau-.laciuto rejjartil cl li;nis[>orla les jtrisonniers à New -\ork. poiu' les reprendre encore et les ameuer au fort \\ arren.
Après de nombreuses réchuuations émanant de FAngieterre , il fut répondu l>ar les Ktals-Lnis que le gouvernemeid n'avail " que des dispositions amicales, que le capitaine Wiikes avait agi sans ordres, et ifu'aiusi cet acte se trouvait dégagé de 1 emfjarras qui aurait ]>u en résulter. »
M. .lohn Kussel adressa alors la dé[ièche suivante, qui iirécéila la mise eu liljerté des passagers du Treitl.
(c Le gouvernement anglais est disposé à croire cpie cet acte n'a pas été autorisé, et qu'il ne peut être que le résultat d'uu mafentendu Le gouveiuiemeni
de la reine espère que le gomeruement des Etats-Unis accordera de lui-même la seule réparation qui puisse être satisfai.saufc: la lilicrfé' de MM. Masou et SlideU et une excuse convenable."
A la suite de cette dépèche, M. Seward répondit, le 2(t décendire. qu drdrc avait été donné pour le relâchement des prisonniers. Voici le texte de cetfr dépêche :
'< Le gouvernement anglais ne s'est pastrouqjé lorsqu'il a pensé que le capitaine Wiikes n'avait agi que selon les inspirations de sa conscience, sans ordres m instructions. Aucun ordre n'avait été donn(' ni à M. "\\'ilkes ni à aucun officier d'arrêter MM. Slidell, Eustis, Masou et Mac-F'arlaue , ou toute autre personne, soit à bord du Irciit , soit à bord de tout autre navire anglais. I>e caliiuel
de Washius'tou n'a jamais l'urinô le projet, et n'a nièniu jamais eu la ijensée île soulever mie semblable discussion qui pourrait é\eiller la susceptibilité de la nation anglaise. «
M. Seward annonça eu outre à lord Lyon, ministre anglais à Washington, qu'il désirait conférer avec lui au sujet des mesures à prendre pour que les prisonniers fussent rendus et placés sous la protection de la Grande-Bretagne.-
Ainsi se termina cet incident, qui aurait pu amener un changement des plus sérieux dans la guerre américaine.
A peu près à l'époque où l'on arrêtait MM. Mason et Slidoll, k'S lédéraux remportèrent deux victoires, l'une sur les côtes de la Caroline du Sud, lautre sur les côtes de la Caroline du Nord.
Dans la Caroline du Sud, le fort du cap Hatteras fut bombardé ; la garnison, se composant de 800 hommes et de oO officiers, se rendit au général Buttler.
Quant à l'avantage remporté sur les côtes de la Caroline du Nord, voici le rapport qu'adressait le comniodore Dupont au secrétaire de la marine :
« J"ai riionneur de vous informer que j'ai attaqué hier les batteries ennemies établies sur Bay-Point et Ililton-Mead, ainsi que les forts Walker et Beauregard. J'ai réussi à les réduire au silence après^un engagement de quatre heures, et la petite escadre des steamers rebelles du commandant Tatuall a dû fuir à toute vapeur. L'ennemi a pris la fuite dans une grande confusion. Les quartiers et ses campements ont été abandonnés sans même qu'il essayai de sauver aucune propriété publique ou privée. Le terrain sur lequel il avait opéré sa fuite était couvert d'armes; les officiers ont fui si précipitamment qu'ils n'ont pas voulu s'embarrasser de leur sabre. »
Quelques jours après, les lédéraux s'emparèrent encore de la ville de Beaufort .
Tous ces événements se passaient, il ne faut pas l'oulilicr, à la tin de l'année 1861 ; nous allons entrer maintenant dans la relation de la campagne de 1862.
Le Sud comptait 40,000 hommes dans les villes principales : iO,000 sur les bords du Mississipi , 00,000 dans le Missouri, 00,000 dans une partie de la Virginie, 117,000 dans le Tenessee et le Kentucky et 150,000, sur les Ijords du Potomac.
Le Nord répondait à celte formidable armée par une armée non moins formidable : 300,000 combattants étaient sous les armes prêts à se sacrifier pour le plus grand triomphe du principe défendu par eux. Les fédéraux comptaient en outre plusieurs flottes dont la plus considérable était^ la dernière, sortie du port de Hampton. EUe se composait de vingt-six navires à voiles, trois frégates à vapeur, quinze canonnières, six grands steambots de rivière, deux puissants remorqueurs, douze ferry-boats armés de six canons; les transports à vapeur le Vanderbitl de 3,370 tonneaux, l'Atlantic de 2,84o, l'Océan-Queen de 2,802, le BaUic de 2,723, rillinois de 2,123, le De Solo, le IMiiladelphia, le Coatzacoaleos, l'Ericson, plus une vingtaine d'autres dont nous iguiuons les noms.
On Ta vu : pendaiil l'anncf qui Aient de s'écouler, les fédéraux ont compté de nombreux revers ; celle qui commence semble au contraire se présenter pour eux dans de favorables conditions.
De tous C(Més l'on fait des préparatifs immenses et l'on semble vouloir pousser la guerre plus vigoureusement encore que cela n'avait é>té fait jusqu'à ce moment.
A l'ouest de la Virginie, on trouve le corps du général Rosencranz, au sud le général Burnside, an nord les généraux Banks et Mac Clellan, avec de grands corps d'armée; l'est est protégé par le fort Monroe; de plus, une grande expédition sous les ordres du Commodore Foot et du général Grant se dispose à agir dans le Tennessee. Le général Buell tient le nord du Kentucky.
Le général Mac Clellan veut former un cercle qui, se rétrécissant peu à peu, doit finir par étouffer tout germe de révolte dans les Etats confédérés. Ce plan réussit presque et l'on compte de prompts et nombreux succès.
Une bataille est livrée le 19 janvier 1862, à Mill-Spring, le général confédéré est tué; le désordre se met dans les rangs des esclavagistes. Le général Thomas commandant les forces fédérales compte une victoire.
L'expédition, commandée par le commodore Foot el par le général Granl pour opérer dans le Tennessee, commence jiar s'emparer du fort Henry et du fort Donelson.
Le général Burnside commandant le corps de déliarquemont de l'expédition du Sud, soit 30,000 mille hommes, s'empare de Newbom, d'Edenton, d'Elisabeth-City et de l'île Roanoke. Il n'attend plus que l'ordre de marcher soit sur Norfolk , soit sur Charleston.
Mais deux événements autrement importants allaient fixer l'attention publique : le combat naval de Xeiopoft-Ncir.i et la bataille de Pittsburg- Landing.
COMBAT nr NF.WPORT-NF.WS. MOMTOB ET MF.HRIMVC. BATAILLE DE PITTSBI RC-
LANDINC. SlITE DE L.V lil KBRE.
Oualorze jwlimonls pnreul pavl an combat de Xejrporf-Xew.'i, six du côté Jii Sud :
le Yrirhttnrn ,
le Jiniii'nlnirn ,
le hPdtifnrt ,
le Rah'irfh ,
le Tcns.or , ]inis en lin le Morrimar.
Le premier Jiiur, le Nord complail ésalement six liAlimenls :
le Coiif/rPf^s , le l{otin<il,c ,
le Clinihorhiihl . te Witlchal .
le MiniX'sotd. ri |r lii'iiidrcr .
O fut le !) iimi'S, am^s midi, que le Mci-r'nnnc, cetlc soinhir machine à l'cispecl sinistre, effrayant, descendit la vivif-ro Elisalieth. Immédiatement les bâtiments f(''dt''raa.\ se prc'^parèrenl au combat, la .sarnisondu fori Monlrne iirit les armes. Après qiielqnes démonstrations, le Merrimaf!^^ précipita sur le (iimberhnd et enfonça son lon.a- éperon de fer dans les flancs delà belle frégate. Le L'umherland fît feu de toutes ses pièces et cette décharge sembla pendant un instant devoir arrêter le monstre-machine, mais, les boulets rebondissaient sur sa carapace. A s(m tour, il s'éloigna pour faire feu; puis il s'élança de nouveau sur son ennemi, lui fit une nouvelle ouverture où leau sengoutfra et le fit couler. Le Cumherlrfiuliioni'fmcci nolilement et, le pavillon cloiu'' au plus haut de ses niAts, se montrait encore lorsque déjà le navire avait disytarn enulouti par la mer.
Le Conf/rpss ('-tait aux ]U'ises avec le Ynrktaifii et le .Inmrsioicii . Depuis longtemps déjà il sniiteuait une lutte inégale, lorsfpi'il vit arriver vers lui le Mcrrimar. Oomprenaiil ipi il ne |i(iuvait continuer plus longtemps à se défendre, le Conf/rnsfi amena sou pavillon et hissa le drapeau blanc. Le Jmnestoim se rapprocha de lui et prit à son 1)ord les officierscomme prisonniers. Les confédérés tirent sauter le ('oii;/f('s\.
Confiant dans sim invuluérai)ilil('', U' McrrlmiK passa la nuit au milieu de ses ennemis, comptant repren(h-e le lendemain son (Puvre de destruction. En eft'el, à sept heures du maliu. il recommença ratta({ue contre le Minnrsofn, échoué sur la rive, mais il vil venu' à lui, ])rè1 à défendre la frégate tV'dérale, un bâtiment informe, noù'. Ce liàliuu^nt était lon,i;de 172 pieds et large, au centre, de 41 ; rien sur le pont, qu'un abri pour le pilote et une tour ](lacée au milieu du navire. C'était le Monitor, construit par l'ingénieur Erickson.
Le Mprriniiic s'élança sur le Monitor, et ce choc sendila (lev(tir taire couler ce ilemier; il s'eufoiica en elfel. mais pi m r reparaître bieiilùl plus elfrayant que jamais, ['ersmmeà bi»rd, et cejiendaut à chaque instant imsabord s'ouvrait et un iioulet venait frapjier le navire confédéré qui, par deux fois, chercha inutilement à enfoncer sou éjieron dans les tlaucs du Monitor.
Après cinq heures d'un coml>al inutile, le Merririnic, (pii s'élail \ainemeul épuisé en tentatives d'abordage, fut obligé de se retirer; deux iniulets avaient |)éuétré par ses sabords. Il i)attit en Vetraite, quoique |)nnvaul à |ieine tenir la mer, et se dirigea vers la civière Elisabeth })onr ivulrcf au |niit, 17 Imunucs linviit liiésel leliâtiment (irescpu' désem])aré.
Quant -.wi Monitor, il n'éprduva pas la moindre avarie. l"u des (ifticiers du buiil r'crivait après le combat :
.< Les boulets du Mfrrimar dut à peine érailh' nuire peinture. »
(le fut le [ireTuiei' combat naxal entre navires cuirassés, et qnoiipie les ])eitrs
lies léiléraux aient été uraiulcs en navires el eu hommes, on peut ilirc ([iie le désavantage a été pour le Sud.
La bataille de Pittsburg-Landing, livrée près de Corinth, fut très-meurtrière. Comme pour le combat naval de New-York-News, les confédérés eurent le dessus pendant la première journée, mais l'arrivée d'un corps d'armée commandé par Buels chanue et décide le sort de la bataille.
r.es forces des confédérés étaient ainsi divisées : 30,000 hommes sons les ordres (le l'évèque Polk, 20,000 sous les ordres de iNatlian-Evans, 20,000 sous les ordres de .lohnston et ,'10,000 sons les ordres de Braxton Bragg : l'armée était cominandi'een chef parle général Beaur^îgard. , j,,
I/armée du Nord était le ]iremiç^jjQ)|j' inférieure en i>ombre, mais 1 adjonction du corps de Buels vint le lendemain rétalilir ré({uilibre et donner de l'énergie aux soldats de (irant.
A trois heures du matin, l'armée duSud rencontra la division commandée par le général Crentil, cpii. croyant à unesjmplp démonstration, engagea la bataille et hd tait prisonnier. Sa division battit en retraite et rencontra liieiiti'it celle placée sous les ordres du général Shevn>f^n.
L'engagement devint alorsi fout à lait sérieux ; on iil tjj^ part et d'autre les efforts les plus grands, et peut-être les fédéraux auraient-ilfj été écrasés par le nombre sans les deux canonnières Tijlp.r el Lexim/ton, qui firent feu de tontes leurs pièces et obligèrent lus séparatistes à recider.
La l)ataille continua cependant. Les généraux du Sud, après de nopyelles tentatives pour renij^piier la victoire, se retirèrent sur la route (J(i porii)|h, i^,n,s une excellentji jîpsition . Ce fut à cette heure qu'arriva le géjijS^i^al Buejs. On \)\m<f les deux divisions (pi'il coniniandait à la tète de l'armée fédérale, ei connue, l|<ji nuit venait, mi dut attendre .iii lendemain pour reprendre les hostilités un
moment nderroniiiues.
A six heures du matin, la bataille repommence iiyt^p plup d'acharnemeid encore que la veille. Kédt'rauvel cunliMlérés liml des prodiges de valeiu' ; on se jirentl corps à corps, l'artillerie tonne peiKlaid hqit heures consécutives, enfin le,s esclavagistes finissent par faiblir ptds liât tent en retraite, mais en refi irmaîjt leurs rangs et en profitant de toutes les positioixs pour harceler l'armée du iSort], ;,,
tirant, à la tète de son l't'^iuu'ul, s'élance alors sur les restes de l'î^rm^e^ jiu Sud, culbute tout ce qui se trouve sur son passage, et les Sudistes effrayés fuient dans toutes les direcfioiis.
Cette bataille coûta aux confédérés t2.0t)() lui''s, lilessés ou ]M'isonniers. Le i;t''néral Jolmslon fut retrouvé parmi les morts.
L'attention était ])artagée pendant ce temps par deux expéditions na\ales.
La première, avec un corps de débarquement commandé par le général' Burnside. s'empare de phisieurs points im]3ortants dans la Caroline du Nord. Les îles Roanoke tombent au pouvoir des ÎVordisIcs.
La seconde, dirigée par l'amiral Farratiut |ioui' la jtailie lu.irilinie, el par le
s:énéral Butler pour \o rorps de débarquement, se porte vers In Nnnvelle-Orléans, la cité qiii depuis le commencement de la ïiierre a toujours ('-tt' le centre d'approvisionnement du Sud.
I,c géuéral IJuttler, commandant la Nouve11e-0rl'-'aii< rt In I.o»Ui:uie.
La Nouvelle-Orléans est défendiu^ du cùlé de la mer par le fort Pike. à l'entrée du lac Pontchartrain ; le ibrt Livinsston, à renlr('c de la Itaie de Barataria; les forts Saint-Philippe et Jackson sur le Mississipi.
La fl(jtte de l'amiral Farragut se composait de huit steamers : — Brooklyn. Hartford, Mississipi, Richmmid, Pensaco/a, Varema, Iroquois et One'ido; de seize
canonnières: Kota/i/Zi», Westfield, Cayuga, Piivhi, lld^ihn, CU/ton, Kannicha, Meami, Sciofri, Wino/ia, fhva.'icn, h'iiteo, WissaJiirknii. Ilurricll-Ldnr. Kittntuiiuj, et vingt-deax bombardes.
En tout 286 canons et 22 mortiers.
Carte du tliétitre de la guerre. Les parties uoires indiquent les Eiats ou les pafties (Crtiils im l'esclavage u'e't pas aboli par la proclamatiou du pri'sident I.inenlu.
Le l 'i avril, le bombardement du fort .lackson commença et fut continué sans interruption pendant plusieurs jours avec un acbarnement ("onslaté par la
lettre siiivaiite, écnte ]j;ir le séuériil en chel (■i.ininaudiiiil le (léi>,irlriii('iil .le la IjOuisiane au .e;énéral Diinkan, commandant le fort Jaeksou :
u Dites à vos hommes que leur conduite héroïque pendant Fun des plus terri- Ides homhardements dont Thistoire tasse mention leur vaut une admiration et une sympathie générales. Leurs parents et leurs amis ont une confiance aveusle dans leur hahileté et dans leur courage. «
A quoi le général Dunkan ré]iondit :
.. Le hond)ardemeut continue. Plusieurs fois nos canons en barhette ont été déniôidés. Noms réparons de noire mieux nos dommages. N'ingl -cinq mille liondjes ont été lancées par les r('(l(''rau\ dejuiis dix jours: mille cuvinm sniij Inndiées dans le fort. »
l.,e 23 seulement, une candunièrc lurca le passage, et le i\ . Idiilc la llullr dépassa le fort Jackson (pii , dès lors , se irnuva piàs (>ntre deux feux. Il n'aurait pu (''viilemment continuer à se diMeiidir, si le ((puimodore Farragul uavail poussé sou ex]>i'diliou |tijur ne s'arrêter que dc\aul la Xnuvolle-(lr](''aus. Il demanda la redditidii de cette xille en ces termes :
i< /j's (Jr(j//s lies iiKliridiis cl lu jtrojirirti' •icroiil i/ssi/its : je iIi'iikiihIi' daix- Iti icildilimi Ktins iTso'i'P <lo la ville, et je deninndc (/iir les enthlèmefi de la fioiireraliielr dca litnts-Viiifi soient arhnré>i fin jniird'Inii à iitidi., à l'Hùlel de Ville, sur lu Moniiair fl
sllr lu IklIKIlH', n
M. .Mimroe, maire de la Xouvelle-Orléans. fit la ré])onse suixaute :
" Je ne saïu'ais trouxer, parmi mes adnnnistrés, un renégat assez insensé cl assez misérable qui osât souiller de sa main l^Maljlème sacré des Etats confédérés, et il n'y a ])as un homme parmi nous ddut la main et le cirur ne se paralyseraient à la pensée darlMirer un di'apeaii auipiel unus u a\nus pas sipleunellement prêté serment. ..
Nous ne pou\(ius ([ue laisser celte lettre à rappr(''cialiou du lecteur; cei)eudanl nous dex'Ons dire i[ue i-e uième .M. .Moui'ne a\ail. ou au aiipara\aul. prèti' serment au drapeau fédéral.
Le counuodore Farragut fit alors occiqier la \'ille ]iai- un halaillnu de suidais (le marine. HientiU après, le I'' mai . les IVirls Saiul-l'liilippe et .lackson se rendirent au Commodore Porter.
Le général Rutiler, qui avait été nommé counnaudaul du département du ("lolfe, opérait en même temps que le cimimodore Farragut, et. après avoir pris et détruit les forts qui défendaient le lac Pniilcliarlraiu . il v ]i(''U(''lrail ]>our débarquer a\ec son corps d'aruK'-e à Lakejiorl. il ue icsiail plus aux coufé'd(''ri''s. sur les bords du IVIi.ssissipi, «pie la ville de W'icsburg.
Dans la Virginie, l'armée connue sous le nom d'armée du PoIiuikk . diml le principal corps était commandé par le général Mac LIellan , avait comuieui'(' ses (ipérations. A^u'ès avoir ipulté' Mai'tinsbiu'g, (ibarlesidw . iJulixai-. le L^é'ui'iaJ Hanks avait battu le général Jackson près de Viui'hesler.
Celte victoire, ivmporlrc sur les i'uiit(''(l('Tés. lui iliuiiuiit h Vtillée de Shenandoah.
I^a ligne du HuH's Muii et du Man;iss;is avait été abandonnée par les séparatistes; anssi Mac Clellan s"avanra-t-il près de Fairfax, Centreville etCourt-House sans rencontrer l'armée confédérée, qui s'était retirée snr les bords dn Rapahannoc, pour revenir ensuite vers Richmond.
Le général Mac Clellan changea son plan de lampagne et fut a\ec son armée au fort Monroe pour agir dans la péninsule virginienne. 120.000 hommes se lenaient sous ses ordres.
On domia le commandement de larmée du Rapahannoc au général Mac- DoweU, plus le commandement de la portion de pays située entre les montagnes Bleues, le Potomac et le chemin de fer de Frédéricksburg, ainsi (|ue le commandement du district de Colombie.
Le général B,inks garda le commandement de la Shenandoah.
La ville de Ydrktown que défendait l'armée confédérée, et qu'attaquait le général .Mac-(^lellau, était ])arfaitement fortifiée et pouvait être défendue avec succès. L'attaque au contraire en était difficile, car il fallait tout un matériel de siège, que lesfédérau.\ n'hésitèrent pas à faire venir pour s'emparer d'une position aussi importante.
A peine commençait-on les préparatifs d'attaque , que les séparatistes , pris d'une sorte de panique, évacuèrent la place où l'armée fédérale entra le 2 mai.
[.,e surlendemain un combat acharné eut lieu entre les deux armées, à trois milles de William.sliurg, ville que les esclavagistes n'essayèrent pas même de défendre, quoiqu'ils eussent des moyens très-puissants et Irès-considérables.
Le général Mac-Clellan, victorieux sur toute la ligne, transporte son armée par la voie du Potomac. arrive à la presqu'île formée par les rivières A'ork et James, puis il établit- ses forces siu' les bords du Chickahominy.
A ces divers succès, vint bientôt s'en ajouter un nouveau, suivi ])ri)inplemenl d'une défaite sur un autre point.
Le 8 mai, le XoiirjatHck, \eSemi»o/, le Surquehonmili, le Vamk'vhilt, le Mo»itoi', ]f Son-Jficiufo etle Dacota/), qui tenaient le blocus devant Norfolk, ville trèsimportante , occupée par les confédérés , bombardèrent les batteries ennemies toute la journée et une partie de la nuit.
Le 9 et le 10 mai, le général "Wool, à la tête de son corps d'armée, débarqua et fit ses préparatifs pour prendre Norfolk par terre. Le maire de la ville envoya immédiatement un i>arlementaire, lequel déclara que l'on ne voulait faire aucune résistance.
Voici pour la Aictoire.
Le revers fut éprouvé par le général Banks, dans la vallée de Shenandoaii.
11 avait été obligé d'envoyer 18,000 hommes de renfort au général Mac-Dowell qui craignait un engagement sur le Rapahannoc. Bien au contraire, ce fut lui qn'on attaqua, avec des forces trois fois supérieures, et malgré sa belle conduitt.'
e\ rt'norgio iléployro par If s hommes plncj's sons sos ordres, il lui ropoiisst' jusqu'au delà du Potomac.
Ce ne fut qu'avec le secours des généraiix Frémont et Mac-Dowell, qu'il put réparer ce désastre. Mais cette complication nouvelle devait une fois de plus changer tous les plans du général ^lac-Clellan. En effet, il comptait sur la jonction que devait opérer avec lui le général Mac-Dowell, jonction empêchée par suite des événements qui avaient eu lieu dans la vallée de Shenandoah.
Richmond recevait à chaque instant des renforts nouveaux. >Iac-Clellan se vit dans la nécessité, pour être sous la protection des canonnières fédérales , de se diriger vers la ri\'ière James. 11 commençait à effectuer son mouvement de retraite, lorsque la division Mac-Call fut attaquée par le général sudiste Jackson. Le comhat dura toute la journée ; ou ne put i-eprendre les opérations interrompues que pendant la nuit, mais le lendemaiu, Mac-Call fat atlaqué de nouveau, et cette journée put prendre sa place parmi les plus malheureuses ]iour les fédéraux.
Voici, du reste, ce qu'écrivait à cette époque mi officier de l'armée de Mac- Clellan. « Cette scène n'est pas de celles qu'on peut ouMier. Des masses de chevaux sans cavaliers fuyaient dans toutes les directions. Les boulets sifflaieni dans l'air. Les tourgons, les ambulances et les canons encombraient la roule: des blessés, boitant et gémissant, d'autres sanglants et couchés au milieu de la mêlée; des oificiers dont la voix n'était plus écoutée, criant et menaçant, an milieu de ces masses effrayées : le sublime h-acas de la cuinnnadt' ; les unaues de Inmée, et le soleil disparaissant à l'horizon, louuc comme une large tache de sang.Voilîi ce que je ne puis peindre, mais j(^ le vois enci ire et le verrai toujours. Je ne puis être sévère pour nos soldats. Ils avaient combattu et marché le jour el la nuit d'auparavant ; la chaleur était accablante, ils étaient épuisés. »
Cette liataille reçut I;- nf»m de Gaineshill. vill<' près de larpielle elle s'é'lail livrée.
Le 28, la journée se passa en escarmouches. Les fédéraux eurent donc la possibilité de continuer leur retraite. Ils traversèrent le Chickahominy, et (Commencèrent à s'ébranler vers la rivière James.
Le lendemaiu 20, l(>s divisions Richardson et Sedgwick furent attaquées par les confédérés (pi'elles repoussèrent eu leur faisant subir des pertes très-considérables, dans les marais de ir/;//- Or//.. Trois engascMuents partiels eurent lieu dans cette même journée; les fédéraux restèrent maîtres du champ de bataille.
Le soir, Mac-Clellan se mit en marche pour gagner le pont de Turkey-lsland, sur la rivière James, mais il y avait une longue distance à parcourir par des che • mins étroits, mauvais, et cène fut qn'.'i dix heures que le gros de l'armée put ar- . river sur les liords de la rivière.
Les confédérés attaquèrent le lendemaiu. .'!ll juin, l'arrière-iiardc l(''(l('Male ([ui se trouvait encore dans les marais de Whit-O.ik. Le combat dura toute la joni'née. Tantôt les Sudistes avaient le dessus, tautùl les Nordistes reprenaient l'avan-
LINCOLN', m
layt', de muuil'i'e que le sort delà journée fut ù peu près partagé, l'eudaul ce lemps, Mac-Clellan qui pensait être encore attaqué le 1" juiUet s'était tortillé dans sa position. Il avait disposé son armée de i'açon qu'elle put, si le besoin s'en taisait sentir, être appuyée par les canonnières.
Le général nordiste ne s'était pas trumpé dans ses prévisions, car le lendemain, à midi, les séparatistes commencèrent l'attaque, et quoiqu'ils fussent plus nombreux et en meilleure position que les fédéraux, ils éprouvèrent un échec. Celte bataille, dite de Turkey's Grove, fut une des plus meurtrières. Les Sudistes avaient une armée de cent quatre-vingt mille hommes. Les fédéraux comptaient h peine cent mille comliattants.il est vrai que leur artillerie était Ijien supérieure à celle des ennemis.
Ces diverses batailles, li\ rées consécutivement , prirent le nom de Seven- Days [Les Sept Journées).
Les pertes subies par les deux armées s'élevèrent à 80,000 hommes.
50,000 pour le Sud et 30,000 p.iur le Nord.
Le général Lee, commandant eu chef les forces séparatistes, détacha im de ses meilleurs lieutenants pour attaquer et disperser l'armée fédérale, commandée par Pone.
A la même époque, Braxton-Bragg repoussait les fédéraux en remportant plusieurs avantages sur les bords de l'Oliio. De plus il menaçait la capitale du Kentucky et Cincinnati.
Lee traverse de son côté le Potomac et le Maryland pour s'emparer de la capitale fédérale, mais il est arrêté dans sa marche victorieuse par Mac-Clellan, qui vient au secours de Washington, sur un ordre du président Lincoln.
Les fédéraux éprou\eut un cruel revers à Ilarper's Ferry qui capitule et se rend avec sa garnison de 10,000 hommes. MurfordsviUe se rend également.
Ce n'est partout que désastres nouveaux pour les Etats de l'Union, lorsque le l.'i septembre, l'avant-garde des confédérés subit un échec dans le Maryland. Hooker, surnommé /e Batailleur, culbute les ennemis, les met eu déroute, et les oblige à reculer. 11 les poursuit pendant trois jours, et livre enfin une bataille générale sur les bords de l'Antieman.
C'était à la date du 18. L'aile gauche des ennemis était cummandée par Jackson; Hooker engage le combat avec ce général qui faiblit bientôt. Hooker fait des prodiges de valeur, il va même jusqu'à la témérité; mais il tombe grièvement blessé et dès lors Jackson reprend ravantage. Burnside se distingue, lui aussi par sa bravoure; il repousse les confédérés malgré leurs vives attaques, oblige Lee à repasser le Potomac et à rentrer d;uis la Virginie.
Les fédéraux comptent deux nouveaux succès, l'un à Cornilh et l'autre à Gerryville. Braxton-Bragg depuis longtemps était heureux dans cette partie du Kentucky qui se trouve au nord du Mississipi, mais Bosencranz le ])at et Je force d'abandonner ses positions.
Ce fut à cette époque que 1 on projeta luie expédition contre Hicliniund, la
c.ipiUik' (k's Ktals cniili'déi-i's. Lo général Mar-(llell;iii iviiiil le ( ouimaïKk'innil eu dief Je l'armée du Futuuiao à Bumside.
Celui-ci accepta la respunsabilité et s'occupa activeuieut il a passage de ses troupes sur le Rappahannock t^ui, à leudroit où il voulait le traverser, compte 170 mètres de profoudeur. Cette première ditïiculté vaincue, il fallait encore prendre Fredericksburg poiu' arriver jusqu'à Richmond.
C'était là vraiment une tâche à la liaiiteiu' des plus mandes audaces.
HATVIM.K UL KlIKOKHitKSIil lt(,.
*hi ciiuinieuca jiai' liauspdrler le matériel de pouls, nu braqua I7S caiinus Mil' Fredericksluu'i: . el ïini se mit eu devoir de ri'dablir Ik- |>omI du cliemiii de 1er.
Les séi»aratistes répoudireni à les [tréparatits par une décliariie qui obli.tiea les ouvriers à s'éloigner. Le général Ruruside ordonna alors de bondiarder la \ille, et l'on essaya de reprendre les travaux ; mais le léu des contédérés était si terrible que de nouveau il fallut les abandonner. Plusieurs fois les fédéraux tirent de nouveaux essais iid'ructueux, el l'on cmuprit (pi'il fallait détourner l'attention des Sudistes par une manœuvre hartlie.
Cent cinquante \ olontaires s'embarquèrent dans de petits bateaux, et au milieu d'une grêle de liaUes ils atteignirent la rive opposée. Cette opération permit aux Nordistes de terminer deux ponts et de pénétrer dans la ville.
Les confédérés avaient envoyé des forces au l)as de la rivière, ne s'attendaut pas à ce que l'armée du Nord passerait toute entière de\anl Frederickslturg ; de SI m cùlé. Rm'uside voulait séparer ces mêmes truupcs emieunes de celles placées sur les haiiteui's ; mais, maigri'' l'é-uergie de snu attaque, il ue pul arrivera ir liul.
L artillerie des séparatistes décima les fédéraux qui se Irouvaient i)ris eulre lieux teux. Rurnside i onq)rit que résister jdus longtemps serait la ruine complète de son année, aussi se bàta-t-il de repasser les ponts.
F^es confédérés le laissèrent trampnllement opérer sa retraite.
Il perdit 12,000 lionnnes à cette funeste l)ataille.
Rurnside avait eu contre lui non-seulement des forces suitérieures, mais eucore la po.sition avantageuse de son ennemi, et cependant il se relirait ciunme le liou blessé, mais non vaincu, elfrayaid eucore dans sa faiblesse.
Sliermau. le 27 décendtre. avait éprouvé le même snrt devant le tint \\ icksburg : Ses perles furent très-inqiortantes, car il se battit longtenqis el avec un ::raud l'onrage, uiais uu nbstacle iuq»rr'\ii l'ai^rêlaut daus sa uiarclie le furra de s'éloigner.
Dans le Tennessee, ciuquaute nulle buuiuies. suus les unlres du géuiMal unioniste Ro.sencranz .se trouvent en [tréseurr de ciuquaute mille Immuies cnnnnaudés parle général séparatiste Rraxtou-Rraggipii devait, ili.sail-il, <qiuruci' lAuiérique îles arnu'es IV'di'rales, »
(1)1 li\re la SiUi,i;laii(L' Italaillc ilc Mufrcsturo qui, cunuiU' taiil il aiilri">. csl. Ir premier jour, fatale pour le Nord ; 35 canons toniljeiil au pouvijir des ennemis, l'aile droite est enfoncée, culbutée ; c'est en vain que les fédéraux cherchent à se défendre ; l'élan des séparatistes est irrésistible, il faut plier quand même . Courage, énergie ne servent de rien. Une sorte de fièvre s'est emparée de l'armée de Braxton-Bragg: aucun obstacle, aucun danger ne peut l'arrêter. Les fourgons, les ambulances, les magasins volants, tout le matériel d'armée tombe au pouvoir des Sudistes.
Knlin, la nuit vient, il faut susjiendre le combat ; mais les deux armées restent eu ]iréseuce. Les unionistes saventqii'ds ont un désastre à réparer; les conféd<''r(''S \ rulent prutiier dune victoire, chèrenieut ai'([uise, en ihiissaut d'écraser l'armée ennemie.
Pendant deux jours entiers la bataille cuatimie sans amener pourtant di; résultat décisif. Le troisième jour, Husencranz, qui avait concentré ses forces, assuré ses ligues, prévu le fort et le faible de sa position, engage lui-même le combat. Sa valeur électrise l'armée placée sous ses ordres, son habileté connue général assure la victoire : il va toujours en avant. Son adversaire 'faiblit et fait des elforts inutiles pour conserver les positions qu'il occupe. Rosencranz le poursuit, le bat sur chaque point, et l'oblige à se retirer à quarante milles en arrière.
Ces journées successives coûtèrent aux deux armées 20,000 coud»attants; elles (•oimnencèrent le 7 janvier.
Le uénéral Burnside comprit, après l'allaire de Fredericksburi;, qu'il ne pou vait conserver le commandement en chef de l'armée du Potomac. U remit ses jiouvoirs à Hooker, [qui employa trois mois entiers à la réorganisation des malheureuses trouj)es cômniancl'ées tour à tour ]:)ar M. l>o\\'el. M,- Clellan et Buriisidr.
Hooker, lorsque ce laps de temps tut écoulé, voulut re]>rendre l'oifensiM'. Il pensa tout d'abord à délouer les Sudistes des hauteurs fortifiées de Fredericksburg; mais craignant d'aAoir le sort de Burnside, il employa une ruse de guerre ((ui réussit complètement.
Il ]iassa le Happahanock, et sendjla \ouloir se diriger sur Hiclimouil. Lee, se I royaut obligé d'abandonner sa [tosition pour arrêter Hooker , descendit des liaiiteurs et amena son armée sur la route. Le uéuéral unionniste ne perdit pas une inimité, il donna l'ordre à Sedgwich, un de ses lieutenants, d'occuper les postes évacués, et attaqua avec sa cavalerie l'arrière-garde des ennemis. Lee continua son mouvement, laissa Sedgwich s'installer sur les hauteurs et vint camper sur la route .
Le 3 mai, une grande bataille s'engagea près de Chancellorsville. .larksou, général confédéré, chargea a\ec fureur. Les cris que poussaient ses soldats effrayèrent les fédéraux, qui, ahuris, ne trouvèrent d'autre parti à jireudre ((ue de fuir dans le plus grand désordre.
Au milieu de c>Mlésastre, Hooker [lenlil la tête. Il ne cluMrlui uiêuie pas à
rallier ses trinipes, qu'il laissa canonnor parles Jiatteries ennemies caclu^es dans le bois. Enfin, après plnsieurs henres d'un comlial oiiles confédérés eurent tout l'avantage, le général unioniste se rapprocha de la division commandée par Beng, qui seul se battait vaillamment et faisait tous ses efforts pour contenir les séparatistes.
La nuit suspendit la bataille.
liatuaux ù vaponr construits pour le transport des troupes t'é.lérale-.
Les fédéraux épvniivèreid des pertes très-grandes, mais ce n'était rien encore auprès de celles qu'ils devaient siUjir le lendemain. Us campèrent sur la route de Plane-RomI .
Le 4, à 8 heures du matin, Jackson recommença à ouvrir le feu, puis il se précipita sur l'armée ennemie, et porta, par la vigueur de son attaque, la terreur dans les rangs unionistes.
Léo, pendaid ce temps, faisait de nombreu.x elfortspour débusquer Sedgwich. Il } )iarvint niirès |i!usieurs heures iFun condjat dans lequel U perdit, )ku' suite
de l'énergique résistance des fédéraux, un grand nombre de ses soldats. Ce succès, quoique chèrement acheté, permit à Lee de disposer des batteries et de recommencer, comme la veille, à canonner les Nordistes, qui perdirent dans cette bataille 23,000 hommes.
L, gé
Les confédérés avaient vaincu, mais la perte de dix batailles leur aurait ét<! moins funeste peut-être que re>l]e cpi'ils in-ent en la personne de Jackson.
Ce général semblait l'Ire liiicarnation de la victoire pour le Sml. l'artout nii il se trouvait, les armées séparatistes étaient certaines du succc's. Lui mort, la fortune devait abandonner les sécessionistes.
Lee, sur un ordre du président Jelfcrson Davis, porta-la guerre dans rinti'riour même des pays appartenant au Nord.
Son plan était de prendre Washington.
Pour cela il traverse la vallée de Shenandoali, passe le Polomac et se dirige sur la capitale.
Hooker comprit, comme l'avait fait Burnside, rpiaprès sa défaite il lui fallait remettre le commandement en d'autres mains.
Un jeune général, complètement inconnu, est investi, par ordre de Lincoln, de tout pouvoir sur l'armée qu'avait si mal conduite le Dataillew.
Le 2 juillet, une bataille est livrée qui doit décider du sort de la capitale dos Etats-Unis.
Les fédéraux s'emparent du village de (iettysburg. Bientôt ils sont repousses et poursuivis par les confédérés qui prennent un moment l'avantage pour le reperdre ensuite. Longstrcet, im des meilleurs généraux de l'armée du Sud, s'élance sur les Nordistes, les culbute, en fait un carnage effroyable ; mais il est obligé de s'arrêter ; le feu des batteries du général Mcadeest si terrible qu'il décime plus de la moitié des divisions du général séparatiste.
Lee, en voulant s'emparer du cimetière où se trouve l'artillerie ennemie, perd ses meilleurs soldats, et bientôt se voit obligé de battre en retraite.
11 passe le Potomac sans être inquiété par les fédéraux, et c'est le grand reproche que l'on fit au général Meade.
Ou l'accusa de n'avoir pas su profiter de sa victoire.
A cela il est facde de répondre.
Le gému-al ^leade pensait comme ses prédécesseurs.
Pour lui , la guerre eidreprise par les confédérés était préjiulicialile aux intérêts de tous. Si le Nord, puissant et riche, était dans un état de souffrance par suite dp ces batailles nmllipliécs, le Sud devait soulTrir bien davantage encore.
N'était-cp pEis la ruine des deux pays que ces armées qui, à peine sur pied, se trouvaient décimées ?
N'était-il pas horrible d'égorger des hommes auxquels on donnait le nom d'amis, de frères, (piatre ou cinf[ années auparavant?
Poursuivre une victoire, lorsque de sang-froid on voyait les pertes subies de part et d'autre, n'était-ce pas le conible de la cruauté?
Faiblesse! dira-t-ou. Eh bien soit, faiblesse, nous préférons ce mot à celui que l'on aurait pu appliquer si les généraux unionistes avaient agi différemment.
Pour nous, la raison humanitaire est là qui doit présidera tintes nos actions; pour ncms, nous pensons que , m^'^me après la victoire, il faut considérer
LINCOLN. Ht
chaque créature comme faisaut partie de ce graud toul auquel Dieu a défendu de toucher.
Le Nord attaqué i^ar le fer et le feu ne devait et ne pouvait répondre (pic par le feu et le fer. 11 se trouvait dans la néces.sité de manquer à la loi générale de Dieu, loi qui ne peut cependant exister lorsqu'il y a cas de légitime défense ; mais il devait le faire loyalement, noblement, c'est-à-dire en s'efforçanl de A'aincre Ips ennemis qui A'enaient l'attaquer, mais en ne profitant pas de sa victoire itniir écraser ensuite ces mêmes ennemis.
Du reste, ont-ils jamais manqué d'énergie, de courage, ces généraux que l'on accuse? Ont-ils jamais refusé une bataille? Ne se sont-ils pas toujours conduits honorablement sur le champ du combat ?
Courage, énergie, savoir, ils possédaient tout cela; mais leur plus beau titre à l'admiration des hommes, c'est leur magnanimité.
Ils n'étaient d'ailleurs que la représentation vivante de la pensée de Lincoln.
« Nous combattons contre nos frères, il faut les vaincre. Attaqués, nous sommes obligés de nous défendre; cependant notre affection pour ceux qui croient avoir à se plaindre de nous ne doit-pas diminuer. »
Grant avait été chargé par le Président du Nord de s'emparer de Wicksburg.
Malgré les difficultés que présentait cette opération, il voulut s'ouvrir un passage par la rivière Rouge.
Efforts inutiles !
11 veut faire traverser l'amiral Porter avec les canonnières, sous le feu des batteries ennemies.
Ce plan ne réussit pas.
Farragut arrive à son secours. Grant transporte alors son armée devant Port- Gibbon, qu'il enlève. 11 s'empare également de Jackson, livre et gagne une bataille .\ Champson-Hills, puis revient devant Wicksburg qui résiste.
Pimberton, cependant, se rend trois mois après avec trente mille hommes.
Devant Charleston, le général Gilmore pousse plus vivement que jamais l'état de siège.
Il oblige les conférérés à évacuer le fort Wagner.
On organise des batteries contre le fort Sumpter, qui bientùt est complètement démantelé.
Une sorte de combat singulier est engagé entre les navires cuirassés et les forts défendant Charleston. Malgré les prodiges d'habileté des fédéraux, la capitale du Sud continue à tenir bon, et les attaques réitérées des soldats de débarquement demeurent infructueuses.
Dans le Tennessee, Rosencranz, après la bataille de Murfresboro, marche vers le Sud. Il rencontre les armées de Bragg, de Longstreet et de Hood sur la petite rivière de Chickahominy.
Rozencranz, battu, est obligé de se réfugier sous les murs de Chaltanaoga.
Le général Thomas, qui commandait la ville, fit heureusement une défense si
o2 LINCOLN.
belle, qu'il sauva Rosencranz et qu'il obligea les confédérés à se retirer à quelques milles et à entreprendre un siège régulier. Ce siège durait depuis plusieurs jours lorsque Sherman et Hooker arrivèrent et battirent complètement les séparatistes sur les hauteurs de Missionary Rdige et de Lookoiit Motmtuwr.
Avant cette bataille, Longstreet avait cjuitté l'armée de Brag et s'élait dirigé vers Knox ville x^our chasser Burnside. 11 ne \)\\i y parvenir. La campagne de 1803 était terminée.
On ne doit compter sur une reprise 'vigoureuse qu'au printemps prochain. Cédant arma tocjœ. Au moment où les armées sont réduites au repos, le gouvernement de Washington , par la voix du président Lincoln, fait un nouvel appel à la concorde. 11 proclame l'amnistie pleine et entière pour tous ceux qui voudront rentrer dans l'Union. Cette proclamation est mal reçue dans le Sud, qui .se croit humilié en pensant qu'on lui accorde un pardon alors qu'il ne se bat que pour soutenir la cause de justice, qu'il croit être la sienne.
Des deux ccMés on se prépare à la lutte et on attend la belle saison. Les fédéraux poursuivent toujours le siège de Charleston, qui est bombardé par Gilmorele 24 et le 23 décembre, repris le 12 janvier, sans grand résultat.
La cavalerie fédérale remporte une victoire complète, le 27 décembre, sur la cavalerie confédérée à dix milles de Sevierville,et Maccoolc chasse les Sudistes de leurs positions, leur prend deux canons et fait 100 prisonniers. Les rebelles s'emparent de Scottseville dans le Kentucky, et de !\Iomphis sur le Mississipi, mais ce ne sont là que des avantages partiels qui n'amènent aucun résultat sérieux.
Dans le mois de février 1804, Lincoln ordonne une nouvelle levée de 200,000 hommes. Le Nord s'agite déjà pour les prochaines élections présidentielles et la convention du Maryland porte comme candidat à la présidence le citoyen Abraham Lincoln. Le général Mac Clellan (>st choisi i>ar les démocrates.
Au moment où va s'ouvrir la campagne de 1804, le gouvernement fédéral avait définitivement reconquis le Tennessee, le IMississipi, l'Arkansas, la Louisiane, une partie de la Caroline du Nord, de la Caroline du Sud, de la Géorgie, de la Floride.
Le Sud s'arme pour le combat, et son président, Jeiferson Davis, annonce par une proclamation énergique la prochaiue ouverture delà campagne. Jamais le président de la confédération sudiste n'avait montré tant de confiance : » Soldais, dit-il en s'adressant à l'armée, un succès assuré couronnera notre sainte hitlc pour la liberté , l'indépendance et tout ce qui rend la vie chère à des hommes honorables. »
Mais ces hommes honorables du Sud, que pensaient-ils de la lilierli' des nègres dont ils avaient fait un bétail humain, pour lesquels ils avaient en \irginie des haras fournissant d'esclaves toute l'Amérique du Sud ? JetTerson Davis et ses concitoyens comprcuaient à leur manière la lilierté et l'indépendance des autres ipiand ils faisaient fouetter jusqu'au sang l'esclave paresseux ou rebelle, lorsqu'ils lui passaient au cou le collier de force à trois branches qui garantissait le
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maître conlre le marronnage, et était destiné à empêcher le nègre de courir les bois.
Etrange amour de la liberté et de l'indépendance que celui qui consiste à ravir aux autres celle-ci et celle-là.
L'humanité aurait à rougir si une pareille cause, parce qu elle se pare des mots de liberté et d'indépendance, en venait un jour à triompher.
Si les Sudistes sont assurés du succès, les fédéraux vont essayer de l'amener dans leur canq).
Meade prélude à la campagne du printemps et passe le Rapidau le 27 février. 11 se dirige sur Richmond où va arriver également le général Kilpatrick, dont la mission est de couper le chemin de fer et les communications télégraphiques, vpii relient la capitale confédérée au sud. Meade tourne l'armée de Lee et pousse sa cavalerie juscpie sous les murs de Richmond. Les habitants sont épouvantés de tant d'audace et ne se rassurent qu'en voyant arriver de puissants renforts qui les débarrassent des attacpies du général nordiste.
Le gouvernement de Washington a résolu d'en Unir avec la rébellion , de frapper de grands coups et pour cela de choisir une main vigoureuse dans laquelle seraient concentrées toutes les forces fédérales. Lincoln appelle au commandement suprême de l'armée le major général Grant, qu'il nomme lieutenant général et dont la nomination est confirmée par le Sénat. Le haut grade de lieutenant général avait été créé exceptionnellement pour le général Scott.
Le nouveau généralissime, Ulysse Grant, a aujourd'hui quarante-trois ans. 11 est né le 27 avril 1822, à Point-Pleasant, dans l'Ohio. En 1839, il entrait à l'école militaire de W'est-Point, d'où il sortait second lieutenant du 4° régiment d'infanterie. Dans la campagne du Mexicpie, il gagna sur le champ de bataille ses épaulettes de lieutenant et de capitaine. Mais une fois la guerre finie, il se trouva que l'existence de garnison ne lui plut guère, et, comme beaucoup d'autres aux Etats-Unis, il rentra dans la vie ci\ile pour se faire fermier dans l'Illinois et directeur d'une corroierie. Lorsque la guerre éclata, il offrit son épée à la République et fut nommé colonel du 24° régiment des volontaires de l'Illinois. Après la prise du fort Donelson, le Président lui confia le grade de major général. En le choisissant aujourd'hui comme lieutenant général, Lincoln n'a fait que donner raison à la grande popularité dont Grant jouit dans tous les Etats du Nord. Le Président ordonne une nouvelle levée de 2()0,0(}0 hommes. 11 fallait agir promptement et puissamment. Grant prend en main l'armée du Potomac et fait confier le commandement des armées du fennessec, de l'Ohio et de l'Arkansas au terrible marcheur, le général Sherman. 11 se rend à son quartier général vers le miheu de mars, s'occupe de la réorganisation de ses troupes et donne ses instructions aux généraux placés sous ses ordres -
De leur côté, les confédérés ne restent pas inactifs. Lee fait construire d'imposantes fortifications aux abords de Richmond et sur le chemin de fer. Ces
'à\ LINCOLN.
fortifications traversent le fleuve Uapidan à 80 milles de la capitale. Lee occupe ses anciennes lignes du Mississipi sur les rivières Bihlok et Yazoo.
Richmoud est menacé. Grant marche en suivant le cours du Rapidau; Smith. par la péninsule, Burnside par la Caroline du Nord.
Le général confédéré Forrest prend d'assaut le fort PiUuw, sur Je Mississipi, et fait tuer la garnison, qui se composait de 000 hommes, dont 300 et plus étaient des noirs. 11 fait égorger même les malades dans leurs lits et brider les ambulances.
Le soir du 4 mai, la grande armée fédérale avait pa.ssé le Rapidan sur des ponts de bateaux. Le jeudi .^i , les deux armées sont en présence. A six heures du matin les éclaireurs apprennent aux fédéraux que les troupes de Lee s'avancent en masse. Grant et Mcade font couronner les hauteurs qui dominent les deux, routes suivies parj'ennemi. Les rebelles étaient fortifiés et retranchés sur une coUine boisée. 11 était une heure de l'après-midi et l'action était engagée au centre. [Jn feu terrible de mousqueterie et d'artillerie fil rage pendant plus d'une heure. Les confédérés se retirèrent pour opérer un mouvement de conversion qui allait leur permettre de se placer entre Hancock ({ui arrivait pour faire sa jonction avec Grant. La division fédérale, sous le commandement de Getty, partit au pas de course pour déjouer cfltc tentative. L'armée unioniste put se former en bataille et la lutte dura jusqu'à la nuit.
Le lendemain le combat recommence avec un acharnement dont on n'a pas encore vu d'exemple. Le brigadier général \\'adsworth est tué d'une lialle qui l'atteint au front. Le général Weh est blessé. Les rebelles sont repoussés sur tous les pohits et laissent le général Jones tué sur le champ de bataille. Seymour et Shalcr sont prisonniers. Le combat du samedi s'est borné à un simple engagement de cavalerie qui eut lieu à Todd's Tavern. Les deux armées se retrouvaient en présence, les séparatistes courant sur les hauteurs de Spottsylvaifia, les unionistes cam[)és à deux milles et demi de cette place. Le dimanche matin, la lutte recommence avec mie ardeur qui se soutient jusqu'à midi, quoique les deux armées soient également épuisées. Un duel d'artillerie signala cette journée, qui se termina par une forte reconnaissance de cavalerie exécutée à 7 heures du soir. Le lundi matin, le major général SedAvick est tué dans les rangs des fédéraux. Le 9, les deux armées se reposent pour reprendre la lutte le lendemain. EUe s'engage sur toute la ligne. Burnside lance toutes ses troupes, enfonce les lignes des rebelles, leur prend trois brigades entières et quatre pièces d'artillerie. A la fm de la journée, Burnside occupait les retranchements derrière lesquels s'étaient abritées au commencement les troupes de Longslreel. Le combat le plus terrible et le plus décisif de la bataille de II ildcmcss, comme on l'a appelée, fut celui du jeudi 12 mai.
A quatre heures et demie du matin, Hancock a attaqué l't'imemi en face de lui, a fait jouer sou artillerie, puis e.véoulé une charge iirésibtible au cœur de
LLNCOLN. 53
la position. Jolinson, un des meilleurs généraux sudistes, est un moment fait prisonnier, avec la plus grande partie de la brigade Stonewall.
A six heures et demie du soir, Grant annonçait lui-même les résultats à Washington, par cette dépèche : « Le huitième jour de la bataille se termine laissant « entre nos mains trois à quatre mille prisonniers, dont deux officiers d'artillerie « et plus de trente canons.
« L'ennemi est obstiné, et semble avoir trouvé son dernier retranchement.
« Nous n'avons pas perdu de corps, pas même ime compagnie, taiulis que a nous avons détruit et pris une division, une brigade et un régiment ennemis.
a U. Grant. »
Apres ces grandes journées de la bataille de Wilderness, Grant et Lee l'ont assaut de tactique militaire pour se surprendre l'un l'autre ; mais tout se borne à des reconnaissances, et aucime action sérieuse n'est engagée.
Les nouvelles du sud-ouest sont favorables aux fédéraux. Le général Jolinstun bat en retraite devant Sherman
Le 2,3 mai, Grant annonce (|ue Lee a abamhmné la ligne du ÎNnrIh-Auna cl opère sa retraite sur Richmond.
Le bombardement de Charleston est repris le 22. Un monitor fédéral vient mouiller en rade, et tout annonce dans les mouvements de la ilotte unioniste, que des opérations importantes se préparent. Grant se rapproche de plus en plus de Richmond et refoule les confédérés vers les fortifications de la ville.
Rutiler, qui se trouve à Rermuda-IIundred, parvient, le I" juin, à cullniter les confédérés, qui essayaient de toimier sa gauche.
A ce moment, les efforts militaires, faits par les fédéraux pour écraser la rébellion, se traduisent en une dépense de 2 millions de dollars, soit près de 1 1 millions de francs par jour.
Le 19 juin, un dimanche, les Américains livraient un combat naxal en rade du Cherbourg. A onze heures, 30 minutes, ÏAlabaina, navire confédéré, armé de 10 à 12 canons de fort calibre, et commandé par le capitaine Semmes, était sorti de rade. A miLU et 10 minutes, le Kearseaffe, corvette des Etats-Unis, qui portait 13 canons et 165 hommes d'équipage, et que commandait le capitaineWinslow, s'est dirigé inmiédiatement sur le navire sudiste et a commencé à le canonner. Le duel maritime a duré une heure. A la suite de ce duel, ÏAlabama avait reçu plusieurs boulets qui le coulaient à cinq milles de la côte.
Grant livre un nouveau combat le 3 juin, et parvient à tourner le flanc de l'ennemi et à s'établir dans une partie de ses lignes avancées. Cet engagement n'a eu d'autre résultat que d'affaiblir les séparatistes.
Le 7 juin, la Convention nationale unioniste, réunie c"i Raltiniore, adopte par acclamation la candidature de M. limoln pour la présidence , et celle de M. Andrew Johnson pour la vice-présidence des Ktal:,-Uni;,. Baidmore est la
o6 LLNCOLN.
capitale de cet Etat de Marylaud, qui votera en octobre sur l'adoptiou ou le rejet de la nouvelle constitutiou qui abolit l'esclavage.
C'est dans le Maryland que le gouverneur de l'Etat a pu pLdjlier la nouvelle loi fondamentale, et la mettre en vigueur à partir du 1" novembre 1864, cette loi dont l'article unique se résume en cette phrase :
« A partir de ce jour, l" novembre, il nij a plm d'esclaves dans le Maryland. »
Le sénat adopte, dans sa séance du 23 juin, un bill de la chambre, ayant pour but d'abroger les lois de 1793 et de 1850, sur l'extradition des esclaves, loi qui était un sujet déboute pour l'Union, quoique, depuis l'avénemeut de Lincoln, elle n'eût que peu de valeur et pas d'application.
Nous ne pouvons passer sous silence les conférences qui eurent lieu à cette époque en vue du rétablissement de la paix en Amérique.
Des hommes influents appartenant au Sud, .M>L Clay, Thompson, Molcomb et Sanders, se réunirent, à Cliffton-Ilouse, à plusieurs membres du parti démocrate, ayant à leur tète M. Horace Greeley.
Les représentants des deux partis n'avaient, disent les uns, que des titres semiofficiels, ils n'agissaient, disent les autres, qu'à titre officieux.
La réponse de Lincoln aux propositions des confédérés posa comme bases essentielles : le rétablissement de l'Union et l'aliandon complet de l'esclavage. Le Sud ne devait jamais céder sur ce dernier point. Les conférences pacifiques n'aboutirent pas.
Les armées fédérales reprennent vigoureusement l'olfcnsive. Sherman,qui est toujours eu Géorgie, parvient à eirfermer Johnston dans les fortifications d'At- Janta. Johnston, accusé d'incapacité, est remplacé par le général Ilood, qui se trouve à la tète de 60,000 hommes, et inaugure son commandement par une défaite cp^ie lui fait subir Sherman. Ce succès, obtenu le 21 juillet, amène les fédéraux sous les murs d'Atlanta, centre des opérations dans les Etats cotonniers.
Grant n'attendait qu'une chose pour commencer le siège de Petersl)urg, c'est que Sherman se fût solidement étabi à Atlanta. De ce point, son lieutenant, en cas d'une victoire, pouvait couper la retraite aux confédérés vaincus.
Lincoln lance un nouvel appel de cinquante mille hommes, « afin de recruter et de maintenir la force des armées en campagne, pour les garnisons et les [opérations militaires qui peuvent être requises dans le but de supprimer la rébellion, et de rétablir l'autorité du gouvernement des Etats-Unis dans les Etals insurgés. »
Le 30 juillet au nuitin, Grant attaque les tortitications de Petersburg, avec 94 gros canons et 15 mortiers. A quatre heures du matin, une mine fait sauter un fort, qui ensevelit sous ses décombres tout un régiment de la Caroline du Sud. L'attaque a commencé une heure api'ès, et Burnside s'est emparé des ruines du fort et des retranchements de chaque côté. Le combat a été des plus acharnés, et les confédérés ont laissé 5,000 hommes sur le champ de bataille.
Pour aider puissamment le plan combiné par Grant. le gouvcrnemeut de \\'as-
1 1^ wmifiik wmiiMitifim
liington vient d'organiser un département militaire, comprenant le nord de la Virginie, le Maryland, le sud de la Pensylvanie et le district de la Colombie. Le général Hooker est nommé commandant en chef de ce département et chargé d'attaquer Riclmiond du côté du nord.
Le vieil amiral Farragut entre, avec la flotte fédérale, dans la Laie de Mobile, dont il poursuit le siège. Sherman est toujours devant Atlanta. 11 a réussi , le 13 août, à s'emparer de la ligne des fossés à tirailleurs, et s'y est maintenu. 11 finit par s'en emparer.
Atlanta était le cœur de la confédération du Sud; il reste encore à prendre la tète, Hichmond.
A Petërslnirg, les confédérés attaquent ^\'arren, qu'ils ne parviennent pas à déloger après trois jours de combats, mais auquel ils font perdre 3,000 lif»innies. Grant leur fait chèrement payer ce succès passager. Dans plusieurs engagements, livrés sur la route de Weldon, il leur met 10,000 hommes hors de combat.
Le président Lincoln ordonne un jour de prières et d'actions de grâce pour remercier Dieu dcïJ succès obtenus à Atlanta et devant Mobile.
Le Nord, à l'heure qu'il est, a reconquis plus des deux tiers des Lfats rebelles ; il a repris le cours du Mississipi et maintenu un grand blocus effectif. H vient d'occuper Atlanta, au cœur de la Géorgie, l'Etat le plus puissant du Sud; il a réussi à isoler complètement Richmond; sa Hotte tient la ville de Molùle sous ses canons, et s'est rendue maîtresse de la baie. Lucore un effort, et le Sud sera vaincu.
Le 19 septembre, Sheritlaii livre bataille au général Early, dans la vallée de Shenandoah, sur lesl)nrds de l'Opoquau, près de Winchester. Le général confédéré Early commandait 27,000 hommes; les forces de Sheridan s'élevaient à, 30,000 hommes. L'action a duré depuis le matin jusqu'à cinq heures du soir. Les séparatistes sont complètement défaits, perdent 3 canons, lo drapeau.v, et laissent 2, .500 prisonniers entre les mains des fédéraux.
Des renforts arrivent de tous côtés à Grant , qui se dispose à en finir avec la rébellion en Géorgie. La ville de Petersburg est soumise à un Itombardenient continu. Le 30septem])re, les fédéraux emportent les deux premières lignes de défense de la place. Birney, qui a traversé la rivière .lames, s'avance sur Richmond, dont il approche juscpi'à une distance de deux milles.
Le 27 octobre, Grant fait une reconnaissance générale. L'impatience du Nord voudrait le voir agir plus activement, mais son plan est résolu, il ne cédera pas aux gens pressés. Réduire Richmond par la disette est un procédé beaucoup plus rationnel que de risquer une attaque contre des troupes supérieurement retranchées. D'ailleurs ses lieutenants font de la besogne pour lui.
Sur mer les confédérés éprouvent un échec. Leur dernier navire est caiiiiné dans le port de Bahia , ce f[ui amène un échange de notes diplomatiques entre le gouvernement des Etats-Unis et le gouvernement brésilien , qui toujours avait été favorable à la cause du Sud.
La Florida clait dans le port pour se réparer ; dans ce même port se trouvait la corvette fédérale le Wachussctt. Dans la nuit du 6 au 7 octobre on s'aperçut, à bord du navire séparatiste, que le bâtiment ennemi fdait ses amarres. On appela les hommes, qui se mirent à leur poste, et au même instant la Florida fut entourée de chaloupes. Bientùt le ^\achiissctt arriva et se jeta sur la poupe du navire confédéré, qui eut un mât brisé par une décharge à mitraille, puis les gens du l)àtiment fédéral se précipitèrent sur le pont et s'emparèrent, après un rude combat h. l'arme blanche , de la corvette séparatiste.
Un canot appartenant à la division navale brésilienne fut envoyé pour prévenir le Wacimssctt que, s'il ne cessait pas son attaque, on allait le couler.
Le na\'ire fédéral passa une amarre à la Florida et disparut avec sa prise.
Les débats diplomatiques durèrent longtemps. Le Brésil demandait une réparaliun au gouvernement des Etats-Unis. De son cùté, ce gouvernement se plaignait amèrement de la conduite tenue par la flotte neutre. Il avait en cela parfaitement raison, car lorsque le Waclmssett se retira du port de Bahia, il eut à essuyer huit décharges , qui portèrent toutes et qui lui firent subir de gi^osses avaries. Enfin , après des discussions très-longues , satisfaction fut donnée de part et d'autre.
A cette époque, ce qui préoccupait surtout les esprits était la réélection d'un nouveau président des Etats-Unis.
Plusieurs candidats se présentaient, mais le concurrent sérieux de Lincoln était Mac Clellan.
Une majorité de 400,00(J voix en faveur d'Abraham Lincoln , tel fut le résultat de l'élection.
Le Kentucky, le New-Jersey et le Delaware votèrent pour le général Clellan, mais n'ayant en tout que 2,00(>,000 d'habitants, ils ne pouvaient faire triompher leur candidat qui , du reste, n'avait aucun antécédent politique et représentait, dans le Nord, l'aristocratie ou l'esclavagisme.
Lincoln, au contraire, représentait le parti vraiment et justement républicain. Homme du peuple lui-même , ayant souffert et travaillé comme le plus humble des sujeis des Etats de l'Union , ne s'étant élevé à cette haute position de chef de plusieurs millions d'hommes que par le courage et la persévérance, il comprenait et partageait les besoins de ceux qui se confiaient à lui.
Sa réélection était significative , et pouvait se résumer en ces quelques mots : Triomphe de la liberté sur l'esclavage.
Un important avantage est remporté à Plymouth par les fédéraux. Après quelques jours de combats et d'escarmouches, ils s'emparent de cette place qui, cependant, était défendue par le bélier Albermale. Notons une tentative audacieuse et heureuse du lieutenant Cushing , qui n'hésita pas à remonter le Roanoke au milieu de la nuit, accompagné seulement île douze hommes, à s'avancer auprès de ÏAl/jcrmalc, au milieu d'une grêle de balles, et à plonger une torpille bous le béher.
Cette énergique manœuvre procura aux fédéraux l'entrée de Plymouth.
Le gouvernement des Etats-Unis reçut, le 22 novembre, une dépêche lui annonçant que le général Sherman avait divisé son armée en deux parties. L'une marchait sur Maçon, l'autre sur Augusta. Elles devaient se rejoindre à Milledgeville et de là se porter sur Charleston.
Les confédérés voulaient depuis longtemps s'emparer de New-York, ma:is ils ne pouvaient songer à attaquer ouvertement cette ville ; aussi eurent-ils recours à l'incendie. Dans la nuit du 25 au 26 novembre, plusieurs grands établissements, situés sur dilférents points de la ville, prirent subitement feu. Les secours arrivèrent si promptement et furent si intelligemment distribués, que la tentative des sudistes resta infructueuse.
Les confédérés éprouvèrent à la fin de l'année un échec devant Nashville qu'ils assiégeaient, et qui était défendue par le brave et intrépide général Thomas.
Voici la dépèche qui fut expédiée par le général unioniste à son gouvernement :
Nashvilk', 13 décembre, t) heures du soir.
« J'ai attaqué l'ennemi ce matin, et je lui repoussé jusqu'à la route de F'ranklin, aune distance d'environ huit milles.
« Nous avons capturé le quartier général et les A\"agons de Chalmer , vingt wagons, de quinze cents à deux mille prisonniers, et seize pièces de canon.
« Nos troupes se sont bravement comportées et ont enlevé à la baïonnette les retranchements des rebelles.
«J'attaquerai de nouveau l'ennemi demain, s'il est disposé à s'arrêter et à livrer bataille ; et s'il bat en retraite pendant la nuit , je le poursuivrai, tout eu envoyant un corps de cavalerie sur ses derrières, afin de détruire, s'il est possible, ses convois d'approvisionnement.
« Georges H. Thojias , major (jénenil. ><
Le lendemain, nouvelle bataille également heureuse pour les fédéraux , ainj-j que le constate une seconde dépêche du général Thomas :
Niibliville, 16 dt'oeuilire, 6 heures du soir.
«Une bataille terrible a été renouvelée aujourd'hui. Hood se retire, mis en déroute. Nos forces le poursuivent vigoureusement. Nous avons capturé quarante caissons et nous continuons à faire de nombreux prisonniers.
« Georges H. Thomas, m
l'RlSE DE SAVANNAII. — BOMBARDEMENT DE WU.MINGTON. — BATAILLE DE NASIlVU.Li:. — ABOLITION DE l'eSCLAVAGE DAiNS LES ÉTATS-VMS.
Sherman, qui s'était emparé du fort Me. AUister, sur la rivière Ogeechee,- an confluent des deux rivières Albany et Savannah , assiège vigoureusement la Aille de ce nom et s'empare de cette place dans la matinée du 21 décembre. 11 détruit
(lu coton pour 40 millions de dollars, capture 1,000 nègres et fait 4,000 prisonniers; la prise de la ville lui livre en plus 40 canons. Le lendemain, Slierman victorieux écrit cette dépèche au président Lincoln :
Savannah, 22 décembre.
« Permettez-moi de vous offrir, comme présent de Noël, la ville de Savannah, avec cent cinquante pièces de grosse artillerie, une grande quantité de munitions et environ vingt-cinq mille Ijalles de coton.
" W -T. Sherjian , major qénéral. »
Les rebelles avaient fait sauter les béliers cuirassés qui se trouvaient dans le port et brûlé l'arsenal. Savannah était la métropole commerciale de la Géorgie , et l'une des plus importantes villes du Sud sur FAllanticpie.
Il ne reste plus aux confédérés, comme port d'approvisionnement, que la ville de Wilmiugton, dans la Caroline du Nord. L'amiral Porter et le général Buttlcr vont se charger de la prendre. Us commencent le bombardement, le maintiennent irrésistible pendant cinquante-quatre heures, le 24 janvier et jours suivants. Les confédérés la croyaient imprenable, mais leur général Hode sera obligé de la rendre atix fédéraux.
Pendant que Sherman ajoute à sa gloire le méiàte de la prise de Savannah , Thomas, son lieutenant, livre à Ilood la bataille de Nash ville, qui dure deux jours. Le premier jour, les unionistes ont attaqué les rebelles et ont enfoncé leur aile gauche, en leur prenant deux convois, seize canons et un millier de prisonniers. Le second jour, le succès, plus décisif, a amené la capture de 4,000 prisonniers et de 24 canons. La déroute de Ilood est complète. Sherman ., victorieux à Atlanta, à Savannah, marche sur Branchville pour arriver de là à Charieston. Les^ilaces fortes des confédérés doivent tomber les unes après les autres.
Le 30 janvier 1863, la chambre des représentants, à Washington, sur la proposition du Président de la république des Etats-Unis, décrète, par 119 voix contre 56, la plus grande mesure législative du siècle. En un article unique , elle proclame l'abolition de l'esclavage. « Ni l'esclavage , ni la servitude involontaire, « excepté pour la punition d'un crime dont une personne aura été légalement « convaincue, n'existeront dans les Etats-Unis ni dans aucun lieu soumis à leur «gouvernement.
« Le Congrès aura pouvoir de faire faire des lois nécessaires à l'application de « cet article. »
Lorsque le speakev, président de la Chambre , proclama le résultat du vote , l'enthousiasme des représentants et du pidjlic se manifesta par des applaudissements si frénétiques, qiie toute tentative pour rétablir l'ordre fut inutile. La séance fut levée. L'assemblée n'avait pas perdu sa journée, elle venait d'affranchir un monde.
<i2 LINCOLN.
La tbrliine de tous côti's se prononçait en faveur de la cause nordisie. Charleston tenait encore et Riclimond ('tait défendu par Lee, le meilleur général confédéré. Mais Shermon allait assiéger la première ville et Grant bloquait la capitale sudiste.
C'est ce moment que Lincoln, aholitioniste par principe, mais priuleut politique par raison, avait clioisi pour proclamer Tabolilion de l'esclavage. Il avait temporisé jusqu'à présent, avait marché à son but peu à peu et i)ac décrets de plus en plus émancipateurs, mais il n'avait pas encore trouvé l'occasion qui devait faire éclater le plus grand acte de sa politique et de sou passage aux affaires.
Lincoln, ne pouvant oublier ni son serment, ni la Constitution fédérale, devait nécessairement tenir compte des résistances que rencontreraient au sein des Etats restés fidèles ses plans anti-esclavagistes.
A cause de cette marche lentement progressive dans l'application de ses idées, Lincoln ne saurait être accusé de timidité ni d'indifférence. II s'est montré prudent comme doit l'être un chef d'Etat, qui n'agit pas avec la liberté d'allurt'S que peut se permettre un philosophe dans son cabinet. Il a commencé par abolir l'esclavage dans la capitale de la Colombie; il a proclamé la liberté des esclaves fugitits, posé le principe de l'émancipation avec indemnité pour tous les Etals fidèles, décrété la peine de mort pour tout capitaine négrier. Il a relevé la race nègre en étaldissant des relations diplomatiques avec les répuliliques noires de Libéria et d'Haïti. Il a enfin décrété l'armement des nègres libres. Quelque abolitioniste que l'on soit, on ne peut pas demander à un chef d'Etat plus de fermeté, plus d'activité dans la résolution. Les scrupules, nés dans la conscience de Liucoln en face de son serment et de la Constitution qui reconnaît implicitement l'esclavage, ne font que plus d'honneur à l'iutnnèteté de son caractère.
Les nécessités de la guerre posaient la (juestiou d'émancipati(wi, et chaque jour les événements et surfout la résistam e (distiuée du Sud lui laisaienl l'aire un pas de plus vers sa solution.
11 était réservé à l'éuiergie d'un cararlère peu ordinaire d'assigner l'hem-e de cette solution.
Lincoln avait trouvé dans sa conscience d'honnête homme le courage de marquer un terme à la scandaleuse institution de l'esclavage, plaie hideuse qui gangrenait le fianc de la jeune Union américaine et qu'il fallait encore cautériser avec le fer rouge des boulets et la mitraille.
Les confédérés, surmenés par la victoire qui s'attachait aux pas des armées du Nord, songèrent plus cpie jamais h reprendre les négociations. Une entrevue eut lieu dans la rade de Ilampfon. Lincoln y assista et posa les propositions suivantes :
1° liétablissement de l'autorité nalidiiale sur tous les Etats;
2° Maintien de la position prise par le Président des Etats-Unis sur la question de l'esclavage dans son dernier message annuel au Congrès.
LKNCOLN. m
',\° Pas de cessation triiostilitL'S jusqu'à ce que les forces oppos('es au îjoiiverncment se soient débandées.
Les commissaires du Sud, 3!M. Slephens, limiter et tampliell demandaient la cessation des hostilités. Lincoln ne pouvait y consentir au moment oii le succès était prêt à couronner l'œuvre de la restauration de l'Union. La conférence du fort Monroë , dans la rade de Ilampton , n'aboutit pas mieux que les précédentes tentatives de pacification. Elle fut close dans les premiers jours de février.
La guerre recommence. L'armée du Folomac est avancée au sud-ouest de Petersburg, sur une petite ri\irre nommée Natcher's run. Après un combat assez vif, elle gagne quatre ou cinq milles de terrain qui la rapprochent de Richmond.
Sherman, dans la Caroline du Sud, occupe BranchevUle, place importante située sur le chemin de fer de Charleston àAugusta. Il veut contraindre les Sudistes à abandonner la métropole carolinienne.
Le 17 février, le général grand marcheur prend possession de Columbia, après un bombardement qui force Beauregard à évacuer la ville. La prise de Columbia nécessite, pour les confédérés, l'abandon de Charleston. Sherman y fait son entrée, le 21 février, au milieu des plus grandes manifestations de joie de la part de la population nègre.
Le général Gilmore annonce la prise de Charleston par cette dépèclie :
« Au major général Hallcck ,
« Général, la ville do Charleston et toutes ses défenses sont tombées en noire « pouvoir, le 18 février au matin, avec environ 200 pièces de bonne artillerie et « un approvisionnement considérable de mimitions.
« L'ennemi a commencé à évacuer les fortifications de la place le 17, au soir, « et le major Macbeth a rendu la ville au général Schimmelfenning le 18, au « matin, à 9 heures. Elle a été aussitôt occupée par nos forces. Notre mouvement « offensif de BuU's Bay, sur TEdiste , a déterminé les confédérés à la retraite.
«Les entrepôts de coton, les arsenaux, les f»onts de chemin de fer et deux « na\'ires cuirassés ont été incendiés par l'ennemi. Quelques bâtiments en con- « struction dans les chantiers maritimes ont également été détruits.
« Presque tous les habitants qui sont restés dans la ville appartiennent à la « classe la plus pauvre.
« A. Gilmore. »
A'oil.à donc la ville célèbre qui a eu le triste honneur de donner au Sud l'exemple de la rébellion, la ville qui a tiré le premier coup de canon de la guerre civile, la place qui a soutenu le plus long siège de la guerre, voilà donc Charleston qui se livre sans conditions au vainqueur.
Sherman se remet en marche. II est chargé par Grani d'empêcher la jonction de Lee avec les troupes esclavagistes du Sud-Ouest et de mettre le général confédéré entre son armée et celle de Grant, pour l'attaquer de deux côtés à la fols.
Les forces du Sud sont en mouvement. Hood et Ilardee cherchent cV'rejoindre Johnston, qui se trouve à la tète de 90,000 hommes formant tout TefTectif de la CaroHne du Sud, de la Géorgie et de la Floride.
^ Il Î! i'--lyui'tiij,!:;r î
l'uniiion infli<;i5e aux liches dans l'nriniJo f -il/Talo.
Johnston manœuvre pour arrêter Shermau qui s'avance vers le littoral. 11 attaque les fédéraux à Salisburg-Plain. Shermau te hat et lo foi'ce à repasser la rivière Taslcin.
Sur uu autie point, dans la vallée de Sheiiadoah, Sliendau surprend le séuéral rebelle Early dans Charlotte^^lle. et le fait prisonnier avec 1 ,800 hommes. Charlotteville, située sur le chemin de fer de la Virginie centrale, qui relie Hichmond à Lynchburs:, était un des i)lus grands arsenaux de l'armée sudiste.
L'amiral Dahlgren, en s'emparant de Georgetown, dernier refuge des coureurs de blocus, liait d'enlever à la confédération esclavagiste le seul point d'approvisionnement qui lui restait sur r.4tlantique.
Les Sudistes remportent quelques avantages insignifiants. Lee occupe le chemin de fer de Chattanoaga à Knoxville et enlève les garnisons fédérales d'Athènes et de Sweetwater.
Le but de Grant, qui se prépare à agir, est d'isoler Richmond des Etats du Sud, de couper toutes les communications qui peuvent l'appi^ovisiomier de troupes, de munitions, de vivres.
Par son ordre, Sheridan détruit tous les ponts sur la rivière entre Lynchburg et Richmond, ainsi que tous les ponts du chemin de fer de Hanton à Charlotteville.
Sherman, de son côté, pousse une nouvelle pointe dans la Caroline du Nord, occupe Fayetieville et Goldsboro sur la rivière INeuse. Les confédérés sont forcés d'évacuer toutes les villes qui formaient a ers le Sud les postes avancés de la capitale esclavagiste.
Lee, qui avait concentré dans la Caroline du Nord toutes les troupes dont il pouvait disposer en dehors de la Virginie, bat aujourd'hui en retraite devant Sherman et se concentre sous les murs de Richmond isolé.
RÉINSTALLATION DE LINCOLN A LA PRÉSIDENCE DES ÉTATS-UNIS. NOMINATION DE M. BIGELOW A l'ambassade DE PARIS. BATAILLE DE PETERSBURG. PUISE DE RICHMOND.
Le 4 mars 18H.5, Abraham Lincoln a prêté une seconde fois, en qualité de Président des Etats-Unis, le serment exigé par la loi fondamentale. La cérémonie a été la même que celle ([ue nous avons décrite le jour de sa première installation. Le trait saillant du discours prononcé par Lincoln fait ressortir cette déclaration, que, au nom d'une loi supérieure à la constitution devant l'autorité de laquelle il s'inclinait en 1861, au nom de l'humanité, il proclame aujourd'hui ce qu'il a déclaré au commencement de l'année, l'abolition de l'esclavage sur le sol de la République américaine.
Lincoln, le fils des pionniers quakers, l'homme aux sentiments religieux et profondément honnêtes, terminait ainsi son discours : « Sans maheillance « envers personne, avec charité pour tous et avec fermeté dans le droit autant « que Dieu nous permet de voir juste, finissons l'œuvre dans laquelle nous sommes « engagés pour panser ensuite les blessures de la nation, prendre soin de celui qui « aura affronté les batailles, de sa veuve et de ses orphelins, et faisons tout ce « qui est en notre pouvoir pour atteindre une paix juste et durable parmi nous- « avec toutes les nations. »
LIN.CQLN. 07
Ua des pjemiei's actes de la nouvelle présidence de Lincoln iiit d'élever au poste d'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire des Etats-Unis à Paris. M. John Bigelow qui, depuis la mort de M. Dayton, arrivée en décembre l.SU'i , remplissait œs fonctions tout n'étant que consul. M. John Bigelow est ni- à Malden dans l'Etat de New- York, le 23 novembre 1S17. D'abord avocat, puis journaliste, il fonda le journal le l'kbeian, et collabora à la Democralic Revien' . V Evening-Post de New- York, dont il était un des principaux actionnaires, est devenu entre ses mains l'organe du parti républicain. En 1860, il contriljua de toute sa publicité à l'élection de M. Lincoln. Depuis 1861, épo(ine à laquelle M. Bigelow*est arrivé en France en qualité de consul, le diplomate écrivain a publié en français Les Etats-Unis en 1863.
Le cinquième acte de ce drame guerrier qui, depuis quatre ans désole l'Américjue, va se jouer sous les murs de Richmond, le dernier boulevard de l'esclavagisme.
Une indicible panique règne dans la capitale du Sud. Les sénateurs et les représentants du Congrès rebelle abandonnent déjà leurs postes. Les journaux se lamentent et pleurent sur les rumes de la Confédération.
Le Congrès de Richmond lui-même est découragé. 11 accorde à M. Jefferson Davis une quasi-dictature. 11 fait un appel au patriotisme des citoyens qui peuvent aider le trésor épuisé de la confédération, et termine enfin une session qui ne laissera derrière elle que le souvenir de sa stérilité.
Le moment est venu. Grant, qui a employé tout son temps à se fortifier et à affaiblir son ennemi, va terminer la grande lutte en faisant tomber Richmond.
La bataille commence le samedi iij mars.
Lexirésident Lincoln se trouvait depuis dix jours à City-Point, sur la rivière James, dans le voisinage du théâtre des opérations. On avait d'abord parlé de négociations. Le New- York Herald affirmait que Lee avait demandé une entrevue à Grant, que la paix était décidée, et que le Président ne retournerait pas à Washington sans l'avoir signée. On ajoutait que M. Jefferson Davis avait offert à Lincoln de renoncer à toutes ses prétentions pourvu que l'on garantît à lui et aux autres jcliefs sudistes les droits dejcitijyens. Lincoln aurait répondu qu'il ne pouvait accéder à une telle demande, attendu qu'une loi du Congrès avait déclaré les^ diefej'ebelles déchus de^ tous leurs droits , et que, d'autre part, s'il avait le plus grand désir de faire la paix , il voulait avant tout qu'elle fût solide et à l'abri de toute contestation.
Au lieu de convoquer une conférence de paix, Lincoln réunit donc un conseil de guerre, auquel ont assisté, sous sa présidence, les généraux Grant, Sherman , Meade, Ord et Shéridan.
A la suite de cette réunion, Sherman est retourné, fort à regret sans doute , auprès de ses troupes, dans la Caroline du Nord, et Grant a ébranlé toutes ses forces, c'est-à-dire l'armée du Potomac , commandée par le général Meade;
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l'armée du James commandée par le général Ord et l'armée de la Shenanduah placée sous les ordres de Sheridan. Ce mouvement, commencé le 20 mars, menaçait à la fois Petersbiu'g et Richmond; mais l'objet immédiat du général en chef était d'atteindre et de détruire le chemin de fer de Sonthside , cjui servait à l'approvisionnement des deux villes assiégées.
Les troupes de Grant se sont mises en marche le 29 au matin ; elles avaient été massées depuis la ^ eille sur les routes de Vaughn et d'Halifax , au sud-ouest d'Hatcher's Run et se composaient du 2% 5% G° et 10° corps d'armée. A trois heures du matin, elles quittaient leurs bivouacs et se portaient en avant. Leur tlanc gauche était protégé par cinq divisions do cavalerie qui, sous les ordres de Sheridan, s'étaient dirigées pendant la nuit vers Dinwiddie Court Ilouse, à sept milles du Hatcher's Run et entre ce cours d'eau et le chemin de fer de Lynchburg. L'infanterie de Grant ne rencontra pas d'opposition, avant son arrivée sur la route de Boyltown , qui coupe celles de Vaughn et d'Halifax et où elle captura les avant-postes confédérés.
La division Griffin, du 5' corps, s'avança ensuite dans la direction de Petersburg, et dans l'après-midi elle rencontra un corps sudiste cpii, formé en ligne de bataille , voulut exécuter une charge. Mais la supériorité numérique des fédéraux était telle, que les rebelles furent immédiatement forcés de se retirer en abandonnant nn certain nombre de prisonniers entre les niaius de leurs adversaires.
Les mou\enieuts de Grant l'avaient rendu maître, sans coup férir, d'une position importante entre le Hatcher's Uini et le chemin de fer de Sonthside, position vers laquelle se rendait, d'un autre côté, le général Sheridan qui, dans la matinée du 29 mars, était déjà arrivé à Dimviddie Court Ilouse.
Le président Lincoln, établi à City-Point, transmettait à Washington, par !<> télégraphe, les bulletins des ojjérations. Dans la première journée, le 29 mars, les troupes fédérak^s avaient déjà occupé la moitié de l'espace qui les séparait, la veille, du chemin de Sonthside. Le 30, le mouvement fut contrarié par la pluie; cependant la lutte continuait vigoureusement. Le 31 , le général Lee qui commandait en personne les confédérés, prit l'offensive de bonne heure, fut d'abord repoussé , regagna ensuite le terrain perdu, mais finit par abandonner le champ de bataille aux fédéraux qui se trouvaient alors à nn mille du Sonthside. C'est au général Sheridan que revient le priiun])alluinneur de cette journée.
Le premier avril, le général Sheridan délogea les Sudistes de leurs retranchements desFiveForks et atteignit la route du Sonthside. Le 2, à l'aube du jour, les fédéraux attaquèrent l'ennemi sur toute la ligne avec une irrésistible vigueur, le rejetèrent dans Petersbnrg et commencèrent à détruire le chemin de fer. Douze mille pi'isonniers et cinquante canons restèrent entre lenre mains. Cette journée, la cinquième et dernière de la grande bataille, qui dui'ail (lc])uis le 29 mars, a décidé du sort de la confédération esclavasiste.
LINCOLN. m
Le général Lee, se voyant menacé du sort que Pemberton avait subi à Wicksburg , il y a deux ans , évacua Petersburg et Richmond pendant la nuit du
2 au 3 , et s'échappa avec le reste de son armée par la route de Banville , la seule qui lui fût encore ouverte et qui le conduisait à Lynchburg, dans la direction du sud-ouest. Le général Grant , sans prendre aucun repos à Petersburg , partit à la poursuite de Lee , dans l'espoir de le faire prisonnier avec toute son armée , et le 4 avril il envoyait une dépèche dans laquelle il annonçait avoir fait déjà plus de 1,500 prisonniers et trouvé la route jonchée d'armes, de munitions, d'ambulances, de fourgons et de caissons en partie brûlés. Une telle retraite a tous les caractères d'une déroute.
Le général Weitzel a eu le premier l'honneur d'entrer à Richmond , le 3 avril à huit heures du matin, à la tète de ses troupes, et c'étaient des troupes de couLEiR ! Il n'y a rien eu de prémédité dans ce fait assurément très-remarquable. Ce sont les chances d'une guerre juste et libératrice qui ont livi'é la capitale de l'esclavagisme aux hommes de la race servile, non pour qu'ils la pillent, l'outragent ou la dévastent , mais pour qu'ils la protègent , pour qu'ils éteignent l'incendie allumé par leurs anciens maîtres, pour qu'ils y ramènent, avec la ■liberlé, l'ordre et l'autorité légitime.
Le général ^^'eitzel a expédié la dépèche suivante datée de Richmond,
3 avril , 1 0 heures :
« Le peuple de Richmond nous reçoit avec de grandes démonstrations de joie et d'enthousiasme. »
" Tout indiquait que le gouvernement et les troupes esclavagistes avaient fui dans la plus grande hâte, sans prendre même le temps de détruire un important matériel qui est tombé entre les mains des fédéraux.
Tout ce qui se rattache aux derniers moments du pouvoir rebelle dans la capitale virginienne a un vif attrait de curiosité. Nous résumons donc ici quelques incidents de ce grand épisode de l'histoire contemporaine.
Jelferson Davis n'est pas resté à Richmond jusqu'au lundi matin, comme on l'avait dit d'abord. Après un conseil de guerre tenu avec le général Lee et les membres du cabinet, il avait reconnu l'impossibilité de défendre sa capitale; le lendemain, il conduisit sa famille à Charlotte, dans la Caroline du Nord, et revint à Richmond. Cependant le dénoùment est venu plus vite qu'il ne s'y attendait.
Le dimanche 2 avril, il assistait aux cérémonies religieuses de l'église Saint- Paul , dont il est membre, quand on lui apporta une dépèche de Lee. Le général cil chef lui annonçait la nécessité d'évacuer Petersburg et Richmond dans le plus l)ref délai. M. Davis partit par un convoi du soir pour Danville, en exprimant, dit-on, la résolution de continuer la lutte. Le bruit a couru qu'il avait préalablement vendu son mobilier; mais il a été démenti. Dans cette mémorable après-midi, la cité virginienne a offert l'aspect d'un sauve-qui-peut général, au )noins dans la classe aristocratique. On assure toutefois que madame Lee, la
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femme du généralissime lebeile. est demeurée dans la ville. Oûelqnes "lamitles fiches ont suivi ce sage exemple.
Onant à la classe laborieuse, elle était sacriliée, selon l'usage. Les troupes sudistes, sous les ordres du général Ewell , mettaient le l'eu à la ville, 61 totilte quartier des artaires. depuis Main street jusqu'à la l'ivière, était réduit en tendres. Les ponts du .Inuiesout aussi été détruits. C'est à minuit que le général fédéral Weitzel fut informé de ce qui se passait dans la ville. 11 ne pouvait tenter d'approcher pendant la nuit , parce qu'il savait que le terrain situé en avant des lortificatious était garni de nombreuses torpilles. Il fallut donc attendre le .jour. Aussitôt que la clarté le permit , il envoya un détachenieni de cavalerie dans la direction des lignes rebelles.
Les hounues dont se composait cette petite troupe durent avancer avec beaul'dup de prudeiu-e [lour éviter les torpilles qui, heureusenuMit, étaient indi»|uées [tardes petits morceaux d'étoffe rouge. Les précautions que les rebelles avaient prises pour eux-mêmes furent fort utiles aux fédéraux. Ceux-ci virent bientôt approcher nue voiture dont le cocher agitait un pa\àllon blanc. Cette voiture l'ontenait M. Mayo, maire de Riclunoud, qui venait, en compagnie de quelques citoyens notables, offrir de reutlre la ^^lle aux autorités fédérales. L'offre était ex[)rimée par un écrit de la manière sui\'ante :
" On propose de rendre formellement aux autorités fédérales la ville de Il Hichmond, ci-devant capitale des i'itats confédérés d'Amérique, et les fortitica- " fions par lesipielles elle a ét('' défendue jusqu'à ce jour. «
« Le document fut transmis au général Weitzel, qui mit aussitôt ses troupes en mouvement et entra dans la ville. Le drapeau de l'Union, immédiatement relevé sur le Capitule, hit .salué par la jiopulation comme le symbole de sa délivrance. L'ouvrage le plus pre.ssé était d'éteindre le feu. C'est ce qu'on fit avec un peu de peine. La misère était grande dans la ville, et le général Weitzel s'est mis en mesure de taire des distributions de vivres.
« Le feu était à ])eiiie éteint qu'on a découvert un complot dontlobjel était de rallumer l'incendie et de faire sauter un magasin contenant vingt mille livres de poudre. Les individus auxquels on attribuait cet infernal projiM ont été arrêtés.
«IjC Président s'est rendu à Kichmoud mardi. Il a été reçu parle peuple avec île
grandes démonsiralionsd'enthousiasme. Etabli dans le salon de M. .lelterson Davis,
il a reçu tous les citoyens qui ont voulu lui r(nidre visite. « [Opinion imtinnatc.)
Le général C.-F. Shepley a été nommé gouverneur militaire de Uichmond. 11
a signalé sa prise d'autorité par l'ordre suivant :
Richmuud, ;î avril 1865.
I. Les avmé^s dp la réhollinn, ayant reiinncé à l'enlTeprise d'assovvir Ip peuple de la Virginie, se lïOflt cfforcôcF de déiinirc par le f.u U cipHalS c|u'ilB ne pouTàîèfit plus Inhffteifips rfleMï en lïtir pouvoir.
Le iieutenant-oolonel Manning, marchand prévôt de l'armée du James, et mainleiiarit marschal prévôt de Riohmond, «nverra immédiatement un détachement de la garde piévôtale pour arrêter, s'il est possible, le progrès des tlammeî.
Les pompiers de Richmendet tous les citoyens intéressés à ia conservation de cette belle cité, doivent immédiatement se mettre aux ordres de cet officier 'jt travailler de tout leur pouvoir à arrêter le progrès de l'incendie.
Le premier devoir des armées de l'Union sera de sauver la ville , que les armées de la rébellion avaient condamnée à périr.
IL Personne ne quittera la ville de liicliraond suis un permis obtenu dans le bureau du marschal prévôt.
III. Tout citoyen, soldat ou individu quelconque qui pillera, détruira ou détournera ce qui tient aux propriétés publiques ou particulières, sera arrêté et puni sommairement.
IV. Les soldats sous mes ordres s'abstiendront de toutes paroles ou gestes offensants à l'égard des citoyens.
V. On ne permettra l'usage d'aucune expression offensante ou insultante pour le drapeau, la cause ou les armées de l'Union.
VI. Pour un e.xposé de leurs droits, de leurs devoirs et de leurs privilèges, les citoyens de Richniond sont respectueusement renvoyés aux proclamations émanées du Président des États-Unis au sujet de la présente rébellion.
VII. Toute personne qui a en son pouvoir ou sous son contrôle lin objet quelconque appartenant à la soi-disant confédération ou à un fonctionnaire de cette confédération, ou les registres ou les archives d'un tel fonctionnaire, devra immédiatement rendre compte desdits objets au colonel Manning, marschal prévôt.
Les citoyens de Richmond reçoivent ici l'assurance qu'avec le retour au drapeau de l'Union, ils peuvent attendre le rétablissement de la paix, de la prospérité et du bonheur qui étaient autrefois leur partage sous l'Union dont ce drare.Tu est le ilorieux symbole.
(i. I'. ï^llEPLEY,
liiigadici-goiicral et j;ûuvcrneur njililaiie de Richniond.
En arrivant dans la lapitale du Sud, les troupes du général Weitzel. composées de noirs formant une partie du 25" ùorps, ont trouvé vingt-hitit locomotives et cent cinquante wagons de toute espèce. Les rebelles avaient détruit, pendant la nuit de l'évacuation, la plupart de leurs magasins et de leurs ateliers militaires, et le feu s'était communiqué à plusieurs parties de la ville. Fort heureusement les fédéraux ont réussi à s'en rendre maîtres, et l'ex-capitale du Sud a échappé au sort d'Atlanta et de Columbia .
Avant de quitter la ville, les rebelles avaient envoyé en grande hâte tous les prisonniers fédéraux de la prison Lifjby à Varuna I^anding, sur le James, on les échanges avaient lieu précédemment. Mais aucun officier fédéral n'était Ih pour recevoir les prisonniers, et ils furent mis en liberté au nombre de sept cents, par ordre des autorités rebelles.
Ces prisonniers sont arrivés à City-Point, et ils rapportent que pendant l'évacuation de Richmond, les rues étaient pleines de citoyens de toutes les classes et de tous les jVges, qui paraissaient fort joyeux du départ des rebelles.
I^es diverses dépêches renies, s'accordent à dire f(iie la r('('eplioii faite aux troupes fé'déi'alês, à ÎP.ûr entrée â Richiuund, a étc' des plus enthousiastes. Un
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grand nombre d'unionistes qui avaient continué à habiter la ville depuis 1861 se sont portés à la rencontre des soldats pour leur souhaiter la bienvenue.
De toutes parts des drapeaux américains flottaient aux fenêtres pour la première ibis depuis le bombardement du fort Sumpter, et des vivat en l'honneur de l'Union sortaient de toutes les poitrines.
Ces faits suffisent pour prouver que l'Union n'a jamais cessé d'avoir des partisans dans le Sud, en dépit des assertions contraires de la presse esclavagiste.
Grant, écrit M. Cortambert , un véridique correspondant de New-York, n'avait pas donné un moment de répit au général sudiste, après l'avoir contraint d'abandonner Petersburg et Richmond. Le grand objet de Lee était de gagner la Caroline du Nord pour faire sa jonction avec Johnston; mais il se trouvait au nord de l'Appomatox, et Grant, s'avançant sur la rivi? méridionale de ce cours d'eau, empêchait Lee de le traverser et le forçait de s'éloigner toujours plus de la Caroline.
Après troisjours de retraite désespérée, l'armée sudiste, constamment haras.sée par la cavalerie de Sheridan, fut atteinte près de Burkesville par plusieurs divisions de l'armée fédérale, livra sa dernière bataille et subit sa dernière défaite qui fut écrasante. Quatorze pièces d'artillerie , plusieurs centaines de fourgons et treize mille hommes, au nombre desquels se trouvaient sept généraux, restèrent aux mains des vainqueurs. Le lendemain, Grant fit jiroposer à Lee de se rendre, pour arrêter l'etfasiou du sang. Lee répondit qu'il d(''sir;nt la paix, et demanda quelles étaient les conditions de Gi'anl.
Après l'échange de plusieurs lettres, il fut crnivciiii (|ue Lee et tous ses hommes se reconnaîtraientprisonniers de guerre; que les armes, bagages et nnmitions de l'armée confédérée seraient remis aux troupes des litats-Unis, à rexception de l'épée qu'on permettrait à chaque officier de conserver; enfin, (jue tnus les prisonniers seraient mis en liberté après avoir dimné leur parole de ne ])his porter les armes contre le gouvernement des Etats-Unis, et qu'ils poiu'raient retourner dans leurs foyers, où ils ne seraient jamais inquiétés par les aulorilc'-s fédérales, tant qu'ils tiendi'aient leur parole et respecteraient les lois.
C'est le dimanche, Oavril, que fut signée cette capitulation si honorable [tour les vaincus, si maunaninu> de la part des vainqueurs. La nouvelle arrivait à Washington dans la première partie de la nuit, et de là, courant comme la foudre, allait réveiller toutes les villes du Nord, où on l'accueillait avec des cris d'enthousiasme, de joyeux carillons et des salves d'artillerie. Ce grand événement a presque fait oublier la prise de Richmond. En effet, Richmond n'est qu'une ville et la rébellion jjouvait en trouver une autre pour y établir le siège de son gouvernement. Mais Lee et son armée, c'était la force vitale de la sécession. Cette force anéantie, la confédération n'est plus rien. Il faut que la guerre cesse, •îohnson, dans la Caroline du Nord, a encore des forces respectables; en les réunissant à celles de Lee. il aurait pu résister longtemps. Abandonné à lui-
même, il ne lui reste plus quà ubteuir de Shernian ce (jue Giaut a bien voulu accorder à Lee.