Les Etats-Unis d'Amérique en.l8G3. — Librairie Hachette
A. JOUAUÉ.T. t,
« Dans le Sud, une société fondée sur l'avilissement des classes ouvrières, où, par conséquent, tout travail manuel dégrade le citoyen, mais qui, en même temps, possède près de la moitié de la représentation du pays;
« En face, au nord, une population deux fois plus nombreuse, habitant des États distincts et plus ou moins éloignés, où presque tout individu jouit, devant la loi, de l'égalité politique, où aucune espèce de travail honnête ne dégrade et ne ferme l'accès des emplois et des dignités.
« On devait logiquement s'attendre à échouer dans toute tentative pour concilier ces deux intérêts inconciliables. Toutefois, le mal aurait pu finir par disparaître s'il avait été restreint, comme on le supposait d'abord, aux États primitifs, et ne s'était point étendu aux territoires encore inoccupés, comme y avait pourvu l'ordonnance de 1787. »
Voici en effet quelle était la législation de l'esclavage en 1789 :
1° La traite était autorisée jusqu'en 1808 ;
2° L'esclavage était maintenu dans les anciens États qui voudraient le conserver;
3° Il était exclu des territoires situés au nord-ouest de l'Ohio par l'ordonnance de 1787, qui en réglait l'administration et contenait cette clause : « qu'il n'y aurait jamais, dans lesdits territoires, ni esclavage ni servitude involontaire, excepté pour punir les crimes dont les coupables seraient dûment convaincus. »
Mais , dès l'origine , cette clause est foulée aux pieds.
La Caroline du Nord, le 22 décembre 1789, — un mois après la ratification de la Constitution, passe un acte de cession de ses territoires Ouest (qui deviennent le Tenessee) à l'Union, mais à la condition que le Congrès ne fera jamais aucune loi tendant à émanciper les esclaves dans lesdits territoires.
« La Géorgie de même (avril 1807), en cédant à l'Union les territoires qui forment aujourd'hui l'Alabama et le Mississipi, imposa à l'Union et requit le Congrès d'accepter la condition suivante : « que les « territoires cédés deviendraient un État et seraient « admis dans l'Union aussitôt qu'ils contiendraient « 60 mille habitants, ou aune époque plus rapprochée « si le Congrès le jugeait convenable, avec les mêmes « privilèges et de la même manière qu'il avait été « prévu par l'ordonnance de 1787 pour le gouvernece ment des États-Unis ; ladite ordonnance devant s'ap- « pliquer à toutes les parties du territoire cédé dans « toutes ses dispositions, excepté celles relatives à la a prohibition de l'esclavage. »
La découverte de la machine à nettoyer le coton, découverte qui augmenta si rapidement dans les États cotonniers la valeur du travail servile, fit fermer complètement l'oreille des planteurs à toutes les considérations présentées jadis avec quelque succès, en faveur d'une extinction progressive de l'esclavage.
c On voit alors nettement les deux partis se des-
siner *, et quels ferments de discorde la jeune République porte dans son sein. Le Sud et le Nord se surveillent avec une jalousie pleine de défiance : le premier, pour empêcher que son influence politique ne diminue en proportion de l'industrie, de la puissance croissante du Nord et de l'immigration qui s'accumulait sur ses frontières; l'autre pour arrêter l'extension des privilèges exagérés que la Constitution avait accordés seulement aux États originels. »
Il en résultait que, lorsqu'un État à esclaves demandait son admission dans l'Union, un État libre se présentait aussitôt, réclamant la même faveur. C'était une véritable course aux États.
ÉTATS NOUVEAUX ADMIS DANS L'UNION Libres. Esclaves.
Vermont 1791 Kentucky 1792
Tenessee 1796 Ohio 1802
Louisiane 1812 Indiana 1816
Illinois 1818 Mississipi 1817
Dans la session de 1818-1819, le Congrès autorisa l'Alabama, où se concentrait rapidement une population esclavagiste, à se dresser une Constitution ne renfermant aucune prohibition relative à l'esclavage.
Un bill semblable ayant été proposé en faveur du Missouri, James Tallmadge, de l'État de New- York,